“Tendresse à quai”, au studio Hébertot

Une rencontre improbable à la gare, d’un prix Goncourt que l’inspiration a quitté depuis longtemps et d’une commerciale en échec professionnel et amoureux…

Qu’est-ce que l’amour ? Qui on aime et pourquoi on est attiré par telle ou telle personne ? L’âge crée-il une trop grande distance entre les êtres ? Nos blessures peuvent-elles guérir grâce à l’autre ?…

Tout commence dans une gare. Une jeune femme attend son train. Quelle est son histoire, que vit-elle ? Le spectateur le découvrira grâce à un homme d’âge mûr, un écrivain en mal d’inspiration, qui l’a remarquée, attablé dans le même café. Une lettre va naître de cette non-rencontre, qu’elle découvrira plus tard au détour d’une publication, lui donnant envie de rencontrer son auteur.

Une relation aux débuts chaotiques va naître. Elle, intriguée par ce qu’elle a lu et en demande d’explications, d’attention et de tendresse ; lui, douloureusement seul, quelque peu misanthrope et méfiant face à cette inconnue dont il avait oublié l’existence.

Les liens qui vont se tisser leur permettront, à l’un comme à l’autre, de repousser des limites trop étroites et de sortir de leur zone de confort jusqu’à trouver leur vérité. Cette vérité qui les fera basculer dans l’acceptation de la réalité d’une vie qui n’est pas à la hauteur de ce qu’ils espéraient, telle qu’elle est, pour pouvoir la prendre à bras-le-corps et enfin faire des choix en conscience qui les transformeront profondément.

Entre le réel et le rêvé, nos personnages se rejoignent, se rassurent et se bousculent mutuellement, jouant toutes les teintes des relations humaines, l’amitié, peut-être l’amour, mais aussi la douceur, les coups de gueule, les moments de tension salvateurs…

Quelle humanité et quelle intelligence de jeu de la part des deux acteurs. Marie Frémont, tour à tour fragile, forte et dominante, et Henri Courseaux, l’auteur de cette merveilleuse pièce, parfois perdu, mais toujours attachant et finalement d’une grande humanité sous ses airs bougons.

Dans cette pièce où tout va très vite, Stéphane Cottin, le metteur en scène, a imaginé un décor inspiré des portes à tambour que les comédiens tournent au gré des scènes. Plutôt ingénieux car en un tiers de tour l’action se déroule au café de la gare, chez Madeleine ou chez Léon.

Tendresse à quai mérite d’être vue pour goûter à la langue précise et savoureuse de Henri Courseaux. C’est un grand moment de bonheur. Bravo !

Armelle Gadenne

De Henri Courseaux
Mise en scène de Stéphane Cottin
Avec Henri Courseaux et Marie Frémont

Du 29 août au 18 novembre 2018
Studio Hébertot
78 bis, boulevard des Batignolles
75017 Paris
https://www.studiohebertot.com/

 

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Le T2G fait sa rentrée

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La programmation du T2G à l’occasion de la saison 2018-2019 du japonisme* fait la part belle aux auteurs japonais.

Tout d’abord Kurô Tanino, dramaturge, metteur en scène et romancier, avec deux de ses pièces : The Dark Master, la rencontre de deux hommes dans un restaurant d’Osaka, double « je » qui nous invite à ne pas toujours se fier aux apparences, et Avidya, l’Auberge de l’obscurité, histoire à la frontière du réel et de l’imaginaire. Puis Shû Matsui, auteur, metteur en scène et directeur de compagnie théâtrale, avec Un fils formidable, qui aborde la solitude et les liens filiaux au cœur de sa création.

Artiste associé du Théâtre de Gennevilliers, Hideto Iwaï, avec Wareware no moromoro, crée son premier spectacle en français inspiré de la vie des participants professionnels et amateurs rencontrés à Gennevilliers. Cet acteur, scénariste et metteur en scène fait partie de la catégorie des “hikikomori, ces personnes qui, par phobie sociale, ne quittent plus leur domicile. Il est resté enfermé chez lui pendant quatre ans et a été sauvé par le théâtre.

Tout au long de cette saison, le T2G sera habité par une présence sonore dans tous ces espaces, grâce aux Voix blanches de Dominique Petitgand, installations sonores pour lieux de passage. Originale et déroutante, cette œuvre nous fait entendre des mots ou syllabes qui accompagnent le promeneur tout au long de ses déambulations.

D’autres metteurs en scène, auteurs et compagnies seront représentés tout au long de l’année dans ce théâtre innovant qui prône un art protéiforme. Retrouvez toute sa programmation ici :  https://www.theatre2gennevilliers.com/la-saison-18-19/

Armelle Gadenne

* Influence de la civilisation et de l’art japonais sur les artistes et écrivains français, puis occidentaux. L’art qui en résulte est qualifié de japonesque. Programme de tous les événements proposés (expositions, danse, cuisine, calligraphie…) dans les musées et théâtres parisiens. https://japonismes.org/fr/officialprograms

T2G – Théâtre de Gennevilliers
41, avenue des Grésillons
Tél. : 01 41 32 26 26

 

Les Mangeurs de Lapins remettent le couvert

Mangeurs de lapin 1

Burlesques, grotesques, ils dépassent les bornes, Les Mangeurs de Lapins (Dominic Baird-Smith, Jean Philippe Buzaud, Sigrid La Chapelle), montés sur leurs éléphants à oreilles amovibles qui déversent sur le public, d’entrée de jeu, leurs gags mais aussi l’eau de leur trompe.

Et voilà… en un clin d’œil, leurs âmes d’enfants, espiègles et sympathiques, savent toucher et retrouver la nôtre. Une recette magique qui n’appartient qu’à eux où s’enchaînent des situations loufoques sous la houlette musicale de Jorge Migova.

Mangeurs de lapins 5Les rires fusent.

Les applaudissements pleuvent quand avec cinq raquettes, Dominic Baird-Smith s’adonne à un sacré numéro de jonglerie.

L’étonnement se produit par la créativité de ce spectacle entre le music-hall et le cirque, signé Sigrid La Chapelle.

 

Ils sont passés par Le Grand Point Virgule, ce mardi 11 septembre, ils repasseront par   le Théâtre de la Plaine du 10 au 27 octobre 2018 avec un nouveau spectacle « Les Mangeurs de Lapin se font la malle ».

Allez les voir ! : Espace Paris Plaine, 13, rue du Général-Guillaumat,
75015 Paris/Tél. : 01 40 43 01 82

Carole Rampal

 

 

“Le Roi Arthur”, au théâtre de l’Épée de bois

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© Cédric Vasnier

« Nos sales faiblesses nous trahissent, nous gouvernent, et nous voici dans l’opprobre et la laideur d’un monde que je voulais beau ! Mais nous avons touché l’innommable. Nous avons perdu foi en toutes choses. Il faut retrouver ce qui est perdu… »  Arthur Pendragon

Le roi Arthur et ses fidèles chevaliers, Lancelot du lac, Guenièvre, Merlin, Morgane, Mordred… autant de personnages mythiques dont les noms ont bercé l’imaginaire des petits et des grands. Pourquoi cette légende celte, apparue vers la fin du Ve siècle, continue-t-elle de nous captiver ? Peut-être parce qu’elle recèle tous les ingrédients propres à la tragédie : lutte pour le pouvoir, honneur trahi, passions, rivalités, vengeance… Une histoire où la chair et le sang sont intimement liés.

À l’instar des dieux dans les tragédies grecques, les magiciens et les fées font et défont les destinées humaines. Ainsi, Merlin l’Enchanteur a-t-il élu Arthur Pendragon pour sauver le peuple celte des envahisseurs germaniques et monter sur le trône royal. Jean-Philippe Bêche dans le rôle titre campe un conquérant, certes, mais surtout un roi en proie au doute et à des passions bien humaines. Un roi déchiré entre son idéal et une double trahison (celle de la femme qu’il aime et celle de son plus fidèle chevalier et ami).

Dans ce monde qui exalte les valeurs guerrières et le sens de l’honneur, les figures féminines n’en sont pas moins riches et complexes. Avide de vengeance, la fée Morgane – qui a eu des relations incestueuses avec Arthur – est prête à tout pour contrecarrer les plans ourdis par son maître Merlin et assouvir sa haine envers son demi-frère, malgré les tentatives de sa mère Ygerne pour l’en empêcher.

Dans la belle salle en pierre du théâtre, la mise en lumière d’Hugo Oudin crée une atmosphère envoûtante, magnifiant les costumes médiévaux et les spectaculaires combats au bâton et à l’épée. Les percussions d’Aidje Tafial rythment le spectacle et lui apportent un supplément d’intensité dramatique.

Durant 1 h 45, grâce à une interprétation talentueuse et homogène, nous sommes suspendus au destin du roi Arthur et de tous les personnages qui gravitent autour de lui.

Si vous aussi, vous avez envie de plonger au cœur de cette épopée, de frémir, de vibrer et de croiser le fer aux côtés des chevaliers de la Table ronde, courez vite au théâtre de l’Épée de bois, les jours du “Roi Arthur” y sont comptés.

Véronique Tran Vinh

Écrit et mis en scène par : Jean-Philippe Bêche
Avec : Jean-Philippe Bêche, Antoine Bobbera, Lucas Gonzales, Jérôme Keen, Erwan Zamor, Marianne Giraud-Martinez, Marie-Hélène Viau, Franck  Monsigny, Morgane Cabot, Fabian Wolfrom

DU 6 AU 14 OCTOBRE
Du jeudi au samedi à 20 h 30
Samedi et dimanche à 16 h
sauf les : jeudi 27 septembre et 4 octobre, vendredi 5 octobre

Théâtre de L’Épée de bois
Cartoucherie de Vincennes
Route du Champ de Manœuvre
75012 Paris
www.epeedebois.com

Helsingør – Château d’Hamlet, Le Secret Paris 5

crédit photo : Mélanie Dorey

Helsingør est une belle aventure qui a demandé trois ans de préparation et une grande détermination de la part d’un collectif novateur et enthousiaste emmené par Léonard Matton, le metteur en scène de ce spectacle immersif, de la compagnie Antre De Rêves et Jean-Loup Horwitz, administrateur de la Fondation Polycarpe mécène du projet… et l’un des Polonius de la troupe (tous les rôles sont doublés).

De la détermination, il leur en a fallu pour gravir, une à une, toutes les marches qui les ont conduits au château d’Hamlet revisité, dans ce lieu incroyable et unique qu’est Le Secret ! Cette ancienne usine de 1 200 m² cachée dans le 5e arrondissement, qu’ils ont dû repenser, réaménager et décorer avec beaucoup de créativité pour accueillir le public et les personnages de Shakespeare. D’ailleurs, tout le monde a mis la main à la pâte au Secret, travaillant et jouant en fonction des besoins. Car ce sont aussi et avant tout de belles rencontres, humaines et solidaires, que ce projet a vu naître.

Pour qui veut vivre ce Hamlet en immersif, où chacun est libre de déambuler dans les différentes pièces du château, au gré de ses envies, il suffit de se laisser inspirer. Ainsi, les chambres, la chapelle, la salle du trône, le cimetière deviennent des espaces de découverte, de rencontres entre les spectateurs et les personnages que l’on peut observer de très près puisque cette mise en scène nous plonge au cœur de l’action.

Il est d’ailleurs amusant d’observer les mouvements de spectateurs qui ont choisi de suivre tel ou tel personnage… et de les voir courir derrière lui pour ne rien rater de ses scènes. C’est en effet au spectateur et à lui seul de vivre l’intrigue de façon autonome, et de créer sa propre chronologie de l’histoire… – les scènes se jouant en simultanée –, quitte à revenir voir le spectacle, ce que je vous invite à faire, pour en découvrir d’autres facettes.

Être aussi proche des comédiens est intense, car il n’y a plus le recul que proposent le théâtre et ses règles : rangées de sièges bien ordonnées et scène. Lorsqu’Ophélie, jouée par l’incroyable Marjorie Dubus (je n’ai pas encore vu jouer Camille Delpech…), réalise que Hamlet a tué son père, il se dégage d’elle une telle puissance émotionnelle que toute la chambre royale est saturée de son chagrin. Assise dans l’un des fauteuils de la chambre, je me suis sentie aspirée par la profondeur de son désespoir. Cette générosité est l’âme même du jeu de l’acteur et les comédiens ne ménagent pas leur peine pour donner à voir et à ressentir au milieu de tous ses visages inconnus qui leur sont si proches, et si lointains à la fois…

À vivre aussi, le combat final dans le cimetière, impressionnant de réalisme dans la colère et dans la violence.

Un petit conseil, ce spectacle est aussi l’occasion de participer à un escape game géant où des indices sont disséminés un peu partout dans le château. Il suffit de fouiller sans déranger. Amusez-vous à chercher les secrets des personnages, il y a une surprise à la clé.

Je terminerai par le commencement, une fois n’est pas coutume, c’est-à-dire par le bar végétalisé, premier contact avec Le Secret, qui mérite que l’on s’y attarde, ne serait-ce que pour y boire un verre (il faut goûter les jus de Marie), manger bio, papoter avec les comédiens ou échanger sur vos impressions après le spectacle.

Le 18 rue Larrey est aussi un lieu où sont organisés des brunchs, des activités culturelles diverses : exposition, réalité virtuelle, bals, ateliers créatifs, escape games, performances, pièces de théâtre. Pour adultes et enfants.

Laissez-vous surprendre… Être proactif, curieux et aventureux est aussi une façon originale de vivre le théâtre.

Armelle Gadenne

Distribution
Auteur : William Shakespeare
Interprètes : Roch-Antoine Albaladejo, Dominique Bastien, Loïc Brabant, Cédric Carlier, Michel Chalmeau, Zazie Delem, Camille Delpech, Marjorie Dubus, Anthony Falkowsky, Thomas Gendronneau, Gaël Giraudeau, Jean-Loup Horwitz, Laurent Labruyère, Mathias Marty, Claire Mirande, Matthieu Protin, Jacques Poix-Terrier, Jérôme Ragon, Hervé Rey et Stanislas Roquette
Réalisateur/Metteur en Scène : Léonard Matton

Jusquà fin octobre
Site : www.le-secret-paris.com 
Facebook : https://www.facebook.com/LeSecret.Paris5/
Instagram : https://www.instagram.com/lesecretparis5/

 

 

Spécial Avignon : “LoDka” au Théâtre du Chêne noir

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photos : ©Maria Mitrofanova ©Alisa Gill

 

On rit, on éclate de rire, on rit encore, on rit aux larmes.

Embarqué dans leur petit bateau (LoDka en russe) pour le meilleur et pour le pire, le fol équipage traverse les contrées pour venir jusqu’à nous et on en redemande.

Cinq artistes survoltés dans une pièce écrite et jouée par eux qui se passe… dans un petit théâtre.

Mise en abyme ô combien réussie avec un directeur tyrannique, une scénariste débordante d’imagination, des comédiens souffre-douleur ou chouchoutés, un jeune premier plus très jeune.

Décors de papier peint, humour déjanté, émotions tragiques, cette troupe russe réussit à nous toucher par son humanité. Des moments de poésie émergent, entrecoupés de francs éclats de rire, sans un mot intelligible.

Olga Eliseeva, Alexander Gusarov, Marina Makhaeva, Yulia Sergeeva, et Natalia Parashkina sont passés maîtres dans l’art du burlesque. Déjà ovationnés dans La famille Semianyki, un spectacle qui a fait le tour du monde, ils continuent leur route pour notre plus grand plaisir.

LoDka a déjà reçu le prix de l’Association de spectateurs de théâtre de Saint-Pétersbourg « pour des émotions sincères et profondes, un sens de la fête, plein de joie et de rire ».

On lui souhaite une tournée mondiale à guichets fermés.

 

Plûme

 

LoDka
Metteur en scène : Sergey BYZGU
Interprètes : Olga ELISEEVA, Alexander GUSAROV, Marina MAKHAEVA, Yulia SERGEEVA (famille Semianyki) avec la participation exceptionnelle de Natalia PARASHKINA.
Scénographie : Boris Petrushanskij
Lumière : Egor Bubnov
Son : Sergey Ivanov

Spécial Avignon : “Tempête !” et “Point d’interrogation” au théâtre des Carmes

Avec Irina Brook à la mise en scène, on peut parier, sans prendre de gros risques, que le spectacle sera de qualité. Qu’elle s’attaque à un classique, comme c’est le cas de La Tempête de Shakespeare, ou qu’elle innove avec Point d’interrogation, de Stefano Massini, on fait confiance à son amour des mots, à son imagination, à son talent pour nous surprendre et nous ravir.

À chaque fois, elle sait s’entourer de talents et c’est aussi ce qui fait sa force.

Aujourd’hui, au Festival d’Avignon, elle veut faire connaître le répertoire du Théâtre national de Nice, qu’elle dirige depuis quatre ans, et en particulier deux pièces qu’elle a mises en scène : Tempête ! et Point d’interrogation.

Les comédiens sont les mêmes, excepté un : une bande de jeunes bourrés de talent et d’énergie, les Éclaireurs. Ils ont tenu pendant trois semaines en interprétant en alternance les deux spectacles de 1 h 30 et 1 h respectivement… une belle performance !

Que vous dire de ces deux spectacles ? Tous les deux sont des réussites.
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Le premier transporte le texte de Shakespeare dans les cuisines de restaurants italiens afin de retrouver le tyran Prospero en chef. Dans un décor très coloré, la petite troupe des Éclaireurs sert et dessert à merveille les desseins du grand Renato Giuliani.

 

 

Quant au second… nous voici plongés dans l’obligation de penser le futur. De quoi sera-t-il fait ? Serons-nous encore malades ? Connaîtrons-nous encore la tristesse ? Que mangerons-nous ? Comment apprendrons-nous ? Les livres existeront-ils encore ?

À toutes ces questions, et à bien d’autres encore, Kevin Ferdjani, Marjory Gesbert, Issam Kadichi et Irène Reva, comédiens au talent explosif, répondent par l’humour, le rire, la facétie… car il vaut mieux en rire qu’en pleurer. Ce qui n’empêche pas de réfléchir. Cela donne une pièce drôle, piquante et dérangeante sur ce que nous voulons – réellement – comme avenir.

Dans tous les cas, si par bonheur, un de ces deux spectacles se produisait près de chez vous, courez vite prendre une tranche de vie énergisante.

Plûme

En tournée :

Tempête !

Sainte Maxime, Le Carré Sainte-Maxime, du 9 au 11 janvier 2019
Neuchâtel (Suisse), Théâtre du Passage, les 6 et 7 mars 2019

Point d’interrogation

Marseille, Théâtre National de Marseille – La Criée, du 16 au 20 décembre 2018
Colmar, Comédie de l’Est – CDN d’Alsace, du 17 au 19 janvier 2019
Nancy, La Manufacture – CDN Nancy-Lorraine, du 29 janvier au 2 février 2019
Neuchâtel (Suisse), Théâtre du Passage, les 3 et 4 mars 2019

Spécial Avignon : “Une saison en enfer” au Théâtre des Halles

 

Une présence, une voix, un texte… Quelle émotion !

Le comédien Jean-Quentin Châtelain est planté là au centre de la toute petite scène de la chapelle du Théâtre des halles, il ne bougera pas de ce point fixe – un cratère comme le purgatoire de Dante –, mais sa voix, elle montera, descendra, tapissera l’air de vibrations poétiques.

Le monologue de Rimbaud prend chair avec le comédien qui raconte : « Le texte, c’est comme un fil tendu où on tente de garder son équilibre, comme un funambule. C’est justement le plaisir du vide, de cette solitude sur le fil qui donne la beauté du voyage. »

Et on part avec lui… en enfer !

La folie toujours présente mais aussi la tristesse, l’ivresse, l’amour, les mirages, les désespoirs, ici Rimbaud se met à nu.

La voix profonde du comédien psalmodie, chuchote, gronde, supplie, ricane, n’a de cesse de repartir entre deux inspirations profondes pour donner, presque à toucher, tous les états d’âme du poète.

C’est du grand art. Jamais poésie n’aura été si vivante, si vibrante, n’aura autant subjugué, ému, captivé.

Jean-Quentin Châtelain fait entièrement corps avec le poème de Rimbaud. Lui, massif, met toute sa force à ciseler Une saison en enfer comme le « diamant » dont Verlaine qualifiait la prose du poète. Et il nous l’offre. Merci !

 

Une expérience poétique, magnétique, inoubliable.

Plûme

  

Jusqu’au 29 juillet à 11 h
au Théâtre des Halles, rue du Roi René, Avignon

Une saison en enfer d’Arthur Rimbaud
Metteur en scène : Ulysse Di Gregorio
Interprète : Jean-Quentin Châtelain

Spécial Avignon : “Le sac de Litha” à la Chapelle du verbe incarné

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photos : ©Willy Vainqueur

Rencontre improbable que celle à laquelle nous assistons avec ce spectacle. Des comédiens sud-coréens et guadeloupéens réunis sur scène pour nous raconter l’histoire de Litha, interprétée par la Coréenne Mo-Eun Kim et son double, la comédienne et chanteuse guadeloupéenne Lucile Kancel.

Effectivement, tout est affaire de rencontres… et Litha croise, malheureusement, le chemin de Brazil, le diable, la mort, sous les traits d’un beau jeune homme qui la convie à sa dernière danse. Mais elle, elle aime la vie, la musique, le chant des oiseaux, elle ne peut ni ne veut partir comme ça, sans un mot, sans histoires…

Et des histoires, elle en a plein son sac, un énorme sac. Rusée, elle passe un accord avec le diable pour qu’il lui laisse vider son sac avant de mourir. Il accepte et du sac jaillissent contes, poèmes, tout ce qui fait la vie.

Grâce à la littérature, à la poésie, les échanges avec les autres sont non seulement possibles mais joyeux.

Oiseaux, comédiens, musiciens, chanteurs, danseurs, tous participent au chaos du monde dans une folle explosion de joie.

Tout le spectacle est sur-titré (en français et en coréen) et le spectateur peut suivre cette fête des langues créole, coréenne et française.

L’auteur, et aussi metteur en scène, Gilbert Laumord sait tisser les liens nécessaires pour que naissent les créations artistiques. Aujourd’hui, il a travaillé avec le dramaturge sud-coréen Jungo Choe pour créer Le Sac de Litha, une œuvre pour le moins atypique où dialoguent les imaginaires d’Aimé Césaire, d’Edouard Glissant mais aussi les contes antillais et le théâtre traditionnel coréen.

Une vraie réussite !

 

Plûme

 

Jusqu’au 28 juillet, à 15 h
à la Chapelle du verbe incarné, 21G, rue des lices (en face du n°60), Avignon
Metteur en scène : Gilbert LAUMORD
Interprètes : Youg-Seok CHOI, Didier JUSTE, Lucile KANCEL, Mo-Eun KIM, Christian LAVISO, Hui-Woong LEE, Seung-Hyeok LEE, Ga-Ae MOON
Metteur en scène associé : Junho CHOE
Traduction texte en coréen : Lukhan LEE
Compositeur : Young-Suk CHOI, Christian LAVISO
cor: Kyoung Sik NAM
Lumières : David ESGUERRA
Costumes : KIM Yeeun HAN Kyuri
gie générale et surtitrage en français : Si-Jung YEOM

 

 

 

Spécial Avignon : “Cabaret Louise” au Théâtre des Barriques

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©Xavier Cantat

La Compagnie du grand soir convoque Louise Michel pour nous offrir un spectacle résolument engagé, à la fois sérieux, libre et festif.

Nous voilà donc pendant la Commune de Paris en compagnie de Louise Michel, femme révolutionnaire, institutrice, amie de Victor Hugo… Nous la suivons en 1870-71, sur les barricades, dans les rues de Paris assiégé par les Prussiens avec la complicité du gouvernement versaillais dirigé par Thiers.

L’histoire a rendez-vous ce soir au cabaret. Le propos est sérieux et donne les clés peu connues de l’histoire de la Commune, entre autres le rôle réactionnaire de Jules Ferry.

Les chansons entrent en scène, légères ou moins, elles accompagnent un moment, des histoires. Aujourd’hui n’est jamais bien loin, d’autres font irruption signées Louise Attaque, Moustaki ou Johnny…

Les deux complices, Charlotte Zotto et Régis Vlachos, mènent tambour battant le spectacle dans leur cabaret, où l’on chante, l’on rit, on tremble…

Un spectacle riche de surprises, bien interprété par deux comédiens de talent. Le grand soir est décidément joyeux !

Mais voilà que surgissent les problèmes, et plus exactement les problèmes de couple, parce que ces deux-là viennent de rompre.

Et nous voilà plongés dans le quotidien à gérer : les clés à rendre, les décisions à prendre, les reproches… Bref la vie d’aujourd’hui, avec tous les questionnements sur le couple, les stéréotypes, les rôles déjà distribués selon le genre.

Ces digressions, bien que réussies, interfèrent trop souvent avec le reste du spectacle et du coup font perdre un peu de la force du propos.

 

Plûme

 

Jusqu’au 29 juillet, tous les jours à 19 h,
au Théâtre des Barriques, 8 rue Ledru-Rollin
Texte : Régis Vlachos
Metteur en scène : Marc Pistolesi
Interprètes : Charlotte Zotto, Johanna Garnier et Régis Vlachos
Vidéo/Son : Maxime Trévisiol

Spécial Avignon : “Cent mètres papillon” à la Manufacture

 

Très gros succès pour Maxime Taffanel où toutes les représentations de Cent mètres papillon affichent complet au Festival Off.

Le jeune comédien raconte son expérience de nageur de haut niveau, et dès le début on comprend un tel succès. La manière dont il parle d’elle, avec qui il est en harmonie, qui le porte, le fait glisser, on ressent tout le plaisir qui l’a irradié des années durant à être dans l’eau.

Les mouvements se transforment en sons, clapotis, poussées, culbutes, bulles de respiration qui claquent aux oreilles, résistance de l’eau, appui sur l’eau… Chacun a sa musique et c’est à un véritable concert que le nageur-comédien nous convie.

Il campe tous les personnages du monde de la natation de compétition, non sans humour : entraîneur, copains de bassin, concurrents, parents, amis. Et on l’accompagne dans son envie de hisser sur les plus hautes marches des podiums, lui le gamin un peu timide. Il s’entraîne sans relâche, tous les jours, son rythme est celui des coulées, des remontées, des culbutes. Il est addict… à l’eau chlorée.

Mais le chrono est là, impitoyable dans la main du coach.

Seul sur scène, Maxime Taffanel se livre en toute sincérité, ne ménageant jamais ses efforts, comme s’il était encore et toujours dans le grand bassin.

Le jeune comédien met toute son énergie dans ce dernier Cent mètres papillon et les applaudissements du public saluent son exploit.

La pièce a terminé ses représentations au Festival d’Avignon, mais elle part en tournée, alors ne la loupez pas.

 

Plûme

 

centmetrespapillonCent mètres papillon
Idée originale et texte :
Maxime Taffanel
Adaptation et mise en scène : Nelly Pulicani
Jeu : Maxime Taffanel
Création musicale : Maxence Vandevelde
Lumières : Pascal Noël
Conseils costumes : Elsa Bourdin

 

 

En tournée
LAVAL (53) dans le cadre du Festival le Chaînon manquant : 11 ou 12 septembre 2018
JOUY-LE-MOUTIER (95) THEATRE : vendredi 14 septembre 2018
VALENCE (26) COMÉDIE -Théâtre itinérant : jeudi 20, vendredi 21, mardi 25, mercredi 26, jeudi 27, vendredi 28 septembre, mardi 9, mercredi 10, jeudi 11, vendredi 12, mardi 16, mercredi 17, jeudi 18, vendredi 19, mardi 23, mercredi 24 octobre 2018
SAINT-JACQUES DE LA LANDE (35) L AIR LIBRE : jeudi 4 octobre et vendredi 5 octobre 2018
TOULOUSE (31) THÉATRE SORANO: vendredi 16, samedi 17 novembre 2018
ROUEN (76) THÉATRE DE L ETINCELLE : mercredi 9, jeudi 10 et vendredi 11 janvier 2019
AMIENS (80) COMÉDIE DE PICARDIE : vendredi 18 janvier 2019
NOISY-LE -SEC (93) THÉATRE DES BERGERIES : samedi 9 février 2019
CARROS (06) FORUM JACQUES PRÉVERT : vendredi 25 janvier 2019
ZIERS (34) SORTIE OUEST : 4 représentations en février 2019 (en cours de calage)
LA TALAUDIÉRE (45) – LE SOU : samedi 9 mars 2019
PITHIVIERS (45) THÉATRE DU DONJON : vendredi 5 avril 2019
GAP (05) THÉATRE LA PASSERELLE SN ALPES DU SUD : mardi 7, jeudi 9, vendredi 10 mai 2019
ANGERS (49) LE QUAI – CDN ANGERS PAYS DE LA LOIRE dans le cadre temps fort émergence : 7 et 8 juin 2019.

Spécial Avignon : “Sang négrier” au Théâtre Al Andalus

©Nicolas Cronier

L’homme est seul, responsable des décisions qu’il a prises et qui ont transformé une simple escale en un cauchemar.

Cet homme tremblant, vêtu de loques, livide, se souvient de l’escale à Saint-Malo, lors du retour de la dépouille du capitaine du bateau à sa veuve. Lui le second, capitaine maintenant, responsable de la charge de “bois d’ébène” du bateau négrier, raconte le long cauchemar dans lequel il a plongé jusqu’à la folie.

Bruno Bernardin est cet homme, totalement.

Il porte le terrible et beau texte de Laurent Gaudé comme une flamme incandescente qui le consume.

De la nouvelle de l’évasion de cinq esclaves, en passant par leur traque jouissive par les habitants de la ville et l’équipage à travers les ruelles de Saint-Malo, jusqu’à la terrible vengeance d’un des leurs, le comédien incarne avec talent « la banalité du mal », la peur, la folie.

Mais comme pour Cain, « l’œil était dans la tombe et regardait Cain », le capitaine n’aura aucun répit, poursuivi par le doigt accusateur de l’homme couleur d’ébène.

Il ne reste que quelques représentations avant la fin du festival et la salle est petite, alors courez voir cette descente au plus profond de la mémoire collective, vous ne sortirez pas indemne.

Plûme

Jusqu’au 29 juillet, tous les jours à 13h15,
au Théâtre Al Andalus, 25 rue d’Amphoux, Avignon

SANG NEGRIER de Laurent Gaudé,
Mise en scène de Khadija El Mahdi
avec Bruno Bernardin
Costume : Joëlle Loucif
Masque : Etienne Champion
Scénographe : Stefano Perocco di Meduna
Création décor : Rémi Cassan
Lumières : Michaël Baranoff

 

 

Spécial Avignon : “Oh Oh”, au Théâtre du Chêne noir

©Compagnie Baccalà

Comment vous parler d’un tel spectacle ?

Sans un mot, uniquement dans la gestuelle que manient si bien les clowns, les voilà tous les deux sur scène. Un couple pas comme les autres, fagotés de gris et de rouge. Elle en jupe rouge et lui en chemise rouge, tout en harmonie de contraires, le couple se taquine, se survole, s’élève, retombe… aidé d’une simple échelle en corde, de musique et d’un brin de fantaisie bien entretenue.

Les deux clowns, Camilla Pessi et Simone Fassari, sont un peu acrobates, un peu musiciens, un peu danseurs… ou plutôt équilibristes, artistes, mimes, comiques.

Avec peu de moyens, leur spectacle est une vraie réussite car ils possèdent un réel sens du burlesque où n’importe quelle situation se transforme, grâce à une alchimie de détails, en un moment désopilant.

Tout ça pour vous dire qu’assister à leur spectacle vaut vraiment le déplacement, qu’on y rit, qu’on y rêve et qu’on s’y élève loin de tout ce que l’on connaît dans le genre.

Plûme

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Jusqu’au 28 juillet, tous les jours à 14 h 30 (relâche les 16 et 23 juillet)
Théâtre du Chêne noir
8 bis, rue Sainte Catherine, Avignon

De et avec Camilla Pessi & Simone Fassari
Mise en scène : Valerio Fassari & Louis Spagna
Aide à la recherche artistique : Pablo Ariel Bursztyn
Musique : Antonio Catalfamo
Création lumière : Marco Oliani
Création des costumes : Fleur Marie Fuentes
Costumes supplémentaires : Ruth Mäusli
Technique aérienne : Françoise Cornet
Management : Kate Higginbottom
Production : Compagnia Baccalà
En coproduction avec : Teatro Sociale Bellinzona & Quai des Arts Rumilly