F(l)ammes à la Maison des Métallos

© François Louis Athénas

Ces dix-là ne s’en laissent pas compter. Dix jeunes femmes énergiques, dix belles personnalités qui racontent, se racontent, sans peur ni tabou, en toute liberté.

Issues de ce qu’on appelle « les minorités visibles des quartiers », nées de parents venus d’Afrique du Nord, d’Afrique subsaharienne, ou des Caraïbes, les femmes – F(l)ammes – clament leur rage de vivre, faisant fi des clichés, des préjugés, des étiquettes.
Elles cassent les stéréotypes en étant là où on ne les attend pas. Et ça fait du bien de les voir se débarrasser de ce carcan fabriqué par la société au gré des peurs, des définitions, des politiques. Elles sont ce qu’elles sont, elles ne représentent rien ni personne, elles sont simplement elles-mêmes.

Ahmed Madani, le metteur en scène, raconte : « Le fait que les protagonistes de projet n’aient pas d’expérience professionnelle du théâtre a été une chance dans cette aventure. leur spontanéité, leur faconde, leur énergie, leur imprévisibilité, leur liberté et leur justesse n’ont pas cessé de m’étonner… » Les spectateurs eux aussi vont de surprise en surprise.

Dans ce spectacle, si on rit beaucoup, on est aussi touché par des morceaux de dure réalité. Humour, dérision, auto-dérision… mais aussi poésie, colère, désir, tendresse, douleur… Tout y passe : leur famille, les traditions, les copines de classe, les petits mots assassins ou les comportements injustes d’un père, d’une mère, d’un mari, d’un frère… et même Pénélope n’est pas épargnée !

Ah ! qu’il est bon de les entendre parler, chanter, danser… et avec quel talent !
D’ailleurs Ahmed Madani leur laisse toute la scène, n’utilisant que quelques chaises pour décor. Grâce aux vidéos, à la musique, aux voix, aux lumières, nous décollons avec ces dix femmes et atterrissons dans un univers plein de sensibilité et de poésie. A leur image.

1 h 45 de pur bonheur et d’humanité ! Une invitation à voir le monde avec les yeux de l’autre et ça fait du bien ! On est sous le charme et on en sort regonflé à bloc.
Alors n’hésitez pas, courez-y !

Plûme

Jusqu’au 29 octobre 2017
– mardi, mercredi à 20h
– jeudi, samedi à 19h
– vendredi 20 octobre à 14 h
– vendredi 27 octobre à 20h
– dimanche à 16 h
à la Maison des métallos, 94 rue Jean-Pierre Timbaud, Paris 11e

Avec Anissa Aou, Ludivine Bah, Chirine Boussaha, Laurène Dulymbois, Dana Fiaque, Yasmina Ghemzi, Maurine Ilahiri, Anissa Kaki, Haby N’Diaye, Inès Zahoré
Textes et mise en scène : Ahmed Madani
Assistante à la mise en scène : Karima El Kharraze
Regard extérieur : Mohamed El Khatib
Création vidéo : Nicolas Clauss
Création lumière et régie générale : Damien Klein
Création sonore : Christophe Séchet
Chorégraphie : Salia Sanou
Costumes : Pascale Barré et Ahmed Madani
Coaching vocal : Dominique Magloire et Roland Chammougom
Régie son : Jérémy Gravier
Texte édité chez Actes Sud-Papiers
Administration / production : Naia Iratchet
Diffusion / développement : Marie Pichon
Production : Madani Compagnie
Coproduction : Théâtre de la Poudrerie à Sevran, Grand T théâtre de Loire-Atlantique, L’Atelier à spectacle à Dreux, La CCAS, Fontenay en Scènes à Fontenay-sous-Bois, l’ECAM au Kremlin-Bicêtre
Avec le soutien de la Maison des métallos, du Collectif 12 à Mantes-la-Jolie, de la a MPAA à Paris,  de la Ferme de Bel Ébat à Guyancourt, de la Maison des Arts et de la Culture de Créteil, du Commissariat Général à l’Egalité des Territoires, du Conseil départemental de Seine-Saint-Denis, du Conseil départemental du Val-de-Marne dans le cadre de l’aide à la création et d’Arcadi Île-de-France
Rencontre avec l’équipe artistique du spectacle :
jeudi 26 octobre à l’issue de la représentation, à la Maison des métallos.

Et en tournée…
Genève La Comédie de Genève du 7 au 11 novembre 2017
Paris Théâtre de la Tempête les 16 novembre au 17 décembre 2017
Cachan Théâtre Jacques Carat le 7 décembre 2017
Calais Le Channel, Scène nationale les 12 et 13 janvier 2018
Cergy-Pontoise L’Apostrophe, Scène nationale les 16 et 17 janvier 2018
Pantin Salle Jacques Brel le 30 janvier 2018
Noisy-le-Sec Théâtre des Bergeries le 2 février 2018
Bron Espace Albert Camus les 6 et 7 février 2018
Clermont-l’hérault Théâtre le Sillon, Scène conventionnée le 9 février 2018
Le Mans Les Quinconces – L’Espal du 13 au 16 février 2018
La Courneuve Houdremont, Scène conventionnée le 9 mars 2018
Goussainville Espace Sarah Bernhardt І 16 mars 2018
Épinay-sur-Seine Maison du Théâtre et de la Danse le 18 mars 2018
Melun L’Escale le 23 mars 2018
Brétigny-sur-orge Théâtre de Brétigny – Dedans Dehors, Scène conventionnée les 6 et 7 avril 2018
Aubervilliers Théâtre de la Commune, Centre Dramatique National du 9 au 11 avril 2018
Montargis Salle des fêtes le 13 avril 2018

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La Main de Leila, aux Béliers parisiens

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©Alejandro Guerrero

Voici une histoire d’amour contrarié, sur fond d’évocation historique (l’Algérie d’avant les émeutes d’octobre 1988, dirigée par l’armée et le FLN), traitée à la manière d’une fable. Le jeune Samir, passionné de cinéma, défie la censure du régime de l’époque, en rejouant les baisers les plus célèbres du grand écran dans son garage, transformé en salle de spectacle. De son côté, Leila, fille d’un puissant colonel, rêve de pouvoir choisir elle-même sa destinée. Ces deux-là étaient faits pour se rencontrer.

Les trois comédiens (dont deux sont coauteurs de la pièce) restituent la faconde et la vitalité du peuple algérien à travers une galerie de personnages emblématiques : les deux amoureux, Samir et Leila, contraints de se voir en cachette de leur famille ; la mère tyrannique et exubérante (excellent Azize Kabouche, aux mimiques savoureuses), le fonctionnaire de police imbu de son pouvoir ; l’ami spécialiste des petites embrouilles ; le commerçant qui profite de la pénurie alimentaire, etc.

Dans un décor fait de bric et de broc, des fils à linge structurent astucieusement l’espace. Les changements de décor et les scènes se succèdent sans temps mort, composant le tableau touchant d’une Algérie en crise, dont les soubresauts annoncent les bouleversements à venir.

La fraîcheur de l’interprétation, l’humour des dialogues et la mise en scène très rythmée (Régis Vallée a travaillé avec Alexis Michalak, est-ce un hasard ?) contribuent à la réussite de ce spectacle. On partage le quotidien de Samir et de Leila, leurs galères et leurs espoirs, rythmés par leur amour du septième art.

Et même si à la fin, la réalité finit par reprendre le dessus, l’espoir subsiste… grâce à la magie du cinéma !

Véronique Tran Vinh

Une pièce de : Aïda Asgharzadeh et Kamel Isker
Mise en scène : Régis Vallée
Avec : Aïda Asgharzadeh, Kamel Isker, Azize Kabouche

Jusqu’au 31 décembre 2017
Du mercredi au samedi (à 21 h ou à 19 h selon les dates)
Le dimanche à 15 h
Relâche le 19 novembre
Théâtre des Béliers parisiens
14 bis rue Sainte Isaure
75018 Paris
http://www.theatredesbeliersparisiens.com/Spectacle/main-de-leila/

 

 

 

12 hommes en colère, au théâtre Hébertot

©Laurencine Lot

Il fait chaud, très chaud, dans cette pièce fermée en cette fin d’après-midi, dehors l’orage menace. Douze jurés en complet-veston-cravate sont réunis pour délibérer sur la culpabilité d’un garçon de 16 ans, accusé d’avoir tué son père. L’unanimité est requise pour envoyer le présumé coupable à la chaise électrique. Mais un homme, un seul a « un doute légitime ». Un seul, comme un grain de sable… et la belle unanimité se fissure.

Du film de Sydney Lumet, il me restait en mémoire une ambiance lourde, des chemises aux manches relevées, des cravates défaites, la transpiration des 12 hommes…

Dans un décor et une mise en scène sobre et efficace, les personnages prennent une épaisseur palpable, comme l’est la tension qui monte. Une horloge blanche, lumineuse, sans aiguilles, égrène un temps arrêté loin des obligations de la vie quotidienne de chacun.

La partie est serrée, un contre onze et, petit à petit, l’un après l’autre, à force d’interrogations qui ébranlent les témoignages entendus lors de la comparution, chacun en vient à faire part de son « doute légitime ».

La pièce de Reginald Rose, écrite en 1954, interprétée avec justesse par les 12 comédiens, nous fait comprendre les positions de l’un, les peurs de l’autre, l’indifférence d’un troisième… Il n’est pas facile de se départir de ses préjugés, de ses a priori.

Notre cœur bat au fil de la soirée… Alors, coupable ou non coupable ?

Allez-y !

Plûme

Une pièce de Reginald Rose
Adaptation française Francis Lombrail
Mise en scène Charles Tordjman
Avec Jeoffrey Bourdenet, Antoine Courtray, Philippe Crubezy, Olivier Cruveiller, Adel Djemaï, Christian Drillaud, Claude Guedj, Roch Leibovici, Pierre Alain Leleu, Francis Lombrail, Pascal Ternisien et Bruno Wolkowitch
Assistante mise en scène Pauline Masson
cors Vincent Tordjman
Lumières Christian Pinaud
Costumes Cidalia Da Costa
Musiques Vicnet

Du mardi au dimanche à 19 h
Théâtre Hébertot,
78 bis, boulevard des Batignolles
75017 PARIS
Tél. : 01 43 87 23 23
http://theatrehebertot.com/12-hommes-colere/

Oncle Vania, au Théâtre Essaïon

 

Dans la série « révisons nos classiques », Oncle Vania revient, interprété par la Compagnie Theâtrale Francophone. Une perle !

Rendez-vous est donc pris avec l’âme slave. Dans une mise en scène, signée Philippe Nicaud, qui parvient à presser les comédiens (et donc lui-même) jusqu’à leur dernière goutte de mal-être, dans un décor minimaliste sans échappatoire, sans coulisses, où ils vivent 24 heures sur 24 sous nos yeux.

« Il m’est apparu que la façon la plus efficace de recréer cette atmosphère familiale étouffante, c’était que tous les personnages, et donc les acteurs, soient présents à chaque instant, et cela dès l’entrée des spectateurs », déclarait Philippe Nicaud lors du festival d’Avignon 2016, où ce spectacle a été récompensé par un Coup de cœur du Club de la Presse Grand Avignon-Vaucluse. Quelle réussite !

Cinq personnages de Tchekhov se retrouvent sur scène, tous magnifiques dans leur interprétation, se heurtant dans ce huis-clos qu’est devenue la scène de l’Essaïon. Le professeur, usurpateur patenté ; le docteur, rêveur alcoolique ; la jeune épouse, bombe sexuelle ; la fille du professeur laide et pathétiquement amoureuse du docteur, et, magistral… l’oncle Vania, pétri de regrets, désabusé, amoureux transi et raté. Rarement sur scène, on a vu pareille incarnation du désespoir, vécu dans la posture, la voix, les gestes : bravo à Fabrice Merlo de nous entraîner au plus profond de la détresse de cet homme vaincu.

Le choc des passions, l’enfermement, l’ennui… boire, boire encore, pour oublier la servitude, l’absence d’avenir, la vie gâchée. Le texte de Tchekhov est dense, chaque mot pèse dans cette atmosphère lourde, même si, parfois, un personnage laisse éclater un fragment de poésie, une chanson, un accord de guitare ou quelques notes d’humour…

Merci au metteur en scène d’avoir resserré la pièce autour des cinq principaux personnages pour mieux resserrer l’étau qui les broie au fil de la pièce. Chapeau aux comédiens d’être si tchekhoviens dans leur jeu.

On ne peut que vous inciter à aller voir cette pièce. N’oubliez pas de réserver, la salle du  théâtre Essaïon n’est pas bien grande.

Plûme


Jusqu’au 14 janvier 2018, tous les jeudis à 19h20
Théâtre Essaïon
6, rue Pierre-au-Lard
75004 Paris
Tél. : 01 42 78 46 42
http://www.essaion-theatre.com/spectacle/649_oncle-vania.html

D’après Anton Tchekhov
Mise en scène Philippe Nicaud
Avec :
Marie Hasse (Sonia), Céline Spang (Éléna), Fabrice Merlo (Vania), Philippe Nicaud (Docteur Astrov) et Bernard Starck (Sérébriakov)

Collaborations artistiques :
Damiane Goudet et Arevik Martirossian
Perrine Trouslard (chorégraphie)
Adaptation / traduction :
Céline Spang et Philippe Nicaud
Composition musicale et chant :
Philippe Nicaud

Le Chien, d’Éric-Emmanuel Schmitt, au Théâtre Rive Gauche

LE CHIEN (Théâtre Rive Gauche-Paris14ème)-crédit Theatre Rive Gauche-Libre de droits-4-NEW-Light.jpg

La frontière du temps et de l’espace est parfois floue quand les souvenirs ne cessent de se fondre au présent. La frontière entre l’humanité et l’animalité ténue dans certaines circonstances.

Sur fond de décor de la Seconde Guerre mondiale, le scénario se déroule jusqu’au suicide du Dr Heymann, en Suisse, bien des années plus tard. Un évènement qui soulève bien des questions dans le petit village mais aussi auprès de ses proches. Est-ce lié à la mort accidentelle de son fidèle compagnon – un beauceron, toujours le même, répondant inlassablement au nom d’Argos, qui accompagne ses jours depuis quarante ans et « qu’il remplace à chaque disparition » ?
Un sens à cet acte que Samuel Heymann, homme et père taciturne, s’évertuera cependant de donner à sa fille, Mirana, via un courrier laissé à son attention.
Au fil des minutes, le mystère se désépaissit et le voile se lève : Argos aboie avec force sa vérité.

Un chapitre de l’histoire revisité par un biais inattendu et qui fait l’originalité de cette pièce. L’homme dans sa plus grande créativité ne cessera de surprendre ses contemporains… C’est peut-être cela le message qu’ Éric-Emmanuel Schmitt, auteur de la nouvelle Le Chien, avait choisi de nous coucher sur papier. C’est peut-être cette vérité saisie qui a conduit Marie-Françoise Broche et Jean-Claude Broche à la mettre en scène quand l’auteur lui-même (expliquera-t-il en avant-première) n’y aurait pas songé. Tour à tour dans un monologue, puis dans un immobilisme mimétique que le décor cubique et les couleurs alternativement froides et chaudes des projecteurs accentuent, les comédiens Mathieu Barbier et Patrice Dehent nous livrent dans un jeu réaliste le dénouement de cette intrigue.

Un livre, mais aussi une pièce de théâtre, Le Chien ? Qu’Éric-Emmanuel Schmitt se rassure : OUI… et une histoire, qui pourrait également et élégamment prendre place sur le grand écran.

Carole Rampal

Jusqu’au 26/12/2017
Théâtre Rive Gauche, 6, rue de la Gaîté, 75014 Paris.
Tél. : 01 43 35 32 31
http://www.theatre-rive-gauche.com/le-chien-spectacle.html

 

 

Un soir chez Victor Hugo, Cie Les 3 Sentiers au Théâtre de La Loge

À deux cents mètres de la rue de Charonne, dans un square parisien, nous assistons à l’arrivée de Victor Hugo en exil à Jersey, qui pourchassé par la police de Louis-Napoléon Bonaparte, est d’une humeur massacrante et ne cesse de vociférer. En costumes d’époque, valise à la main, ses enfants Charles, Adèle et son compagnon, tentent de se frayer un chemin à travers les allées et de le suivre. S’approchant de nous, ils nous invitent à les accompagner à une séance de spiritisme au Théâtre de La Loge.

Là, certains assis dans des canapés, d’autres sur des sièges en fer autour de petites tables qui supportent une bougie incandescente, le tonnerre gronde et les rideaux du salon se tirent devant deux grandes fenêtres. Nous sommes en 1852, à Marine Terrace, la demeure familiale.
Adèle chante en débarrassant la grande table ronde qu’une nappe entièrement blanche et immaculée laisse à comprendre qu’elle sera le lieu de toutes les surprises.
Au-dessus d’elle, les mains rejointes, la famille Hugo démarre une séance de spiritisme.vz-AACBF110-16BC-4D7E-9B8E-7DE2EA0F5291.jpeg

Sourire narquois ou frisson… on se laisse prendre au jeu dès les premières minutes. Et si c’était vrai ? Et si c’était vrai les conversations que ce grand écrivain et homme politique des plus sérieux, admiré de tous, avaient entretenu avec l’au-delà. Quel besoin aurait-il eu de se démarquer sur ce terrain qui a contrario ne pouvait que provoquer raillerie et moquerie ? On s’interroge au cours de la séance en entendant Hugo converser par la voix de son fils Charles, médium, avec Shakespeare, Racine, Chateaubriand… On glisse un sourire amusé quand tour à tour chacun se vante de communiquer dans un langage animalier avec le tigre, l’araignée… On s’émeut quand Hugo « re »communique avec Léopoldine, sa première fille, noyée dix ans plus tôt.

Esprits libres… allez-y. Les plus sceptiques passeront un bon moment et revisiteront des pages d’histoire et de poésie. Les autres seront peut-être tentés à l’issue de ce spectacle déambulatoire de faire bouger les verres.

Carole Rampal

Dernière représentation sur Paris le 12 octobre à 19h00. Mais aussi en mai 2018, au Théâtre des Salins, scène nationale de Martigues.

Sur une mise en scène de Lucie Berelowitsch
Avec : Claire Bluteau, Vincent Debost, Jonathan Genet, Thibault Lacroix &
Lumières : Kelig Le Bars
Musique : Sylvain Jacques
Administration & production : Agathe Perrault
Diffusion : Geneviève de Vroeg-Bussière
Production : Les 3 sentiers

 

Théâtre de La Loge – 77 rue de Charonne, 75011 Paris.
Tél. : 01 40 09 70 40
http://www.lalogeparis.fr/programmation/1331_un-soir-chez-victor-h.php

 

Lorenzaccio, au théâtre de l’Aquarium

©Patrick Berger

« Ce que vous dites là est parfaitement vrai, et parfaitement faux, comme tout au monde », déclare Lorenzaccio. Dans un monde de faux-semblants, que cherche le jeune homme dans la compagnie du tyran, quel dessein funeste prépare-t-il ?

Cette pièce longtemps qualifiée « d’injouable » revient sur les tréteaux, mise en scène par l’audacieuse Catherine Marnas. Cette dernière n’y va pas par quatre chemins, elle tranche dans le vif, resserre l’intrigue autour de huit comédiens et insuffle une vivacité toute contemporaine à la pièce d’Alfred de Musset.

Décor minimaliste, musique rock, costumes excentriques, jeux de lumières… tout concourt à une représentation moderne et trépidante. Au premier plan, un canapé (mobile) où se rencontrent les protagonistes et derrière, séparée par un rideau fait de lames de plastique transparent, Florence, ville de débauche, bouillonne.

Conspirations, trahisons, perversions… Il ne fait pas bon vivre du côté du royaume de Florence en 1537. Même si, dans les arrière-cours des maisons, des hommes se préparent à lutter pour instaurer la République. Musset fait ici allusion à la société française de 1834, Louis-Philippe vient de restaurer la royauté après les Trois Glorieuses, les journées révolutionnaires de juillet 1830.

Lorenzo, l’humble jeune homme épris d’idéaux, que personne ne reconnaît en Lorenzaccio, le jouisseur, le « mignon » d’Alexandre de Médicis, regrette sa « vertu » même s’il la sacrifie pour la bonne cause. Mais un homme, si courageux soit-il, peut-il se substituer à l’action collective des citoyens d’une ville ?

Le drame de Musset, porté magnifiquement par la troupe de comédiens et la mise en scène de Catherine Marnas, résonne à nos oreilles comme la petite musique du désenchantement présent. L’engagement sert-il encore à quelque chose quand les politiques, ne s’occupant que de leur carrière, bafouent les idéaux qu’ils ont à la bouche « Liberté, égalité, fraternité » ?

Plûme

Texte Alfred de Musset
Mise en scène Catherine Marnas (TnBA)
Avec Clémentine Couic, Julien Duval, Zoé Gauchet, Francis Leplay, Franck Manzoni, Jules Sagot, Yacine Sif El Islam, Bénédicte Simon

Du mardi au samedi à 20 h et le dimanche à 16 h
Jusqu’au 15 octobre
Théâtre de l’Aquarium
La Cartoucherie,
Route du Champ-de-Manœuvre
75012 Paris
http://www.theatredelaquarium.net/Lorenzaccio

 

 

Les Jumeaux vénitiens, au théâtre Hébertot

@Bernard Richebé

Avec cette comédie trépidante de Carlo Goldoni, nous voici propulsés pendant une heure cinquante dans l’univers de la comédie italienne du XVIIIe siècle. Même si l’argument de départ paraît un peu simpliste – deux jumeaux qui se sont perdus de vue, l’un crétin fini, l’autre homme d’esprit –, les chassés-croisés et les quiproquos en cascade qui s’ensuivent sont plus drôles les uns que les autres.

On ne peut s’empêcher de penser à Molière (sans sa noirceur) et à Marivaux (sans sa finesse). Nous sommes ici dans le registre de la farce revendiquée, avec une galerie de personnages hauts en couleur : le crétin est “vraiment crétin”, le père est cupide, prêt à offrir sa fille à tout homme qui aura une bourse bien garnie, la fille trop gâtée tyrannise son entourage… avant de faire subir le même sort à son fiancé (et futur mari ?). Ajoutons à cela un faux dévot, doublé d’un amoureux transi (excellent Olivier Sitruk), une soubrette envieuse et insolente, un ami qui n’en est pas un, une fiancée abandonnée mais déterminée à ne plus l’être… tous les ingrédients sont réunis pour offrir une intrigue pleine de rebondissements.

 La troupe de comédiens (dix au total) a de l’énergie et de la fraîcheur à revendre, et l’on rit beaucoup. Seuls petits bémols : l’interprétation, un peu inégale, et la diction, qui laisse parfois à désirer. Maxime d’Aboville est excellent, passant sans transition du rôle de crétin absolu, Zanetto, à celui de Tonino, son jumeau valeureux et plein de prestance. Grâce à son jeu expressif, il élève la bêtise au rang de chef-d’œuvre : l’œil torve, la démarche hésitante, il nous fait tordre de rire.

N’en déplaise à quelques puristes, la traduction et l’adaptation du texte faites par Jean-Louis Benoît sonnent juste et conservent toute la verve comique de Goldoni en la mettant au goût du jour. Bravo également à la scénographie de Jean Haas, superbe, qui nous transporte dans l’Italie du XVIIIe siècle.

Voici donc un moment de pure détente, sans prétention intellectuelle, qui permet d’oublier tous ses soucis. Ce n’est pas ma voisine – certes un peu âgée – qui a dormi quasiment pendant toute la pièce, qui me contredira…

Véronique Tran Vinh

Adaptation et mise en scène de Jean-Louis Benoît
Avec : Maxime d’Aboville, Olivier Sitruk, Victoire Bélézy, Philippe Berodot, Adrien Gamba-Gontard, Benjamin Jungers, Thibault Lacroix, Agnès Pontier, Luc Tremblais, Margaux Van Den Plas

 À PARTIR DU 14 SEPTEMBRE 217
Du mardi au samedi à 21 h
Samedi à 16 h 30 et dimanche à 16 h
Théâtre Hébertot
78 bis, boulevard des Batignolles
75017 PARIS
Tél. : 01 43 87 23 23
http://theatrehebertot.com/les-jumeaux-venitiens/

 

 

 

L’Avare au Théâtre Le Ranelagh avec Le Grenier de Babouchka

Amoureux du théâtre classique avec une sensibilité toute particulière pour Molière, Jean-Philippe Daguerre investit avec 400 représentations par an les théâtres en France et dans le monde.

C’est pour cette rentrée, qui débute du 23 septembre jusqu’au 14 janvier, que le très beau théâtre Le Ranelagh l’accueille cette fois pour L’Avare.

Comme toujours, une orchestration bien huilée avec des comédiens hors pair qui, en costume d’époque, nous font rêver et revisiter les chefs-d’œuvre de Molière.

On reconnaît la touche personnelle de Jean-Philippe Daguerre qui, tout en conservant les lettres de noblesse à ce grand auteur français, apporte sa singularité. Le jeu de certains acteurs aurait peut-être mérité à certains endroits d’être moins souligné. Mais à n’en pas douter : c’est une valeur sûre pour ceux qui aiment les grands classiques et ne supportent pas d’être déçus.

Quant à Didier Lafaye, plus vrai que nature dans la peau de l’Avare, il excelle dans la scène « de la cassette ».

Carole Rampal

 

L'Avare.jpg

Mise en scène Jean-Philippe DAGUERRE, assisté de Philippe ARBEILLE.
Avec Didier LAFAYE, Philippe ARBEILLE ou Olivier GIRARD,
 Pierre BENOIST ou David MALLET, Grégoire BOURBIER, Mariejo BUFFON, Stéphane DAUCH ou Etienne LAUNAY, Bruno DEGRINES, Armance GALPIN, Antoine GUIRAUD ou David FERRARA et Stéphanie WURTZ
Décors & accessoires Simon GLEIZES et Franck VISCARDI – Costumes Catherine LAINART

Du mercredi au samedi à 20h45 + samedi à 16h30 + dimanche à 17.
Relâches les 6, 19, 20 octobre / 10, 17 novembre / 2 et 24 décembre.
Réservation : Le Ranelagh 01 42 88 64 44.
Réservation en ligne www.theatre-ranelagh.com

Noces, au théâtre Rive Gauche

« Nous marchons à la rencontre de l’amour et du désir. Nous ne cherchons pas de leçons, ni l’amère philosophie qu’on demande à la grandeur. »
« Qu’est-ce que le bonheur, sinon l’accord vrai entre un homme et l’existence qu’il mène. »

Ces noces, ce sont celles d’Albert Camus avec le site romain de Tipasa et avec tous les paysages de son enfance algérienne, c’est une communion totale et érotique avec le soleil et la mer. Noces à Tipasa – mon texte préféré, avec La Mer au plus près – est empreint d’une sensualité magnifique, c’est un hymne païen à la beauté de la nature, mais c’est aussi un éloge de la contemplation – et c’est là sa force – qui nous invite à plonger au fond de nous-mêmes pour réfléchir à notre rapport au monde en tant qu’hommes. L’exil, la révolte, la mort… et à l’opposé, le désir, le bonheur, la présence au monde… autant de thèmes chers à Camus que l’on trouve dans le recueil Noces, suivi de L’Été.

Michel Voïta s’empare de ces textes, se les approprie et fait littéralement corps avec eux, allant parfois jusqu’à mimer les sensations qui l’habitent : l’eau qui glisse le long de son corps, le souffle du vent qui le traverse… Avec un grand respect pour l’auteur, il réussit à nous restituer le souffle lyrique et l’ampleur du verbe de Camus, dans un exercice de haute voltige.

Ne serait-ce que pour la beauté des mots et la profondeur de la pensée de l’écrivain – encore si actuelle – , ce spectacle est indispensable.

Véronique Tran Vinh

Texte d’Albert Camus
Adaptation et mise en scène de Michel Voïta
Avec Michel Voïta

À PARTIR DU 27 SEPTEMBRE 2017
Le mercredi à 19 h
Théâtre Rive Gauche
6, rue de la Gaîté
75014 Paris
http://www.theatre-rive-gauche.com/a-l-affiche-noces.html

 

 

Les Aveugles, au T2G

Peu avant la parution de sa pièce, Maeterlinck écrivait : « Quelque chose d’Hamlet est mort pour moi le jour où je l’ai vu mourir sur la scène. La représentation d’un chef-d’œuvre à l’aide d’éléments accidentels et humains est antinomique. »

Il aurait été dommage de tenir compte des réserves émises par l’auteur et de ne pas mettre en scène cette œuvre originale et puissante sur l’éveil à la réalité, à la conscience de sa propre mortalité à travers l’histoire d’aveugles abandonnés en pleine nature. Loin de leur hospice, ils attendent le retour d’un vieux prêtre qui les a guidés jusque-là, parti, et qui ne reviendra pas…

La mise en scène est étonnante : les spectateurs pénètrent dans une salle remplie de brouillard et s’asseyent sur des chaises installées dans tous les sens. Les acteurs (six hommes et six femmes) sont assis parmi eux. « Plus de face-à-face, mais un mélange », explique Daniel Jeanneteau. Le jeu est sobre et semble curieusement spontané.

La pièce commence au moment où les aveugles s’interrogent sur l’absence du prêtre. Leur inquiétude face à l’isolement, à l’environnement et aux bruits qu’ils ne connaissent pas grandit peu à peu. Ils s’encouragent, se questionnent et essaient de se rejoindre pour se rassurer, jusqu’au moment où l’un d’entre eux découvre le cadavre du prêtre.

Enveloppés d’obscurité et de mystère, ils cherchent des repères, des raisons d’espérer : le nouveau-né d’une des aveugles, voyant, ne peut-il les guider… Tout évoque le désespoir et la fin.

L’expérience sensorielle et humaine est forte et singulière, le public est plongé dans les mêmes conditions d’isolement et de perte de repères que les aveugles… Je me suis d’ailleurs surprise à fermer les yeux pour mieux ressentir le texte et les émotions des personnages, et à me laisser porter par les sons : murmures, lamentations, cris, etc.

Le parti pris de Daniel Jeanneteau est clairement de réunir, de rapprocher émotionnellement : « Cela partirait d’une assemblée disloquée pour, petit à petit, éprouver quelque chose ensemble, peut-être construire une émotion. »

J’ai aimé vivre pleinement cette aventure étrange et loin de ma réalité quotidienne. Je vous encourage à la vivre à votre tour.

Armelle Gadenne

Texte Maurice Maeterlinck
Mise en scène Daniel Jeanneteau
Avec : Makrina Anastasiadou – Solène Arbel – Stéphanie Béghain – Pierrick Blondelet – Geneviève de Buzelet – Jean-Louis Coulloc’h – – Estelle Gapp – Charles Poitevin – Benoît Résillot – Azzedine Salhi – Gaëtan Sataghen  – Anne-Marie Simons

Jusqu’au 25 septembre
T2G – Théâtre de Gennevilliers
41, avenue des Grésillons
92230 Gennevilliers
http://www.theatre2gennevilliers.com/les-aveugles/
Lundi, jeudi et vendredi à 20 h,
Samedi à 18 h, dimanche à 16 h
avec l’Ircam
Plateau 1 – 1 h 10

 

Agatha, au Café de la danse

On a déjà analysé les motivations qui ont poussé Marguerite Duras à écrire un roman sur un sujet aussi délicat… l’inceste. Sa relation complexe avec son petit frère adoré, mort trop tôt, semble en être le point de départ. Peu importent ses origines, il fallait oser rendre concret ce sentiment passionnel jusqu’au point de non-retour, qui peut exister aussi entre un frère et une sœur. La passion ne balaye-t-elle pas tout sur son passage, sans tenir compte de la bienséance et de la morale ?

 Alexandra Larangot et Florian Carove sont formidables, jouant les émotions des personnages avec beaucoup de rigueur et de justesse. Elle, tout en retenue et essayant d’être courageuse et positive face à ce choix difficile de la séparation, et lui déchiré à l’idée de la perdre, tour à tour enjôleur et volcanique, s’appliquant à faire revivre leur amour, à la faire céder grâce à la puissance des souvenirs d’enfance.

Même si le sujet est grave et dérangeant, j’ai été touchée par la souffrance de ce frère et de cette sœur prisonniers de leur amour interdit, souffrance que les deux acteurs arrivent à faire partager au public.

On peut regretter que le travail du metteur en scène, Hans Peter Cloos, soit parfois un peu trop appuyé, avec ses images diffusées sur le mur – il semblerait que cela devienne une mode dans beaucoup de mises en scène théâtrales – images qui sont censées rappeler des moments d’enfance : la barque avec les enfants qui dorment, notamment. D’autres passages sont plus ésotériques, renvoyant à la mort peut-être (les squelettes ?), ou ce baigneur recouvert de sang et poignardé ?? J’avoue avoir eu du mal à en saisir le sens profond.

Cela n’enlève en rien la qualité de cette œuvre forte qui joue avec les mots et les souvenirs jusqu’à la folie. L’écriture est d’une beauté à couper le souffle et d’une grande précision pour décrire le désarroi, la passion et toutes ces émotions qui, tour à tour, habitent les personnages. Allez la découvrir au Café de la danse et entrez dans cet univers poétique et trouble.

Armelle Gadenne

De Marguerite Duras
Mise en scène : Hans Peter Cloos
assisté de Clémence Bensa
avec Florian Carove et Alexandra Larangot
Décor : Marion Thelma
Costumes : Marie Pawlotsky
Lumière : Nathalie Perrier
Vidéo :  Matti Dolleans
Musique :  Pygmy Johnson
Photographies du spectacle : Laurencine Lot

Du jeudi 7 septembre au samedi 7 octobre 2017
Café de la Danse
5, passage Louis-Philippe
75011 Paris
du mardi au vendredi à 20 h 30,
le samedi à 17 h 00 et 20 h 30,
le dimanche à 16 h 30.
http://www.cafedeladanse.com/agatha-6/

Trahisons, au théâtre du Lucernaire

@Alexandre Icovic

La femme, le mari, l’amant. Ce trio serait bien convenu si n’était le regard incisif d’Harold Pinter. Il dissèque les conventions bourgeoises et détourne le vaudeville annoncé en une proposition beaucoup plus subtile sur la complexité du sentiment amoureux.

Tout le monde trahit tout le monde : Emma trompe son mari Robert avec Jerry, son meilleur ami ; Robert a des liaisons ; Jerry trompe sa femme avec Emma ; quant à Emma, a-t-elle (ou va-t-elle) tromper son amant avec un autre ? Qu’en est-il des autres personnages, absents physiquement, mais évoqués sur scène ? La femme de Jerry pourrait-elle le tromper, elle aussi ? Et si oui, le trompe-t-elle avec cet homme qui la courtise ? Au fond, qui est au courant de quoi ? Insidieusement, Pinter sème le doute dans notre esprit. Personne n’est totalement honnête ou malhonnête. Les non-dits, les révélations, tout est sujet à interprétation, pour le plus grand plaisir du spectateur qui se perd en délicieuses conjectures.

Car pour Pinter, peu importe la réponse à ces questions. Ce qui l’intéresse, dans ce jeu de dupes, c’est la manière dont chacun des personnages vit sa propre vérité. Sous la légèreté apparente des rapports amoureux ou amicaux affleurent les désirs, les attentes et les fêlures de tout être humain. Dans un vertigineux jeu de flashback, il nous fait remonter le cours des événements : de l’annonce de la séparation du couple que formaient Robert et Emma à la première rencontre d’Emma et de Jerry, témoin de mariage de son ami. En remontant ainsi à la source de la relation amoureuse, il en souligne le caractère fragile, voire absurde.

Malgré une fin connue d’avance, la mise en scène réussit à maintenir une tension permanente. Le compte à rebours est signifié à l’aide d’un afficheur, manipulé par Vicent Arfa, malicieux maître du temps. Les changements de décor sont également très réussis, évoquant un véritable ballet, et participant à l’ambiance intrigante.

Le trio d’acteurs porte avec talent ce texte à l’humour incisif, même si j’ai préféré le jeu des protagonistes masculins, plus distancié, à celui de Gaëlle Billot-Danno, tout en mimiques et en moues boudeuses. François Feroleto, notamment, fait preuve d’une grande subtilité de jeu dans le rôle de l’époux et de l’ami trompés, capable d’autant de cynisme que de sensibilité.

Un très beau moment de théâtre, servi par une mise en scène tout en finesse.

Véronique Tran Vinh

De Harold Pinter
Mise en scène: Christophe Gand
Avec : Gaëlle Billaut-Danno, François Feroleto, Yannick Laurent, Vincent Arfa

JUSQU’AU 8 OCTOBRE 2017
Du mardi au samedi à 21 h, dimanche à 18 h
Théâtre du Lucernaire
53, rue Notre-Dame-des-Champs
75006 Paris
Tél. : 01 45 44 57 34
www.lucernaire.fr/theatre/1677-trahisons.html

Madame Bovary, au Lucernaire

@ Michel Paret

Vêtu d’une redingote grise avec gilet et foulard à la mode du XIXe siècle, André Salzet entre en scène pour nous conter l’histoire de Madame Bovary. Mais ne serait-ce pas plutôt Flaubert, cheveux grisonnants, verbe impeccable, manières élégantes qui raconterait ses Bovary ? Monsieur et Madame.

Nous voici donc transportés dans la société étriquée de la petite bourgeoisie provinciale en plein XIXe siècle. Charles Bovary, follement épris d’Emma, ébloui par sa beauté, cède à toutes ses demandes. Ne lui offre-t-il pas un habit d’amazone pour monter à cheval avec le beau Rodolphe qui deviendra son amant ? Ne lui propose-t-il pas de rester à Rouen avec Léon, son futur nouvel amant, et de lui offrir des leçons de piano, et ainsi pourra-t-elle le voir au moins une fois par semaine ?

La naïveté de cet homme, auprès de qui Emma s’ennuie ferme et dont « la conversation est plate comme un trottoir de rue », est sans limites. À elle qui rêve d’un amour fou, d’une passion dévorante, digne d’un roman, il n’offre bien souvent que ronflements dans leur lit conjugal…

L’adaptation sonne juste tant elle redonne vie à l’ambiance, l’ennui, les rêves… Quelques mots bien sentis, des notes d’humour appuyées par une gestuelle éloquente, des personnages croqués en quelques détails ou postures, voilà tout le jeu d’André Salzet, appuyé par la mise en scène de Sylvie Blotnikas.

Un véritable tour de force que celui de restituer le roman de Flaubert avec un seul comédien, mais il faut dire que ce dernier a beaucoup travaillé à son adaptation, et on sent bien qu’André Salzet est entré en complicité avec Charles et Emma Bovary, et osons le dire, avec Flaubert lui-même.

À voir, sans faute !

Plûme

De Gustave Flaubert
Adaptation : André Salzet et Sylvie Blotnikas
Mise en scène : Sylvie Blotnikas
Avec
André Salzet
Voix off : Pierre Forest
Création lumière : Ydir Acef
Régie lumière : Julien Mariller
Son : Michel Parent (PFA) ET Julien Rochefort
Graphistes : Renaud Mazotti et Bruno Tesse
Photographe : Michel Parent (PFA)
Production : Théâtre Carpe Diem (Argenteuil)
Coréalisation : Théâtre Lucernaire

Théâtre du Lucernaire
53, rue Notre-Dame-des-Champs
75006 Paris
Tél. : 01 45 44 57 34
http://www.lucernaire.fr/theatre/1594-madame-bovary.html

Jusqu’au 9 juillet, à 18 h 30, du mardi au samedi, et à 16 h le dimanche
du 12 juillet au 27 août, à 18 h 30 du mercredi au samedi et à 16 h le dimanche
du 29 août au 3 septembre, à 18 h 30, du mardi au samedi et à 16 h le dimanche

Monsieur Nounou, au théâtre Rive Gauche

DP Monsieur Nounou

« Comment je suis devenu vaudevilliste ? C’est bien simple. Par paresse. Cela vous étonne ? Vous ignorez donc que la paresse est la mère miraculeuse, féconde du travail. »
Georges Feydeau

Les mœurs légères de leur nourrice Justine ne conviennent pas à M. et Mme Veauluisant qui ont donc décidé de la renvoyer et d’embaucher une nouvelle « Nounou ». C’est sans compter sur la détermination de Justine de conserver son emploi et de l’intérêt que lui portent Médard, leur domestique coureur de jupons mais néanmoins jaloux, et Balivet, jeune clerc de notaire amoureux de la nourrice, qui s’introduit chez Monsieur et Madame dans le but de la séduire. Médard surprend Balivet et menace de le tuer ; ce dernier se réfugie dans la chambre de Justine et en ressort habillé en… nourrice. Tous, Justine exceptée, s’imaginent qu’il s’agit de sa remplaçante.

Selon la définition, un vaudeville est une comédie sans intentions psychologiques ni morales, fondée sur un comique de situations et sur une action pleine de rebondissements, de portes qui claquent et parfois grivoise, l’intrigue jouant sur les quiproquos. J’ai mis un certain temps à pouvoir écrire cette chronique tant j’ai été déçue et énervée d’assister à un spectacle aussi mal joué. Des comédiens qui oublient leur texte, qui crient et bougent dans tous les sens, à tel point que l’un d’entre eux en a fait tomber la baignoire sensée être pleine, qui devait servir à l’un de ses acolytes pour prendre un bain, sans pourtant dégager l’énergie positive du vaudeville. Ce même texte réécrit par Emmanuelle Hamet, avec des références musicales et politiques récentes, lourdes, faciles et même pas drôles…

Je suis énervée, car je ne comprends pas comment l’on peut mépriser à tel point le public en lui servant un spectacle si pénible à regarder. Est-ce la paresse de Feydeau qui aurait gagné la troupe, sans pour autant qu’elle y trouve la fécondité ? Ici pas de miracle, l’auteur a dû se retouner dans sa tombe.

D’aucuns auront été enchantés de voir Tex (animateur de télévision et humoriste) sur scène, le seul ce jour-là à tirer son épingle du jeu.

La scène française fourmille de talents qui ne demandent qu’à travailler. Peut-être serait-il judicieux de leur ouvrir les portes de certains théâtres pour stimuler et renouveler les comédiens. Si vous allez quand même voir la pièce, peut-être aurez-vous plus de chance que moi ??

Armelle Gadenne

Pièce en 1 acte de Georges Feydeau et Maurice Desvallière
Mise en scène : Luq Hamett
Adaptation : Emmanuelle Hamet
Avec : Tex, Belen Lorenzo, Éric Massot, Jacques Bouanich et Lionel Laget
Décors : Claude Pierson
Construction : Les ateliers décors
Musique originale : Christian Germain

Jusqu’au 30 juillet 2019
Du mardi au samedi à 21h
Matinées les samedis à 17 h (jusqu’au 01/07 inclus)
et les dimanches à 15 h 30
Théâtre Rive Gauche
6 rue de la Gaîté
75014 Paris