« En couple » à La Folie Théâtre

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Reprise pour une deuxième saison de « En couple ».

DMPVD s’en souvient pour avoir bien ri et décidé de chroniquer cette pièce https://bit.ly/2Fdt7xQ nommée aux P’tits Molières 2018 « Meilleur Spectacle d’humour »:

Cette co-mise en scène avec Frédéric Gray et Géraldine Clément (qui avaient remporté le Prix du P’tit Molière 2014 pour Mademoiselle Frankenstein) déborde d’originalité.

À compter du 16 novembre 2018 jusqu’au 27 janvier 209, c’est Alexandra Causse qui donnera cette fois la réplique à l’incontournable Frédéric Gray, toujours accompagné sur les planches de Julie Fabioux. Une occasion d’apprécier les dialogues de Jean-Michel Ribes dont les prix s’accrochent à lui comme des boules de sapin de Noël : Prix des Jeunes Auteurs SACD
en 1975, Prix des « U » en 1976, Grand
 Prix de l’Humour Noir en 1995, Prix
Plaisir du Théâtre en 1976 et 2001, Grand
Prix du Théâtre de l’Académie Française pour l’ensemble de son œuvre en 2002, Grand Prix de la SACD en 2011 et, en 2002, sans compter le Molière du meilleur auteur francophone pour Théâtre sans animaux ainsi que le Molière de la meilleure pièce comique.

Que de Prix mérités pour chacun… et encore d’autres à venir dans ce petit théâtre parisien.

Carole Rampal

Vendredi et samedi à 20h – dimanche à 18h30
Supplémentaire exceptionnelle lundi 31 décembre à 20h30

http://www.folietheatre.com/

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“Il y aura la jeunesse d’aimer”, au Lucernaire

Lecture_Aragon_10x15_PhotoHervieux03© Nathalie Hervieux

Deux grands acteurs réunis sur scène pour nous faire partager leur amour des mots, leur amour de l’amour. Des mots d’abord chuchotés comme dans une confidence, pour dire le bonheur et la difficulté d’aimer, la peur de se perdre et de perdre l’autre…

Mais quand ils surgissent de la plume de Louis Aragon ou de celle d’Elsa Triolet, puisés au cœur même de la vie de ce couple mythique, ils vibrent de lyrisme et brillent comme des étoiles au firmament. Les Yeux d’Elsa, Le Fou d’Elsa, Il n’y a pas d’amour heureux… tous ces poèmes qui résonnent dans nos oreilles sont gravés au fond de notre mémoire, que Didier Bezace a choisi de réactiver dans ce beau spectacle intimiste.

C’est aussi l’occasion de découvrir des aspects méconnus du talent du couple d’écrivains, et notamment la verve comique d’Aragon qui transparaît dans Les Bons Voisins, nouvelle qui traite de la dénonciation pendant l’occupation allemande.

Ou encore, la beauté sulfureuse du Con d’Irène, restituée avec délicatesse par Didier Bezace : Et maintenant, salut à toi, palais rose, écrin pâle, alcôve un peu défaite par la joie grave de l’amour, vulve dans son ampleur à l’instant apparue. Sous le satin griffé de l’aurore, la couleur de l’été quand on ferme les yeux.

Aux côtés de son partenaire, Ariane Ascaride apporte sa voix profonde et sa présence lumineuse. Nul besoin d’artifice de mise en scène. Dans la pénombre, les deux comédiens alternent les textes avec une complicité évidente. Avec délicatesse, gravité, mais quelques touches d’humour aussi. Nous sommes suspendus à leurs lèvres, retenant notre souffle pour ne pas en perdre un mot.

Recueillis. En état de grâce.

Véronique Tran Vinh

Une lecture spectacle de textes d’Aragon et d’Elsa Triolet
Avec Ariane Ascaride et Didier Bezace
Choix des textes et des musiques Bernard Vasseur et Didier Bezace
Mise en scène Didier Bezace, assisté de Dyssia Loubatière

Jusqu’au 2 décembre 2018
Du mardi au samedi à 21 h, dimanche à 18 h
Théâtre du Lucernaire
53, rue Notre-Dame-des-Champs
75006 Paris
http://www.lucernaire.fr/theatre/2679-il-y-aura-la-jeunesse-d-aimer.html

 

“Helsingør – Château d’Hamlet”, au Secret, Paris 5

Helsingør – Château d’Hamlet joue les prolongations ! Immergez-vous au cœur de l’intrigue de la plus célèbre pièce de Shakespeare…

Crédit photo : Mélanie Dorey

Helsingør est une belle aventure qui a demandé trois ans de préparation et une grande détermination de la part d’un collectif novateur et enthousiaste emmené par Léonard Matton, le metteur en scène de ce spectacle immersif, de la compagnie Antre De Rêves et Jean-Loup Horwitz, administrateur de la Fondation Polycarpe, mécène du projet… et l’un des Polonius de la troupe (tous les rôles sont doublés).

De la détermination, il leur en a fallu pour gravir, une à une, toutes les marches qui les ont conduits au château d’Hamlet revisité, dans ce lieu incroyable et unique qu’est Le Secret ! Cette ancienne usine de 1 200 m² cachée dans le 5e arrondissement, qu’ils ont dû repenser, réaménager et décorer avec beaucoup de créativité pour accueillir le public et les personnages de Shakespeare. D’ailleurs, tout le monde a mis la main à la pâte au Secret, travaillant et jouant en fonction des besoins. Car ce sont aussi et avant tout de belles rencontres, humaines et solidaires, que ce projet a vu naître.

Pour qui veut vivre ce Hamlet en immersif, où chacun est libre de déambuler dans les différentes pièces du château, au gré de ses envies, il suffit de se laisser inspirer. Ainsi, les chambres, la chapelle, la salle du trône, le cimetière deviennent des espaces de découverte, de rencontre entre les spectateurs et les personnages que l’on peut observer de très près puisque cette mise en scène nous plonge au cœur de l’action.

Il est d’ailleurs amusant d’observer les mouvements de spectateurs qui ont choisi de suivre tel ou tel personnage… et de les voir courir derrière lui pour ne rien rater de ses scènes. C’est en effet au spectateur et à lui seul de vivre l’intrigue de façon autonome, et de créer sa propre chronologie de l’histoire – les scènes se jouant en simultané –, quitte à revenir voir le spectacle, ce que je vous invite à faire, pour en découvrir d’autres facettes.

Être aussi proche des comédiens est intense, car il n’y a plus le recul que proposent le théâtre et ses règles : rangées de sièges bien ordonnées et scène. Lorsqu’Ophélie, jouée par l’incroyable Marjorie Dubus (je n’ai pas encore vu jouer Camille Delpech), réalise que Hamlet a tué son père, il se dégage d’elle une telle puissance émotionnelle que toute la chambre royale est saturée de son chagrin. Assise dans l’un des fauteuils de la chambre, je me suis sentie aspirée par la profondeur de son désespoir. Cette générosité est l’âme même du jeu de l’acteur et les comédiens ne ménagent pas leur peine pour donner à voir et à ressentir au milieu de tous ses visages inconnus qui leur sont si proches, et si lointains à la fois…

À vivre aussi, le combat final dans le cimetière, impressionnant de réalisme dans la colère et dans la violence.

Un petit conseil, ce spectacle est aussi l’occasion de participer à un “escape game” géant où des indices sont disséminés un peu partout dans le château. Il suffit de fouiller sans déranger. Amusez-vous à chercher les secrets des personnages, il y a une surprise à la clé.

Une fois n’est pas coutume, je terminerai par le commencement, c’est-à-dire par le bar végétalisé, premier contact avec Le Secret, qui mérite que l’on s’y attarde, ne serait-ce que pour y boire un verre (il faut goûter les jus de Marie), manger bio, papoter avec les comédiens ou échanger sur vos impressions après le spectacle.

Le 18 rue Larrey est aussi un lieu où sont organisés des brunchs, des activités culturelles diverses : exposition, réalité virtuelle, bals, ateliers créatifs, “escape games”, performances, pièces de théâtre. Pour adultes et enfants.

Laissez-vous surprendre… Être proactif, curieux et aventureux est aussi une façon originale de vivre le théâtre.

Armelle Gadenne

Auteur : William Shakespeare
Réalisateur / Metteur en Scène : Léonard Matton
Interprètes : Roch-Antoine Albaladejo, Dominique Bastien, Loïc Brabant, Cédric Carlier, Michel Chalmeau, Zazie Delem, Camille Delpech, Marjorie Dubus, Anthony Falkowsky, Thomas Gendronneau, Gaël Giraudeau, Jean-Loup Horwitz, Laurent Labruyère, Mathias Marty, Claire Mirande, Matthieu Protin, Jacques Poix-Terrier, Jérôme Ragon, Hervé Rey et Stanislas Roquette

Jusqu’à fin décembre 2018
Les jeudis et vendredis à 21 h
Les samedis à 18 h et 21 h
Les dimanches à 18 h (y compris le 11 novembre)
Ouverture des réservations 15 jours avant
Site : www.le-secret-paris.com 
Facebook : https://www.facebook.com/LeSecret.Paris5/
Instagram : https://www.instagram.com/lesecretparis5/

“L’Ingénu”, à la Folie Théâtre

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Un canapé rouge centre la scène. Des rideaux blancs encadrent le seul mobilier ou presque. Sur un guéridon recouvert d’une nappe marron se dresse un livre qu’une lumière vive orangée vient éclairer (c’est la Bible). Dans la salle, assis, on s’impatiente de voir arriver l’Ingénu. Grand, beau, la voix haute, il entre sur scène comme un Huron qu’il est, et arrive du Canada…

Thomas Willaime incarne à lui seul les personnages (l’Ingénu mais aussi Mlle de St Yves, l’abbé de Kerkabon, sa sœur…) de ce conte philosophique qui met en lumière les abus de pouvoirs de la société française sous Louis XIV. Pendant 1h10, il envahit l’espace avec grâce tel un danseur.

Il n’hésite pas « littéralement » à mouiller sa chemise pour nous pénétrer avec force de ce texte prégnant qu’il sert avec une énergie époustouflante à vous couper le souffle.

Jean-Christophe Barbaud, directeur du Théâtre Odyssée, en est le metteur en scène. « Ce texte peu monté, qu’on n’a pas l’habitude de voir au théâtre, vient à propos en un spectacle tout public et présente une satire actuelle du fanatisme et des abus de pouvoir », explique-t-il.

Belle performance dans ce joli petit théâtre qui, chaque année, propose de belles petites perles !

Carole Rampal

Texte de Voltaire
Jusqu’au 11 novembre 2018
Jeudi à 19 h 30, samedi à 18 h et dimanche à 16 h 30

http://www.folietheatre.com/
6, rue de la Folie Méricourt – 75011 Paris
Tél.: 01 43 55 14 80

 

“Le CV de Dieu”, au théâtre de la Pépinière

« Si Dieu existe, j’espère qu’il a une bonne excuse. » Woody Allen

Et si Dieu, ayant fini la Terre, ayant fini les animaux et les hommes, bref, ayant tout fini, se retrouvait sans travail ? Eh bien, il rédigerait son CV et il serait convoqué dans le bureau du directeur des ressources humaines d’un grand groupe, obligé de s’expliquer sur toutes les choses qu’il a accomplies durant sa longue carrière.

Cet entretien d’embauche désopilant est prétexte à un questionnement de l’homme sur le sens de la vie. Les questions du DRH provoquent des réponses de Dieu plus loufoques les unes que les autres. S’il est plutôt fier de lui lorsqu’il évoque la création du monde et la manière dont il s’y est pris, il voit rouge quand son interlocuteur veut lui faire porter tous les maux de la terre et il renvoie les hommes à leurs responsabilités. Quant à sa progéniture, il ne la porte pas aux nues non plus (c’est le moins qu’on puisse dire !)

Humour absurde et sens de la dérision ne sont pas sans rappeler ceux de Pierre Desproges, fidèle complice de Jean-Louis Fournier dans l’émission télévisée « La Minute nécessaire de monsieur Cyclopède ». Jean-François Balmer excelle dans le rôle de Dieu, présenté comme un créateur facétieux, irrévérencieux et truculent à souhait. Didier Bénureau est très drôle aussi en DRH, peintre amateur à ses heures perdues, passant de l’admiration à l’admonestation. Les deux compères s’en donnent à « chœur joie » et les dialogues sont savoureux.

Alléluia ! On passe un bon moment en compagnie de ce Dieu très proche de nous, pauvres humains, et on est un peu déçus quand il est obligé de retourner au paradis.

Véronique Tran Vinh

D’après le récit de Jean-Louis Fournier
Avec Jean-François Balmer et Didier Bénureau
Mise en scène Françoise Petit

Jusqu’au 6 janvier 2019
Du mardi au samedi à 19 h
Dimanche à 16 h
Théâtre de la Pépinière
7, rue Louis-le-Grand
75002 Paris
Tél. : 01 42 61 44 16
https://theatrelapepiniere.com/le_cv_de_dieu.html

 

“L’Éternel Premier”, au théâtre de la Pépinière

OS9A5026 - 1 Photo Anquetil 6 HD © Léonard

© Marco Cravero

Dans la peau d’un champion

Même si vous ne faites pas partie des fans qui se pressent au bord de la route lors du Tour de France pour voir passer le peloton, et même si vous n’aimez pas le cyclisme, ce spectacle mérite le détour. Car il s’agit moins d’une pièce sur ce sport qu’un hommage à un individu hors norme, individualiste et charismatique, un grand sportif évidemment, mais, surtout, un rebelle dont les principales aspirations étaient le dépassement de soi et… la liberté.

La personnalité de Jacques Anquétil ne manque pas de fasciner. Malgré (ou à cause de) son profil de gagnant, il fut moins aimé du public que Poupou, l’éternel challenger. Peut-être parce que l’homme était trop secret, trop complexe aussi. Face au public, courbé sur son vélo, Matila Malliarakis incarne magnifiquement ce champion aux mollets (et au mental) de fer, qui avale les kilomètres, avec une seule idée en tête : gagner. Des routes qui défilent, le public qui l’acclame le long du Tour… grâce à la scénographie et aux jeux de lumière, on est gagné par le rythme infernal de la course.

Anticonformiste et épicurien
« Son coup de pédale était un mensonge. Il disait la facilité et la grâce, il disait l’envol et la danse dans un sport de bûcheron. » Le beau texte de Paul Fournel nous fait saisir l’ambivalence des sentiments qui traversent le coureur sur son vélo : solitude face à la douleur extrême, désespoir… mais aussi détermination, force, jouissance, ivresse de la liberté. On sue avec lui, on brave les éléments, on appuie à fond sur la pédale. C’est à une course contre la montre que se livre Jacques, mais aussi et surtout, à une course contre la mort. L’homme est un anticonformiste et un épicurien qui ne veut renoncer à rien… même pour sa carrière sportive.

La mise en scène, habile, restitue à grands traits la carrière et la vie d’Anquétil. Sa garde rapprochée (Janine, à la fois compagne, fidèle complice et manager, Géminiani, son directeur sportif…) est campée de manière stylisée mais convaincante. Sont évoqués en filigrane ses coups de gueule, ses provocations, sa hargne de gagneur, sa rivalité-amitié avec Poulidor, mais aussi sa vie privée mouvementée.

Durant 1 h 20, nous sommes entraînés dans une course haletante qui s’achèvera avec la mort d’Anquétil. Il n’avait que 53 ans.

Véronique Tran Vinh

D’après le récit de Paul Fournel, Anquetil tout seul
Adaptation et mise en scène Robert Guenoun
Scénographie Marc Thiébault
Avec Matila Malliarakis, Clémentince Lebocey et Stéphane Olivié Bisson

Jusqu’au 16 décembre 2018 

Lundi à 20 h et dimanche à 19 h
Théâtre de la Pépinière
7, rue Louis-le-Grand
75002 Paris
https://theatrelapepiniere.com/l_eternel_premier.html

 

 

 

“Cuisines & confessions”, à Bobino

©Alexandre-Galliez

Dans un shaker, mettez sept artistes des deux sexes, jeunes, de nationalités différentes (un Argentine, une Suédoise, un Américain, etc.), multidisciplinaires (acrobates, danseurs, comédiens), mélangez, secouez et… savourez un cocktail détonant d’énergie, de virtuosité, de proximité et d’humour !

Pour notre plus grand bonheur, les membres de la troupe québecquoise Les 7 doigts de la main réinventent les disciplines du cirque (saut périlleux, diabolo, tissu aérien, mât chinois, etc.). Et peu importe si le fil conducteur (les liens ou les souvenirs qui se tissent autour de la cuisine) apparaît finalement comme un prétexte, les numéros sont plus enthousiasmants les uns que les autres.

Ces jeunes artistes dégagent une fraîcheur et une énergie communicatives, n’hésitant pas à interagir avec le public, ravi, qui en redemande (encore bravo à Élodie, Arthur et aux autres, qui sont montés sur scène ce soir-là « à l’insu de leur plein gré »). Malgré leur virtuosité évidente, ils savent rester proches et accessibles. Pour preuve, les plats qu’ils concoctent durant le spectacle (un gâteau à la banane et des pâtes) et qu’ils partagent à la fin avec les spectateurs.

Les numéros s’enchaînent à un rythme endiablé, mettant en avant le mélange de personnalités et de cultures des artistes, qu’ils soient en solo ou en collectif. Fait rare, jamais la technicité ne prend le pas sur l’émotion ; jamais le collectif n’occulte les individualités.

J’ai notamment envie de souligner la performance des deux jeunes acrobates qui effectuent d’incroyables sauts périlleux à travers des cadres, ou encore celle de la danseuse contorsionniste dans un numéro de tissu aérien tout en grâce et en expressivité.

Nul doute que ce cocktail revigorant de générosité et de talent saura séduire le plus grand nombre. À savourer sans modération ! L’abus de bonne humeur n’est pas dangereux pour la santé.

Véronique Tran Vinh

Jusqu’au 12 janvier 2019
Du mercredi au vendredi à 21 h
Les samedis à 16 h 30 et 21 h
http://7doigts.com/
Bobino
14-20, rue de la Gaîté
75014 Paris
Tél. : 01 43 27 24 24
http://bobino.fr/?fiche=1225

 

 

 

“Le Jeu de l’amour et du hasard”, à la Cartoucherie de Vincennes

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Et si l’amour n’a rien du hasard… au point de rendre aux Roméo leurs Juliette quels que soient les habits dont ils se sont affublés et les traits sous lesquels ils se sont cachés.

Cela peut être la morale de l’histoire de cette œuvre la plus célèbre de Marivaux écrite en 1730.

Une rencontre avec l’auteur du Jeu de l’amour et du hasard pour Benoît Lambert, le metteur en scène, plus habitué a monté des pièces de Molière ou de Musset, et qui décide de donner sa chance à quatre jeunes comédiens. Et bien l’en a pris.

Étonnants ! Rosalie Comby (Lisette, la femme de chambre de Silvia), Edith Mailaender (Silvia, fille d’Orgon), Malo Martin (Arlequin, valet de Dorante), et Antoine Vincenot (Dorante, maître d’Arlequin) font montre d’une maturité qui surprend sur l’énorme scène du Théâtre de l’Aquarium transformée pour la circonstance en un grand laboratoire taxidermiste du XVIIIe siècle et un jardin planté avec parcimonie d’arbres et d’arbustes qui invitent aux ruses des jeux amoureux.

On n’apprend pas aux vieux singes à faire la grimace : Robert Angebaud (Monsieur Orgon, père de Silvia) et Étienne Grebot (Mario, frère de Silvia) ne cessent de nous amuser et nous rendre complices de la duperie dans laquelle ils confondront cette jeunesse en fleurs.

Une jolie scénographie où jeux de lumière dansent en musique avec Vivaldi et apportent du romantisme à ce grand classique.

Carole Rampal

Assistanat à la mise en scène : Raphaël Patout
Scénographie et lumière : Antoine Franchet
Son : Jean-Marc Bezou
Costumes : Violaine L.Chartier
Coiffures et maquillage : Marion Bidaud
Régie générale & lumières : Julien Poupon

Du 26 septembre au 21 octobre 2018
Théâtre de l’Aquarium à Vincennes
http://www.theatredelaquarium.net/

 

 

“Tendresse à quai”, au studio Hébertot

@Stéphane Cottin

Tout commence comme dans un roman (de gare). Deux personnages que tout oppose. Un homme vieillissant, un peu misanthrope, qui manie à merveille l’autodérision, et une jeune femme engoncée dans son rôle professionnel, qui semble un pur produit de la société moderne. Deux êtres esseulés qui vont se croiser par hasard, se retrouver, puis se confronter pour mieux s’apprivoiser. Une histoire somme toute banale. Sauf que l’homme est un écrivain, Prix Goncourt, en perpétuelle recherche d’inspiration.

Mise en abyme
À partir de là, l’histoire va rapidement basculer dans un registre inattendu. Par une subtile mise en abyme, l’auteur (Henri Courseaux) nous plonge avec malice dans l’imaginaire des protagonistes. Qui est réellement Colette, jeune cadre récemment mise sur la touche ? Est-elle Madeleine, sortie de son imagination (ou de celle de Léon) pour plaire à l’écrivain ? Ou bien Solange, la fille de Léon, ressurgie du passé ? Ou peut-être un peu toutes ces femmes à la fois ? Difficile de démêler la réalité de la fiction tant les fausses pistes se multiplient. Personnages réels et imaginaires s’entremêlent, semant la confusion dans l’esprit du spectateur.

Ce récit à tiroirs, à la fois plein de finesse et d’une grande drôlerie, brasse de multiples thèmes comme l’amour, la tendresse intergénérationnelle, la vieillesse, la solitude, évoquant par touches légères toutes ces petites failles qui constituent un être humain. Courseaux raille les travers du monde littéraire (on rit quand l’auteur tire à boulets rouges sur les critiques et les éditeurs !), mais également la société moderne et sa déification de la culture d’entreprise (quand ce n’est pas celle des réseaux sociaux !).

Entre rêve et réalité
L’originalité de la pièce réside dans le fait qu’elle joue sur plusieurs registres : la comédie bien sûr, mais aussi le merveilleux et la poésie (très jolie séquence où les deux protagonistes rêvent qu’ils sont des oiseaux). Elle est servie par une écriture savoureuse, qui plaira à tous les défenseurs de la langue française (que l’auteur pardonne mon utilisation abusive des adjectifs…).

La mise en scène de Stéphane Cottin, vive et légère, s’efface devant ses personnages pour en révéler toute l’humanité. Malgré leurs blessures et leurs espoirs déçus, Léon et Colette réinventent leur vie dans un jeu perpétuel. Ainsi, le personnage d’Henri Courseaux n’est pas sans évoquer un clown blanc, à la fois facétieux et sensible, qui nous entraîne dans son univers entre rêve et réalité. Avec son regard clair et son allure fragile, Marie Frémont fait également preuve d’un grand sens comique. Elle est aussi à l’aise dans le rôle de Madeleine, débordante de sensibilité et de tendresse, que dans celui de Colette, déterminée, voire autoritaire, lorsqu’elle applique les diktats de son milieu professionnel.

Et, bien entendu, l’histoire se termine comme elle a commencé… par une jolie pirouette !

Véronique Tran Vinh

De Henri Courseaux
Mise en scène Stéphane Cottin
Avec Henri Courseaux et Marie Frémont

Jusqu’au 18 novembre 2018
Du mercredi au samedi à 21 h, dimanche à 14 h 30
Studio Hébertot
78 bis, boulevard des Batignolles
75017 Paris
https://www.studiohebertot.com/

Retour de “F(l)ammes” au théâtre des quartiers d’Ivry

Notre chroniqueuse Plûme avait vu ce spectacle en 2017 et l’avait beaucoup aimé. Voici ce qu’elle écrivait sur le blog DMPVD. Si vous ne l’avez pas vu, il est encore temps…

© François Louis Athénas

Ces dix-là ne s’en laissent pas compter. Dix jeunes femmes énergiques, dix belles personnalités qui racontent, se racontent, sans peur ni tabou, en toute liberté.

Issues de ce qu’on appelle « les minorités visibles des quartiers », nées de parents venus d’Afrique du Nord, d’Afrique subsaharienne, ou des Caraïbes, les femmes – F(l)ammes – clament leur rage de vivre, faisant fi des clichés, des préjugés, des étiquettes.
Elles cassent les stéréotypes en étant là où on ne les attend pas. Et ça fait du bien de les voir se débarrasser de ce carcan fabriqué par la société au gré des peurs, des définitions, des politiques. Elles sont ce qu’elles sont, elles ne représentent rien ni personne, elles sont simplement elles-mêmes.

Ahmed Madani, le metteur en scène, raconte : « Le fait que les protagonistes de projet n’aient pas d’expérience professionnelle du théâtre a été une chance dans cette aventure. leur spontanéité, leur faconde, leur énergie, leur imprévisibilité, leur liberté et leur justesse n’ont pas cessé de m’étonner… » Les spectateurs eux aussi vont de surprise en surprise.

Dans ce spectacle, si on rit beaucoup, on est aussi touché par des morceaux de dure réalité. Humour, dérision, auto-dérision… mais aussi poésie, colère, désir, tendresse, douleur… Tout y passe : leur famille, les traditions, les copines de classe, les petits mots assassins ou les comportements injustes d’un père, d’une mère, d’un mari, d’un frère… et même Pénélope n’est pas épargnée !

Ah ! qu’il est bon de les entendre parler, chanter, danser… et avec quel talent !
D’ailleurs Ahmed Madani leur laisse toute la scène, n’utilisant que quelques chaises pour décor. Grâce aux vidéos, à la musique, aux voix, aux lumières, nous décollons avec ces dix femmes et atterrissons dans un univers plein de sensibilité et de poésie. A leur image.

1 h 45 de pur bonheur et d’humanité ! Une invitation à voir le monde avec les yeux de l’autre et ça fait du bien ! On est sous le charme et on en sort regonflé à bloc.
Alors n’hésitez pas, courez-y !

Plûme

Avec Anissa Aou, Ludivine Bah, Chirine Boussaha, Laurène Dulymbois, Dana Fiaque, Yasmina Ghemzi, Maurine Ilahiri, Anissa Kaki, Haby N’Diaye, Inès Zahoré
Textes et mise en scène  Ahmed Madani

Du 5 au 15 octobre
Théâtre des Quartiers d’Ivry
Centre dramatique national Val-de-Marne
http://www.theatre-quartiers-ivry.com/

“Tendresse à quai”, au studio Hébertot

Une rencontre improbable à la gare, d’un prix Goncourt que l’inspiration a quitté depuis longtemps et d’une commerciale en échec professionnel et amoureux…

Qu’est-ce que l’amour ? Qui on aime et pourquoi on est attiré par telle ou telle personne ? L’âge crée-il une trop grande distance entre les êtres ? Nos blessures peuvent-elles guérir grâce à l’autre ?…

Tout commence dans une gare. Une jeune femme attend son train. Quelle est son histoire, que vit-elle ? Le spectateur le découvrira grâce à un homme d’âge mûr, un écrivain en mal d’inspiration, qui l’a remarquée, attablé dans le même café. Une lettre va naître de cette non-rencontre, qu’elle découvrira plus tard au détour d’une publication, lui donnant envie de rencontrer son auteur.

Une relation aux débuts chaotiques va naître. Elle, intriguée par ce qu’elle a lu et en demande d’explications, d’attention et de tendresse ; lui, douloureusement seul, quelque peu misanthrope et méfiant face à cette inconnue dont il avait oublié l’existence.

Les liens qui vont se tisser leur permettront, à l’un comme à l’autre, de repousser des limites trop étroites et de sortir de leur zone de confort jusqu’à trouver leur vérité. Cette vérité qui les fera basculer dans l’acceptation de la réalité d’une vie qui n’est pas à la hauteur de ce qu’ils espéraient, telle qu’elle est, pour pouvoir la prendre à bras-le-corps et enfin faire des choix en conscience qui les transformeront profondément.

Entre le réel et le rêvé, nos personnages se rejoignent, se rassurent et se bousculent mutuellement, jouant toutes les teintes des relations humaines, l’amitié, peut-être l’amour, mais aussi la douceur, les coups de gueule, les moments de tension salvateurs…

Quelle humanité et quelle intelligence de jeu de la part des deux acteurs. Marie Frémont, tour à tour fragile, forte et dominante, et Henri Courseaux, l’auteur de cette merveilleuse pièce, parfois perdu, mais toujours attachant et finalement d’une grande humanité sous ses airs bougons.

Dans cette pièce où tout va très vite, Stéphane Cottin, le metteur en scène, a imaginé un décor inspiré des portes à tambour que les comédiens tournent au gré des scènes. Plutôt ingénieux car en un tiers de tour l’action se déroule au café de la gare, chez Madeleine ou chez Léon.

Tendresse à quai mérite d’être vue pour goûter à la langue précise et savoureuse de Henri Courseaux. C’est un grand moment de bonheur. Bravo !

Armelle Gadenne

De Henri Courseaux
Mise en scène de Stéphane Cottin
Avec Henri Courseaux et Marie Frémont

Du 29 août au 18 novembre 2018
Studio Hébertot
78 bis, boulevard des Batignolles
75017 Paris
https://www.studiohebertot.com/

 

Le T2G fait sa rentrée

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La programmation du T2G à l’occasion de la saison 2018-2019 du japonisme* fait la part belle aux auteurs japonais.

Tout d’abord Kurô Tanino, dramaturge, metteur en scène et romancier, avec deux de ses pièces : The Dark Master, la rencontre de deux hommes dans un restaurant d’Osaka, double « je » qui nous invite à ne pas toujours se fier aux apparences, et Avidya, l’Auberge de l’obscurité, histoire à la frontière du réel et de l’imaginaire. Puis Shû Matsui, auteur, metteur en scène et directeur de compagnie théâtrale, avec Un fils formidable, qui aborde la solitude et les liens filiaux au cœur de sa création.

Artiste associé du Théâtre de Gennevilliers, Hideto Iwaï, avec Wareware no moromoro, crée son premier spectacle en français inspiré de la vie des participants professionnels et amateurs rencontrés à Gennevilliers. Cet acteur, scénariste et metteur en scène fait partie de la catégorie des “hikikomori, ces personnes qui, par phobie sociale, ne quittent plus leur domicile. Il est resté enfermé chez lui pendant quatre ans et a été sauvé par le théâtre.

Tout au long de cette saison, le T2G sera habité par une présence sonore dans tous ces espaces, grâce aux Voix blanches de Dominique Petitgand, installations sonores pour lieux de passage. Originale et déroutante, cette œuvre nous fait entendre des mots ou syllabes qui accompagnent le promeneur tout au long de ses déambulations.

D’autres metteurs en scène, auteurs et compagnies seront représentés tout au long de l’année dans ce théâtre innovant qui prône un art protéiforme. Retrouvez toute sa programmation ici :  https://www.theatre2gennevilliers.com/la-saison-18-19/

Armelle Gadenne

* Influence de la civilisation et de l’art japonais sur les artistes et écrivains français, puis occidentaux. L’art qui en résulte est qualifié de japonesque. Programme de tous les événements proposés (expositions, danse, cuisine, calligraphie…) dans les musées et théâtres parisiens. https://japonismes.org/fr/officialprograms

T2G – Théâtre de Gennevilliers
41, avenue des Grésillons
Tél. : 01 41 32 26 26

 

“Les Mangeurs de Lapins remettent le couvert”, à l’Espace Paris Plaine

Mangeurs de lapin 1

Burlesques, grotesques, ils dépassent les bornes, Les Mangeurs de Lapins (Dominic Baird-Smith, Jean Philippe Buzaud, Sigrid La Chapelle), montés sur leurs éléphants à oreilles amovibles qui déversent sur le public, d’entrée de jeu, leurs gags mais aussi l’eau de leur trompe.

Et voilà… en un clin d’œil, leurs âmes d’enfants, espiègles et sympathiques, savent toucher et retrouver la nôtre. Une recette magique qui n’appartient qu’à eux où s’enchaînent des situations loufoques sous la houlette musicale de Jorge Migova.

Mangeurs de lapins 5Les rires fusent.

Les applaudissements pleuvent quand avec cinq raquettes, Dominic Baird-Smith s’adonne à un sacré numéro de jonglerie.

L’étonnement se produit par la créativité de ce spectacle entre le music-hall et le cirque, signé Sigrid La Chapelle.

 

Ils sont passés par Le Grand Point Virgule, ce mardi 11 septembre, ils repasseront par   le Théâtre de la Plaine du 10 au 27 octobre 2018 avec un nouveau spectacle « Les Mangeurs de Lapin se font la malle ».

Allez les voir ! : Espace Paris Plaine, 13, rue du Général-Guillaumat,
75015 Paris/Tél. : 01 40 43 01 82

Carole Rampal

 

 

“Le Roi Arthur”, au théâtre de l’Épée de bois

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© Cédric Vasnier

« Nos sales faiblesses nous trahissent, nous gouvernent, et nous voici dans l’opprobre et la laideur d’un monde que je voulais beau ! Mais nous avons touché l’innommable. Nous avons perdu foi en toutes choses. Il faut retrouver ce qui est perdu… »  Arthur Pendragon

Le roi Arthur et ses fidèles chevaliers, Lancelot du lac, Guenièvre, Merlin, Morgane, Mordred… autant de personnages mythiques dont les noms ont bercé l’imaginaire des petits et des grands. Pourquoi cette légende celte, apparue vers la fin du Ve siècle, continue-t-elle de nous captiver ? Peut-être parce qu’elle recèle tous les ingrédients propres à la tragédie : lutte pour le pouvoir, honneur trahi, passions, rivalités, vengeance… Une histoire où la chair et le sang sont intimement liés.

À l’instar des dieux dans les tragédies grecques, les magiciens et les fées font et défont les destinées humaines. Ainsi, Merlin l’Enchanteur a-t-il élu Arthur Pendragon pour sauver le peuple celte des envahisseurs germaniques et monter sur le trône royal. Le roi campé par Jean-Philippe Bêche est un guerrier, certes, mais surtout un monarque en proie au doute et à des passions bien humaines. Un roi déchiré entre son idéal et une double trahison (celle de la femme qu’il aime et celle de son plus fidèle chevalier et ami).

Dans ce monde qui exalte les valeurs guerrières et le sens de l’honneur, les figures féminines n’en sont pas moins riches et complexes. Avide de vengeance, la fée Morgane – qui a eu des relations incestueuses avec Arthur – est prête à tout pour contrecarrer les plans ourdis par son maître Merlin et assouvir sa haine envers son demi-frère, malgré les tentatives de sa mère Ygerne pour l’en empêcher.

Dans la belle salle en pierre du théâtre, la mise en lumière d’Hugo Oudin crée une atmosphère envoûtante, magnifiant les costumes médiévaux et les spectaculaires combats au bâton et à l’épée. Les percussions d’Aidje Tafial rythment le spectacle et lui apportent un supplément d’intensité dramatique.

Durant 1 h 45, grâce à une interprétation talentueuse et homogène, nous sommes suspendus au destin du roi Arthur et de tous les personnages qui gravitent autour de lui.

Si vous aussi, vous avez envie de plonger au cœur de cette épopée, de frémir, de vibrer et de croiser le fer aux côtés des chevaliers de la Table ronde, courez vite au théâtre de l’Épée de bois, les jours du “Roi Arthur” y sont comptés.

Véronique Tran Vinh

Écrit et mis en scène par : Jean-Philippe Bêche
Avec : Jean-Philippe Bêche, Antoine Bobbera, Lucas Gonzales, Jérôme Keen, Erwan Zamor, Marianne Giraud-Martinez, Marie-Hélène Viau, Franck  Monsigny, Morgane Cabot, Fabian Wolfrom

DU 6 AU 14 OCTOBRE
Du jeudi au samedi à 20 h 30
Samedi et dimanche à 16 h
sauf les : jeudi 27 septembre et 4 octobre, vendredi 5 octobre

Théâtre de L’Épée de bois
Cartoucherie de Vincennes
Route du Champ de Manœuvre
75012 Paris
www.epeedebois.com