Le Horla de Maupassant à la Folie Théâtre

Du noir absolu apparaît, dans un cadre de tableau que contient un autre cadre plus petit, un homme à l’allure imposante, aux cheveux plaqués en arrière, au regard droit et vif qu’abritent des sourcils broussailleux. Sa barbe, sa moustache, sa tenue nous rappellent celles des maîtres de la seconde moitié du XIXe siècle.

Trois autres cadres évidés, également suspendus par des fils invisibles, interrogent le spectateur par leur présence.

Guillaume Blanchard, le narrateur et le protagoniste du conte, s’exprime au présent et nous raconte avec enthousiasme le défilé de navires glissant sur la Seine qu’il observe de son jardin normand. L’odeur des prémices du printemps l’exalte et les rosiers qui s’ épanouissent l’enchantent. Nous sommes le 8 mai.

Mais la vivacité de sa nature emballée laisse vite place à l’inquiétude : il se sent malade. Des douches et du bromure de sodium lui sont prescrits par son médecin. En vain. Son état s’empire au fil des jours, des semaines et l’angoisse le saisit : une présence invisible habite ses nuits, s’agenouille sur sa poitrine, marche sur ses talons, respire derrière lui, engloutit l’eau et le lait des verres posés sur la table de sa chambre qu’il a pris soin de remplir. Aspire sa vie !

Une excursion pour visiter le mont Saint-Michel et un séjour à Paris, en juillet, ne lui rendront pas la santé espérée. Il gardera en mémoire de son premier voyage le récit d’une légende locale relatée par un moine de l’abbaye qui l’interroge : « Est-ce que nous voyons la cent millième partie de ce qui existe ? » Et de la capitale, le souvenir frappant d’une séance d’hypnose sur sa cousine.

Le personnage plonge dans la terreur et la salle aussi. Guillaume Blanchard, dans un rythme haletant, possède la scène durant une heure vingt et entraîne le spectateur aux confins de cet univers fantastique cauchemardesque. Jolie performance.

L’adaptation personnelle du Horla par Frédéric Gray, dans une scénographie originale et subtile (les objets semblent flotter, les yeux d’une étrange créature percent l’espace …), rend fidèlement l’histoire de Maupassant.

Sous les traits de trois personnages* qui donnent la réplique à Guillaume Blanchard, on reconnaît les traits du metteur en scène.

Carole Rampal

  • Olivier Troyon (absent ce jour-là) interprète également tous les rôles secondaires en alternance avec Frédéric Gray, et est assistant dans la mise en scène.

Jusqu’au 30 janvier 2022.
Le jeudi à 19h30, samedi à 18h et dimanche à 16h30

A La Folie Théâtre : 6, rue de la Folie-Méricourt, 75011 Paris
Renseignements et / ou réservation : 01 43 55 14 80

Les gros patinent bien, cabaret de carton au Théâtre du Rond Point

Ce spectacle propose un voyage épique et drôlissime à travers le monde, sur terre et sur mer (parfois dedans), à charge pour le spectateur d’imaginer les décors évoqués à l’aide de bouts de cartons sur lesquels sont écrits les lieux, pays, villes, objets, animaux en tous genres, dans des situations aussi loufoques que déjantées.

Olivier Martin-Salvan et Pierre Guillois, qui l’ont imaginé et écrit, interprètent nos deux héros qui vont vivre cette grande aventure racontée par un premier personnage tout en rondeurs et en costume trois pièces. Assis tout au long de ce périple, il s’exprime dans une espèce de « yaourt » aux intonations anglo-saxonnes mâtinées d’un fort accent américain incompréhensible… et pourtant ! Quant à son acolyte, vêtu d’un bonnet et d’un maillot de bain, il court pendant tout le spectacle pour aller chercher les différents éléments de ce décor « à la carte », répartis sur la largeur de la scène (énorme travail de mémorisation et de timing de la part de Pierre Guillois), pour illustrer et animer les situations évoquées par le conteur.

 C’est un voyage plein de péripéties vécues par notre héros statique et pourtant globe-trotter. L’énergie dégagée sur scène est communicative et les spectateurs, étourdis par la course perpétuelle de notre « maître-nageur » essoufflé et parfois râleur, en redemandent. Il nous a d’ailleurs été difficile de quitter ce petit monde de carton, créatif, joyeux et original.

Un joli moment à passer en famille.

Armelle Gadenne

Un spectacle de et avec Olivier Martin-Salvan et Pierre Guillois
Ingénierie carton : Charlotte Rodière

Du 10 décembre au 16 janvier, 18h30
Relâches les lundis, les 25 et 26 décembre et du 1er au 6 janvier
2022

Théâtre du Rond-Point
2 bis, avenue Franklin Delano Roosevelt
75008 Paris
www.theatredurondpoint.fr

Brèves de comptoir au Théâtre de l’Atelier

Jusqu’au 12 décembre !

Glanées au XXe siècle, ces Brèves de comptoir ont 35 ans ! Nouvelle mise en scène, nouvelle distribution, le Comptoir reprend du service… Mais depuis, la Covid est passée, les bars ont fermé et la mine d’instantanés saisis sur le zinc s’est tarie, forcément… Dans ce spectacle sous-titré Tournée générale, on n’enlève pas son masque pour boire un canon, on ne montre pas son pass sanitaire avant de pouvoir s’alcooliser dès potron-minet. Six piliers de bistrot, dont deux femmes, campés par des comédiens plus vrais que nature, égrènent des perles frappées sur le coin du bon sens, dont l’absurdité et l’incongruité provoquent toujours l’hilarité du public. Il y a celle qui voudrait avoir de plus  grands pieds parce qu’elle aime les chaussures. Celui qui  s’interroge : « Est-ce qu’une plante carnivore peut être végétarienne ? » Ou « Plus je bois et plus je suis saoul parce que moi, je suis logique ! »… Si la pandémie est évacuée, certaines répliques font néanmoins résonner l’actualité : « L’avenir, c’était mieux avant… » « L’environnement, je suis pour, j’ai un jardin. » Ils parlent d’eux, de la Lune, du chomage, des champignons, haussent le ton quand l’ivresse les submerge, sont pris de tremblements épileptiques en écoutant la radio, se précipitent à la fenêtre pour regarder le monde de l’intérieur…

Mais où sont-ils ces laissés-pour-compte que le confinement a cloîtrés chez eux? Les verra t-on ressurgir, ces voix du populo, ces rois du coq-à-l’âne, du politiquement incorrect ? N’ont-ils pas déjà disparu dans ce Paris déserté par l’urgence sanitaire ? Tout à coup, ce bistrot semble suranné, frappé d’un coup de vieux, sous le poids d’un passé qui ne reviendra pas. Des Brèves, par temps de Covid ? On en redemande !

Florence Violet

Théâtre de l’Atelier
Du mardi au vendredi de 17h30 à 21h
Le samedi de 16h à 21h
Le dimanche de 13h à 17h

Texte : Jean-Marie Gourio
Adaptation : Jean-Michel Ribes et Jean-Marie Gourio
Mise en scène : Jean-Michel Ribes

Avec :
Philippe Duquesne
Nanou Garcia
Gilles Gaston-Dreyfus
Philippe Magnan
Marie-Christine Orry
Philippe Vieux

Tartuffe Théorème de Molière aux Bouffes du Nord

Si l’on n’a pas révisé Tartuffe avant le spectacle, on risque d’en perdre son Molière et de se demander qui est vraiment Dorine, si Flipote existe vraiment et si Marianne hésite à épouser Valère parce qu’elle n’a pas totalement tué le père… Mais c’est le propre de Macha Makeïeff d’interroger les apparences de la comédie et de glisser, comme elle l’avait fait dans Trissotin, des sous-textes, de fausses didascalies qui se jouent de la vérité et révèlent les tocs de notre siècle.

Ici, Tartuffe est un faux dévot noir corbeau (fascinant Xavier Gallais), exempt de séduction, soutane noire et visage blème, mais qui domine hommes et femmes par sa force de persuasion. Une apparence contrecarrée par des gestes psychotiques et hallucinés et une psyché enfantine qui lui fait prendre parfois des allures de petit garçon capricieux… Ange diabolique, il a su gagner la confiance d’Orgon, le père crédule (formidable Vincent Winterhalter) qui veut lui marier sa fille. S’ensuit une intrigue où chacun tente de le convaincre de la duplicité du personnage.

Côté esthétique, on est dans les années 50, ce qui accentue la pesanteur du conflit de générations de cette famille bourgeoise, corsetée sous des dehors nonchalants et débridés. Le décor est impressionnant avec un arrière-plan plus onirique derrière un immense rideau de salon transparent. Avec son souci du détail, Macha Makeïeff joue à fond le vintage, couleurs pop, robes graphiques, velours fleuris, tapis façon Lurçat, et en bande-son, Los Machucambos, ce qui donne lieu à une danse débridée hilarante de Dorine, l’amie de la famille (séduisante Irina Solano) et Flipote, la bonne (inénarrable Pascal Ternisien en clown muet) !

Macha Makeïeff a aussi multiplié les références cinématographiques et musicales liées au désir ou à son exacerbation : Théorème de Pasolini, le vampire de Murnau, les moines inquiétants du Nom de la Rose, la violence d’Orange mécanique, etc. Ce parti-pris tout azimut fascine et interpelle par son jusqu’au-boutisme mais submerge le spectateur qui perd parfois le fil de l’intrigue.

Et pourtant, rien ne semble gratuit. Nous assistons bien à la chute de Tartuffe, prédateur accusé d’agressions sexuelles avérées, de détournements de fonds, d’abus de faiblesse et d’escroquerie. À l’heure de Metoo, des sextapes et des dérives sectaires, la tentation de juger et  de démasquer les malfaisants est tristement actuelle, décuplée par des réseaux sociaux fascinés par l’omniprésence du Mal, réelle ou fanstamée.

La fin donjuanesque, le faux dévot rejoignant l’athée dans les flammes de l’Enfer, laisse Orgon prostré, victime de son aveuglement, pour avoir cru en un imposteur tout en regrettant néanmoins l’espoir disparu avec lui…

Un spectacle foisonnant d’idées, parfois excessif, des scènes magistrales (celle où Elmire, l’ambivalente Hélène Bressiant, piège Tartuffe) des tableaux saisissants (messe noire) et des rebondissements qui donnent envie… de relire Tartuffe et de revoir le spectacle !

Florence Violet

Théâtre des Bouffes du Nord
Du 1er au 19 décembre 2021 à 20 h 30

Mise en scène, décor, costume Macha Makeïeff
Lumière Jean Bellorini

Avec
Xavier Gallais — Tartuffe
Arthur Igual en alternance avec Vincent Winterhalter — Orgon, mari d’Elmire
Jeanne-Marie Lévy —Madame Pernelle, mère d’Orgon
Hélène Bressiant — Elmire, femme d’Orgon
Jin Xuan Mao — Cléante, frère d’Elmire
Loïc Mobihan — Damis, fils d’Orgon
Nacima Bekhtaoui — Mariane, fille d’Orgon
Jean-Baptiste Le Vaillant — Valère, amant de Mariane
Irina Solano — Dorine, amie de la famille
Luis Fernando Pérez en alternance avec Rubén Yessayan — Laurent, faux dévot
Pascal Ternisien — Monsieur Loyal, huissier, Flipote, la bonne
et la voix de Pascal Rénéric, l’Exempt

Kolik au Théâtre 14

© Ina Seghezzi

« Le temps coule »…  en exergue sur l’écran derrière le comédien assis sur un fauteuil sur un plateau incliné, seuls éléments en guise de scénographie.

« Le temps coule »…  Tout comme l’eau de la bouteille de gin dans le gosier du comédien, tel un sablier. On comprend assez vite que le discours finira la bouteille une fois vidée. On pourrait croire qu’il puise sa logorrhée dans  le pseudo-alcool, mais il n’y a pas d’ivresse hors les mots…

Le degré zéro de l’existence, la construction du Je (du jeu ?), les murmures intérieurs, une réduction de l’être à sa part infinitésimale… Déconstruction du langage, comme une toile abstraite où les mots sont matières, sculptures auditives, recompositions orales, pas d’intentions, pas de sens littéral, tout est remis à plat, mis en question, à l’écoute de ce qui résonne intérieurement dans le corps du comédien. Peu ou pas de syntaxe, des verbes à l’infinitif, dictés par l’impératif besoin de se dissoudre, de ne pas s’attarder, débit de l’eau, gorgées subites, débit des mots, course poursuite, métaphore d’une vie liquidée, sans possible arrêt sur images, une avancée imperturbable vers l’issue fatale, le fond de la bouteille, sans espoir de sursis.

Quelques moments d’ironie, quelques ruptures : on se prend à penser après coup qu’ils auraient pu être plus appuyés, rompre ce flot incessant, nous en distraire, mais sans doute ce recul, ce retour sur soi eût contredit la marche inexorable du temps vers la dissolution, la mort, l’obscurité, dernier mot sur l’écran avant le noir final.

Il faut saluer la performance d’Antoine Mathieu, cette improbable mémorisation des mots réitérés, sans aspérités narratives, ponctuée de déglutissements, de coups d’œil furtifs vers l’écran derrière, qui ne servent à rien puisqu’il semble égrener des chapitres déjà anticipés, comme si l’existence précédait le sens… 

On se dit aussi que pour cet événement théâtral organisé en temps de récession, et réservé à quelques privilégiés pour cause de Covid, (merci aux directeurs du Théâtre 14) cette interrogation existentielle tombe à pic ! Et qu’il est bon de s’asseoir dans un théâtre pour la partager… Le moment est venu.

Florence Violet

Kolik
Du 9 au 27 novembre 2021 au Théâtre 14
Texte Rainald Goetz
Traduction Ina Seghezzi
Un projet d’Antoine Mathieu
Mise en scène Alain Françon
Avec Antoine Mathieu
Scénographie Jacques Gabel
(Vu le 5 janvier 2021 lors de sa création au Théâtre 14)

Théâtre 14
20, avenue Marc-Sangnier, 75014 Paris
Tél. : 01 45 45 49 77

Paris retrouvée à La Piccola Scala

C’est un spectacle né pendant le confinement, alors que les bars, les restaurants et tous les lieux de culture, les cinémas et les théâtres étaient fermés, qu’il était impossible de se rassembler. Un spectacle né d’un manque et d’une frustration : où était passée la poésie de Paris ? Paris oubliée ?

Ariane Ascaride a réuni quatre comédiennes, une chanteuse et un accordéoniste pour la célébrer, guidés par l’émotion de pouvoir enfin faire résonner les mots des poètes et des musiciens. Elles sont les voix de ceux qui parlent des choses simples, du métro, avec la Zazie de Raymond Queneau ou Fraise des Bois d’Elsa Triolet, fascinée par  la réclame« Dubo, Dubon…Dubonnet », le Paris gavroche des titis, des moineaux. Elles disent la mélancolie des poètes, Apollinaire, Prévert ou Aragon.

Annick Cisaruk chante avec une belle intensité la nostalgie de Ferré, Quartier latin, ou l’émerveillement  de Trénet, Revoir Paris

« Paris retrouvée » fait aussi écho au « Paris libérée » d’‘André Malraux et rend hommage à la Commune, à ceux qui se sont battus ou sont morts sur les barricades, avec les mots de Victor Hugo, Louise Michel ou Jean-Roger Caussimon.

Et tant pis si on ne reconnaît pas tous les auteurs, certains cités brièvement ou d’autres anonymes, comme cette jolie épitaphe à celui qui est parti « …comme la nuit se fait quand le jour s’en va… », sur une tombe au Père Lachaise…

Porté subtilement par l’accordéon de David Venitucci qui fait le lien entre poèmes et chansons, ce spectacle sans prétention est une flânerie dans une ville fantasmée, disparue, mais toujours dans nos cœurs.

Florence Violet

Avec Ariane Ascaride, Pauline Caupenne, Chloé Réjon (à partir du 14 octobre), Océane Mozas, Délia Espinat-Dief et la chanteuse Annick Cisaruk.
Accordéon – David Venitucci
Piccola Scala
Boulevard de Strasbourg
Du jeudi au dimanche à 19 h 30
Jusqu’au 6 novembre

Danse “Delhi” d’Ivan Viripaev au Théâtre Gérard Philippe

Danse « Delhi « est le titre d’une création chorégraphique de l’un des personnages principaux de la pièce, la danseuse Katia. Lors d’un voyage en Inde, elle a été frappée par la misère et le douleur des habitants au point de vouloir les sublimer dans un acte artistique. Danse « Delhi » est ce qu’on ne voit pas mais ce dont tout le monde parle, en bien ou en mal.

Dans la salle d’attente d’un hôpital, chacun des six protagonistes est confronté à l’annonce de la mort d’un proche, la mère, la femme, le mari ou l’amie. Sept pièces, soit sept variations sur le même thème. Acceptation, indifférence, hystérie, colère, culpabilité, chacun vit et revit différemment cette annonce répétée. La difficulté d’appréhender la mort les rend imperméables à la douleur de l’autre. Tous ont été fascinés par cette Danse « Delhi », qui fait de la beauté avec de la boue, mais aucun ne peut affronter la douleur, la sienne ou celle des autres.

Mais est-ce là le sujet ?  L’incapacité de s’émouvoir, une ambivalence des sentiments qui les accule à une forme de lâcheté ?

L’auteur semble vouloir régler ses comptes avec le politiquement correct, la bonne conscience des artistes qui créent en se servant de la souffrance des autres.  Comme en témoigne la femme âgée, critique littéraire qui raconte avoir assisté à un spectacle qui se déroulait dans un abattoir, pour protester contre la guerre en Irak.

Mais est-ce bien là le sujet ? La légitimité de faire un spectacle avec la douleur des autres ?

Deux cubes en verre dépoli derrière lesquels joue la musicienne (Viviane Hélary) mettent en perspective un ailleurs, un monde extérieur flou et illusoire. Entre chaque pièce, la musique, style Philip Glass, évoque la répétition immuable des gestes et des destins qui se jouent au premier plan, dans l’espace plus réaliste de la salle d’attente.

Dans cette partition conceptuelle quasi musicale, le jeu des solistes est inégal. Si la mère (Christine Brücher) et l’amie (Laurence Roy) apportent de la profondeur, Katia (Manon Clavel), Andréi, le mari (Jules Garreau) et Olga (Marie Kaufmann)  sont moins convaincants parce que plus anecdotiques. Seule face à ces personnages désaccordés, l’infirmière (Kyra Krasniansky)  est un parfait contrepoint administratif,  la note de bon sens qui déclenche les rires du public. Dans cette surabondance de mots, la mise en scène gagnerait à plus de ruptures et de silences et à une distanciation des personnages qui accentuerait l’aspect tragi-comique de la pièce et l’ironie de l’auteur.

Au final, le sujet se dérobe, sans réelle conclusion, sauf à penser qu’Iripaev fait son auto-critique…

Florence Violet

Danse « Delhi » de Ivan Viripaev au Théâtre Gérard Philippe
59 Boulevard Jules Guesde, 93200, 93210 Saint-Denis
01 48 13 70 00

Compagnie Det Kaizen

Mise en scène Gaëlle Hermant
Du 16 au 22 octobre 2021
Du lundi au vendredi à 20 heures, samedi à 18 heures, dimanche à 18 h 30.
Relâche le mardi.

La Noce de Bertolt Brecht au Théâtre de l’Epée de Bois

Quand le public entre dans la salle, le banquet bat son plein. La table est bien garnie, le vin coule à flots, les invités bavardent dans une ambiance bon enfant. Sous la boule tango, un trio de musiciens en vestes pailletées joue en sourdine. Tout va pour le mieux.

Oui… mais l’alcool aidant,  les langues se délient, le vernis craque. Le père multiplie les histoires sinistres, l’ami du marié est vulgaire, la bienséance fait place à la grossièreté, chacun règle ses comptes, dénonce, provoque et les silences gênés ne tempèrent pas la violence sous-jacente. Le décor n’est pas en reste, et les meubles amoureusement construits par le marié s’écroulent les uns après les autres, entraînant la vaisselle et les personnages dans leur chute.  Une fois seuls, les mariés ne savent plus s’ils doivent se réjouir du départ des invités « C’est notre nuit de noces tout de même » ou leur demander de revenir.

Dans la veine du cabaret burlesque de l’époque, Brecht a écrit une farce sinistre, dénonçant l’inanité des conventions sociales, les faux-semblants, les fausses valeurs, la quête vaine d’un pseudo-bonheur, d’un nid douillet comblant le vide et la désillusion. « C’est le marasme. »

C’est ce que met en scène avec brio la compagnie du Berger, dirigée par Olivier Mellor.

Maquillés de blanc, les comédiens multiplient les numéros clownesques. La mariée se déhanche sur un rock endiablé, l’invité beugle une chanson obscène… L’orchestre, style « baloche » de province (belle trouvaille), tente de faire diversion en égrenant les tubes affligeants, L’Eté indien, Tata Yoyo ou l’inévitable Danse des canards, avant de s’éclipser faute de combattants. Et la montée en spirale du désastre culmine en un bouquet final forcément explosif…

Revendiquant un théâtre choral et musical, la troupe nous offre un spectacle jouissif, divertissant, mais où l’on rit jaune car il représente une part boursouflée de nous-mêmes, les affres d’une société en déliquescence.

Florence Violet

La Noce de Bertolt Brecht
Par la compagnie du Berger

Du 7 au 31 octobre 2021
Jeudis, vendredis, et samedis à 21 heures
Samedis et dimanches à 16 h 30

Théâtre de l’Epée de bois/Cartoucherie de Paris
www.epeedebois.com

La Scala : conférence du 8 octobre 2021

La Scala se fait label !

Après son inauguration en septembre 2018 dans un écrin bleu nuit conçu par Richard Peduzzi, la Scala (550 places), théâtre d’art privé d’intérêt public,  dirigé par Frédéric et Mélanie Biessy, reconvertit sa salle de répétitions et crée, en pleine pandémie, la Piccola Scala (220 places) en 2020, dédiée à l émergence de nouvelles formes d’art contemporain, dont le stand-up.

Il leur fallait trouver donc hors les murs une nouvelle fabrique, salle de répétitions mais aussi résidence d’artistes pour un nouveau projet dédié au soutien de  la création contemporaine, qu’elle soit jazz, électro ou classique : c’est chose faite avec l’acquisition d’un ancien cinéma art déco, rebaptisé Scala Provence, à Avignon, qui sera transformé en maison d’artistes dès septembre 2022. Les travaux démarrés en octobre seront achevés en juin 2022 avant le festival.

Ce lieu comportera des studios d’enregistrements  qui seront produits par leur nouveau label : Scala Music.

Dirigé par Rodolphe Bruneau-Boulmier, conseiller Musique, ce label parie sur le passage à moyen terme à la diffusion numérique et au streaming et accompagnera les jeunes artistes tout au long de leur parcours, de la commande d’œuvre à l’enregistrement, puis  à la création du « disque » et à la programmation des concerts.

Florence Violet

Soy de Cuba « Viva la vida »

On ressort du spectacle en se promettant de prendre des cours de salsa dès que possible !

Personnellement, la musique cubaine me donne des fourmis dans les jambes, et je rêve de l’atmosphère fiévreuse de La Havane et de ses couleurs vintage…  J’ai donc été découvrir le nouveau show latino de cette troupe cubaine, composée de huit musiciens et chanteurs jouant en live, et de 14 danseurs époustouflants. Ils enchaînent salsa, mambo, cha-cha-cha, batucada et multiplient les figures acrobatiques sur un rythme effréné ! Si l’histoire est réduite à la portion congrue, elle permet de faire évoluer les danseurs dans les décors mythiques de l’ile, manufacture de tabac, salle de boxe surannée, quartier colonial aux façades colorées… On est séduit par l’énergie débordante de cette troupe hors pair, sensuelle, enjouée, qui nous communique sa joie de vivre. Muy caliente !

Le public d’aficionados ne s’y trompe pas  et en redemande ! L’orchestre, excellent, alterne quelques thèmes plus mélancoliques, contrepoints bienvenus qui mettent en valeur la chanteuse ou les solos des musiciens.

Mais attention, prenez vos places rapidement, le spectacle se termine le 30 juin !

Florence Violet

Casino de Paris,
16 rue de Clichy, 75009 Paris

Jeudi 24/06/2021 – 20h
Vendredi 25/06/2021 – 20h30
Samedi 26/06/2021 – 16h et 20h30
Dimanche 27/06/2021 – 14h et 17h30
Lundi 28/06/2021 – 20h
Mardi 29/06/2021 – 20h
Mercredi 30/06/2021 20h

La Piccola Scala – La Scala de Paris

© Alexei Vassiliev

Après l’inauguration en 2018 de La Scala de Paris, Mélanie et Frédéric Biessy, présidente et directeur général, et leur équipe, nous proposent de découvrir sa petite sœur, La Piccola Scala.

Située sous la grande salle modulable de 550 places, ce petit amphithéâtre de 180 places à l’ambiance bleutée – l’ancienne salle de répétition – a été imaginé et créé sous la supervision de Richard Peduzzi qui a agencé La Scala. Le lieu est chaleureux et la proximité avec les artistes crée une grande intimité. Lors de la rencontre avec la presse, j’ai vu une équipe soudée, dont la créativité et l’imagination sont stimulées par l’enthousiasme et l’envie de partager des moments uniques.

Ces deux salles proposent une programmation très complète : théâtre bien sûr, mais également danse, musique, stand-up, rencontres philosophiques, etc. La création sous toutes ses formes est au centre des préoccupations pour donner aux spectateurs l’occasion de découvrir, entendre, réfléchir, s’évader…

La Piccola Scala permettra au public de voir ou revoir des artistes qui se sont produits chez sa grande sœur, comme Jos Houben, comédien et metteur en scène ; des seuls en scène avec Ruthy Setbon, Nicolas Schmitt, du stand-up avec Jason Brokerss ou de la danse avec Kaori Ito.

Nous pourrons également assister à des récitals de musique classique avec Josquin Otal, Nathanël Gouin ; folk avec Pierre-Yves Hodique et Thomas Lefort… Cette salle sera aussi un lieu d’émergence de nouveaux talents, de jeunes musiciens s’y produiront le 13 de chaque mois, à condition de choisir un compositeur vivant. Une petite anecdote : pour la venue d’un jeune pianiste le piano de la grande salle étant trop imposant pour la petite, Yamaha, partenaire de La Scala, a dû imaginer et fabriquer un piano sur mesure. Comme le disait Jacques Cœur : « A cœur vaillant rien d’impossible ».


Cette ouverture est suffisamment courageuse pour que je vous invite à vous déplacer à La Scala ou à La Piccola Scala, car le spectacle vivant a bien besoin de votre soutien en ces temps difficiles. Soyez assuré que toutes les précautions sont prises pour vous protéger, conformément aux directives.

Armelle Gadenne

Découvrez les artistes et les programmes des deux salles aux horaires réaménagés à cause du couvre-feu :
https://lascala-paris.com/

“Crise de nerfs”, trois farces d’Anton P. Tchekhov, au Théâtre de l’Atelier

© Maria Letizia Piantoni

Peter Stein a réuni trois courtes pièces de Tchekhov – Le Chant du cygne, Les Méfaits du tabac, Une Demande en mariage – où les personnages ont en commun d’éprouver les affres d’une crise existentielle. À un moment clé de leur vie, le temps et les circonstances exacerbent leur difficulté d’être.

Svetlovidov est un acteur vieillissant, malade et amer. Il a trop bu et s’est endormi dans les coulisses après la représentation. Obsédé par le sentiment de sa vie ratée, il est hanté par ses personnages et ressuscite Hamlet, Othello ou le roi Lear dans le théâtre vide…

Dans ce Chant du cygne, il est l’archétype de tous les comédiens bons ou mauvais que Tchekhov a croisés si souvent dans les coulisses des théâtres et observés avec tendresse. Comme lui, on compatit devant ce naufrage erratique.

Un homme est contraint par sa femme de faire une conférence sur les méfaits du tabac. Il profite de ce moment de pseudo-liberté  pour s’épancher sur la tyrannie domestique que lui font vivre sa femme et ses filles. Pris au piège comme un insecte dans une toile d’araignée, il se perd en digressions, passe du coq à l’âne, tourne en rond mais ne peut se résoudre à fuir sa vie médiocre. Les Méfaits du tabac est une farce cruelle plutôt triste où l’on rit jaune.

Dans La Demande en mariage, la crise de nerfs vire à l’épilepsie ! Un prétendant, tétanisé par la demande en mariage qu’il se propose de faire, est victime de convulsions psycho-somatiques face à sa future, elle-même sujette à des accès d’hystérie… sous les yeux médusés du père. Un vrai vaudeville où l’exaltation monte en spirale, provoquant les rires francs du public.

Le metteur en scène a grossi le trait et accentué la dimension farcesque de ces petits drames. Grimé, portant perruques ou favoris, Jacques Weber se prête au jeu, comme boursouflé de l’intérieur, faisant bouillonner le trop-plein d’humanité des personnages. Dans Le Chant du cygne, la mise en abyme de l’acteur est flagrante puisqu’il va jusqu’à citer les vers de Cyrano… Les deux jeunes comédiens qui l’accompagnent sont également excellents et font preuve d’un abattage forcené, et miment une danse de Saint Guy qui force l’admiration !

En résumé, et pour paraphraser Tchekhov, dans sa correspondance : « Il vaut bien mieux écrire des petites choses que des grandes. C’est sans prétention, et le succès est là… que faut-il de plus ? »

Florence Violet

Crise de nerfs au Théâtre de l’Atelier
1, place Charles-Dullin, 75018 Paris
http://www.theatre-atelier.com/
Représentations du mardi au samedi à 19 h dimanche à 17 h

Mise en scène Peter Stein
Avec
Jacques Weber
Manon Combes
Loïc Mobihan
Texte français André Markowicz et Françoise Morvan

“Le Voisin de Picasso”, au Théâtre de La Contrescarpe

crédit photos : Fabienne Rappeneau

Il ne surgira pas de votre mémoire. Mais d’un passé glorieux. Cet illustre inconnu au bataillon des plus grands peintres de son époque (Sisley, Monet, Renoir, Bazille…) était pourtant l’objet de toutes les attentions de la société et le plus adulé quand d’autres s’essayaient encore dans les ateliers de Gleyre. Peintre officiel, il décorera notamment plafonds et décors de théâtre, comme celui de la salle Richelieu de la Comédie-Française, ou celui de l’Opéra Garnier. Il sera salué par la presse et recevra la légion d’honneur.

Alexis-Joseph Mazerolle – oui c’est son nom au Voisin incognito de Picasso, juste dans la galerie voisine – s’adonnait dans une exigence de travail à servir sa passion : sublimer le réel, rapprocher les gens du divin. Académique, il se voulait aussi libre.

Alors, qu’est devenu Mazerolle ? Apollon le garderait-il jalousement près de lui, loin des hommes et de leurs réminiscences ? Et ses œuvres ?

Rémi Mazuel retourne le sablier du temps, réécrit son histoire et nous invite sur une mise en scène de Marie-Caroline Morel à découvrir les traits de son visage, de son histoire, de sa fin controversée (suicide ou maladie ?).

Dans une éloquence qui lui est familière (il a remporté le Concours d’Éloquence de l’association Forum Event à Bordeaux), Rémi Mazuel, dans la peau d’un gardien de musée, répare cette injustice et lui rend hommage non sans humour. De quoi passer une bonne soirée.

Carole Rampal

Théâtre de La Contrescarpe
https://theatredelacontrescarpe.fr/
5 rue Blainville, 75005 Paris

Du 7 octobre au 30 décembre 2020,
les mercredis à 21h

Texte et Interprétation : Rémi MAZUEL
Mise en scène : Marie-Caroline MOREL
Costumes : Leslie PAUGER
Musique : Charles TUMIOTTO
Conception & Décors : Alix COHEN

Pour ceux qui veulent faire un pied de nez à Apollon, certaines œuvres de Mazerolle sont encore visibles ?
À la Bourse de commerce de Paris, à l’hôtel InterContinental de Paris (le plafond du salon), au Conservatoire de musique de Paris (décor de scène), à l’Opéra Garnier à Paris, (huit cartons des tapisseries de la rotonde du glacier), au grand théâtre d’Angers (plafond du foyer), au musée de Roubaix (« Éponine implorant la grâce de Sabinus »).

Depuis 2006, afin de promouvoir son œuvre, l’Association des Amis du peintre A.-J. Mazerolle a été créée et répond à vos questions.
http://www.ajmazerolle.com/index.html

“Jouer sa vie sur un vaudeville”, William Malatrat, Le Guichet Montparnasse

Comédien, metteur en scène de nombreuses pièces dont Le journal d’une Femme de Chambre, primé aux P’tits Molières 2015 « Meilleure comédienne dans un premier rôle », William Malatrat dirige aussi l’Atelier d’art dramatique du Guichet Montparnasse.

Sa passion du théâtre, il l’a découverte dès l’âge de 13 ans en découvrant une représentation de Jean Anouilh, Antigone.

Un auteur qu’il n’a pas oublié au fil du temps. Ce soir-là, Jouer sa vie sur un vaudeville est une adaptation modelée, parfois réécrite par William Matrat du  Rendez-vous de Senlis. Le prologue est constitué de textes de différentes œuvres de Anouilh.

Le tourbillon des faux-semblants, la vérité avec le désordre… l’insolence de ce grand dramaturge du siècle passé mais résolument moderne… séduisent William Malatrat qui dans cette nouvelle mise en scène sait les transcender et adhérer le public à sa perception.

Une intrigue captivante qui mêle interrogations, rires et indignations.

Pour ceux qui auraient oublié le début :
Georges, marié par intérêt à une riche bourgeoise, s’éprend d’une jeune femme rencontrée au musée du Louvre. Pour la séduire davantage, il loue une villa qu’il veut lui faire croire pour sienne et fait appel à deux comédiens qui ont pour instruction d’incarner ses parents…

Une représentation qui fait appel à neuf comédiens.

Coup de cœur pour Fanny Blanchard.

Carole Rampal

Jusqu’au 23 septembre
Le Guichet Montparnasse
15 rue du Maine
75014 Paris
01 43 27 88 61

Avec
Agnès Aubert
Fanny Blanchard
Jean-Pierre Chouraqui
Charles Falanga 
Marc Gemayel 
Katy Odoard  
Lauriane Schneider
Dimitri Vasiljevic 
Myriam Vergnol 
Collaboration artistique
Alicia Bluteau
Patricia Alonso

“Une histoire d’amour”, La Scala de Paris

Avec cette pièce Alexis Michalik – auteur, metteur en scène et interprète – entraîne le spectateur dans les méandres du sentiment amoureux. Des prémices d’une rencontre avec tout ce qu’elle porte d’espoirs et de déceptions au dénouement, l’auteur nous fait vivre mille émotions.

Tout commence lors d’une soirée par la rencontre de deux jeunes femmes, Katia et Justine. Rapidement vient l’emménagement, le mariage symbolique célébré par William le frère de Katia, un désir d’enfant, l’une tombe enceinte l’autre pas et c’est le début de la fin de cette histoire d’amour. Jeanne vient au monde et on vérifie que la vie ne tient pas toujours ses promesses, et que certaines décisions ont des conséquences qui rejaillissent sur les autres de façon cruelle et irrémédiable. Il faudra aux personnages beaucoup de courage et d’amour pour faire face aux drames qui les attendent.

Grâce à un bon de douze ans dans le temps nous découvrons Jeanne, jeune ado surdouée et mal dans sa peau, qui vit une relation très forte et exclusive avec sa mère malade, et William désespéré et perdu après un accident de voiture qui a coûté la vie à sa femme. Les événements feront que cette ado et son oncle qui ne se connaissent pas n’auront d’autre choix que de veiller l’un sur l’autre et d’apprendre à s’aimer pour se reconstruire.

Tous les comédiens sont magnifiques, portés par des dialogues simples mais efficaces et sans pathos. Au salut, la salle s’est levée comme un seul homme, enthousiaste, pour célébrer aussi ce retour au théâtre. J’étais émue car j’ai pensé à toutes ces compagnies en grande difficulté à cause du confinement et à ces comédiens qui ne rejoueront pas de sitôt.

Certaines productions restent encore très fragiles.

Armelle Gadenne

Un spectacle d’Alexis Michalik
Avec Pauline Bression, Juliette Delacroix, Alexis Michalik, Marie-Camille Soyer, et en alternance Loir Chabat, Leontine d’Oncieu, Violette Guillon et Amélia Lacquemant

En ce moment, à La Scala
13 boulevard de Strasbourg
75010 Paris
lacalaparis.com
01 40 03 44 30