“Mme Klein”, au TNP de Villeurbanne

MADAME KLEINMADAME KLEIN

©Pascal Gély

Sur scène trois femmes : la mère, la fille, l’amie.

La mère, Mélanie Klein, grande psychanalyste, spécialiste de l’enfant, donne le la à la rencontre.

Dans le décor pesant d’un salon aux lourds rideaux, la mère, sa fille, elle aussi psychanalyste, et une amie, psychanalyste aussi, vont s’entre-déchirer le temps d’une nuit.

Chaque pensée, chaque mot, chaque mouvement est analysé, disséqué et interprété. Rien n’échappe à l’acuité d’esprit de Mme Klein. Elle est pourtant en pleine dépression, pétrie de culpabilité : son fils vient de mourir et sa fille soutient qu’il s’agit d’un suicide dont la mère est la responsable.

C’est l’heure des règlements de comptes. Avec violence et cruauté, mère et fille se lancent dans un conflit qui doit se conclure par la rupture. Ces femmes intelligentes et passionnées ont donné leur vie pour leur métier, elles cherchent, elles fouillent l’inconscient des autres, mais aussi le leur, sans s’épargner. Seule, l’amie garde une certaine distance, une lucidité qui n’est pas exempte d’ambiguïté.

Nicholas Wright, dramaturge anglais, nous fait entrevoir les débats qui secouaient la psychanalyse en 1934, sans jargon, sans termes abscons, la langue y est précise, rude, sans pitié, même si parfois des notes d’humour affleurent entre deux saillies assassines.

L’excellente interprétation des comédiennes, Marie-Armelle Deguy, Sarah Le Picard et Clémentine Verdier, nous plonge dans les abîmes de l’inconscient, des blessures jamais cicatrisées, mises sur la table à l’heure des vérités.

Personne n’en sort indemne, pas même le spectateur. Mais il est parfois nécessaire d’aller interroger les relations mère-fille quelle que soit l’époque ou le lieu…

Plûme

de Nicholas Wright
Texte français François Regnault
Mise en scène Brigitte Jaques-Wajeman
avec Marie-Armelle Deguy, Sarah Le Picard, Clémentine Verdier
Assistant à la mise en scène Pascal Bekkar
Scénographie Emmanuel Peduzzi
Lumières Nicolas Faucheux 

Jusqu’au 22 décembre
Dernières représentations : mardi 18, mercredi 19, vendredi 21 et samedi 22,
à 20 h 30

Théâtre national populaire
8 Place Lazare-Goujon
Villeurbanne
Tél. : 04 78 03 30 30
tnp-villeurbanne.com

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“ABC d’airs”, au théâtre du Lucernaire

©Michel Nguyen

Elles sont quatre sur scène. Quatre drôles de dames qui nous entraînent dans un tourbillon endiablé de musique, de danse et de chant. J’ai retrouvé avec plaisir la fraîcheur naturelle et la fantaisie débridée d’Anne Baquet, que j’avais adorée dans « Soprano en liberté », (ici : “Anne Baquet, soprano en liberté”, au Lucernaire ), déjà en compagnie de Claude Collet au piano.

Ses trois complices sont des musiciennes accomplies qui rivalisent de talent au piano, au hautbois/cor anglais ou à la contrebasse. Mais loin des codes figés d’un concert, elles s’adonnent également à de réjouissants numéros de comédie, de chant et de danse (et même de diction !), le tout avec une bonne humeur communicative. J’ai particulièrement aimé le sensuel numéro d’Amandine Dehant sur une espagnolade, mêlant danse et jeu avec sa contrebasse ; ou, dans un autre registre, son interprétation pleine d’humour dans la pièce de Jon Deak, B.B. Wolf, qui combine narration et musique.

Ses camarades ne sont pas en reste et débordent de créativité. Sur des airs de grands compositeurs –allant de Kurt Weill à John Cage en passant par Astor Piazzola –, ces quatre drôles de musiciennes affichent une belle complicité, se donnant la réplique musicale ou chantée sans jamais se prendre au sérieux.

La mise en scène de Gérad Rauber, conçue comme une suite de saynètes, réussit à nous captiver de A à Z (eh oui ! même le Z y passe… ). C’est drôle, c’est enlevé, c’est bourré de talent. Le public, ravi, applaudit à s’en rompre les mains et en redemande.

Merci, mesdames ! Grâce à vous, l’hiver nous paraîtra moins morose.

Véronique Tran Vinh

Mise en scène : Gérard Rauber
Avec : Anne Baquet (chant), Claude Collet (piano), Amandine Dehant (contrebasse) et Anne Régnier (hautbois & cor anglais)

 JUSQU’AU 27 JANVIER 2019
Du mardi au samedi à 19 h, dimanche à 16 h
Théâtre du Lucernaire
53, rue Notre-Dame-des-Champs
75006 Paris
Tél. : 01 45 44 57 34
http://www.lucernaire.fr/

 

“Anna Karénine”, de Tolstoï, au Théâtre de la Contrescarpe

066 HD PRESSE

C’est à la première seconde que nous plongeons dans le froid intense de cette pièce de théâtre à l’accent russe. « L’Homme sans nom » (incarné par Samuel Debure), de noir vêtu, au masque de la mort, se tient déjà devant nous et nous explique les arcanes de la passion irrépressible vouée inéluctablement à l’irréparable.

Mais le feu, pour la minute, est sous la glace et, Anna (Lise Laffont), rayonnante, patine sur scène quand le comte Karénine (David Fischer) la remarque et accroche son regard. Il ne tardera pas à l’épouser et à la présenter innocemment à son amie de toujours Varinka (Maroussia Henrich). La morgue aristocratique d’Alexis Karénine, plus préoccupé à remplir les obligations de son rang qu’à pallier les attentes d’affection de sa femme, jettera Anna dans les bras de Varinka. Elle deviendra sa maîtresse et la suivra jusqu’à quitter son époux et son fils Serge…

L’adaptation libre de Laetitia Gonzalbe ne nous éloigne pas pour autant de l’univers de Tolstoï et de la complexité de ses personnages qui oppressent le spectateur comme ils le feraient pour le lecteur. Chacun  suit le déroulement de l’histoire avec ses valeurs et… celles de son époque. Si le XXIe siècle pose un regard plus clément sur l’adultère, il est encore sévère sur l’homosexualité : la metteuse en scène a choisi d’éclairer ce sujet non évoqué par l’écrivain par des jeux de rôle parfois sans entrave (Lise Laffont se dénude à demi), et dans une expression artistique multiforme (danse…).

Les scènes rythmées et très courtes accélèrent le temps de ce très gros et grand roman sans en perdre sa profondeur. Les transitions entre elles sont ponctuées par des effets de lumières et musicaux qui œuvrent en poésie. Aussi quand des pétales rouges s’échappent d’un petit ballon pour évoquer le sang qu’Anna perd quand elle accouche, ou quand la fumée blanche du train de la gare où Anna se suicide s’évapore jusqu’au premier rang. Le noir s’épaissit. Les applaudissements retentissent.

Carole Rampal

Le saviez-vous ? Anna Karénine est inspiré d’un événement réel vécu par Tolstoï.

Jusqu’au 6 janvier 2019
Les lundis et mardis à 19h30, les dimanches à 20h30

Théâtre de la Contrescarpe
5, rue Blainville, 75005 Paris
https://theatredelacontrescarpe.fr/

 

 

 

 

 

 

 

 

 

“La Lettre à Helga”, au Théâtre de l’Épée de bois

© B. Jacquard

Le roman éponyme de Bergsveinn Birgisson, publié en 2013 aux éditions Zulma, possède une grande force d’évocation. L’adaptation théâtrale qu’en fait Claude Bonin est un écrin à la hauteur de ce texte puissamment poétique et sensuel. 

Des planches de bois au mur et au sol (la bergerie), un pneu de tracteur et des sacs de laine de mouton. Nous voici projetés au fin fond de la campagne islandaise, dans la maison natale de Bjarni. En arrière-plan, un écran où apparaissent des visuels évoquant tour à tour la lande, les falaises ou les lumières de la capitale, Reyljavik. Ajoutons à cela la musique, composée de sons telluriques, et nous sommes immergés dans une ambiance envoûtante, en osmose avec l’histoire qui nous est contée.

Dans une lettre en réponse à celle qui fut le grand amour de sa vie – désormais disparue –, le vieux Bjarni Gislason, éleveur de moutons et contrôleur du fourrage, évoque ses souvenirs qui entremêlent son attachement viscéral à sa terre et sa passion très charnelle pour Helga, mariée tout comme lui. La belle éleveuse qu’il a rencontrée au cours d’une palpation des brebis, effectuée pour savoir si elles passeraient l’hiver.

Ce ne sont pas « les yeux d’Elsa » que ce poète venu du froid célèbre, mais « les seins d’Helga », indissociables de cette nature qu’il aime tant. Et avec quel sens du verbe ! « Ces éminences, sur le versant sud de la butte de Gongukleif, sont comme le moulage terrestre de tes seins. » À travers ses mots se lit l’âpreté de son existence, en étroit contact avec la nature et les animaux, mais aussi la communion de tout son être avec eux.

La terre comme repère
Les planches du décor qui tombent les unes après les autres avec fracas évoquent la violence des éléments naturels : le vent, le froid, la neige, qui façonnent le paysage… Le plus grand regret de Bjarni ? Avoir renoncé à cette femme, qui portait son enfant, pour demeurer sur la terre de ses ancêtres. Pourtant, à l’heure du bilan, il s’incline devant l’évidence : « Mon issue de secours à moi, c’est la vieille porte de la bergerie de feu mon père. Celle que le soleil traverse entre les planches disjointes. Si la vie est quelque part, ce doit être entre les fentes. »

L’interprétation prenante de Roland Depauw nous transporte au cœur de l’existence rude et dépouillée de ce vieillard, hanté par un amour impossible. Parfois tendres, parfois crus, mais toujours poétiques, ses mots sont un hymne à la vie autant qu’à l’amour.

Souhaitons à ce spectacle pétri d’humanité de rencontrer le succès qu’il mérite auprès des amoureux de l’Islande et de donner envie aux autres de découvrir cette terre fascinante.

Véronique Tran Vinh

Texte de Bergsveinn Birgisson
Traduction de Catherine Eyjólfssonéditions Zulma
Mise en scène : Claude Bonin
Avec Roland Depauw
Assistanat : Bénédicte Jacquard
Création sonore Live : Nicolas Perrin
Création vidéo : Valéry Faidherbe
Scénographie : Cynthia Lhopitallier

Théâtre de l’Épée de bois
Cartoucherie, Paris 12e
Jusqu’au 22 décembre 2018
Du lundi au vendredi à 20 h 30, samedi 16 h et 20 h 30
Durée 1 h 20
https://www.epeedebois.com/un-spectacle/la-lettre-a-helga/

 

“Cirque Eloize – Saloon” au 13e Art

cirque Eloize 1

Nouvel opus du cirque Eloize, compagnie montréalaise de cirque contemporain, créée par un collectif d’artistes québécois.

Ambiance Far West

Cette fois, les artistes sont : mineurs, cow-boys, ouvriers, chercheurs d’or, entraîneuses, et nous convient à un spectacle où acrobaties et performances sont effectuées sur fond de chansons folk, de Johnny Cash et Patsy Cline, interprétées par trois musiciens multi-instrumentistes et chanteurs talentueux.

Le décor est constitué d’une structure en bois qui rappelle, en fonction des accessoires, une mine – avec poulie, escalier, échelle, suspensions, campement –, ou un saloon avec son bar et son piano, bien sûr, lieux de toutes les performances et de toutes les intrigues.

Le spectacle est de qualité, très joyeux, et roule telle une mécanique bien huilée, à l’américaine. Les artistes sont polyvalents et s’amusent à se challenger en étant attentifs les uns aux autres, car les agrès, mât chinois, sangles, roue cyr…, peuvent être dangereux. Je l’ai constaté lors du numéro de la planche coréenne où plusieurs fois les trois acrobates ont perdu l’équilibre, se rattrapant in extremis pour se remettre en position et assurer le numéro. C’est de la haute voltige à tout instant.

J’ai assisté, il y a quelques années, au spectacle Cirkopolis qui m’avait enchantée. Dans un autre style, celui-ci m’a semblé plus amusant, avec un vrai échange avec le public et des performances tout aussi étonnantes, mais peut-être plus proches du cirque classique.

C’est un très bon divertissement de fin d’année qui réjouira toute la famille. Allez chercher de l’or et boire un verre dans ce SALOON, vous ne serez pas déçu.

Armelle Gadenne

Saloon de Cirque Eloize
Mise en scène, Emmanuel Guillaume
Directeur artistique, Jeannot Painchaud
Directeur musical, Éloi Painchaud

Du mercredi 28 novembre 2018
au dimanche 6 janvier 2019

Le 13e Art
Place d’Italie
Centre Commercial Italie 2
75013 Paris
http://www.le13emeart.com/

“Lettre d’une inconnue”, à La Folie Théâtre

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©Félix Lahache

Exercice de haute voltige que d’adapter ce (beau) mélodrame de Stefan Zweig sans sombrer dans la mièvrerie ou le ridicule. On pense évidemment à la magnifique adaptation réalisée pour le cinéma en 1948 par Max Ophüls, avec Joan Fontaine et Louis Jourdan.

Avec sa nouvelle mise en scène (la pièce a été créée en 2016), Lætitia Lebacq relève le pari de rendre intemporelle cette histoire d’une passion inassouvie, écrite en 1922. Elle nous plonge de manière habile dans la tête de cette femme, consumée par son amour pour un séducteur impénitent, qui l’ignorera toute sa vie.

D’un côté, la chambre de « l’inconnue », où elle rédige dans la pénombre sa lettre testamentaire. De l’autre, un rideau, qui s’écarte par moments pour dévoiler l’univers de l’écrivain, perçu comme inaccessible par la jeune femme. Un fauteuil, des tableaux au mur, une brassée de roses blanches suffisent pour raviver le souvenir de l’être aimé et… embraser son imagination. De même, la voix de l’homme, qui se substitue parfois à la sienne dans la lecture de la lettre, évoque cette fusion tant désirée.

Grâce à la danse, qui vient ponctuer certaines scènes, la comédienne exprime de manière physique l’intensité des émotions qui la traversent. Elle nous touche par son interprétation vibrante de sensibilité et de sensualité, reflétant l’ambivalence de ses sentiments : désir, tendresse, dévotion, mais aussi colère, révolte, douleur. L’utilisation d’un procédé comme le stroboscope renforce cette impression d’être pris dans un tourbillon de folie.

Une très belle interprétation qui ne se substitue jamais au texte mais, au contraire, en révèle toute la profondeur psychologique.

Véronique Tran Vinh

Mise en scène et interprétation : Lætitia Lebacq
Scénographie : Muriel Lavialle
Musique : Thomas Marqueyssat
Création lumière : Johanna Legrand

Jusqu’au 27 janvier 2019
Jeudi à 19 h 30, samedi à 18 h, dimanche à 16 30
À la Folie Théâtre
6, rue de la Folie-Méricourt
75011 Paris
http://www.folietheatre.com/?page=Spectacle&spectacle=226

“L’École des femmes”, au Théâtre Dejazet

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Sous le plafond historique (peint par Daumier) du Théâtre Dejazet, trois musiciens s’installent ; violon, violoncelle et flûte traversière donnent le la, quand en costume d’époque, Arnolphe arrive sur scène et vient conter à son ami Chrysalde sa vision du mariage : « Épouser une sotte pour n’être point sot ! » Pour ce dessein, il enferme depuis des années, Agnès, une jeune campagnarde fraîche et innocente, au fin fond de son jardin dans une demeure, sous la garde sévère d’un valet et d’une servante faibles d’esprit. Enfin, le croit-il…

Nicolas Rigas, metteur et en scène et caché sous les traits d’Arnolphe, n’a lésiné sur rien pour nous offrir une interprétation hors pair de L’École des femmes.

Tout est réuni pour ce spectacle vraiment haut en couleur.
Les Contes d’Offenbach se glissent avec mesure et sonorité entre les vers de cette comédie en cinq actes : quand la voix lyrique d’Antonine Bacquet (alias Agnès) s’élève sur scène, la voix de baryton de Nicolas Rigas, Philippe Ermellier (Oronte) ou celle de Salvatore Ingoglia (Chrysalde) donnent une profondeur au texte.

Le ton est juste par tous les personnages du début jusqu’à la fin. Martin Loizillon (révélation César 2016), en Horace, nous convainc aisément de l’amour sincère qu’il voue à Agnès qui réplique dans une candeur qui nous touche et nous fait rire face à Arnolphe qui se décompose, dépité par la tournure des événements qu’il ne maîtrise pas.

C’est sans oublier Jean Adrien, méconnaissable en Georgette, la servante, qui se livre avec Romain Canonne, Alain, le valet, à des batailles de couple, digne respectivement de cascadeur ou d’acrobate qu’ils sont.

Tout est magnifiquement ourlé… jusqu’aux costumes qui nous transportent au XVIIe siècle.

Trente représentations seront données du 1er décembre au 31 décembre 2018 du mardi au samedi.

Carole Rampal

 

Théâtre Dejazet
41, boulevard du Temple, 75003 Paris
http://www.dejazet.com/spectacles/lecole-des-femmes/

Au violon (Jacques Gandard ou Karen Jeauffreau), au violoncelle (Robin Defives), à la flûte (Emma Landarrabilco)

Mise en scène : Nicolas Rigas, directeur du Théâtre du Petit Monde

Arnolphe, Nicolas Rigas
Horace, Martin Loizillon
Agnès, Amélie Tatti ou Antonine Bacquet
Alain, Romain Canonne
Georgette, Jean Adrien,
Chrysalde, Salavatore Ingoglia
Oronte, Philippe Ermelier ou Raphaël Schwob

 

 

 

 

 

“On air – Carte blanche à Tomàs Saraceno”, au Palais de Tokyo

Le fil de l’univers

Telles les araignées qui tissent leurs toiles entre le cosmos et nous, fabriquant des sculptures aussi magnifiques qu’éphémères, l’artiste argentin Tomàs Saraceno déroule le fil de son propos comme une évidence. Avec un grand sens du merveilleux, il nous convie au cœur de ses installations, nous donnant à voir autant qu’à entendre.

Sa « carte blanche » consiste à nous faire prendre conscience des mondes invisibles présents dans l’air autour de nous – la poussière cosmique, les vibrations, mais aussi le dyoxyde de carbone –, et à révéler leurs connexions avec nous. Dans Sounding the air (qualifiée de session de « jam atmosphérique »), cinq grandes toiles d’araignée se déploient devant nous et vibrent en fonction de la conjonction de plusieurs facteurs (l’air, la poussière, la chaleur, les mouvements des visiteurs), produisant un concert de sons mystérieux et intrigants. Dans une autre salle, notre attention est captée par les émanations de lumière cosmique.

À la croisée des disciplines
Grâce à de nombreuses collaborations, l’exposition navigue habilement entre poésie, recherche artistique et discours scientifique, nous invitant à nous interroger sur nos interactions avec l’environnement. Habité par un sens de l’utopie salutaire, cet artiste pas comme les autres trace aussi de nouvelles pistes pour habiter l’espace aérien, notamment avec son ballon Aérocène : une toile de montgolfière fabriquée avec des sacs de plastique récupérés, qui se déplace en accord avec les forces atmosphériques (l’énergie solaire).

Un propos aussi sensible qu’engagé, qui nous invite à ouvrir les yeux et à œuvrer à l’harmonie de l’univers. Et si nous n’étions que des particules faisant partie d’un grand tout ?

Véronique Tran Vinh

Jusqu’au 6 janvier 2019
Palais de Tokyo
Tous les jours sauf le mardi
De 12 h à minuit
https://www.palaisdetokyo.com/fr/evenement/air

 

“Camille contre Claudel”, au Théâtre du Roi René

© Julien Jovelin

C’est une bien jolie performance que réalisent Lola Zidi et sa mère, Hélène Zidi, auteure et metteuse en scène de la pièce Camille contre Claudel.

L’une joue Camille jeune, passionnée, libre et vibrante de son amour pour la sculpture et pour Rodin, et l’autre interprète une Camille à différents âges de la vie, trahie et bafouée par son amant.

Internée brutalement à la demande de son frère, Paul Claudel, et de sa mère, elle sombrera dans la paranoïa et la folie. Camille Claudel restera enfermée trente ans dans des conditions sordides, jusqu’à sa mort, abandonnée par sa famille.

Hélène Zidi situe la pièce dans l’atelier de l’artiste qui évolue, en double, parmi des ébauches de glaise et des formes recouvertes de chiffons. Une sculpture du buste de Rodin et la voix de Gérard Depardieu, inoubliable dans le rôle du sculpteur, permettent à chaque Camille de lui manifester amour et colère grâce à la chorégraphie saccadée de Michel Richard, qui traduit aussi la possession des corps et la frustration.

Car nous assistons au désespoir et à la lente dérive de cette amoureuse obsessionnelle, dépossédée de son talent et de sa jeunesse par un amant volage, un imposteur qui profitera de ses créations pour la spolier et s’enrichir.

Les deux comédiennes se répondent, se disputent et se soutiennent dans les chaos et les drames, et entraînent avec elles un public bouleversé.

La mise en scène et l’écriture de Hélène Zidi sont émouvantes et inventives. J’ai juste été un peu gênée par la diction de la jeune Lola Zidi qui, parfois, avait quelques difficultés avec les conjugaisons. Mais peut-être suis-je trop tatillonne ?

C’est suffisamment anecdotique pour que je vous invite quand même à aller voir cette pièce d’une grande sensibilité.

Armelle Gadenne

Avec :

Lola Zidi et Hélène Zidi
La voix de Gérard Depardieu

Adaptation et mise en scène d’Hélène Zidi
Assistée de Grégory Antoine Magaña
Création lumières : Denis Koransky
Décor : Francesco Passaniti
Création Son : Vincent Lustaud
Chorégraphie : Michel Richard
Costumes : Marvin Marc

Jusqu’au 22 décembre à 10 h
Du 10 janvier au 10 février à 19 h
Du jeudi au samedi
Théâtre du Roi René
12, rue Édouard Lockroy
75011 Paris
theatreduroirene.com

“Ich bin Charlotte”, au Théâtre de Poche

© Svend Andersen

Étonnant seul en scène que nous propose Thierry Lopez dans son interprétation de Charlotte von Mahlsdorf, alias Lothar Berfelde, jeune Berlinois du IIIe Reich qui, à 16 ans, a choisi de se travestir en femme pour ne plus quitter ni robes ni chaussures à talons. Comment ne pas être touché par la sensibilité de l’acteur et être admiratif de son jeu aux subtiles nuances.

Une vie en clair-obscur
À travers les nombreux personnages qu’il interprète, Thierry Lopez raconte la vie de Lothar : sa jeunesse avec un père militant du parti nazi qu’il finira par tuer pour protéger sa mère ; sa tante, lesbienne, qui va découvrir sa vraie nature et lui permettre de s’assumer en tant que travesti, et d’autres encore qui vont nous aider à cerner la réalité de cette incroyable personnalité.

On découvre en Charlotte un être solide et déterminé qui avance dans la vie avec des convictions fortes. N’a-t-elle pas résisté à l’autorité d’un père violent, jusqu’à l’irrémédiable ? à l’oppression d’un régime nazi brutal et destructeur ? au communisme, en s’affichant habillée en femme ? Elle permettra d’ailleurs à ses « semblables » de vivre leur différence chez elle, dans le bar qu’elle tient, sans tabou ! Antiquaire passionnée, elle sauvera de la destruction des meubles et des objets pillés par le régime nazi, allant jusqu’à créer un musée qui existe toujours à Berlin.

Comment a-t-elle réussi ce tour de force ? Comment a-t-elle pu traverser le XXe siècle, de la Seconde Guerre mondiale à la destruction du mur de Berlin sans être inquiétée par les régimes totalitaires et homophobes de l’Est et leurs polices ? Rattrapée sur le tard par son passé trouble, Charlotte von Mahlsdorf s’exilera en Suède.

Des talents au service d’une vie
L’écriture précise et fouillée de Doug Wright, la mise en scène sophistiquée de Steve Suissa, le décor de Natacha Markoff qui a rempli la pièce de gramophones et reproduit le musée de Charlotte dans un vaisselier plein de meubles miniatures. Les lumières tout en contrastes de Jacques Rouveyrollis évoquent ici un bar, là une prison…

Thierry Lopez marche, court, danse, la musique est très présente et la chorégraphie de Anouk Viale très précise. L’acteur joue avec le public. Son corps longiligne est habillé sobrement d’un justaucorps et d’une jupe longue stricte, qui cache des dessous bien moins sages… On ressent le plaisir et la jubilation du comédien à interpréter ce travesti et tous les autres personnages du spectacle, devant des spectateurs fascinés, concentrés et conquis par une performance hors du commun.

Allez voir Ich bin Charlotte, vous tomberez sous le charme du modèle et de son interprète.

Armelle Gadenne

De Doug Wright
Adaptation Marianne Groves
Mise en scène Steve Suissa
Avec Thierry Lopez

Jusqu’au 6 janvier 2019
Du vendredi au samedi 19 h, dimanche 15 h
http://www.theatredepoche-montparnasse.com/project/ich-bin-charlotte/

 

 

 

 

“La Ronde – Dix dialogues”, au Théâtre 14

L’anadiplose – figure de style consistant en la reprise du dernier mot d’une proposition à l’initiale de la proposition suivante : « L’absence c’est Dieu. Dieu, c’est la solitude des hommes. » Sartre, Le Diable et le bon Dieu – c’est à cela que ressemble La Ronde.

Écrite en 1897 dans un contexte de sécession menée à Vienne face à une société disciplinaire, notamment par des artistes qui refusaient le conformisme artistique, cette pièce est construite autour d’un thème central : la recherche du plaisir… Tout tourne autour des préliminaires et du jeu amoureux, jusqu’à l’acte sexuel qui n’est jamais montré.

Dix couples vont se former à l’occasion de brèves rencontres. Ces courts moments d’intimité seront le prétexte à montrer des relations homme-femme basées sur le mensonge de l’un(e) ou de l’autre, pour arriver à ses fins.

Les personnages issus de classes sociales différentes et de tous âges se rencontrent en une suite de tableaux : la prostituée et le soldat, le soldat et la femme de chambre, la femme de chambre et le fils de famille, le fils de famille et la femme mariée, la femme mariée et son époux, l’époux et la grisette, la grisette et l’auteur, l’auteur et la comédienne, la comédienne et le comte, le comte et la prostituée… et la boucle est bouclée !

Pièce à scandale à son époque, elle conserve un côté « licencieux » grâce à la mise en scène de Jean-Paul Tribout, acteur et metteur en scène, qui replonge le spectateur dans une atmosphère libertine, avec arrêts sur image au moment de l’acte.

La scénographie est maline et se veut polymorphe grâce à l’utilisation d’un lit (bien sûr), debout ou sur ses pieds, que l’on change de position à chaque scène en rajoutant des accessoires en fonction du lieu où se situe l’action. Des miroirs sans tain, déformants, délimitent selon l’éclairage les contours d’une chambre ou d’un lieu à l’extérieur. La forme des corps, que reflètent ces miroirs, est souvent caricaturale et renvoie à ces jeux grotesques de séduction où la duperie n’est jamais loin.

Les acteurs habillés en noir et blanc se régalent à camper ces héros plus ou moins ordinaires et souvent monstrueux, en quête de plaisir, qui s’affranchissent des codes de bonne conduite et se jouent de la morale. Pour rappel, la pièce a provoqué l’un des scandales les plus importants de la littérature allemande dû à son sujet « osé » et aux origines juives de l’auteur. La Seconde Guerre mondiale n’était pas loin…

Pourquoi n’iriez-vous pas jouer les voyeurs et profiter de ce jeu du chat et de la souris qu’offre chaque rencontre de La Ronde ? Allez, dansez maintenant !

Armelle Gadenne

Texte : Arthur Schnitzler
Mise en scène : Jean-Paul Tribout
Costumes : Sonia Bosc
Décors : Amélie Tribout

Avec :
Léa Dauvergne, la soubrette
Marie-Christine Letort, la femme mariée
Caroline Maillard, la grisette, la fille
Claire Mirande, la comédienne
Florent Favier, le fils de famille
Laurent Richard, le mari
Xavier Simonin, le soldat, le comte
Jean-Paul Tribout, l’auteur
Alexandre Zerki, le musicien

Du 15 novembre au 31 décembre 2018
Lundi à 19 h, mardi, mercredi, jeudi et vendredi à 21 h,
matinée du samedi à 16 h.
Théâtre 14
20, avenue Marc Sangnier
75014 Paris
http://theatre14.fr/

 

 

 

“J’ai rencontré Dieu sur Facebook”, à la MPAA Saint-Germain

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© François-Louis Athénas

Une ado de 15 ans qui vit seule avec sa mère, qui se sent incomprise de tous et qui surfe sur Internet, quoi de plus banal à notre époque… sauf que Nina est la fille de Salima, jeune professeure française d’origine algérienne, bien ancrée dans son époque. Cette dernière s’est battue pour se libérer du poids de la tradition, de la religion et de la famille. Elle vient de perdre sa mère et des choses douloureuses remontent à la surface. Pendant ce temps, Nina, déboussolée, se débat avec le souvenir de la mort de sa meilleure amie.

Cette histoire, traitée à la manière d’une fable allégorique, nous entraîne dans la vie de Nina et de Salima. À l’insu de sa mère, l’adolescente entretient une relation virtuelle avec Amar, un mystérieux personnage qui appartient au parti des Véridiques et qui prend de plus en plus de place dans sa tête comme dans sa vie. Le communication entre les deux femmes devient de plus en plus tendue. Jusqu’à ce que…

Faux-semblants et manipulation
Avec beaucoup d’humour et de finesse, Ahmed Madani décrypte la complexité des rapports mère-fille et la difficulté de trouver sa place dans la vie. Inventive, la mise en scène joue l’alternance entre la réalité et le rêve, utilisant astucieusement les ombres projetées (pour nous transporter ailleurs) et les bruitages. Elle parvient à nous faire ressentir la dangereuse fascination exercée par les réseaux sociaux sur la jeune Nina.

Sous couvert de comédie, l’auteur aborde le sujet de l’embrigadement religieux de certains jeunes, confrontés à la solitude et à la difficulté de discerner le vrai du faux, dans une société en perte de repères. Mais il évoque aussi le thème de la double culture : comment faire pour ne pas être écartelé(e), comme Salima, entre l’éducation transmise par sa famille, et la société où l’on vit ?

Un grand bravo aux acteurs, confondants de naturel. Monira Barbouch est parfaite en mère célibataire, dépassée par la radicalisation de sa progéniture. Valentin Madani livre une composition savoureuse en « émir de banlieue » manipulateur et manipulé. Mais j’ai particulièrement aimé le jeu de Louise Legendre, très attachante en ado exaltée et à fleur de peau.

Tout en soulevant des questions essentielles, ce spectacle, à la fois drôle et pédagogique, devrait plaire aux ados comme aux parents.

Véronique Tran Vinh

Texte et mise en scène Ahmed Madani
Création sonore Christophe Séchet
Conseil à la scénographie Raymond Sarti
Création lumière et régie générale Damin Klein
Vidéo Nicolas Clauss
Costumes Pascale Barré

Les 20 et 21 novembre à 20 h
à la MPAA Saint-Germain
4, rue Félibien, 75006 Paris 

Du 12 au 15 décembre à 20 h
À la Maison des arts de Créteil
Tournée ensuite jusqu’en février 2019
http://madanicompagnie.fr/

“En couple”, à La Folie Théâtre

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Reprise pour une deuxième saison de « En couple ».

DMPVD s’en souvient pour avoir bien ri et décidé de chroniquer cette pièce https://bit.ly/2Fdt7xQ nommée aux P’tits Molières 2018 « Meilleur Spectacle d’humour »:

Cette co-mise en scène avec Frédéric Gray et Géraldine Clément (qui avaient remporté le Prix du P’tit Molière 2014 pour Mademoiselle Frankenstein) déborde d’originalité.

À compter du 16 novembre 2018 jusqu’au 27 janvier 209, c’est Alexandra Causse qui donnera cette fois la réplique à l’incontournable Frédéric Gray, toujours accompagné sur les planches de Julie Fabioux. Une occasion d’apprécier les dialogues de Jean-Michel Ribes dont les prix s’accrochent à lui comme des boules de sapin de Noël : Prix des Jeunes Auteurs SACD
en 1975, Prix des « U » en 1976, Grand
 Prix de l’Humour Noir en 1995, Prix
Plaisir du Théâtre en 1976 et 2001, Grand
Prix du Théâtre de l’Académie Française pour l’ensemble de son œuvre en 2002, Grand Prix de la SACD en 2011 et, en 2002, sans compter le Molière du meilleur auteur francophone pour Théâtre sans animaux ainsi que le Molière de la meilleure pièce comique.

Que de Prix mérités pour chacun… et encore d’autres à venir dans ce petit théâtre parisien.

Carole Rampal

Vendredi et samedi à 20h – dimanche à 18h30
Supplémentaire exceptionnelle lundi 31 décembre à 20h30

http://www.folietheatre.com/

“Il y aura la jeunesse d’aimer”, au Lucernaire

Lecture_Aragon_10x15_PhotoHervieux03© Nathalie Hervieux

Deux grands acteurs réunis sur scène pour nous faire partager leur amour des mots, leur amour de l’amour. Des mots d’abord chuchotés comme dans une confidence, pour dire le bonheur et la difficulté d’aimer, la peur de se perdre et de perdre l’autre…

Mais quand ils surgissent de la plume de Louis Aragon ou de celle d’Elsa Triolet, puisés au cœur même de la vie de ce couple mythique, ils vibrent de lyrisme et brillent comme des étoiles au firmament. Les Yeux d’Elsa, Le Fou d’Elsa, Il n’y a pas d’amour heureux… tous ces poèmes qui résonnent dans nos oreilles sont gravés au fond de notre mémoire, que Didier Bezace a choisi de réactiver dans ce beau spectacle intimiste.

C’est aussi l’occasion de découvrir des aspects méconnus du talent du couple d’écrivains, et notamment la verve comique d’Aragon qui transparaît dans Les Bons Voisins, nouvelle qui traite de la dénonciation pendant l’occupation allemande.

Ou encore, la beauté sulfureuse du Con d’Irène, restituée avec délicatesse par Didier Bezace : « Et maintenant, salut à toi, palais rose, écrin pâle, alcôve un peu défaite par la joie grave de l’amour, vulve dans son ampleur à l’instant apparue. Sous le satin griffé de l’aurore, la couleur de l’été quand on ferme les yeux. »

Aux côtés de son partenaire, Ariane Ascaride apporte sa voix profonde et sa présence lumineuse. Nul besoin d’artifice de mise en scène. Dans la pénombre, les deux comédiens alternent les textes avec une complicité évidente. Avec délicatesse, gravité, mais quelques touches d’humour aussi. Nous sommes suspendus à leurs lèvres, retenant notre souffle pour ne pas en perdre un mot.

Recueillis. En état de grâce.

Véronique Tran Vinh

Une lecture spectacle de textes d’Aragon et d’Elsa Triolet
Avec Ariane Ascaride et Didier Bezace
Choix des textes et des musiques Bernard Vasseur et Didier Bezace
Mise en scène Didier Bezace, assisté de Dyssia Loubatière

Jusqu’au 2 décembre 2018
Du mardi au samedi à 21 h, dimanche à 18 h
Théâtre du Lucernaire
53, rue Notre-Dame-des-Champs
75006 Paris
http://www.lucernaire.fr/theatre/2679-il-y-aura-la-jeunesse-d-aimer.html

 

“Helsingør – Château d’Hamlet”, au Secret, Paris 5

Helsingør – Château d’Hamlet joue les prolongations ! Immergez-vous au cœur de l’intrigue de la plus célèbre pièce de Shakespeare…

Crédit photo : Mélanie Dorey

Helsingør est une belle aventure qui a demandé trois ans de préparation et une grande détermination de la part d’un collectif novateur et enthousiaste emmené par Léonard Matton, le metteur en scène de ce spectacle immersif, de la compagnie Antre De Rêves et Jean-Loup Horwitz, administrateur de la Fondation Polycarpe, mécène du projet… et l’un des Polonius de la troupe (tous les rôles sont doublés).

De la détermination, il leur en a fallu pour gravir, une à une, toutes les marches qui les ont conduits au château d’Hamlet revisité, dans ce lieu incroyable et unique qu’est Le Secret ! Cette ancienne usine de 1 200 m² cachée dans le 5e arrondissement, qu’ils ont dû repenser, réaménager et décorer avec beaucoup de créativité pour accueillir le public et les personnages de Shakespeare. D’ailleurs, tout le monde a mis la main à la pâte au Secret, travaillant et jouant en fonction des besoins. Car ce sont aussi et avant tout de belles rencontres, humaines et solidaires, que ce projet a vu naître.

Pour qui veut vivre ce Hamlet en immersif, où chacun est libre de déambuler dans les différentes pièces du château, au gré de ses envies, il suffit de se laisser inspirer. Ainsi, les chambres, la chapelle, la salle du trône, le cimetière deviennent des espaces de découverte, de rencontre entre les spectateurs et les personnages que l’on peut observer de très près puisque cette mise en scène nous plonge au cœur de l’action.

Il est d’ailleurs amusant d’observer les mouvements de spectateurs qui ont choisi de suivre tel ou tel personnage… et de les voir courir derrière lui pour ne rien rater de ses scènes. C’est en effet au spectateur et à lui seul de vivre l’intrigue de façon autonome, et de créer sa propre chronologie de l’histoire – les scènes se jouant en simultané –, quitte à revenir voir le spectacle, ce que je vous invite à faire, pour en découvrir d’autres facettes.

Être aussi proche des comédiens est intense, car il n’y a plus le recul que proposent le théâtre et ses règles : rangées de sièges bien ordonnées et scène. Lorsqu’Ophélie, jouée par l’incroyable Marjorie Dubus (je n’ai pas encore vu jouer Camille Delpech), réalise que Hamlet a tué son père, il se dégage d’elle une telle puissance émotionnelle que toute la chambre royale est saturée de son chagrin. Assise dans l’un des fauteuils de la chambre, je me suis sentie aspirée par la profondeur de son désespoir. Cette générosité est l’âme même du jeu de l’acteur et les comédiens ne ménagent pas leur peine pour donner à voir et à ressentir au milieu de tous ses visages inconnus qui leur sont si proches, et si lointains à la fois…

À vivre aussi, le combat final dans le cimetière, impressionnant de réalisme dans la colère et dans la violence.

Un petit conseil, ce spectacle est aussi l’occasion de participer à un “escape game” géant où des indices sont disséminés un peu partout dans le château. Il suffit de fouiller sans déranger. Amusez-vous à chercher les secrets des personnages, il y a une surprise à la clé.

Une fois n’est pas coutume, je terminerai par le commencement, c’est-à-dire par le bar végétalisé, premier contact avec Le Secret, qui mérite que l’on s’y attarde, ne serait-ce que pour y boire un verre (il faut goûter les jus de Marie), manger bio, papoter avec les comédiens ou échanger sur vos impressions après le spectacle.

Le 18 rue Larrey est aussi un lieu où sont organisés des brunchs, des activités culturelles diverses : exposition, réalité virtuelle, bals, ateliers créatifs, “escape games”, performances, pièces de théâtre. Pour adultes et enfants.

Laissez-vous surprendre… Être proactif, curieux et aventureux est aussi une façon originale de vivre le théâtre.

Armelle Gadenne

Auteur : William Shakespeare
Réalisateur / Metteur en Scène : Léonard Matton
Interprètes : Roch-Antoine Albaladejo, Dominique Bastien, Loïc Brabant, Cédric Carlier, Michel Chalmeau, Zazie Delem, Camille Delpech, Marjorie Dubus, Anthony Falkowsky, Thomas Gendronneau, Gaël Giraudeau, Jean-Loup Horwitz, Laurent Labruyère, Mathias Marty, Claire Mirande, Matthieu Protin, Jacques Poix-Terrier, Jérôme Ragon, Hervé Rey et Stanislas Roquette

Jusqu’à fin décembre 2018
Les jeudis et vendredis à 21 h
Les samedis à 18 h et 21 h
Les dimanches à 18 h (y compris le 11 novembre)
Ouverture des réservations 15 jours avant
Site : www.le-secret-paris.com 
Facebook : https://www.facebook.com/LeSecret.Paris5/
Instagram : https://www.instagram.com/lesecretparis5/