“L’Éternel Premier”, au théâtre de la Pépinière

OS9A5026 - 1 Photo Anquetil 6 HD © Léonard

© Marco Cravero

Dans la peau d’un champion

Même si vous ne faites pas partie des fans qui se pressent au bord de la route lors du Tour de France pour voir passer le peloton, et même si vous n’aimez pas le cyclisme, ce spectacle mérite le détour. Car il s’agit moins d’une pièce sur ce sport qu’un hommage à un individu hors norme, individualiste et charismatique, un grand sportif évidemment, mais, surtout, un rebelle dont les principales aspirations étaient le dépassement de soi et… la liberté.

La personnalité de Jacques Anquétil ne manque pas de fasciner. Malgré (ou à cause de) son profil de gagnant, il fut moins aimé du public que Poupou, l’éternel challenger. Peut-être parce que l’homme était trop secret, trop complexe aussi. Face au public, courbé sur son vélo, Matila Malliarakis incarne magnifiquement ce champion aux mollets (et au mental) de fer, qui avale les kilomètres, avec une seule idée en tête : gagner. Des routes qui défilent, le public qui l’acclame le long du Tour… grâce à la scénographie et aux jeux de lumière, on est gagné par le rythme infernal de la course.

Anticonformiste et épicurien
« Son coup de pédale était un mensonge. Il disait la facilité et la grâce, il disait l’envol et la danse dans un sport de bûcheron. » Le beau texte de Paul Fournel nous fait saisir l’ambivalence des sentiments qui traversent le coureur sur son vélo : solitude face à la douleur extrême, désespoir… mais aussi détermination, force, jouissance, ivresse de la liberté. On sue avec lui, on brave les éléments, on appuie à fond sur la pédale. C’est à une course contre la montre que se livre Jacques, mais aussi et surtout, à une course contre la mort. L’homme est un anticonformiste et un épicurien qui ne veut renoncer à rien… même pour sa carrière sportive.

La mise en scène, habile, restitue à grands traits la carrière et la vie d’Anquétil. Sa garde rapprochée (Janine, à la fois compagne, fidèle complice et manager, Géminiani, son directeur sportif…) est campée de manière stylisée mais convaincante. Sont évoqués en filigrane ses coups de gueule, ses provocations, sa hargne de gagneur, sa rivalité-amitié avec Poulidor, mais aussi sa vie privée mouvementée.

Durant 1 h 20, nous sommes entraînés dans une course haletante qui s’achèvera avec la mort d’Anquétil. Il n’avait que 53 ans.

Véronique Tran Vinh

D’après le récit de Paul Fournel, Anquetil tout seul
Adaptation et mise en scène Robert Guenoun
Scénographie Marc Thiébault
Avec Matila Malliarakis, Clémentince Lebocey et Stéphane Olivié Bisson

Jusqu’au 16 décembre 2018 

Lundi à 20 h et dimanche à 19 h
Théâtre de la Pépinière
7, rue Louis-le-Grand
75002 Paris
https://theatrelapepiniere.com/l_eternel_premier.html

 

 

 

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“Cuisines & confessions”, à Bobino

©Alexandre-Galliez

Dans un shaker, mettez sept artistes des deux sexes, jeunes, de nationalités différentes (un Argentine, une Suédoise, un Américain, etc.), multidisciplinaires (acrobates, danseurs, comédiens), mélangez, secouez et… savourez un cocktail détonant d’énergie, de virtuosité, de proximité et d’humour !

Pour notre plus grand bonheur, les membres de la troupe québecquoise Les 7 doigts de la main réinventent les disciplines du cirque (saut périlleux, diabolo, tissu aérien, mât chinois, etc.). Et peu importe si le fil conducteur (les liens ou les souvenirs qui se tissent autour de la cuisine) apparaît finalement comme un prétexte, les numéros sont plus enthousiasmants les uns que les autres.

Ces jeunes artistes dégagent une fraîcheur et une énergie communicatives, n’hésitant pas à interagir avec le public, ravi, qui en redemande (encore bravo à Élodie, Arthur et aux autres, qui sont montés sur scène ce soir-là « à l’insu de leur plein gré »). Malgré leur virtuosité évidente, ils savent rester proches et accessibles. Pour preuve, les plats qu’ils concoctent durant le spectacle (un gâteau à la banane et des pâtes) et qu’ils partagent à la fin avec les spectateurs.

Les numéros s’enchaînent à un rythme endiablé, mettant en avant le mélange de personnalités et de cultures des artistes, qu’ils soient en solo ou en collectif. Fait rare, jamais la technicité ne prend le pas sur l’émotion ; jamais le collectif n’occulte les individualités.

J’ai notamment envie de souligner la performance des deux jeunes acrobates qui effectuent d’incroyables sauts périlleux à travers des cadres, ou encore celle de la danseuse contorsionniste dans un numéro de tissu aérien tout en grâce et en expressivité.

Nul doute que ce cocktail revigorant de générosité et de talent saura séduire le plus grand nombre. À savourer sans modération ! L’abus de bonne humeur n’est pas dangereux pour la santé.

Véronique Tran Vinh

Jusqu’au 12 janvier 2019
Du mercredi au vendredi à 21 h
Les samedis à 16 h 30 et 21 h
http://7doigts.com/
Bobino
14-20, rue de la Gaîté
75014 Paris
Tél. : 01 43 27 24 24
http://bobino.fr/?fiche=1225

 

 

 

“Tendresse à quai”, au studio Hébertot

@Stéphane Cottin

Tout commence comme dans un roman (de gare). Deux personnages que tout oppose. Un homme vieillissant, un peu misanthrope, qui manie à merveille l’autodérision, et une jeune femme engoncée dans son rôle professionnel, qui semble un pur produit de la société moderne. Deux êtres esseulés qui vont se croiser par hasard, se retrouver, puis se confronter pour mieux s’apprivoiser. Une histoire somme toute banale. Sauf que l’homme est un écrivain, Prix Goncourt, en perpétuelle recherche d’inspiration.

Mise en abyme
À partir de là, l’histoire va rapidement basculer dans un registre inattendu. Par une subtile mise en abyme, l’auteur (Henri Courseaux) nous plonge avec malice dans l’imaginaire des protagonistes. Qui est réellement Colette, jeune cadre récemment mise sur la touche ? Est-elle Madeleine, sortie de son imagination (ou de celle de Léon) pour plaire à l’écrivain ? Ou bien Solange, la fille de Léon, ressurgie du passé ? Ou peut-être un peu toutes ces femmes à la fois ? Difficile de démêler la réalité de la fiction tant les fausses pistes se multiplient. Personnages réels et imaginaires s’entremêlent, semant la confusion dans l’esprit du spectateur.

Ce récit à tiroirs, à la fois plein de finesse et d’une grande drôlerie, brasse de multiples thèmes comme l’amour, la tendresse intergénérationnelle, la vieillesse, la solitude, évoquant par touches légères toutes ces petites failles qui constituent un être humain. Courseaux raille les travers du monde littéraire (on rit quand l’auteur tire à boulets rouges sur les critiques et les éditeurs !), mais également la société moderne et sa déification de la culture d’entreprise (quand ce n’est pas celle des réseaux sociaux !).

Entre rêve et réalité
L’originalité de la pièce réside dans le fait qu’elle joue sur plusieurs registres : la comédie bien sûr, mais aussi le merveilleux et la poésie (très jolie séquence où les deux protagonistes rêvent qu’ils sont des oiseaux). Elle est servie par une écriture savoureuse, qui plaira à tous les défenseurs de la langue française (que l’auteur pardonne mon utilisation abusive des adjectifs…).

La mise en scène de Stéphane Cottin, vive et légère, s’efface devant ses personnages pour en révéler toute l’humanité. Malgré leurs blessures et leurs espoirs déçus, Léon et Colette réinventent leur vie dans un jeu perpétuel. Ainsi, le personnage d’Henri Courseaux n’est pas sans évoquer un clown blanc, à la fois facétieux et sensible, qui nous entraîne dans son univers entre rêve et réalité. Avec son regard clair et son allure fragile, Marie Frémont fait également preuve d’un grand sens comique. Elle est aussi à l’aise dans le rôle de Madeleine, débordante de sensibilité et de tendresse, que dans celui de Colette, déterminée, voire autoritaire, lorsqu’elle applique les diktats de son milieu professionnel.

Et, bien entendu, l’histoire se termine comme elle a commencé… par une jolie pirouette !

Véronique Tran Vinh

De Henri Courseaux
Mise en scène Stéphane Cottin
Avec Henri Courseaux et Marie Frémont

Jusqu’au 18 novembre 2018
Du mercredi au samedi à 21 h, dimanche à 14 h 30
Studio Hébertot
78 bis, boulevard des Batignolles
75017 Paris
https://www.studiohebertot.com/

“Le Roi Arthur”, au théâtre de l’Épée de bois

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© Cédric Vasnier

« Nos sales faiblesses nous trahissent, nous gouvernent, et nous voici dans l’opprobre et la laideur d’un monde que je voulais beau ! Mais nous avons touché l’innommable. Nous avons perdu foi en toutes choses. Il faut retrouver ce qui est perdu… »  Arthur Pendragon

Le roi Arthur et ses fidèles chevaliers, Lancelot du lac, Guenièvre, Merlin, Morgane, Mordred… autant de personnages mythiques dont les noms ont bercé l’imaginaire des petits et des grands. Pourquoi cette légende celte, apparue vers la fin du Ve siècle, continue-t-elle de nous captiver ? Peut-être parce qu’elle recèle tous les ingrédients propres à la tragédie : lutte pour le pouvoir, honneur trahi, passions, rivalités, vengeance… Une histoire où la chair et le sang sont intimement liés.

À l’instar des dieux dans les tragédies grecques, les magiciens et les fées font et défont les destinées humaines. Ainsi, Merlin l’Enchanteur a-t-il élu Arthur Pendragon pour sauver le peuple celte des envahisseurs germaniques et monter sur le trône royal. Le roi campé par Jean-Philippe Bêche est un guerrier, certes, mais surtout un monarque en proie au doute et à des passions bien humaines. Un roi déchiré entre son idéal et une double trahison (celle de la femme qu’il aime et celle de son plus fidèle chevalier et ami).

Dans ce monde qui exalte les valeurs guerrières et le sens de l’honneur, les figures féminines n’en sont pas moins riches et complexes. Avide de vengeance, la fée Morgane – qui a eu des relations incestueuses avec Arthur – est prête à tout pour contrecarrer les plans ourdis par son maître Merlin et assouvir sa haine envers son demi-frère, malgré les tentatives de sa mère Ygerne pour l’en empêcher.

Dans la belle salle en pierre du théâtre, la mise en lumière d’Hugo Oudin crée une atmosphère envoûtante, magnifiant les costumes médiévaux et les spectaculaires combats au bâton et à l’épée. Les percussions d’Aidje Tafial rythment le spectacle et lui apportent un supplément d’intensité dramatique.

Durant 1 h 45, grâce à une interprétation talentueuse et homogène, nous sommes suspendus au destin du roi Arthur et de tous les personnages qui gravitent autour de lui.

Si vous aussi, vous avez envie de plonger au cœur de cette épopée, de frémir, de vibrer et de croiser le fer aux côtés des chevaliers de la Table ronde, courez vite au théâtre de l’Épée de bois, les jours du “Roi Arthur” y sont comptés.

Véronique Tran Vinh

Écrit et mis en scène par : Jean-Philippe Bêche
Avec : Jean-Philippe Bêche, Antoine Bobbera, Lucas Gonzales, Jérôme Keen, Erwan Zamor, Marianne Giraud-Martinez, Marie-Hélène Viau, Franck  Monsigny, Morgane Cabot, Fabian Wolfrom

DU 6 AU 14 OCTOBRE
Du jeudi au samedi à 20 h 30
Samedi et dimanche à 16 h
sauf les : jeudi 27 septembre et 4 octobre, vendredi 5 octobre

Théâtre de L’Épée de bois
Cartoucherie de Vincennes
Route du Champ de Manœuvre
75012 Paris
www.epeedebois.com

“Blanche Neige”, à la Grande Halle de la Villette

Blanche Neige-Jean-Claude Carbonne CMJN

©Jean-Claude Carbonne

Ce ballet, créé en 2009 et magistralement interprété par les 24 danseurs de la compagnie Angelin Preljocaj, se veut une « parenthèse féérique et enchantée » dans l’œuvre du chorégraphe d’origine albanaise. Durant 1 h 50, nous sommes happés par la magie des décors de Thierry Leproust, le lyrisme de la musique de Malher et la beauté de la chorégraphie.

Au-delà du célèbre mythe des frères Grimm, Preljocaj nous offre une version de Blanche Neige très charnelle, ancrée dans la réalité : parcours initiatique d’une jeune fille qui devient femme pour Blanche Neige, poursuite de l’éternelle jeunesse et lutte pour la conserver pour sa marâtre.

Certaines scènes frappent particulièrement par leur créativité, comme celle où les sept nains (des mineurs de fond !) semblent jaillir d’une falaise abrupte où ils effectuent un surprenant ballet en suspension ; ou encore, celle où la marâtre poursuit Blanche Neige pour lui enfoncer la pomme dans la gorge, avec un sadisme non dénué de volupté. De même, la scène où le prince désespéré danse avec Blanche Neige, présumée morte, captive.

Les costumes de Jean Paul Gaultier apportent leur touche incongrue à l’univers de Preljocaj et contribuent à sublimer le corps des danseurs. Ah ! la tunique de Blanche Neige hardiment fendue sur les hanches… et le pantalon orange à bretelles du prince (clin d’œil au style Gaultier des années quatre-vingt dix !), sans oublier la tenue de la marâtre, très réussie, à mi-chemin entre celle de Madonna et d’une dominatrice sexy.

Mirea Delogu, dans le rôle de Blanche Neige, fait preuve d’une belle expressivité dans la danse. Face à elle, Cecilia Torres Morillo, d’une sensualité redoutable, campe une marâtre aussi fascinante que maléfique, prête à tout pour conserver sa jeunesse et sa beauté. Les scènes où elle apparaît, escortée par ses deux chats (telle Catwoman) ou face à son miroir, sont d’une grande force dramatique.

En résumé, un spectacle plein de créativité et de sensualité, porté par une chorégraphie enlevée, qui permet de parler aux petits comme aux grands, et qui nous prouve, si besoin était, que Blanche Neige est un conte très actuel.

Véronique Tran Vinh

Chorégraphie Angelin Preljocaj
Costumes Jean Paul Gaultier
Musique Gustave Mahler – Musique additionnelle 79 D
Décors Thierry Leproust
Lumières Patrick Riou
Avec Mirea Delogu (Blanche Neige), Redi Shtylla (le prince), Cecilia Torres Morillo / Anna Tatarova (la reine), Sergi Amoros Aparicio (le roi), Margaux Coucharrière, Manuela Spera (les chats).
Création 2008 – Chorégraphie primée aux Globes de cristal 2009.

Du 5 au 8 juillet 2018
Grande Halle de la Villette
https://lavillette.com/evenement/angelin-preljocaj-blanche-neige/#utm_source=blog&utm_medium=DMPVD


“Les Âmes offensées” (Volet 2), au musée du quai Branly

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©Fred Lyonnet

Dans cette trilogie, Macha Makaeïeff a décidé de mettre en scène les récits de voyage de l’ethnologue Philippe Geslin. Ces spectacles d’un genre inédit – entre le récit et le théâtre – nous parlent d’un monde qui bascule, de peuples obligés de s’adapter pour survivre.

L’année dernière, j’avais chroniqué Peau d’ours sur ciel d’avril, qui nous emmenait sur les traces des derniers chasseurs Inuits.
https://dmpvd.wordpress.com/2017/03/13/les-ames-offensees-au-musee-du-quai-branly/

Cette fois, je suis partie à la découverte du quotidien des Soussous de Guinée, dans le spectacle joliment intitulé Le Crayon de Dieu n’a pas de gomme. Un quotidien que Philippe Geslin nous décrit de manière sensible. Pas de doute, les Soussous ont beaucoup de choses à nous apprendre. Un art de vivre surtout, qui consiste à aborder des conditions de vie hostiles dans la mangrove (chaleur tropicale, moustiques, labeur…) avec un sens inné de la poésie.

Sur scène, deux symboles : d’un côté, un tas de sel qui évoque « l’or blanc », exploité par les Soussous – menace pour l’équilibre fragile de la mangrove – de l’autre, la portière d’une vieille 403, dernier reste de la colonisation française. En écho au récit de l’ethnologue, résonnent les mots que N’Fassory, son hôte, a consignés sur des cahiers d’écolier. Des mots simples qui parlent de la vie au village, du travail quotidien, de la relation des hommes avec leur terre, de leurs coutumes (ou de ce qu’il en reste).

Des vidéos ou des photos projetées sur le mur du fond viennent compléter ce tableau : on navigue en pirogue dans la touffeur de la mangrove avec l’explorateur poète, on assiste à une cérémonie d’initiation, on circule dans un taxi brousse… Traces de vie, témoignage fragile d’un passé qui s’estompe.

Une fois de plus, avec finesse, Macha Makaeïff réussit à ouvrir les portes de notre imaginaire. Ce voyage chez les Soussous nous donne envie d’aller découvrir d’autres « âmes offensées », d’autres communautés à la vie bouleversée par le progrès. Et si l’ethnologie nous invitait à porter un regard sensible sur le monde ?

Véronique Tran Vinh

Avec Philippe Geslin

Mise en scène, adaptation, scénographie et costumes Macha Makeïff
Musée du quai Branly-Jacques Chirac,
en partenariat avec le Théâtre de la Criée, Marseille
37, quai Branly
75007 Paris

Vendredi 15 juin
20 h, premier volet : Peau d’ours sur ciel d’avril, les derniers chasseurs Inuit
Samedi 16 juin
19 h, deuxième volet : Le crayon de Dieu n’a pas de gomme, chez les Soussou de Guinée
Dimanche 17 juin
17 h, troisième volet : Avant le départ des gazelles, les guerriers Massaï

http://www.quaibranly.fr/fr/expositions-evenements/au-musee/spectacles-fetes-et-evenements/spectacles/details-de-levenement/e/les-ames-offensees-37619/

Bientôt à la Villette, Preljocaj revisite “Blanche-Neige”

960-18-Reine_0404_Blanche-Neige-Jean-Claude-Carbonne© Jean-Claude Carbonne

Nichés au coeur des décors de Thierry Leproust et sublimés par les costumes de Jean-Paul Gaultier, les danseurs de Preljocaj incarnent dans ce ballet narratif toute la folie lyrique et exaltée du conte des frères Grimm. Un spectacle enchanteur, entre romantisme, érotisme et violence.

Du 5 au 8 juillet 2018 • Grande Halle de la Villette
Du jeudi au samedi à 20 h 30
Dimanche à 16 h
https://lavillette.com/evenement/angelin-preljocaj-blanche-neige/?utm_source=blog&utm_medium=DMPVD

“La Fiesta”, à la Villette

 

 

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©Jean-Louis Duzert

« Je crois que la fête est à la fois l’expression et la nécessité de ma culture. » Dans sa dernière création, qui a fait sensation au dernier festival d’Avigon, Israel Galván évoque ce moment précis et codifié du spectacle flamenco au cours duquel les artistes sonnent le final en changeant de rôle (fin de fiesta).

La Fiesta, c’est d’abord et avant tout une histoire d’amitié et une histoire de troupe. Des femmes et des hommes qui partagent la même passion pour la culture flamenca et la musique au sens large. La participation d’une chanteuse venue d’ailleurs qui « s’exprime » dans plusieurs langues, d’une étrange violoniste et d’un ensemble byzantin (à la musique magnifique) en témoigne. Tout cela forme un ensemble furieusement iconoclaste.

Dans ce spectacle, il est question de sons plutôt que de musique à proprement parler, des sons produits avec la voix, mais aussi avec la bouche, les mains, et même les pieds. Il est question aussi du chaos, du sacré, et comme le sous-entend le titre, du sens de la fête présent partout en Espagne. Et évidemment, une fête ne se fait jamais seul…

Ici, pas de scénographie réglée au millimétre, mais plutôt un bouillonnement de vie, des tables qu’on renverse pour danser dessus, des coquillages qu’on s’amuse à jeter en l’air ou à piétiner allègrement, des défis que l’on se lance à travers la maîtrise des voix et des corps.

Même si l’on est parfois un peu déconcerté, on se laisse happer par le rythme de la danse, le rythme de la vie. Parfois, cela ressemble à une longue transe comme dans le ballet final – véritable morceau de bravoure – où le maître sévillan évolue au milieu de sons qui évoquent la semana santa (cris, pleurs, prières…).

C’est ce bordel, cette effervescence, cette fratrie liée par une culture artistique très forte qui donnent envie d’entrer dans la fête à notre tour… n’en déplaise aux esprits chagrins. Que viva la fiesta !

Véronique Tran Vinh

Jusqu’au 11 juin 2018
Grande halle de la Villette, dans le cadre de la programmation hors les murs du Théâtre de la Ville
Tous les jours à 20 h 30, sauf dimanche à 16 h
https://lavillette.com/evenement/israel-galvan-la-fiesta/#utm_source=blog&utm_medium=DMPVD
Toute la programmation de la Villette ici :
https://lavillette.com/agenda/

Conception, direction artistique, chorégraphie Israel Galván
Direction musicale Israel Galván et Niño de Elche
Avec Eloísa Cantón, Emilio Caracafé, Israel Galván, El Junco, Ramón Martínez, Niño de Elche, Alejandro Rojas-Marcos, Alia Sellami, Uchi et le Byzantine Ensemble Polytropon
Dramaturgie Pedro G. Romero

“Le Misanthrope”, à la Grande Écurie de Versailles

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©Emmanuel Orain

Écrite en 1666 par Molière, cette pièce est marquée par l’amertume liée à la situation personnelle de l’auteur (querelle du Tartuffe et déboires amoureux). La tragédienne et metteuse en scène Anne Delbée nous en livre sa vision toute personnelle.

Dans le cadre magnifique de la Grande Écurie, nous avons assisté ce soir-là à une relecture décalée du Misanthrope, placée sous signe de la dolce vita. D’emblée, le ton est donné. Il sera résolument baroque. Anne Delbée transpose le Misanthrope à notre époque, dont le goût pour le paraître et la liberté de mœurs sont soulignés. Elle donne à voir une comédie dominée par l’ambivalence des sentiments humains : Alceste hait l’hypocrisie, mais il aime la belle Célimène dont la liberté de comportement et l’attrait pour la médisance sont contraires à ses valeurs.

La mise en scène est volontairement outrée, évoquant par moments un univers fellinien avec des personnages au comportement extravagant, voire grotesque, illustré par Oronte (excellent Yannis Ezziadi, tout en gloussements et gestes affectés), et les “petits marquis”. Célimène et sa cour d’admirateurs sont montrés comme une bande de jouisseurs, dépourvus de valeurs, qui se livrent à une fête perpétuelle. Ils dansent, boivent, se rient de tout et de tous, comme dans l’acte 2 (très drôle) où Célimène, au cours d’une sarabande échevelée, raille à tour de rôle certains de ses soupirants absents.

Trop d’artifices
Face à eux, Alceste incarne le moraliste drapé dans sa dignité. On ne peut s’empêcher d’y voir l’alter ego de l’auteur lui-même, raillé et attaqué après avoir été porté aux nues, malheureux en amour. Cela n’empêche pas Molière de montrer le revers de son caractère : son manque d’indulgence envers les autres qui vire au rigorisme. Entre les deux, Philinte, qui prône le compromis entre l’hypocrisie et la vertu.

Malheureusement, la mise en scène, surchargée, finit par desservir le sujet. Anachronismes, comédiens habillés en femmes ou qui se trémoussent au son de musiques contemporaines… pour montrer la vacuité du monde moderne ? Tous ces artifices finissent par lasser d’autant qu’ils n’apportent rien au propos – pourtant incisif – de Molière.

Vous l’aurez compris, je n’ai pas été convaincue par cette proposition du Misanthrope, malgré une distribution talentueuse – citons entre autres Valentin Fruitier, parfait en « atrabilaire amoureux », Emmanuel Barrouyer, Philinte à la causticité bienvenue, et Émilie Delbée, très convaincante en Célimène d’aujourd’hui  – et une tentative audacieuse de rendre cette comédie de caractères plus actuelle.

Que cela ne vous empêche pas de courir découvrir les autres représentations théâtrales données dans les plus beaux endroits de Versailles !

Véronique Tran Vinh

Mise en scène Anne Delbée
Avec la compagnie Anastasis
Valentin Fruitier (Alceste), Emmanuel Barrouyer (Philinte), Yannis Ezziadi (Oronte), Émilie Delbée (Célimène), Esther Moreau (Éliante), Anne Delbée (Arsinoé), Luc Rodier (Acaste), Étienne Bianco (Clitandre), Arthur Compardon, Stanislas Perrin.

Prochaines représentations :
Le 13 juin à 20 h 30 : par la compagnie Viva
Le 29 juin à 20 h 45 : par la compagnie Anastasis

D’autres spectacles sont programmés tout au long du mois de juin, partout dans Versailles, gratuits pour la plupart.
Renseignements : 01 30 21 51 39
http://www.moismoliere.com/
https://www.youtube.com/watch?v=G8AMkpNx5tQ

 

À La Villette, Israel Galvan fait sa fiesta

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©Aliaksandra-Kanonchenka

Au sommet de son art, Israel Galván s’engage dans une nouvelle forme de relation au corps avec une pièce chorale inédite. Aucun fête n’a lieu sans son anti-fête, en marge, derrière ceux qui dansent. C’est cet anneau autour de l’astre que le danseur, confronté à huit autres artistes, veut observer dans La Fiesta.
Bientôt ma chronique sur DMPVD…

Du 5 au 11 juin • Grande Halle de la Villette
Tous les jours à 20 h 30 / Dimanche 11 juin à 16 h – Relâche le 8 juin
https://lavillette.com/evenement/israel-galvan-la-fiesta/#utm_source=blog&utm_medium=DMPVD

 

 

 

 

Le Mois Molière, à Versailles

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Depuis plus de vingt ans, le Mois Molière marque le lancement de la saison des festivals. Chaque année, du 1er au 30 juin, la manifestation voit affluer les comédiens à Versailles. Pour de nombreuses compagnies, c’est un véritable tour de chauffe avant le Off d’Avignon.
Incubateur de talents depuis 1996, le Mois Molière transforme la ville,
trente jours durant, en une grande scène à ciel ouvert, accueillant chaque année près de 100 000 spectateurs350 spectacles, classiques et contemporains, majoritairement en entrée libre, défendent les nouvelles formes du théâtre populaire, dans plus de 60 lieux, partout en ville (Grande écurie du château, Potager du Roi, théâtre Montansier, ancien hôpital royal, galerie des Affaires étrangères de Louis XV, parcs, places et jardins…).

Le Mois Molière – 23e édition
Retrouvez l’intégralité de la programmation sur :
http://www.moismoliere.com/

“4.48 Psychosis”, au Théâtre-Studio d’Alfortville

 

 

 

©Simon Annand

Au cœur de la psychose

Sujet difficile que celui abordé par Sarah Kane, jeune dramaturge à la sensibilité exacerbée, dans ce long et ultime monologue. Elle y évoque la profonde dépression qui la conduira à mettre fin à ses jours à 28 ans. Un sujet qu’elle traite de manière frontale et sans pathos, à la manière d’un testament.

 4 h 48 : heure à laquelle Sarah Kane a décidé de se donner la mort.
1 h 12 : durée exacte de sa dernière pièce (dixit Christian Benedetti, son metteur en scène).
Quand on parle d’un sujet aussi dur que celui de la maladie psychique (et du suicide), autant être précis. C’est sans doute ce qu’a dû se dire Sarah Kane en écrivant ce texte.

Brûlante d’intensité et de vérité, la comédienne Hélène Viviès se tient droite face au public, comme face à elle-même. La mise en scène, épurée à l’extrême – pour ne pas dire inexistante –, laisse toute la place aux mots et à leur rythme : « brille scintille cingle brûle tords serre effleure cingle brille scintille cogne ». Horrible beauté du verbe quand il touche à l’indescriptible.

Petit à petit, on se laisse emporter par ce flot de mots jetés, presque crachés, dans un long slam, pour dire l’esprit écartelé entre la raison et la folie. Lucidité effroyable face à la souffrance psychique, qui annihile toute autre forme d’émotion ; éclairs de violence aussi. Sans complaisance, mais avec une certaine forme d’ironie, la jeune femme relate de manière clinique ses échanges avec son médecin psychiatre, énumère les traitements reçus et leurs effets (ou non) sur son état.

Le souffle coupé, on suit le parcours de cette âme torturée qui ne voit d’autre issue que la mort. Malgré la radicalité du propos, les mots résonnent avec une grande intensité dans la petite salle du Théâtre Studio, nous renvoyant à nos terreurs les plus intimes.

Un cri de rage et de désespérance qui glace le sang, et dont la fulgurance continue de nous hanter longtemps après que l’on a quitté la salle.

Véronique Tran Vinh

D’après Sarah Kane
Avec Hélène Viviès
Traduction : Séverine Magois
Mise en scène : Christian Benedetti

JUSQU’AU 9 JUIN 2018
Du mercredi au samedi à 20 h 30
Dimanche à 16 h 30

 Théâtre-Studio
16, rue Marcelin Berthelot
94140 Alfortville
Tél. : 01 43 76 86 56
https://www.theatre-studio.com/

“Les Franglaises”, à la Seine musicale

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©Victor Delfilm

N’oubliez pas les paroles

Dans l’immense salle de la Seine musicale, le démarrage du show se fait un peu attendre. Le public, déjà chaud, tape dans les mains avec enthousiasme. Après deux ou trois gags pour le faire patienter, ils arrivent enfin : une bande de quatre filles et dix garçons, dont un maître de cérémonie qui lance le spectacle. Le principe : faire deviner au public des standards anglo-saxons traduits en franglais (c’est-à-dire en français littéral), ce qui donne, évidemment, matière à rire. C’est drôle, déjanté, et diablement efficace.

Quelques perles relevées ici et là : « Bonjour, au revoir » des Scarabées donne lieu à un sketch désopilant, avec un chanteur désorienté devant l’inanité des paroles. Dans un autre sketch, malgré l’avis de ses partenaires, l’une des chanteuses veut interpréter coûte que coûte un tube des Filles Épice. Enfin, dans « Tu peux garder ton chapeau » de Joe Cocker, le danseur découvre les paroles en même temps que le chanteur, ce qui l’oblige à un strip-tease hilarant.

Mais le spectacle ne se limite pas à des parodies de standards anglophones. Tous les membres des Franglaises sont des musiciens, chanteurs et danseurs accomplis. Ils se livrent donc à un show à la scénographie parfaitement étudiée, où leur complicité et leur plaisir de s’exprimer sont évidents.

Malheureusement, la deuxième partie du spectacle est un peu moins réussie. La faute au manque de proximité avec les interprètes ? à la durée du spectacle (1 h 40) ? Dans l’intention louable de renouveler le concept, le blind-test se mue en une comédie musicale loufoque qui lorgne du côté des Monty Python. Les gags s’enchaînent à un rythme d’enfer, sous les yeux atterrés du maître de cérémonie, censé avoir perdu le contrôle de son spectacle. Certains auraient cependant gagné à être écourtés.

Malgré ce léger bémol, on passe une excellente soirée en compagnie de ces joyeux drilles et on ressort de la salle, le sourire aux lèvres et la tête pleine de refrains… en franglais, bien entendu !

À souligner au passage, la belle prestation de Pokemon Crew, en première partie, qui en met plein la vue avec ses chorégraphies de breakdance, chroniqué ici :
https://bit.ly/2G8ms7d

Véronique Tran Vinh

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