“Guérisseur”, au théâtre du Lucernaire

 

@ Karine Letellier

Un regard intense et dense vous pénètre… une voix grave égrène les noms de villages croisés sur les route d’Ecosse, du Pays de Galle ou d’Irlande. Lui, massif, c’est Frank Hardy, le guérisseur.

Sur scène, il raconte les errances de la camionnette avec ses deux acolytes : Grace, sa femme et Teddy, l’impresario. Trois paumés réunis dans une maison sur roues pour une galère sans fin, faite de salles vides, de personnes pleines d’espoir ou de désespoir – « ils veulent seulement avoir la confirmation qu’ils sont incurables » – de guérisons ratées, mais parfois réussies, comme par miracle, par simple imposition des mains. Et toujours l’errance, l’aigreur, la rancœur durant ces années à chercher de quoi vivre du « don » ou simplement survivre tout en se déchirant les uns les autres.

Impressionnant, Xavier Gallais incarne magistralement le guérisseur, être tourmenté assailli de doutes, rôle qui fut tenu autrefois par Laurent Terzieff. On pense que ce Frank Hardy-là suit les traces de son digne prédécesseur.

Puis entrent en scène Grace et Teddy, et chacun à leur tour, de nous conter les mêmes événements. Trois visions différentes de ce qu’il s’est passé. Trois ressentis contraires. Trois vies en tension qui restent sur la même orbite, celle de la déchéance.

Dépouillée de tout artifice, la mise en scène au décor minimaliste donne à voir et à s’exprimer intensément la détresse et la solitude des trois personnages que rien n’arrête dans leur quête à la vie, à la mort.

Les lieux, les scènes prennent vie sous leurs mots. On y est.

On cligne des yeux pour percer le brouillard, on entend la musique du pub, on saisit les regards des clients, on sent palpiter le défi chaque soir relevé par le guérisseur imbibé de whisky.

Magnifique interprétation du texte de Brian Friel, surnommé le Tchekhov irlandais, par Xavier Gallais, Bérangère Gallot et Hervé Jouval, saisissants d’authenticité.

Une expérience de théâtre unique, que je vous conseille vivement.

Plûme

Une pièce de Brian Friel
Texte français d’Alain Delahaye
Mise en scène de Benoît Lavigne
avec
Xavier Gallais ou Thomas Durand, Bérangère Gallot et Hervé Jouval
Collaboration artistique : Sophie Mayer
Décor et costumes : Tim Northam
Musiques : Michel Winogradoff
Lumières : Denis Koransky

Jusqu’au 14 avril
du mardi au samedi à 19h
Lucernaire
53, rue Notre-Dame-des-Champs
75006 Paris
http://www.lucernaire.fr/theatre/2164-guerisseur.html

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“L’esprit-matière”, au théâtre de Nesle

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Une rencontre improbable – ou peut-être pas tant que ça – entre les Amérindiens, Crees et Hurons, et Theilhard de Chardin, par le truchement de deux personnages, le médecin et le patient. L’une, oncologue, et l’autre atteint d’un cancer, devisent sur l’univers, la matière, l’esprit. Sujets éternels qui taraudent l’être humain depuis des milliers d’années…

Deux comédiens, entiers dans leur rôle, Brigitte Damiens et Éric Auvray, deux scientifiques dont les croyances de l’une bouleversent les certitudes de l’autre, le rapport à la vie, à la mort.

Le texte, pétri d’érudition, se promène entre ethnologie et physique quantique, en passant par le concept d’esprit-matière si cher au jésuite, homme de science, Theilhard de Chardin, mais aussi aux Indiens du nord de l’Amérique, du Canada.

On écoute avec attention les théories empreintes de mysticisme développées par le médecin et contrées par le malade, physicien athée.

Dans ces joutes verbales percent la douceur, le plaisir d’échanger des idées, l’empathie de deux êtres humains, où l’un se sait condamné et l’autre tente par ces échanges de lui donner la force de continuer à s’opposer à elle… donc de vivre.

La pièce didactique, comme l’ont voulue ses auteurs, pêche quelque peu par son ton professoral, et perd ainsi en intensité, mais la fin, avec la lecture du très beau texte de l’Amérindien Joseph Boyden, redonne de l’humanité à ce moment de théâtre.

Plûme

d’après l’œuvre de Pierre Teilhard de Chardin et Là-haut dans le Nord, de Joseph Boyden
Une pièce d’André Daleux et Jean Quercy
Mise en scène : Jean Quercy
Avec Brigitte Damiens et Éric Auvray
Compagnie Théâtre Averse

Jusqu’au 24 mars
Les mardis à 19 h et les samedis à 16 h
Théâtre de Nesle
8, rue de Nesle, 75006 Paris
http://www.theatredenesle.com/e/lesprit-matiere-4/2018-02-10/

“Le Marchand de Venise”, au Lucernaire

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Photos : Pauline Gestin

Cette comédie, écrite par Shakespeare au XVIe siècle, trouve une résonance toute particulière à notre époque à travers deux thèmes : la course au profit et l’intolérance. Mais le mérite de l’adaptation proposée par Ned Grujic est avant tout de la rendre moderne et accessible, grâce à la vivacité de la mise en scène et à la fraîcheur des jeunes comédiens qui l’interprètent.

Le point de départ : la rivalité de longue date entre Shylock, usurier juif, et Antonio, marchand chrétien, dans une Venise alors au faîte de sa puissance maritime et commerciale. Elle va être ravivée par le contrat insensé qu’Antonio conclut avec son ennemi juré. Moyennant le prêt de 3 000 ducas – destinés à aider son protégé Bassanio à conquérir la belle Portia –, Antonio s’engage à laisser prélever une livre de chair de son corps par son créancier en cas de retard de remboursement. S’ensuivra une série de coups du sort et de rebondissements, menés à un train d’enfer par les protagonistes.

En apparence, tout semble opposer Shylock et Antonio : l’un est cupide et assoiffé de vengeance, l’autre généreux et prêt à tout pour ceux qu’il aime – puisqu’il va même jusqu’à offrir sa vie pour son ami. Mais sous la simplicité apparente de ce thème – la rivalité entre deux marchands – se cache une analyse beaucoup plus subtile (et complexe) de la nature humaine.

Une histoire pleine de bruit et de fureur
Si Antonio paraît bon et généreux vis-à-vis de Bassanio, on ne peut s’empêcher de se demander quelles sont ses véritables motivations. De même, après avoir invoqué la clémence de son ennemi son égard, ledit Antonio ne se montrera pas plus clément lorsque celui-ci se retrouvera à sa merci.

À ces deux personnages, dont le moteur principal est le profit, l’auteur oppose ceux de Portia et de Bassanio, mus par des sentiments plus élevés tels que l’amour ou l’amitié. Cependant, même l’amour n’échappe pas au pouvoir de l’argent. La belle Portia, que sa fortune rend puissante, en est consciente, et elle fait preuve d’une grande intelligence pour sauver l’ami de son amant, grâce à une parodie de justice et à une habile interprétation de la loi.

L’inventivité de la mise en scène et le brio des interprètes compensent l’économie de moyens et nous entraînent dans cette histoire de haine, de vengeance et d’amour, dont l’adaptation ne manque pas d’humour. Le décor miniaturisé, composé de ponts et de bacs d’eau, évoque habilement les canaux de la Sérénissime.

Une lecture à plusieurs niveaux
Certains ont pu ou peuvent voir dans cette pièce une thèse antisémite, illustrée par le personnage de Shylock, particulièrement sanguinaire. Mais même s’il s’acharne contre son ennemi, il subit lui-même les revers du sort (la fuite de sa fille avec un jeune chrétien notamment) et se retrouve finalement la seule victime du contrat qu’il a passé.

Les autres protagonistes ne sont pas non plus exempts de travers. Les affrontements haineux entre Antonio et Shylok démontrent leur intolérance réciproque. Et c’est au nom d’une justice prétendument chrétienne que les partisans d’Antonio finissent par acculer Shylock à la ruine et à le forcer – humiliation suprême ! – à se convertir à leur religion.

Et si, dans cette pièce, Shakespeare renvoyait dos à dos les extrémistes religieux de tout bord ? Le débat reste ouvert.

Véronique Tran Vinh

De William Shakespeare
Mise en scène et adaptation : Ned Grujic
Avec : Thomas Marceul ou Cédric Revollon
Julia Picquet
Rémy Rutovic
Antoine Théry

JUSQU’AU 1er AVRIL
Du mardi au samedi à 20 h, dimanche à 17 h
Théâtre du Lucernaire
53, rue Notre-Dame-des-Champs
75006 Paris
Tél. : 01 45 44 57 34
http://www.lucernaire.fr/theatre/2097-le-marchand-de-venise-.html

“Hotel Paradiso”, au théâtre Bobino

Markus Michalowski et Hajo Schüler, les fondateurs du collectif Familie Flöz, ont été formés à l’école Folkwang, université d’arts libéraux située à Essen, en Allemagne, qui a notamment accueilli dans ses murs des artistes comme Pina Bausch, célèbre danseuse et chorégraphe allemande.

Leurs spectacles, qui allient principalement la danse, le mime, la musique et l’acrobatie, sont un hommage au cinéma muet. Chaque émotion ou attitude est jouée de façon appuyée jusqu’à rendre les situations cocasses, drôles ou émouvantes. Tout est prétexte à faire réagir le public et c’est réussi.

Les masques imaginés et réalisés par Hajo Schüler sont disproportionnés – grands nez, grandes oreilles – par rapport aux corps des comédiens qui sont comme des marionnettes douées de vie.

Hotel Paradiso est un spectacle plein de fraîcheur, extrêmement drôle et un rien loufoque, qui joue aussi sur le comique de situation et de répétition.

Comme son titre l’indique, l’histoire a lieu dans un hôtel quatre étoiles situé à la montagne et tenu par la famille Flöz. Elle est composée de la grand-mère qui joue beaucoup de sa canne, du frère et de la sœur qui se battent comme des chiffonniers pour en prendre la direction – cela donne lieu à de vilains tours de haut vol comme déchirer les nouveaux rideaux installés par la sœur ou casser les disques préférés du frère…, car la musique, et aussi la danse, sont très présents dans ce spectacle.

L’un des lieux centraux étant quand même « la cuisine », dont on ne voit que la porte et qui est occupée par le cuisinier à tête de cochon ou de veau… on ne sait pas trop, et son chien qui aboie dès que quelqu’un veut y entrer. Jusqu’au moment où les morts commencent à défiler de façon de plus en plus soutenue, y compris le chien, donnant beaucoup de travail en cuisine, à entendre la scie circulaire qui découpe les os.

Je vous invite à aller découvrir ce spectacle original et inventif où se croisent plus d’une quinzaine de personnages joués par seulement quatre comédiens, autant dire que le rythme est soutenu. Vous y croiserez d’autres héros ordinaires comme la femme de ménage cleptomane, amoureuse du fils de famille, et les clients de l’hôtel, tous aussi loufoques les uns que les autres.

Armelle Gadenne

Auteur : la Familie Flöz
Interprètes : Sébastien Kautz, Marina Rodriguez-Llorente, Thomas Rascher, Frederik Rohn, Hajo Schüler, Michael Vogel et Nicolas Witte
Réalisateur/Metteur en Scène : Michael Vogel

Du 16 janvier au 4 février 2018
Bobino
14-20, rue de la Gaîté, 75014 Paris
Tél. : 01 43 27 24 24
http://bobino.fr/?fiche=1167

 

“Nénesse”, au théâtre Déjazet

©Pascal Victor

Machiste, cynique, raciste, grossier, réactionnaire, violent… comme « le Beauf », de Cabu, Nénesse cumule tous les défauts. Incapable de travailler pour gagner sa vie, il soutire de l’argent à deux sans-papiers qu’il a installés dans une cabine Algéco au milieu de son salon.

Nénesse, c’est Olivier Marchal, démarche traînante, petite bedaine dans pantalon de cuir fatigué, truculent à souhait dans ce rôle de bouffon alcoolique. Mais si les répliques du début sont plutôt bien enlevées, on finit vite par se lasser de ce personnage trop caricatural pour être attachant. On ne peut s’empêcher de penser au personnage fracassé de Coluche, dans Tchao Pantin. Mais, contrairement à Lambert, le pompiste désabusé, on ne ressent pas d’empathie envers Nénesse, l’ancien rockeur, qui passe son temps à éructer des gros mots, insulter, tempêter… peut-être parce que son humanité ne transparaît pas.

Quant à ses comparses, Aurélien, le sans-papier « cultivé » d’origine russe, et Goran, le migrant slave et musulman, ils manquent trop de chair pour que l’on se sente proche d’eux. La manière de parler de Goran, notamment, au lieu de déclencher le rire, le rend un peu ridicule. Les comédiens se donnent à fond pour faire vivre leurs personnages mais, curieusement, la sauce ne prend pas. Seule Christine Citti, dans le rôle de la femme de Nénesse, réussit à insuffler un peu de tendresse à son personnage.

Est-ce la faute à la mise en scène qui manque un peu de rythme ? Aux personnages eux-mêmes qui oscillent entre caricature et réalisme ? En ce qui me concerne, je suis restée sur ma faim. Dommage, car ce thème de la misère contemporaine et de ses dommages collatéraux méritait l’intérêt. Pour que cela fonctionne, il aurait fallu un ressort plus fort ou un traitement plus décalé. Je suis ressortie de la salle avec l’impression d’un rendez-vous manqué.

Véronique Tran Vinh

De Aziz Chouaki
Mise en scène Jean-Louis Martinelli
Avec Christine Citti, Hammou Graïa, Olivier Marchal, Geoffroy Thiebaut

Jusqu’au 3 mars 2018
Du mardi au samedi à 20 h 30
Samedi à 16 h
Théâtre Dejazet
41, boulevard du Temple
http://www.dejazet.com/

“Trahisons”, au théâtre du Lucernaire

@Alexandre Icovic

La femme, le mari, l’amant. Ce trio serait bien convenu si n’était le regard incisif d’Harold Pinter. Il dissèque les conventions bourgeoises et détourne le vaudeville annoncé en une proposition beaucoup plus subtile sur la complexité du sentiment amoureux.

Tout le monde trahit tout le monde : Emma trompe son mari Robert avec Jerry, son meilleur ami ; Robert a des liaisons ; Jerry trompe sa femme avec Emma ; quant à Emma, a-t-elle (ou va-t-elle) tromper son amant avec un autre ? Qu’en est-il des autres personnages, absents physiquement, mais évoqués sur scène ? La femme de Jerry pourrait-elle le tromper, elle aussi ? Et si oui, le trompe-t-elle avec cet homme qui la courtise ? Au fond, qui est au courant de quoi ? Insidieusement, Pinter sème le doute dans notre esprit. Personne n’est totalement honnête ou malhonnête. Les non-dits, les révélations, tout est sujet à interprétation, pour le plus grand plaisir du spectateur qui se perd en délicieuses conjectures.

Car pour Pinter, peu importe la réponse à ces questions. Ce qui l’intéresse, dans ce jeu de dupes, c’est la manière dont chacun des personnages vit sa propre vérité. Sous la légèreté apparente des rapports amoureux ou amicaux affleurent les désirs, les attentes et les fêlures de tout être humain. Dans un vertigineux jeu de flashback, il nous fait remonter le cours des événements : de l’annonce de la séparation du couple que formaient Robert et Emma à la première rencontre d’Emma et de Jerry, témoin de mariage de son ami. En remontant ainsi à la source de la relation amoureuse, il en souligne le caractère fragile, voire absurde.

Malgré une fin connue d’avance, la mise en scène réussit à maintenir une tension permanente. Le compte à rebours est signifié à l’aide d’un afficheur, manipulé par Vicent Arfa, malicieux maître du temps. Les changements de décor sont également très réussis, évoquant un véritable ballet, et participant à l’ambiance intrigante.

Le trio d’acteurs porte avec talent ce texte à l’humour incisif, même si j’ai préféré le jeu des protagonistes masculins, plus distancié, à celui de Gaëlle Billot-Danno, tout en mimiques et en moues boudeuses. François Feroleto, notamment, fait preuve d’une grande subtilité de jeu dans le rôle de l’époux et de l’ami trompés, capable d’autant de cynisme que de sensibilité.

Un très beau moment de théâtre, servi par une mise en scène tout en finesse.

Véronique Tran Vinh

De Harold Pinter
Mise en scène: Christophe Gand
Avec : Gaëlle Billaut-Danno, François Feroleto, Yannick Laurent, Vincent Arfa

Du 24 janvier au 28 mars 2018
Du mardi au samedi à 19 h
Le dimanche à 16 h

Théâtre du Lucernaire
53, rue Notre-Dame-des-Champs
75006 Paris
Tél. : 01 45 44 57 34
www.lucernaire.fr/theatre/1677-trahisons.html

 

 

“The Elephant in the Room”, au théâtre Bobino

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Le spectacle débute dans le salon fumoir de Miss Betty – le seul élément féminin de la troupe, mais à la personnalité aussi affirmée que celle de ses partenaires – qui vient tout juste de se marier. Éclairages tamisés, tableaux au mur, nous voici transportés dans le décor raffiné d’une belle demeure du début des années 1930. L’ambiance est à mi-chemin entre le cinéma muet et le cabaret burlesque. Trois personnages masculins – John Barick, le mari de Miss Betty (?), Jeune Bouchon, leur domestique, et Mr. Chance – vont faire irruption dans ce fumoir et tenter de conquérir à tour de rôle l’exigeante reine du bal. De son côté, la fausse ingénue œuvre dans l’ombre pour se débarrasser (au propre comme au figuré) de son encombrant conjoint.

L’intrigue n’est qu’un prétexte à une suite de scènes cocasses qui lorgnent du côté des comédies américaines en noir et blanc et à des tableaux d’un esthétisme revendiqué. Ainsi, certaines acrobaties telles que les pyramides humaines ne sont pas sans évoquer les compositions de Michel-Ange, avec leurs nudités sculpturales. La musique originale d’Alexandra Stréliski, à la fois légère et mélancolique, contribue parfaitement à la création de cet univers onirique.

Prouesses acrobatiques, danses et bagarres sont parfaitement maîtrisées et mâtinées d’esprit de dérision. Le quatuor excelle aussi bien dans le jeu théâtral et la danse que dans la pure performance physique – à noter, notamment, un époustouflant numéro de mât chinois –, chacun d’entre eux apportant sa touche singulière à l’ensemble. Une palme à Philip Rosenberg, alias Mr. Chance, qui se distingue par sa capacité à se livrer à des acrobaties particulièrement périlleuses avec une facilité déconcertante.

Ce soir-là (fêtes obligent), beaucoup de jeunes et très jeunes dans la salle, qui riaient et applaudissaient à tout rompre… Un signe que la qualité peut être partagée par le plus grand nombre.

Véronique Tran Vinh

Mise en scène : Charlotte Saliou
Avec : Lolita Costet, Grégory Arsenal, Philip Rosenberg, Yannick Thomas
Intervenant / Œil  extérieur : Raymond Raymondson
Chorégraphie, claquettes et adagio : Brad Musgrove
Musique originale : Alexandra Stréliski
Création costumes : Philip Rosenberg et Grégory Arsenal

Jusqu’au 7 janvier 2018

Théâtre Bobino
14-20, rue de la Gaîté
75014 Paris
http://bobino.fr/

“Sous la glace”, au théâtre de l’Opprimé

@ Arcade

D’entrée de jeu, le ton est donné. Une lumière bleutée, froide comme la glace. Une scène au décor dépouillé à l’exception d’un ourson géant qui se dresse, tel un totem (évoquant l’enfance ?).

Déjà petit, Jean Personne était un garçon que ses parents ignoraient, qui se sentait comme « transparent ». Aujourd’hui, c’est un cadre d’entreprise (et un homme, accessoirement) que l’on ne remarque que lorsqu’il est absent. Il aime entendre son nom résonner dans les aéroports au moment de l’embarquement, il a enfin l’impression d’exister. Mais comment exister « réellement » dans ce monde de l’entreprise qui ne parle que de course à la performance, de recherche de compétitivité, de rentabilité ? Plus, toujours plus… Un monde où l’on évalue les hommes, impitoyable pour ceux qui ne sont pas conformes, pas dans le moule, pas « économiquement corrects »… et qui finissent broyés.

Jean Personne va tout faire pour exister, quitte à se débarrasser de ceux qui sont en travers de son chemin. Pas de place pour « les vieux », « les inadaptés », « les improductifs », comme on les nomme dans le jargon méprisant (et combien brutal !) de l’entreprise. Jusqu’à ce que lui-même soit éjecté à son tour de ce système dans lequel il a désespérément essayé de se fondre.

Course sans fin
Lui et ses deux acolytes en costume gris (des « consultants » eux aussi) sont obsédés à l’idée d’être mis sur la touche. Injonctions martelées comme des mantras, corps survoltés, musique au rythme effréné : tout dans la mise en scène concourt à souligner cette inhumaine course à la performance, alimentée à grands coups de chiffres, de courbes de vente et d’adrénaline. Non sans humour par ailleurs, comme quand deux des consultants organisent avec cynisme une grand-messe afin de stimuler le personnel de l’entreprise au moyen d’allégories animales.

Jean Personne, c’est moi, c’est nous, ce sont tous ceux qui ont besoin de la reconnaissance et du regard des autres – notamment dans le travail – pour exister. L’auteur a choisi l’angle économique pour illustrer l’absurdité de la vie de l’homme dans la société contemporaine. La mise en scène est percutante, les trois acteurs sont excellents dans le rôle de ces professionnels du conseil et de la vente qui ont fini par s’identifier totalement à leur rôle. Pas de temps mort, le spectateur est comme pris dans un étau, un univers oppressant de paroles, de musiques, auquel il est difficile d’échapper.

Jusqu’à la conclusion (forcément) glaçante, en forme de cri d’alarme : et si, à force de renoncer à leur humanité, les hommes finissaient pas être annihilés par le monde qu’ils ont créé ? Et si cette course sans fin n’avait aucun sens ?

Véronique Tran Vinh

De Falk Richter
Traduction Anne Monfort
Mise en scène Vincent Dussart
Scénographie Frédéric Cheli
Lumières Frédéric Cheli et Jérôme Bertin
Création sonore et musique live Patrice Gallet
Costumes Mathilde Buisson
Avec Xavier Czapla, Patrice Gallet, Stéphane Szestak
Administration Caroline Gauthier

Jusqu’au 22 décembre 2017
Du mardi au samedi à 20 h 30
Dimanche à 17 h
Théâtre de l’Opprimé
78, rue des Charolais
75012 Paris
http://www.theatredelopprime.com/evenement/sous-la-glace/

“Love, Love, Love”, au théâtre Jean Vilar

© Pierre Nouvel

Et les Beatles chantaient :
All you need is love
All you need is love, love,
Love is all you need.

Cinquante ans plus tard, que reste-t-il des années Peace and Love et de leurs utopies, et notamment, du rêve d’une société meilleure, plus libre et plus fraternelle ? C’est le sujet qu’aborde Mike Bartlett, jeune dramaturge britannique, à travers ce portrait au vitriol d’une famille sur plusieurs décennies.

1967 –1990 – 2011 : trois dates clés de l’évolution de la société anglaise et de la vie de Kenneth et Sarah, jeune couple qui se forme à l’époque du Swinging London. Animés par les mêmes valeurs libertaires et l’envie de changer le monde, ils tombent amoureux et se marient. On les retrouve vingt-trois ans plus tard, flanqués de deux enfants, Rose et Jamie, dans la banlieue bourgeoise où ils habitent. Débordés par leur travail et l’éducation de leurs enfants, ils se déchirent sur fond d’alcoolisme – à peine – mondain et d’individualisme forcené, avant de se séparer. Puis ce sont les années 2000, début de l’incertitude politique et sociale. Les deux ex-soixante-huitards, qui ont sacrifié leurs idéaux sur l’autel de la réussite matérielle, coulent une retraite dorée chacun de leur côté. Quant à leurs enfants, livrés à eux-mêmes, ils tentent tant bien que mal de donner un sens à leur vie.

Avec un humour grinçant, Mike Bartlett pointe avec justesse les travers de ces deux éternels adolescents – en âge d’être ses propres parents ? –, qui n’ont conservé des valeurs de leur jeunesse que le sens de la dérision et l’amour de la liberté (pour eux-mêmes surtout !). La scénographie, réduite à l’essentiel, s’appuie sur quelques vidéos et nous permet de nous concentrer sur les dialogues, au rythme enlevé. Chaque changement de musique nous transporte dans une autre époque. Quant aux quatre jeunes comédiens, ils donnent vie à leurs personnages avec brio.

Que l’on appartienne à la génération des enfants ou à celle des parents, cette pièce nous interroge avec lucidité et humour sur la transmission familiale et la perte des utopies… Et si on réinventait le monde ?

Véronique Tran Vinh

Une pièce de : Mike Bartlett
Traduction : Blandine Pélissier & Kelly Rivière
Mise en scène : Nora Granovsky
Avec : Émile Falk-Blin, Jeanne Lepers, Bertrand Poncet et Juliette Savary
Création vidéo et scénographie : Pierre Nouvel
Lumières : Fabien Sanchez
Costumes : Nora Granovsky

Dates des prochaines représentations :
Amiens – Comédie de Picardie
23 et 24 novembre à 20 h 30
28 novembre à 14 h 15 et 20 h 30
29 novembre à 19 h 30

Bruay-la-Buissière – Centre culturel
14 décembre à 14 h 30
15 décembre à 14 h 30 et 20 h

 Alès – Le Cratère
6 et 7 février 2018 à 20 h 30

“Omelettes amoureuses”, au Tremplin Théâtre

@Philippe Brière

Comment faire une omelette sans casser d’œufs, ou, autrement dit, comment devenir une femme forte, consciente de ses potentialités, qui ne s’excuse plus d’exister… libre tout simplement ? Comment réveiller la « guerrière » qui sommeille en chacune d’entre nous ?

C’est cette quête initiatique que Corinne Merle, seule en scène, va nous faire partager. Pour cela, elle fera appel aux textes d’autres femmes (notamment Virginie Despentes, Florence Lautrédou…) qui ont cherché, avant elle, à se dégager des archétypes culturels et à affirmer leur singularité. Un discours militant, féministe bien sûr, mais aussi, tout simplement humain.

Dans la pénombre de la minuscule scène du Tremplin Théâtre, émergent quelques accessoires symboliques : une robe en lamé, une blouse de ménage, un panier en osier, une paire d’escarpins, etc. La comédienne les utilisera à tour de rôle pour se mettre dans la peau de différentes femmes : la petite fille, la femme naïve, la séductrice, la rebelle, etc.

L’accent est mis sur les violences faites aux femmes, et notamment sur le viol. Même si le propos est parfois un peu trop appuyé, la comédienne auteur le fait partager avec une belle générosité. Il est question de prise de conscience, de résilience, d’amour aussi. Un petit bémol toutefois sur la mise en avant des textes, que j’ai trouvé par moments trop présents.

Corinne Merle incarne à merveille cette femme plurielle et fait montre d’une belle présence scénique, jouant de son corps sans fausse pudeur. Voluptueuse comme peut l’être une femme bien dans sa peau. Ses propos sont parfois crus, parfois violents, souvent drôles.

À défaut de recette, notre apprentie cuisinière se transformera en guerrière, prête à mobiliser ses forces pour partir à l’assaut de la vie. Prenez-en de la graine et courez voir le spectacle. La salle est petite, alors n’oubliez pas de réserver !

Véronique Tran Vinh

Idée originale, écriture, jeu : Corinne Merle
Création lumière : Fabienne Breitman
Collaboration artistique : Florence Evrard, François Jenny

Les Omelettes amoureuses reviennent :
les 30 novembre, 1er décembre et 2 décembre à 20 h 30
au Lavoir moderne, 35 rue Léon, Paris 18e
Réservations : 01 46 06 08 05
http://www.comeprod.fr/

 


 

 

“Ex anima”, au théâtre Zingaro

© Marion Tubiana

Une ode au dieu cheval

Dépouillement, c’est le premier mot qui vient à l’esprit en voyant ce spectacle de Bartabas. Pas de cavalcade effrénée, pas de numéro de voltige spectaculaire comme l’artiste nous y a habitués. Non, pour cette (ultime ?) représentation, on découvre le cheval à l’état brut, dans toute sa primitive beauté et sa majesté. Comme si Bartabas, en lui rendant hommage, était guidé par le besoin d’aller à l’essentiel.

D’entrée de jeu, le ton est donné. Des chevaux s’ébrouent devant nous sur la piste. Ils se couchent, se roulent par terre et se redressent avec grâce. En toute liberté, ou presque. Vêtus de noir de la tête aux pieds, les dresseurs ne sont que des ombres discrètes au service de l’animal.

Le son des instruments à vent (allusion à l’anima, le souffle de l’âme ?) vient rythmer harmonieusement les apparitions des chevaux : flûtes de Chine, d’Irlande, d’Inde du Nord et du Japon. Des percussions aussi. Le bruit de la pluie qui tombe, les cris des animaux qui se répondent. Des nuées de brume envahissent soudain la scène, les silhouettes des équidés composent des tableaux d’une beauté onirique. Nous voici plongés avec eux au cœur de leur nature sauvage. En état de grâce.

Étrangement, ce dépouillement rend les chevaux très proches de nous : à la fois sensibles, chamailleurs, joueurs, travailleurs. Un cheval qui marche sur une poutre, un autre qui s’élève dans le ciel… on retient son souffle, en mesurant toute la virtuosité du dressage. Et la nécessaire symbiose entre l’animal et l’homme.

Dans ce nouvel opus, Bartabas montre son animal fétiche sous différentes facettes : le cheval au service de l’homme (tirant une charrue), le cheval à l’état sauvage (jouant, seul ou à plusieurs) mais, surtout, le cheval sanctifié, élevé au rang de demi-dieu. Comme le dit le metteur en scène écuyer à propos de son théâtre : « […] ici, le spectacle est un rituel, la musique une vocation, et l’amour des chevaux une religion… »

Une très belle cérémonie qui s’achève, comme il se doit, par le son de cloches d’une église après la messe.

Véronique Tran Vinh

Conception, scénographie et mise en scène de Bartabas
Musique originale : François Marillier, Véronique Piron, Jean-Luc Thomas, Wang Li
Avec, dans leur propre rôle : les trente-six chevaux de Zingaro

À partir du 17 octobre
À Zingaro Fort d’Aubervilliers
Mardi, mercredi, vendredi, samedi à 20 h 30, dimanche à 17 h 30
Réservation : 01 48 39 54 17
http://bartabas.fr/theatre-zingaro/

 

“La Main de Leila”, aux Béliers parisiens

 

©Alejandro Guerrero

Voici une histoire d’amour contrarié, sur fond d’évocation historique (l’Algérie d’avant les émeutes d’octobre 1988, dirigée par l’armée et le FLN), traitée à la manière d’une fable. Le jeune Samir, passionné de cinéma, défie la censure du régime de l’époque, en rejouant les baisers les plus célèbres du grand écran dans son garage, transformé en salle de spectacle. De son côté, Leila, fille d’un puissant colonel, rêve de pouvoir choisir elle-même sa destinée. Ces deux-là étaient faits pour se rencontrer.

Les trois comédiens (dont deux sont coauteurs de la pièce) restituent la faconde et la vitalité du peuple algérien à travers une galerie de personnages emblématiques : les deux amoureux, Samir et Leila, contraints de se voir en cachette de leur famille ; la mère tyrannique et exubérante (excellent Azize Kabouche, aux mimiques savoureuses), le fonctionnaire de police imbu de son pouvoir ; l’ami spécialiste des petites embrouilles ; le commerçant qui profite de la pénurie alimentaire, etc.

Dans un décor fait de bric et de broc, des fils à linge structurent astucieusement l’espace. Les changements de décor et les scènes se succèdent sans temps mort, composant le tableau touchant d’une Algérie en crise, dont les soubresauts annoncent les bouleversements à venir.

La fraîcheur de l’interprétation, l’humour des dialogues et la mise en scène très rythmée (Régis Vallée a travaillé avec Alexis Michalak, est-ce un hasard ?) contribuent à la réussite de ce spectacle. On partage le quotidien de Samir et de Leila, leurs galères et leurs espoirs, rythmés par leur amour du septième art.

Et même si à la fin, la réalité finit par reprendre le dessus, l’espoir subsiste… grâce à la magie du cinéma !

Véronique Tran Vinh

Une pièce de : Aïda Asgharzadeh et Kamel Isker
Mise en scène : Régis Vallée
Avec : Aïda Asgharzadeh, Kamel Isker, Azize Kabouche

Jusqu’au 31 décembre 2017
Du mercredi au samedi (à 21 h ou à 19 h selon les dates)
Le dimanche à 15 h
Relâche le 19 novembre
Théâtre des Béliers parisiens
14 bis rue Sainte Isaure
75018 Paris
http://www.theatredesbeliersparisiens.com/Spectacle/main-de-leila/

 

 

 

“12 hommes en colère”, au théâtre Hébertot

©Laurencine Lot

Il fait chaud, très chaud, dans cette pièce fermée en cette fin d’après-midi, dehors l’orage menace. Douze jurés en complet-veston-cravate sont réunis pour délibérer sur la culpabilité d’un garçon de 16 ans, accusé d’avoir tué son père. L’unanimité est requise pour envoyer le présumé coupable à la chaise électrique. Mais un homme, un seul a « un doute légitime ». Un seul, comme un grain de sable… et la belle unanimité se fissure.

Du film de Sydney Lumet, il me restait en mémoire une ambiance lourde, des chemises aux manches relevées, des cravates défaites, la transpiration des 12 hommes…

Dans un décor et une mise en scène sobre et efficace, les personnages prennent une épaisseur palpable, comme l’est la tension qui monte. Une horloge blanche, lumineuse, sans aiguilles, égrène un temps arrêté loin des obligations de la vie quotidienne de chacun.

La partie est serrée, un contre onze et, petit à petit, l’un après l’autre, à force d’interrogations qui ébranlent les témoignages entendus lors de la comparution, chacun en vient à faire part de son « doute légitime ».

La pièce de Reginald Rose, écrite en 1954, interprétée avec justesse par les 12 comédiens, nous fait comprendre les positions de l’un, les peurs de l’autre, l’indifférence d’un troisième… Il n’est pas facile de se départir de ses préjugés, de ses a priori.

Notre cœur bat au fil de la soirée… Alors, coupable ou non coupable ?

Allez-y !

Plûme

Une pièce de Reginald Rose
Adaptation française Francis Lombrail
Mise en scène Charles Tordjman
Avec Jeoffrey Bourdenet, Antoine Courtray, Philippe Crubezy, Olivier Cruveiller, Adel Djemaï, Christian Drillaud, Claude Guedj, Roch Leibovici, Pierre Alain Leleu, Francis Lombrail, Pascal Ternisien et Bruno Wolkowitch
Assistante mise en scène Pauline Masson
cors Vincent Tordjman
Lumières Christian Pinaud
Costumes Cidalia Da Costa
Musiques Vicnet

Du mardi au dimanche à 19 h
Théâtre Hébertot,
78 bis, boulevard des Batignolles
75017 PARIS
Tél. : 01 43 87 23 23
http://theatrehebertot.com/12-hommes-colere/

“Lorenzaccio”, au théâtre de l’Aquarium

©Patrick Berger

« Ce que vous dites là est parfaitement vrai, et parfaitement faux, comme tout au monde », déclare Lorenzaccio. Dans un monde de faux-semblants, que cherche le jeune homme dans la compagnie du tyran, quel dessein funeste prépare-t-il ?

Cette pièce longtemps qualifiée « d’injouable » revient sur les tréteaux, mise en scène par l’audacieuse Catherine Marnas. Cette dernière n’y va pas par quatre chemins, elle tranche dans le vif, resserre l’intrigue autour de huit comédiens et insuffle une vivacité toute contemporaine à la pièce d’Alfred de Musset.

Décor minimaliste, musique rock, costumes excentriques, jeux de lumières… tout concourt à une représentation moderne et trépidante. Au premier plan, un canapé (mobile) où se rencontrent les protagonistes et derrière, séparée par un rideau fait de lames de plastique transparent, Florence, ville de débauche, bouillonne.

Conspirations, trahisons, perversions… Il ne fait pas bon vivre du côté du royaume de Florence en 1537. Même si, dans les arrière-cours des maisons, des hommes se préparent à lutter pour instaurer la République. Musset fait ici allusion à la société française de 1834, Louis-Philippe vient de restaurer la royauté après les Trois Glorieuses, les journées révolutionnaires de juillet 1830.

Lorenzo, l’humble jeune homme épris d’idéaux, que personne ne reconnaît en Lorenzaccio, le jouisseur, le « mignon » d’Alexandre de Médicis, regrette sa « vertu » même s’il la sacrifie pour la bonne cause. Mais un homme, si courageux soit-il, peut-il se substituer à l’action collective des citoyens d’une ville ?

Le drame de Musset, porté magnifiquement par la troupe de comédiens et la mise en scène de Catherine Marnas, résonne à nos oreilles comme la petite musique du désenchantement présent. L’engagement sert-il encore à quelque chose quand les politiques, ne s’occupant que de leur carrière, bafouent les idéaux qu’ils ont à la bouche « Liberté, égalité, fraternité » ?

Plûme

Texte Alfred de Musset
Mise en scène Catherine Marnas (TnBA)
Avec Clémentine Couic, Julien Duval, Zoé Gauchet, Francis Leplay, Franck Manzoni, Jules Sagot, Yacine Sif El Islam, Bénédicte Simon

Du mardi au samedi à 20 h et le dimanche à 16 h
Jusqu’au 15 octobre
Théâtre de l’Aquarium
La Cartoucherie,
Route du Champ-de-Manœuvre
75012 Paris
http://www.theatredelaquarium.net/Lorenzaccio

 

 

“Les Jumeaux vénitiens”, au théâtre Hébertot

@Bernard Richebé

Avec cette comédie trépidante de Carlo Goldoni, nous voici propulsés pendant une heure cinquante dans l’univers de la comédie italienne du XVIIIe siècle. Même si l’argument de départ paraît un peu simpliste – deux jumeaux qui se sont perdus de vue, l’un crétin fini, l’autre homme d’esprit –, les chassés-croisés et les quiproquos en cascade qui s’ensuivent sont plus drôles les uns que les autres.

On ne peut s’empêcher de penser à Molière (sans sa noirceur) et à Marivaux (sans sa finesse). Nous sommes ici dans le registre de la farce revendiquée, avec une galerie de personnages hauts en couleur : le crétin est “vraiment crétin”, le père est cupide, prêt à offrir sa fille à tout homme qui aura une bourse bien garnie, la fille trop gâtée tyrannise son entourage… avant de faire subir le même sort à son fiancé (et futur mari ?). Ajoutons à cela un faux dévot, doublé d’un amoureux transi (excellent Olivier Sitruk), une soubrette envieuse et insolente, un ami qui n’en est pas un, une fiancée abandonnée mais déterminée à ne plus l’être… tous les ingrédients sont réunis pour offrir une intrigue pleine de rebondissements.

 La troupe de comédiens (dix au total) a de l’énergie et de la fraîcheur à revendre, et l’on rit beaucoup. Seuls petits bémols : l’interprétation, un peu inégale, et la diction, qui laisse parfois à désirer. Maxime d’Aboville est excellent, passant sans transition du rôle de crétin absolu, Zanetto, à celui de Tonino, son jumeau valeureux et plein de prestance. Grâce à son jeu expressif, il élève la bêtise au rang de chef-d’œuvre : l’œil torve, la démarche hésitante, il nous fait tordre de rire.

N’en déplaise à quelques puristes, la traduction et l’adaptation du texte faites par Jean-Louis Benoît sonnent juste et conservent toute la verve comique de Goldoni en la mettant au goût du jour. Bravo également à la scénographie de Jean Haas, superbe, qui nous transporte dans l’Italie du XVIIIe siècle.

Voici donc un moment de pure détente, sans prétention intellectuelle, qui permet d’oublier tous ses soucis. Ce n’est pas ma voisine – certes un peu âgée – qui a dormi quasiment pendant toute la pièce, qui me contredira…

Véronique Tran Vinh

Adaptation et mise en scène de Jean-Louis Benoît
Avec : Maxime d’Aboville, Olivier Sitruk, Victoire Bélézy, Philippe Berodot, Adrien Gamba-Gontard, Benjamin Jungers, Thibault Lacroix, Agnès Pontier, Luc Tremblais, Margaux Van Den Plas

 À PARTIR DU 14 SEPTEMBRE 217
Du mardi au samedi à 21 h
Samedi à 16 h 30 et dimanche à 16 h
Théâtre Hébertot
78 bis, boulevard des Batignolles
75017 PARIS
Tél. : 01 43 87 23 23
http://theatrehebertot.com/les-jumeaux-venitiens/