Enfin vieille ! au BO Saint-Martin

Une jolie brune qui parle à son doudou, ce n’est pas banal, et le doudou qui répond, ça l’est encore moins. Et pourtant, Laura Elko, seule en scène, discute et obéit à ce bout de marionnette bleue qui lui ordonne de faire le bilan de sa vie à 30 ans.

Tout y passe, vie professionnelle, amoureuse… sans oublier les concours ratés de danse et de piano quand elle avait 9 ans, tout ça raconté avec beaucoup d’humour. Dans cet échange, la petite voix de sa conscience lui démontre qu’elle est dans l’erreur et qu’il est temps de prendre une autre direction.

Si ce doudou a la parole, c’est que Laura Elko lui prête ses cordes vocales sans remuer les lèvres… Et de ses cordes vocales, elle sait – ô combien ! – en faire usage. Vous l’aurez compris, Laura Elko est ventriloque mais aussi chanteuse d’opéra, et bien d’autres choses encore. Cette comédienne étonnante nous emporte de tranche de vie en tranche de vie (la sienne mais aussi un peu la nôtre).

On rit beaucoup, on applaudit souvent à ce one-woman-show original. Avec elle, inutile de vous recroqueviller sur votre siège, elle vient vous chercher, vous apostrophe et parfois vous fait monter sur scène. Gonflée à bloc, pétillante, elle convoque la seule qui ne soit pas dans la salle, sa grand-mère, femme hongroise fantasque et libre qui, au soir de sa vie, prononce la phrase-titre : « Enfin vieille ! » Comme une invitation à prendre sa vie en main et donner de la voix, qu’elle a belle, comme sa grand-mère.

Venez donc passer un moment joyeux, original et intelligent avec une trentenaire talentueuse qui trace sa route loin des sentiers battus.

Plûme

Auteur et artiste : Laura Elko
Metteur en scène : Trinidad
En juin, tous les jeudis à 20 h
BO Saint-Martin
19, bd Saint-Martin
75003 Paris
http://www.theatrebo.fr/LAURA-ELKO_a330.html

Et au Festival d’Avignon
du 7 au 30 juillet (relâche les mercredis)
BO Avignon
Novotel centre – salle 2 (84)

 

 

 

 

 

Anne Baquet, soprano en liberté, au Lucernaire

Esprits chagrins, passez votre chemin ! La liberté, la fantaisie, la fraîcheur, le bonheur de chanter et de s’exprimer… c’est tout cela qu’incarne Anne Baquet dans ce spectacle aussi pétillant que des bulles de champagne. Tel un lutin espiègle, ce petit bout de femme virevolte sur scène, s’emparant allègrement de chansons françaises à l’humour bien trempé (François Morel, Marie-Paule Belle, Juliette, pour ne citer que quelques auteurs) ou d’autres plus poétiques ou plus mélancoliques, sans oublier des variations insolites sur des morceaux de… Freddie Mercury ou John Lennon. Mais qu’importe le registre pourvu qu’on ait la voix et … quelle voix !

L’originalité de cette diva hors norme transparaît dans tous les morceaux qu’elle interprète. En artiste accomplie, elle nous fait passer sans transition du rire au grave, de la fantaisie à la mélancolie. La mise en scène de Anne-Marie Gros souligne avec délicatesse sa personnalité attachante, empreinte d’une douce folie. Aussi à l’aise dans le registre de l’humour que dans celui de l’émotion, elle est d’une féminité rayonnante, mise en valeur par ses tenues et surtout, par une perruque… décoiffante !

Sur scène, Anne Baquet se donne sans compter. Elle chante, elle danse, elle joue la comédie… et elle nous emballe. Sa jolie complicité avec sa pianiste – Claude Collet, ce soir-là – fait plaisir à voir. Les chansons présentées sont à 95 % des créations, ce qui apporte une fraîcheur indéniable à ce récital pas comme les autres.

On sort de la salle du Lucernaire dans un état de douce euphorie, avec plein de notes légères dans la tête (comme cette chanson de Juliette, par ex.) :

« Affranchis de toute harmonie,
Si vous saviez comme j’vous envie,
Chantez, chantons, c’est important
Sans complexe et n’importe comment
Ça sera pas pire et même plus beau
Que ce qu’on entend à la radio…»

Véronique Tran Vinh

avec Anne Baquet
Pianiste Claude Collet, Christophe Henry ou Grégoire Baumberger
Mise en scène Anne-Marie Gros
Accessoiriste Kham-Lhane Phu
Lumière Jacques Rouveyrollis

 Jusqu’au 27 août 2017
Du mardi au samedi à 21 h
Dimanche à 19h00
Théâtre du Lucernaire
53, rue Notre-Dame-des-Champs
75006 Paris
Tél. : 01 45 44 57 34
http://www.lucernaire.fr/theatre/1592-anne-baquet-soprano-en-liberte-.html

 

Martin Luther King / George Jackson, au théâtre de l’Atelier

@ DR

Deux voix se croisent, échangent, se répondent. Celle d’un pasteur baptiste, aujourd’hui célèbre pour avoir lutté contre la ségrégation raciale aux États-Unis et l’avoir payé de sa vie : Martin Luther King, non-violent, prix Nobel de la Paix en 1964. L’autre, celle d’un jeune homme emprisonné pour vol, qui passe plus de dix ans dans les centres pénitentiaires : George Jackson rejoint les Black Panthers dans la lutte contre la ségrégation raciale, et sera assassiné en prison en 1971.

En cette Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions, le théâtre de l’Atelier a convié deux comédiens, Lucien Jean-Baptiste et Cyril Guei, à lire des pages des discours de l’un et des lettres de l’autre.

Leurs témoignages font froid dans le dos : « Les hommes noirs nés aux États-Unis et assez chanceux pour être encore en vie à l’âge de dix-huit ans sont conditionnés à considérer l’emprisonnement comme inéluctable », affirme George Jackson. Sa voix, portée avec force par Cyril Guei – assis devant une table, dans sa cellule –, résonne des injustices et du combat à mener pour l’égalité des droits : « C’était en 1960, j’avais dix-huit ans. Je n’en suis pas sorti depuis. En prison, j’ai fait la connaissance de Marx, de Lénine, Trotsky, Engels et Mao, et ils m’ont converti. Pendant les quatre premières années, je n’ai étudié que les questions économiques et les techniques de combat. » Et de conclure : « L’homme est né libre, mais partout il porte des chaînes. »

Lucien Jean-Baptiste, lui, debout, fait entendre la voix de Martin Luther King, fraternelle, mais déterminée : « Les tourbillons de la révolte continueront d’ébranler les fondations de notre nation jusqu’au jour où naîtra l’aube brillante de la justice. » « Non, non, nous ne sommes pas satisfaits, et nous ne serons pas satisfaits tant que le droit ne jaillira pas comme les eaux et la justice comme un torrent intarissable. »

Et l’objectif pour les deux hommes : « Nous devons parvenir à comprendre que notre objectif est d’instaurer une Société en paix avec elle-même, une Société qui pourra vivre en paix avec sa conscience. Le jour où cela arrivera, ce ne sera une victoire ni pour le Blanc ni pour le Noir. Ce sera une victoire pour l’Homme en tant qu’Homme. »

Cette lecture à deux voix, par la sélection des textes et leur va-et-vient alors que les deux hommes n’ont pas correspondu de leur vivant, trouve aujourd’hui une résonance particulière – grâce aux voix particulièrement justes des deux comédiens, mais aussi à leur gestuelle – quand l’actualité rappelle que malheureusement la discrimination raciale gangrène toujours les États-Unis et qu’il faut encore affirmer : Black lives matter (« Les vies des Noirs comptent »).

 Plûme

Le 10 mai au théâtre de l’Atelier
Martin Luther King / George Jackson
de Pierre Tré-Hardy et mis en voix par Sally Mikaleff
Avec Lucien Jean-Baptiste (Martin Luther King) et Cyril Guei (George Jackson

Dans le cadre du Cycle de lectures et de prises de parole autour du pouvoir et de la citoyenneté : À haute voix !
http://www.theatre-atelier.com/a-haute-voix-lo2091.html

Jeudi 18 mai à 21 h :
« Je veux espérer encore »
Jean Jaurès
Conception et mise en espace Léonard Matton
Avec Richard Bohringer

Vendredi 19 mai à 21 h :
« Marie-Antoinette, correspondances privées »
De Évelyne Lever
Mise en scène de Sally Micaleff
Avec Fabienne Périneau

Samedi 20 mai à 21 h :
« Elles prennent la parole »
Mise en voix d’Anouche Setbon
Avec Nathalie Cerda, Julie Depardieu, Andréa Ferréol et Juliette Biry

Mardi 23 et mercredi 24 mai à 21 h :
« Zhumains, conférence-spectacle anti-fin du monde »
De et avec Catherine Dolto et Emma la Clown

Mercredi 31 mai à 21 h :
Le Salon des dames,
De et par Le salon des dames

 

 

Z’humains ! Conférence anti-fin du monde, au théâtre de Belleville

Nous faire réfléchir aux fléaux qui menacent notre planète : agriculture et élevage intensifs, réchauffement climatique, nucléaire…, mais avec légèreté et humour !

Pari réussi de la part de Catherine Dolto (pédiatre et haptothérapeute de son métier), enseignante bienveillante, et Emma la clown, à l’énergie communicative et tout aussi bienveillante, qui font l’état des lieux de l’influence de l’humain sur son biotope. Les deux comparses ponctuent leurs échanges d’animations ludiques et didactiques sur “Poyer Punt” (pour Power Point) projetées sur écran. Elles nous rappellent nos origines et les principales étapes de l’évolution de l’espèce humaine, mais aussi la disparition des dinosaures (tués par un gros caillou en pâte à modeler) ou le mode de vie de l’« homo sapiens sapiens », notre ancêtre direct.

Les interactions avec le public sont nombreuses ; le gros ballon en forme de globe terrestre que l’on se renvoie, notamment, nous fait comprendre que nous jouons avec la terre, alors qu’elle est fragile. Les interventions d’Hubert Reeves, filmées et projetées sur l’écran, mais aussi celles de Matthieu Ricard et José Bové, qui ont prêté leur voix à des chaussettes transformées en marionnettes, viennent conforter leur propos.

On rit beaucoup des facéties d’Emma la clown, mais aussi des fous rires de Catherine Dolto. Elles nous rappellent, avec bonne humeur et un peu de sérieux quand même, qu’il serait temps et judicieux de réfléchir à une autre façon d’envisager notre avenir et celui de notre planète, qui sont quand même étroitement liés.

Un spectacle aussi réjouissant qu’indispensable… ne le manquez pas !

Armelle Gadenne

Avec Emma la clown et Catherine Dolto
De /par Catherine Dolto et Meriem Menant
Mise en scène Kristin Hestad
Lumière Nicolas Lamatière
Son et régie générale Romain Beigneux-Crescent
Costumes Anne de Vains
Vidéo Yann de Sousa
Conception musicale Patrice et Henry Blanc-Francart
Production Compagnie La Vache Libre

Jusqu’au 30 avril 2017
Du mardi au samedi à 21 h 15, dimanche à 14 h 30
Théâtre de Belleville
Entrée : Passage Piver
94, rue du Faubourg-du-Temple
75011 Paris
http://www.theatredebelleville.com/saison-16-17/item/365-z-humains

En tournée les 23 et 24 mai à 21 h
au Théâtre de l’Atelier,
1, place Charles-Dullin
Paris 18e
Retrouvez tous les spectacles sur le site : www.emmalaclown.com

Gardez le sourire ! au Petit Casino

J’avais vu Et pendant ce temps, Simone veille, il y a un an, et j’avais adoré la force de ce spectacle intelligent, féministe, au verbe joyeux et sans complexes, signé Trinidad. Alors, assister à un one-woman-show de la fameuse Trinidad…

Pour une unique soirée, la petite salle du bateau théâtre Le Nez rouge attend de voir l’énergique jeune femme débouler sur scène. Surprise ! C’est sa gardienne qui la remplace au pied levé. Et c’est ainsi que Trinidad nous fait rencontrer les personnages réels ou rêvés qui l’ont inspirée.

De sa gardienne, elle garde la langue bien pendue, aussi vive que son balai. « Le changement, c’est maintenant ! » De son enfance dans le XIIIe arrondissement, elle a reçu la sagesse chinoise de maître Dong. « Quand homme trempe rouleau de printemps, c’est souvent la femme qui trouve la sauce piquante. » De sa grand-mère Carmen, elle a hérité, comme elle le dit, « son originalité, son côté fantasque et son esprit libre ». De ses origines espagnoles et catholiques, elle garde une dent contre la religion, les religions. N’affirme-t-elle pas qu’elle est la mieux placée pour en parler, elle qui s’appelle Trinidad : le père, le fils et le Saint-Esprit…, née à l’hôtel-Dieu et baptisée à Notre-Dame ! Ça ne s’invente pas.

Sourire ravageur, Trinidad aime asticoter ses contemporains avec une attention spéciale pour ses contemporaines, féminisme oblige ! Directement en prise avec l’actualité, elle ne ménage personne et nous délivre, au fil de ses sketches, la vie telle qu’elle la sent. Aller de l’avant, chanter, rire : « Le temps n’est qu’une invention de l’homme pour donner sens à sa vie. Tant que tu es vivant, tu peux tout recommencer. »

Pas question de baisser les bras, il faut lutter, contre soi-même parfois, et surtout, « garder le sourire ». Et pourquoi pas en chansons ? À cet exercice, Trinidad excelle. Elle ose transformer les tubes en chansons humoristiques, pleines de verve et de piques : Rockcollection, Comme un garçon, Je veux, Oui j’l’adore, et bien d’autres.

Pendant une heure de spectacle, on rit et on en redemande, tant les phrases de Trinidad explosent en fines bulles de joie, d’intelligence et d’humour. À la fin du one-woman-show, le sourire aux lèvres, vous repartirez tout ragaillardi, bien décidé à suivre l’injonction de Trinidad : « Gardez le sourire ! »

Plûme

Tous les soirs, à 21 h
Le Petit Casino
17 rue Chapon
75003 Paris
Tél. : 01 42 78 36 50

« Et pendant ce temps, Simone veille » en tournée :

le 23/03/2017 à Cergy
le 01/04/2017 à Beaumont-en-Véron
le 08/04/2017 à Oberhausbergen

Nid de coucou, au cirque Romanès

Crédit photo @Pascal Gély

Il n’est pas étonnant que le Footsbarn Theatre et ses saltimbanques, connus pour leurs adaptations burlesques et baroques, aient été séduits par le thème de Vol au-dessus d’un nid de coucou de Ken Kesey (écrit en 1962), qui se passe dans un hôpital psychiatrique. Dans cette adaptation, ils mettent en exergue la responsabilité du corps médical de l’époque, sous l’aspect de l’Infirmière, représentée de manière gargantuesque, et de l’état statique, anxieux, de ces êtres fragiles et touchants.

Sur la scène, en transparence, fragilement accrochés à un mobile, on voit tournoyer des oiseaux en tous sens. Que se passera-t-il si le fil se rompt ?

Tout d’abord, hommage doit être rendu à une mise en scène inspirée et à la hauteur du chef-d’œuvre de Milos Forman, sorti en 1975. En même temps qu’apparaissent les personnages, leur touchante fragilité – gérée par l’Infirmière, entre superficielle empathie et réelle domination – se dévoile. Nous sommes à l’époque de la cigarette consentie (ou supportée) et des méthodes radicales que sont les électrochocs, voire les trépanations.

Un modus vivendi s’est instauré dans l’asile. Qui est cet inconnu qui va tout bouleverser sous le regard attentif du Chef indien – vraiment sourd-muet ? – hiératique, qui comprend et anticipe un drame possible. Les joies de l’interdit, un parfum de liberté, sont très joliment évoqués : échappées en voiture ou en bateau. La peur de l’inconnu aussi.

On ne saurait parler d’acteurs tant ils “incarnent”. Une mention particulière à André Julio Texeira, un Billy Bibbit qui nous fait entrer dans la fragilité des êtres, de tout être. Les mélopées du sculptural Haka Resic, qui campe le chef Bromden, sont bouleversantes.

Un très beau spectacle…

Anne Warembourg

Avec (par ordre d’apparition) : André Julio Teixeira (Billy Bibbit), Vincent Gracieux (Harding), Naomi Canard (L’infirmière et Candy), Hala Resic (Chef indien Bromden), Dominique Prie (Cheswick), Tony Wadham (McMurphy), Paddy Hayter (Miss Ratched et Sandy)
Équipe technique : Fredericka Hayter, Sophie Barraud, Hanna Sjodin, Bruno Hocquard, Jean Grison, Sophie Lascelles assistée de Tim Pearce, Brahim Arar, Thierry Meslin, Flore Monnier

Jusqu’au 26 février :
Jeudi et vendredi à 20h30, samedi à 15h30
Durée : 1 h 45
Réservations  : 06 26 61 39 26
www.fnac.com
Cirque Romanès
Square Parodi, bd de l’Amiral Bruix, 75016 Paris

En alternance avec Shakespeare Celebration
Samedi à 20 h 30 et dimanche à 15 h 30
Durée : 1 h 30

Légitimus Incognitus au Théâtre du Grand Point-Virgule

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De l’humour, de la fraîcheur et un zeste des Inconnus… Pascal Légitimus, après avoir rencontré un vif succès l’an passé dans son premier one-man-show occupe à nouveau le devant de la scène avec Légitimus Incognitus, au Théâtre du Grand Point-Virgule à Paris.

Durant une heure et demie, il a choisi de s’exprimer sans ses deux compères (Didier Bourdon et Bernard Campan) dans une succession de saynètes sur des sujets qui lui tiennent à cœur (l’infidélité, l’homosexualité, les gourous, les ados, les banquiers, le “club Med de Syrie”…) ou qu’il emprunte parfois à des expériences vécues (les pigeons ?).

Il en profite en passant pour brocarder les portables, la télé-réalité, les Pokémon, et tenter de se glisser dans le corps d’une femme pour accoucher (cela vaut le détour).

Les textes sont signés de Pascal mais aussi de Rémi Caccia et Edouard Pluvieux. La mise en scène est de Rémi Caccia.

Un bon moment de bonne humeur qu’il sait nous faire partager !

Carole Rampal

Du jeudi au samedi, au Grand Point-Virgule à Paris à 19h45
http://legrandpointvirgule.com/content/pascal-legitimus-dans-legitimus-incognitus
8 bis, rue de l’Arrivée, 75015 Paris, métro Montparnasse

On achève bien les anges, un spectacle de Bartabas

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Au milieu de caravanes bicolores, au Fort d’Aubervilliers, le Théâtre Zingaro fête ses 30 ans et nous emporte hors du temps, entre ciel et terre, au milieu de séraphins, avec son treizième ballet, On achève bien les anges.

Un nouveau spectacle de deux heures, où Bartabas tient encore avec magie les rênes de son spectacle et revient lui-même sur scène, accompagné par la voix rauque de Tom Waits, réaliser des performances techniques subjuguantes.

Tout commence par ces anges descendus tout droit du ciel, les yeux bandés, qui enfourchent à l’aveugle leur monture avec une précision qui donnerait envie de fermer soi-même les yeux, s’ils n’étaient pas déjà écarquillés par ce qu’ils voyaient. Des acrobates effectuent des sauts de l’ange, un cheval se couche abandonné sous son cavalier, des femmes en burqa bleue se déplacent avec grâce sur des échasses, des fildeféristes évoluent au-dessus de chevaux argentins, des squelettes au vent galopent, une charrette d’ange soulève de terre un petit poney…

Dix cavaliers voltigeurs, six musiciens, 35 chevaux, et dindons nous entraînent dans cette chevauchée fantastique dans une atmosphère élégiaque, portée par Messiaen, Bac et les Doors.

Entre deux tableaux, les musiciens, des clowns bouchers, s’expriment avec force et humour à travers une scénographie pleine de créativité et à l’heure du jour qui évoque des sujets aussi contemporains tels que l’abattement des animaux, les religions.

Une rêverie équestre et poétique…

Carole Rampal

Représentations les mardis, mercredis, vendredis et samedis à 20h30 et dimanche à 17h30.
Réservation au 01 48 39 54 17
http://bartabas.fr/theatre-zingaro/spectacles/

Avec :

Cavaliers : Bartabas, Stéphane Drouard, Michaël Gilbert, Loreleï Josserand,
Noureddine Khalid, Mathias Lyon, Gaëlle Pollantru-Gevertz, Étienne Régnier,
Alice Séghier, Messaoud Zeggane.

Musiciens : François Marillier (direction musicale), Janyves Coïc, Cyrille Lacombe, Yuka Okazaki, William Panza, Paulus.

Boucher-confiseur : Riton Carballido.

Et les chevaux !
Angelo, Antonete, Arruza, Barock, Belmonte, Bombita, Cagancho, Calacas, Le Caravage, Chicuelo, Conchita-Citron, Conquete, Dominguin, El Cordobes, El Gallo, El Soro, El Viti, Famine, Guerre, Joselito, Le Greco, Majestic, Manolete, Manzaneres, Misère, Nimeño, Paquiri, Posada, Soutine, Tarzan, Tintoret, Zurbaran, La Mule et L’âne.

Dindons : pas de nom de baptême ni de scène.

Flon Flon par La compagnie Les Épis Noirs

Flon Flon ou La Véritable Histoire de l’Humanité

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Flon Flon nous conte l’histoire de la Création du Monde revue et corrigée par la compagnie burlesque Les Epis Noirs à une sauce franchouillarde pimentée de pure fantaisie : Dieu (Pierre Lericq) est Ardéchois : il crée Boucieu-le-Roi. Il s’ennuie alors il crée Manon (Manon Andersen), une Êve un peu simple d’esprit et enceinte d’Alexandre (Lionel Sautet), Adam de pacotille. Puis, Dieu crée le Mal et l’interprète : Pierre, proxénète, frère d’Alexandre, séduit Manon et l’envoie tapiner sur les trottoirs de la capitale. Fou de douleur, Alexandre est interné en hôpital psychiatrique, Pierre tombe amoureux d’un homme et Manon est totalement désabusée. Heureusement, Dieu crée le happy-end.

Flon Flon est une véritable bouffée de bonheur : calembours, clowneries, ritournelles s’enchaînent en un rythme endiablé avec pour tout accessoire une malle et un tabouret. Chaque scène est un délice textuel (Pierre Lericq) sans cesse renouvelé dans une mise en scène totalement déjantée (Manon Andersen et Pierre Lericq). Les comédiens-chanteurs-danseurs s’en donnent à cœur joie ainsi que leurs compères clowns-musiciens (Svante Jacobsson, Marwen Kamarti et Fabien Magni) pour le grand plaisir des spectateurs pris dans ce tourbillon de délires survoltés de folie dès le lever de rideau. Lorsqu’il retombe, la salle entière est debout en ovation absolue pendant plus de quinze minutes.

Chapeau bas Les Epis Noirs pour tant de talent et d’énergie. Flon Flon ne ressemble à aucun autre spectacle. Vitaminé. Délicieux. Magnifique. Sans réserve. Courez au Théâtre de la Gaîté Montparnasse avant le 31 décembre 2016 pour finir l’année dans un merveilleux éclat de rire.

 

Isabelle Lévy

À l’affiche en ce moment depuis le 8 novembre :
Théâtre de la Gaîté Montparnasse
26 rue de la Gaîté
75014 Paris
Tél. : 01 43 22 16 18
http://www.gaite.fr/spectacle-theatre.php

Rimendo joue Boris Vian au Théâtre Trévise

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Un groupe de jazz qui touche sa bille, une chanteuse comme on en fait plus, une bouffée d’années 50, des casquettes de Ménilmuch, un kil de rouge et le spectacle peut commencer.

Boris Vian doit marquer le tempo quelque part en entendant ce groupe-là. Rimendo, c’est son nom, laisse éclater sa joie et balance ces chansons qui riment, qui sonnent, qui trompètent… Ce soir, on ne mâche pas ses mots !

La chanteuse, Sarah Olivier, distribue camembert et œillades ; sa voix, parfois rocailleuse, parfois haut perchée, interprète des chansons loufoques, graves ou désespérées, signées Boris Vian, interprétées en mode titi parisien avec toute la gouaille qui va avec…

On n’est pas prêt d’oublier cette soirée

Le camembert circule en même temps que les refrains.

On fredonne « On n’est pas là pour se faire engueuler », on rit à la façon dont Sarah Olivier mime en se tortillant « Fais-moi mal Johnny » et l’on retient son souffle en écoutant « le déserteur ».

C’est un spectacle qui balance du lourd. Les mots de Boris Vian percutent l’actualité et remuent les cœurs et les esprits. D’ailleurs lui-même ne disait-il pas : «  A force de les voir, il y a des mots qui vous rendraient malades, des mots connus mais très dangereux à manier sauf si on les entoure de musique. » Et ce soir-là, les musiciens y allaient de toute leur âme, Virginie Peyral au piano, Malo Mazurié à la trompette, Sylvain Dubrez à la contrebasse et Nicolas Grupp à la batterie. Bravo !

Ne les loupez pas, il n’y a qu’une seule date pour les voir : le 16 novembre.

 

Plûme

Au programme Musical’In du théâtre Trévise, le Rimendo propose un autre spectacle : « Badinerie entre jazz et poésie » avec des poèmes mis en musique par Brassens, Ferré, Gainsbourg, Kosma… de quoi passer une excellente soirée à n’en pas douter.
Le 26 octobre à 20 h.

Rimendo joue Boris Vian : le 16 novembre à 20 h

Badinerie entre jazz et poésie par Rimendo :
le 26 octobre à 20 h
au Théâtre Trévise
14, rue de Trévise, 75009 Paris
Réservations : 01 48 65 97 90
www.srcspectacles.com

Avec :
La pianiste Virginie Peyral,
Le trompettiste Malo Mazurié,
Le contrebassiste Sylvain Dubrez,
Le batteur Nicolas Grupp
et la chanteuse Sarah Olivier ou Lou Tavano

 

 

Mariage & Châtiment, Théâtre Hébertot

 

 

Joyeuse rentrée avec la comédie Mariage & Châtiment de David Pharao, mise en scène par Jean-Luc Moreau, dans la belle salle italienne du Théâtre Hébertot.

Un vaudeville bien rythmé et enlevé qui brosse un tableau de la mauvaise foi humaine dans toute sa splendeur surtout quand les mensonges s’accumulent et qu’Édouard s’embourbe dans la vitesse des réponses qu’il doit donner à son entourage pour se justifier. Alors Édouard, menteur ? Oui et non. Mauvais bougre ? Non avec circonstances atténuantes.

Et Marianne ? Sa femme, partie à la campagne pour ne pas assister au mariage du meilleur ami d’Edouard. Ah… Et qui est cette stagiaire qui s’invite à l’improviste chez lui à deux heures de la cérémonie ? Elle travaille dans l’immobilier. Et son meilleur ami alors ? Grand, musclé et pas toujours commode. Sa future épouse ? La plus honnête et la plus nunuche.

Et côté acteurs ?

Le duo complice, Daniel Russo (alias Edouard) et Laurent Gamelon (son meilleur ami), n’a pas son pareil pour amener le rire dans la salle. Fannie Outeiro se démarque dans le rôle de la nunuche. Et Delphine Rich (Marianne) et Zoé Nonn (la stagiaire) ne sont pas en reste.

Carole Rampal

 

Depuis le 1er septembre
En soirées : du mardi au samedi à 21h
En Matinées : dimanche 15h

Théâtre Hébertot
78 bis boulevard des Batignolles
75017 Paris
01 43 87 23 23

Pour réserver :
http://www.theatresparisiensassocies.com/salles-theatre-paris/hebertot-81.html

I love Piaf, Théâtre Edgar

 

Pour notre plus grand bonheur, Jacques Pessis nous raconte la vie brève et trépidante d’Edith Piaf, surnommée « La Môme ». Tous ses succès – Je ne regrette rien, La vie en rose, Hymne à l’amour, Milord… – et bien d’autres sont interprétés avec un immense talent par Caroline Rose(1) accompagnée à l’accordéon par Aurélien Noël.

Peu importe la simplicité du décor (un banc de pierre, deux chaises de jardin public) et une mise en scène d’une grande sobriété (François Chouquet), tous les spectateurs – francophones et anglophones (2)  –  sont transportés au fil de sa vie comme par enchantement : nous sommes aux côtés de la Môme Piaf sur les trottoirs de ses débuts ; dans les cafés où elle rencontre compositeurs, écrivains, interprètes de renom ; sur les scènes des plus grands music-halls ; dans les chambres d’hôtel de New York ou de Paris… Nous (re)découvrons les affres et les bonheurs de son existence mise en perspective avec ravissement de la vie politique et culturelle de son époque. Nous chantonnons les perles de son répertoire comme d’autres moins connues dont les paroles sont d’Edith Piaf elle-même. Les trois compères sont enthousiastes, les spectateurs applaudissent en rappel.

Courez faire le plein de bonheur et de bien-être au Théâtre d’Edgar. Les bénéfices perdurent au-delà de la représentation. « I love Piaf ». Vous aussi, c’est certain.

(1) En alternance avec Laura Chevalier.
(2) Spectacle surtitré en anglais, pack anglophone disponible.

Isabelle Lévy

I LOVE PIAF Théâtre Edgar
58 boulevard Edgar Quinet, 75014 Paris.
M° Edgar Quinet (ligne 6).

Jusqu’au 19 décembre 2016.
Les samedis à 17h, les dimanches et lundis à 20h.
Réservation en ligne www.theatre-edgar.com ou par tél. au 01.42.79.97.97.

“Entre deux tempêtes”, la Cie du Mystère Bouffe

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Le Festival Tréteaux Nomades revient pour une 17 e édition et investit la splendide cour de l’hôtel de Beauvais jusqu’au 25 août pour présenter son spectacle Entre Deux Tempêtes. Un programme qui donne rendez-vous, jusqu’au 4 septembre, place Saint-Marthe, aux Arènes de Montmartre, et au Pré-Saint-Gervais (93). Vous appréciez la commedia dell’arte ou avez envie de la découvrir, ne manquez surtout pas ce festival itinérant.

Cinq portes à mascarons donnent forme à un théâtre où la chaleur de l’été crée une atmosphère encore vacancière. Sur les pavés, des caisses en bois font décor et s’arc-boutent à des tréteaux dressés pour l’occasion. Un rideau ocre-beige reste encore fermé. Plus pour longtemps. Deux projecteurs s’éteignent. Le soleil encore levé rayonne sur la troupe du Mystère Bouffe qui par l’allée de droite entre collégialement en scène…

Adaptée du roman La tempête de William Shakespeare, cette pièce, initialement en cinq actes, nous propose simultanément une version postcoloniale et anticolonialiste de l’histoire dans une réécriture d’Aimé Césaire, Une tempête. L’histoire que je ne « dévoilerai » pas dans ces quelques lignes, tangue dans le flot de ses deux versions avec des acteurs qui se déchaînent avec agilité sur les planches dans un réel souffle artistique mêlant pantomime, masques, escrime théâtrale, chant et danse. Un spectacle haut en couleurs qui gagnerait cependant à être égrené davantage, à certains moments, de plus d’apartés avec le public et de scènes plus courtes où le spectateur se perd un peu.

Ceci-dit, ce spectacle vaut bien le détour. Cap sur ce festival.

Carole Rampal

D’après les romans de  William Shakespeare écrit en 1610  et d’Aimé Césaire en 1969
Adaptation, réalisation et mise en scène : Nelly Quette
Comédiens : Pierre FicheuxFrédéric KontogomLisa Labbé, Premyslaw Lisiecki, Sofia Lopez Cruz

COUR DE L’HÔTEL DE BEAUVAIS – 4e
68 rue François-Miron
Entre deux tempêtes, Cie du Mystère Bouffe
22 au 25 août, 20h30
Capitaine Fracasse, Cie la Carabella
26 au 28 août, 20h30 (dimanche à 16h)

ARÈNES DE MONTMARTRE – 18e
Rue Chappe (en haut du funiculaire) –
Le Médecin malgré lui, Cie Kapo Komica
29 août au 1er sept, 20h30
Peste soit des Avares !, Cie du Mystère Bouffe
2 au 4 septembre, 20h30 (dimanche à 16h)

PLACE SAINTE MARTHE – 10e
Scènes ouvertes – 28 au 30 août, 18h30 à 21h
Accès libre / Au programme : masque, clown, poésie, impros et commedia

LE PRÉ-SAINT-GERVAIS (93)
Salle Prévert – 23 rue Jules-Jacquemin
Présentation publique sur les tréteaux des Scènes ouvertes

INFOS / RÉSERVATIONS
01 48 40 62 49
http://www.sortiraparis.com/scenes/spectacle/articles/64682-treteaux-nomades-2016-festival-de-theatre-itinerant

Anne Roumanoff à L’Alhambra

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Grande forme ! Anne Roumanoff brille depuis le 26 juillet à L’Alhambra, devant un public qui ne boude pas son plaisir, et rit sans relâche pendant presque deux heures.

Conseillère municipale de Cucugnan, touriste américaine, coach, animatrice de plateaux téléréalité, énarque politique, administrée angoissée dans l’attente de la réalisation de son passeport… Anne Roumanoff nous entraîne avec un humour décapant dans leurs péripéties. Un one-man-show rythmé par des mots qui jonglent et rebondissent sur des sujets d’actualité… et dans une critique satirique sociale saluée par les applaudissements.
Beaucoup d’aisance et de finesse dans une verve parfois relâchée pour certains sketchs.

Cerise sur le gâteau, à la fin du spectacle, Anne Roumanoff offre à son public « une petite dernière pour la route » : une fable sur la métaphore du pouvoir que Lafontaine n’aurait pas décriée. Sous les traits de cette jolie plume, chacun reconnaît le coq, les pigeons, le cochon et tous les autres.

« Aimons-nous les uns les autres » : demandez le programme ! Actuellement à l’Alhambra jusqu’au dimanche 15 janvier 2017 (21h00 et 17 h00 les dimanches). Théâtre Music-Hall, 21 rue Yves Toudic, 75010 Paris, 01 40 20 40 25.

Spectacle interactif : si vous ne voulez pas être interpellé par Anne ou monter sur scène, planquez-vous à partir du milieu de la salle.

Carole Rampal

“Le Joueur d’échecs”, au théâtre du Lucernaire

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« Le monde de mon langage a disparu pour moi et ma patrie spirituelle, l’Europe, s’est détruite elle-même. […] Aussi, je pense qu’il vaut mieux mettre fin à temps, et la tête haute, à une existence où le travail intellectuel a toujours été la joie la plus pure et la liberté individuelle le bien suprême de ce monde. […] »

Ce message de Stefan Sweig a été rédigé le 22 février 1942, avant son suicide au Brésil où il s’était réfugié avec sa compagne pour échapper au nazisme. Le Joueur d’échecs, qui sera publié à titre posthume, raconte l’histoire d’un exilé autrichien (tout comme lui) acculé à la folie par les méthodes d’interrogatoire et d’enfermement pratiquées par les nazis.

Dans ce récit étrangement autobiographique, Zweig oppose la force de la pensée et de l’intelligence au vertige de l’égarement. Ses personnages, ambigus et mystérieux, sont fascinants et nous entraînent dans un récit en abyme, où la partie d’échecs entre un champion du monde inculte et un mystérieux personnage surgi de nulle part se révèle être une métaphore de la lutte contre la folie. L’intelligence de la mise en scène est de laisser la plus grande place à un texte captivant, qui nous pousse à nous interroger sur la privation de liberté, la manipulation, le rôle de la littérature – et de toute création – dans la vie et sur bien d’autres thèmes essentiels, toujours actuels.

Grâce à son jeu vibrant et sensible, André Salzet nous fait accéder à une œuvre grave, bouleversante d’humanité. À la fin du spectacle, il nous explique avec simplicité et chaleur qu’il aime particulièrement cette pièce, qu’il a adaptée pour le théâtre et qu’il joue depuis vingt ans… Un moment de grâce dont on sort, taraudé par l’urgence de relire ce texte essentiel dans une période où le ciel de l’Europe s’assombrit de nouveau.

Véronique Tran Vinh

Texte : Stefan Zweig
Mise en scène : Yves Nerboul
Avec André Salzet (adaptation et jeu)

Jusqu’au 20 août 201
Du mardi au samedi à 19 h 00
Théâtre du Lucernaire
53, rue Notre Dame-des-Champs
75006 Paris
Tél. : 01 45 44 57 34