“7 d’un coup” au Théâtre Paris-Villette

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crédit : Frédéric Desmesure

 

D’emblée, nous voilà prévenus : « Eteignez vos portables et, pas de “chut !” pendant le spectacle, laisser entrer les enfants dans la pièce », prévient la maîtresse des lieux. Et elle a raison…

Le narrateur entre en scène et plante le décor : « Le théâtre a quelque chose à voir avec la nuit […] et la nuit fait un peu peur. »

Et voilà tout le théâtre Paris-Villette embarqué dans l’histoire du petit Olivier. Les plus petits – dès 6 ans – expriment leur compassion devant ce héros, trop petit, trop maigre, trop maladroit, pas assez malin, pas assez grand, pas assez fort… –interprété par l’excellent Olivier Pauls. Leur empathie est palpable dans l’obscurité de la salle.

Et lorsque ce dernier tue 7 mouches d’un coup, d’un seul, ils crient leur admiration devant un tel exploit.

Et commence l’aventure onirique d’Olivier… Armé d’une belle assurance, il n’est plus la victime des plus grands qui le harcelaient dans la cour de récré, il est l’auteur d’un exploit qu’il inscrit sur son tee-shirt : 7 d’1 coup !

Il part seul à l’aventure, emportant quelques provisions dans sa besace et s’enfonce dans la forêt profonde. Là, nous entrons dans le domaine du conte, celui des frères Grimm dont il est tiré…

Il fait la rencontre d’un méchant géant qu’il affronte vaillamment et dont il sort vainqueur grâce à la ruse ; il se débarrasse des fantômes qui hante ses nuits ; entre à la cour d’un roi… Dame conscience, qu’il appelle « confiance » toujours à ses côtés pour l’aider en toute circonstance.

Des situations rêvées ou vécues par les plus petits, qui touchent juste leur public. Surtout quand elles sont portées par une mise en scène de qualité, où les voix, les bruitages, les costumes concourent à créer la magie d’un vrai beau spectacle.

C’est tout le talent de Catherine Marnas, auteure et metteure en scène, qui revendique : « Un spectacle jeune public est un spectacle à part entière et non pas un sous-domaine du théâtre »

Donc, pas question de théâtre au rabais, les enfants sont de véritables spectateurs, de jeunes spectateurs.

Au fil de l’action qui se déroule dans un décor minimaliste : la charpente d’une maison, place est laissée à l’imagination, au rêve, à la nuit et à toutes les créatures qui la peuplent.

Le texte rappelle qu’il ne faut pas se fier aux apparences, que le roi doit être fidèle à sa parole donnée…

Une leçon pour tous les adultes qui parfois ne font pas ce qu’ils disent sous prétexte qu’ils ont en face d’eux des enfants.

Un excellent spectacle où il faut à tout prix emmener les enfants, oui ! et cela dès 6 ans, il n’est jamais trop tôt pour découvrir le vrai théâtre !

Plûme

 

Jusqu’au 29 avril
au Théâtre Paris-Villette
211 avenue Jean-Jaurès 75019 Paris
Jours et heures :
– vendredi 13 avril à 19h
– dimanche 15 avril à 16h
– mercredi 18 avril à 14h30
– jeudi 19 avril à 14h30
– vendredi 20 avril à 14h30
– dimanche 22 avril à 16h
– jeudi 26 avril à 14h30
– vendredi 27 avril à 14h30
– samedi 28 avril à 17h
– dimanche 29 avril à 16h

 

Texte et mise en scène : Catherine Marnas,
inspiré du Vaillant petit tailleur des Frères Grimm
Assistante à la mise en scène : Annabelle Garcia
Avec : Julien Duval, Carlos Martins, Olivier Pauls et Olivier Pauls
Scénographie : Carlos Calvo
Son : Madame Miniature, assistée de Jean-Christophe Chiron
Lumières : Michel Theuil, assisté de Clarisse Bernez Cambot Labarta
Conception et réalisation des costumes : Edith Traverso, assistée de Kam Derbali
Construction décor : Nicolas Brun et Maxime Vasselin
Production : Théâtre national de Bordeaux en Aquitaine, en partenariat avec le Réseau Canopé

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Lettres à Elise, au Théâtre de l’Atalante

crédit : ©GuyDelahaye

Non, vous n’entendrez pas la célèbre Lettre à Elise jouée au piano lors de ce spectacle. Non, ici il s’agit des lettres qu’envoie Martin à sa femme Elise pendant les quatre longues années de la Première Guerre mondiale.

Jean-François Viot, l’auteur, a compilé nombre lettres de poilus pour nous donner à entendre cette correspondance, somme toute banale, d’un couple éloigné par 600 kilomètres de distance. Lui, instituteur, envoyé au front, elle, restée à l’arrière avec leurs deux enfants.

On y retrouve la joie du début, où l’on part la fleur au fusil avec les camarades ; le Noël de 1915, où les hommes des tranchées allemandes et françaises fraternisent l’espace d’une nuit ; les combats inutiles où l’on avance et on recule ; les pluies d’obus ; l’arrogance et le mépris des gradés ; les fusillés pour l’exemple…

De l’autre côté, il y a Elise, mère de maintenant trois enfants qui tricote des paires de chaussettes, cherche du bois pour chauffer l’école et la maison, puis avec les autres femmes, c’est les travaux des champs, l’usine, l’école, les devoirs, le froid…

Il se raconte, elle se raconte, pas tout à fait… de leurs échanges émane une douceur, révélatrice de la profondeur de leurs sentiments. Au fil de l’intensification et de l’enlisement de la guerre, on passe des petits riens rapportés sur le mode tendre et humoristique aux drames de vie et de mort.

Martin, le maître d’école, prend la craie pour tracer les cartes de géographie, faire comprendre les alliances, les victoires, les défaites. Il aime aussi penser à ses enfants, grâce à leurs dessins qu’il reproduit minutieusement sur le tableau, ou plutôt sur la paroi industrielle de verre opaque que le metteur en scène, Yves Beaunesne, a dressé entre lui et sa femme Elise – Lou Chauvain et Elie Triffault, émouvants de sincérité – symbole matériel de leur séparation..

De ces lettres, que restera-t-il ? Un long poème d’amour qui nous émeut et une question qui nous taraude : de quoi les hommes sont-ils capables ? Du meilleur ou du pire, voilà bien le message pacifiste de ces vies sacrifiées. Pas seulement des mots, des lettres, mais aussi de la douleur, et surtout de l’espoir en un monde débarrassé de guerres.

 

Plûme

Jusqu’ 14 avril 2018
Les lundis, mercredis et vendredis à 20h30
Les jeudis et samedis à 19h
Les dimanches à 17h
au Théâtre de l’Atalante
10 place Charles-Dullin, Paris XVIIIe

Auteur : Jean-François Viot
Mise en scène : Yves Beaunesne
Avec : Lou Chauvain et Elie Triffault

“Mamma” à La Loge

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L’année dernière, j’avais étais surprise agréablement par Cœur Sacré, une pièce que j’avais qualifiée de « gonflée » tant elle bousculait avec talent les idées reçues et l’air du temps dans ce qu’il a de plus nocif pour la société : la peur de l’autre.

Aujourd’hui, Christelle Saez s’attaque à nouveau à un sujet difficile, la condition des femmes.

Dès les premières minutes de la pièce, je reconnais ce qui m’avait tant plu dans Cœur Sacré, l’à-propos du ton, la phrase juste qui se déplie, cette fois-ci à plusieurs voix. Christelle Saez sait visiblement écouter ses contemporains et en deux coups de pinceaux leur donner chair dans une mise en scène efficace.

Sa démarche, comme elle l’écrit, est de faire de son texte « le porte-parole de femmes nées au milieu du XXe siècle, de cette génération et de cette construction sociale ».

Cette jeune auteure donne vie aux femmes de l’ombre, Des Mères, qui ont éduquer leurs filles en transmettant tout ce que la société par l’éducation transmet de stéréotypes et de préjugés sur « ce qu’a le droit de faire une fille », « parce qu’une fille ne s’élève pas comme un garçon, il faut y faire plus attention »…

Non sans humour, les trois comédiennes endossent tous les rôles, mère un moment, petite fille ou grand-mère, un autre. Elles vivent et incarnent leur condition de jeune fille forcée au mariage dans un pays du Maghreb, de femme de mineur, de vigie de la virginité de leur fille…

La deuxième partie Des Épouses, que j’ai moins aimée parce que trop axée sur le point économique – mais comment faire autrement ? –, c’est le départ du mari, le divorce. Pour ces femmes « au foyer », pas de possibilité de Validation des Acquis de l’Expérience (VAE), pas de CV. Alors comment vivre – ou survivre – dans la société quand on a fait qu’élever ses enfants, s’occuper de son mari et de la maison… Le seul recours est de faire « payer » l’autre, le mari… sur tous les tons et le plus cher possible.

Ce que dénonce Christelle Saez avec sa complice de Cœur Sacré, Tatiana Spivakova, et par la voix magnifiquement juste d’Aymeline Alix, de Céline Bodis et de Maly Diallo, c’est que : « Lorsqu’on grandit dans un modèle, on hérite en soi d’un système. Et qu’il faut aller contre soi pour ne pas reproduire le tableau que nous avons pris inconsciemment pour modèle. »

Un combat pour toutes les femmes.

J’attends avec impatience le troisième volet, celui Des Femmes, pour voir comment les trentenaires comme Christelle Saez, mènent ce combat au quotidien.

Plûme

Jusqu’au 13 avril à 21h
à La Loge, 77 rue de Charonne, 75011 Paris
Tél. 01 40 09 70 40
www.lalogeparis.fr

Texte et mise en scène : Christelle Saez
Collaboration artistique : Tatiana Spivakova
Avec : Aymeline Alix, Céline Bodis et Maly Diallo
Scénographie : Cristobal Castillo
Lumières : Geoffrey Kuzman
Création sonore : Malo Thouément
Production : la Compagnie Memento Mori

“Le Livre de la jungle” au Théâtre des Variétés

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Petits et grands sont réunis pour assister au spectacle du Livre de la Jungle au Théâtre les Variétés. Le lieu, particulièrement beau, inspire déjà la jeunesse de 7 à 77 ans. Une douce fumée s’élève depuis derrière les rideaux et nous met l’eau à la bouche pour la suite.

Librement inspiré du roman de Rudyard Kipling, nous (re)découvrons un monde où une panthère côtoie des éléphants, des singes, des loups, un serpent, un ours, un tigre et… un jeune humain, pour le meilleur et pour le pire.

Cette relecture de Kipling se fait parfois à travers le prisme contemporain de l’écologie, bio, du végétarianisme… Si le volet écologique est abordé avec pertinence dans une histoire se déroulant en pleine nature, le bio et le végétarianisme tombent un peu comme un cheveu sur la soupe. Pas sûr que les plus jeunes comprennent les allusions. Pour les moins jeunes, on en dit trop ou pas assez, dommage ! Le franglais est également mal adapté à l’univers familial d’un spectacle censé être destiné à un public dès 5 ans. Certains dialogues modernes pourront faire rire les préados, le reste de la salle restera plus distant quant à sa réaction.

Aussi, les décors sont beaux et restituent un cadre exotique qui évolue au rythme des musiques et des lumières. Le jeu autour de ces dernières est incroyablement réussi. Rarement celles-ci auront autant sublimé des décors ! Les chorégraphies, l’interprétation théâtrale et musicale enchantent toute la famille et les costumes relèvent de la simplicité mais surtout de l’originalité et demeurent très soignés.

En sortant, les enfants semblent conquis et c’est bien tout le mal que l’on peut souhaiter à une comédie musicale leur étant dédiée !

Christèle Haber

 

Distribution
Mowgli : Tom Almodar
Baloo : Sébatien Duchange
Bagheera : Teria Diava
Kaa et le Roi des Singes : Antoine Lelandais
Shere Khan, Colonel Hathi, Père Loup : Cédric Revollon
Ensemble : Max Carpentier, Lorna Roudil, Adrian Conquet
Créateurs
Metteur en scène : Ned Grujic
Auteurs : Ely Grimaldi et Igor de Chaille
Musiques : Raphaël Sanchez
Chorégraphe : Julia Ledl
Costumes : Corinne Rossi
Masques : Julie Coffinières

Actuellement à l’affiche
http://www.theatre-des-varietes.fr/spectacles/le-livre-de-la-jungle.html

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“La Conférence des oiseaux”, à l’Athénée

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© Pascal Chantier

Oiseaux négligents, il faut partir ! Volez ! Volez !
Sous les imprécations de la Huppe, personnage central de ce poème lyrique, des myriades d’oiseaux s’apprêtent à s’envoler pour un long voyage destiné à rejoindre leur roi, le mystérieux Simorgh. Ils hésitent, se consultent, puis renoncent. Vont-ils enfin se décider à prendre leur envol ?

La scène du théâtre de l’Athénée bruit de cris étranges, d’interpellations, de battements d’aile… Même si les oiseaux en question ne sont que des comédiens, interprétés avec talent par Lucas Hérault (qui joue des rôles multiples) et les musiciens de l’ensemble 2e2m. Leurs hochements de tête, leur regard de côté, leur démarche sautillante évoquent à merveille les différentes espèces : le hibou, le paon, le faisan, la perdrix (celle-ci est particulièrement drôle !)

Les costumes s’ouvrent, se déplient, suggérant ici des ailes, là une crête… Ainsi, en jouant simplement avec le plissé de sa jupe, la soprano Raquel Camarinha, (magistrale), se transforme en La Huppe, l’oiseau mythique au plumage chamarré, qui émet d’étranges onomatopées (houp-oup-oup).

La musique contemporaine, signée Michaël Levinas, volontairement dissonante, contribue à rendre cet univers inquiétant. Sons tour à tour stridents, graves, métalliques. Sifflements, claquements, bourdonnements. Nous voilà décontenancés, emportés par le son tournant. Propulsés hors de nos références habituelles, et en même temps, envoûtés.

La voix grave de Hervé Pierre, le narrateur, nous entraîne dans l’univers onirique du poète soufi Fardi Al-Din Attar, daté du XIIe siècle. La mise en scène de Lilo Baur, pleine d’inventivité, souligne l’intemporalité du texte. Que signifie cette quête des oiseaux ? Qui est ce Simorgh que la Huppe exhorte les oiseaux à rejoindre pour un voyage initiatique ? Existe-t-il vraiment ?

Ce poème philosophique – monté par Peter Brook en son temps – n’en finit pas de nous surprendre et de nous interroger sur nous-mêmes. Alors, volez à tire-d’aile pour assister à ce spectacle d’une grande richesse sonore et visuelle.

Véronique Tran Vinh

Livret Michaël Levinas
d’après un conte persan de Farid Al-Din Attar dans l’adaptation de Jean-Claude Carrière 
Musique Michaël Levinas
Mise en scène  Lilo Baur
Direction musicale Pierre Roulier
Avec l’Ensemble 2e2m, Raquel Camarinha (La Huppe), Lucas Hérault (Les Oiseaux), Hervé Pierre, sociétaire de la Comédie-Française (Le narrateur)

Mardi 10 avril et mercredi 11 avril

Athénée Théâtre Louis-Jouvet
7, rue Boudreau
75009 Paris
http://www.athenee-theatre.com/saison/spectacle/la_conference_des_oiseaux.htm

 

Énoormes, au Théâtre Trévise

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Trois amies, Capucine (Cécilia Cara), Barbara (Magali Bonfils) et Mia (Claire Pérot) découvrent en même temps leur grossesse. Chacune a un profil différent : Capucine, la catho dans une vie de couple stable, Barbara, working girl et carriériste, et Mia, l’éternelle célibataire.

De l’annonce au vécu de la grossesse, chacune réagit en fonction de sa personnalité au rythme des déconvenues mais aussi des joies de leur état. Les musiques, aussi entraînantes que drôles, sont savamment dosées et laissent une réelle place à l’interprétation théâtrale. Qu’elles jouent ou qu’elles chantent, les comédiennes nous livrent une performance des plus justes avec un grand professionnalisme. Vu le CV de chacune, nous n’en attendions cependant pas moins !

Bien que les paroles tombent quelques fois dans le cliché, la sincérité et la réalité des sujets abordés nous font rire ou nous émeuvent.

Les décors, costumes et accessoires sont minimalistes mais installent cependant bien la pièce. On apprécie les vidéos de dessins projetées, les lits colorés et la cuisinière qui nous rappelle celle que nous pouvions avoir dans notre enfance.

Dommage que ce soit déjà la fin de la pièce (dernière date le samedi 31 mars), on aurait aimé des prolongations !

Christel Haber 

Enoormes, d’Alyssa Landry, Emanuel Lenormand et Thierry Boulanger
Mise en scène : Emanuel Lenormand

Théâtre Trévise
http://theatre-trevise.com/

Pour les retrouver sur les réseaux sociaux :
https://www.facebook.com/enooormes
https://www.instagram.com/enoormes
https://twitter.com/enooormes

 

“L’Affaire Courteline”, au Lucernaire

©Franck Harscouët

C’est avec un réel plaisir que j’ai retrouvé la fine équipe de La Compagnie La Boîte aux lettres (créée par Salomé Villiers, François Nambot et Bertrand Mounier), que j’avais pu apprécier au même endroit dans une version rafraîchissante du Jeu de l’amour et du hasard. Isabelle de Botton vient compléter cette belle distribution avec son énergie et sa drôlerie communicatives.

Pour restituer l’esprit de ces sept pièces courtes à l’humour jubilatoire, j’en retiendrai trois : celle où Étienne Launay – hilarant en employé veule d’un ministère –, se prétend victime d’un « blues de l’administration » en réponse aux reproches de son directeur (Philippe Perrussel, excellent) sur son absentéisme éhonté. Ensuite, la pièce qui met en scène les confidences tragi-comiques de deux amies (Raphaëlle Lémann et Isabelle de Botton, toutes deux très drôles) : l’une qui a congédié sa bonne, l’autre qui vient de découvrir l’infidélité de son mari. Enfin, la troisième qui confronte à l’institution judiciaire un trio (le mari, la femme et l’amant) et son entourage, tous plus menteurs et égoïstes les uns que les autres.

Toutes ces saynètes sont mises en scène sur un rythme allègre et nous emportent dans un tourbillon de fantaisie. Pour notre plus grand plaisir, elles sont rythmées par une sélection réjouissante de chansons de l’époque : J’ai la rate qui s’dilate, de Gaston Ouvrart – pour illustrer les maladies imaginaires de l’employé du ministère –, ou encore de chansons grivoises, comme celle de Colette Renard : «  Je me fais sucer la friandise, je me fais caresser le gardon, je me fais empeser la chemise, je me fais picorer le bonbon (…) », réponse en forme de boutade aux deux amies éplorées.

Envolé les soucis, oublié la grisaille de cet hiver qui n’en finit pas ! Vous l’aurez compris, on passe un excellent moment en compagnie de cette bande de joyeux lurons, qui nous tend un miroir pour nous faire rire… de nos propres travers.

Véronique Tran Vinh

Sept pièce courtes de Georges Courteline
Mise en scène : Bertrand Mounier
Avec :
Isabelle de Botton
Salomé Villiers ou Raphaëlle Lémann
Étienne Launay
Pierre Hélie
Philippe Perrussel
Bertrand Mounier ou François Nambot

JUSQU’AU 6 MAI 2018
Du mardi au samedi à 19 h, dimanche à 16 h
Théâtre du Lucernaire
53, rue Notre-Dame-des-Champs
75006 Paris
Tél. : 01 45 44 57 34
http://www.lucernaire.fr/theatre/2229-l-affaire-courteline.html

“Shaman & Shadoc”, reprise au Lavoir moderne parisien

Nous avions vu et apprécié ce spectacle en 2017 au théâtre Essaïon, c’est donc avec plaisir que nous republions cette chronique ! Soulignons que l’intégralité de la recette sera versée en soutien au Lavoir moderne parisien.

© David Krüger

Des rats et des hommes

Le choc de deux solitudes qui se rencontrent. D’un côté, Manhattan Shaman, clochard magnifique, qui vit dans un appartement avec des rats pour seuls compagnons, et son cynisme en bandoulière. De l’autre, Shadoc, à l’allure et à la vie si conformistes, élevé dans « la grande tradition de la bonne bouffe et des petites affaires », qui fait preuve de compassion à son égard. Mais qu’ont-ils en commun, à part le début de leur nom ?

De leur rencontre improbable, naissent des propos absurdes, un brin surréalistes, évoquant la vie des rats – qui ressemble étrangement à celle des hommes –, la solitude, l’amour (et son absence) et la mort. Peu importe l’explication finale, trop psychologisante à mon goût. J’ai préféré la première partie, où les deux hommes se cherchent, s’évitent, se heurtent à travers des dialogues mâtinés d’humour noir.

Malgré le peu d’action, on ne s’ennuie pas une minute grâce à la magie de la mise en scène. Les intermèdes apportent une note de gracieuse fantaisie, tandis que lumière et musique nimbent la scène d’une ambiance mystérieuse. Il faut souligner la qualité de l’écriture et de l’interprétation. Ce soir-là, Pierre Margot et Céline Legendre-Herda entouraient Guillaume Orsat, excellent dans le rôle de Shaman le déjanté, cabossé par la vie.

Un petit bijou d’humour noir et de poésie, qu’il faut absolument aller voir avant qu’il ne soit trop tard.

Véronique Tran Vinh

Reprise
Jusqu’au 6 mai 2018 (relâche le 20 avril)
Vendredi à 21 h 30, dimanche à 17 h 30
Le Lavoir moderne parisien
35, rue Léon
75018 Paris
https://www.lavoirmoderneparisien.com/

Écriture et mise en scène : Pierre Margot
Avec : Guillaume Orsat (Shaman)
En alternance : Pierre Margot ou Xavier Béja (Shadoc)
En alternance : Céline Legendre-Herda ou Julie Allainmat
Collaboration artistique : Claire Guyot
Dramaturgie : Anne Massoteau
Musique : Nathalie Miravette
Lumière : Charly Thicot
Produit par la Cie des Pas Perdus

“L’éventreur”, au Théâtre de l’Essaion

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Prenez garde en vous promenant à Whitechapel, mesdames les travailleuses de la nuit…, il se pourrait bien que Jack the Ripper croise votre chemin !

« Dix petites catins sans espoir de ciel… »

En cette fin d’année 1888, il ne fait pas bon être une prostituée à Londres dans l’East End, cette pièce nous replonge au cœur des événements durant lesquels Mary Ann, Anny, Elizabeth, Catherine et Mary Jane, dernière victime âgée de 20 ans à peine, et d’autres ont été sauvagement assassinées et éviscérées, pour la plupart.

À l’époque, les « passes » avaient lieu la nuit, dehors, sur le trottoir, dans une arrière cours ou sous un porche de façon furtive. Il était donc aisé pour le tueur d’agir sans être repéré malgré les moyens mis en place pour l’arrêté et 100 suspects interrogés, car la ville avait peur. La Reine Victoria elle-même s’en inquiéta et ordonna qu’on arrête cet assassin.

130 ans après, le serial killer a enfin été démasqué par le détective C. Marmaduke Perthwee et son ami Ackroyd, qui entraînent le spectateur au cœur de leur enquête.

Trois comédiens, musiciens et chanteurs servent cette histoire effrayante : Delphine Guillaud qui joue toutes ces pauvres filles, mais pas que… ; Vincent Gaillard qui campe plusieurs personnages hauts en couleur, dont Ackroyd et surtout le Dr Phillips, hilarant médecin légiste avec son accent allemand à couper au couteau – c’est le cas de le dire. Sans oublier François Lis, déterminé et méthodique Perthwee qui explore les sentiers de l’imaginaire et sort du cadre pour trouver le coupable.

Il y a plein d’indices sur ce dernier qui sont donnés durant le spectacle, mais je ne vous les dévoilerai pas, car je ne veux pas vous mettre sur la voie de la résolution de l’une des plus mystérieuses histoires de tueurs en série.

Allez plutôt voir ce spectacle musical, drôle et plein d’entrain, malgré son sujet dramatique. Les talents réunis de Stéphanie Wurtz, la metteuse en scène, et de François Lis, inspiré par Pierre Dubois, auteur de la nouvelle parue dans les Contes de crimes, nous proposent une partie de cache-cache aussi surprenante que son dénouement.

Armelle Gadenne

Auteur : François Lis d’après une nouvelle de Pierre Dubois,
tirée des « Contes de Crime » Editions Hoëbeke
Mise en scène : Stéphanie Wurtz
Distribution : Delphine Guillaud, Vincent Gaillard et François Lis

 

Théâtre de l’Essaion
6, rue Pierre-au-Lard, Paris 75004
http://www.essaion-theatre.com/spectacle/718_leventreur.html

Du 13 janvier au 9 juin 2018
Les samedis à 18 h

 

“La Ménagerie de verre”, au T2G

© Elizabeth Carecchio

Cette pièce américaine d’après-guerre est contemporaine de la création de l’Actors Studio, dont Lee Strasberg a créé la méthode, qui a permis aux comédiens membres de travailler leurs rôles pour faire exister leurs personnages, loin des studios, et aller fouiller dans leurs émotions les plus enfouies. L’œuvre de Tennesse Williams est associée à ces pratiques qui vont puiser dans leur affect.

 On retrouve ce travail des émotions dans ce jeu de mémoires biaisées, grâce aux formidables comédiens mis en scène par Daniel Jeanneteau.

Dominique Reymond, incroyable Amanda, fantasque et déterminée, mère inquiète pour son avenir et ceux de ces enfants. Puis Jim-Quentin Bouissou en fils et frère aimant (également le narrateur), déchiré par l’histoire familiale, qui voudrait partir mais se l’interdit, marqué par l’abandon du père. Et enfin, Solène Arbel, qui sait si bien jouer de sa fragilité pour faire vivre les hésitations et les peurs de Laura, la fille introvertie et infirme incapable d’être en relation avec le monde extérieur, préférant se réfugier dans son imaginaire grâce à ses animaux de verre. Sans oublier Olivier Werner, Jim le galant, qui dégage une grande humanité et la bienveillance nécessaire pour rassurer et approcher Laura. Tous sont touchants et généreux dans ce qu’ils partagent de leurs univers intérieurs.

Les personnages évoluent dans un appartement au décor feutré dont les murs sont faits de voiles, et la moquette blanche épaisse fait penser à du coton, sur lequel ils glissent et s’enfoncent. Les jeux de lumières s’amusent avec leurs ombres. Deux scènes m’ont particulièrement plu : celle où la mère marche, coiffée et habillée comme une geisha (souvenirs de l’expérience japonaise du metteur en scène ?), flottant presque au-dessus du sol. Et celle, plus intimiste, avec Laura et Jim, décorée d’un candélabre dont les bougies se reflètent dans le miroir d’une psychée et d’une énorme suspension faite de tulle mousseux. Un travail de photographie incroyable.

Laissez-vous emmener dans les univers réunis de Tennesse Williams et Daniel Jeanneteau.

Armelle Gadenne

Texte : Tennessee Williams
Traduction : Isabelle Famchon
Mise en scène : Daniel Jeanneteau
Avec :  Solène Arbel, Quentin Bouissou, Dominique Reymond, Olivier Werner

Du 21 mars au 2 avril
Lundi, mercredi, jeudi et vendredi à 20 h
Samedi à 18 h et dimanche à 16 h
Relâche le mardi
Théâtre de Gennevilliers,
41, avenue des Grésillons
92230 Gennevilliers
https://www.theatre2gennevilliers.com/

 

 

“Les Métronautes”, au Théâtre 13/Seine

Les Métronautes3Les Métronautes

Alignés en rang d’oignon, assis sur des chaises sur le quai, ils attendent comme des automates le métro.

Qui ? Nous. Tous ceux qui utilisent ce transport en commun sans rien avoir en commun ni avoir à partager avec son voisin ? Quoique…

Le metteur en scène Arthur Deschamps et sa troupe nous entraînent au rythme des stations – cadencées par des baguettes de bois qui frappent sur de grosses cuvettes –, dans les couloirs souterrains de chacun d’entre nous. C’est une direction sans terminus où chacun sur ses rails est transporté à travers ses fantasmes, ses peurs, ses désirs, ses préjugés dans une projection personnelle qui, télescopé à l’Autre, enfermé aussi sur lui, conduit à l’absurde des rapports humains. Un monde sans mots où rien n’est signifié mais toujours traduit.

Si le silence est d’or, la parole d’argent, c’est sans compter que le langage du corps a ses raisons que la raison ignore. Ici, sur scène, très peu de paroles, mais neuf acteurs qui, dans une expression théâtrale maîtrisée, occupent toute la scène, touchent et surprennent le spectateur qui se reconnaît à travers les nombreuses saynètes de cet univers urbain sans cesse en mouvement.

Carole Rampal

 

Mise en scène et écriture Arthur Deschamps
Assistante à la mise en scène Camille Mérité
Chorégraphie Nour Caillaud
Accompagnement corporel Paul Ankri
Percussions Nicolas Fenouillat
Avec
Patrice Bertrand, Luana Duchemin, Nicolas Fenouillat, Marina Glorian, Lucas Hérault, Alexandre Lenis, Marguerite Canaan, Marlène Rabinel, Pauline Tricot

Costumes Félix Deschamps
Lumière et régie générale François Menou


Du 21 mars au 4 avril 2018 AU THÉÂTRE 13 / SEINE 30 rue du Chevaleret, 75013 Paris. Du mardi au samedi à 20h00 / le dimanche à 16h00 / relâche le lundi

http://www.theatre13.com/

 

 

 

Le Tarmac en danger !

DMPVD se joint à la pétition pour sauver Le Tarmac.

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Le Tarmac a lancé cette pétition adressée à Emmanuel Macron

 

Le ministère de la Culture a publié le 31 janvier un communiqué de presse annonçant la fin du projet actuel du Tarmac.

Ce qui n’était qu’une rumeur au moment de la rédaction de cette lettre est devenu une réalité.

Cinquante artistes et intellectuels du monde de la culture ont décidé de se mobiliser pour défendre cette maison des artistes.

Rejoignez-nous en signant cet appel !

 Le théâtre de la francophonie sur l’échafaud ?

Monsieur le Président de la République,

Le bruit court.

La rumeur enfle.

La colère gronde, nous ne pouvons nous taire. Le Tarmac, l’unique scène dédiée à la francophonie, serait en sursis !

Votre intérêt affirmé pour la francophonie nous a enthousiasmés et a fait naître un espoir nouveau parmi le monde de la culture.

Mais derrière les déclarations d’amour à la langue française, une politique brutale serait-elle en train de se mettre en place ? La machine administrative aurait-elle mandat pour livrer bataille contre la culture et ses artistes francophones ?

On entend que le Tarmac disparaîtrait brutalement. Une décapitation en silence organisée par le ministère de la Culture. Nous ne pouvons le croire.

Alors que nous espérons une nouvelle impulsion, nous pourrions être victimes d’une politique de l’ancien monde, à bout de souffle, qui cloue les créateurs francophones au pilori, qui bafoue les publics, qui ignore superbement le travail quotidien mené avec le monde éducatif et associatif.

Vous le savez, Monsieur le Président, le Tarmac est un lieu très identifié, la maison reconnue et familière des artistes francophones. C’est l’un des plus grands réseaux sur la scène internationale, qui entretient des échanges constants avec des écrivains, intellectuels, interprètes, chorégraphes, metteurs en scène des quatre coins du monde, de Brazzaville au Caire, de Ouagadougou à Beyrouth, en passant par Montréal ou Marrakech. Faire disparaître le théâtre du Tarmac, c’est choisir de détruire Notre maison.

C’est aussi choisir de détruire un théâtre populaire, ancré sur un territoire vaste et métissé. Les innombrables établissements scolaires, universités, médiathèques, associations auprès desquels nous intervenons chaque jour construisent avec nous l’identité culturelle des nouvelles générations. C’est maintenant qu’il faut conforter le Tarmac dans sa mission. Vous ne pouvez, Monsieur le Président, en faire table rase au moment même où tout milite à porter haut les valeurs humanistes de la France. La mission de ce théâtre mérite d’être défendue avec d’autant plus de vigueur aujourd’hui que les idéologies extrémistes et xénophobes se font légion.

Monsieur le Président, quelle serait une refondation de la francophonie qui commencerait par couper les vivres à ses artistes ? Comment pourrait-on vouloir impulser un nouvel élan en détruisant un symbole ?

Défendre aujourd’hui le Tarmac, c’est aussi regarder dans les yeux les défis contemporains de l’Europe dans le contexte des nouvelles migrations, c’est porter un regard lucide et généreux sur une histoire partagée.

Alors, nous refusons l’improbable. Nous sommes nombreux à nous opposer résolument à la disparition du Tarmac, fer de lance des cultures francophones en France.

Monsieur le Président, nous vous demandons instamment de porter une politique ambitieuse pour la francophonie, ses acteurs et ses publics.

Aujourd’hui, au cœur de cette action, il s’agit, avec fierté de soutenir le Tarmac.

Signataires

  • Zeina Abirached, auteure de bandes dessinées
  • Marguerite Abouet, écrivaine, scénariste et réalisatrice
  • Gustave Akakpo, auteur, dramaturge et metteur en scène
  • Laura Alcoba, romancière
  • Jacques Allaire, metteur en scène
  • Pouria Amirshahi, rapporteur de la mission d’information parlementaire sur « l’ambition francophone » (2014)
  • Hakim Bah, auteur et dramaturge / lauréat prix RFI 2016
  • Kidy Bebey, écrivain et journaliste
  • Tahar Bekri, poète et enseignant
  • Yahia Belaskri, écrivain
  • Souad Belhadad, écrivain, journaliste
  • Pascal Blanchard, historien
  • David Bobée, metteur en scène, directeur du Centre Dramatique National de Normandie -Rouen
  • Ali Chahrour, chorégraphe
  • Mahmoud Chokrollahi, écrivain et cinéaste
  • Velibor Čolič, écrivain
  • Serge-Aimé Coulibaly, chorégraphe
  • Louis-Phillipe Dalembert, écrivain
  • Luc Dardenne, réalisateur
  • Jean Paul Delore, metteur en scène
  • Ananda Devi, écrivain
  • Manu Dibango, musicien
  • Fatou Diome, écrivain
  • Abdelkader Djemaï, écrivain
  • Ahmed El Attar, auteur, metteur en scène / directeur D-CAF festival –  le Caire
  • Hassan El Geretly, metteur en scène / directeur d’El Warsha – le Caire
  • Radhouane El Meddeb, chorégraphe
  • Gaël Faye, chanteur, rappeur, auteur-compositeur-interprète
  • Nedim Gürsel, écrivain
  • Khadi Hane, romancière
  • Guillaume Jan, écrivain
  • Hassane Kassi Kouyaté, directeur de la scène nationale Tropiques Atrium Martinique / membre du collège de la diversité
  • Jack Lang, Président de l’institut du monde arabe
  • Sébastien Langevin, rédacteur en chef de la revue «Le français dans le monde»
  • Henri Lopes, écrivain
  • Alain Mabanckou écrivain, prix Renaudot 2006 / Professeur titulaire de littérature francophone à UCLA (université de Californie à Los Angeles)
  • Marie-José Malis, metteure en scène et présidente du SYNDEAC
  • Yamen Manaï, écrivain / prix des cinq continents de la francophonie 2017
  • Daniel Maximin, écrivain
  • Achille Mbembe, philosophe / auteur de « Critique de la Raison nègre » / professeur à l’université de Witwatersrand à Johannesburg
  • Boniface Mongo Mboussa, essayiste et critique littéraire
  • Fiston Mwanza Mujila, écrivain
  • Fabrice Murgia, auteur, metteur en scène / directeur du théâtre national de Bruxelles
  • Nairi Nahapetian, romancière
  • Criss Niangouna, auteur et comédien
  • Dieudonné Niangouna, auteur, dramaturge et metteur en scène
  • Wilfried N’Sondé, écrivain, musicien / prix des cinq continents de la francophonie 2007 / prix Senghor de la création littéraire
  • Gabriel Okoundji, poète
  • George Pau-Langevin, députée du 20ème arrondissement / ancienne ministre des Outre-Mer
  • Raharimanana, écrivain
  •  Robin Renucci, directeur des Tréteaux de France
  • Rodney Saint-Eloi, écrivain / directeur des éditions Mémoires d’encrier, Montréal
  • Salia Sanou, chorégraphe
  • Boualem Sansal, écrivain francophone
  • Soro Solo, journaliste et animateur
  • Véronique Tadjo, écrivaine et universitaire
  • Sami Tchak, écrivain
  • Barthélémy Toguo, artiste
  • Minh Tran Huy, romancière et journaliste
  • Abdourahman Waberi, écrivain et professeur à George Washington University
  •  Olivier Weber, écrivain, président du Prix Joseph Kessel, ancien ambassadeur de France
  • Chabname Zariâb, romancière et cinéaste
  • Aurélien Zouki, collectif Kahraba – Beyrouth / directeur du festival Nous, la Lune et les voisins

 

Pour signer la pétition

https://www.change.org/p/défendons-le-tarmac?

“Parfois le vide”, au Tarmac

 

Crédit photos : Jocelyn Maillé

Tel un grand oiseau sur scène, les bras déployés comme des ailes qui s’agitent au gré du texte, il sautille sur ses jambes au rythme des musiques, au rythme des mots.

Raharimanana scande, comme il le dit, « le scandale du monde ».

L’artiste malgache reprend la tradition du poète diseur, celui qui abat les frontières entre écrit et oral, entre musique et scansion, et pas seulement.

Il retrouve la trace, la poésie du « tromba », lorsque la violence du monde est telle qu’il faut oser être le réceptacle des anciens, et aussi celui qui porte la parole de ceux qui souffrent aujourd’hui, dans un mélange de poésie et de musique.

Raharimanana n’est pas seul, les musiciens et la soprano-flutiste font monter avec lui le verbe scandé, parlé, martelé, chanté. Ses complices – devrait-on dire – l’accompagnent dans ce poème au monde.

Jean-Christophe Feldhandler raconte à coups de percussions, de froissement de papier, de bruits, le fracas, la violence, la folie qui précipite l’humanité du haut de la falaise.

Quant à Tao Ravao aux cordes, ses guitares de toutes tailles donnent magistralement la réplique au chanteur pour mieux pétrir une musique venue d’une terre commune tout en se laissant pénétrer d’influences d’ailleurs.

On capte des morceaux de phrases, on voudrait les garder, mais d’autres viennent les bousculer, et on se retrouve au bord du vide, rattrapés par la flûte et la voix de Géraldine Keller, à la fois légère et forte, qui nous empêche de tomber parfois dans le vide.

Un spectacle rare, dense, magnifique !

Plûme

Mercredi 21 mars 2018 à 20h au Tarmac
159, avenue Gambetta, 75020 Paris
(voir la pétition Défendons le Tarmac)
https://www.change.org/p/défendons-le-tarmac?

Texte, mise en scène : Raharimanana
Regard extérieur : Nina Villanova
Musiques : Tao Ravao (cordes), Jean-Christophe Feldhandler (percussions)
Interprétation, voix : Raharimanana, Géraldine Keller
Sons : Claude Valentin

 

Tournée 2018

• Vendredis 16, 23 et 30 mars, jeudis 22 et 29 mars, samedi 31 mars : Théâtre Antoine Vitez, Ivry-sur-Seine.
• Vendredi 20 et samedi 21 avril : Théâtre Studio, Alfortville.
• Dimanche 30 septembre et lundi 1er octobre : Festival des Francophonies en Limousin.
• Vendredi 9 novembre : Plumes d’Afrique, St Pierre des Corps.

“Kisa Mi lé”, au TNP de Villeurbanne

 

image Kisa

Un homme jeune, seul dans la pénombre appelle celui qui l’a abandonné.

On pourrait penser que son imprécation s’adresse à Dieu, mais non. Lui, crie sa solitude de jeune « zoreille », arraché à son île, enfant, empêché de parler sa langue maternelle, le créole, et ne se reconnaissant ni dans l’histoire, ni dans la culture de la mère-patrie.

Seul sur scène, il crie son désarroi.

Kisa Mi Lé, qui suis-je ?

Sa voix s’élève, de plus en plus fort, il appelle ce frère, cet autre lui-même, empreint de couleurs, de senteurs et de saveurs réunionnaises, celui qui lui manque tant.

Lui, dont l’expression en langue française est parfaite, se retourne sur les moments de son enfance avec nostalgie… avant le déracinement. Il comprend peu à peu la part de lui-même qui lui a été volée.

Sa voix ne reste pas sans écho… Enfin, l’autre répond, surgit, s’empare de lui et prend langue.

Un dialogue s’installe alors, balloté entre deux idiomes, deux réalités, deux visions. Le ressenti de l’autre s’exprime dans la langue de ceux qui sont restés, en créole, pour dire que malgré l’absence de reconnaissance de ce qu’ils sont, ils existent bien là.

La verve de Daniel Léocadie nous emporte dans le tourbillon de sa vie, où roulent les mots créoles et français mêlés.

L’auteur-interprète laisse éclater sa colère posant avec talent une question existentielle et philosophique : pourquoi une identité serait-elle supérieure à une autre ? Ne sommes-nous pas tous faits d’identités multiples ?

Plûme

 

Kisa Mi Lé
au TNP de Villeurbanne les 14 et 15 mars
dans le cadre du Festival En Acte(s),
semaine de la francophonie.
tnp-villeurbanne.com
04 78 03 30 00

Texte, mise en scène et jeu : Daniel Léocadie,
Compagnie Les Non Alignés
Lumière : Gaspard Gauthier
Collaboration artistique : Jérôme Cochet
Spectacle bilingue créole réunionnais / français

#Hashtag 2.0, à Bobino

 

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Quand Pokemon Crew, collectif lyonnais de jeunes danseurs de breakdance – rien de moins que champion de France, d’Europe et du monde dans le circuit des battles, et invité en résidence à l’Opéra de Lyon – s’empare de la scène de Bobino, il met le feu avec ses figures de haut vol alternant avec des chorégraphies contemporaines très maîtrisées.

Avec ce neuvième spectacle, le chorégraphe Riyad Fghani entend dénoncer avec humour la toute-puissance du numérique et des réseaux sociaux. Regards rivés sur leur écran, obnubilés par les tweets et les selfies, ses personnages en oublient de regarder le monde qui les entoure.

Exit le rap, trop convenu, le choix musical est éclectique, passant allégrement de la musique contemporaine au jazz et au flamenco. À noter, un ballet flamenco détonnant, où les corps semblent irrésistiblement attirés vers le sol, contrairement au flamenco traditionnel.

Les chorégraphies de groupe sont particulièrement réussies, jouant sur les complémentarités techniques et physiques des danseurs. Ceux-ci – dans l’ensemble de corpulence plutôt fluette – réalisent d’étonnantes prouesses. La coupole, la vrille, le spin… à chacun sa figure et à chacun son style. Les danseurs enchaînent les acrobaties avec une fluidité et une énergie déconcertantes. Corps désarticulés, twerk (mouvement de hanches accentué de manière provocante), la gestuelle est exagérément expressive et empreinte d’humour.

Au-delà de l’exploit physique, la bonne humeur et l’énergie de la troupe sont contagieuses. En témoignent les interactions sur scène de Riyad Fghani avec ses danseurs ou les performances finales individuelles, où chaque artiste se donne à fond, provoquant les applaudissements enthousiastes du public.

Ce soir-là, beaucoup d’ados et de plus jeunes étaient venus accompagnés de leurs parents, ce qui prouve que le langage de la danse peut, parfois, être fédérateur… on like sans modération !

Véronique Tran Vinh

Pièce chorégraphique pour 9 danseurs (Pokemon Crew)
Direction artistique Riyad Fghani
Création lumière Arnaud Carlet
Création musicale Flavien Taulelle / DJ Duke
Création vidéo Angélique Paultes
Création costumes Nadine Chabannier

Jusqu’au 31 mars 2018
Du mercredi au dimanche à 19 h
Bobino
14-20, rue de la Gaîté
75014 Paris
Tél. : 01 43 27 24 24
http://bobino.fr/?fiche=1097