Anne Baquet, soprano en liberté, au Lucernaire

 

Esprits chagrins, passez votre chemin ! La liberté, la fantaisie, la fraîcheur, le bonheur de chanter et de s’exprimer… c’est tout cela qu’incarne Anne Baquet dans ce spectacle aussi pétillant que des bulles de champagne. Tel un lutin espiègle, ce petit bout de femme virevolte sur scène, s’emparant allègrement de chansons françaises à l’humour bien trempé (François Morel, Marie-Paule Belle, Juliette, pour ne citer que quelques auteurs) ou d’autres plus poétiques ou plus mélancoliques, sans oublier des variations insolites sur des morceaux de… Freddie Mercury ou John Lennon. Mais qu’importe le registre pourvu qu’on ait la voix et … quelle voix !

L’originalité de cette diva hors norme transparaît dans tous les morceaux qu’elle interprète. En artiste accomplie, elle nous fait passer sans transition du rire au grave, de la fantaisie à la mélancolie. La mise en scène de Anne-Marie Gros souligne avec délicatesse sa personnalité attachante, empreinte d’une douce folie. Aussi à l’aise dans le registre de l’humour que dans celui de l’émotion, elle est d’une féminité rayonnante, mise en valeur par ses tenues et surtout, par une perruque… décoiffante !

Sur scène, Anne Baquet se donne sans compter. Elle chante, elle danse, elle joue la comédie… et elle nous emballe. Sa jolie complicité avec sa pianiste – Claude Collet, ce soir-là – fait plaisir à voir. Les chansons présentées sont à 95 % des créations, ce qui apporte une fraîcheur indéniable à ce récital pas comme les autres.

On sort de la salle du Lucernaire dans un état de douce euphorie, avec plein de notes légères dans la tête (comme cette chanson de Juliette, par ex.) :

« Affranchis de toute harmonie,
Si vous saviez comme j’vous envie,
Chantez, chantons, c’est important
Sans complexe et n’importe comment
Ça sera pas pire et même plus beau
Que ce qu’on entend à la radio…»

Véronique Tran Vinh

avec Anne Baquet
Pianiste Claude Collet, Christophe Henry ou Grégoire Baumberger
Mise en scène Anne-Marie Gros
Accessoiriste Kham-Lhane Phu
Lumière Jacques Rouveyrollis

 Jusqu’au 27 août 2017
Du mardi au samedi à 21 h
Dimanche à 19h00
Théâtre du Lucernaire
53, rue Notre-Dame-des-Champs
75006 Paris
Tél. : 01 45 44 57 34
http://www.lucernaire.fr/theatre/1592-anne-baquet-soprano-en-liberte-.html

 

Shaman & Shadoc, au théâtre Essaïon

@ David Krüger

Des rats et des hommes

Le choc de deux solitudes qui se rencontrent. D’un côté, Manhattan Shaman, clochard magnifique, qui vit dans un appartement avec des rats pour seuls compagnons, et son cynisme en bandoulière. De l’autre, Shadoc, à l’allure et à la vie si conformistes, élevé dans « la grande tradition de la bonne bouffe et des petites affaires », qui fait preuve de compassion à son égard. Mais qu’ont-ils en commun, à part le début de leur nom ?

De leur rencontre improbable, naissent des propos absurdes, un brin surréalistes, évoquant la vie des rats – qui ressemble étrangement à celle des hommes –, la solitude, l’amour (et son absence) et la mort. Peu importe l’explication finale, trop psychologisante à mon goût. J’ai préféré la première partie, où les deux hommes se cherchent, s’évitent, se heurtent à travers des dialogues mâtinés d’humour noir.

Malgré le peu d’action, on ne s’ennuie pas une minute grâce à la magie de la mise en scène. Les intermèdes apportent une note de gracieuse fantaisie, tandis que lumière et musique nimbent la scène d’une ambiance mystérieuse. Il faut souligner la qualité de l’écriture et de l’interprétation. Ce soir-là, Pierre Margot et Céline Legendre-Herda entouraient Guillaume Orsat, excellent dans le rôle de Shaman le déjanté, cabossé par la vie.

Un petit bijou d’humour noir et de poésie, qu’il faut absolument aller voir avant qu’il ne soit trop tard.

Véronique Tran Vinh

IMG_5612Jusqu’au 13 mai 2017
du jeudi au samedi à 21 h 30

Théâtre Essaïon
6, rue Pierre-au-Lard
75004 Paris
Réservation : 01 42 78 46 42
www.essaion.com

Écriture et mise en scène : Pierre Margot
Avec : Guillaume Orsat (Shaman)
En alternance : Pierre Margot ou Xavier Béja (Shadoc)
En alternance : Céline Legendre-Herda ou Julie Allainmat
Collaboration artistique : Claire Guyot –
Dramaturgie : Anne Massoteau – Musique : Nathalie Miravette – Lumière : Charly Thicot
Produit par la Cie des Pas Perdus

1988, le Débat Mitterrand-Chirac, au théâtre de l’Atelier

@ Pascal Victor

Duel au sommet

En reprenant le texte du fameux débat de 1988 et en le réduisant à une heure trente,  le théâtre Montansier, dirigé par Geneviève Dichamp et Frédéric Franck, nous donne à entendre une autre version du discours politique. Tous les éléments propres à la dramaturgie étant réunis, cela ne pouvait que constituer un magnifique moment de théâtre.

Le choc de deux personnalités aux antipodes, de deux conceptions de la société qui s’affrontent lors d’un débat… cela vous rappelle peut-être quelque chose ? Le débat de l’entre-deux tours de l’élection présidentielle est désormais une institution dans notre pays. Au-delà de la politique, il constitue aussi un bel exercice de rhétorique – et partant, de manipulation –, comme ce fut le cas pour le débat de 1988.

D’emblée, chacun veille à présenter un ethos (image que le locuteur donne de lui-même à travers son discours) positif. À l’opposé d’un Mitterrand, fin stratège, qui remet les choses en perspective dans l’histoire (par exemple, la crise de la Nouvelle-Calédonie) et qui propose une approche philosophique du monde, Chirac incarne un candidat plus technocrate, pragmatique, qui se réfère en permanence au bilan de son ministère.

N’oublions pas cependant la particularité des candidats de 1988 : l’un était le Président de la République et l’autre, son Premier ministre, obligés de cohabiter depuis deux ans au sommet de l’État. D’où une opposition renforcée par le statut de chacun, donnant lieu à un dialogue lourd de sous-entendus, de ressentiments, aux allures de règlement de comptes.

La retranscription des textes met en exergue leur mordant et, parfois même, leur drôlerie. À Chirac, qui veut que les choses soient claires : « Nous sommes deux candidats à égalité… vous me permettrez de vous appeler Monsieur Mitterrand… », Mitterrand rétorque avec une ironie cinglante : « Bien sûr, M. le Premier ministre. » De même, l’absurdité du dialogue déclenche le rire quand Chirac interpelle son adversaire sur la hausse de la TVA sur les aliments pour chiens et que celui-ci répond qu’il aime les chiens mais qu’il « se préoccupe de la TVA pour les hommes ».

Véritable joute oratoire, mais aussi rencontre entre deux grands acteurs : Jacques Weber, avec sa stature imposante et ses mimiques lourdes de sous-entendus, compose un Mitterrand souverain, face à François Morel, qui fait ressortir la dimension humaine et le désarroi de son challenger. Entre les deux, Magali Rosenzweig, alias Michèle Cotta, compte les coups d’un air médusé.

À quelques heures du débat de l’entre-deux tours (réel celui-ci), ce spectacle nous oblige à une distanciation bienvenue face aux affirmations de ceux qui briguent le pouvoir suprême. Un moment de théâtre jubilatoire, mais aussi une réflexion salutaire sur la politique et ses faux-semblants.

Véronique Tran Vinh

avec :  Jacques Weber , François Morel et Magali Rozenzweig
Produit par : le théâtre Montansier

6 représentations exceptionnelles :
Les 2, 3, 4, 5 et 6 mai à 21 h
Le 7 mai à 16 h
Théâtre de l’Atelier
1, place Charles-Dullin
75018 Paris
Réservations au : 01 39 20 16 00
www.theatremontansier.com
www.theatre-atelier.com

 

Le Horla, au théâtre Michel

Un homme, en apparence sain d’esprit, se sent peu à peu envahi par la présence d’un être invisible, qui le guette dans les recoins de sa maison.

Comment ne pas être épaté(e) par le jeu de Florent Aumaître ? Seul en scène, à peine accompagné par quelques effets de lumière et de musique, il s’empare du texte de Maupassant, se collette avec lui et le fait sien. D’un naturel confondant, le comédien fait montre d’une grande expressivité dans son jeu : d’abord gai et insouciant, puis de plus en plus tourmenté par de sombres visions, partagé entre l’incrédulité et la peur face à ce monstre invisible qu’est le « Horla », décidé à en découdre, enfin, désespéré… il passe par tous ces états avant de basculer de l’autre côté de la raison.

Le héros est-il possédé par un être malfaisant débarqué d’un trois-mâts, en provenance du Brésil, comme il le soupçonne ? ou est-il en train de sombrer, lentement mais sûrement, dans la folie ? Cette nouvelle de Guy de Maupassant, qui flirte avec le fantastique, est magnifiquement écrite. Elle retranscrit également les découvertes de l’époque sur l’hypnose. Est-ce un hasard si sa rédaction coïncide avec le début des angoisses et des hallucinations chez son auteur, liées à la syphilis dont il souffrait ?

Grâce à son élocution parfaite, le comédien nous restitue toutes les subtilités du texte, créant un véritable suspense. On est littéralement suspendu à ses lèvres, aspiré avec lui dans ses tourments, retenant notre souffle jusqu’à la fin (même si la plupart d’entre nous la connaissent déjà). Rien que pour cette rencontre entre Florent Aumaître et ce texte, il faut courir voir Le Horla. Même si l’on peut regretter un peu l’absence de mise en scène.

Texte de Guy de Maupassant
avec Florent Aumaître
Mise en scène de Slimane Kacioui

Jusqu’au 6 mai 2017
Les mardi et mercredi à 19 h
Dates supplémentaires :
jeudi 4, vendredi 5 et samedi 6 mai à 19h00

Théâtre Michel
58, rue des Mathurins
75008 Paris
http://www.theatre-michel.fr/Spectacles/le-horla

Omelettes amoureuses, au Tremplin Théâtre

@Philippe Brière

Comment faire une omelette sans casser d’œufs, ou, autrement dit, comment devenir une femme forte, consciente de ses potentialités, qui ne s’excuse plus d’exister… libre tout simplement ? Comment réveiller la « guerrière » qui sommeille en chacune d’entre nous ?

C’est cette quête initiatique que Corinne Merle, seule en scène, va nous faire partager. Pour cela, elle fera appel aux textes d’autres femmes (notamment Virginie Despentes, Florence Lautrédou…) qui ont cherché, avant elle, à se dégager des archétypes culturels et à affirmer leur singularité. Un discours militant, féministe bien sûr, mais aussi, tout simplement humain.

Dans la pénombre de la minuscule scène du Tremplin Théâtre, émergent quelques accessoires symboliques : une robe en lamé, une blouse de ménage, un panier en osier, une paire d’escarpins, etc. La comédienne les utilisera à tour de rôle pour se mettre dans la peau de différentes femmes : la petite fille, la femme naïve, la séductrice, la rebelle, etc.

L’accent est mis sur les violences faites aux femmes, et notamment sur le viol. Même si le propos est parfois un peu trop appuyé, la comédienne auteur le fait partager avec une belle générosité. Il est question de prise de conscience, de résilience, d’amour aussi. Un petit bémol toutefois sur la mise en avant des textes, que j’ai trouvé par moments trop présents.

Corinne Merle incarne à merveille cette femme plurielle et fait montre d’une belle présence scénique, jouant de son corps sans fausse pudeur. Voluptueuse comme peut l’être une femme bien dans sa peau. Ses propos sont parfois crus, parfois violents, souvent drôles.

À défaut de recette, notre apprentie cuisinière se transformera en guerrière, prête à mobiliser ses forces pour partir à l’assaut de la vie. Prenez-en de la graine et courez voir le spectacle. La salle est petite, alors n’oubliez pas de réserver !

Véronique Tran Vinh

Idée originale, écriture, jeu : Corinne Merle
Création lumière : Fabienne Breitman
Collaboration artistique : Florence Evrard, François Jenny

Dates : Mars : 31 – Avril : 1, 7, 8, 14, 15, 21, 22, 28, 29
Tremplin Théâtre
39, rue des Trois-Frères
75018 Paris
Réservations : 06 62 69 83 96
http://www.comeprod.fr/

 

Noces de sang, À la folie Théâtre

©Jean-Christophe Fossey

L’Andalousie, la terre, le poids de la famille et des traditions, l’oppression des femmes, mais aussi, la poésie, le sens du fantastique… tels sont les grands thèmes qui traversent l’œuvre de Federico García Lorca. Mais comment porter sur scène cette pièce mille fois jouée sans tomber dans le piège convenu du mélodrame ?

« Fidèles à l’esprit de Lorca, notre ambition est de rendre la culture accessible à tous. De faire un théâtre populaire mais exigeant […], déclarait Natalie Schaevers, en février 2017. Parce que parfois, les mots ne sont pas suffisants pour exprimer ce que les personnages ressentent, la danse, à travers le tango, ou la musique prendront la parole à leur tour […]. »

C’est là toute l’originalité de la proposition, qui se veut dans le prolongement d’un théâtre populaire multidisciplinaire. Les personnages sont donc resserrés autour de quatre comédiens, à la fois chanteurs, danseurs et musiciens. Si toute la troupe de la compagnie La Grue Blanche met sa fougue au service du texte de García Lorca, Hélène Hardouin domine largement la distribution par la qualité de son interprétation (à la fois vocale et scénique) et son évidente force comique.

Elle joue la Madre, la mère du fiancé, qui rumine sa haine contre les Felix, la famille ennemie qui a tué son mari et son fils aîné et qui consent à contrecœur au mariage (donc au départ) de son cadet. Dans le rôle de l’épouse délaissée de Leonardo – l’ex-fiancé de la Novia, qui a dû renoncer à l’épouser, faute d’argent –, elle est également très crédible et incarne le poids qui pèse sur les femmes dans cette société patriarcale et fermée.

La mise en scène, très épurée, laisse toute sa place au texte de García Lorca. Les autres formes d’expression (musique, chant, danse, masques) apportent une dimension originale à la pièce, ainsi qu’une note d’humour bienvenue. Saluons donc cette volonté évidente de sortir des sentiers battus, même si l’on peut regretter que la magie du tango – danse de vie et de sensualité – ne ressorte pas plus fortement.

Véronique Tran Vinh

JUSQU’AU 16 AVRIL 201
Jeudi à 19 h 30, samedi à 18 h, dimanche à 16 h 30
À la folie Théâtre
6, rue de la Folie Méricourt
75011 Paris
Tél. : 01 43 55 14 80
http://bit.ly/2nO9nTX

D’après Federico García Lorca
Créatrice du projet : Maiko Vuillod
Mise en scène, adaptation du texte : Natalie Schaevers
Direction d’acteurs : Sandrine Briard
La mère /la femme de Leonardo /la lune/chant : Hélène Hardouin
Leonardo/le père/la voisine: Romain Sandère
Le fiancé/clarinette : Erwan Zamor
La fiancée/violon : Maiko Vuillod
Coach chorégraphe : Patrice Meissirel (double champion de France tango et salon).

 

Les Âmes offensées, au musée du quai Branly

InuitFred Lyonnet

@Fred Lyonnet

Le temps d’un week-end, dans le cadre du programme L’Ethnologie va vous surprendre, l’ethnologue Philippe Geslin a présenté un cycle de trois « conférences », mises en scène par Macha Makeïff. Le premier volet de cette trilogie, Peau d’ours sur ciel d’avril, nous a emmenés sur les traces des derniers chasseurs Inuits. Quand l’ethnologie se met à la portée de tous grâce à une création théâtrale d’un nouveau genre.

Quelles sont donc ces âmes que l’on offense ? Elles appartiennent à ces peuplades de l’autre bout du monde qui parviennent à survivre dans des conditions hostiles et dont on voudrait décider du sort. Que ce soit les Inuits, les Soussous de Guinée ou les Massaïs de Tanzanie, Philippe Geslin part régulièrement à leur rencontre afin d’étudier leurs coutumes ancestrales, leur mode de vie ainsi que les bouleversements engendrés par le monde moderne.

Sur une scène ronde qui évoque un globe terrestre, l’ethnologue conteur s’adresse à nous par l’intermédiaire de son carnet de bord. Il nous fait part de ses observations de scientifique. Changement climatique, passage de la chasse traditionnelle aux phoques à la pêche, plus lucrative, incursion de la culture de masse dans une société traditionnelle, mais aussi anecdotes sur la vie des Inuits : tout est pointé, sans naïveté. Geslin rend hommage au passage à ceux qui ont ouvert le chemin avant lui. La projection de photographies (faites par lui-même) ou de documents d’archives sur le mur du fond vient ponctuer son récit.

À ce constat, se mêlent des réflexions plus personnelles (non dénuées d’humour) et philosophiques où transparaissent l’empathie d’un homme amené à partager le quotidien d’autres être humains et la conscience du monde qui l’entoure : « Vous n’avez pas compris que la terre vous invite, seulement. » Des voix off évoquent les légendes et les mythes qui façonnent l’identité des Inuits, identité qui perdure malgré la marche forcée vers la modernité.

Par touches légères, la mise en scène de Macha Makeïff met joliment en relief le récit de l’ethnologue. Un bloc de glace qui fond, un igloo en carton, une peau d’ours, un corbeau… et notre imagination fait le reste.

Un spectacle plein de poésie et d’humanité qui nous fait voyager avec Philippe Geslin sur la banquise des Inuits et ressentir l’émerveillement de ce « glaneur d’émotions » devant un monde à l’équilibre fragile. Souhaitons que l’explorateur poète continue à nous faire partager ses découvertes sur scène !

Véronique Tran Vinh

Avec Philippe Geslin

Mise en scène, adaptation, scénographie et costumes Macha Makeïff
Voix Philippe Geslin, Macha Makeïeff, Aïssa Mallouk Création vidéo et iconographie Philippe Geslin, Guillaume Cassar et Alain Dalmasso Assistante artistique MargotClavières Régie générale Frédéric Lyonnet Lumières Sylvio Charlemagne Créationson Jean-Claude Leita et Julien Sonnet et toute l’équipe de La Criée Façonnageécran Gerriets Structure métallique Ferronnerie du Var

Musée du quai Branly-Jacques Chirac
37, quai Branly
75007 Paris
http://www.quaibranly.fr/fr/

« Les Âmes offensées » est un cycle de trois conférences théâtrales :
Peau d’ours sur ciel d’avril
Les derniers chasseurs Inuits
Le Crayon de Dieu n’a pas de gomme
Chez les Soussous de Guinée
Les Guerriers Massaïs
Avant le départ des gazelles…

Photographies de Philippe Geslin : dans le catalogue de YellowKorner, à la librairie-galerie Hune, Saint-Germain-des-Prés.

Noce, au théâtre du Lucernaire

@Emmanuel Valentin

Un concentré d’énergie, un raz-de-marée verbal qui vous submerge, emportant tout sur son passage… La force du texte de Jean-Luc Lagarce (Derniers remords avant l’oubli, le Pays lointain, Music-Hall, Juste la fin du monde) parvient à transcender la mise en scène parfois outrancière de Pierre Notte (mouvements scéniques, musique omniprésente, etc.).

Cinq personnages, cinq exclu(e)s de cette noce que tous imaginent forcément grandiose. Chacun est un archétype à part entière : l’Enfant, la Femme, l’Homme, le Monsieur et la Dame. La montée de la tension dramatique est implacable : désir puissant de faire partie de la noce – symbole suprême de l’intégration sociale – euphorie d’y être arrivé, désillusion de se sentir rejeté, révolte, et enfin, vengeance, dans un gigantesque jeu de massacre… avant que les exclus ne reproduisent eux-mêmes le système qu’ils prétendaient dénoncer. Au passage, on notera que pour Lagarce, les soi-disant « nantis » souffrent d’une forme de misère différente, mais tout aussi pitoyable que celle des exclus.

Même si la deuxième partie de la pièce (notamment après le saccage de la noce), perd un peu en force à cause du côté répétitif des situations, l’ensemble est néanmoins très réussi. Cette satire sociale est admirablement servie par le jeu des acteurs qui réussissent la performance de faire vivre un texte très narratif, et à restituer son intensité.

Devant l’absurdité des situations, on a envie de rire, mais le rire reste bloqué dans la gorge, car la violence du propos est sous-jacente. De quel côté de la table est-on ? Du côté des nantis, ceux qui ont été invités à la noce, ou de celui des laissés-pour-compte, ceux que la société ne voit même pas ? L’indifférence et le mépris de l’autre ne peuvent qu’engendrer frustration et violence. Le texte soulève des questions toujours d’actualité. Alors, faut-il être de la noce, ou pas ?

Pour le savoir, courez voir la pièce !

Véronique Tran Vinh

Texte : Jean-Luc Lagarce
Mise en scène: Pierre Notte
Avec : Grégory Barco, Bertrand Degrémont, Ève Herszfeld, Amandine Sroussi et Paola Valentin.

 JUSQU’AU 11 MARS 2017
Du mardi au samedi à 21 h
Théâtre du Lucernaire
53, rue Notre-Dame-des-Champs
75006 Paris
Tél. : 01 45 44 57 34
http://www.lucernaire.fr/theatre/1072-noce.html

L’Amante anglaise, au théâtre du Lucernaire

@Photo Lot

Et si, avant d’être une grande criminelle, Claire Lannes était tout simplement une grande amoureuse ?

L’amour fou (vécu ou rêvé), capable de faire dérailler une vie… un personnage féminin hanté par l’abandon, la folie et la mort…  Les thèmes autour desquels gravite l’œuvre de Marguerite Duras sont présents dans la pièce.

Tout comme l’auteur – qui s’est inspirée d’un fait divers –, on ne peut qu’être fasciné par l’histoire de cette femme simple répondant à l’interrogateur, qui essaie de comprendre son geste : « Ma route est allée droit vers ce crime. » Le pourquoi ? On ne le saura jamais, et elle-même ne le sait sans doute pas. Qu’est-ce qui aurait pu l’empêcher de commettre un tel acte ? La pièce est une suite de questionnements sans réponses et une plongée dans les abysses de l’âme humaine.

Quelle jubilation de retrouver l’écriture de Duras, faite de silences et de phrases elliptiques qui résonnent avec une musicalité si particulière ! Son sens de l’absurde, son ironie aussi. Chez elle, les mots, même s’ils dépeignent une vie ordinaire, sans relief particulier, possèdent leur propre charge de mystère.

Judith Magre montre toute l’étendue de son talent dans le rôle de Claire Lannes, cette femme énigmatique, tour à tour dure, lointaine, roublarde, émouvante… parfois même drôle. Le physique imposant de Jacques Frantz contraste avec le désarroi de son personnage (Pierre Lannes), qui avoue n’avoir jamais compris sa femme.

À la manière d’un polar psychologique, la mise en scène de Thierry Harcourt nous fait entrer dans la tête des principaux personnages et dans leur vertigineuse complexité. Fascinant !

Véronique Tran Vinh

D’après Marguerite Duras
Mise en scène: Thierry Harcourt
Avec : Judith Magre, Jacques Frantz et Jean-Claude Leguay

 JUSQU’AU 9 AVRIL 2017
Du mardi au samedi à 19 h, dimanche à 15 h
Théâtre du Lucernaire
53, rue Notre-Dame-des-Champs
75006 Paris
Tél. : 01 45 44 57 34
www.lucernaire.fr

Shakespeare Celebration, au cirque Romanès

Crédit photo @Pascal Gély

Quel meilleur lieu que le chapiteau du cirque Romanès pour accueillir la troupe cosmopolite et multidisciplinaire du Footsbarn Theatre ? Des comédiens généreux, une musique festive, des masques et des trouvailles scéniques qui nous transportent dans un univers onirique : cet hommage au grand dramaturge anglais est à mi-chemin entre le cabaret et le cirque. On y croise Shakespeare en personne et ses “créatures”, Roméo et Juliette, Richard III, Henri IV, Hamlet, le roi Lear, Puck… et bien d’autres encore.

Cependant, s’il y a de beaux moments de poésie et de musique (à noter : la très belle prestation vocale et musicale de Haka Resic dans un morceau d’accordéon), on peut regretter que le spectacle ressemble plus à une suite de sketches qu’à un ensemble cohérent. Que ceux qui s’attendent à une relecture savante des grands thèmes du tragédien passent leur chemin. L’intention de la compagnie est visiblement de s’adresser à tous les publics.

Passé la première partie du spectacle – un peu confuse –, je me suis laissée entraîner dans cet univers à l’humour foutraque qui lorgne du côté des Monty Python. Un poète à trois têtes cherchant l’inspiration, les rendez-vous d’un Lysandre et d’une Hermia burlesques, la disparition du maître… c’est le grand théâtre de la vie qui se joue devant nous, oscillant entre rire et gravité. Le talent et le chaleureux entrain de la troupe nous ont vite fait oublier la température glaciale de ce dimanche après-midi.

Véronique Tran Vinh

Avec :
André Julio Teixeira, Vincent Gracieux, Naomi Canard Smit, Haka Resik, Dominique Prié, Tony Wadham, Fredericka Hayter, Paddy Hayter.
Mise en scène collective.
Équipe technique :
Fredericka Hayter, Sophie Barraud, Hanna Sjodin, Bruno Hocquard, Jean Grison, Sophie Lascelles assistée de Tim Pearce, Brahim Arar, Thierry Meslin, Flore Monnier.

JUSQU’AU 26 FÉVRIER 2017
Samedi à 20h 30, dimanche à 15 h 30
Chapiteau du cirque Romanès
Square Parodi, boulevard de l’Amiral Bruix, 75016 Paris
Tél. : 06 26 61 39 26
www.fnac.com

En alternance avec le spectacle Nid de coucou : jeudi et vendredi à 20 h 30, samedi à 15 h 30

Moi, Caravage, au théâtre du Lucernaire

Tout comme son œuvre, la vie de Michelangelo Merisi, dit le Caravage, fut un perpétuel clair-obscur. À vouloir figurer un tel destin, tissé d’amours passionnées, de fulgurances artistiques et de violence, le risque était de se laisser déborder par les excès du personnage. Ce n’est pas le cas de cette mise en scène qui éclaire – au propre comme au figuré – l’œuvre du Caravage à travers les éléments les plus marquants de sa vie, tout en restant remarquablement sobre. Cet autoportrait, inspiré par le roman de Dominique Fernandez, baigne dans un climat onirique, rythmé par des chants a capella. En toile de fond, la Rome des papes et des mécènes, mais aussi celle des bas-fonds dans lesquels Michelangelo se complaisait.

Les scènes de la vie du Caravage s’entremêlent à ses créations, faisant surgir de l’obscurité des tableaux nimbés d’une mystérieuse lumière. Cesare Capitani et sa partenaire (ce soir-là, Manon Leroy, excellente) – qui joue une multitude de personnages  –, réussissent le tour de force de faire revivre les principales créations du maître. Le résultat est d’une beauté époustouflante.

Par son jeu à la fois expressif et sensuel, Cesare Capitani ressuscite magnifiquement le Caravage. Mais un Caravage inattendu, étonnamment humain, dont il fait ressortir la personnalité complexe : un homme à l’âme torturée, mais aussi un jouisseur se livrant à ses pulsions charnelles ; un artiste insoumis, persécuté par l’Église, mais qui fut soutenu par le pouvoir en place… Le choix d’une femme pour jouer ses amants successifs apporte au propos une touche de douce sensualité.

Ce spectacle est une plongée dans l’univers fascinant d’un créateur dont la vie et l’œuvre sont enchevêtrées, conservant tout leur potentiel de mystère.

Véronique Tran Vinh

D’après le roman de Dominique Fernandez, La Course à l’abîme.
De et avec : Cesare Capitani
Mise en scène et adaptation : Stanislas Grassian
Direction d’acteurs : Nita Klein
Avec : Lætitia Favart ou Manon Leroy

 JUSQU’AU 12 MARS 2017
Du mardi au samedi à 18 h 30, dimanche à 16 h
Le mardi en italien
Théâtre du Lucernaire
53, rue Notre-Dame-des-Champs
75006 Paris
Tél. : 01 45 44 57 34
http://www.lucernaire.fr/theatre/1049-moi-caravage.html

Grand symposium : tout sur l’amour, au Théâtre de Belleville

 

Lors de cette conférence, Catherine Dolto et Emma la clown s’interrogent – et nous interrogent – sur les multiples formes que peut revêtir l’amour. Dans un ping-pong verbal réjouissant, elles jouent sur leur complémentarité scientifique-humoriste.

L’originalité de cette conférence (qui n’en est pas vraiment une), c’est qu’elle peut être placée sous l’angle de la théologie négative. Puisque l’amour ne peut pas être décrit par ce qu’il est, les deux conférencières vont l’aborder par ce qu’il n’est pas. Non, ce n’est pas une relation placentaire sécurisante ; non, ce n’est pas la passion, ni la possession, ni l’amitié entre deux personnes, ni ni ni… N’imaginez pas pour autant qu’il s’agit d’une démonstration pesante. Les digressions d’Emma la clown, particulièrement désopilantes, se chargent d’alléger le sujet.
Au passage, nous seront rappelées les cinq principales formes que les Grecs anciens attribuaient à l’amour : porneïa (l’amour dévorant) ; pathos (l’amour passion) ; eros (l’amour des sens) ; philia (l’amitié) ; agapè (l’amour divin) ;
Des spécialistes viendront apporter leur éclairage sur l’amour grâce à des interviews filmées : un historien, deux ethnologues, un physicien, un philosophe… et même une gynécologue taoïste (non, non, ce n’est pas une blague !).
À retenir, la définition pleine d’humour d’Étienne Klein, spécialiste de physique quantique, au sujet de la rencontre amoureuse : « un paquet de quarks qui rencontre un autre paquet de quarks » ( !) ; ou l’intervention, plus sérieuse, du philosophe Patrick Viveret, à propos des trois besoins fondamentaux de l’être humain (l’amour/le bonheur/la quête de sens). Et quand Emma la clown se met à nous expliquer par un schéma le transfert d’énergie dans le couple amoureux, c’est tout simplement renversant !
Vous l’aurez compris, sur ce sujet éminemment profond et grave qu’est l’amour, nos deux conférencières s’en donnent à cœur joie. Leur duo fonctionne à merveille et leurs réflexions croisées font mouche, nous faisant rire tout en nous donnant matière à réfléchir. Est-ce un hasard si Hubert Reeves était ce jour-là dans la salle ? L’éminent astrophysicien participera au prochain spectacle des deux comparses, intitulé Z’Humains, dans le même lieu.

De /par Catherine Dolto et Meriem Menant, alias Emma la clown
Régie : Romain Beigneux-Crescent
Production : Compagnie La Vache Libre

Jusqu’au 30 janvier 2017
Lundi à 20 h, dimanche à 19 h
Théâtre de Belleville
94, rue du Faubourg-du-Temple
75011 Paris
Tél. : 01 48 06 72 34
http://theatredebelleville.com/saison-16-17/item/337-grand-symposium-tout-sur-l-amour

Le Jeu de l’amour et du hasard, au théâtre du Lucernaire

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Un écran sur lequel est projeté un clip avec, en fond sonore, David Bowie. D’entrée de jeu, on comprend que la jeune metteure en scène (qui tient le rôle de Silvia) a l’intention de « confronter le propos de Marivaux sur son époque à la lumière de [notre] siècle ».
Parti-pris réussi puisque cette version « revisitée » fait ressortir la modernité et l’impertinence du sujet (surtout pour le XVIIIe siècle !) : une jeune femme, inquiète du mariage arrangé par son père, décide de se faire son propre jugement sur l’époux pressenti en se faisant passer pour sa suivante. Elle ignore que de son côté, et pour les mêmes raisons, son futur époux adopte la même stratégie.

Dans un décor aux couleurs acidulées qui crée une ambiance joyeuse et estivale, les personnages de cette comédie de dupes virevoltent devant nous, essayant d’échapper au poids des conventions sociales. La mise en scène de Salomé Villiers tire vers la farce et le jeu des comédiens, délibérément outré (notamment celui d’Angèle Humeau et d’Étienne Launay dans les rôles de Lisette et d’Arlequin), provoque le rire.

Cela n’empêche pas la critique sociale d’affleurer sous ce jeu de masques en apparence léger et délicieusement amoral. Les maîtres restent eux-mêmes – ceux qui possèdent les codes de la bienséance et qui commandent – malgré leur costume de domestique, et inversement. Le hasard faisant bien les choses, lorsque les masques tomberont, chacun retrouvera sa place et la mésalliance sera évitée, ouf !

La pièce est ponctuée de clips vidéo qui prolongent l’action et apportent dynamisme et modernité au spectacle. Grâce à une mise en scène énergique et aux dialogues étincelants de Marivaux, on rit beaucoup devant les quiproquos qui s’enchaînent. La distribution des rôles est parfaite et les six comédiens font preuve d’un enthousiasme communicatif. Mention spéciale à Pierre Hélie dans le rôle du facétieux Mario, frère de Silvia. Par la drôlerie et la fraîcheur de son traitement, cette pièce au sujet intemporel (l’amour) ne manquera pas de séduire tous les publics, adolescents compris.

 Véronique Tran Vinh

 

De Marivaux
Mise en scène : Salomé Villiers
Assistante mise en scène : Lisa de Rooster

Avec :
Salomé Villiers (Silvia)
Angèle Humeau (Lisette), en alternance avec Raphaëlle Lemann
Philippe Perrussel (M. Orgon)
Pierre Hélie (Mario), en alternance avec Bertrand Mounier
François Nambot (Doriante)
Étienne Launay (Arlequin)
Vidéos : François Nambot

Jusqu’au 31 décembre 2016
Du mardi au samedi à 20 H et dimanche à 18 h
Théâtre du Lucernaire
53, rue Notre-Dame-des-Champs
75006 Paris
Tél. : 01 45 44 57 34
www.lucernaire.fr/theatre/663-le-jeu-de-l-amour-et-du-hasard.html

Le Journal d’une femme de chambre, à La Folie Théâtre

 

ljfc-1jean-romain-pac-retaillee©Jean-Romain Pac

« Ah ! ceux qui ne perçoivent, des êtres humains, que l’apparence […] ne peuvent pas se douter de ce que le beau monde, de ce que la haute société est sale et pourrie. »

Voici l’occasion rêvée de redécouvrir ce portrait au vitriol de la bourgeoisie de la fin du XIXe siècle, vue à travers les yeux de Célestine, chambrière chez les Lanlaire. La mise en scène, volontairement épurée, laisse toute sa place au texte, magnifiquement porté par Karine Ventalon (« Meilleure comédienne 1er rôle 2015 » aux P’tits Molière), seule devant le public. Le standard « Solitude » interprété par Billie Holiday vient ponctuer le spectacle, créant une atmosphère intimiste, propice à la confidence.

Ce récit de la vie d’une femme de chambre de province, au bas de l’échelle sociale, est à la fois empreint de lucidité et d’humour. Lucidité très crue lorsque Célestine décrit sa condition de domestique : « La solitude, ce n’est pas de vivre seule, c’est de vivre chez les autres, chez des gens qui ne s’intéressent pas à vous, pour qui vous comptez moins qu’un chien. » Mais humour impitoyable lorsqu’elle se moque des travers de ses maîtres et maîtresses, tous corrompus par l’argent, le vice ou la vanité.

Une société corrompue
La vie de Célestine se résume à une suite d’asservissements : elle est esclave de ses maîtres, mais aussi esclave de ses sens lorsqu’elle succombe à son désir pour les hommes (notamment pour Joseph, son fiancé violent et xénophobe). La force du texte d’Octave Mirbeau réside dans sa capacité à montrer les dessous les plus vils de l’âme humaine : mépris et cruauté vis-à-vis des plus faibles, exploitation sexuelle et exploitation tout court. Mais les opprimés ne se révèlent guère plus louables que leurs oppresseurs, faisant preuve d’un antisémitisme tristement banal – nous sommes à l’époque de l’affaire Dreyfus – et devenant, dès qu’ils le peuvent, oppresseurs à leur tour. Seuls les mots et l’humour peuvent éclairer ce tableau très sombre de la condition humaine.

Avec pour uniques accessoires une valise et une paire de bottines, Karine Ventalon se livre à une performance très physique, donnant vie à une incroyable galerie de personnages par ses mimiques, sa gestuelle ou son intonation. Jamais elle n’en fait trop. Dans le rôle de Célestine, elle change de registre avec maestria, passant de la rouerie au désespoir, de la séduction à l’émotion avec la même justesse. Grâce à son interprétation  intense et d’une grande expressivité, elle parvient à nous faire entrer dans les tourments de son personnage pendant une heure et demie. Un très beau spectacle porté par une très belle comédienne, qui mériterait d’être joué sur les plus grandes scènes.

Véronique Tran Vinh

D’Octave Mirbeau
Mise en scène : William Malatrat
Avec : Karine Ventalon
Jusqu’au 4 mars 2016
Du mardi au samedi à 20 h et dimanche à 18 h
À la Folie Théâtre
6, rue de la Folie Méricourt
75011 Paris
Tél. : 01 43 55 14 80
http://www.folietheatre.com/

Le Bouton de rose, à la Comédie Nation

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Copyright Trapet

 

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le …toris…

Une conférencière faussement pudibonde, au charme rétro, nous expose sa théorie botanico-scientifico-philosophique sur le « bouton de rose », au cours d’une conférence intitulée Parlons-en. Bien entendu, il ne s’agit pas d’un cours sur le jardinage, mais d’un savant exposé sur le mystérieux organe du plaisir féminin.

La docte conférencière, émoustillée peu à peu par son sujet, entreprend d’illustrer ses propos et se lance pour notre plus grand plaisir dans des variations théâtrales et vocales autour de ledit organe. Elle étaie sa démonstration d’extraits issus du répertoire littéraire érotique (Voltaire, Verlaine, entre autres), de la presse (de La Tribune de Genève à Psychologies Magazine) ou d’ouvrages d’éminents spécialistes (Ode au clitoris, du Dr Leleu, ou Un petit bout de bonheur, le manuel de clitologie, de Rosemonde Pujol ! ), le tout émaillé de chansons polissonnes (Colette Renard, Bobby Lapointe, Georges Brassens, etc.) Humour déjanté, interprétation endiablée, ce spectacle est un régal pour les yeux comme pour les oreilles !

Sophie Accaoui excelle dans son personnage de conférencière fôlatre, d’un enthousiasme communicatif, et nous entraîne dans un univers débridé qui n’occulte pas son réel talent de chanteuse. À signaler, notamment, un morceau de bravoure lorsqu’elle imite un rouleau mécanique de la fin du XIXe siècle sur un air de Samson et Dalila, de Saint-Saëns.

Un moment de pure jouissance comique, servi par la mise en scène enlevée de Laurent Lévy. Grâce à des textes finement choisis, le propos déclenche le rire sans jamais tomber dans la vulgarité. Ce spectacle d’un genre nouveau (mi- théâtre, mi-récital) ravira tous ceux et toutes celles qui veulent en savoir plus sur le plaisir féminin… sans jamais oser le demander !
Imaginé, joué et chanté par Sophie Accaoui
Mise en scène : Laurent Lévy
Création lumières : Élias Attig

À partir du 14 octobre 2016
Le vendredi à 19 h
Comédie Nation
77, rue de Montreuil
75011 Paris
Tél. : 09 52 44 06 57
http://www.comedienation.fr/content/le-bouton-de-rose