“Blanche Neige”, à la Grande Halle de la Villette

Blanche Neige-Jean-Claude Carbonne CMJN

©Jean-Claude Carbonne

Ce ballet, créé en 2009 et magistralement interprété par les 24 danseurs de la compagnie Angelin Preljocaj, se veut une « parenthèse féérique et enchantée » dans l’œuvre du chorégraphe d’origine albanaise. Durant 1 h 50, nous sommes happés par la magie des décors de Thierry Leproust, le lyrisme de la musique de Malher et la beauté de la chorégraphie.

Au-delà du célèbre mythe des frères Grimm, Preljocaj nous offre une version de Blanche Neige très charnelle, ancrée dans la réalité : parcours initiatique d’une jeune fille qui devient femme pour Blanche Neige, poursuite de l’éternelle jeunesse et lutte pour la conserver pour sa marâtre.

Certaines scènes frappent particulièrement par leur créativité, comme celle où les sept nains (des mineurs de fond !) semblent jaillir d’une falaise abrupte où ils effectuent un surprenant ballet en suspension ; ou encore, celle où la marâtre poursuit Blanche Neige pour lui enfoncer la pomme dans la gorge, avec un sadisme non dénué de volupté. De même, la scène où le prince désespéré danse avec Blanche Neige, présumée morte, captive.

Les costumes de Jean Paul Gaultier apportent leur touche incongrue à l’univers de Preljocaj et contribuent à sublimer le corps des danseurs. Ah ! la tunique de Blanche Neige hardiment fendue sur les hanches… et le pantalon orange à bretelles du prince (clin d’œil au style Gaultier des années quatre-vingt dix !), sans oublier la tenue de la marâtre, très réussie, à mi-chemin entre celle de Madonna et d’une dominatrice sexy.

Mirea Delogu, dans le rôle de Blanche Neige, fait preuve d’une belle expressivité dans la danse. Face à elle, Cecilia Torres Morillo, d’une sensualité redoutable, campe une marâtre aussi fascinante que maléfique, prête à tout pour conserver sa jeunesse et sa beauté. Les scènes où elle apparaît, escortée par ses deux chats (telle Catwoman) ou face à son miroir, sont d’une grande force dramatique.

En résumé, un spectacle plein de créativité et de sensualité, porté par une chorégraphie enlevée, qui permet de parler aux petits comme aux grands, et qui nous prouve, si besoin était, que Blanche Neige est un conte très actuel.

Véronique Tran Vinh

Chorégraphie Angelin Preljocaj
Costumes Jean Paul Gaultier
Musique Gustave Mahler – Musique additionnelle 79 D
Décors Thierry Leproust
Lumières Patrick Riou
Avec Mirea Delogu (Blanche Neige), Redi Shtylla (le prince), Cecilia Torres Morillo / Anna Tatarova (la reine), Sergi Amoros Aparicio (le roi), Margaux Coucharrière, Manuela Spera (les chats).
Création 2008 – Chorégraphie primée aux Globes de cristal 2009.

Du 5 au 8 juillet 2018
Grande Halle de la Villette
https://lavillette.com/evenement/angelin-preljocaj-blanche-neige/#utm_source=blog&utm_medium=DMPVD


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“La Fiesta”, à la Villette

 

 

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©Jean-Louis Duzert

« Je crois que la fête est à la fois l’expression et la nécessité de ma culture. » Dans sa dernière création, qui a fait sensation au dernier festival d’Avigon, Israel Galván évoque ce moment précis et codifié du spectacle flamenco au cours duquel les artistes sonnent le final en changeant de rôle (fin de fiesta).

La Fiesta, c’est d’abord et avant tout une histoire d’amitié et une histoire de troupe. Des femmes et des hommes qui partagent la même passion pour la culture flamenca et la musique au sens large. La participation d’une chanteuse venue d’ailleurs qui « s’exprime » dans plusieurs langues, d’une étrange violoniste et d’un ensemble byzantin (à la musique magnifique) en témoigne. Tout cela forme un ensemble furieusement iconoclaste.

Dans ce spectacle, il est question de sons plutôt que de musique à proprement parler, des sons produits avec la voix, mais aussi avec la bouche, les mains, et même les pieds. Il est question aussi du chaos, du sacré, et comme le sous-entend le titre, du sens de la fête présent partout en Espagne. Et évidemment, une fête ne se fait jamais seul…

Ici, pas de scénographie réglée au millimétre, mais plutôt un bouillonnement de vie, des tables qu’on renverse pour danser dessus, des coquillages qu’on s’amuse à jeter en l’air ou à piétiner allègrement, des défis que l’on se lance à travers la maîtrise des voix et des corps.

Même si l’on est parfois un peu déconcerté, on se laisse happer par le rythme de la danse, le rythme de la vie. Parfois, cela ressemble à une longue transe comme dans le ballet final – véritable morceau de bravoure – où le maître sévillan évolue au milieu de sons qui évoquent la semana santa (cris, pleurs, prières…).

C’est ce bordel, cette effervescence, cette fratrie liée par une culture artistique très forte qui donnent envie d’entrer dans la fête à notre tour… n’en déplaise aux esprits chagrins. Que viva la fiesta !

Véronique Tran Vinh

Jusqu’au 11 juin 2018
Grande halle de la Villette, dans le cadre de la programmation hors les murs du Théâtre de la Ville
Tous les jours à 20 h 30, sauf dimanche à 16 h
https://lavillette.com/evenement/israel-galvan-la-fiesta/#utm_source=blog&utm_medium=DMPVD
Toute la programmation de la Villette ici :
https://lavillette.com/agenda/

Conception, direction artistique, chorégraphie Israel Galván
Direction musicale Israel Galván et Niño de Elche
Avec Eloísa Cantón, Emilio Caracafé, Israel Galván, El Junco, Ramón Martínez, Niño de Elche, Alejandro Rojas-Marcos, Alia Sellami, Uchi et le Byzantine Ensemble Polytropon
Dramaturgie Pedro G. Romero

“Le Misanthrope”, à la Grande Écurie de Versailles

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©Emmanuel Orain

Écrite en 1666 par Molière, cette pièce est marquée par l’amertume liée à la situation personnelle de l’auteur (querelle du Tartuffe et déboires amoureux). La tragédienne et metteuse en scène Anne Delbée nous en livre sa vision toute personnelle.

Dans le cadre magnifique de la Grande Écurie, nous avons assisté ce soir-là à une relecture décalée du Misanthrope, placée sous signe de la dolce vita. D’emblée, le ton est donné. Il sera résolument baroque. Anne Delbée transpose le Misanthrope à notre époque, dont le goût pour le paraître et la liberté de mœurs sont soulignés. Elle donne à voir une comédie dominée par l’ambivalence des sentiments humains : Alceste hait l’hypocrisie, mais il aime la belle Célimène dont la liberté de comportement et l’attrait pour la médisance sont contraires à ses valeurs.

La mise en scène est volontairement outrée, évoquant par moments un univers fellinien avec des personnages au comportement extravagant, voire grotesque, illustré par Oronte (excellent Yannis Ezziadi, tout en gloussements et gestes affectés), et les “petits marquis”. Célimène et sa cour d’admirateurs sont montrés comme une bande de jouisseurs, dépourvus de valeurs, qui se livrent à une fête perpétuelle. Ils dansent, boivent, se rient de tout et de tous, comme dans l’acte 2 (très drôle) où Célimène, au cours d’une sarabande échevelée, raille à tour de rôle certains de ses soupirants absents.

Trop d’artifices
Face à eux, Alceste incarne le moraliste drapé dans sa dignité. On ne peut s’empêcher d’y voir l’alter ego de l’auteur lui-même, raillé et attaqué après avoir été porté aux nues, malheureux en amour. Cela n’empêche pas Molière de montrer le revers de son caractère : son manque d’indulgence envers les autres qui vire au rigorisme. Entre les deux, Philinte, qui prône le compromis entre l’hypocrisie et la vertu.

Malheureusement, la mise en scène, surchargée, finit par desservir le sujet. Anachronismes, comédiens habillés en femmes ou qui se trémoussent au son de musiques contemporaines… pour montrer la vacuité du monde moderne ? Tous ces artifices finissent par lasser d’autant qu’ils n’apportent rien au propos – pourtant incisif – de Molière.

Vous l’aurez compris, je n’ai pas été convaincue par cette proposition du Misanthrope, malgré une distribution talentueuse – citons entre autres Valentin Fruitier, parfait en « atrabilaire amoureux », Emmanuel Barrouyer, Philinte à la causticité bienvenue, et Émilie Delbée, très convaincante en Célimène d’aujourd’hui  – et une tentative audacieuse de rendre cette comédie de caractères plus actuelle.

Que cela ne vous empêche pas de courir découvrir les autres représentations théâtrales données dans les plus beaux endroits de Versailles !

Véronique Tran Vinh

Mise en scène Anne Delbée
Avec la compagnie Anastasis
Valentin Fruitier (Alceste), Emmanuel Barrouyer (Philinte), Yannis Ezziadi (Oronte), Émilie Delbée (Célimène), Esther Moreau (Éliante), Anne Delbée (Arsinoé), Luc Rodier (Acaste), Étienne Bianco (Clitandre), Arthur Compardon, Stanislas Perrin.

Prochaines représentations :
Le 13 juin à 20 h 30 : par la compagnie Viva
Le 29 juin à 20 h 45 : par la compagnie Anastasis

D’autres spectacles sont programmés tout au long du mois de juin, partout dans Versailles, gratuits pour la plupart.
Renseignements : 01 30 21 51 39
http://www.moismoliere.com/
https://www.youtube.com/watch?v=G8AMkpNx5tQ

 

“Orfeo ed Euridice”, au Comédia

© Benloy

Pour Gluck, l’opéra et le théâtre étaient indissociables et devaient se fondre l’un dans l’autre, dans un dépouillement d’ornements superflus.

Bernard Jourdain et Isabelle Huchet, metteur en scène et scénographe, partagent cette vision d’aller à l’essentiel et servent cette histoire d’amour et de mort avec finesse, intelligence et une grande créativité.

 Il y a d’abord la musique de Gluck, d’une beauté pénétrante, soutenue par des chœurs et des ballets, et jouée par un orchestre dirigé par Romain Dumas, jeune chef d’orchestre et compositeur. Puis les voix du chœur Vox Opéra et des chanteurs ; Théophile Alexandre, contre-ténor et danseur, Orfeo aérien et touchant, qui nous charme autant qu’il charme les esprits infernaux ; les sopranos aux voix puissantes : Aurélie Ligerot, Euridice gracieuse et délicate, et Chloé Chaume, l’Amore bienveillant guidant le héros à travers les dédales et les pièges de l’enfer.

Il y a aussi les couleurs, le noir du deuil et le rouge des flammes de l’enfer, celui du lien de laine rouge donné par l’Amore – tel un fil d’Ariane – qui va mener l’amoureux à son épouse défunte, formant une pelote qui grossit au fur et à mesure qu’Orfeo se rapproche d’Euridice. Le marron des chrysalides humaines suspendues au-dessus de la scène et le blanc des âmes perdues qui errent dans les limbes. Les furies masquées de têtes de mort et habillées en noir avec des cordes blanches cousues sur le corps, tels des os de squelettes, évoluant au milieu d’une marée d’âmes en perdition, qui pulse par vagues…

Les vêtements sciemment intemporels et de toute beauté sont inspirés des hanboks coréens. Leurs teintes sont adaptées à chaque personnage, dans des tons ocre et marron pour Orfeo, et lumineux (or et blanc) pour l’Amore et Euridice.

La scénographie, très épurée, associe le classicisme de l’œuvre à une mise en scène moderne et inventive grâce à des décors très graphiques. Des écrans de formats différents, où sont projetées des images soutenant les tableaux, plongent les spectateurs dans un univers onirique, telle la vidéo de pluie avec une silhouette de femme, alter ego de l’héroïne, mimant le désespoir de l’enfermement, en même temps qu’Euridice évolue sur la scène, perdue et isolée dans les limbes. Ou, plus classique, le tableau où la défunte semble être enfermée dans une cage de verre, debout et figée sous un voile qui la recouvre entièrement, est digne des madones d’un Strazzia ou d’un Corradini.

Il y a beaucoup à dire mais encore plus à découvrir. Je forme des vœux pour que ce spectacle d’une grande qualité trouve son lieu pour exister pleinement.

Merci de m’avoir enchantée. Je souhaite le meilleur à ce merveilleux Orfeo ed Euridice, dont la beauté et l’émotion ont enthousiasmé le public présent lors de cette représentation au Comedia.

 Armelle Gadenne

Tragédie opéra en trois actes de Christoph Willibald Gluck
Livret original de Raniero de’ Calzabigi
Créé à Vienne en 1762
Version italienne avec contre-ténor
Direction musicale : Romain Dumas
Mise en scène : Bernard Jourdain
Scénographie : Isabelle Huchet et Antoine Milian
Costumes : Isabelle Huchet
Chorégraphie : Delphine Huchet
Lumières : Christophe Schaeffer
Avec :
Théophile Alexandre (Orfeo), Aurélie Ligerot (Euridice), Chloé Chaume (l’Amore) L’orchestre symphonique et lyrique de Paris et le chœur Vox Opéra

Opéra Côté Chœur est une compagnie lyrique qui produit et diffuse en Île-de-France – et au-delà – des opéras à des prix abordables pour les municipalités, afin d’aller à la rencontre de publics nouveaux.
opera-cote-choeur.fr

 

“Les Franglaises”, à la Seine musicale

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©Victor Delfilm

N’oubliez pas les paroles

Dans l’immense salle de la Seine musicale, le démarrage du show se fait un peu attendre. Le public, déjà chaud, tape dans les mains avec enthousiasme. Après deux ou trois gags pour le faire patienter, ils arrivent enfin : une bande de quatre filles et dix garçons, dont un maître de cérémonie qui lance le spectacle. Le principe : faire deviner au public des standards anglo-saxons traduits en franglais (c’est-à-dire en français littéral), ce qui donne, évidemment, matière à rire. C’est drôle, déjanté, et diablement efficace.

Quelques perles relevées ici et là : « Bonjour, au revoir » des Scarabées donne lieu à un sketch désopilant, avec un chanteur désorienté devant l’inanité des paroles. Dans un autre sketch, malgré l’avis de ses partenaires, l’une des chanteuses veut interpréter coûte que coûte un tube des Filles Épice. Enfin, dans « Tu peux garder ton chapeau » de Joe Cocker, le danseur découvre les paroles en même temps que le chanteur, ce qui l’oblige à un strip-tease hilarant.

Mais le spectacle ne se limite pas à des parodies de standards anglophones. Tous les membres des Franglaises sont des musiciens, chanteurs et danseurs accomplis. Ils se livrent donc à un show à la scénographie parfaitement étudiée, où leur complicité et leur plaisir de s’exprimer sont évidents.

Malheureusement, la deuxième partie du spectacle est un peu moins réussie. La faute au manque de proximité avec les interprètes ? à la durée du spectacle (1 h 40) ? Dans l’intention louable de renouveler le concept, le blind-test se mue en une comédie musicale loufoque qui lorgne du côté des Monty Python. Les gags s’enchaînent à un rythme d’enfer, sous les yeux atterrés du maître de cérémonie, censé avoir perdu le contrôle de son spectacle. Certains auraient cependant gagné à être écourtés.

Malgré ce léger bémol, on passe une excellente soirée en compagnie de ces joyeux drilles et on ressort de la salle, le sourire aux lèvres et la tête pleine de refrains… en franglais, bien entendu !

À souligner au passage, la belle prestation de Pokemon Crew, en première partie, qui en met plein la vue avec ses chorégraphies de breakdance, chroniqué ici :
https://bit.ly/2G8ms7d

Véronique Tran Vinh

http://www.lesfranglaises.fr/
La Seine musicale
Île Seguin
92100 Boulogne-Billancourt
https://www.laseinemusicale.com/

“Rien à dire”, au 13e Art

©Alejandro Ardilla

« C’est quoi l’utilité du clown ? Quels sont ses matériaux ? La fonction du clown est de créer un “trou”. Pour regarder l’humanité d’une façon différente. Ses matériaux sont : l’empathie, la surprise, le rire. C’est un espace entre l’optimisme et la nostalgie, d’où peut jaillir la beauté. La poésie. » Leandre Ribera

Artiste catalan issu du spectacle de rue, Leandre Ribera a peaufiné Leandre clown dans Rien à dire au fil des années jusqu’à en faire ce pur moment de drôlerie, de poésie et d’humanité.

Utilisant le mime et l’acrobatie, il prend littéralement son public par la main pour l’emmener dans son imaginaire, et ça marche. Tout le monde joue le jeu avec enthousiasme et bonne humeur, y compris les spectateurs qu’il invite sur scène pour en faire des acteurs à part entière de son histoire. Son adaptabilité et la subtilité de son jeu rendent très intéressante et touchante la façon qu’il a d’accueillir avec douceur et bienveillance le jeu de l’artiste en herbe avec qui il a choisi de jouer une partition. Il a l’art de solliciter et de libérer son acolyte d’un moment sans dire un mot, en se servant juste de son corps, avec un naturel désarmant.

Lorsque le public arrive dans la salle, il découvre une scène meublée de bric et de broc comme si le maître des lieux était en rupture avec la société et tentait de recréer un semblant de foyer. Les meubles de récup, de guingois, sont prétexte à des sketches hilarants. Il y a notamment une table à trois pieds, une commode aux tiroirs sans fond… et surtout, une armoire hantée remplie de chaussettes. Car les chaussettes jouent un grand rôle dans l’histoire que nous propose ce clown tendre et attachant.

Mais chut ! J’arrête là ma chronique et vous invite à aller découvrir ce spectacle original dans lequel chacun peut jouer un rôle, rire et se lâcher. C’est une belle rencontre avec les autres et surtout avec un comédien délicieux et tellement créatif.

Armelle Gadenne

Jusqu’au 20 mai 2018
Mise en scène :
Leandre clown ou Leandre Ribera
Scénographie : XescaSalvà
Lumière : Marco Rubio
Composition musicale : Victor Morato
Prix de Circ Ciutat de Barcelona 2014
Prix de Circ de Catalunya meilleure mise en scène 2014

Théâtre le 13e Art
Place d’Italie
75013 Paris
Tél. : 01 53 31 13 13
www.le13emeart.com

En tournée :
MAI

Du mardi 22 au vendredi 25 : Festival Mai-Li-Mai-Lo – CHATEAU ARNOUX – Saint-Auban (04)
Samedi 26 : Mur à gauche – SAINT-MARTIN-DE-SEIGNANX (40)

JUIN
Samedi 8 : Kaldearte – VITORIA( ES) – Version rue
Vendredi 15: Sous châpiteau – PITRES (27)
Samedi 16: Festival Vassy fait-moi rire – VALDALIÈRE (14)

JUILLET
Vendredi 6 : Festival Vie à la Rue – BORDEAUX – rue
Samedi 7 : MÉRIGNAC – rue
Samedi 28 : Un p’tit Air de Festival- LOURNAND (71) – Version rue

 

 

 

“7 d’un coup” au Théâtre Paris-Villette

7 d'un coup7 d'un coup

crédit : Frédéric Desmesure

 

D’emblée, nous voilà prévenus : « Eteignez vos portables et, pas de “chut !” pendant le spectacle, laisser entrer les enfants dans la pièce », prévient la maîtresse des lieux. Et elle a raison…

Le narrateur entre en scène et plante le décor : « Le théâtre a quelque chose à voir avec la nuit […] et la nuit fait un peu peur. »

Et voilà tout le théâtre Paris-Villette embarqué dans l’histoire du petit Olivier. Les plus petits – dès 6 ans – expriment leur compassion devant ce héros, trop petit, trop maigre, trop maladroit, pas assez malin, pas assez grand, pas assez fort… –interprété par l’excellent Olivier Pauls. Leur empathie est palpable dans l’obscurité de la salle.

Et lorsque ce dernier tue 7 mouches d’un coup, d’un seul, ils crient leur admiration devant un tel exploit.

Et commence l’aventure onirique d’Olivier… Armé d’une belle assurance, il n’est plus la victime des plus grands qui le harcelaient dans la cour de récré, il est l’auteur d’un exploit qu’il inscrit sur son tee-shirt : 7 d’1 coup !

Il part seul à l’aventure, emportant quelques provisions dans sa besace et s’enfonce dans la forêt profonde. Là, nous entrons dans le domaine du conte, celui des frères Grimm dont il est tiré…

Il fait la rencontre d’un méchant géant qu’il affronte vaillamment et dont il sort vainqueur grâce à la ruse ; il se débarrasse des fantômes qui hante ses nuits ; entre à la cour d’un roi… Dame conscience, qu’il appelle « confiance » toujours à ses côtés pour l’aider en toute circonstance.

Des situations rêvées ou vécues par les plus petits, qui touchent juste leur public. Surtout quand elles sont portées par une mise en scène de qualité, où les voix, les bruitages, les costumes concourent à créer la magie d’un vrai beau spectacle.

C’est tout le talent de Catherine Marnas, auteure et metteure en scène, qui revendique : « Un spectacle jeune public est un spectacle à part entière et non pas un sous-domaine du théâtre »

Donc, pas question de théâtre au rabais, les enfants sont de véritables spectateurs, de jeunes spectateurs.

Au fil de l’action qui se déroule dans un décor minimaliste : la charpente d’une maison, place est laissée à l’imagination, au rêve, à la nuit et à toutes les créatures qui la peuplent.

Le texte rappelle qu’il ne faut pas se fier aux apparences, que le roi doit être fidèle à sa parole donnée…

Une leçon pour tous les adultes qui parfois ne font pas ce qu’ils disent sous prétexte qu’ils ont en face d’eux des enfants.

Un excellent spectacle où il faut à tout prix emmener les enfants, oui ! et cela dès 6 ans, il n’est jamais trop tôt pour découvrir le vrai théâtre !

Plûme

 

Jusqu’au 29 avril
au Théâtre Paris-Villette
211 avenue Jean-Jaurès 75019 Paris
Jours et heures :
– vendredi 13 avril à 19h
– dimanche 15 avril à 16h
– mercredi 18 avril à 14h30
– jeudi 19 avril à 14h30
– vendredi 20 avril à 14h30
– dimanche 22 avril à 16h
– jeudi 26 avril à 14h30
– vendredi 27 avril à 14h30
– samedi 28 avril à 17h
– dimanche 29 avril à 16h

 

Texte et mise en scène : Catherine Marnas,
inspiré du Vaillant petit tailleur des Frères Grimm
Assistante à la mise en scène : Annabelle Garcia
Avec : Julien Duval, Carlos Martins, Olivier Pauls et Olivier Pauls
Scénographie : Carlos Calvo
Son : Madame Miniature, assistée de Jean-Christophe Chiron
Lumières : Michel Theuil, assisté de Clarisse Bernez Cambot Labarta
Conception et réalisation des costumes : Edith Traverso, assistée de Kam Derbali
Construction décor : Nicolas Brun et Maxime Vasselin
Production : Théâtre national de Bordeaux en Aquitaine, en partenariat avec le Réseau Canopé

Lettres à Elise, au Théâtre de l’Atalante

crédit : ©GuyDelahaye

Non, vous n’entendrez pas la célèbre Lettre à Elise jouée au piano lors de ce spectacle. Non, ici il s’agit des lettres qu’envoie Martin à sa femme Elise pendant les quatre longues années de la Première Guerre mondiale.

Jean-François Viot, l’auteur, a compilé nombre lettres de poilus pour nous donner à entendre cette correspondance, somme toute banale, d’un couple éloigné par 600 kilomètres de distance. Lui, instituteur, envoyé au front, elle, restée à l’arrière avec leurs deux enfants.

On y retrouve la joie du début, où l’on part la fleur au fusil avec les camarades ; le Noël de 1915, où les hommes des tranchées allemandes et françaises fraternisent l’espace d’une nuit ; les combats inutiles où l’on avance et on recule ; les pluies d’obus ; l’arrogance et le mépris des gradés ; les fusillés pour l’exemple…

De l’autre côté, il y a Elise, mère de maintenant trois enfants qui tricote des paires de chaussettes, cherche du bois pour chauffer l’école et la maison, puis avec les autres femmes, c’est les travaux des champs, l’usine, l’école, les devoirs, le froid…

Il se raconte, elle se raconte, pas tout à fait… de leurs échanges émane une douceur, révélatrice de la profondeur de leurs sentiments. Au fil de l’intensification et de l’enlisement de la guerre, on passe des petits riens rapportés sur le mode tendre et humoristique aux drames de vie et de mort.

Martin, le maître d’école, prend la craie pour tracer les cartes de géographie, faire comprendre les alliances, les victoires, les défaites. Il aime aussi penser à ses enfants, grâce à leurs dessins qu’il reproduit minutieusement sur le tableau, ou plutôt sur la paroi industrielle de verre opaque que le metteur en scène, Yves Beaunesne, a dressé entre lui et sa femme Elise – Lou Chauvain et Elie Triffault, émouvants de sincérité – symbole matériel de leur séparation..

De ces lettres, que restera-t-il ? Un long poème d’amour qui nous émeut et une question qui nous taraude : de quoi les hommes sont-ils capables ? Du meilleur ou du pire, voilà bien le message pacifiste de ces vies sacrifiées. Pas seulement des mots, des lettres, mais aussi de la douleur, et surtout de l’espoir en un monde débarrassé de guerres.

 

Plûme

Jusqu’ 14 avril 2018
Les lundis, mercredis et vendredis à 20h30
Les jeudis et samedis à 19h
Les dimanches à 17h
au Théâtre de l’Atalante
10 place Charles-Dullin, Paris XVIIIe

Auteur : Jean-François Viot
Mise en scène : Yves Beaunesne
Avec : Lou Chauvain et Elie Triffault

“Mamma” à La Loge

mama-site.png

 

L’année dernière, j’avais étais surprise agréablement par Cœur Sacré, une pièce que j’avais qualifiée de « gonflée » tant elle bousculait avec talent les idées reçues et l’air du temps dans ce qu’il a de plus nocif pour la société : la peur de l’autre.

Aujourd’hui, Christelle Saez s’attaque à nouveau à un sujet difficile, la condition des femmes.

Dès les premières minutes de la pièce, je reconnais ce qui m’avait tant plu dans Cœur Sacré, l’à-propos du ton, la phrase juste qui se déplie, cette fois-ci à plusieurs voix. Christelle Saez sait visiblement écouter ses contemporains et en deux coups de pinceaux leur donner chair dans une mise en scène efficace.

Sa démarche, comme elle l’écrit, est de faire de son texte « le porte-parole de femmes nées au milieu du XXe siècle, de cette génération et de cette construction sociale ».

Cette jeune auteure donne vie aux femmes de l’ombre, Des Mères, qui ont éduquer leurs filles en transmettant tout ce que la société par l’éducation transmet de stéréotypes et de préjugés sur « ce qu’a le droit de faire une fille », « parce qu’une fille ne s’élève pas comme un garçon, il faut y faire plus attention »…

Non sans humour, les trois comédiennes endossent tous les rôles, mère un moment, petite fille ou grand-mère, un autre. Elles vivent et incarnent leur condition de jeune fille forcée au mariage dans un pays du Maghreb, de femme de mineur, de vigie de la virginité de leur fille…

La deuxième partie Des Épouses, que j’ai moins aimée parce que trop axée sur le point économique – mais comment faire autrement ? –, c’est le départ du mari, le divorce. Pour ces femmes « au foyer », pas de possibilité de Validation des Acquis de l’Expérience (VAE), pas de CV. Alors comment vivre – ou survivre – dans la société quand on a fait qu’élever ses enfants, s’occuper de son mari et de la maison… Le seul recours est de faire « payer » l’autre, le mari… sur tous les tons et le plus cher possible.

Ce que dénonce Christelle Saez avec sa complice de Cœur Sacré, Tatiana Spivakova, et par la voix magnifiquement juste d’Aymeline Alix, de Céline Bodis et de Maly Diallo, c’est que : « Lorsqu’on grandit dans un modèle, on hérite en soi d’un système. Et qu’il faut aller contre soi pour ne pas reproduire le tableau que nous avons pris inconsciemment pour modèle. »

Un combat pour toutes les femmes.

J’attends avec impatience le troisième volet, celui Des Femmes, pour voir comment les trentenaires comme Christelle Saez, mènent ce combat au quotidien.

Plûme

Jusqu’au 13 avril à 21h
à La Loge, 77 rue de Charonne, 75011 Paris
Tél. 01 40 09 70 40
www.lalogeparis.fr

Texte et mise en scène : Christelle Saez
Collaboration artistique : Tatiana Spivakova
Avec : Aymeline Alix, Céline Bodis et Maly Diallo
Scénographie : Cristobal Castillo
Lumières : Geoffrey Kuzman
Création sonore : Malo Thouément
Production : la Compagnie Memento Mori

“Le Livre de la jungle” au Théâtre des Variétés

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Petits et grands sont réunis pour assister au spectacle du Livre de la Jungle au Théâtre les Variétés. Le lieu, particulièrement beau, inspire déjà la jeunesse de 7 à 77 ans. Une douce fumée s’élève depuis derrière les rideaux et nous met l’eau à la bouche pour la suite.

Librement inspiré du roman de Rudyard Kipling, nous (re)découvrons un monde où une panthère côtoie des éléphants, des singes, des loups, un serpent, un ours, un tigre et… un jeune humain, pour le meilleur et pour le pire.

Cette relecture de Kipling se fait parfois à travers le prisme contemporain de l’écologie, bio, du végétarianisme… Si le volet écologique est abordé avec pertinence dans une histoire se déroulant en pleine nature, le bio et le végétarianisme tombent un peu comme un cheveu sur la soupe. Pas sûr que les plus jeunes comprennent les allusions. Pour les moins jeunes, on en dit trop ou pas assez, dommage ! Le franglais est également mal adapté à l’univers familial d’un spectacle censé être destiné à un public dès 5 ans. Certains dialogues modernes pourront faire rire les préados, le reste de la salle restera plus distant quant à sa réaction.

Aussi, les décors sont beaux et restituent un cadre exotique qui évolue au rythme des musiques et des lumières. Le jeu autour de ces dernières est incroyablement réussi. Rarement celles-ci auront autant sublimé des décors ! Les chorégraphies, l’interprétation théâtrale et musicale enchantent toute la famille et les costumes relèvent de la simplicité mais surtout de l’originalité et demeurent très soignés.

En sortant, les enfants semblent conquis et c’est bien tout le mal que l’on peut souhaiter à une comédie musicale leur étant dédiée !

Christèle Haber

 

Distribution
Mowgli : Tom Almodar
Baloo : Sébatien Duchange
Bagheera : Teria Diava
Kaa et le Roi des Singes : Antoine Lelandais
Shere Khan, Colonel Hathi, Père Loup : Cédric Revollon
Ensemble : Max Carpentier, Lorna Roudil, Adrian Conquet
Créateurs
Metteur en scène : Ned Grujic
Auteurs : Ely Grimaldi et Igor de Chaille
Musiques : Raphaël Sanchez
Chorégraphe : Julia Ledl
Costumes : Corinne Rossi
Masques : Julie Coffinières

Actuellement à l’affiche
http://www.theatre-des-varietes.fr/spectacles/le-livre-de-la-jungle.html

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“La Conférence des oiseaux”, à l’Athénée

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© Pascal Chantier

Oiseaux négligents, il faut partir ! Volez ! Volez !
Sous les imprécations de la Huppe, personnage central de ce poème lyrique, des myriades d’oiseaux s’apprêtent à s’envoler pour un long voyage destiné à rejoindre leur roi, le mystérieux Simorgh. Ils hésitent, se consultent, puis renoncent. Vont-ils enfin se décider à prendre leur envol ?

La scène du théâtre de l’Athénée bruit de cris étranges, d’interpellations, de battements d’aile… Même si les oiseaux en question ne sont que des comédiens, interprétés avec talent par Lucas Hérault (qui joue des rôles multiples) et les musiciens de l’ensemble 2e2m. Leurs hochements de tête, leur regard de côté, leur démarche sautillante évoquent à merveille les différentes espèces : le hibou, le paon, le faisan, la perdrix (celle-ci est particulièrement drôle !)

Les costumes s’ouvrent, se déplient, suggérant ici des ailes, là une crête… Ainsi, en jouant simplement avec le plissé de sa jupe, la soprano Raquel Camarinha, (magistrale), se transforme en La Huppe, l’oiseau mythique au plumage chamarré, qui émet d’étranges onomatopées (houp-oup-oup).

La musique contemporaine, signée Michaël Levinas, volontairement dissonante, contribue à rendre cet univers inquiétant. Sons tour à tour stridents, graves, métalliques. Sifflements, claquements, bourdonnements. Nous voilà décontenancés, emportés par le son tournant. Propulsés hors de nos références habituelles, et en même temps, envoûtés.

La voix grave de Hervé Pierre, le narrateur, nous entraîne dans l’univers onirique du poète soufi Fardi Al-Din Attar, daté du XIIe siècle. La mise en scène de Lilo Baur, pleine d’inventivité, souligne l’intemporalité du texte. Que signifie cette quête des oiseaux ? Qui est ce Simorgh que la Huppe exhorte les oiseaux à rejoindre pour un voyage initiatique ? Existe-t-il vraiment ?

Ce poème philosophique – monté par Peter Brook en son temps – n’en finit pas de nous surprendre et de nous interroger sur nous-mêmes. Alors, volez à tire-d’aile pour assister à ce spectacle d’une grande richesse sonore et visuelle.

Véronique Tran Vinh

Livret Michaël Levinas
d’après un conte persan de Farid Al-Din Attar dans l’adaptation de Jean-Claude Carrière 
Musique Michaël Levinas
Mise en scène  Lilo Baur
Direction musicale Pierre Roulier
Avec l’Ensemble 2e2m, Raquel Camarinha (La Huppe), Lucas Hérault (Les Oiseaux), Hervé Pierre, sociétaire de la Comédie-Française (Le narrateur)

Mardi 10 avril et mercredi 11 avril

Athénée Théâtre Louis-Jouvet
7, rue Boudreau
75009 Paris
http://www.athenee-theatre.com/saison/spectacle/la_conference_des_oiseaux.htm

 

“L’éventreur”, au Théâtre de l’Essaion

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Prenez garde en vous promenant à Whitechapel, mesdames les travailleuses de la nuit…, il se pourrait bien que Jack the Ripper croise votre chemin !

« Dix petites catins sans espoir de ciel… »

En cette fin d’année 1888, il ne fait pas bon être une prostituée à Londres dans l’East End, cette pièce nous replonge au cœur des événements durant lesquels Mary Ann, Anny, Elizabeth, Catherine et Mary Jane, dernière victime âgée de 20 ans à peine, et d’autres ont été sauvagement assassinées et éviscérées, pour la plupart.

À l’époque, les « passes » avaient lieu la nuit, dehors, sur le trottoir, dans une arrière cours ou sous un porche de façon furtive. Il était donc aisé pour le tueur d’agir sans être repéré malgré les moyens mis en place pour l’arrêté et 100 suspects interrogés, car la ville avait peur. La Reine Victoria elle-même s’en inquiéta et ordonna qu’on arrête cet assassin.

130 ans après, le serial killer a enfin été démasqué par le détective C. Marmaduke Perthwee et son ami Ackroyd, qui entraînent le spectateur au cœur de leur enquête.

Trois comédiens, musiciens et chanteurs servent cette histoire effrayante : Delphine Guillaud qui joue toutes ces pauvres filles, mais pas que… ; Vincent Gaillard qui campe plusieurs personnages hauts en couleur, dont Ackroyd et surtout le Dr Phillips, hilarant médecin légiste avec son accent allemand à couper au couteau – c’est le cas de le dire. Sans oublier François Lis, déterminé et méthodique Perthwee qui explore les sentiers de l’imaginaire et sort du cadre pour trouver le coupable.

Il y a plein d’indices sur ce dernier qui sont donnés durant le spectacle, mais je ne vous les dévoilerai pas, car je ne veux pas vous mettre sur la voie de la résolution de l’une des plus mystérieuses histoires de tueurs en série.

Allez plutôt voir ce spectacle musical, drôle et plein d’entrain, malgré son sujet dramatique. Les talents réunis de Stéphanie Wurtz, la metteuse en scène, et de François Lis, inspiré par Pierre Dubois, auteur de la nouvelle parue dans les Contes de crimes, nous proposent une partie de cache-cache aussi surprenante que son dénouement.

Armelle Gadenne

Auteur : François Lis d’après une nouvelle de Pierre Dubois,
tirée des « Contes de Crime » Editions Hoëbeke
Mise en scène : Stéphanie Wurtz
Distribution : Delphine Guillaud, Vincent Gaillard et François Lis

 

Théâtre de l’Essaion
6, rue Pierre-au-Lard, Paris 75004
http://www.essaion-theatre.com/spectacle/718_leventreur.html

Du 13 janvier au 9 juin 2018
Les samedis à 18 h

 

#Hashtag 2.0, à Bobino

 

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Quand Pokemon Crew, collectif lyonnais de jeunes danseurs de breakdance – rien de moins que champion de France, d’Europe et du monde dans le circuit des battles, et invité en résidence à l’Opéra de Lyon – s’empare de la scène de Bobino, il met le feu avec ses figures de haut vol alternant avec des chorégraphies contemporaines très maîtrisées.

Avec ce neuvième spectacle, le chorégraphe Riyad Fghani entend dénoncer avec humour la toute-puissance du numérique et des réseaux sociaux. Regards rivés sur leur écran, obnubilés par les tweets et les selfies, ses personnages en oublient de regarder le monde qui les entoure.

Exit le rap, trop convenu, le choix musical est éclectique, passant allégrement de la musique contemporaine au jazz et au flamenco. À noter, un ballet flamenco détonnant, où les corps semblent irrésistiblement attirés vers le sol, contrairement au flamenco traditionnel.

Les chorégraphies de groupe sont particulièrement réussies, jouant sur les complémentarités techniques et physiques des danseurs. Ceux-ci – dans l’ensemble de corpulence plutôt fluette – réalisent d’étonnantes prouesses. La coupole, la vrille, le spin… à chacun sa figure et à chacun son style. Les danseurs enchaînent les acrobaties avec une fluidité et une énergie déconcertantes. Corps désarticulés, twerk (mouvement de hanches accentué de manière provocante), la gestuelle est exagérément expressive et empreinte d’humour.

Au-delà de l’exploit physique, la bonne humeur et l’énergie de la troupe sont contagieuses. En témoignent les interactions sur scène de Riyad Fghani avec ses danseurs ou les performances finales individuelles, où chaque artiste se donne à fond, provoquant les applaudissements enthousiastes du public.

Ce soir-là, beaucoup d’ados et de plus jeunes étaient venus accompagnés de leurs parents, ce qui prouve que le langage de la danse peut, parfois, être fédérateur… on like sans modération !

Véronique Tran Vinh

Pièce chorégraphique pour 9 danseurs (Pokemon Crew)
Direction artistique Riyad Fghani
Création lumière Arnaud Carlet
Création musicale Flavien Taulelle / DJ Duke
Création vidéo Angélique Paultes
Création costumes Nadine Chabannier

Jusqu’au 31 mars 2018
Du mercredi au dimanche à 19 h
Bobino
14-20, rue de la Gaîté
75014 Paris
Tél. : 01 43 27 24 24
http://bobino.fr/?fiche=1097

 

“La Voix humaine”, au Théâtre de la Contrescarpe

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Le texte de Cocteau résonne d’une tonalité grave dans ce monologue qui laisse seule une femme au téléphone avec celui qui fut l’homme de sa vie.

La communication n’est pas bonne, elle ne l’entend pas, il ne l’entend plus, il y a des interférences avec d’autres personnes sur la ligne… tout un symbole pour se couple qui se sépare.

Elle, magistrale en retenue, ne laisse pas éclater sa souffrance et se compose une voix neutre pour dire les choses du quotidien, mais aussi ce qui la bouleverse, en répétant qu’elle était prévenue… cette rupture, il lui avait annoncée. Elle, Yannick Rocher, dont le visage sculptural apparaît, disparaît, dans un halo de lumière, incarne avec justesse la détermination noire d’accepter son sort.

Qu’est-ce qu’une femme qui veut sauver la face, mais qui assiste impuissante aux derniers soubresauts de son amour ?

C’est ce que nous fait toucher Charles Gonzalès, le metteur en scène, en nous donnant à voir toute la détresse d’une femme seule, sans plus d’attaches si ce n’est le fil du téléphone qui la relie au monde et qu’elle pourrait passer à son cou pour le quitter.

La désespérance, teintée d’onirisme, crève l’écran quand elle se drape des vêtements de la grande comédienne Monique Dorsel, en vidéo, quand elle prend la voix de Berthe Bovy la première interprète de la pièce en 1930 à la Comédie Française. La correspondance, l’entendement se réalise par delà les décennies. Les voix se répondent (enfin) mais ce n’est que l’écho de la femme seule au bord du gouffre.

Avec « la Voix humaine », Jean Cocteau nous raconte, qu’au-delà des circonstances d’une rupture amoureuse, c’est la solitude de l’être qui surgit de ce monologue, sa solitude face à la mort – celle d’un être cher, ou la sienne propre.

C’est certainement pour cela que cette voix trouve le chemin du cœur de chacun pour lui faire entendre, à force de « allô, allô », qu’il est bien seul.

Plûme

 

Jusqu’au 27 mars, lundi et mardi à 19h30
Théâtre de la Contrescarpe
http://www.theatredelacontrescarpe.fr/
5 rue Blainville, 75005 Paris
01 42 01 81 88

Lumière, son, mise en scène : Charles Gonzalès
avec Yannick Rocher
et la participation exceptionnelle à l’image de Monique Dorsel

“Un Poyo Rojo”, au Théâtre Antoine

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Deux mecs… musclés, souples, acrobatiques occupent la scène de leurs frasques. Ces deux-là ont pour seul langage, celui du corps et ils savent être très éloquents.

Là où le combat de coqs – « poyo rojo », coq rouge en français – prend tout son sens, les deux complices excellent à coups de regards, de becs, de bras et de croupes.

Les chorégraphies passent de l’une à l’autre, sans musique, dans un basculement savamment orchestré. Un glissement imperceptible et très souvent humoristique et hop ! cela repart ailleurs, dans une autre ambiance, toujours très sensuelle. Jusqu’à la lutte finale, jusqu’au corps-à-corps.

Peu de pauses pour les deux artistes argentins qui assurent cette performance pendant une heure.

Au-delà de l’exploit physique, impressionnant, ce qui nous touche c’est leur habileté à déclencher nos rires en quelques moulinés ou œillades.

On passe un excellent moment et l’on en ressort joyeux en se disant que parfois les mots sont inutiles pour se faire comprendre…

Plûme

Jusqu’au 30 mai
D
u mercredi au samedi à 19 h
Avec : Alfonso Barón, Luciano Rosso
Chorégraphie : Luciano Rosso et Nicolas Poggi
Mise en scène : Hermès Gaido

Théâtre Antoine
https://www.theatre-antoine.com/
14 boulevard de Strasbourg
75010 Paris