Médium et terre à terre, De l’ombre à la lumière de Caryl Cantin

Quand la sonnette de ma porte d’entrée a retenti, j’attendais le coursier venu m’apporter deux livres à chroniquer.

En ouvrant le pli, ma surprise a été grande quand j’ai sorti de la grosse enveloppe Médium et terre à terre, De l’Ombre à la lumière de Caryl Cantin.

J’ai déposé le livre sur une table et ai envoyé un mail à l’attachée de presse pour lui signifier l’erreur quant à l’envoi.

Quelques jours plus tard, le visage sympathique de Caryl Cantin que mes yeux scannaient sur la couverture me donna envie de saisir l’ouvrage. Dans un simple désir de feuilleter les pages, mon attention s’est attardée sur un paragraphe, puis un autre, puis… mes doigts ont tourné la dernière page.

Certains pourraient y voir un signe. Je souris à cette idée mais allons savoir.

Rien ne prédestinait Caryl Cantin à devenir médium, à donner des cours et non plus à créer des démonstrations publiques, suivies par plus de 400 personnes : son métier de polymécanicien le dirigeait sur une tout autre voie.

Son désir de partager son expérience l’a amené aujourd’hui à la rédaction de ce livre. Dans une écriture simple et sans prétention, il livre son parcours de vie, ses doutes, les étapes et les expériences qui l’ont conduit à devenir médium.

Il y détaille comment méditer pour s’enraciner de la tête aux pieds, comment ressentir son guide, comment se connecter avec lui ou avec un défunt (ce qui n’est pas pareil), comment ne plus subir sa sensibilité… car nous sommes histoire d’énergie, explique-t-il. Et tout le monde est en capacité de devenir médium.

« Être un médium ne veut pas dire que l’on est quelqu’un de spirituel, il faut prendre conscience que la médiumnité est une capacité alors que la spiritualité est un chemin », ajoute-t-il.

Une vision à la fois personnelle et partagée par beaucoup.

Si vous avez envie de creuser le sujet, Médium et terre à terre, De l’ombre à la lumière vous y invite. Et vous trouverez des méthodes pour vous connecter à vous-même, votre guide, et aux défunts.

Que vous soyez « aligné(e) » ou non.

Carole Rampal

Médium et terre à terre
De l’ombre à la lumière
Éditions Favre
http://www.editionsfavre.com

Voyage à la mer, A La Folie Théâtre

Conte pour les enfants de 1 à 5 ans
Durée : 30 minutes

Chut ! La pièce commence. Les grands de quatre-cinq ans cessent de parler. Les plus petits s’agitent encore mais plus pour longtemps.

Martha, vêtue d’un tee-shirt rayé bleu et blanc, d’une salopette et d’un foulard noué autour du cou, entre en scène. Elle dialogue avec sa maman qui, d’un phare en placoplâtre, sort sa tête de marionnette.

Est-ce le bon moment pour partir ? Le vent souffle encore. Pas question de retarder le projet. Martha et son chien, Sardine, sont bien d’accord : par ce temps, la pêche n’en sera que meilleure. Un grand soleil en carton apparaît du ciel comme pour les rassurer. D’ailleurs, tous les deux ont l’habitude et ont le pied marin.

Mais aujourd’hui n’est pas un jour comme les autres et c’est sans savoir l’expédition merveilleuse qui les attend, qu’ils se mettent en chemin. En présage, ils ont rencontré dans le jardin la coccinelle. En sortant de la forêt qui les conduit à bon port, l’oiseau volète et semble leur souhaiter bon voyage et le lapin leur donne bien le bonjour.

Allez « hissez haut », « hissez haut » encourage la salle pour tirer les voiles.
Tout le monde embarque : Martha, Sardine, les tout-petits, les plus grands, les papas, les mamans, les papis, les mamies.

Place à la féerie du voyage pendant une demi-heure. La salle déjà enthousiaste par la chanson du lapin, de la coccinelle… ou J’ai descendu dans mon jardin que tout le monde a bien reconnue, attend avec impatience la traversée. Les yeux exorbités et tout ouverts, chacun suit les étapes, captivé.

Apolline, 18 mois, montre du doigt la petite sirène qui surgit lumineuse du noir, et fatiguée, vient se reposer dans le bateau.
Louis, 4 ans et demi, avertit Martha que c’est la pieuvre qui chatouille ses cheveux. Il scrute, quelques minutes plus tard, le navire des pirates qui ont dérobé le pain et une chaussette trouée.
Toute la salle est ébahie quand les poissons fluorescents nagent dans les eaux. Les ombres chinoises enchantent petits et grands qui se laissent submerger par la poésie du spectacle.

Comédiennes, marionnettes, continuent d’agrémenter le voyage en croisant l’hippocampe, mais aussi le poisson et la mouette qui parlent…

Bientôt se termine l’aventure pour les plus petits qui commencent à vouloir débarquer.

Petits moussaillons… venez nombreux   et très vite… le spectacle finit le 27 novembre 2022 et a lieu le samedi et le dimanche à 17h15.

Carole Rampal

Spectacle de Maritoni Reyes
Mise en scène : Maritoni Reyes
Avec : Diana Siru, Maritoni Reyes, Pauline Loriferne et Christelle Korichi

A la Folie Théâtre
Salle : Petite Folie
6, rue de la Folie Méricourt – 75011 Paris
Renseignements et / ou réservations :   Tél. : 01 43 55 14 80

Les Femmes de Lorca à la Folie Théâtre

Une plongée littéralement immersive dans l’univers de Federico Garcia Lorca où le spectateur est transporté, au début du XXe siècle, en Espagne. Les deux comédiennes jouent dans la langue du dramaturge, pendant que sur le mur, des surtitres en français traduisent la poésie de cet artiste à la sensibilité à fleur de peau.

S’agitant autour d’une tombe, dissimulées derrière des masques, ou oubliées par la présence de marionnettes qu’elles actionnent, Diana Siru et Maritoni Reyes nous racontent la vie de ces femmes blessées dans leur chair, dépossédées d’elles-mêmes, face à la mort, l’amour, la maternité… soumises aux moeurs et à une religion qui ne laissaient pas de place à la liberté et au désir.

À partir de textes de plusieurs pièces de Lorca, elles expriment avec force et passion la combativité ou la résignation de ces générations que la mémoire n’a pas oubliées. Elles se glissent alors dans la peau de la commère, de la pleureuse, de la mère, de la fille, de l’amante, chantent, pleurent, crient, chuchotent, ou se meurent sur la place d’un petit village que chacun imagine.

La scénographie s’inspire de la tradition folklorique andalouse et étonne dans les détails, l’ingéniosité et la créativité qu’elle donne à voir.

Une jolie pièce comme la Petite Salle de la Folie Théâtre sait offrir en spectacle..

Carole Rampal

Texte de pièces de Federico Garcia Lorca

Mise en scène : Diana Siru
Avec : Diana Siru et Maritoni Reyes
Costumes : Sonia Alcaraz
Lumières : Mathias Bauret
Scénographie : Marta Pasquetti
Musique : Isaas Armas
Marionnettes, masques et retablillo : Matha Romero

Jusqu’au 22 décembre 2022
Les jeudis et dimanches à 19h

A La Folie Théâtre
6, rue de la Folie Méricourt
75011 Paris
http://www.folietheatre.com/

Jacques De Bascher, au Théâtre de la Contrescarpe

Photos : Fabienne Rappeneau

« Quel est ce bel inconnu qui pose sur l’affiche ? » Un homme dont la seule ambition consiste à exister à travers le regard de l’autre à tout prix et jouir de la vie. Son nom ? Jacques de Bascher. Pour certains « le diable de Paris ».

Ce dandy aux costumes flamboyants saura séduire les grands maîtres de la Haute Couture. Il sera le compagnon de Karl Lagerfeld, l’amant de Yves Saint-Laurent et de beaucoup d’autres moins ou pas connus qu’il rencontre au cours de soirées mondaines où sexe, alcool et cocaïne dans un cocktail molotov le consumeront jusqu’à sa perte.

Nous sommes en 1984 et Jacques de Bascher vient d’ apprendre qu’il est atteint du Sida. Il est alors âgé seulement de 33 ans. L’incompréhension de l’évènement cède à l’angoisse puis à un état de révolte que le bambocheur ne maîtrise pas quand ses coups de fils intempestifs à Karl Lagerfeld, absorbé alors par son travail, restent souvent sans réponse. Une question le taraude : que retiendra-t-on de lui ? Pas grand-chose… si Gabriel Marc, intrigué par l’élégance de cette silhouette à côté de personnalités connues, n’avait pas découvert en fouillant dans des articles de presse qui il était.

Pour l’heure, la maladie le ronge, et il décide de s’enfermer lui-même dans son appartement, loin du Tout-Paris qui le délaisse, et où il enregistre des cassettes à l’attention de Karl Lagerfeld dans l’espoir qu’il les écoutera. À travers les mois, il s’enfonce dans une spirale de détresse, loin des paillettes et du Grand Monde. Il trouvera la mort en 1989.

C’est avec brio que Gabriel Marc donne chair à ce personnage. À l’écart des critiques virulentes envers Jacques de Bascher qui le résument à un être pervers, perfide et comme un imposteur, il tente de le faire découvrir sous un autre visage, sous d’autres aspects, et réussit à le rendre humain et attachant à travers ses épreuves.

La mise en scène est bien orchestrée et le changement de costumes portés par le comédien crée la surprise à chaque fois.

Seul tout petit bémol, dans une subjectivité qui m’est propre : certaines scènes liées à sa sexualité, même si joliment interprétées, n’apportent pas grand-chose et je n’en suis pas fan.

Carole Rampal

Distribution :
Auteur et interprète : Gabriel Marc.
Mise en scène : Guila Braoudé.
Assistante mise en scène : Cécile Coves.
Création lumière : Jérôme Peyrebrune.
Chorégraphe : Julien Mercier.
Décor : Erwan Rio.

Théâtre de la Contrescarpe
5 rue Blainville, 75005 Paris
https://www.theatredelacontrescarpe.fr/

Toxique, à la Folie Théâtre

Maintenue dans un imper beige resserré à la taille, elle balaie d’un regard franc les rangées de sièges quand je l’aperçois après m’être assise. « Tiens, elle pourrait être Sagan », je constate, amusée.

J’attends toujours l’arrivée de la comédienne et le début de la représentation.

La salle est plongée dans le noir. La femme au pardessus réapparaît sous le halo d’une lumière jaune. Toujours debout, au même endroit, elle fait face aux spectateurs.

Mais oui, c’est bien elle, Sagan !

Belle entrée.

Derrière elle, un lit à barreaux en fer forgé dont la peinture qui s’écaille jure avec les draps blancs dont il est revêtu, et rappelle ceux des hôpitaux des années 60. Le téléphone imposant et noir à cadran à côté de la table de chevet aussi.

J’observe la comédienne évoluer entre la fenêtre, la porte de sa chambre, et le lit sur lequel elle se jette à certains moments de tout son corps allongé, ventre ou dos face au matelas : ses gestes chaloupés, sa frange révoltée même si brune et non blonde, sa désinvolture affichée mêlée d’une angoisse cachée me laissent bien voir l’auteure de Bonjour Tristesse.

Elle explique à la salle la raison de sa présence ici à la clinique.

Le 13 avril 1957, elle roule, selon son habitude, à vive allure au bord de sa voiture de sport, une Aston Martin, en compagnie de Bernard Frank, Voldemar Lestienne et Véronique Campion, en direction de Milly-la-Forêt. Un virage mal abordé et quelques embardés conduiront la voiture quelques centaines de mètres plus loin sur le bas-côté avant de finir en tonneaux.

Ses amis, éjectés du véhicule quelques secondes avant, en sortiront avec quelques blessures tandis que Françoise, qui a perdu connaissance, est coincée sous la tôle froissée par l’accident, certains la croyant déjà morte. Elle en sortira vivante mais la joie de sa course effrénée sera au prix de multiples fractures. Seul le palfium, un dérivé de la morphine, la soulage. Son addiction envers le produit la conduit pour une cure de désintoxication en clinique où elle séjourne maintenant.

En se parlant à elle-même, elle consigne jour après jour, ses états d’âme, dans un journal qu’elle rédige et que je découvre,Toxique.

Je revis mes 20 ans quand elle fait lecture d’écrivains que nous aimons en commun : Guillaume Apollinaire, Balzac, Rimbaud, Prévert, les autres et Sartre.

Les romans, une bouée de sauvetage à laquelle elle s’accroche désespérément pour échapper à la dépendance de la drogue. Des auteurs qui l’inspirent et la poussent à écrire encore et encore.

Le dernier jour de la cure arrive. Habillée dans sa fameuse marinière et son blue-jean trop court que tout le monde lui connaît, elle s’apprête à retrouver sa liberté tant aimée.

Le noir retombe.

Le halo jaune inonde la pièce.

Christine Culerier sort de Sagan sous les applaudissements du public.

Carole Rampal

Mise en scène : Cécile Camp
Avec : Christine Culerier
Création lumières : Dominique Fortin
Scénographie : Eric Den Hartog
Musique : Victor Paimblanc
Adaptation : Michelle Ruivo

A la Folie Théâtre
Jusqu’au jeudi 29 décembre 2022
Les jeudis à 21h
6, rue de la Folie Méricourt – 75011 Paris
Renseignements et / ou réservations : Tél.: 01 43 55 14 80

http://www.folietheatre.com/

Toutes les femmes sauf une, au Théâtre La Flèche

Donner vie à une petite fille Adèle quand soi-même Marie s’est accouchée d’elle-même par les mots, les livres. Compliqué…

Alors par où commencer quand les murs froids de la maternité glacent le sang de la femme qui accouche, et n’ont pas d’oreille. Par où commencer quand sa propre mère n’a pas su s’aimer, ni aimer sa propre fille devenue depuis quelques heures mère à son tour. Par où commencer quand sa propre grand-mère n’a pas su aimer sa propre mère.

Une trajectoire difficile que Marie va vouloir détourner pour offrir à Adèle une issue pour échapper à un destin qui n’est pas prédéfini quand les mots sont capables de révolutionner la vie, de la métamorphoser et lui donner âme.

A peine née, Marie penchée sur le berceau d’Adèle va lui raconter son enfance, son adolescence, ses déboires. À travers ses récits, elle lui démontrera par là même sa force de vie, sa capacité à s’émouvoir, à s’aimer à travers ses peurs, ses doutes, ses colères, et à l’aimer, elle, sa fille, Adèle. Peu importe que d’autres doutent d’elle, voire la jugent parce qu’en premier devoir, elle n’aurait pas donné le sein.

L’instinct de vie, du dépassement de soi-même transcendent quand on sait s’écouter et ouvrir son coeur.

C’est avec beaucoup de sensibilité et de vulnérabilité que Florence Le Corre entre dans la peau de Marie. Seule en scène pendant plus d’une heure, elle porte haut le roman de Toutes les femmes sauf une qui a reçu le Prix de la révélation de la SGDL et également le Prix du journal Le Monde.

Une adaptation réussie.

La scénographie très épurée va droit à l’essentiel : seuls des néons de couleur lumineux occupent l’espace et donnent formes et mouvements aux objets et sentiments.

Toutes les femmes sauf une c’est la question de l’héritage matriarcal transmis de mère en fille qui concerne toutes les femmes devenues mères à leur tour.

Carole Rampal

Théâtre la Flèche
Jusqu’au 8 décembre.
Les jeudis à 21h

77 rue de Charonne – 75011 Paris
01 40 09 70 40

Autrice : Marie Pourchet aux éditions Fayard
Adaptation et interprétation  : Florence Le Corre
Mise en scène : Mickaël Délis
Scénographie :Vincent Blot
Lumières : Alexandre Dujardin

Zola, l’Infréquentable, au Théâtre de la Contrescarpe

1895. Alponse Daudet, atteint d’une maladie grave, se repose dans sa chambre où il tente avec courage de réunir ses forces. Son ami Émile Zola est venu lui rendre visite et le soutenir. Il croise alors son fils, Léon, également écrivain et chroniqueur au Figaro comme son père. S’engage une conversation entre l’auteur des Rougont-Macquart et l’homme politique, converti au monarchisme et antidreyfusard. Si Zola voue une solide estime à Alphonse malgré sa divergence sur l’affaire Dreyfus, il en est tout autrement envers Léon pour lequel il ne voit en lui qu’un piètre écrivain, et un député méprisable.

Les deux hommes n’ont de cesse de s’affronter. Ils s’égratignent sur tous les sujets tant personnels que publics. Léon, vexé, ne s’inquiète pas pour autant, et se sent soutenu par ses amis politique et la presse. Il continue de railler Zola, qui, pour lui ne se sert de cette affaire que pour attirer la lumière à lui.

Zola, loin de la bassesse de Léon, ne s’émeut pas de cette invective à son encontre mais sa colère enfle face aux arguments fallacieux dirigés contre le capitaine, accusé de trahison envers l’État et qui sera condamné à perpétuité au bagne de Cayenne.

Les rapports entre les deux journalistes se corsent davantage. Ils continuent cependant de se côtoyer. Léon demande à Zola, au nom de sa mère, de prononcer l’éloge funèbre de son père qui accepte.
Devenu infréquentable par la pensée dominante de l’époque, Zola continue cependant son combat, et le 13 janvier 1898, le journal L’Aurore publie le fameux article J’accuse. Zola cherche à interpeler le président de la République et demande révision du procès. Ce qui lui vaudra un procès pour diffamation. Poussé par ses amis, il se voit contraint de s’exiler à Londres. Il reviendra quelques mois plus tard en France. En 1902, il mourra en pleine nuit, dans des circonstances étranges liées aux combustions de sa cheminée.
Léon apprend la nouvelle avec beaucoup d’intérêt mais très froidement.

Durant 1h15, dans un face-à-face détonant, Émile Zola sous les traits de Pierre Azéma, et Bruno Paviot de Léon Daudet, vont se confronter dès la première minute dans une joute verbale incisive et littéraire de haute volée.

C’est avec force qu’ils incarnent, chacun sous leur chapeau haut de forme de la fin du XIXe siècle, ces deux personnages qui se donneront avec beaucoup d’humour et de gravité leur perception des évènements.

Zola l’Infréquentable, écrit et mis en scène par Didier Caron, remet en scène une des plus grandes affaires de tous les temps, sous un angle inédit mais véridique. Un éclairage aussi sur le XXIe siècle qu’a voulu apporter le metteur en scène de Fausse note (chroniqué par DMPVD : https://cutt.ly/yNmEN7n).

Un moment de l’Histoire à aller voir sur scène.

Carole Rampal

Théâtre de la Contrescarpe
Jusqu’au 13 janvier 2023
5, rue Blainville, 75005 Paris
Du mercredi au vendredi à 21h.
Les samedis à 20h30 et les dimanches à 16h30. 

Relâches les 24 et 25 décembre.

Texte et mise en scène : Didier CARON
Distribution : Pierre AZÉMA et Bruno PAVIOT
Créateur lumières : Denis SCHLEPP
Costumes : Mélisande de SERRES
Scénographe : Capucine GROU-RADENEZ
Perruques : Vincenzo FERRANTE

Le Comble de la Vanité au Théâtre de la Pépinière

Une sœur, deux frères (et une belle-sœur) arrivent à tour de rôle dans la maison familiale où le père, un homme politique, vient de décéder.

L’arrivée de chacun ne marque pas des retrouvailles chaleureuses pour autant. Les différences de tempérament, de perceptions sur la vie et les discordes qu’elles génèrent reprennent le dessus comme « au bon vieux temps ». La mère se repose dans sa chambre ce qui donne l’occasion à la fratrie de libérer d’autant plus la parole et de se chamailler. Barbara et Jean-Baptiste, le fils aîné et sa femme, s’égratignent aussi copieusement sous l’oeil attentif et plein de tendresse de Bruno envers sa belle-sœur. Pendant ce temps, Caro veille à régler ses appareils auditifs pour ne rien perdre de la conversation.

La découverte du testament dans le tiroir du salon polarise l’attention des quatre, crée la stupeur, et soulève bien des questions.

La mère fait son apparition au salon. Tout le monde l’entoure avec bienveillance et tente de la soutenir dans cette épreuve, surtout au vu de ce que les enfants viennent de découvrir.

Mais la vérité n’est pas là où on croit et dépasse la fiction… quand la mère, plus tard, descend des combles avec un certain « Bernard », un crâne qu’elle vénère.

Plaisanteries macabres, humour noir, suspens, rebondissements tiennent en haleine jusqu’à la dernière minute les spectateurs.

La joyeuse troupe – Virginie Pradal, Mikaël Chrinian, Julie Farenc, Cécile Reboah, David Talbot – nous entraîne avec eux dans cette comédie tambour battant, écrite par Valérie Fayolle.

L’originalité des décors apporte un piment supplémentaire à la mise en scène signée Ludivine de Chastenet.

Carole Rampal

Jusqu’au 30 décembre 2022
Du mardi au samedi à 19h ou 21h selon les jours, le dimanche à 15h
Théâtre de la Pépinière

7, rue Louis le Grand
75002 Paris
Tél. :  01 42 61 44 16
Distribution : Virginie Pradal, Mikaël Chrinian, Julie Farenc, Cécile Reboah, David Talbot
Mise en scène : Ludivine de Chastenet
Lumière : François Leneveu
Costumes : Isabelle Mathieu
Assistante à la mise en scène : Sabrina Paul
Scénographe : Emmanuel Charles
Musique : Pierre-Antoine Durand

Agnès Jaoui dans mon salon, au Théâtre de l’Atelier

Avec Agnès Jaoui, l’ensemble Canto Allegre et l’orchestre Carabanchel

Pour le concert “Dans mon salon”, Agnès Jaoui a réuni une bande d’amis éclectique, joyeuse et bigarrée, tous brillants musiciens, qui interprètent des morceaux choisis, classiques ou contemporains, tristes ou gais, tirés des répertoires baroques, romantiques ou inspirés des rythmes chaloupés de l’Amérique latine.

D’un côté l’orchestre Carabanchel, rompu aux sons latinos, qui détourne boléros, mambos ou tangos façon rap ou leur donne des accents free jazz très actuels.

De l’autre, la “bande à Jaoui”, l’ensemble vocal Canto Allegre, qui donne la part belle à un répertoire exaltant les œuvres mystiques d’Haendel, Bach ou Purcell. L’émotion est au rendez-vous, même si le mélange des genres surprend. Agnès Jaoui donne le la, entraînant les chanteurs dans des danses improvisées, restituant l’ambiance un peu foutraque des soirées privées entre amis qui ont présidé à la création du spectacle. Invité à entrer dans la danse, le public en redemande et entonne avec enthousiasme les “tubes” divers de Bizet ou Claude François… histoire de conclure joyeusement ce concert qui avait débuté par l’injonction tragique de Bach, “Préparons-nous à mourir” !

Florence Violet 

Théâtre de l’Atelier
Les 16 et 17 octobre à 19h30 et en tournée
1, place Charles Dullin, 75018 Paris

LA TOURNÉE 22/23
10/11/2022 Palais du Littoral – Grande-Synthe
25/11/2022 Théâtre Juliobona – Lillebonne
15/12/2022 Centre Culturel Jacques Duhamel – Vitré
13/01/2023 Espace Saint-Exupéry – Franconville
21/01/2023 La Rotonde – Thaon-les-Vosges
01/03/2023 Anthéa – Antibes
12/03/2023 Théâtre des Bergeries – Noisy-le-Sec
17/03/2023 Théâtre de Privas, scène conventionnée art en territoire – Privas
27/05/2023 Théâtre Municipal – Fontainebleau

Pietragalla, la femme qui danse, au Théâtre de la Madeleine

De noir vêtue, sous un faisceau de lumière en  V qui l’étend vers l’éther, elle annonce dès les premiers instants : « Je suis un animal mimant, je suis un animal dansant, un être incarné et désincarné qui évolue au gré d’un rythme intérieur, d’un souffle musical, d’une conscience éclairée. »

Durant une heure et quart, Marie-Claude Pietragalla occupe seule en scène les planches du Théâtre de la Madeleine.

Elle se confie au public tandis que son corps se meut dans un état d’apesanteur. Plus qu’une passion découverte, à l’âge de 8 ans, lors d’un spectacle de Maurice Béjart qu’elle est allée voir, plus qu’une complicité musicale avec son père, enfant où elle découvre Bach, puis Mozart, la danse est pour la chorégraphe, metteuse en scène et comédienne, « une urgence à être et à vivre ». Elle se remémore ses débuts à l’Opéra de Paris où elle gravit tous les échelons jusqu’à sa nomination en 1990 de danseuse étoile, ses souvenirs avec Patrick Dupond, le travail qui l’a poussée à « s’extirper de la condition terrestre », hors de ses limites avec Rudolf Noureev.

Sans compter Mats-Ek, Jerome Robbins, William Forsythe, Roland Petit, John Neumeier, Martha Graham, Carolyn Carlson, Jiri Kylian…

Elle parvient à décrire l’indicible du mouvement, quand exprimé par les mots, la conscience lui donne alors sens quand âme et corps se confondent.

Inspirée, elle sonde l’univers et nous emmène progressivement dans son propre univers, transportée par les musiques les plus hétéroclites, glissant d’une jambe sur l’autre, du XIXe siècle –Tchaïkovsky, Jules Massenet, Adolphe Adam, Georges Bizet – , à nos jours – Max Richter, Ólafur Arnalds, Hildur Guðnadóttir, Birdy Nam Nam.

« Je suis la femme qui danse », clôt-elle le spectacle… devant un parterre de spectateurs debout, qui vient de se lever pour l’applaudir.

Carole Rampal

Théâtre de la Madeleine
Jusqu’au 4 décembre 2022
19 rue de Surène, 75008 Paris

L’écriture chorégraphique est bien sûr de Marie-Claude PIETRAGALLA. La mise en scène est signée Julien DERAOUAULT, danseur soliste du Ballet national de Marseille, avec qui elle a fondé le Théâtre du Corps, une compagnie artistique qui offre des spectacles singuliers où l’acteur danse et le danseur joue.
Lumière : Alexis DAVID.
Création musicale Wilfried WENDLING, La Muse en Circuit Louis HUGUENIN.

Les Humains au Théâtre de la Renaissance

24 décembre. La famille Lemonnier se réunit pour fêter le réveillon chez Pauline et Louis, son compagnon, qui sont affairés aux préparatifs quand la porte sonne : ce sont les parents (Hélène et Bernard), la grand-mère qui atteinte d’Alzheimer ne quitte plus son fauteuil, et Marion, la fille aînée.

Une famille pleine d’amour « tout comme il faut » où chacun dans sa personnalité concède à l’autre sa différence et peine en même temps par pudeur à dévoiler ses failles.

Et le plus extraverti de la famille n’est pas celui qui a le moins à cacher : Bernard Lemonnier a une révélation à faire à ses filles.

La mise en scène réaliste d’Ivan Calbérac visite le sujet des relations familiales avec tendresse et effleure celui de la vieillesse.

Très jolie performance de tous les comédiens qui portent par contre un texte qui manque d’envergure et aurait gagné à jouer davantage sur l’humour.

Une bonne soirée cependant.

Carole Rampal

Théâtre de la Renaissance
Du mardi au vendredi 21h. Le samedi 16h30 et 21h
20 boulevard Saint-Martin
75010 PARIS
M° Strasbourg Saint-Denis
Tél. : 01 42 08 18 50
Web : www.theatredelarenaissance.com

Ivan Calbérac : Auteur / Metteur en scène
Bernard Campan : le père
Isabelle Gélinas : la mère
Mélanie Bernier : Pauline
Astrid Ortmans : Marion
François Nambot : Louis
Michèle Simonnet : Mémé
Thibaut Fack : Scènographe
Alban Sauve : Concepteur lumière
Cécile Magnan : Costumier

La Claque au Théâtre de la Gaîté-Montparnasse

Remontons le temps où nous attendent, Fred Radix, Alice Noureux et Guillaume Collignon.

Nous sommes en 1865. Sur les planches parisiennes, Auguste Levasseur s’agite. À moins de deux heures de la première représentation, sa troupe de claqueurs vient de lui faire faux bond. Assisté du régisseur, Dugommier, et de Fauvette, musicienne, il fera tout pour sauver le spectacle.
Seule solution, trouver et former au pas de course des remplaçants : leur interpréter des extraits du spectacle constitué initialement de cinq actes, quarante musiciens et trente changements de décors, les initier pour devenir “commissaires”, “rieurs”, ou “pleureurs”. C’est-à-dire ? Suivez Fred Radix. Il vous expliquera tout sur le sujet. Et vous avez compris ?
Les claqueurs, c’est vous… !

Sous le signe de l’humour, ces trois artistes protéiformes enchantent la salle qui les rejoint dans une complicité spontanée dès les premières minutes. Musique, poésie, et plaisir d’apprendre tricotent cette histoire vraie gravée dans les mémoires du théâtre.

Un pari osé pour ce spectacle enlevé, relevé avec succès par Fred Radix qui avait déjà convaincu avec « Le Siffleur » (chroniqué par DMPVD en février 2019 : https://cutt.ly/QBmysrW).

Carole Rampal

Écriture, composition et mise en scène : Fred Radix
Avec Alice Noureux (Fauvette)
et Guillaume Collignon (Dugommier).
Direction d’acteur : Christophe Gendreau
Direction technique : Clodine Tardy
Costumes : Delphine Desnus

Théâtre de la Gaîté-Montparnasse
Les lundis et mardis à 20h30
26 rue de la Gaîté
75014 Paris

« Chat-necdotes », Benjamin Valliet, édition Favre

Chats alors… il fallait y penser. C’est fait.

Benjamin Valliet, historien de formation, passionné des chats, a choisi de réunir dans un livre les récits les plus anecdotiques et rebondissantes des 400 000 millions de nos amis poilus. Il parcourt le globe terrestre pour nous rapporter les histoires les plus incroyables mais vraies.

On visitera sur quatre pattes le lycée Leland aux États-Unis, un petit bureau à Tokyo… sous le regard amusé de Bayrou qui ne loupe pas une ligne de celles écrites par son maître, son maître ?, bref Benjamin. Enorgueilli des exploits de ses confrères, il est ravi quand est contée l’histoire de La Poste belge ou quand le lecteur apprend que la CIA a pensé à eux lors de missions top secrètes.

Il détourne la tête au « chat-pitre des sacrés chat-lopards ». Mais retrouve sa fierté au « chat-pitre  des lieux, rien que pour eux » que les bipèdes leur dédient. Apeuré à l’écoute d’aventures traversées par ses petits camarades, il reprend du poil de la bête aux récits de chats héros, et de sa morgue considère naturelles les amitiés dévoilées tissées avec eux entre Dali, Churchill, Freddie Mercury, Frida Kahlo, Matisse. La liste est longue.

À ses côtés le vétérinaire, le Dr Philippe Dauty, n’hésite pas à nous transmettre ses connaissances pour mieux saisir et comprendre ce joli petit félin, vénéré selon les époques – comme au temps des Égyptiens – ou cloué aux portes au Moyen Âge.

Un livre détente et instructif, émaillé de petites photos souvenirs réalistes, pour petits et grands.

Carole Rampal

« Chat-necdotes »
Benjamin Valliet
Edition Favre

Bérénice à La Scala, avec Carole Bouquet

Quand la raison d’État domine celle de l’amour, sous la plume de Racine, les mots courent en alexandrins :

Titus
J’espérais de mourir à vos yeux,
Avant que d’en venir à ces cruels adieux.

Bérénice
Eh bien ! régnez, cruel, contentez votre gloire :
Je ne dispute plus. J’attendais, pour vous croire,
Que cette même bouche, après mille serments
D’un amour qui devait unir tous nos moments,
Cette bouche, à mes yeux s’avouant infidèle,
M’ordonnât elle-même une absence éternelle.

Un texte fort à l’élégance racinienne qui relate l’amour impossible entre Bérénice, reine de Palestine, et Titus, nommé empereur : les mœurs de Rome n’admettent pas le mariage avec une étrangère. Bérénice se révolte : Titus ne peut-il pas tout dans ses nouvelles fonctions. Son choix ne traduit-il pas une trahison à son encontre, à leur passion ?

L’intrigue se complique : Antiochus, roi de Comagène et ami de Titus, avoue à la reine la flamme qui le dévore secrètement depuis des années pour elle.

Carole Bouquet (Bérénice), Frédéric de Goldflem (Titus) et Jacky Ido (Antiochus) incarnent avec brio ces trois personnages hauts en couleur qui traversent tour à tour colère et désespoir.

Muriel Mayette-Holtz apporte sa touche à ce texte grandiose : la mise en scène minimaliste, composée d’un lit principalement qu’encadrent des murs saumon-rosé à la douceur de l’idylle, laissant filtrer par les fenêtres des bleus diaphanes ou ténébreux, renseigne le défilé des jours ou de la nuit, l’atmosphère des âmes, et apporte une grandeur poétique. La musique originale de Cyril Giroux rythme la salle au diapason cardiaque des comédiens.

Une pièce magistrale à aller voir absolument.

Carole Rampal

Avec :
Carole Bouquet, Frédéric de Goldflem (Titus) et Jacky Ido (Antiochus),
Augustin Bouchacourt (confident de Titus) et Ève Pereur (confidente de Bérénice)
Décor et costumes : Cyril Giroux

La Scala Paris
Du mardi au samedi à 21h15
Les dimanches à 17h30
Du 15 septembre au 12 octobre 2022

13 boulevard de Strasbourg
75010 Paris
Tél. : 01 40 03 44 30

Une soirée avec Jean Rochefort à La Scala

Quand le rideau s’ouvre, Edwart Vignot (historien, collectionneur…), Mario Choueiry au piano, Clémence bien sûr (la plus jeune fille de Jean Rochefort) et ce 20 septembre, Thierry Lhermitte, sont là sur scène pour ouvrir la soirée. Jean, représenté sous forme d’un mannequin, disparaît vite, caché derrière un écran. Mais son esprit flotte dans la salle durant toute la soirée.

Le spectateur le découvre dans son intimité par Clémence, qui, dans un humour que l’acteur n’aurait pas décrié, relate des anecdotes cocasses sur son caractère fantasque, ses fragilités loin des projecteurs, des événements de sa vie personnelle mais aussi les liens qu’elle entretenait avec lui.

Un vibrant hommage rendu aussi avec Thierry Lhermitte par la lecture de passages du livre le Louvre à cheval, signé par l’acteur lui-même et coécrit avec Edwart Vignot. Une passion née à 30 ans lors du tournage Cartouche, qui ne le quittera pas : excellent cavalier, expert réputé en matière équestre, il ira jusqu’à construire un haras dans les Yvelines.

Des tableaux de Géricault, Delacroix, Rubens, Van Dyck, des photos d’enluminure iranienne, de tissus coptes, défilent sur l’écran.

Jean Rochefort par la bouche de Thierry Lhermitte les commente. L’homme à la grande moustache continue de faire rire et d’intriguer : son imaginaire sans borne, décalé, son sens du détail, la pertinence de son analyse, ne cessent de surprendre. On reconnaît sa verve habituelle.

Peut-être d’ailleurs, est-il dans la salle ?
Les dernières minutes, Clémence s’adresse directement à son père…

Carole Rampal

Vincent Delerm, Marina Hands, Alex Vizorek, Alex Lutz, sont selon les dates de présentation sur scène.

Du 20 septembre au 20 décembre
La Scala Paris
13 boulevard de Strasbourg
75010 Paris
http://www.lascala-paris.com
Tél. : 01 40 03 44 30