“Circus Incognitus”, au théâtre de l’Atelier

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@ Patrick Berger-Artcomart (fil) – @Amanda Russell

Quel bon moment nous avons passé hier soir en compagnie de Jamie Adkins ! Quand je dis “nous”, je pense non seulement à mon amie et à moi, mais aussi à tous les autres, adultes venus entre amis ou en famille. Quel plaisir d’assister à un spectacle d’un tel niveau burlesque, d’une telle fraîcheur, qui déclenche des hoquets, des salves, que dis-je, des cascades de rires… notamment de la part des plus petits, toujours plus spontanés. Quant à ma voisine de derrière, j’ai bien failli appeler les pompiers tant elle a manqué plusieurs fois de s’étrangler de rire.

Avec sa bouille sympathique et son regard espiègle, Jamie Adkins réussit la prouesse de transformer des petits riens en tours de génie : une lampe qu’il braque à tour de rôle sur le public et sur lui, déformant son visage ; des balles de ping-pong qu’il fait semblant d’avaler et qu’il recrache en jonglant avec la bouche (une performance !) ; des sauts, faussement ratés, d’une chaise à l’autre ; des grimaces qui font se tordre de rire les enfants (et les autres)… De son goût pour le spectacle de rue, il a gardé le don de créer une interaction avec le public. Sans même avoir besoin de parler.

Tout ceci ne nous fait pas oublier l’incroyable dextérité avec laquelle il rattrape des objets avec une fourchette fichée dans la bouche, se livre à un numéro de danse sur un fil ou marche avec des bouts d’échelle en lieu et place d’échasses, sans jamais se départir de son air rêveur à la Buster Keaton. Il joue à merveille un personnage décalé, dépassé par des problèmes quotidiens, mais qui arrive à trouver des solutions inattendues.

On ressort de la salle avec des ailes, en ayant l’impression d’avoir retrouvé son âme d’enfant. Un petit miracle ! Courez le voir avant qu’il ne soit trop tard. Et n’oubliez pas d’emmener vos enfants, ils vont adorer Jamie et vous adorer par la même occasion.

Véronique Tran Vinh

 

À partir du 3 juillet
Du mardi au samedi à 19 h
Dimanche à 15 h

Théâtre de l’Atelier
Place Charles-Dullin
75018 Paris
Tél. : 01 46 06 49 24

http://www.theatre-atelier.com/circus-incognitus-lo2774.html

 

 

 

 

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“Antigone”, au théâtre des 3 soleils, Festival Off d’Avignon

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©DR

Romain Sardou nous propose le portrait revisité de cette jeune femme tourmentée et d’un grand courage face à la tragédie de sa vie.
Son écriture plutôt culottée nous séduit par sa liberté de ton et sa pertinence en nous rappelant, si besoin était, que le combat des femmes pour s’affranchir des diktats masculins a été et est encore.

Sans aucun décor, sans aucun accessoire, avec simplement quelques costumes, la mise en scène met en exergue le texte précis de Romain Sardou et permet aux comédiens d’exprimer avec talent la pure complexité des sentiments humains. Ce dépouillement total ajoute à la réussite de l’ensemble.

Personnage antique et moderne

Antigone fait face avec courage à Créon, son oncle calculateur et violent qui la harcèle et la maltraite, décidant de son destin pour assouvir son désir de pouvoir.
Vibrante, fragile et souvent au bord de l’implosion Katia Miran, incroyable Antigone, émeut jusqu’au malaise, car elle donne tout au public et joue cette héroïne tourmentée qui fait face à sa réalité, face à cet oncle, calculateur et inflexible, qui veut la voir capituler.
Comme prise dans une souricière, Antigone sait pourtant vers quel destin elle va…, n’est-elle pas le fruit d’un amour interdit, ce même amour interdit qu’elle ressent pour son frère ? Rien ne la fera céder.

Une distribution intelligente et talentueuse

Henri Courseaux/Tirésias (à voir aussi dans sa jolie pièce Tendresse à quai à l’Espace Roseau Teinturiers, jusqu’au 28 juillet à Avignon), dont le jeu est aussi léger et plein d’humour que l’atmosphère est pesante ; Bernard Malaka en Créon tour à tour manipulateur et calculateur, sensible à l’effroyable destin de sa nièce, mais déterminé à la faire plier. Tous les acteurs sont magnifiques et à leur juste place.

Dépêchez-vous ! Allez voir ce spectacle d’une grande qualité – peut-être l’un des meilleurs de cette cuvée 2019.

Scribo

Écrit et mis en scène par Romain Sardou
Avec Katia Miran, Bernard Malaka, Henri Courseaux, Magaly Godenaire, Guillaume Jacquemont, René-Alban Fleury, Agnès Ramy, Taos Sonzogni (en alternance)
Collaboration artistique : Xavier Simonin
Création Lumières : Philippe Lacombe
Scénographie : Matthieu Lebreton
Création Costumes : Claire Schwartz
Régie générale : Thomas Chelot

Du 15 au 28 juillet à 10 h 10
Théâtre des 3 soleils
4, rue Buffon
Avignon
Réservations : 04 90 88 27 33
https://www.avignonleoff.com/programme/2019/antigone-s25470/

“Le Lambeau”, de Philippe Lançon

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Il y a des livres qui vous font vous évader, vous transportent parce qu’ils vous conduisent dans une parenthèse enchantée. Et il y a des livres qui vous mettent les pieds sur terre, vous accompagnent autant que peuvent le faire les hommes et les femmes dans votre parenthèse traumatique. Les uns comme les autres sont des rencontres. Le livre de Lançon, dans la deuxième catégorie, est une rencontre amicale précieuse. Elle participe de la résurrection, en soutenant la reconstruction pour celui qui l’expérimente. Elle peut être pour l’entourage une clé pour comprendre, un peu, ce qui se trame chez l’être atteint. Une aide à l’empathie, à l’altérité. Parce que l’on change pour soi, autant que pour les autres et par le regard des autres.

Une étude sur l’identité

La vie nous apprend que nous ne sommes pas immuables. Nous sommes même le changement permanent. Cela se constate physiquement, mais cela se traduit tout autant intérieurement, et cela, même plus profondément que pour notre enveloppe corporelle. Notre moi intérieur évolue, au gré des ans et des circonstances, aussi sûrement que notre peau se renouvelle chaque heure, chaque jour… Même pour des personnes dont le quotidien est identique d’un jour à l’autre, ces changements opèrent, dans des proportions certes homéopathiques, néanmoins réelles. Nous ne sommes jamais tout à fait une personne différente, ni tout à fait le même individu que nous étions précédemment et que nous serons demain.

Il y a des événements qui viennent bousculer, précipiter, accélérer ces modifications, par implosion, blessure, traumatismes intérieur ou extérieur. Soit que l’enveloppe ne convienne plus – au fond nous sommes des serpents ou des homards qui doivent muer de manière continuelle–, soit que cette enveloppe, et ce qu’elle contient, soit particulièrement atteinte. Vous entrez dans certaines périodes de votre vie comme dans un accélérateur de particules ou une grande lessiveuse, c’est une question de point de vue et de bosses ressentis au cours de la séquence.

Dans cette optique, Le Lambeau de Philippe Lançon est une étude magistrale sur ce qui se joue en nous, sur cette identité en permanence reconstruite, cette réappropriation sans fin de ce que nous sommes. Récit autobiographique, il ne porte pas tant sur l’attentat de Charlie Hebdo, dont Philippe Lançon est un des rares survivants, que sur les conséquences de celui-ci sur ce qu’il était, ce qu’il est, puis devient.

Le récit n’est jamais glauque, il y a toujours une pudeur, même dans la description de l’horreur, du corps meurtri, des opérations qui se succèdent. Philippe Lançon voit son destin basculer en moins de deux minutes quand les frères K. massacrent les personnes présentes au comité de rédaction hebdomadaire de Charlie, le 7 janvier 2015. Un chemin de croix commence alors, qui le plonge dans les limbes de l’univers hospitalier, chirurgical et psychologique : réparer les vivants, c’est tout autant une affaire de bistouri que de thérapie. Le journaliste qu’il est va faire de l’individu en reconstruction son sujet d’étude, une analyse réflexive sur ce qui se joue en lui et, par extension, en chacun de nous.

De la solitude liée au traumatisme

Ce que les balles ont fracassé chez Lançon, ce n’est pas seulement le bas du visage, le bras, la main, c’est la personnalité, la certitude d’être soi, ce qu’il était jusqu’alors. Appréhension de son propre corps meurtri, de la fragilité de l’être, qui découvre que le moindre effort devient une montagne impossible à franchir, que les progrès sont parfois insignifiants, que l’on peut être opéré des dizaines de fois dans un laps de temps très court, sans que le nombre d’interventions ne soit proportionnel au progrès immédiat pour la guérison. Lançon perçoit avant tout que son for intérieur est bouleversé. Les couches de ses vies antérieures se succèdent pour le visiter, s’entrecroisent, et il se sent étranger à tout cela : la plongée dans le passé est brutale, le choc du traumatisme ne peut être réellement compris par les autres, même s’il est partagé. C’est d’ailleurs une des leçons du livre : l’expérience traumatique vous isole, seuls vos pairs d’infortune, en l’espèce les gueules cassées et ceux qui les soignent, peuvent vous apporter le réconfort de la compréhension. Cela ne veut pas dire qu’il convient d’exclure les autres, son entourage, quand bien même la tentation est forte, mais, et c’est un point essentiel du puzzle dans la reconstruction, il y a plusieurs cercles et formes de soutien, qu’il ne convient pas de confondre : le traumatisme de la victime n’est pas le traumatisme que vont ressentir ceux qui l’entourent et il faut autant se préserver que préserver les autres de certains aspects.

Le fameux lambeau qui donne son titre au livre, c’est le terme utilisé pour désigner la greffe, constituée de l’os du péroné qui va être prélevé pour reconstruire une mâchoire, ainsi que la pièce de muscle prélevé sur les mollets pour redonner vie et texture aux chairs du visage détruites. Il y a une forme de renaissance dans ces opérations : le patient, qui ne peut se nourrir seul et se retrouve littéralement criblé de tuyaux et canules qui lui sortent de tout le corps, va, peu à peu, reprendre possession de ses doigts, de ses mains (et combien sont-elles importantes pour celui qui écrit), de son visage, de sa bouche (et la parole, qui nous semble si naturelle, devient un bien encore plus précieux quand on en est privé). Ce corps, qui n’est plus le même, ne se laisse pas pour autant charcuter et dompter facilement. Il lutte, se rappelle à son propriétaire, ne répond pas toujours aux traitements, joue de mauvais tours. Si les premières semaines sont ponctuées d’une actualité chirurgicale quasi quotidienne laissant le cerveau au repos, l’installation dans la rééducation au long cours éprouve la patience. Nous connaissons tous cette sensation que l’action, la tempête dilate le temps, nous permettant de ne pas l’éprouver entièrement. Mais une fois la tempête passée commence alors le plus difficile, le retour à la normale, qui ne peut être tout à fait la même que précédemment. L’impatience guette toujours celui qui sort d’une épreuve difficile, impatience de retrouver une forme de primat sur son corps et son esprit, impatience de ne plus être le jouet de la douleur, de la souffrance, de l’inconfort ou même, tout simplement, du regard des autres.

Étranger à ses proches et à soi-même

L’impatience joue des tours qu’il faut dompter comme un animal sauvage, avec conviction, mais sans précipitation, une ligne de crête étroite où il faut cheminer, d’où l’on peut trébucher, mais qu’il faut rejoindre encore et toujours, retrouver ce sentier étroit où l’horizon est souvent bouché par un brouillard plus ou moins épais.
Dans cette reconstruction, plus que la douleur physique – même si elle est très présente, atténuée seulement par la magie des opiacées –, c’est bien la question de la psyché qui est au cœur du récit, du rapport à soi-même, du rapport aux autres. Lançon décrit avec subtilité et humour les contradictions qu’il traverse. Il veut à la fois s’échapper de sa condition de victime tout en éprouvant une forme de plaisir à vivre une expérience unique, dans cette bulle de l’hôpital. Finalement, lui n’a pas vécu l’après-Charlie tel que la population française l’a vécu, de même que son expérience n’est pas celle des survivants qui n’ont pas été blessés lors du massacre, et qui, eux, sont restés dans le monde. Éternel débat, à savoir, quand un traumatisme est vécu, faut-il se jeter à l’eau du retour au quotidien immédiatement ou attendre un peu, ou, autrement dit, à quelle vitesse doit-on remonter à cheval. Les circonstances ont choisi pour Lançon. Si, tout d’abord, cette bulle a été protectrice, plus le temps passait, plus il a cherché à retarder le moment du retour à la vraie vie. D’autant qu’elle lui a tout de même permis de se refonder sur des bases qui, à défaut d’être toujours voulues, sont néanmoins solides, tout en poursuivant, de manière allégée et centrée sur son expérience, son travail de journaliste. La thérapie de Lançon passe aussi par cette introspection profonde, précise, ciselée.

Un traumatisme, un cataclysme, c’est tout autant une parenthèse qu’une césure dans la vie d’un homme. Nous en connaissons et nous en éprouvons sans le savoir au quotidien. Mais la plupart sont imperceptibles. D’autres ont plus d’intensité et nous marquent. Sur l’échelle de Richter des secousses de la vie, seules les plus importantes se laissent voir. Si toute secousse aura une conséquence sur notre être, notre chemin de vie, seules certaines nous atteignent en pleine conscience. Le drame, mais aussi la pure joie, intense, sont capables de construire ces césures franches dans une vie, et ils nécessitent souvent une parenthèse pour les digérer. C’est l’accident, le deuil, mais aussi la joie de la naissance d’un enfant, parfois des rencontres, amoureuses, amicales ou professionnelles. Lançon décrit cette parenthèse, parenthèse hospitalière en l’espèce, tout en identifiant la césure profonde qu’il vit : les balles ont changé son corps, mais aussi sa trajectoire de vie. Il y a un individu, celui d’avant, fruit de toutes ses expériences, de tous ses âges passés, et il y a le patient sur son lit, qui voit cet individu avec distance, et ceux qui l’ont connu avec le sentiment ambigu d’être aussi étranger que proche de ces personnes.

La parenthèse traumatique
Une épreuve de vie, de celle qui fait imploser (ce peut être un épisode dépressif, un accident de vie, un changement radical), c’est une sorte de voyage intérieur. Entre isolement et besoin de société, entre désespoir et espoir, entre réalité et fiction, en un mot, c’est un voyage au cœur de l’inconfort : les certitudes sont balayées, la fragilité est à fleur de peau, l’Homme est nu, il est enfant qui doit réapprendre à vivre, à marcher, à appréhender son propre corps, son propre esprit. Et de là viennent les incompréhensions avec l’entourage. Ce qui paraît être, aux yeux des autres, de la mauvaise foi, de la paresse, de la méchanceté dans le comportement, c’est seulement la fragilité de l’être qui réapprend à s’aimer, s’estimer, à avoir confiance en lui. La parenthèse n’est pas une mer d’huile, c’est même le contraire. La parenthèse est une tempête pour celui qui la vit, et elle peut emporter ce qui se trouve à proximité de l’individu en crise (par crise, il faut entendre cette rupture avec un état passé). Les amitiés, les amours, le quotidien, la profondeur, l’intensité, la manière de répondre à la crise emportent les liens les plus solides comme des fétus de paille.

Le livre de Lançon est tout autant une expérience personnelle, à l’écriture délicate, exorcisme personnel pour son auteur, qu’une analyse précise, chirurgicale, sur ce que peut vivre tout un chacun, comment le changement nous saisit, comment nous y répondons. Il se mérite d’autant plus, se révèle d’autant mieux, que le lecteur a connu cette expérience profonde du traumatisme qui fait basculer dans une crise radicale (crise de la quarantaine, décès, accident de la vie). Les mots renvoient un écho, écho réconfortant autant que déstabilisant. Nous ne sommes pas seuls à vivre des expériences traumatisantes, elles sont toujours inconfortables quand bien même elles peuvent déboucher sur du beau, du bon et du meilleur.

Stéphane Lenoël

“Le Lambeau”, de Philippe Lançon, Gallimard, 2018, 512 p., 24,90 €.

 

“Cinquièmes hurlants”, à La Scala Paris

 

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À l’origine de ce spectacle, la rencontre de Raphaëlle Boitel (diplômée de l’école nationale des arts du cirque Fratellini) avec cinq jeunes circassiens talentueux (cerceau, sangles, jonglage, fil de fer et danse). Naît alors chez la jeune femme l’envie d’illustrer la persévérance, vertu suprême dans leur travail au quotidien, mais aussi dans la vie en général. Son titre évoque à la fois, à travers le symbolisme du chiffre 5, la recherche de l’harmonie, de l’équilibre et de la grâce, et les 50es hurlants, zone de l’océan Austral connue pour ses vents violents et sa mer redoutée des marins qui doivent l’affronter.

D’abord braqué sur les spectateurs, un projecteur fait volte-face, laissant apparaître successivement des corps en mouvement dans un beau clair-obscur. Corps tordus, désarticulés, qui dérapent, glissent, tombent et se relèvent sans arrêt. Entre équilibre et déséquilibre. Visages tour à tour gais, tristes. Entre plaisir et souffrance. Comme dans une métaphore de la vie.

Nous invitant dans les coulisses du cirque, Raphaëlle Boitel nous montre le travail acharné qui aboutit à la maîtrise corporelle, comme la première scène où Loïc Leviel fait mine de tomber de son fil ou la performance de Clara Henry qui intime à ses bras, à ses mains, à tous ses membres, de se laisser totalement aller. Et quand elle se transforme en femme araignée flottant littéralement dans l’espace, tractée par ses comparses, on applaudit, au-delà de la performance et de l’esthétique, la belle osmose qui se crée sous nos yeux entre les membres de la troupe. Instants suspendus.

La musique nimbe les mouvements d’une cascade de notes aériennes (Bach), profondes (Verdi) ou énergiques (rock). C’est beau, poétique et envoûtant comme une ode à la vie et à sa fragilité.

Et si, comme dans les arts circassiens, elle n’était qu’une suite d’équilibres et de déséquilibres, que l’on doit s’efforcer de gérer au mieux ?

Véronique Tran Vinh

Conception et mise en scène Raphaëlle Boitel
Collaboration artistique, scénographie, lumière Tristan Baudoin
Avec Tristan Baudoin, Salvo Cappello, Alejandro Escobedo, Clara Henry, Loïc Leviel, Nicolas Lourdelle, Julieta Salz

 

Jusqu’au 20 juillet 2019
La Scala Paris
13, boulevard de Strasbourg
7510 Paris
https://lascala-paris.com/

“Cinquièmes hurlants”, bientôt à la Scala…

Je me réjouis d’aller voir ce spectacle de cirque très prometteur, conçu et mis en scène par Raphaëlle Boitel. Retrouvez ma chronique très prochainement sur DMPVD.

Véronique Tran Vinh

Affiche

La Scala Paris
13, avenue de Strasbourg
75010 Paris
https://lascala-paris.com/programmation/5es-hurlants/

“Le Bourgeois Gentilhomme”, au Lucernaire

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C’est un coup de jeunesse redonné à cette pièce du XVIIe siècle. Qu’en aurait pensé Louis XIV ? Et Molière ? Et Jean-Baptiste Lully, à l’écoute de certaines musiques disco ?
Mais oublions le château de Chambord et revenons, ce mercredi 3 juillet, au 59 rue Notre-Dame-des-Champs, bien installé dans un des fauteuils du Théâtre Le Lucernaire.

Sous la houlette de Philippe Person et Florence Le Corre, les élèves de la dernière promotion de l’école d’art dramatique du Lucernaire déploient énergie pour donner vie à cette pièce. Sur un damier blanc et noir qui constitue le sol, chacun évolue entre acrobatie, danse et réparties  pour servir au plus près le texte de cette comédie-ballet dont on ne se lasse jamais. Le rire fait mouche. Petits et grands s’esclaffent aux farces et turqueries que Jourdain génère autour de lui. Et là serait certainement l’essentiel dans l’esprit de Molière…

Souhaitons alors bonne chance à cette équipe dont certains se démarquent et pourraient être les comédiens de demain.

Carole Rampal

Du 12 juin au 11 août 2019
Du mardi au samedi à 20h
Dimanche à 17 h

Mise en scène :  Florence Le Corre et Philippe Person avec le Collectif Queussi-Queumiq, troisième promotion de l’école d’art dramatique du Lucernaire
Avec :
Louise Delilez, MADAME JOURDAIN / MAÎTRESSE DE MUSIQUE (EN ALTERNANCE)
Juliette Derkx, LUCILE / MAÎTRESSE DE MUSIQUE (EN ALTERNANCE)
Dominika Dobrokà, NICOLE / MAÎTRESSE D’ARMES (EN ALTERNANCE)
Yoann Foissy, COVIELLE (EN ALTERNANCE)
Anatole Follenfant, MONSIEUR JOURDAIN (EN ALTERNANCE)
Cécilia Gérard-Hirne, DORIMÈNE (EN ALTERNANCE)
Jennifer Guillet, LUCILE / MAÎTRESSE DE DANSE (EN ALTERNANCE)
Jeanne Guinebretiere, NICOLE / MAÎTRESSE DE DANSE (EN ALTERNANCE)
Anna Kobakhdize, DORIMÈNE (EN ALTERNANCE)
Marine Lecarpentier, LUCILE / MAÎTRESSE DE DANSE (EN ALTERNANCE)
Judith Leder, MADAME JOURDAIN / MAÎTRESSE DE MUSIQUE (EN ALTERNANCE)
Jérémy Leitao, MONSIEUR JOURDAIN (EN ALTERNANCE)
Jeanne Perney, MADAME JOURDAIN (EN ALTERNANCE)
Arthur Radiguet, DORANTE / MAÎTRE DE PHILOSOPHIE
Elie Rofe, COVIELLE (EN ALTERNANCE)
Maria Sombrin, DORIMÈNE (EN ALTERNANCE)
Matéo Troianovski, CLÉONTE / MAÎTRE D’ARMES (EN ALTERNANCE)
Charlotte Tronchon, NICOLE (EN ALTERNANCE)
Judith Voquer, LUCILE / MAÎTRESSE DE DANSE (EN ALTERNANCE

“Les Éclaireurs, la culture en mouvement”

Une nouvelle édition des soirées-débats  » Les Éclaireurs, la culture en mouvement  » a eu lieu le 25 juin à La Maroquinerie, organisée par les Espaces Culturels E.Leclerc. Je m’y suis rendue pour représenter DMPVD.

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Pour débattre de la question : « Festivals : la concurrence est-elle (trop) dure ? » étaient réunis autour de Michel-Édouard Leclerc et Frédéric Taddeï :

  • Emmanuel Négrier : directeur de recherche CNRS en sciences politiques au CEPEL
  • Olivier Donnat : chercheur au Département des études, de la prospective et des statistiques (DEPS) du ministère de la Culture et de la Communication
  • Angelo Gopee : directeur général Live Nation France
  • Gérard Pont : vice-président Fondateur de Morgane et Président des Francofolies et du Printemps de Bourges
  • Marie Sabot : directrice du festival WE LOVE GREEN
  • Jean-Paul Roland : directeur général du festival Les Eurockéennes de Belfort

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Cette soirée est disponible en intégralité ici : https://www.culture.leclerc/les-eclaireurs-a

Véronique Tran Vinh

“Le Dindon” de Feydeau, avec la compagnie Viva

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Dans le cadre de sa 24e édition du Mois Molière, DMPVD s’était rendu le 17 juin à Versailles pour assister à la représentation de Macbeth de Shakespeare (https://bit.ly/2XDOHDp). Ce Festival est organisé par la ville, depuis vingt-quatre ans, tout le mois de juin et présente des spectacles gratuits à ne pas manquer.

Ce mercredi 26 juin, DMPVD y est retourné. Dans la cour de la Grande Écurie, à ciel ouvert, la compagnie Viva montait sur les planches assemblées pour l’occasion et présentait Le Dindon de Georges Feydeau.

Cette mise en scène offre un souffle moderne à cette pièce sans écorner le texte de ce grand auteur de vaudevilles qu’Anthony Magnier connaît bien pour avoir gagné le Grand Prix du Festival d’Anjou et Prix du jury jeune 2015 pour Un fil à la patte.

Absurdes de situations, scènes cocasses, on retrouve Feydeau, intemporel, dans toute sa splendeur : le spectateur continue de rire (depuis 1896 !) avec Pontagnac, Lucienne, Vatelin, Maggy…, et est tenu en haleine tambour battant jusqu’au bout pour savoir qui sera “le dindon de la farce”.

Si vous passez par Avignon, au Festival Off, n’hésitez pas à venir assister à cette représentation qui aura lieu au Théâtre des Gémeaux. Un bon moment de détente !

Carole Rampal

Avec Delphine Cogniard, Magali Genoud, Marie Le Cam, Anthony Magnier, Xavier Martel, Julien Renom, Mikaël Taieb.

 

 

“Quel beau dimanche !”, bientôt au Festival d’Avignon

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Il ne faut jamais présumer de rien. Surtout pas du déroulement de ses week-ends (ni de sa famille !) même si on est habitué, dans un entre-soi, au traditionnel « rôti-pommes de terre » dominical convenu.

Christian Michodeau, maire d’une petite commune d’Auvergne, à la veille de se présenter aux élections législatives, le comprendra de surprise en surprise.

Cette comédie familiale, bien rythmée, mise en scène par William Malatrat – à la fois metteur en scène et dans le rôle du père –, écrite par Élidie Duranton – également présente sur les planches dans le rôle de Clara, la fille aînée –, entremêlent humour et loufoqueries. Noëlie Merlo, cachée derrière des lunettes presque trop grosses pour elle, incarne avec beaucoup de malice, Sophie, la fille cadette, une jeune femme tout à fait « 2019 », tandis que Marie-Cécile Veyrenc ne manque pas d’expression pour interpréter une mère quinquagénaire devenue écolo et surfant à l’insu de tous sur les réseaux sociaux.

Une pièce bien vitaminée où l’énergie reste encore parfois à canaliser.

Joué en avant-première, au Théâtre Edgar Quinet, le 17 juin 2018, Quel beau dimanche ! sera au Festival d’Avignon*, du 5 au 28 juillet.

Carole Rampal

* Représentations à 21h30
au 45 rue des Teinturiers.
Réservation au 04 90 03 28 75
Relâches les mardis.

“Petit éloge de la nuit”, à la Scala

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Pierre Richard, le funambule…

À l’origine du spectacle, Petit éloge de la nuit d’Ingrid Astier, un abécédaire qui se veut une ode aux errances nocturnes, recomposé pour l’occasion par le metteur en scène Gérald Garutti et complété de textes de Baudelaire, de Michaux, de Poe ou de Nerval… pour Pierre Richard dont la présence à elle seule est promesse d’enchantement.

Plongé dans un clair-obscur, il évolue au gré des lumières, parfois en contre-jour, sur un plateau nu, dont on ne distingue qu’un carré noir au milieu, dans lequel il se glisse parfois, comme dans un lit, ou disparaît. Au fond, un écran vidéo sur lequel sont projetés des films, visions oniriques où l’acteur se dédouble, s’endort sur un lit-île à la marée montante, ou apparaît tel un vieux Robinson le regard bleu rivé sur un horizon invisible…

Dire la nuit, c’est être en équilibre, en suspension, entre le silence et le trop-plein des mots… Dans cette dérive poétique qu’il rêve éveillé, l’acteur nous confie les fulgurances, angoissantes ou jouissives venues des tréfonds de l’obscurité et nous révèle une part mélancolique méconnue.

La musique et les fantasmes projetés en arrière-plan en disent parfois trop et noient l’émotion qui relie l’acteur au spectateur. Mais Pierre Richard flotte, se rit de lui-même, danse avec une grâce intemporelle, comme un contrepoint à la gravité.

On applaudit la performance, ce personnage attachant qui n’a pas pris une ride, et la pirouette finale contredisant l’apparente légèreté où la nuit, c’est aussi la proximité de “l’autre côté”, la réalité de celui qui entrevoit la fin du jour…

Laissez-vous aller à ce bain de nuit les yeux fermés.

Florence Violet

Petit éloge de la nuit
d’Ingrid Astier
Avec Pierre Richard
Adaptation et mise en scène : Gérald Garutti

La Scala
13, boulevard de Strasbourg 75010 Paris
Réservations : 01 40 03 44 30

 Du 6 au 16 juin et du 25 au 30 juin
Du mardi au samedi, à 21 heures ; les dimanches, à 15 heures

Danse Marie-Agnès GILLOT
Création musicale et sonore : Laurent PETITGAND
Scénographie et lumières : Éric SOYER
Vidéo : Renaud RUBIANO
Réalisation des films : Pierre-Henri GIBERT, Pauline MAILLET, Gérald GARUTTI
Costume : Joël VIALA
Dramaturgie et assistanat à la réalisation : Zelda BOURQUIN
Collaborateurs artistiques :  Païkan GARUTTI et Laurent LETRILLARD
Assistanat à la mise en scène : Raphaël JOLY
Régie générale et plateau : François PELAPRAT
Régie lumière : Jérôme DELPORTE
Régie son et vidéo : Steven GUEGAN
Décor construit par les ateliers du Théâtre de l’Union : Alain PINOCHET, Claude DURAND

“Macbeth”, à la Grande Écurie de Versailles (Mois Molière)

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Dans la cour de la grande écurie de Versailles, une flamboyante créature vêtue d’un fourreau écarlate surgit sur scène. Elle incarne à la fois « la sorcière », celle qui prédit le funeste destin de Macbeth et la conteuse. Le ton est donné. La pièce oscillera entre un « récit plein de bruit et de fureur » et les traits d’esprit de la narratrice.

Tous les personnages sont vêtus de rouge de la tête aux pieds. Rouge comme la vie, comme la passion qui lie Macbeth à sa femme. Mais aussi rouge comme le symbole de la noblesse, du pouvoir et du despotisme. Rouge comme le sang que va répandre Macbeth pour assouvir son ambition dévorante.

La mise en scène d’Anthony Magnier, pleine de vie et de fougue, est traversée de fulgurances. Ainsi, la scène où Lady Macbeth (excellente Nathalie Lucas), telle une furie, fustige son époux pour sa couardise et l’exhorte à tuer le roi pour prendre sa place. Ou celle où Macbeth (interprété par un William Mesguich inspiré), hanté par le remords, est en proie à des visions hallucinatoires. La composition musicale qui accompagne le spectacle crée une ambiance prenante, qui flirte avec le fantastique.

William Mesguich et Nathalie Lucas forment un couple démoniaque et fascinant, en proie à la violence de ses pulsions. L’interprétation des autres acteurs est très homogène. Sandrine Moaligou est particulièrement pétillante dans le rôle de la sorcière (au nombre de trois dans le texte original). L’idée du metteur en scène d’en avoir fait une créature à la fois sexy et retorse est excellente. Omniprésente, elle apporte une note d’humour bienvenue dans ce drame où l’âme humaine se révèle dans toute sa noirceur.

On souhaite bonne route à ce spectacle flamboyant qui met en lumière la puissance du texte de Shakespeare.

Véronique Tran Vinh

d’après William Shakespeare
Mise en scène d’Anthony Magnier
Compagnie Viva (en résidence à Versailles)
Serge Paumier Production
Avec Axel Hache, Nathalie Lucas, William Mesguich, Sandrine Moaligou, Julien Renon et Victorien Robert

Prochaine représentation (même lieu) :
Jeudi 20 juin à 20 h 30 (entrée gratuite dans la limite des places disponibles)

Le Mois Molière
Un mois de théâtre et de musique partout dans Versailles (spectacles gratuits)
24e édition – Du 1er au 30 juin 2019
à l’initiative François de Mazières, maire de Versailles, fondateur et directeur artistique du Mois Molière
Le programme ici : http://www.moismoliere.com/

 

“Mademoiselle Julie”, au théâtre de l’Atelier

© Franck Beloncle

En cette fin de XIXe siècle, alors que crépitent les feux de la Saint-Jean, c’est un combat sans merci qui oppose Mlle Julie, d’ascendance noble, et Jean, le valet de son père, dans une maison patricienne de la campagne suédoise. Lutte des classes, bien sûr, mais surtout lutte de pouvoir entre une femme et un homme, chacun cherchant à dominer, voire à écraser l’autre.

Avec cette adaptation de la célèbre pièce d’August Strindberg, écrite en 1888 et jouée par les plus grands acteurs, Julie Brochen met l’accent sur la teneur sadomasochiste de la relation entre les deux amants. Supérieure par la naissance et élevée dans la haine des hommes par sa mère, Julie use de toutes les prérogatives liées à sa classe et à son sexe pour séduire Jean. Derrière sa morgue et son excentricité apparentes, se cache aussi le désir de s’émanciper de sa condition féminine.

D’amour ou de plaisir, ici, il n’en est guère question. C’est un jeu de séduction-répulsion que Julie instaure avec son valet-amant, acceptant de subir et d’imposer la dialectique du maître et de l’esclave. Ce jeu lui procure un mélange de jouissance et de douleur qui lui donne l’illusion de vivre intensément. Le mépris en est le pivot : au mépris qu’elle manifeste pour ses serviteurs qu’elle considère comme ses « objets » répond le mépris de ceux-ci pour leur maîtresse, dont le comportement leur paraît indigne de son rang.

Jean lui résiste, faisant preuve d’une force de caractère peu commune. Peu à peu, au cours de ce huis clos étouffant, se dévoilent les faces obscures de chacun. Ainsi, Jean, bien que dévoué à son maître et subjugué depuis son enfance par « la fille du comte », se révèle un homme déterminé à s’élever socialement, plus retors et manipulateur qu’il n’en a l’air. Les interventions de sa fiancée Kristin, domestique comme lui, viennent le rappeler de temps à autre aux conventions de leur classe sociale. À l’inverse, sous le masque de dominatrice de Julie, apparaît peu à peu une petite fille perdue, en proie à des névroses mal guéries.

La scénographie, réduite au cadre dépouillé d’une cuisine d’époque et à de subtils clairs-obscurs, permet au spectateur de se concentrer sur le jeu des acteurs. Seuls s’élèvent parfois quelques rires et chansons pour rappeler  la fête qui se tient à l’extérieur de la maison.

Dans le rôle-titre, Anna Mouglalis impose sa présence singulière et magnétique. Sa voix rauque, son allure féline en font une séductrice animale, qui mène le jeu avec un sadisme non dissimulé, jusqu’à ce qu’elle se retrouve elle-même prise au piège. Face à elle, Xavier Legrand est impressionnant d’aplomb dans le rôle du serviteur qui refuse de se soumettre aux règles du jeu social. La joute des deux protagonistes, tour à tour bourreau et victime, est fascinante et nous tient en haleine jusqu’à ce que le drame atteigne son paroxysme.

Une relecture de la pièce qui évoque The Servant et que n’aurait sans doute pas désavouée le maître des relations équivoques, Joseph Losey.

Véronique Tran Vinh

d’August Strindberg
Traduction de Terje Sinding
Mise en scène Julie Brochen
Avec Anna Mouglalis, Xavier Legrand et Julie Brochen
Lumières Louise Gibaud
Création sonore Fabrice Naud
Scénographie, costumes Lorenzo Albani

Jusqu’au 30 juin 2019
Du mardi au samedi à 19 h
Dimanche à 15 h
Théâtre de l’Atelier
Place Charles-Dullin
75018 Paris
http://www.theatre-atelier.com/mademoiselle-julie-lo2675.html

 

“Mises en capsules”, au Théâtre Lepic

mises en capsules.jpgSur la Butte Montmatre, du 20 mai jusqu’au 8 juin, le Théâtre Lepic (anciennement Ciné 13 Théâtre) ouvre ses portes pour accueillir la 13e édition d’un festival de formes courtes théâtrales.

Une part belle à la création : chaque soir, cinq troupes jeunes ou confirmées présentent un spectacle d’une durée de 30 minutes. Cette année, 18 créations sont sur scène. Tout est proposé, rien n’est imposé. Vous pouvez assister à celui ou tous ceux que vous désirez*.

DMPVD s’y est rendu le 23 mai. À la programmation, dans l’ordre de passage et résumés par le Théâtre Lepic  :

Les Jumelles
Auteure : Samantha Markowic – Metteur en scène : Benjamin Gauthier – Avec : Samantha Markowic et Alexandra Chouraqui
Ma jumelle et moi, sommes nés à l’âge de 9 ans ; tout ce qui a pu exister avant, ne devait être évoqué sous aucun prétexte ; nous devions le garder en secret et raconter aux autres des histoires…
Dates et horaires : 22/05 à 19h – 25/05 à 21h15 – 29/05 à 19h45 – 2/06 à 20h30 – 1/06 à 22h – 5/06 à 20h30 – 8/06 à 19h45
Silence Radio
Auteur : Romain Margaretta sur une idée collective – Metteur en scène : Sophie Clavaizolle et Romain Margaretta – Distribution : Carlo Mouzannar, Romain Margaretta, Aurélia Retali, Sophie Clavaizolle.
Un jour Denis souhaite partir en voyage au soleil. Malheureusement le temps n’est pas au beau fixe. Il décide alors d’attendre que l’averse passe avant de prendre la route. Mais tandis que la pluie tombe dans son jardin, Denis lui se noie dans son salon, prisonnier du flot d’absurdités continu que lui déverse dans les oreilles son ordinateur, sa radio et sa télévision.
Dates et horaires : 22/05 à 19h45 – 25/05 à 20h30 – 29/05 à 22h – 1/06 à 19h – 5/06 à 22h – 8/06 à 21h15
Lorsque Françoise paraît
Auteur : Eric Bu – Metteur en scène : Eric Bu – Avec : Sophie Forte, Christine Gagnepain, Stéphane Gilleta
Comment Françoise Marette est-elle devenue Françoise Dolto, la femme qui a révolutionné le regard des adultes sur les enfants il y a 70 ans seulement ? Une plongée tragi-comique dans l’enfance de Françoise nous apporte quelques éléments de réponses… Sa mère psycho rigide, son ange gardien, ses intuitions géniales… Dolto au pied de la lettre.
Dates et horaires : 22/05 à 20h30 – 25/05 à 22h – 29/05 à 19h – 1/06 à 19h45 – 5/06 à 21h15 – 8/06 à 19h
Diagonale(s)
Auteur : Virgile Daudet – Collaboration artistique : Aurélie Cuvelier Favier – Metteur en scène : Virgile Daudet – Avec : Aurélie Cuvelier Favier, Bastien Spiteri, Franck Olivier, Morgan Perez
Comment vivre avec un membre de sa famille touché par une maladie mentale ? Comment faire pour ne pas basculer soi-même dans la folie ? Qui peut sortir indemne de ce mouvement perpétuel ? De la réalité aux délires, Diagonale(s) est la direction subtile et fragile utilisée(s) par le fou sur un plateau d’échec.
Dates et horaires : 22/05 à 21h15 – 29/05 à 20h30 – 1/06 à 20h30
Les parents de Charlie se séparent
Auteur : Martin Darondeau – Metteur en scène : Martin Darondeau – Avec : Philippe Berodot, Marie-Christine Orry, Juliet Lemonnier, Milena Sansonetti, Martin Darondeau – Scénographie : Sarah Bazennerye
Après 30 ans de vie commune, Anne & Philippe ont l’immense joie de vous annoncer leur séparation ! Un bonheur que partagent leurs deux enfants. Sauf un. Charlie. Pourtant parfois la meilleure manière de se retrouver tous ensemble, c’est encore de se séparer.
Dates et horaires : 22/05 à 22h – 25/05 à 19h – 29/05 à 21h15 – 1/06 à 21h15 – 5/06 à 19h45 – 8/06 à 22h

Si “Les Jumelles” émeut, “Silence Radio” prête à rire, “Les parents de Charlie se séparent” à sourire, “Diagonale(s)” à réfléchir, “Lorsque Françoise paraît” marquera le souvenir tant la prestation de Sophie Forte est remarquable. La pièce reconstitue bien également l’enfance de Françoise Dolto pas si connue que cela du grand public.

“Diagonale(s)” a le mérite de poser un sujet peu traité aussi bien sur les planches que par la société : la difficulté pour l’entourage d’accompagner un parent atteint d’une maladie mentale. Un spectacle “engoncé” dans la demi-heure qui lui est accordée et qui mériterait de pouvoir s’étirer dans le temps.

“Les parents de Charlie se séparent” sont une succession de clins d’œil où beaucoup de parents (divorcés ou pas !) et grands enfants (de parents divorcés ou pas) pourront se reconnaître tour à tour.

“Les Jumelles” démarrent lentement mais finissent sûrement. Samantha Markowic et Alexandra Chouraqui savent susciter l’émotion en se glissant dans la peau de deux petites filles retirées de leur mère, et qui par le truchement d’un jugement de justice quelques années plus tard les reprendra par orgueil et pour son propre égoisme, faisant fi de tout : l’attachement à leur famille d’accueil qui avait su créer des liens d’amour et leur construire un univers sain et heureux, leurs camarades de classe, leur refus simplement de la suivre.

Silence Radio” : un humour à la Devos (que j’apprécie) mais qui m’a là moyennement convaincue. Je me suis surprise cependant à rire de certains effets. Dans la salle, certains s’esclaffaient. Il y en a pour tous les goûts !

Carole Rampal

Théâtre Lepic
1 avenue Junot, 75018 Paris
À partir de 19h du lundi au samedi.

* Réservation et tarifs :
https://theatrelepic.com/reservation-theatre-lepic/
ou 01 42 54 15 12.

 

“Antioche”, au Théâtre Paris-Villette

affiche-antioche

C’est à Antioche, sur la route de la soie en Turquie, que les destins de Jade, adolescente en quête de sens, et de sa mère, Inès, prennent racine.
Pour l’heure, dans leur appartement de banlieue aux États-Unis, chacune est confinée dans sa propre chambre errant dans les méandres de ses pensées. Inès peine à rassembler ses esprits pour dresser une liste de courses. Jade, son portable à la main, devant son ordinateur, tape pêle-mêle sur son écran tous les sujets qui soulèvent en elle son indignation. Aussi insurgée qu’elle par les injustices, sa meilleure amie, Antigone, vêtue d’une tunique grecque et d’un jean américain, lui rapporte qu’elle ne parvient pas à faire jouer la tragédie où elle a trouvé la mort, il y a 2500 ans.

Dans un espace où le rapport à la temporalité échappe à la réalité (Inès et Jade se retrouveront toutes les deux à Antioche face à face au même âge, Antigone semble immortelle…) s’exprime la même détermination de trois femmes qui s’érigent contre l’oppression et les valeurs d’une société qu’elles refusent.

Mais le courage et le fondement d’une révolte ne s’étiolent-il avec le temps ?

La réponse est donnée par la bouche d’Inès lors d’un vif échange avec sa fille qui dans toute la fougue de sa jeunesse la remet totalement en question.

D’autres thèmes sont abordés, tels le terrorisme, la religion, la foi, mais le fil conducteur n’est pas là. Non toutes les routes partent et reviennent inéluctablement à Antioche, carrefour des chemins : Inès, jeune fille, avait choisi de s’enfuir du pays et de chercher le bonheur aux États-Unis quand Jade s’esbigne de la cellule familiale pour s’y rendre, certaine de trouver l’amour avec l’homme auquel elle s’est donnée « par l’écran de son portable ! » et de quitter une vie médiocre à laquelle sa mère s’accroche.

Cette pièce à l’allure moderne est interprétée par Sharon Ibgui (Inès), Sarah Laurendeau (Antigone) et Mounia Zahzam (Jade) qui campent merveilleusement les trois personnages féminins de la pièce. Assisse, debout, couchées ou agitées sur deux pierres tombales qui occupent la scène, elles sont à la porte d’entrée du temps et d’elles-mêmes, et servent merveilleusement dans un accent québecois  le texte signé Sarah Berthiaume et mis en scène par Martin Faucher.

Une pièce puissante.

Carole Rampal
Du 21 mai au 25 mai
Le mardi et mercredi à 20 h
Les jeudi, vendredi, samedi à  19h

Au Théâtre Paris-Villette*
211, avenue Jean Jaurès
75019 Paris
http://www.theatre-paris-villette.fr/spectacle/antioche/

Production du Théâtre Bluff (Québec)

* Antioche se jouera du 5 au 26 juillet 2019 à 16h10 au Festival d’Avignon
11 Boulevard Raspail, 84000 Avignon

“La Chute”, au théâtre des Mathurins

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©Jean-Philippe Raibaud

Ambiance de polar sur le plateau, grise comme les brumes du Nord où s’est réfugié le narrateur, ancien avocat parisien, devenu, selon ses propres termes, « juge pénitent », à Amsterdam. Non sans une certaine ironie empreinte de cynisme, celui qui se présente à nous sous les traits d’un homme civilisé en costume-cravate va peu à peu laisser tomber ses masques et se mettre à nu.

La chute, c’est celle de la femme qui s’est jetée dans la Seine lors d’une nuit de novembre alors que l’homme rentrait chez lui, en longeant les quais. Mais c’est aussi celle de Clamence qui se débat avec lui-même, face à ses doutes, ses ambivalences et toute sa complexité depuis cette nuit qui a fait basculer sa vie. Cette femme, aurait-il pu, aurait-il dû la sauver ? Et ce rire, qu’il entend parfois résonner derrière lui, ne traduit-il pas l’inanité de sa vie ?

C’est l’occasion surtout pour Albert Camus de scruter le tréfonds de l’âme humaine. À travers cette vraie/fausse confession de son antihéros, il nous interpelle sur la lâcheté, la culpabilité, l’égoïsme, le pouvoir… et bien des choses auxquelles nous sommes tous confrontés. Qu’est-ce que l’homme, sans la morale pour le guider ? semble nous demander l’écrivain.

Il fallait un grand interprète pour faire passer ce texte dont les mots résonnent encore si fort aujourd’hui. Grâce à Yvan Morane, le texte de Camus nous paraît limpide malgré sa complexité. Son jeu, sans effets de manche gratuits, est d’une grande intensité. Également metteur en scène, il réussit à créer une atmosphère prenante à l’aide de la musique et des jeux de lumière, nous transportant dans un thriller métaphysique.

Clamence, c’est lui, c’est nous, face à l’entreprise difficile (absurde ?) qu’est la vie. Courez vite au théâtre redécouvrir ce texte beau et puissant.

Véronique Tran Vinh

De Camus
Mise en scène et avec Yvan Morane
Adaptation de Catherine Camus et François Chaumette
Collaboration artistique : Bénédicte Nécaille
Son : Dominique Bataille

Jusqu’au 29 juin 2019
Du mardi et samedi à 21 h
Théâtre des Mathurins
36, rue des Mathurins
75008 Paris
https://www.theatredesmathurins.com/spectacle/417/la-chute