“Les Carnets d’Albert Camus”, au Lucernaire

© DR

Le metteur en scène Stéphane Olivié Bisson a choisi de se faire comédien, et quel comédien ! pour ces Carnets, en fait de simples cahiers de travail au départ, qui se révèlent être de vrais journaux intimes… Ils furent écrits de mai 1935 à décembre 1959, soit de ses 22 ans à ses 46 ans, et furent publiés à partir de 1962.

Camus s’y livre avec une belle liberté de ton, avec pudeur et courage à la fois. On y sent toute sa tendresse pour sa terre natale, l’Algérie, et pour sa mère, qui y est étroitement associée. Il y évoque ses combats et ses désillusions, ses amours et ses doutes, sa vocation et sa maladie, aussi, la tuberculose. On y entend une parole infiniment vivante, soucieuse de justice et de simplicité dans l’expression qui la rend profondément touchante.

Dans la délicieuse petite salle haut perchée du Paradis, devant un rectangle de cailloux blancs et un écran où défileront d’anciennes photos de paysages commence le récit superbement mis en scène par Bruno Putzulu. Le cinéma d’Alger, les pastilles de menthe qu’on s’y échange, le trouble auquel on s’initie avant de sortir dans l’aveuglante blancheur de la ville…

Camus, par la voix chaude et douce de l’interprète, nous immerge très vite dans l’odeur des caroubiers, les bruits de mer, les pierres très anciennes et chaudes d’Alger, ce qu’il appelle ce « bain de chair et de soleil ». Et nous qui venons de la nuit froide de Paris, voici que nous sommes plongés dans sa « terre perdue », que nous entrons dans sa « passion sans frein pour l’Algérie ». Terre de sensualité, d’émerveillement pour celui qu’on a longtemps pris, à tort, pour un séducteur. « La beauté est mon pire ennemi. Je ne séduis pas, je cède. La tentation est perpétuelle »…

Des thèmes récurrents
Dans l’éclatante lumière apparaît sa mère, humble et douce figure qui parle des cadeaux utiles qu’il recevra désormais, parce qu’il est grand, et, bien sûr , il ne le dit pas, parce que le superflu ne peut être assumé longtemps. « J’ai honte de ma pauvreté et de ma famille » – mais il écrit désormais, et « il n’a plus honte de cette honte ». Tout l’amour qu’il porte à cette mère simple, toujours occupée à travailler, toujours fière de lui, éclate dans un « J’aimais ma mère avec désespoir ».

Alors émerge ce thème si fort, si poignant, qui parcourt son œuvre tout entière : son « impossibilité congénitale à être un bourgeois satisfait ». Il se fait dur pour la France : le Français, dit-il, « est devenu fonctionnaire, petit bourgeois et midinette. Le coup de génie est d’en avoir fait un révolutionnaire légal. (…) Il refait le monde sans lever le cul de son fauteuil ».

Face à la guerre en Algérie, Camus décide de rapatrier sa mère auprès de lui, à Lourmarin, dans le Luberon, où il a acheté une maison. Sa mère en aime le climat, la campagne, la végétation. Et ce formidable acteur qu’est Stéphane Olivié Bisson nous fait monter les larmes aux yeux lorsqu’il murmure, mère déçue face au fils désarmé : « C’est bien, mais y a pas d’Arabes…»

Un merveilleux spectacle, très émouvant, qui fait revivre un Camus étonnamment familier.

Fabienne Clairambault

Adaptation, mise en scène et interprétation
Stéphane Olivié-Bisson
Collaboration artistique
Bruno Putzulu


Du 13 mars au 4 mai 2019
À 19 h du mardi au samedi
Théâtre Lucernaire
53, rue Notre-Dame-des-Champs
75006 Paris
Tél. : 01 45 44 57 34
http://www.lucernaire.fr/theatre/3262-les-carnets-d-albert-camus.html

Publicités

“Anaïs Nin, une de ses vies”, à l’Athénée Théâtre

 

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Photos © Emilie Brouchon Christine Coquilleau

Comme pour beaucoup de grands artistes, la vie d’Anaïs se confond avec son œuvre. La metteuse en scène Wendy Beckett a choisi d’éclairer avec beaucoup de subtilité la relation passionnée qu’elle a entretenue avec Henry Miller, montrant l’enchevêtrement complexe de leur amour avec la création littéraire.

La pièce se situe dans le Paris des années 1930, où de nombreux artistes étrangers convergeaient alors, attirés par l’atmosphère de liberté et de créativité de la capitale française. La mise en scène nous plonge habilement au cœur de la vie et de l’œuvre d’Anaïs Nin, par l’intermédiaire d’un écran vidéo, sur lequel défilent des bribes de texte, et où apparaissent et disparaissent les personnages en ombres chinoises. La scénographie conjugue jeux de lumière, musique jazzy et costumes séduisants pour créer une ambiance subtilement érotisante.

Libre de corps et d’esprit
Wendy Beckett nous montre le cheminement personnel et artistique d’Anaïs Nin qui, très tôt, affirme une personnalité hors norme, surtout pour son époque. Éprise de beauté et d’absolu, elle revendique une conception de la littérature qu’elle qualifie elle-même de « féminine », qui repose essentiellement sur les perceptions et les sentiments. Elle met sa sensibilité et sa sensualité exacerbées au service de son œuvre, ce qui donne naissance à un style très personnel, entremêlant poésie et liberté de ton.

La nécessité d’écrire
L’amour d’Anaïs pour Henry Miller, sa fascination pour sa femme June et leur sulfureux triangle amoureux ne la détournent pas pour autant de son travail. Au contraire, ils contribuent à alimenter un imaginaire fantasque et fécond : « Je crois que l’on écrit parce que l’on doit se créer un monde dans lequel on puisse vivre. Je ne pouvais vivre dans aucun des mondes qu’on me proposait. »
Chez cette personnalité complexe, qui aime braver les interdits, difficile de distinguer le fantasme de la réalité, comme le montrent bien la scène (savoureuse) où elle joue à inverser les rôles entre elle et son analyste, ou celle, troublante, où elle est confrontée à son père adoré, disparu de sa vie alors qu’elle était encore enfant.

Séductrice et déterminée
Dans le rôle principal, j’ai eu beaucoup de plaisir à retrouver Célia Catalifo, l’interprète du rôle titre de la précédente (et magnifique) pièce de Wendy Beckett, Claudel, de l’ascension à la chute, montée en 2018 au théâtre de l’Athénée https://bit.ly/2HlH5Kh. Elle apporte sa grâce troublante et son jeu subtil à la figure mythique de l’écrivaine, jouant avec ses multiples facettes : tour à tour femme enfant mutine, enjôleuse et fragile, mais aussi artiste et intellectuelle à l’esprit acéré, déterminée à aller au bout de ses ambitions littéraires. Elle est très bien entourée, notamment par Laurent Maurel et Laurent d’Olce, dans les rôles de Henry Miller et d’Otto Rank.

Cette adaptation biographique est l’occasion de découvrir l’un des pans de la vie de celle dont le célèbre Journal n’a pas fini de nous fasciner. Féministe avant l’heure ? Femme libre avant tout…

Véronique Tran Vinh

Écrit et mis en scène par Wendy Beckett
Assistée de Diana Iliescu Vibert
Scénographie de Halcyon Pratt
Costumes de Sylvie Skinazi
Lumières de François Leneveu
Création sonore de Ray Thomas
Projections de Sébastien Angel

avec : Célia Catalifo (Anaïs Nin), Laurent d’Olce (Dr Rank et père d’Anaïs), Mathilde Libbrecht (June), Laurent Maurel (Henri Miller)

Du 13 au 30 mars 2019
Athénée Théâtre Louis-Jouvet
7, rue Boudreau
75009 Paris
https://www.athenee-theatre.com/

“Apocalypse bébé”, au théâtre Paris-Villette

 

© Lou Hérion

Selma Alaoui s’empare du livre de Virginie Despentes et nous en livre une adaptation survoltée, sur fond de musique électro-pop.

Ce polar déjanté nous entraîne de Paris à Barcelone sur les traces de Valentine, une fille de 15 ans qui a disparu. Pour la soutenir dans cette enquête, Lucie Toledo, jeune détective peu douée, a fait appel à la Hyène, une consœur plus expérimentée, aux méthodes très personnelles. Quand on sait que la disparue est une ado nihiliste, nymphomane, droguée, alcoolique, et qu’elle « fout le bordel » partout où elle passe, on est en droit d’imaginer le pire…

À un train d’enfer, nous voici embarqués dans un road trip dans lequel se côtoient paumés de tous bords. Une société décadente dans laquelle on fume, on se drogue, on baise à tour de bras. Parents égocentriques et irresponsables, ados dégénérés, cathos, musulmans, hétéros, lesbiennes, junkies, partouzeurs… tout le monde en prend pour son grade. Grâce aux dialogues à l’humour trash, on ne s’ennuie pas une seconde.

Sous nos yeux, la scène se transforme en un tour de main en bureau, dance-floor à l’ambiance survitaminée ou encore, en plage barcelonaise. Une voiture surgit même sur scène. La musique contribue à apporter une énergie très rock au spectacle. Seul petit bémol : certaines scènes, un peu étirées en longueur et la fin, trop convenue à mon goût. Cela ne nuit cependant pas à la qualité de l’ensemble.

En short ultramoulant, multipliant les mimiques et les déhanchés suggestifs, Eline Schumacher (meilleur espoir féminin aux Prix de la critique 2015 en Belgique) assure dans le rôle de l’ado hypersexuée et paumée par laquelle tous les problèmes arrivent. Le reste de la troupe ne démérite pas. Citons notamment Mélanie Zucconi, parfaite dans la peau de Lucie, la fausse ingénue, Ingrid Heiderscheidt, dans celle de la cynique Hyène, aux répliques cinglantes, ou encore Aymeric Trionfo, hilarant en altermondiste ou chanteur de groupe rock.

Une fois la pièce terminée, on n’a qu’une envie, découvrir sa face littéraire et foncer acheter le livre de Virginie Despentes (couronné par le Renaudot 2010).

Véronique Tran Vinh

D’après Virginie Despentes
Mise en scène et adapatation Selma Alaoui
Scénographie et costumes Marie Szernovivcz
Création lumière Simon Siedmann
Création sonore Guillaume Istace, David Defour
Dramaturgie et vidéo Bruno Tracqavec
Avec :
Maud Fillion / Zoska
Ingrid Heiderscheidt / La Hyène
Nathalie Mellinger / Tous les rôles de mère
Eline Schumacher / Valentine
Achille Ridolfi / Le Père, la boss de Valentine et le danseur
Aymeric Trionfo / Carlito, Rafik et chanteur du groupe
Mélanie Zucconi / Lucile

Jusqu’au 28 mars 2019
Du mardi au samedi à 20 h
Vendredi à 19 h, dimanche à 15 h 30

 Théâtre Paris-Villette
211, avenue Jean Jaurès
75019 Paris
http://www.theatre-paris-villette.fr/

 

“Holiday en Ice”, au Palais des Sports

jO1kS3yQ.jpeg

Assis dans une machine à remonter le temps, un patineur nous transporte, en 1943, dans des coulisses où les premiers artistes se présentent à l’audition d’un spectacle qui sera de portée mondiale à travers les décennies : Holiday on Ice.
C’était à l’époque, à Ohio, pendant les vacances de Noël (d’où son nom « Vacances sur glace »). C’est aujourd’hui à Paris, le temps de 9 représentations, jusqu’au 5 mars 2019 pour fêter ses 75 ans de tournées.

Un anniversaire grandiose où des créatifs mondiaux (à la direction artistique, Kim Gavin ; à la chorégraphie, Robin Cousins ; aux costumes, Michael Sharp ; aux décors, Misty Buckley) n’ont lésiné sur rien pour séduire le public.

Pendant ces deux heures féeriques, 40 des meilleurs patineurs et patineuses de renommée internationale glissent sur une mise en scène incroyable. Un train, une moto et une barque viendront sur glace jusqu’aux spectateurs pour continuer de les faire voyager.

Un globe terrestre suspendu dans l’air au bout des pieds d’un patineur attire le regard. Sur un trapèze, des artistes s’élancent dans un numéro à couper le souffle.

Une poésie de chaque instant où 300 costumes faits main, décors insolites, hologrammes et obstacles de feu, réverbèrent de leur couleur sur la glace.

Mais aussi de l’humour, des chansons et des musiques interprétées par un orchestre qui accompagne des numéros de performances sportives de haut niveau.

Une consécration où chacun applaudit et ressort du spectacle les yeux remplis d’étoiles.

 

Carole Rampal

 

Prochaines tournées :

– À Cergy, du vendredi 8 mars 2019 au dimanche 10 mars 2019.
– À Cergy du vendredi 8 mars 2019 au dimanche 10 mars 2019.
– À Strasbourg du samedi 16 mars 2019 au dimanche 17 mars 2019.
– À Tours, du samedi 23 mars 2019 au dimanche 24 mars 2019.
– À Marseille, du samedi 6 avril 2019 au dimanche 7 avril 2019.
– À Orléans, du mardi 9 avril 2019 au mercredi 10 avril 2019.
– À Orléans, du mardi 9 avril 2019 au mercredi 10 avril 2019.
– À Nantes, du samedi 13 avril 2019 au dimanche 14 avril 2019.
– À Pau, du mardi 16 avril 2019 au mercredi 17 avril 2019.
– À Bordeaux, du mardi 16 avril 2019 au mercredi 17 avril 2019.
– À Toulouse, du samedi 20 avril 2019 au dimanche 21 avril 2019.
– À Toulouse, du samedi 20 avril 2019 au dimanche 21 avril 2019.
– Au Mans, du mardi 23 avril 2019 au mercredi 24 avril 2019.
– À Lyon, du samedi 27 avril 2019 au dimanche 28 avril 2019.

“aSH”, à la Scala Paris

Florence2© Aglaé Bory

Au pied d’un haut mur, la danseuse Shantala Shivalingappa évolue selon une gestuelle codifiée, lente et géométrique. Au son des percussions, ses longs bras se cassent, ses jambes s’arc-boutent, ses mains se raidissent, un corps fait d’angles droits, capté comme un insecte dans la lumière. Puis le mur de papier s’anime lui-même, se froisse, se gonfle comme frappé par derrière de coups violents, envahit le plateau, se fait vague, tsunami, grotte, voile pour recouvrir, emprisonner, masquer la danseuse, comme habité de l’intérieur par une respiration cosmique, le dieu Shiva, maître de la danse. Une scénographie puissante, mystérieuse, un rideau qu’on imagine agité de mains invisibles, une matière visuelle et sonore vivante…

Aucune autre narration que celle des mouvements, de leur réitération, qui s’impriment physiquement sur le sol, quand elle tamise la cendre blanche sur le gigantesque kolam, quand son pied y dessine des cercles parfaits, guidé par la rotation de ses jambes compas… Une spirale envoûtante, de la grâce, mais aussi beaucoup de force dans cette présence calme malgré les vibrations, la fureur des sons et de la matière. L’esprit de la danse se manifeste, agit, meurt et renaît…

En 2009, j’avais assisté à un spectacle impressionnant, mis en scène également par Aurélien Bory, inspiré par une danseuse de flamenco, dont je comprends aujourd’hui le titre Qu’est-ce quetudeviens? C’est ce même « précipité » de danse et de feu qui envahit Shantala Shivalingappa dans Ash. Danseuse de kuchipudi, son parcours oscille entre Madras et l’Europe, entre la tradition et la modernité puisqu’elle a travaillé avec Maurice Béjart, Peter Brook et Pina Baush (entre autres)

Dernier opus de la trilogie des portraits de femme signés par Aurélien Bory, il se joue jusqu’au 1er mars, suivi de Plexus, écrit pour une danseuse japonaise (2012), du 5 au 17 mars, et de la reprise de Questcequetudeviens? (2008), du 19 au 31 mai 2019, tous trois à la Scala.

Florence Violet

Conception, scénographie
et mise en scène : Aurélien Bory
Chorégraphie Shantala Shivalingappa
avec Loïc Schild (percussions)

Du 16 février au 1er mars
La Scala Paris
13, boulevard de Strasbourg
Paris, 10e
Email : contact@lascala-paris.com
Téléphone : +33(0)1 40 03 44 30

 

“Iphigénie” de Racine au Théâtre de Gennevilliers

iphigenie-par-chloe-dabert-festival-davignon-2018-image-2-2048x1366

Sur scène, un échafaudage plante le décor de la grande scène du Théâtre de Gennevilliers. Des bâches voilent volontairement l’accès au regard à certains endroits. La lumière brasille. Un bruit sourd tout juste audible en fond sonore se fait déjà l’écho de cette dramaturgie antique dont l’angoisse qu’elle suscite s’amplifiera durant les deux heures de spectacle.

Sur les marches de la plate-forme, le roi de Mycènes, Agamemnon, soucieux, s’entretient avec Arcas, son domestique. Les bateaux de l’armée sont à quai depuis trop longtemps. Les vents ne soufflent plus. Il est impossible dans ces conditions de se rendre à Troie pour y faire la guerre. Les oracles exigent le sacrifice de sa fille Iphigénie pour sortir de cette situation. Par orgueil et ambition de pouvoir, il y a consenti. Il est parvenu à la faire venir à Aulis sous prétexte de la marier avec Achille. Pris de remords, il donne pour mission à Arcas d’aller au devant de la reine, Clytemnestre, et de lui remettre une lettre prétextant qu’Achille veut repousser les noces. Mais Arcas se perd dans les bois. Heureuses, elles arrivent toutes deux, suivies d’Eriphile, amie de la princesse qui a été enlevée quelques temps auparavant par Achille. Iphigénie s’étonne de la froideur de son père. Elle ne tardera pas à découvrir le lourd secret qui le pèse. Clytemnestre par instinct maternel se révolte et torture la conscience d’Agamemnon. Achille, le cœur brisé par la nouvelle, s’empresse d’apporter à la reine son appui. Eriphile, amoureuse secrètement d’Achille, savoure quant à elle les évènements. Elle voit une conjecture de se débarrasser de sa rivale. Mais ne défie pas le sort qui veut…

Difficile de ressentir l’univers racinien aux premiers alexandrins clamés : le ton est monocorde et les acteurs, habillés en XXIe, paraissent presque vidés de leur personnage. Il faut faire un effort d’imagination pour se transporter en Grèce. Les longs blancs entre les répliques interrogent. Faut-il y lire un mauvais présage des dieux pour le reste du spectacle ? Eh bien non. L’énergie surgit à l’arrivée de Elsa Agnès (Iphigénie), Bénédicte Cerutti (Eriphile) et Anne-Lise Heimburger (Clytemnestre). Un trio fulgurant : la tessiture de la voix et la diction de Bénédicte Cerutti portent le texte avec brio ; on voit Iphigénie à travers Elsa Agnès ; et, Anne-Lise Heimburger crie merveilleusement la souffrance de Clytemnestre.
Le jeu de tous les acteurs monte en puissance plus le sablier du temps s’écoule. La passion est à son comble. La musique sourde du premier acte gronde au cinquième. Les lumières clignotantes ont fait place à pléthore de petites lumières qui s’affolent. La mort a sonné le glas. L’oracle s’est produit.

Carole Rampal

Du 18 au 22 février
Lundi, mardi, mercredi, jeudi et vendredi à 20h

Texte : Jean Racine
Mise en scène : Chloé Dabert
Scénographie : Pierre Nouvel
Lumière : Kelig Le Bras
Son : Lucas Lelièvre


Avec :
Yann Boudaud (Agamemnon, roi de Mycènes), Bénédicte Cerutti (Eriphile, amie d’Iphigénie fille de Hélène et de Thésée), Elsa Agnès (Iphigénie, fille d’Agamemnon, fiancée d’Achille), Anne-Lise Heimburger (Clytemnestre, femme d’Agamemnon), Olivier Dupuy (Arcas, domestique d’Agamemnon), Sébastien Eveno (Achille, fiancé d’Iphigénie), Julien Honoré (Ulysse, allié d’Agamemnon), Arthur Verret (Doris, confident d’Ériphile)

T2G – Théâtre de Gennevilliers
41 avenue des Grésillons, 92230 Gennevilliers, Standard 01 41 32 26 10
www.theatre2gennevilliers.com

Navettes retour vers Paris
Certains soirs, après la représentation, une navette gratuite vous raccompagne vers Paris. Arrêts desservis : Place de Clichy, Saint-Lazare, Opéra, Châtelet et République.

 

 

 

 

 

“Fred Radix, la 500e du Siffleur”, à Paris au Palace

15 LE SIFFLEUR-112 web(1)

C’était sa 500e représentation. Mais pas d’inquiétude, c’est loin d’être la dernière. Ce gai pinson vole de branche en branche à travers toute la France (voir encadré ci-dessous) et n’a pas son pareil pour investir les scènes.

Sa joie et sa bonne humeur communicantes, Fred Radix les transmet lèvres fermées en « o » d’où s’échappent des chansons les plus populaires Le Pont de la rivière Kwaï, Le Gendarme de Saint-Tropez, Eleanor Rigby (Beatles), Blanche Neige et les Sept nains, génériques d’émission… aux grands classiques.

Juché sur son promontoire qui affiche en grosses lettres « Siffleur », vêtu d’une veste à queue-de-pie, d’un pantalon noir et d’une chemise blanche où il a noué autour de sa gorge un nœud papillon, il consulte entre deux airs son grand livre de partitions de grandes œuvres : Carmen de Bizet, La Marche turque de Mozart, mais aussi Schubert, Chopin,  encore Mozart… D’avant en arrière, il tourne avec rapidité les pages de ce grand registre et, prévient la salle du morceau qu’il vient de choisir d’interpréter. Entouré d’un quatuor à cordes (violons, alto, violoncelle), il fait vibrer la salle qui en redemande.

Entre deux exercices, sans jamais être à bout de souffle, cet artiste multidisciplinaire (comédien-humoriste-musicien) entraîne les spectateurs dans un jeu de questions-réponses sur la musique bien sûr.

La salle le suit aussi jusqu’en forêt, où il imite étonnament des oiseaux avant de rejoindre les boulevards parisiens pour roucouler comme un pigeon.

Sympathique, doué et doté d’un charisme indéniable, Fred Radix séduit durant tout le spectacle, notamment à la finale quand on le découvre sous les traits de Gene Kelly dansant et jouant des claquettes sur l’air de Singing in the rain.

Ce mercredi 13 février, sur les planches du Palace, le public était venu nombreux l’applaudir et en est ressorti enchanté.

Carole Rampal

 

14/02/2019 : Villenave-d’Ornon (33), Le Cube
15/02/2019 : Issoire (63), salle Animatis
16/02/2019 Saint-Thibault-des-Vignes (77), Centre culturel Marc Brinon
19/02/2019 : Montigny-le-Bretonneux (78), salle Jacques Brel
24/02/2019 : Saint-Étienne (42), Festival des Arts burlesques
02/03/2019 : Arlon (BE), Maison de la culture d’Arlon
16/03/2019 : Saint-Laurent-sur-Sèvre (85), salle La Clef des Champs
30/03/2019 : Saint-Renan (29), Espace Musicadoré
05/04/2019 : La Ciotat (13), La Chaudronnerie
06/04/2019 : Saint-Genest-Lerpt (42), salle Pinatel
07/04/2019 Clermont-Ferrand (63) L’Opéra – Théâtre de Clermont-Ferrand
16/04/2019 : Aix les Bains (73), Direction de l’Animation
17/05/2019 : Thônes (74), Espace Cœur des Vallées
20/05/2019 : Cavaillon (84), Festival d’Humour
05/07/2019 : Plessis-Robinson (92), Théâtre Allégria
… et d’autres à venir

 

“Adieu Monsieur Haffmann” au Théâtre Rive Gauche

Adieu monsieur Haffmann.jpg

Debout, Joseph Haffmann écoute les ondes radio propager les discours haineux et antisémites de la propagande nazi. Impassible, il tourne le bouton du gros poste marron et en silence attend Pierre Vigneau, son employé. Aussitôt ce dernier arrivé, d’un ton respectueux, il l’invite à s’asseoir face à lui. Seule une table les sépare. Le regard franc, ses yeux posés dans ceux de Vigneau, les mots claquent dans cette bijouterie parisienne. Haffmann, juif, doit échapper à la gestapo. Il demande alors à Vigneau de diriger son commerce le temps qu’il faudra et de le cacher à la cave. Pour cela, il doit emménager avec sa femme dans la boutique.

Vigneau demande un temps de réflexion et consulte son épouse. Il lui vient une idée insolite. Il accepte l’offre si Haffmann consent, en contre-partie, à combler son plus grand désir qu’il ne peut réaliser : faire un enfant à Isabelle, sa femme. Haffman accepte…

Les dés sont jetés. Dans le climat oppressant de l’occupation allemande, chacun se débat comme il peut ou veut entre ses valeurs et ses besoins impérieux. Joseph, qui ne cesse de marteler que le courage doit être plus fort que la peur, joue le jeu. Il occupe aussi ses journées à écrire à sa propre femme et ses quatre enfants, demeurés en Suisse, des lettres pour les rassurer. Isabelle Vigneau est une femme aussi aimante que dotée d’un grand sens moral. Elle se résignera à cette relation avec l’ex-patron de son mari et fait montre d’humanité à son égard. Elle pliera cependant ses principes quand Pierre lui annonce qu’il a invité le couple Otto en remerciement des nombreux bijoux que le chef de la police allemande lui achète. Haffman, de plus en plus indigné par le comportement de Vigneau les jours s’écoulant, s’impose à ce dîner et se fait passer pour son cousin : « que le courage soit toujours et encore plus fort que la peur », il veut regarder l’ennemi dans les yeux… Un dîner sous haute tension : chaque parole est cryptée et lourde de double sens. Quel dénouement attendre ?

Pour le public, du suspens mais aussi de l’humour. On rit aux réparties de ce scénario brûlant interprété avec justesse et finesse par la troupe de comédiens. Je ne lèverai pas le rideau sur l’issue mais vous invite à découvrir cette pièce écrite et mise en scène par Jean-Pierre Daguerre, et récompensée par quatre Molière 2018.

Carole Rampal

 

Avec en alternance :
Grégori Baquet ou Charles Lelaure ou Benjamin Breniere : Pierre Vigneau
Alexandre Bonstein ou Marc Siemiatycki : Joseph Haffmann
Julie Cavanna ou Anne Plantey : Isabelle Vigneau
Franck Desmedt, Jean-Philippe Daguerre ou Benjamin Egner : Otto Abetz
Charlotte Matzneff, Salomé Villiers ou Herrade Von Meier : Suzanne Abetz

Jusqu’au 31/03/19
Théâtre Rive Gauche, 6 rue de la Gaîté, 75014 Paris
http://www.theatre-rive-gauche.com/spectacle-adieu-monsieur-haffmann.html

 

 

 

 

 

 

“Premier amour”, au théâtre de l’Atelier

SAMI FREY - credit Hélène Bamberger - Opale. PHOTO_HD_300DPI©Hélène Bamberger-Opale

En dépit de son titre, c’est une histoire de solitude que nous raconte Samuel Beckett, dans cette nouvelle écrite en 1945 (et en français, s’il vous plaît). L’histoire d’un homme asocial qui se retrouve à la rue à la mort de son père. Un homme qui fuit la compagnie des vivants et préfère celle de ceux qui dorment au cimetière. Ou encore celle de ses douleurs physiques, qui le distraient de sa vie. Lors de son errance sur les bancs publics, il rencontre une autre solitude (sous forme d’une femme, celle-là). « Une femme extrêmement tenace », comme il le souligne avec ironie.

Avec des mots simples mais percutants, ancrés dans le quotidien – ce qui fait ressortir leur humour ravageur –, cet homme  va nous raconter son existence. Une existence absurde, qu’il n’a pas choisie. Pas plus qu’il n’a choisi cette Lulu (qu’il appelle Anne), qu’il suivra chez elle et avec qui il vivra, comme malgré lui. « Le tort qu’on a, c’est d’adresser la parole aux gens. » Il la quittera lorsqu’il apprendra qu’elle est enceinte de lui.

Face à nous, dans un décor dépouillé – qui signifie un présent hors du temps –, Sami Frey impose sa présence sensible et son allure d’éternel jeune homme. Un mince sourire flotte sur son visage, comme s’il était perdu dans son monde intérieur. Son jeu distancié accentue encore l’absurdité de son récit et l’impression d’irréalité de son personnage. De temps à autre, une sonnerie intempestive semble le rappeler à l’ordre… mais lequel ? celui du temps qui passe ?

Grâce au phrasé si particulier de ce grand comédien, nous sommes transportés par la musicalité du texte, parfois cru, souvent drôle, qu’il nous délivre. Touchés au cœur par l’humanité profonde de son personnage et sa difficulté à « dire » son mal de vivre.

Jusqu’à la fin, il réussit à nous tenir en haleine face au grand mystère de la vie… et de l’amour. Un moment d’émotion intense.

Véronique Tran Vinh

Monologue de Samuel Beckett
Mise en scène et interprétation de Sami Frey
Lumières Franck Thévenon
Production Théâtre de l’Atelier – Paris

Jusqu’au 3 mars 2019
Du mardi au samedi à 19 h
dimanche à 11 h
Théâtre de l’Atelier
1, place Charles Dullin
75018 Paris
www.theatre-atelier.com/

“Café polisson”, bientôt au Théâtre de l’Épée de bois

Ce diaporama nécessite JavaScript.

©Sophie Boeglin

J’ai eu le privilège d’avoir un avant-goût du talent de Nathalie Joly dans le cadre feutré et chaleureux des caves Legrand. C’est là, au milieu d’un miroitement de verres et de bouteilles du plus bel effet, que j’ai pu assister à un extrait de son spectacle, adapté spécialement à la dimension intimiste du lieu. Une soirée en bonne compagnie, entre amateurs de (bons) vins et de (bons) mots.

Mais qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse ! J’ai particulièrement apprécié ce numéro de chant drôle et émouvant qui m’a transportée à la Belle Époque, dans l’ambiance canaille des cabarets parisiens. Ces chansons grivoises, puisées dans le répertoire populaire ou dans celui d’artistes reconnus (Yvette Guilbert, Aristide Bruant…) racontent la vie des courtisanes et autres fleurs du trottoir. On rit beaucoup, mais on n’en oublie pas pour autant la misère de leur condition…

Avec gouaille et piquant, Nathalie Joly leur a rendu un joli hommage. Accompagnée par son complice Jean-Pierre Gesbert au piano, et par Carmela Delgado au bandonéon, elle a égrené quelques chansons de son répertoire, au nom ô combien évocateur : La Pierreuse consciencieuse, L’Éloge des vieux, La Grande Pine, La Buveuse d’absinthe

Après ce savoureux amuse-bouche, il me tarde de la retrouver avec son équipe au complet au Théâtre de l’Épée de bois au mois de mars !

Véronique Tran Vinh

Conception et texte Nathalie Joly
Mise en scène Jacques Verzier
Spectacle créé au musée d’Orsay pour l’exposition « Splendeurs et misères, images de la prostitution 1850-1910 »

Théâtre de l’Épée de bois
Cartoucherie
Route du Champ de Manœuvre
75012 Paris
Du 4 mars au 3 avril
Du lundi au mercredi à 20 h 30
www.epeedebois.com

“Le Faiseur de théâtre” au Théâtre Déjazet

Comment Bruscon, homme de théâtre, misanthrope et monomaniaque, vit-il son art ? Comme son créateur Thomas Bernhard, de façon douloureuse, passionnée, un brin schizophrène et avec une rage pas toujours contenue.

L’histoire du Faiseur de théâtre trouve sa genèse dans une mésaventure vécue par Thomas Bernhard, qui se vit refuser le noir total par la sécurité de Salzbourg à la fin d’une de ses pièces. Qu’il ne joua finalement pas !
Personnage plein de lui-même et détestable Bruscon, comédien d’État se considère comme un dramaturge de grand talent et a la même obsession que Bernhard, le noir total à la fin de sa pièce La roue de l’Histoire, son chef-d’œuvre, où se côtoient Napoléon, Marie Curie, Churchill, César, Hitler…

Malheureusement, son arrogance et ses ambitions sont mises à mal par une réalité qui ne lui rend pas vraiment justice. Sa troupe d’abord, constituée de sa femme et de ses deux enfants, le déçoit en permanence : « Fille bête », « Fils débile ». « Mon fils, cet antitalent », « Mère bête et malade […] qui toussote son texte »… On constate sa « haute opinion » des femmes quand il dit : « Les interprètes féminins sont mortels pour le théâtre », « Faire du théâtre avec des femmes est une catastrophe », « Les femmes n’ont aucune notion de l’art ». Ses relations familiales sont atroces tant il terrorise ses proches.
Le lieu ensuite, une auberge vétuste située dans une bourgade d’à peine 300 habitants, dont le nom lui échappe constamment, tenue par des propriétaires pas très au fait des contraintes du théâtre. « Cet endroit est un châtiment de Dieu », dit le héros désenchanté, qui insiste en traitant son pays de poche purulente de l’Europe. Nous voici au fait de la haine que voue Thomas Bernhard à l’Autriche et aux Autrichiens.
Bruscon vitupère, donne des ordres, critique tout et tout le monde, la scène où il va jouer aussi, qu’il trouve étroite, poussiéreuse, mal décorée, bruyante, humide… Bref, rien ne convient à ce mégalomane que tout dérange et qui le fait savoir haut et fort.
André Marcon, dans le rôle de Bruscon, est impressionnant de froideur et de cruauté, il sert le texte avec sobriété. Les comédiens qui lui donnent la réplique sont parfaits face à ce personnage écrasant et distant, qui les maltraite.

Cette pièce est d’une grande densité et les choix de Christophe Perton pour la mise en scène, surprenants et pourtant évidents, sont dignes d’elle … Ne la ratez pas !

Scribo

De Thomas Bernhard
Mise en scène de Christophe Perton
Avec :
André Marcon
Agathe L’huillier
Eric Caruso
Jules Pélissier
Barbara Creutz

Du lundi 14 janvier au
samedi 09 mars 2019
Lundi au samedi à 20h30

Théâtre Déjazet
41, boulevard du Temple
75003 Paris
http://www.dejazet.com/spectacles/faiseur-de-theatre/

 

“Comme en 14”, au Théâtre La Bruyère

L’hiver 1917 est rude pour les soldats qui se battent sur le front ; le froid, la faim, la peur, l’horreur font leur quotidien.

Un devoir de mémoire

En réfléchissant à ma chronique, je me suis dit qu’il était curieux de constater que lorsque je pense à la guerre, je pense d’abord aux combattants. C’est oublier toutes ces femmes (mères, épouses, filles…) qui les ont remplacés du jour au lendemain dans leurs activités quotidiennes, prenant à bras-le-corps des tâches et des responsabilités auxquelles elles n’étaient pas du tout préparées.
Ces femmes de la Grande Guerre notamment, courageuses et déterminées, qui ont fait face à l’absence et à un quotidien dur et angoissant pour continuer à vivre ou plutôt à survivre pour leurs proches, en attendant le retour hypothétique de leurs hommes.

Grâce à Dany Laurent, auteure de cette pièce, Comme en 14 nous fait partager le quotidien d’un hôpital improvisé proche du front, en cette veille de Noël 1917, où infirmières et bénévoles soignent et réconfortent des soldats blessés au front. Malgré les difficultés, le manque de tout et la peur, chacun essaye de conserver bonne humeur et espoir.
D’abord, il y a Mademoiselle Marguerite, jouée par une Marie Vincent (Molière de la révélation féminine pour ce rôle en 2004) touchante en femme au grand cœur, dévouée et pleine de bon sens, dont les côtés bourrus laissent deviner une grande sensibilité. Et Suzy, pacifiste assumée qui risque sa vie et celle des autres ; Ariane Brousse, à la jolie voix pleine de gouaille, possède une belle énergie communicative. Puis la douce Louise qui attend le retour de son fiancé, merveilleuse Katia Mirran, dont le jeu plein de délicatesse nous laisse deviner que derrière ce joli visage de porcelaine se cache un lourd secret. Et enfin Adrienne, aristocrate ancrée dans ses convictions, qui a perdu son mari à la guerre et dont le fils aîné, Henri, doit être amputé. Virginie Lemoine compose avec talent et élégance une veuve perdue et inquiète, qui va ouvrir les yeux et peu à peu accéder à son humanité. Je n’oublie pas Pierre, le fils cadet d’Adrienne, simple d’esprit curieux et dissipé, joué par Axel Huet tout en sobriété, face à ces quatre figures de femmes qui représentent la quintessence de l’âme féminine.

La mise en scène intelligente de Yves Pignot est servie par les décors plus vrais que nature de Jacques Voizot, qui ramènent les spectateurs à une période qu’il ne faut pas oublier.
Comme moi, replongez-vous dans une réalité inouïe, qui ne peut que nous encourager à cultiver l’entraide et l’intérêt pour l’autre, afin de ne pas oublier les souffrances qu’engendrent les guerres.

Scribo

Pièce de Dany Laurent 
Mise en scène de Yves Pignot
Avec :
Marie Vincent, Mademoiselle Marguerite
Virginie Lemoine, Adrienne
Arianne Brousse, Suzy
Katia Miran, Louise
Alex Huet, Pierre

Du 29 janvier au 27 avril 2019
du mardi au samedi à 21h – Matinée samedi à 15h30

Théâtre La Bruyère
5, rue La Bruyère
75009 Paris
Tél. :  01 48 74 76 99
http:// www.theatrelabruyere.com

“Meute”, au TNP Villeurbanne

©Michel Cavalca

La Compagnie Le Grand Nulle Part nous invite à assister à la naissance de la Meute dans une petite ville que rien ne prépare à voir naître autant de démons en son sein.

Un jeune homme rentre chez lui après avoir purgé une peine de dix ans pour un incendie qui a coûté la vie à deux personnes. Et le petit bourg n’aura de cesse que de le persécuter à travers sa police, sa population, ses médias, ses tribunaux et jusqu’au Parlement.

Julie Guichard a choisi, pour sa mise en scène, le temps long pour nous amener, comme dans le film La Poursuite impitoyable, à suivre pas à pas l’enchaînement inexorable de la brutalité.

Les six comédiens sur scène interprètent avec talent et énergie tous les protagonistes. Ils courent d’un bout à l’autre de la scène, bougent le décor composé de chaises, d’un bureau et d’un distributeur de boissons. Cette dynamique rend bien compte de l’affolement qui s’empare des uns et des autres.

On entre ainsi dans la démarche artistique de La Compagnie Le Grand Nulle Part qui « s’inscrit aussi dans une volonté de parler du monde dans sa matière brute, voire brutale mais aussi dans sa profonde légèreté ludique, en s’interdisant toute forme de commentaire, dans un rapport de complicité avec le public. »

Et c’est réussi !

Plûme

Texte de Perrine Gérard
Mise en scène : Julie Guichard
Avec Liza Blanchard, Joseph Bourillon, Ewen Crovella, Manon Payelleville, Mathieu Petit et Arthur Vandepoel
Collaboration artistique  : Perrine Gérard
Composition musicale : Guillaume Vesin et Quentin Martinod
Scénographie : Camille Allain Dulondel
Costumes : Sigolène Pétey
Lumières : Arthur Gueydan
Son : Guillaume Vesin

au Théâtre National Populaire
8 place Lazare-Goujon
69627 Villeurbanne Cedex
Tél. 04 78 03 30 00
http://tnp-villeurbanne.com

Jusqu’au 8 février 2019
Les samedi 26, mardi 29, mercredi 30 janvier, vendredi 1er , samedi 2, mardi 5, mercredi 6, vendredi 8 février, à 20 h 30
Les jeudis 24, 31 janvier, 7 février, à 20 h
Les dimanches 27 janvier, 3 février, à 16 h

“Le Songe d’une nuit d’été”, au théâtre du Ranelagh

Une servante de scène, un rideau de fumée, des comédiens qui s’affairent en coulisses, quelques accessoires disposés à cour et à jardin… Il est toujours jubilatoire pour le spectateur de découvrir l’envers du décor – en l’occurrence, ici, le plateau nu du ravissant théâtre du Ranelagh – de voir se jouer le vrai et le faux, l’instant où le comédien endosse son personnage… ou le quitte.

Surtout quand il s’agit du Songe d’une nuit d’été, une pièce dans laquelle Shakespeare égrène différents registres, comique et poétique, et introduit lui-même le théâtre dans le théâtre : deux couples d’amoureux s’endorment dans une forêt magique, tandis que des artisans, piètres comédiens, s’y rendent pour tenter d’y répéter l’histoire de Pyrame et Thisbé. Surviennent Obéron, le roi des fées, et le lutin Puck, qui, à la faveur de la nuit, vont multiplier les sorts à leurs dépens…

Sur scène, pas de décor, des centaines d’ampoules descendent des cintres et s’allument pour figurer les arbres ou les rampes lumineuses d’un petit théâtre. On oublie les coulisses pour suivre les péripéties des personnages, accompagnées d’une bande-son quasi cinématographique…

Metteur en scène et comédien, Matthieu Hornuss a adapté et réécrit la pièce, en pariant de la faire jouer par six (bons) comédiens (au lieu de 22 !) qui enchaînent scènes de marivaudage et dialogues truculents. Leur chassé-croisé virevoltant donne au spectateur l’envie de se frotter les yeux… et de relire le Songe !

Un bijou à (re)découvrir.

Florence Violet

de William SHAKESPEARE
Mise en scène de Matthieu Hornuss
Collaboration artistique Élise Noiraud

Avec Patrick Blandin, Aymeline Alix ou Élise Noiraud, Thomas Nucci, Matthieu Hornuss, Lisa Spurio, Olivier Dote Doevi
Costumes Marion Rebmann
Masques Chloé Cassagnes
Création sonore Christophe Charrier
Lumière Idalio Guerreiro

Du 17 janvier au 14 avril 2019
du mercredi au samedi à 19 heures et le dimanche à 15 heures

Relâche le 23 mars
Théâtre du Ranelagh
 5, Rue des Vignes
75016 Paris
Tél. : 01 42 88 64 44
http://www.theatre-ranelagh.com/