Le Rap est une littérature, à l’Institut du monde arabe

Joli titre pour un programme qui ne l’était pas moins… Marier l’énergie brute du rap avec la poésie ciselée de grands auteurs tels que Changhor, entre autres, c’était le pari audacieux (et réussi) de la Maison de la poésie, ce 15 novembre, dans le cadre du festival Paris en toutes lettres. L’autre pari, c’est Issam Krimi, pianiste, compositeur et producteur, qui en a eu l’idée : convier les rappeurs Sadek et S. Pri Noir à interpréter textes et chansons, accompagnés par un piano, un quatuor à cordes ainsi que le DJ Dtweezer.

Dans l’auditorium de l’Institut du monde arabe, calés dans leurs confortables fauteuils « première classe d’Air France » (pour reprendre les termes de Sadek), les jeunes spectateurs débordaient d’enthousiasme. Visiblement, ils connaissaient les lascars et leurs chansons sur le bout du doigt : notamment, « La Vache », « Petit Prince », de Sadek, et « La Nuit », de S. Pri Noir. Après un démarrage un peu hésitant – le quatuor à cordes couvrait trop la voix de Sadek, qui était inaudible –, le spectacle a décollé, nous entraînant dans un univers original et captivant. J’ai été plus convaincue par l’interprétation de S. Pri Noir, au phrasé impeccable et à l’indéniable présence sur scène, que par celle de Sadek, plus désabusé. Par son univers aussi, sortant un peu des clichés habituels du rap pour parler avec des mots percutants de la famille, de la politique (ou plutôt du non-engagement), du racisme, etc.

Les morceaux joués au piano ou par le quatuor à cordes ont apporté une touche de douceur bienvenue à l’ensemble. J’ai particulièrement apprécié la lecture des textes ponctuant le spectacle, qui a ajouté « quelques grammes de finesse dans un monde de brutes ». Dommage en revanche que l’on n’ait pas cité leurs auteurs.

Une initiative originale à saluer… et à renouveler !

Véronique Tran Vinh

Jusqu’au 20 novembre 2017
Festival Paris en toutes lettres
À la Maison de la poésie et dans d’autres lieux
Le programme ici :
http://www.maisondelapoesieparis.com/

A écouter :
S. Pri Noir, Ensemble, Believe Rec, 2016.
Sadek, Violent, Vulgaire et Ravi d’être là, Industreet music, Rec. 118, Warner Music, 2017.

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Love, Love, Love, au théâtre Jean Vilar

© Pierre Nouvel

Et les Beatles chantaient :
All you need is love
All you need is love, love,
Love is all you need.

Cinquante ans plus tard, que reste-t-il des années Peace and Love et de leurs utopies, et notamment, du rêve d’une société meilleure, plus libre et plus fraternelle ? C’est le sujet qu’aborde Mike Bartlett, jeune dramaturge britannique, à travers ce portrait au vitriol d’une famille sur plusieurs décennies.

1967 –1990 – 2011 : trois dates clés de l’évolution de la société anglaise et de la vie de Kenneth et Sarah, jeune couple qui se forme à l’époque du Swinging London. Animés par les mêmes valeurs libertaires et l’envie de changer le monde, ils tombent amoureux et se marient. On les retrouve vingt-trois ans plus tard, flanqués de deux enfants, Rose et Jamie, dans la banlieue bourgeoise où ils habitent. Débordés par leur travail et l’éducation de leurs enfants, ils se déchirent sur fond d’alcoolisme – à peine – mondain et d’individualisme forcené, avant de se séparer. Puis ce sont les années 2000, début de l’incertitude politique et sociale. Les deux ex-soixante-huitards, qui ont sacrifié leurs idéaux sur l’autel de la réussite matérielle, coulent une retraite dorée chacun de leur côté. Quant à leurs enfants, livrés à eux-mêmes, ils tentent tant bien que mal de donner un sens à leur vie.

Avec un humour grinçant, Mike Bartlett pointe avec justesse les travers de ces deux éternels adolescents – en âge d’être ses propres parents ? –, qui n’ont conservé des valeurs de leur jeunesse que le sens de la dérision et l’amour de la liberté (pour eux-mêmes surtout !). La scénographie, réduite à l’essentiel, s’appuie sur quelques vidéos et nous permet de nous concentrer sur les dialogues, au rythme enlevé. Chaque changement de musique nous transporte dans une autre époque. Quant aux quatre jeunes comédiens, ils donnent vie à leurs personnages avec brio.

Que l’on appartienne à la génération des enfants ou à celle des parents, cette pièce nous interroge avec lucidité et humour sur la transmission familiale et la perte des utopies… Et si on réinventait le monde ?

Véronique Tran Vinh

Une pièce de : Mike Bartlett
Traduction : Blandine Pélissier & Kelly Rivière
Mise en scène : Nora Granovsky
Avec : Émile Falk-Blin, Jeanne Lepers, Bertrand Poncet et Juliette Savary
Création vidéo et scénographie : Pierre Nouvel
Lumières : Fabien Sanchez
Costumes : Nora Granovsky

Dates des prochaines représentations :
Amiens – Comédie de Picardie
23 et 24 novembre à 20 h 30
28 novembre à 14 h 15 et 20 h 30
29 novembre à 19 h 30

Bruay-la-Buissière – Centre culturel
14 décembre à 14 h 30
15 décembre à 14 h 30 et 20 h

 Alès – Le Cratère
6 et 7 février 2018 à 20 h 30

Un cœur Moulinex, au Théâtre de l’opprimé

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« Une tourniquette pour faire la vinaigrette,
Un bel aérateur pour bouffer les odeurs,
Des draps qui chauffent,
Un pistolet à gaufres,
Un avion pour deux,
Et nous serons heureux ! »
Boris Vian, La complainte du progrès

Cette chanson, écrite en 1956, accompagne avec humour l’ère Moulinex.

En cinq tableaux, de 1937 jusqu’à 2001, voilà la saga Moulinex racontée par la compagnie Aberratio Mentalis. Suivant scrupuleusement la chronologie, nous voilà embarqués dans une épopée industrielle du XXe et même du XXIe siècle.

Au fil du temps, ce qui n’était qu’une tout petite entreprise accueillant les inventions de son directeur fantasque, toujours en quête d’innovations, devient le géant de l’électroménager et inonde le marché de ces produits. Qui n’a pas eu chez lui un mixer ou un moulin-légumes ?

Dans une mise en scène tonitruante, voilà les ouvrières assignées aux tâches répétitives, si vraies dans leurs gestes que l’on entend presque le bruit assourdissant des machines… Voilà les ingénieurs, les contremaîtres… les cadences qui augmentent, les ouvrières épuisées et les matons qui poussent encore et toujours à plus de rentabilité jusqu’à que cette course effrénée aboutisse aux délocalisations, pour exploiter d’autres… ailleurs !

Quand les pièces et la fierté de les fabriquer auront laisser place à la spéculation en Bourse, on aura jeter à la poubelle de l’histoire celles et ceux qui ont fait « la tourniquette pour faire la vinaigrette » et son succès planétaire.

Une pièce de théâtre énergique où l’on croque le quotidien avec sérieux et dérision, dans un monde si rude pour les petites mains.

Musique et pages de publicité se succèdent sous forme de moments dignes des cabarets pour emmener la pièce vers plus de réflexion, plus de dénonciation.

Non, il n’est pas normal qu’à chaque avancée technologique, ce soit toujours sur le dos de ceux qui produisent que cela se réalise.

Le Théâtre de l’opprimé, est-il besoin de le dire, remplit là le rôle pour lequel il a été fondé : se faire l’écho des luttes ouvrières quelle que soit l’époque, montrer les doutes, la solidarité… et il y réussit.

Une seule critique, un trou dans la saga Moulinex, racontée par Simon Grangeat et mise en scène par Claude Viala, celle de la période de la guerre et de la collaboration. Dommage !

Cela n’empêche que la pièce Un cœur Moulinex vaut le détour, qu’on ne s’y ennuie jamais, que l’on sourit, ou rit, souvent, que l’on est touché par la performance des sept comédiens qui unissent leurs forces pour nous conter cette histoire contemporaine, en assumant tous les rôles, du haut en bas de l’échelle, avec authenticité et engagement. Bravo !

Plûme

Jusqu’au 26 novembre, du mercredi au samedi à 20h30 et le dimanche à 17h
au Théâtre de l’opprimé
78, rue du Charolais
75012 Paris

http://www.theatredelopprime.com/evenement/un-coeur-moulinex/

Compagnie Aberratio Mentalis
Texte : Simon Grangeat
Mise en scène : Claude Viala
Avec Hervé Laudière, Carole Leblanc, Véronique Müller, Loredana Chaillot, Pascaline Schwab, Christian Roux, Julien Brault
Assistant à la mise en scène : Hervé Laudière
Musique : Christian Roux
Scénographie : Shanti Rughoobur

 

 

 

 

 

Omelettes amoureuses, au Tremplin Théâtre

@Philippe Brière

Comment faire une omelette sans casser d’œufs, ou, autrement dit, comment devenir une femme forte, consciente de ses potentialités, qui ne s’excuse plus d’exister… libre tout simplement ? Comment réveiller la « guerrière » qui sommeille en chacune d’entre nous ?

C’est cette quête initiatique que Corinne Merle, seule en scène, va nous faire partager. Pour cela, elle fera appel aux textes d’autres femmes (notamment Virginie Despentes, Florence Lautrédou…) qui ont cherché, avant elle, à se dégager des archétypes culturels et à affirmer leur singularité. Un discours militant, féministe bien sûr, mais aussi, tout simplement humain.

Dans la pénombre de la minuscule scène du Tremplin Théâtre, émergent quelques accessoires symboliques : une robe en lamé, une blouse de ménage, un panier en osier, une paire d’escarpins, etc. La comédienne les utilisera à tour de rôle pour se mettre dans la peau de différentes femmes : la petite fille, la femme naïve, la séductrice, la rebelle, etc.

L’accent est mis sur les violences faites aux femmes, et notamment sur le viol. Même si le propos est parfois un peu trop appuyé, la comédienne auteur le fait partager avec une belle générosité. Il est question de prise de conscience, de résilience, d’amour aussi. Un petit bémol toutefois sur la mise en avant des textes, que j’ai trouvé par moments trop présents.

Corinne Merle incarne à merveille cette femme plurielle et fait montre d’une belle présence scénique, jouant de son corps sans fausse pudeur. Voluptueuse comme peut l’être une femme bien dans sa peau. Ses propos sont parfois crus, parfois violents, souvent drôles.

À défaut de recette, notre apprentie cuisinière se transformera en guerrière, prête à mobiliser ses forces pour partir à l’assaut de la vie. Prenez-en de la graine et courez voir le spectacle. La salle est petite, alors n’oubliez pas de réserver !

Véronique Tran Vinh

Idée originale, écriture, jeu : Corinne Merle
Création lumière : Fabienne Breitman
Collaboration artistique : Florence Evrard, François Jenny

Les Omelettes amoureuses reviennent :
les 30 novembre, 1er décembre et 2 décembre à 20 h 30
au Lavoir moderne, 35 rue Léon, Paris 18e
Réservations : 01 46 06 08 05
http://www.comeprod.fr/

 


 

 

Corps et âme, de Ildikó Enyedi

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Justement primé lors du dernier festival de Berlin, ce film hongrois surprend par son sujet et son traitement inhabituels, entremêlant deux univers : le rêve et la réalité.

Dans une forêt enneigé, un cerf aperçoit un jour une biche. Peu à peu, les deux cervidés font connaissance et partagent leur vie dans la forêt. Ils boivent l’eau d’un ruisseau, cherchent de la nourriture et ruminent de concert…
C’est le rêve que fait chaque nuit Endre, qui dirige un abattoir, mais aussi Mária, nouvelle embauchée dans l’entreprise en tant que responsable du contrôle de qualité. Sans se connaître, ils partagent chaque nuit le même rêve dans lequel leur nature animale prend le dessus. Par l’intermédiaire involontaire d’une psychologue – mandatée pour faire une enquête au sein de l’abattoir –, ils découvrent le lien qui les unit malgré eux. Passeront-ils de l’amour fantasmé à l’amour réel ?

Lieu de vie et de mort
Leur vie éveillée se passe, elle, au sein de l’abattoir. Un univers où la brutalité et la mort sont omniprésentes et où Endre, en tant que directeur, tient à ce que les employés y soient d’autant plus humains, et notamment, sensibles à la souffrance des animaux qu’ils vont contribuer à tuer. D’où son exigence vis-à-vis de ceux qu’il recrute et ses rapports tendus avec un nouvel embauché qui fait preuve de cynisme dans son travail et dans ses rapports avec ses collègues. À l’inverse, il est touché immédiatement par la personnalité psychorigide de la jeune Mária, qui multiplie les maladresses dans ses rapports avec les autres.

Cheminement personnel
Une relation va peu à peu se développer entre elle et Endre, introverti lui aussi, mais beaucoup plus empathique : la rencontre de deux solitudes qui s’observent, s’attirent, puis s’encouragent mutuellement. Le médiateur sera leur vie psychique partagée à travers leur rêve. Grâce au regard bienveillant d’Endre, le personnage de Mária vit un apprentissage émotionnel et sensuel qui la fera sortir de sa coquille et grandir. Cette « handicapée de la vie », qui a du mal à communiquer (notamment avec ses collègues), entame un processus d’évolution qui passe par de petites choses, certaines anodines, d’autres qui le sont moins : elle touche une purée, elle écoute de la musique, elle regarde un film porno… toutes choses qu’elle n’avait jamais faites auparavant. De son côté, malgré sa personnalité charismatique, Endre est aussi un handicapé, au propre comme au figuré : il a perdu l’usage de sa main gauche et a renoncé à toute relation avec les femmes.

Entre rêve et réalité
Ce film est original à la fois par son sujet et par son traitement. La réalisatrice nous fait passer de la vie réelle à la vie onirique des personnages, traitée de manière assez réaliste. Ainsi, le cerf et la biche vivent dans une “vraie” forêt et se comportent comme de « vrais » animaux.
À l’inverse, les séquences tournées à l’abattoir, forcément violentes, sont empreintes d’une grande délicatesse stylistique : les scènes de mise à mort et de découpe, le sang que l’on lave à grande eau alternent avec les gros plans sur le regard des animaux qui vont mourir ou les moments de détente entre les employés. Comme dans un hôpital où le personnel est confronté en permanence à la mort, il y a des moments de tension, mais aussi d’humour et de cynisme pour tenter d’échapper à la réalité.

Hors norme
À l’exception d’un passage qui bascule vers le drame (que j’ai moins aimé), Ildikó Enyedi réussit à imposer son style personnel, tout en finesse et en sensibilité, et superbe visuellement, en évitant adroitement les clichés. Cela tient aussi à l’interprétation de ses deux acteurs principaux : avec son physique pur et gracile, Alexandra Borbély fait preuve d’une grande intensité dans le rôle de Mária, tour à tour cassante, maladroite, fragile, sensuelle. Face à elle, Géza Morcsányi est émouvant dans le rôle d’un homme vieillissant, confronté à des émotions qui le submergent.

Un beau moment de cinéma, où l’on est invité à entrer dans les méandres de l’âme humaine et à partager cette histoire d’amour entre deux êtres inadaptés à la société. Et si, au fond, comme semble le suggérer Ildikó Enyedi, la vie n’était rien d’autre qu’un long rêve éveillé ?

Un film écrit et réalisé par : Ildikó Enyedi
Avec : Alexandra Borbély,  Géza Morcsányi, Réka Tenki, Zoltan Schneider
Image : Máté Herbai
Bande sonore : Adam Balazs
Montage : Károly Szalai

Les Goguettes en trio mais à quatre, au Théâtre Trévise

 

Trois gars, une fille, un piano… Et c’est parti pour une heure et demie de rires et de musique !

Mais qu’est-ce qu’une goguette ? Une parodie de chanson connue qui commente l’actualité… et aussi un trio à quatre… bourré de talent : la pianiste, Clémence Monnier, et le trio d’auteurs-chanteurs : Stan, Aurélien Merle et Valentin Vander.

Imagination débordante, propos bien sentis, rimes joyeuses, humour à tous les couplets, leurs goguettes taillent des costards aux hommes politiques de tous bords.

Des chansons que l’on reprend en chœur, très pertinentes sur les ordonnances de la loi travail. « Avec Pénicaud, tout paraît plus beau », comme le dirait un certain chanteur de Mexico ! Mais aussi sur les séances à l’Assemblée, l’affaire Fillon, l’ancien président, et bien d’autres que je ne vous révélerai pas.

Selon l’actualité de la semaine, vous aurez droit à une chanson créée pour l’événement parce les quatre aiment croquer la politique « en toute objectivité », c’est-à-dire en prenant parti.

Leur engagement à gauche toute ne fait aucun doute, même s’ils affirment que pour être dans la société « en marche », ils ont décidé d’être arrogants, suffisants, méprisants… Des qualificatifs qui ne vont pas sans rappeler quelqu’un.

L’humour, la musique, l’interprétation, la mise en scène, tout est au rendez-vous pour passer un bon moment à se moquer de ceux qui nous gouvernent (et des autres), mais toujours en nous servant une analyse politique caustique, accompagnée de vérités grinçantes.

Alors amusez-vous, partez en goguette ! Vous ne le regretterez pas…

Plûme

Avec : Aurélien Merle, Clémence Monnier, Valentin Vander, Stan
Metteur en scène : Yeshé Henneguelle

Jusqu’au 5 décembre tous les mardis à 19 h 45
au Théâtre Trévise, 14 rue de trévise, 75009 Paris
Tél. : 01 45 23 35 45
www.theatre-trevise.com

Et aussi en tournée…
– Le 3 novembre au Casino de Beaulieu-sur-Mer – Festival Quinte Artistique (06) à 21h45
www.casinodebeaulieu.com
– Le 18 novembre à la Salle Daniel Ferry à Vigneux (91)
www.mairie-vigneux-sur-seine.fr
– Le 24 novembre au Préô de Saint-Riquier (80) les vendredi 24 et samedi 25 novembre
www.theatrelepreo.fr
– Le 26 novembre à la Salle des Fêtes de Cappelle-en-Pévèle (59) à 17h
– Le 12 décembre à la Salle Jacques Brel à Champs-sur-Marne (77) à 20h30 Renc’art Brel
www.ville-champssurmarne.frVEN
– Le 15 décembre à Rouen (76) à 18h
Plus d’informations bientôt LUN
– Le 29 décembre au Bijou à Toulouse (31) du vendredi 29 au dimanche 31 décembre
www.le-bijou.net
Le 19 janvier à la Baie des Singes à Cournon d’Auvergne (63) les vendredi 19 et samedi 20 janvier
www.baiedessinges.com
Le 26 janvier à la Salle polyvalente de Saint-Martin-de-Bréhal (50) à 20h30
– Le 10 février à Étampes (91) à 17h
« Samedi thé-chansons »
www.mairie-etampes.fr
– Le 22 février à Saint-Étienne (42)
Festival des Arts Burlesques
– Le 24 mars aux Nuits du Loup à Marcy l’Etoile (69)
www.nuitsduloup.fr
Le 30 mars au Rabelais à Meythet (74) à 20h30
www.rabelais-spectacles.com
Le 20 avril à la Gargamoëlle au Château d’Olonne (85) à 20h30 – COMPLET

 

Le Quai des Brumes au Théâtre de l’Essaïon

Jean, déserteur de l’armée coloniale, débarque au Havre dans l’espoir de fuir les combats et de quitter la France. Il se réfugie chez Panama, un bar situé près des docks où il rencontre Nelly, une jeune fille fragile et sans repères. C’est le coup de foudre. Terrorisée par son inquiétant tuteur, Zabel, Nelly vit dans la peur. D’autres personnages gravitent autour des deux amants : Lucien, un petit truand de quartier à la recherche de Maurice, l’amant de Nelly, qui a disparu sans doute assassiné par Zabel ; Michel, un peintre suicidaire… Dans ce huis clos fatal, Jean va inexorablement à la rencontre de son destin.

Le metteur en scène et comédien Philippe Nicaud, a adapté le film du duo Carné-Prévert pour le théâtre, d’après le roman éponyme de Pierre Mac Orlan, publié en 1927.

Dès que je suis entrée dans la salle, j’ai eu l’intuition que j’allais passer un moment émouvant. Je ne saurais vous dire pourquoi, mais en voyant le décor et tous les personnages sur scène, chacun à sa place et dans son rôle, avec l’accordéon en fond sonore, j’ai été touchée et curieuse de ce que j’allais découvrir.

Je n’ai pas été déçue tant le jeu des comédiens est intense et diffuse la poésie de Jacques Prévert avec une grande force. Comme ils sont généreux, habités par le désespoir, les failles et le besoin d’amour et de reconnaissance de leurs personnages. Jean et Nelly, dont le coup de foudre va leur faire vivre une courte mais profonde passion et construire des rêves de bonheur et de liberté ; Zabel, l’oncle inquiétant et dangereux qui, malgré tout, laisse transparaître sa fragilité d’homme amoureux et prêt à tous les extrêmes. J’ai ressenti chaque émotion, la colère, la tristesse, le désespoir de Michel et la rage de Lucien, joués par Sylvestre Bourdeau, impressionnant.

La bienveillance aussi, celle de Panama qui, l’air de rien et sans poser de questions, est à l’écoute et prêt à aider ceux qui sont dans la peine. Chapeau bas à M. Nicaud, à ses talents de metteur en scène, de comédie et… de musicien.

L’espace était saturé de désespérance et pourtant j’étais captivée et heureuse d’assister à une représentation d’une telle qualité.

Le décor est un mélange d’accessoires bruts. La façon dont Philippe Nicaud a imaginé chaque lieu simplement en modifiant la position des objets ou en changeant l’intensité lumineuse est astucieuse. Le camion composé d’une caisse, de deux projecteurs et de tabourets avec le bruit du moteur en fond sonore, est bluffant de réalisme. Il sollicite notre imagination et cela fonctionne. Pour chaque lieu, les objets sont installés par les acteurs de façon simple et précise en fonction de là où se situe l’action.

Des répliques entre Jean et Nelly résonnent encore en moi, non pas celles auxquelles tout le monde pourrait s’attendre, mais celles-ci : « Tu vas où ? Je sais pas. Alors on va du même côté… » Suivez Jean et Nelly, allez donc à l’Essaïon voir cette pépite. Vous en ressortirez bouleversé et ravi d’avoir vécu pour un temps ce moment de partage et d’émotions.

Armelle Gadenne

 

Adaptation théâtrale inédite tirée du scénario original de Jacques Prévert.
– Auteur : Jacques Prévert
– Mise en scène : Philippe Nicaud
– Distribution : Idriss, Sara Viot, Fabrice Merlo, Pamphile Chambon, Sylvestre Bourdeau, Philippe Nicaud

Du 6 octobre 2017 au 14 janvier 2018 :
les vendredis, samedis à 19 h 30 et les dimanches à 18 h
Relâches : 24 et 31 décembre
http://www.essaion-theatre.com/typespectacle/55_6-ans-et-plus.html

Ex anima, au théâtre Zingaro

© Marion Tubiana

Une magnifique ode au dieu cheval

Dépouillement, c’est le premier mot qui vient à l’esprit en voyant ce spectacle de Bartabas. Pas de cavalcade effrénée, pas de numéro de voltige spectaculaire comme l’artiste nous y a habitués. Non, pour cette (ultime ?) représentation, on découvre le cheval à l’état brut, dans toute sa primitive beauté et sa majesté. Comme si Bartabas, en lui rendant hommage, était guidé par le besoin d’aller à l’essentiel.

D’entrée de jeu, le ton est donné. Des chevaux s’ébrouent devant nous sur la piste. Ils se couchent, se roulent par terre et se redressent avec grâce. En toute liberté, ou presque. Vêtus de noir de la tête aux pieds, les dresseurs ne sont que des ombres discrètes au service de l’animal.

Le son des instruments à vent (allusion à l’anima, le souffle de l’âme ?) vient rythmer harmonieusement les apparitions des chevaux : flûtes de Chine, d’Irlande, d’Inde du Nord et du Japon. Des percussions aussi. Le bruit de la pluie qui tombe, les cris des animaux qui se répondent. Des nuées de brume envahissent soudain la scène, les silhouettes des équidés composent des tableaux d’une beauté onirique. Nous voici plongés avec eux au cœur de leur nature sauvage. En état de grâce.

Étrangement, ce dépouillement rend les chevaux très proches de nous : à la fois sensibles, chamailleurs, joueurs, travailleurs. Un cheval qui marche sur une poutre, un autre qui s’élève dans le ciel… on retient son souffle, en mesurant toute la virtuosité du dressage. Et la nécessaire symbiose entre l’animal et l’homme.

Dans ce nouvel opus, Bartabas montre son animal fétiche sous différentes facettes : le cheval au service de l’homme (tirant une charrue), le cheval à l’état sauvage (jouant, seul ou à plusieurs) mais, surtout, le cheval sanctifié, élevé au rang de demi-dieu. Comme le dit le metteur en scène écuyer à propos de son théâtre : « […] ici, le spectacle est un rituel, la musique une vocation, et l’amour des chevaux une religion… »

Une très belle cérémonie qui s’achève, comme il se doit, par le son de cloches d’une église après la messe.

Véronique Tran Vinh

Conception, scénographie et mise en scène de Bartabas
Musique originale : François Marillier, Véronique Piron, Jean-Luc Thomas, Wang Li
Avec, dans leur propre rôle : les trente-six chevaux de Zingaro

À partir du 17 octobre
À Zingaro Fort d’Aubervilliers
Mardi, mercredi, vendredi, samedi à 20 h 30, dimanche à 17 h 30
Réservation : 01 48 39 54 17
http://bartabas.fr/theatre-zingaro/

 

F(l)ammes à la Maison des Métallos

© François Louis Athénas

Ces dix-là ne s’en laissent pas compter. Dix jeunes femmes énergiques, dix belles personnalités qui racontent, se racontent, sans peur ni tabou, en toute liberté.

Issues de ce qu’on appelle « les minorités visibles des quartiers », nées de parents venus d’Afrique du Nord, d’Afrique subsaharienne, ou des Caraïbes, les femmes – F(l)ammes – clament leur rage de vivre, faisant fi des clichés, des préjugés, des étiquettes.
Elles cassent les stéréotypes en étant là où on ne les attend pas. Et ça fait du bien de les voir se débarrasser de ce carcan fabriqué par la société au gré des peurs, des définitions, des politiques. Elles sont ce qu’elles sont, elles ne représentent rien ni personne, elles sont simplement elles-mêmes.

Ahmed Madani, le metteur en scène, raconte : « Le fait que les protagonistes de projet n’aient pas d’expérience professionnelle du théâtre a été une chance dans cette aventure. leur spontanéité, leur faconde, leur énergie, leur imprévisibilité, leur liberté et leur justesse n’ont pas cessé de m’étonner… » Les spectateurs eux aussi vont de surprise en surprise.

Dans ce spectacle, si on rit beaucoup, on est aussi touché par des morceaux de dure réalité. Humour, dérision, auto-dérision… mais aussi poésie, colère, désir, tendresse, douleur… Tout y passe : leur famille, les traditions, les copines de classe, les petits mots assassins ou les comportements injustes d’un père, d’une mère, d’un mari, d’un frère… et même Pénélope n’est pas épargnée !

Ah ! qu’il est bon de les entendre parler, chanter, danser… et avec quel talent !
D’ailleurs Ahmed Madani leur laisse toute la scène, n’utilisant que quelques chaises pour décor. Grâce aux vidéos, à la musique, aux voix, aux lumières, nous décollons avec ces dix femmes et atterrissons dans un univers plein de sensibilité et de poésie. A leur image.

1 h 45 de pur bonheur et d’humanité ! Une invitation à voir le monde avec les yeux de l’autre et ça fait du bien ! On est sous le charme et on en sort regonflé à bloc.
Alors n’hésitez pas, courez-y !

Plûme

Jusqu’au 29 octobre 2017
– mardi, mercredi à 20h
– jeudi, samedi à 19h
– vendredi 20 octobre à 14 h
– vendredi 27 octobre à 20h
– dimanche à 16 h
à la Maison des métallos, 94 rue Jean-Pierre Timbaud, Paris 11e

Avec Anissa Aou, Ludivine Bah, Chirine Boussaha, Laurène Dulymbois, Dana Fiaque, Yasmina Ghemzi, Maurine Ilahiri, Anissa Kaki, Haby N’Diaye, Inès Zahoré
Textes et mise en scène : Ahmed Madani
Assistante à la mise en scène : Karima El Kharraze
Regard extérieur : Mohamed El Khatib
Création vidéo : Nicolas Clauss
Création lumière et régie générale : Damien Klein
Création sonore : Christophe Séchet
Chorégraphie : Salia Sanou
Costumes : Pascale Barré et Ahmed Madani
Coaching vocal : Dominique Magloire et Roland Chammougom
Régie son : Jérémy Gravier
Texte édité chez Actes Sud-Papiers
Administration / production : Naia Iratchet
Diffusion / développement : Marie Pichon
Production : Madani Compagnie
Coproduction : Théâtre de la Poudrerie à Sevran, Grand T théâtre de Loire-Atlantique, L’Atelier à spectacle à Dreux, La CCAS, Fontenay en Scènes à Fontenay-sous-Bois, l’ECAM au Kremlin-Bicêtre
Avec le soutien de la Maison des métallos, du Collectif 12 à Mantes-la-Jolie, de la a MPAA à Paris,  de la Ferme de Bel Ébat à Guyancourt, de la Maison des Arts et de la Culture de Créteil, du Commissariat Général à l’Egalité des Territoires, du Conseil départemental de Seine-Saint-Denis, du Conseil départemental du Val-de-Marne dans le cadre de l’aide à la création et d’Arcadi Île-de-France
Rencontre avec l’équipe artistique du spectacle :
jeudi 26 octobre à l’issue de la représentation, à la Maison des métallos.

Et en tournée…
Genève La Comédie de Genève du 7 au 11 novembre 2017
Paris Théâtre de la Tempête les 16 novembre au 17 décembre 2017
Cachan Théâtre Jacques Carat le 7 décembre 2017
Calais Le Channel, Scène nationale les 12 et 13 janvier 2018
Cergy-Pontoise L’Apostrophe, Scène nationale les 16 et 17 janvier 2018
Pantin Salle Jacques Brel le 30 janvier 2018
Noisy-le-Sec Théâtre des Bergeries le 2 février 2018
Bron Espace Albert Camus les 6 et 7 février 2018
Clermont-l’hérault Théâtre le Sillon, Scène conventionnée le 9 février 2018
Le Mans Les Quinconces – L’Espal du 13 au 16 février 2018
La Courneuve Houdremont, Scène conventionnée le 9 mars 2018
Goussainville Espace Sarah Bernhardt І 16 mars 2018
Épinay-sur-Seine Maison du Théâtre et de la Danse le 18 mars 2018
Melun L’Escale le 23 mars 2018
Brétigny-sur-orge Théâtre de Brétigny – Dedans Dehors, Scène conventionnée les 6 et 7 avril 2018
Aubervilliers Théâtre de la Commune, Centre Dramatique National du 9 au 11 avril 2018
Montargis Salle des fêtes le 13 avril 2018

La Main de Leila, aux Béliers parisiens

 

©Alejandro Guerrero

Voici une histoire d’amour contrarié, sur fond d’évocation historique (l’Algérie d’avant les émeutes d’octobre 1988, dirigée par l’armée et le FLN), traitée à la manière d’une fable. Le jeune Samir, passionné de cinéma, défie la censure du régime de l’époque, en rejouant les baisers les plus célèbres du grand écran dans son garage, transformé en salle de spectacle. De son côté, Leila, fille d’un puissant colonel, rêve de pouvoir choisir elle-même sa destinée. Ces deux-là étaient faits pour se rencontrer.

Les trois comédiens (dont deux sont coauteurs de la pièce) restituent la faconde et la vitalité du peuple algérien à travers une galerie de personnages emblématiques : les deux amoureux, Samir et Leila, contraints de se voir en cachette de leur famille ; la mère tyrannique et exubérante (excellent Azize Kabouche, aux mimiques savoureuses), le fonctionnaire de police imbu de son pouvoir ; l’ami spécialiste des petites embrouilles ; le commerçant qui profite de la pénurie alimentaire, etc.

Dans un décor fait de bric et de broc, des fils à linge structurent astucieusement l’espace. Les changements de décor et les scènes se succèdent sans temps mort, composant le tableau touchant d’une Algérie en crise, dont les soubresauts annoncent les bouleversements à venir.

La fraîcheur de l’interprétation, l’humour des dialogues et la mise en scène très rythmée (Régis Vallée a travaillé avec Alexis Michalak, est-ce un hasard ?) contribuent à la réussite de ce spectacle. On partage le quotidien de Samir et de Leila, leurs galères et leurs espoirs, rythmés par leur amour du septième art.

Et même si à la fin, la réalité finit par reprendre le dessus, l’espoir subsiste… grâce à la magie du cinéma !

Véronique Tran Vinh

Une pièce de : Aïda Asgharzadeh et Kamel Isker
Mise en scène : Régis Vallée
Avec : Aïda Asgharzadeh, Kamel Isker, Azize Kabouche

Jusqu’au 31 décembre 2017
Du mercredi au samedi (à 21 h ou à 19 h selon les dates)
Le dimanche à 15 h
Relâche le 19 novembre
Théâtre des Béliers parisiens
14 bis rue Sainte Isaure
75018 Paris
http://www.theatredesbeliersparisiens.com/Spectacle/main-de-leila/

 

 

 

12 hommes en colère, au théâtre Hébertot

©Laurencine Lot

Il fait chaud, très chaud, dans cette pièce fermée en cette fin d’après-midi, dehors l’orage menace. Douze jurés en complet-veston-cravate sont réunis pour délibérer sur la culpabilité d’un garçon de 16 ans, accusé d’avoir tué son père. L’unanimité est requise pour envoyer le présumé coupable à la chaise électrique. Mais un homme, un seul a « un doute légitime ». Un seul, comme un grain de sable… et la belle unanimité se fissure.

Du film de Sydney Lumet, il me restait en mémoire une ambiance lourde, des chemises aux manches relevées, des cravates défaites, la transpiration des 12 hommes…

Dans un décor et une mise en scène sobre et efficace, les personnages prennent une épaisseur palpable, comme l’est la tension qui monte. Une horloge blanche, lumineuse, sans aiguilles, égrène un temps arrêté loin des obligations de la vie quotidienne de chacun.

La partie est serrée, un contre onze et, petit à petit, l’un après l’autre, à force d’interrogations qui ébranlent les témoignages entendus lors de la comparution, chacun en vient à faire part de son « doute légitime ».

La pièce de Reginald Rose, écrite en 1954, interprétée avec justesse par les 12 comédiens, nous fait comprendre les positions de l’un, les peurs de l’autre, l’indifférence d’un troisième… Il n’est pas facile de se départir de ses préjugés, de ses a priori.

Notre cœur bat au fil de la soirée… Alors, coupable ou non coupable ?

Allez-y !

Plûme

Une pièce de Reginald Rose
Adaptation française Francis Lombrail
Mise en scène Charles Tordjman
Avec Jeoffrey Bourdenet, Antoine Courtray, Philippe Crubezy, Olivier Cruveiller, Adel Djemaï, Christian Drillaud, Claude Guedj, Roch Leibovici, Pierre Alain Leleu, Francis Lombrail, Pascal Ternisien et Bruno Wolkowitch
Assistante mise en scène Pauline Masson
cors Vincent Tordjman
Lumières Christian Pinaud
Costumes Cidalia Da Costa
Musiques Vicnet

Du mardi au dimanche à 19 h
Théâtre Hébertot,
78 bis, boulevard des Batignolles
75017 PARIS
Tél. : 01 43 87 23 23
http://theatrehebertot.com/12-hommes-colere/

Oncle Vania, au Théâtre Essaïon

 

Dans la série « révisons nos classiques », Oncle Vania revient, interprété par la Compagnie Theâtrale Francophone. Une perle !

Rendez-vous est donc pris avec l’âme slave. Dans une mise en scène, signée Philippe Nicaud, qui parvient à presser les comédiens (et donc lui-même) jusqu’à leur dernière goutte de mal-être, dans un décor minimaliste sans échappatoire, sans coulisses, où ils vivent 24 heures sur 24 sous nos yeux.

« Il m’est apparu que la façon la plus efficace de recréer cette atmosphère familiale étouffante, c’était que tous les personnages, et donc les acteurs, soient présents à chaque instant, et cela dès l’entrée des spectateurs », déclarait Philippe Nicaud lors du festival d’Avignon 2016, où ce spectacle a été récompensé par un Coup de cœur du Club de la Presse Grand Avignon-Vaucluse. Quelle réussite !

Cinq personnages de Tchekhov se retrouvent sur scène, tous magnifiques dans leur interprétation, se heurtant dans ce huis-clos qu’est devenue la scène de l’Essaïon. Le professeur, usurpateur patenté ; le docteur, rêveur alcoolique ; la jeune épouse, bombe sexuelle ; la fille du professeur laide et pathétiquement amoureuse du docteur, et, magistral… l’oncle Vania, pétri de regrets, désabusé, amoureux transi et raté. Rarement sur scène, on a vu pareille incarnation du désespoir, vécu dans la posture, la voix, les gestes : bravo à Fabrice Merlo de nous entraîner au plus profond de la détresse de cet homme vaincu.

Le choc des passions, l’enfermement, l’ennui… boire, boire encore, pour oublier la servitude, l’absence d’avenir, la vie gâchée. Le texte de Tchekhov est dense, chaque mot pèse dans cette atmosphère lourde, même si, parfois, un personnage laisse éclater un fragment de poésie, une chanson, un accord de guitare ou quelques notes d’humour…

Merci au metteur en scène d’avoir resserré la pièce autour des cinq principaux personnages pour mieux resserrer l’étau qui les broie au fil de la pièce. Chapeau aux comédiens d’être si tchekhoviens dans leur jeu.

On ne peut que vous inciter à aller voir cette pièce. N’oubliez pas de réserver, la salle du  théâtre Essaïon n’est pas bien grande.

Plûme


Jusqu’au 14 janvier 2018, tous les jeudis à 19h20
Théâtre Essaïon
6, rue Pierre-au-Lard
75004 Paris
Tél. : 01 42 78 46 42
http://www.essaion-theatre.com/spectacle/649_oncle-vania.html

D’après Anton Tchekhov
Mise en scène Philippe Nicaud
Avec :
Marie Hasse (Sonia), Céline Spang (Éléna), Fabrice Merlo (Vania), Philippe Nicaud (Docteur Astrov) et Bernard Starck (Sérébriakov)

Collaborations artistiques :
Damiane Goudet et Arevik Martirossian
Perrine Trouslard (chorégraphie)
Adaptation / traduction :
Céline Spang et Philippe Nicaud
Composition musicale et chant :
Philippe Nicaud

L’Invention des corps, à la Maison de la poésie

©Mathias Clouet

Sur la scène baignée d’une ambiance crépusculaire, Pierre Ducrozet et Isard Combray nous ont offert ce soir-là une très belle performance artistique, alliant musique (des compositions originales au piano et quelques touches d’électronique), montages de textes – issus du livre –, et chansons. L’écrivain Ducrozet s’y révèle à la fois chanteur, poète et interprète – au sens le plus large – de ses propres écrits.

La narration, volontairement éclatée, reflète le monde contemporain par son architecture même. Elle nous fait circuler d’un personnage à un autre, d’un lieu à un autre, sans logique apparente, si ce n’est celle qui sous-tend les réseaux Internet. Un récit en bribes qui parle du XXIe siècle, mais, surtout, d’une aspiration libertaire face à la toute-puissance de la technologie et à ses dérives.

Dans ce voyage d’un bout à l’autre du monde, nous côtoyons une galerie de personnages venus d’horizons divers, mais qui ont en commun la culture de l’informatique. En vrac : un jeune hacker issu du “sous-monde” mexicain, une biologiste qui observe de près les corps (et leurs tissus), un informaticien qui a changé de sexe, un personnage influent de la Silicon Valley, qui possède tout, sauf l’immortalité…

La réussite de ce “concert littéraire” tient à ce que jamais la musique n’écrase le texte, bien au contraire… elle se met au diapason avec les mots et les fait résonner d’une mystérieuse musicalité. Je me suis laissée entraîner dans cet univers envoûtant, grâce à la séduisante interprétation de l’auteur dans sa narration, sa gestuelle, ses chansons et sa dramaturgie. Il était en parfaite symbiose avec Isard Combray, au jeu d’une grande fluidité.

Pour ceux qui s’interrogent sur ce que peut être aujourd’hui une littérature hors du livre, cet objet artistique singulier pourrait bien constituer une des réponses possibles.

Véronique Tran Vinh

Mardi 10 octobre 2017
Maison de la poésie
Passage Molière
157, rue Saint-Martin
75003 Paris
http://www.maisondelapoesieparis.com/

Le Chien, d’Éric-Emmanuel Schmitt, au Théâtre Rive Gauche

LE CHIEN (Théâtre Rive Gauche-Paris14ème)-crédit Theatre Rive Gauche-Libre de droits-4-NEW-Light.jpg

La frontière du temps et de l’espace est parfois floue quand les souvenirs ne cessent de se fondre au présent. La frontière entre l’humanité et l’animalité ténue dans certaines circonstances.

Sur fond de décor de la Seconde Guerre mondiale, le scénario se déroule jusqu’au suicide du Dr Heymann, en Suisse, bien des années plus tard. Un évènement qui soulève bien des questions dans le petit village mais aussi auprès de ses proches. Est-ce lié à la mort accidentelle de son fidèle compagnon – un beauceron, toujours le même, répondant inlassablement au nom d’Argos, qui accompagne ses jours depuis quarante ans et « qu’il remplace à chaque disparition » ?
Un sens à cet acte que Samuel Heymann, homme et père taciturne, s’évertuera cependant de donner à sa fille, Mirana, via un courrier laissé à son attention.
Au fil des minutes, le mystère se désépaissit et le voile se lève : Argos aboie avec force sa vérité.

Un chapitre de l’histoire revisité par un biais inattendu et qui fait l’originalité de cette pièce. L’homme dans sa plus grande créativité ne cessera de surprendre ses contemporains… C’est peut-être cela le message qu’ Éric-Emmanuel Schmitt, auteur de la nouvelle Le Chien, avait choisi de nous coucher sur papier. C’est peut-être cette vérité saisie qui a conduit Marie-Françoise Broche et Jean-Claude Broche à la mettre en scène quand l’auteur lui-même (expliquera-t-il en avant-première) n’y aurait pas songé. Tour à tour dans un monologue, puis dans un immobilisme mimétique que le décor cubique et les couleurs alternativement froides et chaudes des projecteurs accentuent, les comédiens Mathieu Barbier et Patrice Dehent nous livrent dans un jeu réaliste le dénouement de cette intrigue.

Un livre, mais aussi une pièce de théâtre, Le Chien ? Qu’Éric-Emmanuel Schmitt se rassure : OUI… et une histoire, qui pourrait également et élégamment prendre place sur le grand écran.

Carole Rampal

Jusqu’au 26/12/2017
Théâtre Rive Gauche, 6, rue de la Gaîté, 75014 Paris.
Tél. : 01 43 35 32 31
http://www.theatre-rive-gauche.com/le-chien-spectacle.html

 

 

Un soir chez Victor Hugo, Cie Les 3 Sentiers au Théâtre de La Loge

À deux cents mètres de la rue de Charonne, dans un square parisien, nous assistons à l’arrivée de Victor Hugo en exil à Jersey, qui pourchassé par la police de Louis-Napoléon Bonaparte, est d’une humeur massacrante et ne cesse de vociférer. En costumes d’époque, valise à la main, ses enfants Charles, Adèle et son compagnon, tentent de se frayer un chemin à travers les allées et de le suivre. S’approchant de nous, ils nous invitent à les accompagner à une séance de spiritisme au Théâtre de La Loge.

Là, certains assis dans des canapés, d’autres sur des sièges en fer autour de petites tables qui supportent une bougie incandescente, le tonnerre gronde et les rideaux du salon se tirent devant deux grandes fenêtres. Nous sommes en 1852, à Marine Terrace, la demeure familiale.
Adèle chante en débarrassant la grande table ronde qu’une nappe entièrement blanche et immaculée laisse à comprendre qu’elle sera le lieu de toutes les surprises.
Au-dessus d’elle, les mains rejointes, la famille Hugo démarre une séance de spiritisme.vz-AACBF110-16BC-4D7E-9B8E-7DE2EA0F5291.jpeg

Sourire narquois ou frisson… on se laisse prendre au jeu dès les premières minutes. Et si c’était vrai ? Et si c’était vrai les conversations que ce grand écrivain et homme politique des plus sérieux, admiré de tous, avaient entretenu avec l’au-delà. Quel besoin aurait-il eu de se démarquer sur ce terrain qui a contrario ne pouvait que provoquer raillerie et moquerie ? On s’interroge au cours de la séance en entendant Hugo converser par la voix de son fils Charles, médium, avec Shakespeare, Racine, Chateaubriand… On glisse un sourire amusé quand tour à tour chacun se vante de communiquer dans un langage animalier avec le tigre, l’araignée… On s’émeut quand Hugo « re »communique avec Léopoldine, sa première fille, noyée dix ans plus tôt.

Esprits libres… allez-y. Les plus sceptiques passeront un bon moment et revisiteront des pages d’histoire et de poésie. Les autres seront peut-être tentés à l’issue de ce spectacle déambulatoire de faire bouger les verres.

Carole Rampal

Dernière représentation sur Paris le 12 octobre à 19h00. Mais aussi en mai 2018, au Théâtre des Salins, scène nationale de Martigues.

Sur une mise en scène de Lucie Berelowitsch
Avec : Claire Bluteau, Vincent Debost, Jonathan Genet, Thibault Lacroix &
Lumières : Kelig Le Bars
Musique : Sylvain Jacques
Administration & production : Agathe Perrault
Diffusion : Geneviève de Vroeg-Bussière
Production : Les 3 sentiers

 

Théâtre de La Loge – 77 rue de Charonne, 75011 Paris.
Tél. : 01 40 09 70 40
http://www.lalogeparis.fr/programmation/1331_un-soir-chez-victor-h.php