Liberté à Brême , au T2G Théâtre de Gennevilliers

Dans cette pièce de Fassbinder, l’héroïne, Geesche Gottfried est une meurtrière : elle empoisonne successivement maris, amants, parents, jusqu’à ses propres enfants, coupables d’exister, quand son second mari menace de la quitter à cause d’eux…

Revendiquant l’amour, l’autonomie, le droit de s’assumer seule, Geesche Gottfried s’oppose aux codes sociaux et religieux de cette société patriarcale du XIXe siècle dans laquelle Fassbinder situe le récit. Humiliations, chantages, violences, verbales et physiques, elle est dès l’ouverture désignée comme victime en tant qu’épouse, fille, amante, mère et n’a d’autre solution que d’éliminer tous ceux qui entravent son désir de liberté…et d’autre échappatoire que la prière.

D’emblée, la mise en scène, à l’instar de la pièce, nie tout jeu néo-réaliste : les personnages sont des archétypes, – le Mari, le Père, la Mère, l’Amant, l’Amie – au service d’une démonstration des rapports dominant-dominé : le Mari crie, ordonne, frappe. La Femme supplie, pleure, gît sur le sol. Les gestes sont violents mais stylisés, quasi abstraits. Les comédiens et notamment Valérie Dréville, sont habités d’une tension palpable, comme reliés par des fils tendus à l’extrême. Rien ne semble filtrer de cette violence sourde, hormis quelques moments furtifs où son corps se crispe, son visage se fige en rictus grimaçants, comme mue par une folie intérieure.

Une grande fresque domine le décor, avec au centre le Christ sur la croix, entouré d’images pieuses, devant laquelle la femme s’agenouille pour prier, après chaque mise à mort, comme un rituel expiatoire. Prise à son propre piège, Geesche Gottfried ne parviendra à s’affranchir qu’en endossant elle-même la figure du bourreau.

Quand tuer devient un acte compulsif, cette tragédie se mue alors en une farce macabre où Fassbinder provoque le rire du spectateur, au-delà de toute morale. « C’est une marque infinie de respect que l’assassinat… »

Un spectacle prenant, une conclusion sans appel.

Florence Violet

Liberté à Brême
De Rainer Warner Fassbinder
Mise en scène de Cédric Gourmelon
Avec Gaël Baron, Guillaume Cantillon, Valérie Dréville, Serge Nail,Nathalie Kousnetzoff, Adrien Michaux, François Tizon, Gérard Watkins

1h22 avant la fin, de Matthieu Delaporte, à La Scala Paris

Photographie de Pascal Gely / Hans Lucas

Que faire quand, au moment de sauter par la fenêtre, un quidam frappe à votre porte et vous annonce qu’il va vous tuer ?

Qui est cet homme providentiel, mais qui néanmoins contribue à modérer vos ardeurs de suicide ?

Si ensuite il vous apprend qu’il s’est trompé d’étage et que la voisine du dessus est également candidate à son auto-élimination, il y a quelque raison de s’asseoir … et de causer.

Tergiversations, quiproquo, revirements, cette comédie de Matthieu Delaporte virevolte sur un fond d’humour noir, et fait se confronter deux pince-sans-rire rompus dans l’art de la rupture et du coq-à-l’âne absurde, Kyan Khojandy (créateur de la série Bref) et surtout Eric Elmosnino, parfait dans le rôle de l’éxécuteur fraîchement émoulu qui, à l’issue de ce duel improbable, bénéficiera d’une promotion inattendue.

Ils mènent la pièce tambour battant vers son dénouement, qui, néanmoins, traîne un peu en longueur, ralenti par l’idylle faussement happy end avec la voisine (Adèle Simphal). D’ailleurs, ce soir-là, le rideau est tombé au bout d’une heure et trente minutes… mais on ne va pas chipoter pour si peu !

Florence Violet

Mise en scène Matthieu Delaporte et Alexandre de La Patellière
Avec
Eric Elmosnino, Kyan Khojandi, Adèle Simphal
CoProduction Acme, Fargo Films, La Scala Paris

La Scala Paris
13 boulevard de Strasbourg
75010 Paris
Jusqu’au 31 mars 2022
Du mardi au vendredi à 21 h
Le samedi à 16 h et 19 h
Le dimanche à 17 h

Huis-Clos de Jean-Paul Sartre au Théâtre de l’Atelier

La pièce de Jean-Paul Sartre, si elle n’était en prose, eût pu répondre aux trois règles de la tragédie classique : unité de temps (l’éternité), unité de lieu (l’Enfer) unité d’action (répondre à la question : pourquoi êtes-vous là ?). De la tragédie, elle n’a que l’apparence, car, ici, il n’est pas question de passions, mais d’actions.

Cet enfer-là n’a ni miroir (pour se regarder en face), ni échappatoire (la porte est fermée).  Et le gardien des lieux (Brock) n’est guère coopératif !

Quand trois damnés se retrouvent contraints d’y séjourner ensemble et d’en avouer la cause, chacun compose avec la réalité et plaide non-coupable. Malgré l’évidence, tous rejettent leur responsabilité. Inès (Marianne Basler), une homosexuelle ayant poussé à bout un mari et sa femme, est la première à déclencher les hostilités. Elle s’amuse à manipuler Garcin (Maxime d’Aboville), le pseudo-héros pacifiste, et Estelle (Mathilde Charbonneaux), la femme du monde infanticide. Tour à tour, ils endossent le rôle du bourreau en poussant l’autre dans ses retranchements. Au bout de leur logique, ne pouvant plus mentir, ils constatent qu’être mort, c’est être nu devant les autres, sans tricherie possible. Et qu’il vaut mieux subir le regard de l’autre que d’affronter les hypothétiques flammes de l’Enfer.

Dans un décor minimaliste, les comédiens jouent avec brio à ce jeu de la vérité mené à un train… d’enfer, et Jean-Louis Benoît a exploité les ressorts comiques de la pièce, la trivialité des réactions des personnages contrastant avec l’inéluctabilité de la situation. On rit de ces humains pitoyables pris au piège de leur lâcheté avec, au-dessus de leur tête, le lent balancement de leur conscience mise à mal.

En 1944, la création de la pièce fut un succès, mais aussi un scandale retentissant, en évoquant l’homosexualité, la désertion et l’infanticide. Aujourd’hui, elle fait toujours réfléchir : jusqu’où peut-on aller pour nous « sauver » dans le regard de l’autre ?

Florence Violet

Théâtre de l’Atelier
1 place Charles-Dullin
75018 Paris
Du 2 février au 18 mars 2022
Du mardi au samedi à 19h

Mise en scène Jean-Louis Benoit
Avec
Marianne Basler, Inès
Maxime d’Aboville, Garcin
Guillaume Marquet, Garcin en alternance
Mathilde Charbonneaux, Estelle
Antony Cochin, le garçon d’étage
Brock, le garçon d’étage en alternance

Un jour je reviendrai, au Théâtre 14

Crédit photo Christophe Raynaud de Lage

Le titre résonne comme pour conjurer le sort, une pirouette ultime de l’auteur, qui se sait condamné, face à la maladie qui relie ces deux textes autobiographiques.

Dans L’Apprentissage, il décrit minutieusement sa lente sortie du coma, disséquant les mots, les répétant à l’envi, à la recherche de l’expression la plus juste. Il raconte froidement cette plongée dans l’intime comme s’il se regardait du dehors, et assiste au réveil de son corps inerte, à la merci des autres qui lui parlent « comme à un imbécile ou un vieillard » dans un lieu hostile « où l’on n’est rien ».

L’isolement intérieur est aussi la matière première du Voyage à La Haye, mais là il s’agit d’une solitude choisie parce que l’auteur « a moins mal sans les autres ». Au cours de cette dernière tournée dont on ne saura rien de la réalité, il voyage seul, veut diner seul, et s’étonne de s’entendre reprocher son comportement agressif envers les autres. Face à la résurgence de la maladie, il fait un bilan sans complaisance et observe en entomologiste le spectacle du monde. Une suite de constats amers,  ironiques, cruels, quelques regrets de n’avoir pas oser parler, de n’avoir pas succombé au charme de tel ou tel…

Vincent Dissez tient en équilibre ce long monologue intérieur comme un clown triste qui se regarde jouer sans y croire, en connaissant la fin. Elle survient, sous la forme d’un phrase off en suspens qui annonce l’entrée de l’artiste dans l’autre monde,

Que dire, que faire, face à l’inéluctable ? Jean–Luc Lagarce met l’émotion à distance, rit jaune, sait que rien n’est possible et que même les larmes se dérobent.

Florence Violet

Composé de L’Apprentissage suivi du Voyage à La Haye
de Jean-Luc Lagarce
Mise en scène Sylvain Maurice
Avec Vincent Dissez

En tournée
Du 2 au 4 février à La Comédie de Béthune, CDN Nord – Pas-de-Calais

Harvey au Théâtre Montansier de Versailles

La raison du plus fou…

C’est l’histoire d’un type nommé Elwood qui a un ami qui s’appelle Harvey. Oui, mais Harvey est un lapin blanc de 1,90 m que personne ne peut voir, sauf Elwood. Il faut dire que l’oncle Elwood est un peu excentrique, un peu alcoolique et, dans la famille, ça fait désordre… On aimerait bien se débarrasser d’Harvey… donc d’Elwood.

Ça commence comme une série policière, ça continue dans un intérieur bourgeois cossu en mode comédie de boulevard, et ça se poursuit dans une clinique psychiatrique déjantée où l’on administre aux patients des traitements de choc qui pourraient finir comme dans Vol au-dessus d’un nid de coucou

Mary Chase a écrit cette pièce en 1944, inspirée de son enfance bercée par des contes irlandais où rodent des esprits invisibles réincarnés en animaux. A la fois burlesque et profonde, Harvey est une fable moderne sur la tolérance, le regard que l’on porte sur ceux qui sont légèrement « décalés », hors des codes sociaux. C’est aussi une ode à la liberté de créer, de se créer un univers à soi, hors de toute réalité.

Jacques Gamblin prête sa grâce poétique, son élégance et son regard enfantin à ce personnage lunaire, à l’innocence désarmante, qui, d’emblée, aime tout le monde. Dans cette société policée, il trimballe son grand lapin avec désinvolture sans se rendre compte du danger qu’il y a à paraître différent. Harvey est sa force, il est, comme dit Jacques Higelin (un autre fol enfant) dans une chanson, « …L’ami qui soigne et guérit, la folie qui m’accompagne et qui jamais ne m’a trahi… »

A voir absolument, dans une belle mise en scène de Laurent Pelly, pour croire encore à la légèreté…

Florence Violet

Texte de Mary Chase
Mise en scène et costumes Laurent Pelly
Traduction nouvelle Agathe Mélinand
Avec Jacques Gamblin – Elwood P. Dowd
Charlotte Clamens, Christine Brücher (en alternance) – Vita Simmons
Pierre Aussedat – Docteur Chumley
Agathe L’Huillier – Clémentine Simmons
Thomas Condemine – Docteur Sanderson
Emmanuel Daumas – Maître Gaffney
Lydie Pruvot – Betty Chumley, Madame Chauvenet
Katell Jan – Infirmière Kelly
Grégory Faive – Wilson
Kevin Sinesi – Le taxi

En tournée
Théâtre de Gascogne, Mont-de-Marsan, 2 février 2022 à 20h30/L’Olympia, Arcachon, 4 février 2022 à 20h45/L’Avant-Seine, Colombes, 8 mars 2022 à 20h30/Théâtre Jean Vilar, Suresnes,10 et 11 mars 2022 à 20h30/CADO, Orléans,17 mars au 1er avril 2022
(les 17 et 23 mars à 19h ; les 10, 11, 18, 19, 24, 25, 26 mars à 20h30, les 20 et 27 mars à 15h)

Le Horla de Maupassant à la Folie Théâtre

Du noir absolu apparaît, dans un cadre de tableau que contient un autre cadre plus petit, un homme à l’allure imposante, aux cheveux plaqués en arrière, au regard droit et vif qu’abritent des sourcils broussailleux. Sa barbe, sa moustache, sa tenue nous rappellent celles des maîtres de la seconde moitié du XIXe siècle.

Trois autres cadres évidés, également suspendus par des fils invisibles, interrogent le spectateur par leur présence.

Guillaume Blanchard, le narrateur et le protagoniste du conte, s’exprime au présent et nous raconte avec enthousiasme le défilé de navires glissant sur la Seine qu’il observe de son jardin normand. L’odeur des prémices du printemps l’exalte et les rosiers qui s’ épanouissent l’enchantent. Nous sommes le 8 mai.

Mais la vivacité de sa nature emballée laisse vite place à l’inquiétude : il se sent malade. Des douches et du bromure de sodium lui sont prescrits par son médecin. En vain. Son état s’empire au fil des jours, des semaines et l’angoisse le saisit : une présence invisible habite ses nuits, s’agenouille sur sa poitrine, marche sur ses talons, respire derrière lui, engloutit l’eau et le lait des verres posés sur la table de sa chambre qu’il a pris soin de remplir. Aspire sa vie !

Une excursion pour visiter le mont Saint-Michel et un séjour à Paris, en juillet, ne lui rendront pas la santé espérée. Il gardera en mémoire de son premier voyage le récit d’une légende locale relatée par un moine de l’abbaye qui l’interroge : « Est-ce que nous voyons la cent millième partie de ce qui existe ? » Et de la capitale, le souvenir frappant d’une séance d’hypnose sur sa cousine.

Le personnage plonge dans la terreur et la salle aussi. Guillaume Blanchard, dans un rythme haletant, possède la scène durant une heure vingt et entraîne le spectateur aux confins de cet univers fantastique cauchemardesque. Jolie performance.

L’adaptation personnelle du Horla par Frédéric Gray, dans une scénographie originale et subtile (les objets semblent flotter, les yeux d’une étrange créature percent l’espace …), rend fidèlement l’histoire de Maupassant.

Sous les traits de trois personnages* qui donnent la réplique à Guillaume Blanchard, on reconnaît les traits du metteur en scène.

Carole Rampal

  • Olivier Troyon (absent ce jour-là) interprète également tous les rôles secondaires en alternance avec Frédéric Gray, et est assistant dans la mise en scène.

Jusqu’au 30 janvier 2022.
Le jeudi à 19h30, samedi à 18h et dimanche à 16h30

A La Folie Théâtre : 6, rue de la Folie-Méricourt, 75011 Paris
Renseignements et / ou réservation : 01 43 55 14 80

Les gros patinent bien, cabaret de carton au Théâtre du Rond Point

Ce spectacle propose un voyage épique et drôlissime à travers le monde, sur terre et sur mer (parfois dedans), à charge pour le spectateur d’imaginer les décors évoqués à l’aide de bouts de cartons sur lesquels sont écrits les lieux, pays, villes, objets, animaux en tous genres, dans des situations aussi loufoques que déjantées.

Olivier Martin-Salvan et Pierre Guillois, qui l’ont imaginé et écrit, interprètent nos deux héros qui vont vivre cette grande aventure racontée par un premier personnage tout en rondeurs et en costume trois pièces. Assis tout au long de ce périple, il s’exprime dans une espèce de « yaourt » aux intonations anglo-saxonnes mâtinées d’un fort accent américain incompréhensible… et pourtant ! Quant à son acolyte, vêtu d’un bonnet et d’un maillot de bain, il court pendant tout le spectacle pour aller chercher les différents éléments de ce décor « à la carte », répartis sur la largeur de la scène (énorme travail de mémorisation et de timing de la part de Pierre Guillois), pour illustrer et animer les situations évoquées par le conteur.

 C’est un voyage plein de péripéties vécues par notre héros statique et pourtant globe-trotter. L’énergie dégagée sur scène est communicative et les spectateurs, étourdis par la course perpétuelle de notre « maître-nageur » essoufflé et parfois râleur, en redemandent. Il nous a d’ailleurs été difficile de quitter ce petit monde de carton, créatif, joyeux et original.

Un joli moment à passer en famille.

Armelle Gadenne

Un spectacle de et avec Olivier Martin-Salvan et Pierre Guillois
Ingénierie carton : Charlotte Rodière

Du 10 décembre au 16 janvier, 18h30
Relâches les lundis, les 25 et 26 décembre et du 1er au 6 janvier
2022

Théâtre du Rond-Point
2 bis, avenue Franklin Delano Roosevelt
75008 Paris
www.theatredurondpoint.fr

Brèves de comptoir au Théâtre de l’Atelier

Jusqu’au 12 décembre !

Glanées au XXe siècle, ces Brèves de comptoir ont 35 ans ! Nouvelle mise en scène, nouvelle distribution, le Comptoir reprend du service… Mais depuis, la Covid est passée, les bars ont fermé et la mine d’instantanés saisis sur le zinc s’est tarie, forcément… Dans ce spectacle sous-titré Tournée générale, on n’enlève pas son masque pour boire un canon, on ne montre pas son pass sanitaire avant de pouvoir s’alcooliser dès potron-minet. Six piliers de bistrot, dont deux femmes, campés par des comédiens plus vrais que nature, égrènent des perles frappées sur le coin du bon sens, dont l’absurdité et l’incongruité provoquent toujours l’hilarité du public. Il y a celle qui voudrait avoir de plus  grands pieds parce qu’elle aime les chaussures. Celui qui  s’interroge : « Est-ce qu’une plante carnivore peut être végétarienne ? » Ou « Plus je bois et plus je suis saoul parce que moi, je suis logique ! »… Si la pandémie est évacuée, certaines répliques font néanmoins résonner l’actualité : « L’avenir, c’était mieux avant… » « L’environnement, je suis pour, j’ai un jardin. » Ils parlent d’eux, de la Lune, du chomage, des champignons, haussent le ton quand l’ivresse les submerge, sont pris de tremblements épileptiques en écoutant la radio, se précipitent à la fenêtre pour regarder le monde de l’intérieur…

Mais où sont-ils ces laissés-pour-compte que le confinement a cloîtrés chez eux? Les verra t-on ressurgir, ces voix du populo, ces rois du coq-à-l’âne, du politiquement incorrect ? N’ont-ils pas déjà disparu dans ce Paris déserté par l’urgence sanitaire ? Tout à coup, ce bistrot semble suranné, frappé d’un coup de vieux, sous le poids d’un passé qui ne reviendra pas. Des Brèves, par temps de Covid ? On en redemande !

Florence Violet

Théâtre de l’Atelier
Du mardi au vendredi de 17h30 à 21h
Le samedi de 16h à 21h
Le dimanche de 13h à 17h

Texte : Jean-Marie Gourio
Adaptation : Jean-Michel Ribes et Jean-Marie Gourio
Mise en scène : Jean-Michel Ribes

Avec :
Philippe Duquesne
Nanou Garcia
Gilles Gaston-Dreyfus
Philippe Magnan
Marie-Christine Orry
Philippe Vieux

Tartuffe Théorème de Molière aux Bouffes du Nord

Si l’on n’a pas révisé Tartuffe avant le spectacle, on risque d’en perdre son Molière et de se demander qui est vraiment Dorine, si Flipote existe vraiment et si Marianne hésite à épouser Valère parce qu’elle n’a pas totalement tué le père… Mais c’est le propre de Macha Makeïeff d’interroger les apparences de la comédie et de glisser, comme elle l’avait fait dans Trissotin, des sous-textes, de fausses didascalies qui se jouent de la vérité et révèlent les tocs de notre siècle.

Ici, Tartuffe est un faux dévot noir corbeau (fascinant Xavier Gallais), exempt de séduction, soutane noire et visage blème, mais qui domine hommes et femmes par sa force de persuasion. Une apparence contrecarrée par des gestes psychotiques et hallucinés et une psyché enfantine qui lui fait prendre parfois des allures de petit garçon capricieux… Ange diabolique, il a su gagner la confiance d’Orgon, le père crédule (formidable Vincent Winterhalter) qui veut lui marier sa fille. S’ensuit une intrigue où chacun tente de le convaincre de la duplicité du personnage.

Côté esthétique, on est dans les années 50, ce qui accentue la pesanteur du conflit de générations de cette famille bourgeoise, corsetée sous des dehors nonchalants et débridés. Le décor est impressionnant avec un arrière-plan plus onirique derrière un immense rideau de salon transparent. Avec son souci du détail, Macha Makeïeff joue à fond le vintage, couleurs pop, robes graphiques, velours fleuris, tapis façon Lurçat, et en bande-son, Los Machucambos, ce qui donne lieu à une danse débridée hilarante de Dorine, l’amie de la famille (séduisante Irina Solano) et Flipote, la bonne (inénarrable Pascal Ternisien en clown muet) !

Macha Makeïeff a aussi multiplié les références cinématographiques et musicales liées au désir ou à son exacerbation : Théorème de Pasolini, le vampire de Murnau, les moines inquiétants du Nom de la Rose, la violence d’Orange mécanique, etc. Ce parti-pris tout azimut fascine et interpelle par son jusqu’au-boutisme mais submerge le spectateur qui perd parfois le fil de l’intrigue.

Et pourtant, rien ne semble gratuit. Nous assistons bien à la chute de Tartuffe, prédateur accusé d’agressions sexuelles avérées, de détournements de fonds, d’abus de faiblesse et d’escroquerie. À l’heure de Metoo, des sextapes et des dérives sectaires, la tentation de juger et  de démasquer les malfaisants est tristement actuelle, décuplée par des réseaux sociaux fascinés par l’omniprésence du Mal, réelle ou fanstamée.

La fin donjuanesque, le faux dévot rejoignant l’athée dans les flammes de l’Enfer, laisse Orgon prostré, victime de son aveuglement, pour avoir cru en un imposteur tout en regrettant néanmoins l’espoir disparu avec lui…

Un spectacle foisonnant d’idées, parfois excessif, des scènes magistrales (celle où Elmire, l’ambivalente Hélène Bressiant, piège Tartuffe) des tableaux saisissants (messe noire) et des rebondissements qui donnent envie… de relire Tartuffe et de revoir le spectacle !

Florence Violet

Théâtre des Bouffes du Nord
Du 1er au 19 décembre 2021 à 20 h 30

Mise en scène, décor, costume Macha Makeïeff
Lumière Jean Bellorini

Avec
Xavier Gallais — Tartuffe
Arthur Igual en alternance avec Vincent Winterhalter — Orgon, mari d’Elmire
Jeanne-Marie Lévy —Madame Pernelle, mère d’Orgon
Hélène Bressiant — Elmire, femme d’Orgon
Jin Xuan Mao — Cléante, frère d’Elmire
Loïc Mobihan — Damis, fils d’Orgon
Nacima Bekhtaoui — Mariane, fille d’Orgon
Jean-Baptiste Le Vaillant — Valère, amant de Mariane
Irina Solano — Dorine, amie de la famille
Luis Fernando Pérez en alternance avec Rubén Yessayan — Laurent, faux dévot
Pascal Ternisien — Monsieur Loyal, huissier, Flipote, la bonne
et la voix de Pascal Rénéric, l’Exempt

Kolik au Théâtre 14

© Ina Seghezzi

« Le temps coule »…  en exergue sur l’écran derrière le comédien assis sur un fauteuil sur un plateau incliné, seuls éléments en guise de scénographie.

« Le temps coule »…  Tout comme l’eau de la bouteille de gin dans le gosier du comédien, tel un sablier. On comprend assez vite que le discours finira la bouteille une fois vidée. On pourrait croire qu’il puise sa logorrhée dans  le pseudo-alcool, mais il n’y a pas d’ivresse hors les mots…

Le degré zéro de l’existence, la construction du Je (du jeu ?), les murmures intérieurs, une réduction de l’être à sa part infinitésimale… Déconstruction du langage, comme une toile abstraite où les mots sont matières, sculptures auditives, recompositions orales, pas d’intentions, pas de sens littéral, tout est remis à plat, mis en question, à l’écoute de ce qui résonne intérieurement dans le corps du comédien. Peu ou pas de syntaxe, des verbes à l’infinitif, dictés par l’impératif besoin de se dissoudre, de ne pas s’attarder, débit de l’eau, gorgées subites, débit des mots, course poursuite, métaphore d’une vie liquidée, sans possible arrêt sur images, une avancée imperturbable vers l’issue fatale, le fond de la bouteille, sans espoir de sursis.

Quelques moments d’ironie, quelques ruptures : on se prend à penser après coup qu’ils auraient pu être plus appuyés, rompre ce flot incessant, nous en distraire, mais sans doute ce recul, ce retour sur soi eût contredit la marche inexorable du temps vers la dissolution, la mort, l’obscurité, dernier mot sur l’écran avant le noir final.

Il faut saluer la performance d’Antoine Mathieu, cette improbable mémorisation des mots réitérés, sans aspérités narratives, ponctuée de déglutissements, de coups d’œil furtifs vers l’écran derrière, qui ne servent à rien puisqu’il semble égrener des chapitres déjà anticipés, comme si l’existence précédait le sens… 

On se dit aussi que pour cet événement théâtral organisé en temps de récession, et réservé à quelques privilégiés pour cause de Covid, (merci aux directeurs du Théâtre 14) cette interrogation existentielle tombe à pic ! Et qu’il est bon de s’asseoir dans un théâtre pour la partager… Le moment est venu.

Florence Violet

Kolik
Du 9 au 27 novembre 2021 au Théâtre 14
Texte Rainald Goetz
Traduction Ina Seghezzi
Un projet d’Antoine Mathieu
Mise en scène Alain Françon
Avec Antoine Mathieu
Scénographie Jacques Gabel
(Vu le 5 janvier 2021 lors de sa création au Théâtre 14)

Théâtre 14
20, avenue Marc-Sangnier, 75014 Paris
Tél. : 01 45 45 49 77

Paris retrouvée à La Piccola Scala

C’est un spectacle né pendant le confinement, alors que les bars, les restaurants et tous les lieux de culture, les cinémas et les théâtres étaient fermés, qu’il était impossible de se rassembler. Un spectacle né d’un manque et d’une frustration : où était passée la poésie de Paris ? Paris oubliée ?

Ariane Ascaride a réuni quatre comédiennes, une chanteuse et un accordéoniste pour la célébrer, guidés par l’émotion de pouvoir enfin faire résonner les mots des poètes et des musiciens. Elles sont les voix de ceux qui parlent des choses simples, du métro, avec la Zazie de Raymond Queneau ou Fraise des Bois d’Elsa Triolet, fascinée par  la réclame« Dubo, Dubon…Dubonnet », le Paris gavroche des titis, des moineaux. Elles disent la mélancolie des poètes, Apollinaire, Prévert ou Aragon.

Annick Cisaruk chante avec une belle intensité la nostalgie de Ferré, Quartier latin, ou l’émerveillement  de Trénet, Revoir Paris

« Paris retrouvée » fait aussi écho au « Paris libérée » d’‘André Malraux et rend hommage à la Commune, à ceux qui se sont battus ou sont morts sur les barricades, avec les mots de Victor Hugo, Louise Michel ou Jean-Roger Caussimon.

Et tant pis si on ne reconnaît pas tous les auteurs, certains cités brièvement ou d’autres anonymes, comme cette jolie épitaphe à celui qui est parti « …comme la nuit se fait quand le jour s’en va… », sur une tombe au Père Lachaise…

Porté subtilement par l’accordéon de David Venitucci qui fait le lien entre poèmes et chansons, ce spectacle sans prétention est une flânerie dans une ville fantasmée, disparue, mais toujours dans nos cœurs.

Florence Violet

Avec Ariane Ascaride, Pauline Caupenne, Chloé Réjon (à partir du 14 octobre), Océane Mozas, Délia Espinat-Dief et la chanteuse Annick Cisaruk.
Accordéon – David Venitucci
Piccola Scala
Boulevard de Strasbourg
Du jeudi au dimanche à 19 h 30
Jusqu’au 6 novembre

La Noce de Bertolt Brecht au Théâtre de l’Epée de Bois

Quand le public entre dans la salle, le banquet bat son plein. La table est bien garnie, le vin coule à flots, les invités bavardent dans une ambiance bon enfant. Sous la boule tango, un trio de musiciens en vestes pailletées joue en sourdine. Tout va pour le mieux.

Oui… mais l’alcool aidant,  les langues se délient, le vernis craque. Le père multiplie les histoires sinistres, l’ami du marié est vulgaire, la bienséance fait place à la grossièreté, chacun règle ses comptes, dénonce, provoque et les silences gênés ne tempèrent pas la violence sous-jacente. Le décor n’est pas en reste, et les meubles amoureusement construits par le marié s’écroulent les uns après les autres, entraînant la vaisselle et les personnages dans leur chute.  Une fois seuls, les mariés ne savent plus s’ils doivent se réjouir du départ des invités « C’est notre nuit de noces tout de même » ou leur demander de revenir.

Dans la veine du cabaret burlesque de l’époque, Brecht a écrit une farce sinistre, dénonçant l’inanité des conventions sociales, les faux-semblants, les fausses valeurs, la quête vaine d’un pseudo-bonheur, d’un nid douillet comblant le vide et la désillusion. « C’est le marasme. »

C’est ce que met en scène avec brio la compagnie du Berger, dirigée par Olivier Mellor.

Maquillés de blanc, les comédiens multiplient les numéros clownesques. La mariée se déhanche sur un rock endiablé, l’invité beugle une chanson obscène… L’orchestre, style « baloche » de province (belle trouvaille), tente de faire diversion en égrenant les tubes affligeants, L’Eté indien, Tata Yoyo ou l’inévitable Danse des canards, avant de s’éclipser faute de combattants. Et la montée en spirale du désastre culmine en un bouquet final forcément explosif…

Revendiquant un théâtre choral et musical, la troupe nous offre un spectacle jouissif, divertissant, mais où l’on rit jaune car il représente une part boursouflée de nous-mêmes, les affres d’une société en déliquescence.

Florence Violet

La Noce de Bertolt Brecht
Par la compagnie du Berger

Du 7 au 31 octobre 2021
Jeudis, vendredis, et samedis à 21 heures
Samedis et dimanches à 16 h 30

Théâtre de l’Epée de bois/Cartoucherie de Paris
www.epeedebois.com

“Crise de nerfs”, trois farces d’Anton P. Tchekhov, au Théâtre de l’Atelier

© Maria Letizia Piantoni

Peter Stein a réuni trois courtes pièces de Tchekhov – Le Chant du cygne, Les Méfaits du tabac, Une Demande en mariage – où les personnages ont en commun d’éprouver les affres d’une crise existentielle. À un moment clé de leur vie, le temps et les circonstances exacerbent leur difficulté d’être.

Svetlovidov est un acteur vieillissant, malade et amer. Il a trop bu et s’est endormi dans les coulisses après la représentation. Obsédé par le sentiment de sa vie ratée, il est hanté par ses personnages et ressuscite Hamlet, Othello ou le roi Lear dans le théâtre vide…

Dans ce Chant du cygne, il est l’archétype de tous les comédiens bons ou mauvais que Tchekhov a croisés si souvent dans les coulisses des théâtres et observés avec tendresse. Comme lui, on compatit devant ce naufrage erratique.

Un homme est contraint par sa femme de faire une conférence sur les méfaits du tabac. Il profite de ce moment de pseudo-liberté  pour s’épancher sur la tyrannie domestique que lui font vivre sa femme et ses filles. Pris au piège comme un insecte dans une toile d’araignée, il se perd en digressions, passe du coq à l’âne, tourne en rond mais ne peut se résoudre à fuir sa vie médiocre. Les Méfaits du tabac est une farce cruelle plutôt triste où l’on rit jaune.

Dans La Demande en mariage, la crise de nerfs vire à l’épilepsie ! Un prétendant, tétanisé par la demande en mariage qu’il se propose de faire, est victime de convulsions psycho-somatiques face à sa future, elle-même sujette à des accès d’hystérie… sous les yeux médusés du père. Un vrai vaudeville où l’exaltation monte en spirale, provoquant les rires francs du public.

Le metteur en scène a grossi le trait et accentué la dimension farcesque de ces petits drames. Grimé, portant perruques ou favoris, Jacques Weber se prête au jeu, comme boursouflé de l’intérieur, faisant bouillonner le trop-plein d’humanité des personnages. Dans Le Chant du cygne, la mise en abyme de l’acteur est flagrante puisqu’il va jusqu’à citer les vers de Cyrano… Les deux jeunes comédiens qui l’accompagnent sont également excellents et font preuve d’un abattage forcené, et miment une danse de Saint Guy qui force l’admiration !

En résumé, et pour paraphraser Tchekhov, dans sa correspondance : « Il vaut bien mieux écrire des petites choses que des grandes. C’est sans prétention, et le succès est là… que faut-il de plus ? »

Florence Violet

Crise de nerfs au Théâtre de l’Atelier
1, place Charles-Dullin, 75018 Paris
http://www.theatre-atelier.com/
Représentations du mardi au samedi à 19 h dimanche à 17 h

Mise en scène Peter Stein
Avec
Jacques Weber
Manon Combes
Loïc Mobihan
Texte français André Markowicz et Françoise Morvan

“Le Voisin de Picasso”, au Théâtre de La Contrescarpe

crédit photos : Fabienne Rappeneau

Il ne surgira pas de votre mémoire. Mais d’un passé glorieux. Cet illustre inconnu au bataillon des plus grands peintres de son époque (Sisley, Monet, Renoir, Bazille…) était pourtant l’objet de toutes les attentions de la société et le plus adulé quand d’autres s’essayaient encore dans les ateliers de Gleyre. Peintre officiel, il décorera notamment plafonds et décors de théâtre, comme celui de la salle Richelieu de la Comédie-Française, ou celui de l’Opéra Garnier. Il sera salué par la presse et recevra la légion d’honneur.

Alexis-Joseph Mazerolle – oui c’est son nom au Voisin incognito de Picasso, juste dans la galerie voisine – s’adonnait dans une exigence de travail à servir sa passion : sublimer le réel, rapprocher les gens du divin. Académique, il se voulait aussi libre.

Alors, qu’est devenu Mazerolle ? Apollon le garderait-il jalousement près de lui, loin des hommes et de leurs réminiscences ? Et ses œuvres ?

Rémi Mazuel retourne le sablier du temps, réécrit son histoire et nous invite sur une mise en scène de Marie-Caroline Morel à découvrir les traits de son visage, de son histoire, de sa fin controversée (suicide ou maladie ?).

Dans une éloquence qui lui est familière (il a remporté le Concours d’Éloquence de l’association Forum Event à Bordeaux), Rémi Mazuel, dans la peau d’un gardien de musée, répare cette injustice et lui rend hommage non sans humour. De quoi passer une bonne soirée.

Carole Rampal

Théâtre de La Contrescarpe
https://theatredelacontrescarpe.fr/
5 rue Blainville, 75005 Paris

Du 7 octobre au 30 décembre 2020,
les mercredis à 21h

Texte et Interprétation : Rémi MAZUEL
Mise en scène : Marie-Caroline MOREL
Costumes : Leslie PAUGER
Musique : Charles TUMIOTTO
Conception & Décors : Alix COHEN

Pour ceux qui veulent faire un pied de nez à Apollon, certaines œuvres de Mazerolle sont encore visibles ?
À la Bourse de commerce de Paris, à l’hôtel InterContinental de Paris (le plafond du salon), au Conservatoire de musique de Paris (décor de scène), à l’Opéra Garnier à Paris, (huit cartons des tapisseries de la rotonde du glacier), au grand théâtre d’Angers (plafond du foyer), au musée de Roubaix (« Éponine implorant la grâce de Sabinus »).

Depuis 2006, afin de promouvoir son œuvre, l’Association des Amis du peintre A.-J. Mazerolle a été créée et répond à vos questions.
http://www.ajmazerolle.com/index.html

“Jouer sa vie sur un vaudeville”, William Malatrat, Le Guichet Montparnasse

Comédien, metteur en scène de nombreuses pièces dont Le journal d’une Femme de Chambre, primé aux P’tits Molières 2015 « Meilleure comédienne dans un premier rôle », William Malatrat dirige aussi l’Atelier d’art dramatique du Guichet Montparnasse.

Sa passion du théâtre, il l’a découverte dès l’âge de 13 ans en découvrant une représentation de Jean Anouilh, Antigone.

Un auteur qu’il n’a pas oublié au fil du temps. Ce soir-là, Jouer sa vie sur un vaudeville est une adaptation modelée, parfois réécrite par William Matrat du  Rendez-vous de Senlis. Le prologue est constitué de textes de différentes œuvres de Anouilh.

Le tourbillon des faux-semblants, la vérité avec le désordre… l’insolence de ce grand dramaturge du siècle passé mais résolument moderne… séduisent William Malatrat qui dans cette nouvelle mise en scène sait les transcender et adhérer le public à sa perception.

Une intrigue captivante qui mêle interrogations, rires et indignations.

Pour ceux qui auraient oublié le début :
Georges, marié par intérêt à une riche bourgeoise, s’éprend d’une jeune femme rencontrée au musée du Louvre. Pour la séduire davantage, il loue une villa qu’il veut lui faire croire pour sienne et fait appel à deux comédiens qui ont pour instruction d’incarner ses parents…

Une représentation qui fait appel à neuf comédiens.

Coup de cœur pour Fanny Blanchard.

Carole Rampal

Jusqu’au 23 septembre
Le Guichet Montparnasse
15 rue du Maine
75014 Paris
01 43 27 88 61

Avec
Agnès Aubert
Fanny Blanchard
Jean-Pierre Chouraqui
Charles Falanga 
Marc Gemayel 
Katy Odoard  
Lauriane Schneider
Dimitri Vasiljevic 
Myriam Vergnol 
Collaboration artistique
Alicia Bluteau
Patricia Alonso