“Circus Incognitus”, au théâtre de l’Atelier

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@ Patrick Berger-Artcomart (fil) – @Amanda Russell

Quel bon moment nous avons passé hier soir en compagnie de Jamie Adkins ! Quand je dis “nous”, je pense non seulement à mon amie et à moi, mais aussi à tous les autres, adultes venus entre amis ou en famille. Quel plaisir d’assister à un spectacle d’un tel niveau burlesque, d’une telle fraîcheur, qui déclenche des hoquets, des salves, que dis-je, des cascades de rires… notamment de la part des plus petits, toujours plus spontanés. Quant à ma voisine de derrière, j’ai bien failli appeler les pompiers tant elle a manqué plusieurs fois de s’étrangler de rire.

Avec sa bouille sympathique et son regard espiègle, Jamie Adkins réussit la prouesse de transformer des petits riens en tours de génie : une lampe qu’il braque à tour de rôle sur le public et sur lui, déformant son visage ; des balles de ping-pong qu’il fait semblant d’avaler et qu’il recrache en jonglant avec la bouche (une performance !) ; des sauts, faussement ratés, d’une chaise à l’autre ; des grimaces qui font se tordre de rire les enfants (et les autres)… De son goût pour le spectacle de rue, il a gardé le don de créer une interaction avec le public. Sans même avoir besoin de parler.

Tout ceci ne nous fait pas oublier l’incroyable dextérité avec laquelle il rattrape des objets avec une fourchette fichée dans la bouche, se livre à un numéro de danse sur un fil ou marche avec des bouts d’échelle en lieu et place d’échasses, sans jamais se départir de son air rêveur à la Buster Keaton. Il joue à merveille un personnage décalé, dépassé par des problèmes quotidiens, mais qui arrive à trouver des solutions inattendues.

On ressort de la salle avec des ailes, en ayant l’impression d’avoir retrouvé son âme d’enfant. Un petit miracle ! Courez le voir avant qu’il ne soit trop tard. Et n’oubliez pas d’emmener vos enfants, ils vont adorer Jamie et vous adorer par la même occasion.

Véronique Tran Vinh

 

À partir du 3 juillet
Du mardi au samedi à 19 h
Dimanche à 15 h

Théâtre de l’Atelier
Place Charles-Dullin
75018 Paris
Tél. : 01 46 06 49 24

http://www.theatre-atelier.com/circus-incognitus-lo2774.html

 

 

 

 

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“Cinquièmes hurlants”, à La Scala Paris

 

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©Sophian_Ridel

À l’origine de ce spectacle, la rencontre de Raphaëlle Boitel (diplômée de l’école nationale des arts du cirque Fratellini) avec cinq jeunes circassiens talentueux (cerceau, sangles, jonglage, fil de fer et danse). Naît alors chez la jeune femme l’envie d’illustrer la persévérance, vertu suprême dans leur travail au quotidien, mais aussi dans la vie en général. Son titre évoque à la fois, à travers le symbolisme du chiffre 5, la recherche de l’harmonie, de l’équilibre et de la grâce, et les 50es hurlants, zone de l’océan Austral connue pour ses vents violents et sa mer redoutée des marins qui doivent l’affronter.

D’abord braqué sur les spectateurs, un projecteur fait volte-face, laissant apparaître successivement des corps en mouvement dans un beau clair-obscur. Corps tordus, désarticulés, qui dérapent, glissent, tombent et se relèvent sans arrêt. Entre équilibre et déséquilibre. Visages tour à tour gais, tristes. Entre plaisir et souffrance. Comme dans une métaphore de la vie.

Nous invitant dans les coulisses du cirque, Raphaëlle Boitel nous montre le travail acharné qui aboutit à la maîtrise corporelle, comme la première scène où Loïc Leviel fait mine de tomber de son fil ou la performance de Clara Henry qui intime à ses bras, à ses mains, à tous ses membres, de se laisser totalement aller. Et quand elle se transforme en femme araignée flottant littéralement dans l’espace, tractée par ses comparses, on applaudit, au-delà de la performance et de l’esthétique, la belle osmose qui se crée sous nos yeux entre les membres de la troupe. Instants suspendus.

La musique nimbe les mouvements d’une cascade de notes aériennes (Bach), profondes (Verdi) ou énergiques (rock). C’est beau, poétique et envoûtant comme une ode à la vie et à sa fragilité.

Et si, comme dans les arts circassiens, elle n’était qu’une suite d’équilibres et de déséquilibres, que l’on doit s’efforcer de gérer au mieux ?

Véronique Tran Vinh

Conception et mise en scène Raphaëlle Boitel
Collaboration artistique, scénographie, lumière Tristan Baudoin
Avec Tristan Baudoin, Salvo Cappello, Alejandro Escobedo, Clara Henry, Loïc Leviel, Nicolas Lourdelle, Julieta Salz

 

Jusqu’au 20 juillet 2019
La Scala Paris
13, boulevard de Strasbourg
7510 Paris
https://lascala-paris.com/

“Cinquièmes hurlants”, bientôt à la Scala…

Je me réjouis d’aller voir ce spectacle de cirque très prometteur, conçu et mis en scène par Raphaëlle Boitel. Retrouvez ma chronique très prochainement sur DMPVD.

Véronique Tran Vinh

Affiche

La Scala Paris
13, avenue de Strasbourg
75010 Paris
https://lascala-paris.com/programmation/5es-hurlants/

“Les Éclaireurs, la culture en mouvement”

Une nouvelle édition des soirées-débats  » Les Éclaireurs, la culture en mouvement  » a eu lieu le 25 juin à La Maroquinerie, organisée par les Espaces Culturels E.Leclerc. Je m’y suis rendue pour représenter DMPVD.

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Pour débattre de la question : « Festivals : la concurrence est-elle (trop) dure ? » étaient réunis autour de Michel-Édouard Leclerc et Frédéric Taddeï :

  • Emmanuel Négrier : directeur de recherche CNRS en sciences politiques au CEPEL
  • Olivier Donnat : chercheur au Département des études, de la prospective et des statistiques (DEPS) du ministère de la Culture et de la Communication
  • Angelo Gopee : directeur général Live Nation France
  • Gérard Pont : vice-président Fondateur de Morgane et Président des Francofolies et du Printemps de Bourges
  • Marie Sabot : directrice du festival WE LOVE GREEN
  • Jean-Paul Roland : directeur général du festival Les Eurockéennes de Belfort

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Cette soirée est disponible en intégralité ici : https://www.culture.leclerc/les-eclaireurs-a

Véronique Tran Vinh

“Macbeth”, à la Grande Écurie de Versailles (Mois Molière)

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Dans la cour de la grande écurie de Versailles, une flamboyante créature vêtue d’un fourreau écarlate surgit sur scène. Elle incarne à la fois « la sorcière », celle qui prédit le funeste destin de Macbeth et la conteuse. Le ton est donné. La pièce oscillera entre un « récit plein de bruit et de fureur » et les traits d’esprit de la narratrice.

Tous les personnages sont vêtus de rouge de la tête aux pieds. Rouge comme la vie, comme la passion qui lie Macbeth à sa femme. Mais aussi rouge comme le symbole de la noblesse, du pouvoir et du despotisme. Rouge comme le sang que va répandre Macbeth pour assouvir son ambition dévorante.

La mise en scène d’Anthony Magnier, pleine de vie et de fougue, est traversée de fulgurances. Ainsi, la scène où Lady Macbeth (excellente Nathalie Lucas), telle une furie, fustige son époux pour sa couardise et l’exhorte à tuer le roi pour prendre sa place. Ou celle où Macbeth (interprété par un William Mesguich inspiré), hanté par le remords, est en proie à des visions hallucinatoires. La composition musicale qui accompagne le spectacle crée une ambiance prenante, qui flirte avec le fantastique.

William Mesguich et Nathalie Lucas forment un couple démoniaque et fascinant, en proie à la violence de ses pulsions. L’interprétation des autres acteurs est très homogène. Sandrine Moaligou est particulièrement pétillante dans le rôle de la sorcière (au nombre de trois dans le texte original). L’idée du metteur en scène d’en avoir fait une créature à la fois sexy et retorse est excellente. Omniprésente, elle apporte une note d’humour bienvenue dans ce drame où l’âme humaine se révèle dans toute sa noirceur.

On souhaite bonne route à ce spectacle flamboyant qui met en lumière la puissance du texte de Shakespeare.

Véronique Tran Vinh

d’après William Shakespeare
Mise en scène d’Anthony Magnier
Compagnie Viva (en résidence à Versailles)
Serge Paumier Production
Avec Axel Hache, Nathalie Lucas, William Mesguich, Sandrine Moaligou, Julien Renon et Victorien Robert

Prochaine représentation (même lieu) :
Jeudi 20 juin à 20 h 30 (entrée gratuite dans la limite des places disponibles)

Le Mois Molière
Un mois de théâtre et de musique partout dans Versailles (spectacles gratuits)
24e édition – Du 1er au 30 juin 2019
à l’initiative François de Mazières, maire de Versailles, fondateur et directeur artistique du Mois Molière
Le programme ici : http://www.moismoliere.com/

 

“Mademoiselle Julie”, au théâtre de l’Atelier

© Franck Beloncle

En cette fin de XIXe siècle, alors que crépitent les feux de la Saint-Jean, c’est un combat sans merci qui oppose Mlle Julie, d’ascendance noble, et Jean, le valet de son père, dans une maison patricienne de la campagne suédoise. Lutte des classes, bien sûr, mais surtout lutte de pouvoir entre une femme et un homme, chacun cherchant à dominer, voire à écraser l’autre.

Avec cette adaptation de la célèbre pièce d’August Strindberg, écrite en 1888 et jouée par les plus grands acteurs, Julie Brochen met l’accent sur la teneur sadomasochiste de la relation entre les deux amants. Supérieure par la naissance et élevée dans la haine des hommes par sa mère, Julie use de toutes les prérogatives liées à sa classe et à son sexe pour séduire Jean. Derrière sa morgue et son excentricité apparentes, se cache aussi le désir de s’émanciper de sa condition féminine.

D’amour ou de plaisir, ici, il n’en est guère question. C’est un jeu de séduction-répulsion que Julie instaure avec son valet-amant, acceptant de subir et d’imposer la dialectique du maître et de l’esclave. Ce jeu lui procure un mélange de jouissance et de douleur qui lui donne l’illusion de vivre intensément. Le mépris en est le pivot : au mépris qu’elle manifeste pour ses serviteurs qu’elle considère comme ses « objets » répond le mépris de ceux-ci pour leur maîtresse, dont le comportement leur paraît indigne de son rang.

Jean lui résiste, faisant preuve d’une force de caractère peu commune. Peu à peu, au cours de ce huis clos étouffant, se dévoilent les faces obscures de chacun. Ainsi, Jean, bien que dévoué à son maître et subjugué depuis son enfance par « la fille du comte », se révèle un homme déterminé à s’élever socialement, plus retors et manipulateur qu’il n’en a l’air. Les interventions de sa fiancée Kristin, domestique comme lui, viennent le rappeler de temps à autre aux conventions de leur classe sociale. À l’inverse, sous le masque de dominatrice de Julie, apparaît peu à peu une petite fille perdue, en proie à des névroses mal guéries.

La scénographie, réduite au cadre dépouillé d’une cuisine d’époque et à de subtils clairs-obscurs, permet au spectateur de se concentrer sur le jeu des acteurs. Seuls s’élèvent parfois quelques rires et chansons pour rappeler  la fête qui se tient à l’extérieur de la maison.

Dans le rôle-titre, Anna Mouglalis impose sa présence singulière et magnétique. Sa voix rauque, son allure féline en font une séductrice animale, qui mène le jeu avec un sadisme non dissimulé, jusqu’à ce qu’elle se retrouve elle-même prise au piège. Face à elle, Xavier Legrand est impressionnant d’aplomb dans le rôle du serviteur qui refuse de se soumettre aux règles du jeu social. La joute des deux protagonistes, tour à tour bourreau et victime, est fascinante et nous tient en haleine jusqu’à ce que le drame atteigne son paroxysme.

Une relecture de la pièce qui évoque The Servant et que n’aurait sans doute pas désavouée le maître des relations équivoques, Joseph Losey.

Véronique Tran Vinh

d’August Strindberg
Traduction de Terje Sinding
Mise en scène Julie Brochen
Avec Anna Mouglalis, Xavier Legrand et Julie Brochen
Lumières Louise Gibaud
Création sonore Fabrice Naud
Scénographie, costumes Lorenzo Albani

Jusqu’au 30 juin 2019
Du mardi au samedi à 19 h
Dimanche à 15 h
Théâtre de l’Atelier
Place Charles-Dullin
75018 Paris
http://www.theatre-atelier.com/mademoiselle-julie-lo2675.html

 

“La Chute”, au théâtre des Mathurins

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©Jean-Philippe Raibaud

Ambiance de polar sur le plateau, grise comme les brumes du Nord où s’est réfugié le narrateur, ancien avocat parisien, devenu, selon ses propres termes, « juge pénitent », à Amsterdam. Non sans une certaine ironie empreinte de cynisme, celui qui se présente à nous sous les traits d’un homme civilisé en costume-cravate va peu à peu laisser tomber ses masques et se mettre à nu.

La chute, c’est celle de la femme qui s’est jetée dans la Seine lors d’une nuit de novembre alors que l’homme rentrait chez lui, en longeant les quais. Mais c’est aussi celle de Clamence qui se débat avec lui-même, face à ses doutes, ses ambivalences et toute sa complexité depuis cette nuit qui a fait basculer sa vie. Cette femme, aurait-il pu, aurait-il dû la sauver ? Et ce rire, qu’il entend parfois résonner derrière lui, ne traduit-il pas l’inanité de sa vie ?

C’est l’occasion surtout pour Albert Camus de scruter le tréfonds de l’âme humaine. À travers cette vraie/fausse confession de son antihéros, il nous interpelle sur la lâcheté, la culpabilité, l’égoïsme, le pouvoir… et bien des choses auxquelles nous sommes tous confrontés. Qu’est-ce que l’homme, sans la morale pour le guider ? semble nous demander l’écrivain.

Il fallait un grand interprète pour faire passer ce texte dont les mots résonnent encore si fort aujourd’hui. Grâce à Yvan Morane, le texte de Camus nous paraît limpide malgré sa complexité. Son jeu, sans effets de manche gratuits, est d’une grande intensité. Également metteur en scène, il réussit à créer une atmosphère prenante à l’aide de la musique et des jeux de lumière, nous transportant dans un thriller métaphysique.

Clamence, c’est lui, c’est nous, face à l’entreprise difficile (absurde ?) qu’est la vie. Courez vite au théâtre redécouvrir ce texte beau et puissant.

Véronique Tran Vinh

De Camus
Mise en scène et avec Yvan Morane
Adaptation de Catherine Camus et François Chaumette
Collaboration artistique : Bénédicte Nécaille
Son : Dominique Bataille

Jusqu’au 29 juin 2019
Du mardi et samedi à 21 h
Théâtre des Mathurins
36, rue des Mathurins
75008 Paris
https://www.theatredesmathurins.com/spectacle/417/la-chute

 

“L’Autre fille”, au studio Hébertot

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© Pierre Pannetier

Comme tous les textes d’Annie Ernaux, celui-ci touche à la fois à l’intime et à l’universel, ce qui le rend bouleversant. Dans cette lettre imaginaire, l’écrivaine s’adresse à la sœur qu’elle n’a pas connue : Ginette, la petite sainte, dont elle se sent le double inversé (aussi turbulente que l’autre était « gentille »). Celle dont ses parents lui ont toujours caché l’existence, qui est morte à 6 ans d’une diphtérie, deux ans avant sa naissance.

« Je n’écris pas parce que tu es morte. Tu es morte pour que j’écrive, ça fait une grande différence », lui lance-t-elle. Son récit dévoile des sentiments ambivalents envers celle dont l’absence a hanté toute son existence : jalousie, douleur, culpabilité, mais aussi curiosité, envie de faire la paix avec le passé et avec elle-même.

Nadia Rémita réussit le difficile pari d’adapter au théâtre ce texte au style dénué de fioritures, mais incisif. Loin d’être statique, sa mise en scène joue sur les ruptures, les changements de rythme. Les moments de confidence alternent avec ceux de révolte, où la comédienne s’empare d’un micro, comme pour donner plus de force à ses propos. La musique, parfois mélancolique, parfois plus rythmée, se met au diapason de son jeu.

Il faut dire que Laurence Mongeaud est une magnifique porte-parole de l’auteure et livre une interprétation très juste, sans aucun pathos. Avec quelques livres et quelques photos – qui lui servent à la fois de décor et d’accessoires –, elle parvient à capter notre attention et à nous émouvoir tout au long de son monologue. Sur des panneaux, des lettres forment le mot « gentille » comme pour évoquer l’absente.

Au-delà de ce douloureux secret, le spectacle nous interpelle avec force sur la famille, le deuil et les non-dits dans la construction de l’identité de chacun(e). Percutant.

Véronique Tran Vinh

De Annie Ernaux
Mise en scène de Nadia Rémita
Scénographie de Pierre Pannetier et Nadia Rémita
Lumières de Pierre Pannetier et Audrey Gibert
Avec Laurence Mongeaud

Jusqu’au 19 juin 2019
Mardi et mercredi à 21 h
Studio Hébertot
78 bis, boulevard des Batignolles
75017 Paris
https://www.studiohebertot.com/l-autre-fille

“Café polisson”, au théâtre de l’Épée de bois

© Sophie Boeglin

À qui veut casquer, pour un prix modique,
Je promets de faire, et sans nul chiqué
Un travail soigné, tiré du classique
Pour un prix modique, à qui veut casquer….
La pierreuse consciencieuse (chanson populaire)

D’emblée, le décor chamarré nous transporte dans l’ambiance des théâtres et des cafés-concerts de la Belle Époque. Le quotidien des chanteuses de beuglant prend forme sous nos yeux avec sa truculence, son sens de la fête et de la sensualité, sans occulter son lot de misère, de maladie et d’exploitation. Dans ce tourbillon de musique et de chansons, se côtoyaient demi-mondaines et artistes, souvent obligées de vendre leurs charmes pour survivre. À l’énoncé de la liste des plaisirs proposés, on oscille entre rire et consternation : du désir le plus plus simple au plus incongru, tout est prévu et… tarifé, avec une précision digne d’un fonctionnaire des finances.

Dans sa robe de velours pourpre et ses dessous froufroutants, Nathalie Joly incarne à merveille l’une de ces « diseuses » du Second Empire, qui ravissaient le public avec leurs allusions à peine voilées à la sexualité. Une joueuse de bandonéon, une danseuse troublante d’ambiguïté et un pianiste sont ses complices talentueux. Avec beaucoup d’esprit et de gouaille, la jeune femme nous fait (re)découvrir un répertoire populaire et grivois, parfois triste, parfois léger, souvent d’un humour mordant, signé Aristide Bruant, Gustave Nadaud, Yvette Guilbert…

Elle vient au milieu du public pour faire L’Éloge des vieux, nous émeut avec La Buveuse d’absinthe, nous fait rire avec la Partie carrée des familles Boudin et Bouton. D’autres chansons – dont certaines plus récentes – décrivent sans fard la condition des femmes de la rue comme de celles qui se prostituaient pour accéder à un statut social meilleur.

La mise en scène ingénieuse de Jacques Verzier nous fait découvrir un pan de la vie culturelle de cette époque. Ainsi, les voiles que porte la danseuse deviennent un écran sur lequel sont projetés des extraits du film d’Alice Guy (qui a inventé le film de fiction), montrant l’engouement pour la danse.

Une soirée à la fois drôle et émouvante où l’on touche du doigt le destin de ces femmes courageuses, qui affirmaient en chansons leur soif de liberté. Plus que quelques dates pour assister au spectacle, dépêchez-vous de réserver !

Véronique Tran Vinh

Conception et texte Nathalie Joly
Mise en scène Jacques Verzier
Scénographie Jean-Jacques Gernolle
Costumes Claire Risterucci
Avec Nathalie Joly (chant), Jean-Pierre Gesbert (piano et trompette), Bénédicte Charpiat (danse), Carméla Delgado ou Marion Chiron (bandonéon), Jacques Verzier ou Gilles Vajou (chant)

Spectacle créé en 2015 au musée d’Orsay pour l’exposition « Splendeurs et misères, images de la prostitution 1850-1910 ».

Jusqu’au 3 avril à 20 H 30 (lundi, mardi et mercredi)
Théâtre de l’Épée de bois
Cartoucherie
Route du Champ de Manœuvre
75012 Paris
https://www.epeedebois.com/un-spectacle/cafe-polisson/

 

“Café polisson”, au Théâtre de l’Épée de bois

 

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©Sophie Boeglin

J’ai eu le privilège d’avoir un avant-goût du talent de Nathalie Joly dans le cadre feutré et chaleureux des caves Legrand. C’est là, au milieu d’un miroitement de verres et de bouteilles du plus bel effet, que j’ai pu assister à un extrait de son spectacle, adapté spécialement à la dimension intimiste du lieu. Une soirée en bonne compagnie, entre amateurs de (bons) vins et de (bons) mots.

Mais qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse ! J’ai particulièrement apprécié ce numéro de chant drôle et émouvant qui m’a transportée à la Belle Époque, dans l’ambiance canaille des cabarets parisiens. Ces chansons grivoises, puisées dans le répertoire populaire ou dans celui d’artistes reconnus (Yvette Guilbert, Aristide Bruant…) racontent la vie des courtisanes et autres fleurs du trottoir. On rit beaucoup, mais on n’en oublie pas pour autant la misère de leur condition…

Avec gouaille et piquant, Nathalie Joly leur a rendu un joli hommage. Accompagnée par son complice Jean-Pierre Gesbert au piano, et par Carmela Delgado au bandonéon, elle a égrené quelques chansons de son répertoire, au nom ô combien évocateur : La Pierreuse consciencieuse, L’Éloge des vieux, La Grande Pine, La Buveuse d’absinthe

Après ce savoureux amuse-bouche, il me tarde de la retrouver avec sa troupe au complet au Théâtre de l’Épée de bois !

Véronique Tran Vinh

Conception et texte Nathalie Joly
Mise en scène Jacques Verzier
Spectacle créé au musée d’Orsay pour l’exposition « Splendeurs et misères, images de la prostitution 1850-1910 »

Théâtre de l’Épée de bois
Cartoucherie
Route du Champ de Manœuvre
75012 Paris
Du 4 mars au 3 avril
Du lundi au mercredi à 20 h 30
www.epeedebois.com

“Anaïs Nin, une de ses vies”, à l’Athénée Théâtre

 

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Photos © Emilie Brouchon Christine Coquilleau

Comme pour beaucoup de grands artistes, la vie d’Anaïs se confond avec son œuvre. La metteuse en scène Wendy Beckett a choisi d’éclairer avec beaucoup de subtilité la relation passionnée qu’elle a entretenue avec Henry Miller, montrant l’enchevêtrement complexe de leur amour avec la création littéraire.

La pièce se situe dans le Paris des années 1930, où de nombreux artistes étrangers convergeaient alors, attirés par l’atmosphère de liberté et de créativité de la capitale française. La mise en scène nous plonge habilement au cœur de la vie et de l’œuvre d’Anaïs Nin, par l’intermédiaire d’un écran vidéo, sur lequel défilent des bribes de texte, et où apparaissent et disparaissent les personnages en ombres chinoises. La scénographie conjugue jeux de lumière, musique jazzy et costumes séduisants pour créer une ambiance subtilement érotisante.

Libre de corps et d’esprit
Wendy Beckett nous montre le cheminement personnel et artistique d’Anaïs Nin qui, très tôt, affirme une personnalité hors norme, surtout pour son époque. Éprise de beauté et d’absolu, elle revendique une conception de la littérature qu’elle qualifie elle-même de « féminine », qui repose essentiellement sur les perceptions et les sentiments. Elle met sa sensibilité et sa sensualité exacerbées au service de son œuvre, ce qui donne naissance à un style très personnel, entremêlant poésie et liberté de ton.

La nécessité d’écrire
L’amour d’Anaïs pour Henry Miller, sa fascination pour sa femme June et leur sulfureux triangle amoureux ne la détournent pas pour autant de son travail. Au contraire, ils contribuent à alimenter un imaginaire fantasque et fécond : « Je crois que l’on écrit parce que l’on doit se créer un monde dans lequel on puisse vivre. Je ne pouvais vivre dans aucun des mondes qu’on me proposait. »
Chez cette personnalité complexe, qui aime braver les interdits, difficile de distinguer le fantasme de la réalité, comme le montrent bien la scène (savoureuse) où elle joue à inverser les rôles entre elle et son analyste, ou celle, troublante, où elle est confrontée à son père adoré, disparu de sa vie alors qu’elle était encore enfant.

Séductrice et déterminée
Dans le rôle principal, j’ai eu beaucoup de plaisir à retrouver Célia Catalifo, l’interprète du rôle titre de la précédente (et magnifique) pièce de Wendy Beckett, Claudel, de l’ascension à la chute, montée en 2018 au théâtre de l’Athénée https://bit.ly/2HlH5Kh. Elle apporte sa grâce troublante et son jeu subtil à la figure mythique de l’écrivaine, jouant avec ses multiples facettes : tour à tour femme enfant mutine, enjôleuse et fragile, mais aussi artiste et intellectuelle à l’esprit acéré, déterminée à aller au bout de ses ambitions littéraires. Elle est très bien entourée, notamment par Laurent Maurel et Laurent d’Olce, dans les rôles de Henry Miller et d’Otto Rank.

Cette adaptation biographique est l’occasion de découvrir l’un des pans de la vie de celle dont le célèbre Journal n’a pas fini de nous fasciner. Féministe avant l’heure ? Femme libre avant tout…

Véronique Tran Vinh

Écrit et mis en scène par Wendy Beckett
Assistée de Diana Iliescu Vibert
Scénographie de Halcyon Pratt
Costumes de Sylvie Skinazi
Lumières de François Leneveu
Création sonore de Ray Thomas
Projections de Sébastien Angel

avec : Célia Catalifo (Anaïs Nin), Laurent d’Olce (Dr Rank et père d’Anaïs), Mathilde Libbrecht (June), Laurent Maurel (Henri Miller)

Du 13 au 30 mars 2019
Athénée Théâtre Louis-Jouvet
7, rue Boudreau
75009 Paris
https://www.athenee-theatre.com/

“Apocalypse bébé”, au théâtre Paris-Villette

 

© Lou Hérion

Selma Alaoui s’empare du livre de Virginie Despentes et nous en livre une adaptation survoltée, sur fond de musique électro-pop.

Ce polar déjanté nous entraîne de Paris à Barcelone sur les traces de Valentine, une fille de 15 ans qui a disparu. Pour la soutenir dans cette enquête, Lucie Toledo, jeune détective peu douée, a fait appel à la Hyène, une consœur plus expérimentée, aux méthodes très personnelles. Quand on sait que la disparue est une ado nihiliste, nymphomane, droguée, alcoolique, et qu’elle « fout le bordel » partout où elle passe, on est en droit d’imaginer le pire…

À un train d’enfer, nous voici embarqués dans un road trip dans lequel se côtoient paumés de tous bords. Une société décadente dans laquelle on fume, on se drogue, on baise à tour de bras. Parents égocentriques et irresponsables, ados dégénérés, cathos, musulmans, hétéros, lesbiennes, junkies, partouzeurs… tout le monde en prend pour son grade. Grâce aux dialogues à l’humour trash, on ne s’ennuie pas une seconde.

Sous nos yeux, la scène se transforme en un tour de main en bureau, dance-floor à l’ambiance survitaminée ou encore, en plage barcelonaise. Une voiture surgit même sur scène. La musique contribue à apporter une énergie très rock au spectacle. Seul petit bémol : certaines scènes, un peu étirées en longueur et la fin, trop convenue à mon goût. Cela ne nuit cependant pas à la qualité de l’ensemble.

En short ultramoulant, multipliant les mimiques et les déhanchés suggestifs, Eline Schumacher (meilleur espoir féminin aux Prix de la critique 2015 en Belgique) assure dans le rôle de l’ado hypersexuée et paumée par laquelle tous les problèmes arrivent. Le reste de la troupe ne démérite pas. Citons notamment Mélanie Zucconi, parfaite dans la peau de Lucie, la fausse ingénue, Ingrid Heiderscheidt, dans celle de la cynique Hyène, aux répliques cinglantes, ou encore Aymeric Trionfo, hilarant en altermondiste ou chanteur de groupe rock.

Une fois la pièce terminée, on n’a qu’une envie, découvrir sa face littéraire et foncer acheter le livre de Virginie Despentes (couronné par le Renaudot 2010).

Véronique Tran Vinh

D’après Virginie Despentes
Mise en scène et adapatation Selma Alaoui
Scénographie et costumes Marie Szernovivcz
Création lumière Simon Siedmann
Création sonore Guillaume Istace, David Defour
Dramaturgie et vidéo Bruno Tracqavec
Avec :
Maud Fillion / Zoska
Ingrid Heiderscheidt / La Hyène
Nathalie Mellinger / Tous les rôles de mère
Eline Schumacher / Valentine
Achille Ridolfi / Le Père, la boss de Valentine et le danseur
Aymeric Trionfo / Carlito, Rafik et chanteur du groupe
Mélanie Zucconi / Lucile

Jusqu’au 28 mars 2019
Du mardi au samedi à 20 h
Vendredi à 19 h, dimanche à 15 h 30

 Théâtre Paris-Villette
211, avenue Jean Jaurès
75019 Paris
http://www.theatre-paris-villette.fr/

 

“Premier amour”, au théâtre de l’Atelier

SAMI FREY - credit Hélène Bamberger - Opale. PHOTO_HD_300DPI©Hélène Bamberger-Opale

En dépit de son titre, c’est une histoire de solitude que nous raconte Samuel Beckett, dans cette nouvelle écrite en 1945 (et en français, s’il vous plaît). L’histoire d’un homme asocial qui se retrouve à la rue à la mort de son père. Un homme qui fuit la compagnie des vivants et préfère celle de ceux qui dorment au cimetière. Ou encore celle de ses douleurs physiques, qui le distraient de sa vie. Lors de son errance sur les bancs publics, il rencontre une autre solitude (sous forme d’une femme, celle-là). « Une femme extrêmement tenace », comme il le souligne avec ironie.

Avec des mots simples mais percutants, ancrés dans le quotidien – ce qui fait ressortir leur humour ravageur –, cet homme  va nous raconter son existence. Une existence absurde, qu’il n’a pas choisie. Pas plus qu’il n’a choisi cette Lulu (qu’il appelle Anne), qu’il suivra chez elle et avec qui il vivra, comme malgré lui. « Le tort qu’on a, c’est d’adresser la parole aux gens. » Il la quittera lorsqu’il apprendra qu’elle est enceinte de lui.

Face à nous, dans un décor dépouillé – qui signifie un présent hors du temps –, Sami Frey impose sa présence sensible et son allure d’éternel jeune homme. Un mince sourire flotte sur son visage, comme s’il était perdu dans son monde intérieur. Son jeu distancié accentue encore l’absurdité de son récit et l’impression d’irréalité de son personnage. De temps à autre, une sonnerie intempestive semble le rappeler à l’ordre… mais lequel ? celui du temps qui passe ?

Grâce au phrasé si particulier de ce grand comédien, nous sommes transportés par la musicalité du texte, parfois cru, souvent drôle, qu’il nous délivre. Touchés au cœur par l’humanité profonde de son personnage et sa difficulté à « dire » son mal de vivre.

Jusqu’à la fin, il réussit à nous tenir en haleine face au grand mystère de la vie… et de l’amour. Un moment d’émotion intense.

Véronique Tran Vinh

Monologue de Samuel Beckett
Mise en scène et interprétation de Sami Frey
Lumières Franck Thévenon
Production Théâtre de l’Atelier – Paris

Jusqu’au 3 mars 2019
Du mardi au samedi à 19 h
dimanche à 11 h
Théâtre de l’Atelier
1, place Charles Dullin
75018 Paris
www.theatre-atelier.com/

“Café polisson”, bientôt au Théâtre de l’Épée de bois

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©Sophie Boeglin

J’ai eu le privilège d’avoir un avant-goût du talent de Nathalie Joly dans le cadre feutré et chaleureux des caves Legrand. C’est là, au milieu d’un miroitement de verres et de bouteilles du plus bel effet, que j’ai pu assister à un extrait de son spectacle, adapté spécialement à la dimension intimiste du lieu. Une soirée en bonne compagnie, entre amateurs de (bons) vins et de (bons) mots.

Mais qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse ! J’ai particulièrement apprécié ce numéro de chant drôle et émouvant qui m’a transportée à la Belle Époque, dans l’ambiance canaille des cabarets parisiens. Ces chansons grivoises, puisées dans le répertoire populaire ou dans celui d’artistes reconnus (Yvette Guilbert, Aristide Bruant…) racontent la vie des courtisanes et autres fleurs du trottoir. On rit beaucoup, mais on n’en oublie pas pour autant la misère de leur condition…

Avec gouaille et piquant, Nathalie Joly leur a rendu un joli hommage. Accompagnée par son complice Jean-Pierre Gesbert au piano, et par Carmela Delgado au bandonéon, elle a égrené quelques chansons de son répertoire, au nom ô combien évocateur : La Pierreuse consciencieuse, L’Éloge des vieux, La Grande Pine, La Buveuse d’absinthe

Après ce savoureux amuse-bouche, il me tarde de la retrouver avec son équipe au complet au Théâtre de l’Épée de bois au mois de mars !

Véronique Tran Vinh

Conception et texte Nathalie Joly
Mise en scène Jacques Verzier
Spectacle créé au musée d’Orsay pour l’exposition « Splendeurs et misères, images de la prostitution 1850-1910 »

Théâtre de l’Épée de bois
Cartoucherie
Route du Champ de Manœuvre
75012 Paris
Du 4 mars au 3 avril
Du lundi au mercredi à 20 h 30
www.epeedebois.com

“Voyage au bout de la nuit”, au Lucernaire

© Photo LOT

Poignant, horrifiant, fulgurant, puissant, hallucinant… tels sont les qualificatifs qui nous viennent à l’esprit en (re)découvrant ce magnifique roman de Céline. Un texte qui ne peut pas laisser indifférent – pas plus que son auteur d’ailleurs ! –, un coup de poing dans la gueule, un texte sombre, désabusé, qui plonge dans les tréfonds de l’âme humaine, dézinguant au passage toutes nos illusions et nous laissant KO.

Il faut saluer le comédien pour son interprétation magistrale. Porté par une mise en scène qui va à l’essentiel, Franck Desmedt campe un Bardamu lâche, cynique, antihéros par excellence et qui, pourtant, réussit à nous émouvoir… peut-être parce qu’il nous ressemble comme un frère.

D’emblée, il se situe du côté des exclus, des sans-grade :

« Je n’avais pas encore appris qu’il existe deux humanités très différentes, celles des riches et celles des pauvres. Il m’a fallu, comme à tant d’autres, vingt années et la guerre pour apprendre à me tenir dans ma catégorie, à demander le prix des choses et des êtres avant d’y toucher, et surtout avant d’y tenir. »

Mais il n’a pas non plus de complaisance envers la nature de ses semblables :

« Si les gens sont si méchants, c’est peut-être seulement parce qu’ils souffrent, mais le temps est long qui sépare le moment où il sont cessé de souffrir de celui où ils deviennent un peu meilleurs. »

Même l’amour, pour Céline, est un objet de sarcasme : « L’amour, c’est l’infini à la portée des caniches. » Tout est dit.

Habité par son personnage, comme traversé par la puissance du verbe de Céline, le comédien – avec sa diction irréprochable – nous entraîne tour à tour dans l’horreur de la Grande Guerre, dans la moiteur étouffante de l’Afrique coloniale, dans la déshumanisation du travail à la chaîne dans l’Amérique de l’entre-deux-guerres et pour finir, dans le quotidien misérable d’un médecin de banlieue parisienne.

À ses côtés, on tremble, on sue, on souffre, on hait… on méprise notre misérable condition humaine à laquelle rien n’est épargné.

Ironie du sort, les mots de Céline résonnent avec une étrange actualité dans cette période où d’autres oubliés de la société tentent de se faire entendre…

Véronique Tran Vinh

De Louis-Ferdinand Céline

Mise en scène et avec : Franck Desmedt (Molière 2018 du comédien dans un second rôle dans Adieu Monsieur Hoffmann)

Adaptation : Philippe Del Socorro

Lumières : Laurent Béal

JUSQU’AU 3 FÉVRIER 2019
Du mardi au samedi à 18 h 30, dimanche à 15 hThéâtre du Lucernaire
53, rue Notre-Dame-des-Champs
75006 Paris
Tél. : 01 45 44 57 34
http://www.lucernaire.fr/theatre/2936-voyage-au-bout-de-la-nuit.html