Le Rap est une littérature, à l’Institut du monde arabe

Joli titre pour un programme qui ne l’était pas moins… Marier l’énergie brute du rap avec la poésie ciselée de grands auteurs tels que Changhor, entre autres, c’était le pari audacieux (et réussi) de la Maison de la poésie, ce 15 novembre, dans le cadre du festival Paris en toutes lettres. L’autre pari, c’est Issam Krimi, pianiste, compositeur et producteur, qui en a eu l’idée : convier les rappeurs Sadek et S. Pri Noir à interpréter textes et chansons, accompagnés par un piano, un quatuor à cordes ainsi que le DJ Dtweezer.

Dans l’auditorium de l’Institut du monde arabe, calés dans leurs confortables fauteuils « première classe d’Air France » (pour reprendre les termes de Sadek), les jeunes spectateurs débordaient d’enthousiasme. Visiblement, ils connaissaient les lascars et leurs chansons sur le bout du doigt : notamment, « La Vache », « Petit Prince », de Sadek, et « La Nuit », de S. Pri Noir. Après un démarrage un peu hésitant – le quatuor à cordes couvrait trop la voix de Sadek, qui était inaudible –, le spectacle a décollé, nous entraînant dans un univers original et captivant. J’ai été plus convaincue par l’interprétation de S. Pri Noir, au phrasé impeccable et à l’indéniable présence sur scène, que par celle de Sadek, plus désabusé. Par son univers aussi, sortant un peu des clichés habituels du rap pour parler avec des mots percutants de la famille, de la politique (ou plutôt du non-engagement), du racisme, etc.

Les morceaux joués au piano ou par le quatuor à cordes ont apporté une touche de douceur bienvenue à l’ensemble. J’ai particulièrement apprécié la lecture des textes ponctuant le spectacle, qui a ajouté « quelques grammes de finesse dans un monde de brutes ». Dommage en revanche que l’on n’ait pas cité leurs auteurs.

Une initiative originale à saluer… et à renouveler !

Véronique Tran Vinh

Jusqu’au 20 novembre 2017
Festival Paris en toutes lettres
À la Maison de la poésie et dans d’autres lieux
Le programme ici :
http://www.maisondelapoesieparis.com/

A écouter :
S. Pri Noir, Ensemble, Believe Rec, 2016.
Sadek, Violent, Vulgaire et Ravi d’être là, Industreet music, Rec. 118, Warner Music, 2017.

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Ex anima, au théâtre Zingaro

© Marion Tubiana

Une magnifique ode au dieu cheval

Dépouillement, c’est le premier mot qui vient à l’esprit en voyant ce spectacle de Bartabas. Pas de cavalcade effrénée, pas de numéro de voltige spectaculaire comme l’artiste nous y a habitués. Non, pour cette (ultime ?) représentation, on découvre le cheval à l’état brut, dans toute sa primitive beauté et sa majesté. Comme si Bartabas, en lui rendant hommage, était guidé par le besoin d’aller à l’essentiel.

D’entrée de jeu, le ton est donné. Des chevaux s’ébrouent devant nous sur la piste. Ils se couchent, se roulent par terre et se redressent avec grâce. En toute liberté, ou presque. Vêtus de noir de la tête aux pieds, les dresseurs ne sont que des ombres discrètes au service de l’animal.

Le son des instruments à vent (allusion à l’anima, le souffle de l’âme ?) vient rythmer harmonieusement les apparitions des chevaux : flûtes de Chine, d’Irlande, d’Inde du Nord et du Japon. Des percussions aussi. Le bruit de la pluie qui tombe, les cris des animaux qui se répondent. Des nuées de brume envahissent soudain la scène, les silhouettes des équidés composent des tableaux d’une beauté onirique. Nous voici plongés avec eux au cœur de leur nature sauvage. En état de grâce.

Étrangement, ce dépouillement rend les chevaux très proches de nous : à la fois sensibles, chamailleurs, joueurs, travailleurs. Un cheval qui marche sur une poutre, un autre qui s’élève dans le ciel… on retient son souffle, en mesurant toute la virtuosité du dressage. Et la nécessaire symbiose entre l’animal et l’homme.

Dans ce nouvel opus, Bartabas montre son animal fétiche sous différentes facettes : le cheval au service de l’homme (tirant une charrue), le cheval à l’état sauvage (jouant, seul ou à plusieurs) mais, surtout, le cheval sanctifié, élevé au rang de demi-dieu. Comme le dit le metteur en scène écuyer à propos de son théâtre : « […] ici, le spectacle est un rituel, la musique une vocation, et l’amour des chevaux une religion… »

Une très belle cérémonie qui s’achève, comme il se doit, par le son de cloches d’une église après la messe.

Véronique Tran Vinh

Conception, scénographie et mise en scène de Bartabas
Musique originale : François Marillier, Véronique Piron, Jean-Luc Thomas, Wang Li
Avec, dans leur propre rôle : les trente-six chevaux de Zingaro

À partir du 17 octobre
À Zingaro Fort d’Aubervilliers
Mardi, mercredi, vendredi, samedi à 20 h 30, dimanche à 17 h 30
Réservation : 01 48 39 54 17
http://bartabas.fr/theatre-zingaro/

 

L’Invention des corps, à la Maison de la poésie

©Mathias Clouet

Sur la scène baignée d’une ambiance crépusculaire, Pierre Ducrozet et Isard Combray nous ont offert ce soir-là une très belle performance artistique, alliant musique (des compositions originales au piano et quelques touches d’électronique), montages de textes – issus du livre –, et chansons. L’écrivain Ducrozet s’y révèle à la fois chanteur, poète et interprète – au sens le plus large – de ses propres écrits.

La narration, volontairement éclatée, reflète le monde contemporain par son architecture même. Elle nous fait circuler d’un personnage à un autre, d’un lieu à un autre, sans logique apparente, si ce n’est celle qui sous-tend les réseaux Internet. Un récit en bribes qui parle du XXIe siècle, mais, surtout, d’une aspiration libertaire face à la toute-puissance de la technologie et à ses dérives.

Dans ce voyage d’un bout à l’autre du monde, nous côtoyons une galerie de personnages venus d’horizons divers, mais qui ont en commun la culture de l’informatique. En vrac : un jeune hacker issu du “sous-monde” mexicain, une biologiste qui observe de près les corps (et leurs tissus), un informaticien qui a changé de sexe, un personnage influent de la Silicon Valley, qui possède tout, sauf l’immortalité…

La réussite de ce “concert littéraire” tient à ce que jamais la musique n’écrase le texte, bien au contraire… elle se met au diapason avec les mots et les fait résonner d’une mystérieuse musicalité. Je me suis laissée entraîner dans cet univers envoûtant, grâce à la séduisante interprétation de l’auteur dans sa narration, sa gestuelle, ses chansons et sa dramaturgie. Il était en parfaite symbiose avec Isard Combray, au jeu d’une grande fluidité.

Pour ceux qui s’interrogent sur ce que peut être aujourd’hui une littérature hors du livre, cet objet artistique singulier pourrait bien constituer une des réponses possibles.

Véronique Tran Vinh

Mardi 10 octobre 2017
Maison de la poésie
Passage Molière
157, rue Saint-Martin
75003 Paris
http://www.maisondelapoesieparis.com/

Cirkopolis, au 13e art

 

©Patrick Lazic

Le cirque canadien Eloize et sa troupe d’artistes pluridisciplinaires (cirque, danse et théâtre) débarquent pour la première fois à Paris !

Dans un décor évoquant à la fois Metropolis et Les Temps modernes, des employés de bureau, vêtus d’impers gris à l’identique, d’abord robotisés – comme semblent le suggérer leurs allées et venues saccadées et les roues de machines omniprésentes –, vont laisser peu à peu éclater leur individualité et leur joie de vivre. Après une mise en place un peu longue, des tableaux éblouissants de performance se succèdent et, notamment, un très beau solo de danse dans un cerceau, une démonstration d’un virtuose du diabolo (discipline de la jonglerie) et un numéro de mât chinois avec deux acrobates époustouflants.

Ce show “à l’américaine” a indéniablement de l’énergie à revendre… un peu trop peut-être. Musique grandiloquente, chorégraphies très rythmées, prouesses physiques : on en prend plein les mirettes, parfois un peu au détriment de l’émotion. Ainsi, en regardant la danse du comédien avec le portemanteau, on ne peut s’empêcher de songer à la poésie qu’un Charlie Chaplin aurait insufflée à cette scène. On peut aussi regretter que le spectacle paraisse un peu décousu, faute de fil rouge entre les différentes séquences.

Malgré ces quelques réserves, on se laisse entraîner par le rythme effréné des numéros et la fantaisie de cette troupe de jeunes artistes plus doués les uns que les autres. Une palme spéciale aux acrobates danseuses – dont une contorsionniste exceptionnelle – qui conjuguent grâce et virtuosité.

Attention, énergie contagieuse ! N’hésitez pas à y aller en famille, qui sait ? vous susciterez peut-être des vocations…

Véronique Tran Vinh

Mise en scène : Jeannot Painchaud, Dave St-Pierre
Production : Juste pour rire et Cirque Eloize

Jusqu’au 29 octobre
Le 13e Art
au Centre Commercial Italie 2 dans le 13e.
Du mardi au samedi à 21 h
Le mercredi et le samedi à 16 h également
Le dimanche à 15 h
http://www.le13emeart.com/les-evenements/cirque-eloize-cirkopolis/

Noces, au théâtre Rive Gauche

« Nous marchons à la rencontre de l’amour et du désir. Nous ne cherchons pas de leçons, ni l’amère philosophie qu’on demande à la grandeur. »
« Qu’est-ce que le bonheur, sinon l’accord vrai entre un homme et l’existence qu’il mène. »

Ces noces, ce sont celles d’Albert Camus avec le site romain de Tipasa et avec tous les paysages de son enfance algérienne, c’est une communion totale et érotique avec le soleil et la mer. Noces à Tipasa – mon texte préféré, avec La Mer au plus près – est empreint d’une sensualité magnifique, c’est un hymne païen à la beauté de la nature, mais c’est aussi un éloge de la contemplation – et c’est là sa force – qui nous invite à plonger au fond de nous-mêmes pour réfléchir à notre rapport au monde en tant qu’hommes. L’exil, la révolte, la mort… et à l’opposé, le désir, le bonheur, la présence au monde… autant de thèmes chers à Camus que l’on trouve dans le recueil Noces, suivi de L’Été.

Michel Voïta s’empare de ces textes, se les approprie et fait littéralement corps avec eux, allant parfois jusqu’à mimer les sensations qui l’habitent : l’eau qui glisse le long de son corps, le souffle du vent qui le traverse… Avec un grand respect pour l’auteur, il réussit à nous restituer le souffle lyrique et l’ampleur du verbe de Camus, dans un exercice de haute voltige.

Ne serait-ce que pour la beauté des mots et la profondeur de la pensée de l’écrivain – encore si actuelle – , ce spectacle est indispensable.

Véronique Tran Vinh

Texte d’Albert Camus
Adaptation et mise en scène de Michel Voïta
Avec Michel Voïta

À PARTIR DU 27 SEPTEMBRE 2017
Le mercredi à 19 h
Théâtre Rive Gauche
6, rue de la Gaîté
75014 Paris
http://www.theatre-rive-gauche.com/a-l-affiche-noces.html

 

 

Anne Baquet, soprano en liberté, au Lucernaire

DMPVD : THÉÂTRE – SPECTACLES – CULTURE

Esprits chagrins, passez votre chemin ! La liberté, la fantaisie, la fraîcheur, le bonheur de chanter et de s’exprimer… c’est tout cela qu’incarne Anne Baquet dans ce spectacle aussi pétillant que des bulles de champagne. Tel un lutin espiègle, ce petit bout de femme virevolte sur scène, s’emparant allègrement de chansons françaises à l’humour bien trempé (François Morel, Marie-Paule Belle, Juliette, pour ne citer que quelques auteurs) ou d’autres plus poétiques ou plus mélancoliques, sans oublier des variations insolites sur des morceaux de… Freddie Mercury ou John Lennon. Mais qu’importe le registre pourvu qu’on ait la voix et … quelle voix !

L’originalité de cette diva hors norme transparaît dans tous les morceaux qu’elle interprète. En artiste accomplie, elle nous fait passer sans transition du rire au grave, de la fantaisie à la mélancolie. La mise en scène de Anne-Marie Gros souligne avec délicatesse sa personnalité attachante, empreinte d’une douce folie. Aussi…

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Enfin vieille ! au BO Saint-Martin

Une jolie brune qui parle à son doudou, ce n’est pas banal, et le doudou qui répond, ça l’est encore moins. Et pourtant, Laura Elko, seule en scène, discute et obéit à ce bout de marionnette bleue qui lui ordonne de faire le bilan de sa vie à 30 ans.

Tout y passe, vie professionnelle, amoureuse… sans oublier les concours ratés de danse et de piano quand elle avait 9 ans, tout ça raconté avec beaucoup d’humour. Dans cet échange, la petite voix de sa conscience lui démontre qu’elle est dans l’erreur et qu’il est temps de prendre une autre direction.

Si ce doudou a la parole, c’est que Laura Elko lui prête ses cordes vocales sans remuer les lèvres… Et de ses cordes vocales, elle sait – ô combien ! – en faire usage. Vous l’aurez compris, Laura Elko est ventriloque mais aussi chanteuse d’opéra, et bien d’autres choses encore. Cette comédienne étonnante nous emporte de tranche de vie en tranche de vie (la sienne mais aussi un peu la nôtre).

On rit beaucoup, on applaudit souvent à ce one-woman-show original. Avec elle, inutile de vous recroqueviller sur votre siège, elle vient vous chercher, vous apostrophe et parfois vous fait monter sur scène. Gonflée à bloc, pétillante, elle convoque la seule qui ne soit pas dans la salle, sa grand-mère, femme hongroise fantasque et libre qui, au soir de sa vie, prononce la phrase-titre : « Enfin vieille ! » Comme une invitation à prendre sa vie en main et donner de la voix, qu’elle a belle, comme sa grand-mère.

Venez donc passer un moment joyeux, original et intelligent avec une trentenaire talentueuse qui trace sa route loin des sentiers battus.

Plûme

Auteur et artiste : Laura Elko
Metteur en scène : Trinidad
En juin, tous les jeudis à 20 h
BO Saint-Martin
19, bd Saint-Martin
75003 Paris
http://www.theatrebo.fr/LAURA-ELKO_a330.html

Et au Festival d’Avignon
du 7 au 30 juillet (relâche les mercredis)
BO Avignon
Novotel centre – salle 2 (84)

 

 

 

 

 

Anne Baquet, soprano en liberté, au Lucernaire

Esprits chagrins, passez votre chemin ! La liberté, la fantaisie, la fraîcheur, le bonheur de chanter et de s’exprimer… c’est tout cela qu’incarne Anne Baquet dans ce spectacle aussi pétillant que des bulles de champagne. Tel un lutin espiègle, ce petit bout de femme virevolte sur scène, s’emparant allègrement de chansons françaises à l’humour bien trempé (François Morel, Marie-Paule Belle, Juliette, pour ne citer que quelques auteurs) ou d’autres plus poétiques ou plus mélancoliques, sans oublier des variations insolites sur des morceaux de… Freddie Mercury ou John Lennon. Mais qu’importe le registre pourvu qu’on ait la voix et … quelle voix !

L’originalité de cette diva hors norme transparaît dans tous les morceaux qu’elle interprète. En artiste accomplie, elle nous fait passer sans transition du rire au grave, de la fantaisie à la mélancolie. La mise en scène de Anne-Marie Gros souligne avec délicatesse sa personnalité attachante, empreinte d’une douce folie. Aussi à l’aise dans le registre de l’humour que dans celui de l’émotion, elle est d’une féminité rayonnante, mise en valeur par ses tenues et surtout, par une perruque… décoiffante !

Sur scène, Anne Baquet se donne sans compter. Elle chante, elle danse, elle joue la comédie… et elle nous emballe. Sa jolie complicité avec sa pianiste – Claude Collet, ce soir-là – fait plaisir à voir. Les chansons présentées sont à 95 % des créations, ce qui apporte une fraîcheur indéniable à ce récital pas comme les autres.

On sort de la salle du Lucernaire dans un état de douce euphorie, avec plein de notes légères dans la tête (comme cette chanson de Juliette, par ex.) :

« Affranchis de toute harmonie,
Si vous saviez comme j’vous envie,
Chantez, chantons, c’est important
Sans complexe et n’importe comment
Ça sera pas pire et même plus beau
Que ce qu’on entend à la radio…»

Véronique Tran Vinh

avec Anne Baquet
Pianiste Claude Collet, Christophe Henry ou Grégoire Baumberger
Mise en scène Anne-Marie Gros
Accessoiriste Kham-Lhane Phu
Lumière Jacques Rouveyrollis

 Jusqu’au 27 août 2017
Du mardi au samedi à 21 h
Dimanche à 19h00
Théâtre du Lucernaire
53, rue Notre-Dame-des-Champs
75006 Paris
Tél. : 01 45 44 57 34
http://www.lucernaire.fr/theatre/1592-anne-baquet-soprano-en-liberte-.html

 

Martin Luther King / George Jackson, au théâtre de l’Atelier

@ DR

Deux voix se croisent, échangent, se répondent. Celle d’un pasteur baptiste, aujourd’hui célèbre pour avoir lutté contre la ségrégation raciale aux États-Unis et l’avoir payé de sa vie : Martin Luther King, non-violent, prix Nobel de la Paix en 1964. L’autre, celle d’un jeune homme emprisonné pour vol, qui passe plus de dix ans dans les centres pénitentiaires : George Jackson rejoint les Black Panthers dans la lutte contre la ségrégation raciale, et sera assassiné en prison en 1971.

En cette Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions, le théâtre de l’Atelier a convié deux comédiens, Lucien Jean-Baptiste et Cyril Guei, à lire des pages des discours de l’un et des lettres de l’autre.

Leurs témoignages font froid dans le dos : « Les hommes noirs nés aux États-Unis et assez chanceux pour être encore en vie à l’âge de dix-huit ans sont conditionnés à considérer l’emprisonnement comme inéluctable », affirme George Jackson. Sa voix, portée avec force par Cyril Guei – assis devant une table, dans sa cellule –, résonne des injustices et du combat à mener pour l’égalité des droits : « C’était en 1960, j’avais dix-huit ans. Je n’en suis pas sorti depuis. En prison, j’ai fait la connaissance de Marx, de Lénine, Trotsky, Engels et Mao, et ils m’ont converti. Pendant les quatre premières années, je n’ai étudié que les questions économiques et les techniques de combat. » Et de conclure : « L’homme est né libre, mais partout il porte des chaînes. »

Lucien Jean-Baptiste, lui, debout, fait entendre la voix de Martin Luther King, fraternelle, mais déterminée : « Les tourbillons de la révolte continueront d’ébranler les fondations de notre nation jusqu’au jour où naîtra l’aube brillante de la justice. » « Non, non, nous ne sommes pas satisfaits, et nous ne serons pas satisfaits tant que le droit ne jaillira pas comme les eaux et la justice comme un torrent intarissable. »

Et l’objectif pour les deux hommes : « Nous devons parvenir à comprendre que notre objectif est d’instaurer une Société en paix avec elle-même, une Société qui pourra vivre en paix avec sa conscience. Le jour où cela arrivera, ce ne sera une victoire ni pour le Blanc ni pour le Noir. Ce sera une victoire pour l’Homme en tant qu’Homme. »

Cette lecture à deux voix, par la sélection des textes et leur va-et-vient alors que les deux hommes n’ont pas correspondu de leur vivant, trouve aujourd’hui une résonance particulière – grâce aux voix particulièrement justes des deux comédiens, mais aussi à leur gestuelle – quand l’actualité rappelle que malheureusement la discrimination raciale gangrène toujours les États-Unis et qu’il faut encore affirmer : Black lives matter (« Les vies des Noirs comptent »).

 Plûme

Le 10 mai au théâtre de l’Atelier
Martin Luther King / George Jackson
de Pierre Tré-Hardy et mis en voix par Sally Mikaleff
Avec Lucien Jean-Baptiste (Martin Luther King) et Cyril Guei (George Jackson

Dans le cadre du Cycle de lectures et de prises de parole autour du pouvoir et de la citoyenneté : À haute voix !
http://www.theatre-atelier.com/a-haute-voix-lo2091.html

Jeudi 18 mai à 21 h :
« Je veux espérer encore »
Jean Jaurès
Conception et mise en espace Léonard Matton
Avec Richard Bohringer

Vendredi 19 mai à 21 h :
« Marie-Antoinette, correspondances privées »
De Évelyne Lever
Mise en scène de Sally Micaleff
Avec Fabienne Périneau

Samedi 20 mai à 21 h :
« Elles prennent la parole »
Mise en voix d’Anouche Setbon
Avec Nathalie Cerda, Julie Depardieu, Andréa Ferréol et Juliette Biry

Mardi 23 et mercredi 24 mai à 21 h :
« Zhumains, conférence-spectacle anti-fin du monde »
De et avec Catherine Dolto et Emma la Clown

Mercredi 31 mai à 21 h :
Le Salon des dames,
De et par Le salon des dames

 

 

Z’humains ! Conférence anti-fin du monde, au théâtre de Belleville

Nous faire réfléchir aux fléaux qui menacent notre planète : agriculture et élevage intensifs, réchauffement climatique, nucléaire…, mais avec légèreté et humour !

Pari réussi de la part de Catherine Dolto (pédiatre et haptothérapeute de son métier), enseignante bienveillante, et Emma la clown, à l’énergie communicative et tout aussi bienveillante, qui font l’état des lieux de l’influence de l’humain sur son biotope. Les deux comparses ponctuent leurs échanges d’animations ludiques et didactiques sur “Poyer Punt” (pour Power Point) projetées sur écran. Elles nous rappellent nos origines et les principales étapes de l’évolution de l’espèce humaine, mais aussi la disparition des dinosaures (tués par un gros caillou en pâte à modeler) ou le mode de vie de l’« homo sapiens sapiens », notre ancêtre direct.

Les interactions avec le public sont nombreuses ; le gros ballon en forme de globe terrestre que l’on se renvoie, notamment, nous fait comprendre que nous jouons avec la terre, alors qu’elle est fragile. Les interventions d’Hubert Reeves, filmées et projetées sur l’écran, mais aussi celles de Matthieu Ricard et José Bové, qui ont prêté leur voix à des chaussettes transformées en marionnettes, viennent conforter leur propos.

On rit beaucoup des facéties d’Emma la clown, mais aussi des fous rires de Catherine Dolto. Elles nous rappellent, avec bonne humeur et un peu de sérieux quand même, qu’il serait temps et judicieux de réfléchir à une autre façon d’envisager notre avenir et celui de notre planète, qui sont quand même étroitement liés.

Un spectacle aussi réjouissant qu’indispensable… ne le manquez pas !

Armelle Gadenne

Avec Emma la clown et Catherine Dolto
De /par Catherine Dolto et Meriem Menant
Mise en scène Kristin Hestad
Lumière Nicolas Lamatière
Son et régie générale Romain Beigneux-Crescent
Costumes Anne de Vains
Vidéo Yann de Sousa
Conception musicale Patrice et Henry Blanc-Francart
Production Compagnie La Vache Libre

Jusqu’au 30 avril 2017
Du mardi au samedi à 21 h 15, dimanche à 14 h 30
Théâtre de Belleville
Entrée : Passage Piver
94, rue du Faubourg-du-Temple
75011 Paris
http://www.theatredebelleville.com/saison-16-17/item/365-z-humains

En tournée les 23 et 24 mai à 21 h
au Théâtre de l’Atelier,
1, place Charles-Dullin
Paris 18e
Retrouvez tous les spectacles sur le site : www.emmalaclown.com

Gardez le sourire ! au Petit Casino

J’avais vu Et pendant ce temps, Simone veille, il y a un an, et j’avais adoré la force de ce spectacle intelligent, féministe, au verbe joyeux et sans complexes, signé Trinidad. Alors, assister à un one-woman-show de la fameuse Trinidad…

Pour une unique soirée, la petite salle du bateau théâtre Le Nez rouge attend de voir l’énergique jeune femme débouler sur scène. Surprise ! C’est sa gardienne qui la remplace au pied levé. Et c’est ainsi que Trinidad nous fait rencontrer les personnages réels ou rêvés qui l’ont inspirée.

De sa gardienne, elle garde la langue bien pendue, aussi vive que son balai. « Le changement, c’est maintenant ! » De son enfance dans le XIIIe arrondissement, elle a reçu la sagesse chinoise de maître Dong. « Quand homme trempe rouleau de printemps, c’est souvent la femme qui trouve la sauce piquante. » De sa grand-mère Carmen, elle a hérité, comme elle le dit, « son originalité, son côté fantasque et son esprit libre ». De ses origines espagnoles et catholiques, elle garde une dent contre la religion, les religions. N’affirme-t-elle pas qu’elle est la mieux placée pour en parler, elle qui s’appelle Trinidad : le père, le fils et le Saint-Esprit…, née à l’hôtel-Dieu et baptisée à Notre-Dame ! Ça ne s’invente pas.

Sourire ravageur, Trinidad aime asticoter ses contemporains avec une attention spéciale pour ses contemporaines, féminisme oblige ! Directement en prise avec l’actualité, elle ne ménage personne et nous délivre, au fil de ses sketches, la vie telle qu’elle la sent. Aller de l’avant, chanter, rire : « Le temps n’est qu’une invention de l’homme pour donner sens à sa vie. Tant que tu es vivant, tu peux tout recommencer. »

Pas question de baisser les bras, il faut lutter, contre soi-même parfois, et surtout, « garder le sourire ». Et pourquoi pas en chansons ? À cet exercice, Trinidad excelle. Elle ose transformer les tubes en chansons humoristiques, pleines de verve et de piques : Rockcollection, Comme un garçon, Je veux, Oui j’l’adore, et bien d’autres.

Pendant une heure de spectacle, on rit et on en redemande, tant les phrases de Trinidad explosent en fines bulles de joie, d’intelligence et d’humour. À la fin du one-woman-show, le sourire aux lèvres, vous repartirez tout ragaillardi, bien décidé à suivre l’injonction de Trinidad : « Gardez le sourire ! »

Plûme

Tous les soirs, à 21 h
Le Petit Casino
17 rue Chapon
75003 Paris
Tél. : 01 42 78 36 50

« Et pendant ce temps, Simone veille » en tournée :

le 23/03/2017 à Cergy
le 01/04/2017 à Beaumont-en-Véron
le 08/04/2017 à Oberhausbergen

Nid de coucou, au cirque Romanès

Crédit photo @Pascal Gély

Il n’est pas étonnant que le Footsbarn Theatre et ses saltimbanques, connus pour leurs adaptations burlesques et baroques, aient été séduits par le thème de Vol au-dessus d’un nid de coucou de Ken Kesey (écrit en 1962), qui se passe dans un hôpital psychiatrique. Dans cette adaptation, ils mettent en exergue la responsabilité du corps médical de l’époque, sous l’aspect de l’Infirmière, représentée de manière gargantuesque, et de l’état statique, anxieux, de ces êtres fragiles et touchants.

Sur la scène, en transparence, fragilement accrochés à un mobile, on voit tournoyer des oiseaux en tous sens. Que se passera-t-il si le fil se rompt ?

Tout d’abord, hommage doit être rendu à une mise en scène inspirée et à la hauteur du chef-d’œuvre de Milos Forman, sorti en 1975. En même temps qu’apparaissent les personnages, leur touchante fragilité – gérée par l’Infirmière, entre superficielle empathie et réelle domination – se dévoile. Nous sommes à l’époque de la cigarette consentie (ou supportée) et des méthodes radicales que sont les électrochocs, voire les trépanations.

Un modus vivendi s’est instauré dans l’asile. Qui est cet inconnu qui va tout bouleverser sous le regard attentif du Chef indien – vraiment sourd-muet ? – hiératique, qui comprend et anticipe un drame possible. Les joies de l’interdit, un parfum de liberté, sont très joliment évoqués : échappées en voiture ou en bateau. La peur de l’inconnu aussi.

On ne saurait parler d’acteurs tant ils “incarnent”. Une mention particulière à André Julio Texeira, un Billy Bibbit qui nous fait entrer dans la fragilité des êtres, de tout être. Les mélopées du sculptural Haka Resic, qui campe le chef Bromden, sont bouleversantes.

Un très beau spectacle…

Anne Warembourg

Avec (par ordre d’apparition) : André Julio Teixeira (Billy Bibbit), Vincent Gracieux (Harding), Naomi Canard (L’infirmière et Candy), Hala Resic (Chef indien Bromden), Dominique Prie (Cheswick), Tony Wadham (McMurphy), Paddy Hayter (Miss Ratched et Sandy)
Équipe technique : Fredericka Hayter, Sophie Barraud, Hanna Sjodin, Bruno Hocquard, Jean Grison, Sophie Lascelles assistée de Tim Pearce, Brahim Arar, Thierry Meslin, Flore Monnier

Jusqu’au 26 février :
Jeudi et vendredi à 20h30, samedi à 15h30
Durée : 1 h 45
Réservations  : 06 26 61 39 26
www.fnac.com
Cirque Romanès
Square Parodi, bd de l’Amiral Bruix, 75016 Paris

En alternance avec Shakespeare Celebration
Samedi à 20 h 30 et dimanche à 15 h 30
Durée : 1 h 30

Légitimus Incognitus au Théâtre du Grand Point-Virgule

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De l’humour, de la fraîcheur et un zeste des Inconnus… Pascal Légitimus, après avoir rencontré un vif succès l’an passé dans son premier one-man-show occupe à nouveau le devant de la scène avec Légitimus Incognitus, au Théâtre du Grand Point-Virgule à Paris.

Durant une heure et demie, il a choisi de s’exprimer sans ses deux compères (Didier Bourdon et Bernard Campan) dans une succession de saynètes sur des sujets qui lui tiennent à cœur (l’infidélité, l’homosexualité, les gourous, les ados, les banquiers, le “club Med de Syrie”…) ou qu’il emprunte parfois à des expériences vécues (les pigeons ?).

Il en profite en passant pour brocarder les portables, la télé-réalité, les Pokémon, et tenter de se glisser dans le corps d’une femme pour accoucher (cela vaut le détour).

Les textes sont signés de Pascal mais aussi de Rémi Caccia et Edouard Pluvieux. La mise en scène est de Rémi Caccia.

Un bon moment de bonne humeur qu’il sait nous faire partager !

Carole Rampal

Du jeudi au samedi, au Grand Point-Virgule à Paris à 19h45
http://legrandpointvirgule.com/content/pascal-legitimus-dans-legitimus-incognitus
8 bis, rue de l’Arrivée, 75015 Paris, métro Montparnasse

On achève bien les anges, un spectacle de Bartabas

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Au milieu de caravanes bicolores, au Fort d’Aubervilliers, le Théâtre Zingaro fête ses 30 ans et nous emporte hors du temps, entre ciel et terre, au milieu de séraphins, avec son treizième ballet, On achève bien les anges.

Un nouveau spectacle de deux heures, où Bartabas tient encore avec magie les rênes de son spectacle et revient lui-même sur scène, accompagné par la voix rauque de Tom Waits, réaliser des performances techniques subjuguantes.

Tout commence par ces anges descendus tout droit du ciel, les yeux bandés, qui enfourchent à l’aveugle leur monture avec une précision qui donnerait envie de fermer soi-même les yeux, s’ils n’étaient pas déjà écarquillés par ce qu’ils voyaient. Des acrobates effectuent des sauts de l’ange, un cheval se couche abandonné sous son cavalier, des femmes en burqa bleue se déplacent avec grâce sur des échasses, des fildeféristes évoluent au-dessus de chevaux argentins, des squelettes au vent galopent, une charrette d’ange soulève de terre un petit poney…

Dix cavaliers voltigeurs, six musiciens, 35 chevaux, et dindons nous entraînent dans cette chevauchée fantastique dans une atmosphère élégiaque, portée par Messiaen, Bac et les Doors.

Entre deux tableaux, les musiciens, des clowns bouchers, s’expriment avec force et humour à travers une scénographie pleine de créativité et à l’heure du jour qui évoque des sujets aussi contemporains tels que l’abattement des animaux, les religions.

Une rêverie équestre et poétique…

Carole Rampal

Représentations les mardis, mercredis, vendredis et samedis à 20h30 et dimanche à 17h30.
Réservation au 01 48 39 54 17
http://bartabas.fr/theatre-zingaro/spectacles/

Avec :

Cavaliers : Bartabas, Stéphane Drouard, Michaël Gilbert, Loreleï Josserand,
Noureddine Khalid, Mathias Lyon, Gaëlle Pollantru-Gevertz, Étienne Régnier,
Alice Séghier, Messaoud Zeggane.

Musiciens : François Marillier (direction musicale), Janyves Coïc, Cyrille Lacombe, Yuka Okazaki, William Panza, Paulus.

Boucher-confiseur : Riton Carballido.

Et les chevaux !
Angelo, Antonete, Arruza, Barock, Belmonte, Bombita, Cagancho, Calacas, Le Caravage, Chicuelo, Conchita-Citron, Conquete, Dominguin, El Cordobes, El Gallo, El Soro, El Viti, Famine, Guerre, Joselito, Le Greco, Majestic, Manolete, Manzaneres, Misère, Nimeño, Paquiri, Posada, Soutine, Tarzan, Tintoret, Zurbaran, La Mule et L’âne.

Dindons : pas de nom de baptême ni de scène.

Flon Flon par La compagnie Les Épis Noirs

Flon Flon ou La Véritable Histoire de l’Humanité

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Flon Flon nous conte l’histoire de la Création du Monde revue et corrigée par la compagnie burlesque Les Epis Noirs à une sauce franchouillarde pimentée de pure fantaisie : Dieu (Pierre Lericq) est Ardéchois : il crée Boucieu-le-Roi. Il s’ennuie alors il crée Manon (Manon Andersen), une Êve un peu simple d’esprit et enceinte d’Alexandre (Lionel Sautet), Adam de pacotille. Puis, Dieu crée le Mal et l’interprète : Pierre, proxénète, frère d’Alexandre, séduit Manon et l’envoie tapiner sur les trottoirs de la capitale. Fou de douleur, Alexandre est interné en hôpital psychiatrique, Pierre tombe amoureux d’un homme et Manon est totalement désabusée. Heureusement, Dieu crée le happy-end.

Flon Flon est une véritable bouffée de bonheur : calembours, clowneries, ritournelles s’enchaînent en un rythme endiablé avec pour tout accessoire une malle et un tabouret. Chaque scène est un délice textuel (Pierre Lericq) sans cesse renouvelé dans une mise en scène totalement déjantée (Manon Andersen et Pierre Lericq). Les comédiens-chanteurs-danseurs s’en donnent à cœur joie ainsi que leurs compères clowns-musiciens (Svante Jacobsson, Marwen Kamarti et Fabien Magni) pour le grand plaisir des spectateurs pris dans ce tourbillon de délires survoltés de folie dès le lever de rideau. Lorsqu’il retombe, la salle entière est debout en ovation absolue pendant plus de quinze minutes.

Chapeau bas Les Epis Noirs pour tant de talent et d’énergie. Flon Flon ne ressemble à aucun autre spectacle. Vitaminé. Délicieux. Magnifique. Sans réserve. Courez au Théâtre de la Gaîté Montparnasse avant le 31 décembre 2016 pour finir l’année dans un merveilleux éclat de rire.

 

Isabelle Lévy

À l’affiche en ce moment depuis le 8 novembre :
Théâtre de la Gaîté Montparnasse
26 rue de la Gaîté
75014 Paris
Tél. : 01 43 22 16 18
http://www.gaite.fr/spectacle-theatre.php