Le Rap est une littérature, à l’Institut du monde arabe

Joli titre pour un programme qui ne l’était pas moins… Marier l’énergie brute du rap avec la poésie ciselée de grands auteurs tels que Changhor, entre autres, c’était le pari audacieux (et réussi) de la Maison de la poésie, ce 15 novembre, dans le cadre du festival Paris en toutes lettres. L’autre pari, c’est Issam Krimi, pianiste, compositeur et producteur, qui en a eu l’idée : convier les rappeurs Sadek et S. Pri Noir à interpréter textes et chansons, accompagnés par un piano, un quatuor à cordes ainsi que le DJ Dtweezer.

Dans l’auditorium de l’Institut du monde arabe, calés dans leurs confortables fauteuils « première classe d’Air France » (pour reprendre les termes de Sadek), les jeunes spectateurs débordaient d’enthousiasme. Visiblement, ils connaissaient les lascars et leurs chansons sur le bout du doigt : notamment, « La Vache », « Petit Prince », de Sadek, et « La Nuit », de S. Pri Noir. Après un démarrage un peu hésitant – le quatuor à cordes couvrait trop la voix de Sadek, qui était inaudible –, le spectacle a décollé, nous entraînant dans un univers original et captivant. J’ai été plus convaincue par l’interprétation de S. Pri Noir, au phrasé impeccable et à l’indéniable présence sur scène, que par celle de Sadek, plus désabusé. Par son univers aussi, sortant un peu des clichés habituels du rap pour parler avec des mots percutants de la famille, de la politique (ou plutôt du non-engagement), du racisme, etc.

Les morceaux joués au piano ou par le quatuor à cordes ont apporté une touche de douceur bienvenue à l’ensemble. J’ai particulièrement apprécié la lecture des textes ponctuant le spectacle, qui a ajouté « quelques grammes de finesse dans un monde de brutes ». Dommage en revanche que l’on n’ait pas cité leurs auteurs.

Une initiative originale à saluer… et à renouveler !

Véronique Tran Vinh

Jusqu’au 20 novembre 2017
Festival Paris en toutes lettres
À la Maison de la poésie et dans d’autres lieux
Le programme ici :
http://www.maisondelapoesieparis.com/

A écouter :
S. Pri Noir, Ensemble, Believe Rec, 2016.
Sadek, Violent, Vulgaire et Ravi d’être là, Industreet music, Rec. 118, Warner Music, 2017.

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Love, Love, Love, au théâtre Jean Vilar

© Pierre Nouvel

Et les Beatles chantaient :
All you need is love
All you need is love, love,
Love is all you need.

Cinquante ans plus tard, que reste-t-il des années Peace and Love et de leurs utopies, et notamment, du rêve d’une société meilleure, plus libre et plus fraternelle ? C’est le sujet qu’aborde Mike Bartlett, jeune dramaturge britannique, à travers ce portrait au vitriol d’une famille sur plusieurs décennies.

1967 –1990 – 2011 : trois dates clés de l’évolution de la société anglaise et de la vie de Kenneth et Sarah, jeune couple qui se forme à l’époque du Swinging London. Animés par les mêmes valeurs libertaires et l’envie de changer le monde, ils tombent amoureux et se marient. On les retrouve vingt-trois ans plus tard, flanqués de deux enfants, Rose et Jamie, dans la banlieue bourgeoise où ils habitent. Débordés par leur travail et l’éducation de leurs enfants, ils se déchirent sur fond d’alcoolisme – à peine – mondain et d’individualisme forcené, avant de se séparer. Puis ce sont les années 2000, début de l’incertitude politique et sociale. Les deux ex-soixante-huitards, qui ont sacrifié leurs idéaux sur l’autel de la réussite matérielle, coulent une retraite dorée chacun de leur côté. Quant à leurs enfants, livrés à eux-mêmes, ils tentent tant bien que mal de donner un sens à leur vie.

Avec un humour grinçant, Mike Bartlett pointe avec justesse les travers de ces deux éternels adolescents – en âge d’être ses propres parents ? –, qui n’ont conservé des valeurs de leur jeunesse que le sens de la dérision et l’amour de la liberté (pour eux-mêmes surtout !). La scénographie, réduite à l’essentiel, s’appuie sur quelques vidéos et nous permet de nous concentrer sur les dialogues, au rythme enlevé. Chaque changement de musique nous transporte dans une autre époque. Quant aux quatre jeunes comédiens, ils donnent vie à leurs personnages avec brio.

Que l’on appartienne à la génération des enfants ou à celle des parents, cette pièce nous interroge avec lucidité et humour sur la transmission familiale et la perte des utopies… Et si on réinventait le monde ?

Véronique Tran Vinh

Une pièce de : Mike Bartlett
Traduction : Blandine Pélissier & Kelly Rivière
Mise en scène : Nora Granovsky
Avec : Émile Falk-Blin, Jeanne Lepers, Bertrand Poncet et Juliette Savary
Création vidéo et scénographie : Pierre Nouvel
Lumières : Fabien Sanchez
Costumes : Nora Granovsky

Dates des prochaines représentations :
Amiens – Comédie de Picardie
23 et 24 novembre à 20 h 30
28 novembre à 14 h 15 et 20 h 30
29 novembre à 19 h 30

Bruay-la-Buissière – Centre culturel
14 décembre à 14 h 30
15 décembre à 14 h 30 et 20 h

 Alès – Le Cratère
6 et 7 février 2018 à 20 h 30

Omelettes amoureuses, au Tremplin Théâtre

@Philippe Brière

Comment faire une omelette sans casser d’œufs, ou, autrement dit, comment devenir une femme forte, consciente de ses potentialités, qui ne s’excuse plus d’exister… libre tout simplement ? Comment réveiller la « guerrière » qui sommeille en chacune d’entre nous ?

C’est cette quête initiatique que Corinne Merle, seule en scène, va nous faire partager. Pour cela, elle fera appel aux textes d’autres femmes (notamment Virginie Despentes, Florence Lautrédou…) qui ont cherché, avant elle, à se dégager des archétypes culturels et à affirmer leur singularité. Un discours militant, féministe bien sûr, mais aussi, tout simplement humain.

Dans la pénombre de la minuscule scène du Tremplin Théâtre, émergent quelques accessoires symboliques : une robe en lamé, une blouse de ménage, un panier en osier, une paire d’escarpins, etc. La comédienne les utilisera à tour de rôle pour se mettre dans la peau de différentes femmes : la petite fille, la femme naïve, la séductrice, la rebelle, etc.

L’accent est mis sur les violences faites aux femmes, et notamment sur le viol. Même si le propos est parfois un peu trop appuyé, la comédienne auteur le fait partager avec une belle générosité. Il est question de prise de conscience, de résilience, d’amour aussi. Un petit bémol toutefois sur la mise en avant des textes, que j’ai trouvé par moments trop présents.

Corinne Merle incarne à merveille cette femme plurielle et fait montre d’une belle présence scénique, jouant de son corps sans fausse pudeur. Voluptueuse comme peut l’être une femme bien dans sa peau. Ses propos sont parfois crus, parfois violents, souvent drôles.

À défaut de recette, notre apprentie cuisinière se transformera en guerrière, prête à mobiliser ses forces pour partir à l’assaut de la vie. Prenez-en de la graine et courez voir le spectacle. La salle est petite, alors n’oubliez pas de réserver !

Véronique Tran Vinh

Idée originale, écriture, jeu : Corinne Merle
Création lumière : Fabienne Breitman
Collaboration artistique : Florence Evrard, François Jenny

Les Omelettes amoureuses reviennent :
les 30 novembre, 1er décembre et 2 décembre à 20 h 30
au Lavoir moderne, 35 rue Léon, Paris 18e
Réservations : 01 46 06 08 05
http://www.comeprod.fr/

 


 

 

Corps et âme, de Ildikó Enyedi

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Justement primé lors du dernier festival de Berlin, ce film hongrois surprend par son sujet et son traitement inhabituels, entremêlant deux univers : le rêve et la réalité.

Dans une forêt enneigé, un cerf aperçoit un jour une biche. Peu à peu, les deux cervidés font connaissance et partagent leur vie dans la forêt. Ils boivent l’eau d’un ruisseau, cherchent de la nourriture et ruminent de concert…
C’est le rêve que fait chaque nuit Endre, qui dirige un abattoir, mais aussi Mária, nouvelle embauchée dans l’entreprise en tant que responsable du contrôle de qualité. Sans se connaître, ils partagent chaque nuit le même rêve dans lequel leur nature animale prend le dessus. Par l’intermédiaire involontaire d’une psychologue – mandatée pour faire une enquête au sein de l’abattoir –, ils découvrent le lien qui les unit malgré eux. Passeront-ils de l’amour fantasmé à l’amour réel ?

Lieu de vie et de mort
Leur vie éveillée se passe, elle, au sein de l’abattoir. Un univers où la brutalité et la mort sont omniprésentes et où Endre, en tant que directeur, tient à ce que les employés y soient d’autant plus humains, et notamment, sensibles à la souffrance des animaux qu’ils vont contribuer à tuer. D’où son exigence vis-à-vis de ceux qu’il recrute et ses rapports tendus avec un nouvel embauché qui fait preuve de cynisme dans son travail et dans ses rapports avec ses collègues. À l’inverse, il est touché immédiatement par la personnalité psychorigide de la jeune Mária, qui multiplie les maladresses dans ses rapports avec les autres.

Cheminement personnel
Une relation va peu à peu se développer entre elle et Endre, introverti lui aussi, mais beaucoup plus empathique : la rencontre de deux solitudes qui s’observent, s’attirent, puis s’encouragent mutuellement. Le médiateur sera leur vie psychique partagée à travers leur rêve. Grâce au regard bienveillant d’Endre, le personnage de Mária vit un apprentissage émotionnel et sensuel qui la fera sortir de sa coquille et grandir. Cette « handicapée de la vie », qui a du mal à communiquer (notamment avec ses collègues), entame un processus d’évolution qui passe par de petites choses, certaines anodines, d’autres qui le sont moins : elle touche une purée, elle écoute de la musique, elle regarde un film porno… toutes choses qu’elle n’avait jamais faites auparavant. De son côté, malgré sa personnalité charismatique, Endre est aussi un handicapé, au propre comme au figuré : il a perdu l’usage de sa main gauche et a renoncé à toute relation avec les femmes.

Entre rêve et réalité
Ce film est original à la fois par son sujet et par son traitement. La réalisatrice nous fait passer de la vie réelle à la vie onirique des personnages, traitée de manière assez réaliste. Ainsi, le cerf et la biche vivent dans une “vraie” forêt et se comportent comme de « vrais » animaux.
À l’inverse, les séquences tournées à l’abattoir, forcément violentes, sont empreintes d’une grande délicatesse stylistique : les scènes de mise à mort et de découpe, le sang que l’on lave à grande eau alternent avec les gros plans sur le regard des animaux qui vont mourir ou les moments de détente entre les employés. Comme dans un hôpital où le personnel est confronté en permanence à la mort, il y a des moments de tension, mais aussi d’humour et de cynisme pour tenter d’échapper à la réalité.

Hors norme
À l’exception d’un passage qui bascule vers le drame (que j’ai moins aimé), Ildikó Enyedi réussit à imposer son style personnel, tout en finesse et en sensibilité, et superbe visuellement, en évitant adroitement les clichés. Cela tient aussi à l’interprétation de ses deux acteurs principaux : avec son physique pur et gracile, Alexandra Borbély fait preuve d’une grande intensité dans le rôle de Mária, tour à tour cassante, maladroite, fragile, sensuelle. Face à elle, Géza Morcsányi est émouvant dans le rôle d’un homme vieillissant, confronté à des émotions qui le submergent.

Un beau moment de cinéma, où l’on est invité à entrer dans les méandres de l’âme humaine et à partager cette histoire d’amour entre deux êtres inadaptés à la société. Et si, au fond, comme semble le suggérer Ildikó Enyedi, la vie n’était rien d’autre qu’un long rêve éveillé ?

Un film écrit et réalisé par : Ildikó Enyedi
Avec : Alexandra Borbély,  Géza Morcsányi, Réka Tenki, Zoltan Schneider
Image : Máté Herbai
Bande sonore : Adam Balazs
Montage : Károly Szalai

Ex anima, au théâtre Zingaro

© Marion Tubiana

Une magnifique ode au dieu cheval

Dépouillement, c’est le premier mot qui vient à l’esprit en voyant ce spectacle de Bartabas. Pas de cavalcade effrénée, pas de numéro de voltige spectaculaire comme l’artiste nous y a habitués. Non, pour cette (ultime ?) représentation, on découvre le cheval à l’état brut, dans toute sa primitive beauté et sa majesté. Comme si Bartabas, en lui rendant hommage, était guidé par le besoin d’aller à l’essentiel.

D’entrée de jeu, le ton est donné. Des chevaux s’ébrouent devant nous sur la piste. Ils se couchent, se roulent par terre et se redressent avec grâce. En toute liberté, ou presque. Vêtus de noir de la tête aux pieds, les dresseurs ne sont que des ombres discrètes au service de l’animal.

Le son des instruments à vent (allusion à l’anima, le souffle de l’âme ?) vient rythmer harmonieusement les apparitions des chevaux : flûtes de Chine, d’Irlande, d’Inde du Nord et du Japon. Des percussions aussi. Le bruit de la pluie qui tombe, les cris des animaux qui se répondent. Des nuées de brume envahissent soudain la scène, les silhouettes des équidés composent des tableaux d’une beauté onirique. Nous voici plongés avec eux au cœur de leur nature sauvage. En état de grâce.

Étrangement, ce dépouillement rend les chevaux très proches de nous : à la fois sensibles, chamailleurs, joueurs, travailleurs. Un cheval qui marche sur une poutre, un autre qui s’élève dans le ciel… on retient son souffle, en mesurant toute la virtuosité du dressage. Et la nécessaire symbiose entre l’animal et l’homme.

Dans ce nouvel opus, Bartabas montre son animal fétiche sous différentes facettes : le cheval au service de l’homme (tirant une charrue), le cheval à l’état sauvage (jouant, seul ou à plusieurs) mais, surtout, le cheval sanctifié, élevé au rang de demi-dieu. Comme le dit le metteur en scène écuyer à propos de son théâtre : « […] ici, le spectacle est un rituel, la musique une vocation, et l’amour des chevaux une religion… »

Une très belle cérémonie qui s’achève, comme il se doit, par le son de cloches d’une église après la messe.

Véronique Tran Vinh

Conception, scénographie et mise en scène de Bartabas
Musique originale : François Marillier, Véronique Piron, Jean-Luc Thomas, Wang Li
Avec, dans leur propre rôle : les trente-six chevaux de Zingaro

À partir du 17 octobre
À Zingaro Fort d’Aubervilliers
Mardi, mercredi, vendredi, samedi à 20 h 30, dimanche à 17 h 30
Réservation : 01 48 39 54 17
http://bartabas.fr/theatre-zingaro/

 

La Main de Leila, aux Béliers parisiens

 

©Alejandro Guerrero

Voici une histoire d’amour contrarié, sur fond d’évocation historique (l’Algérie d’avant les émeutes d’octobre 1988, dirigée par l’armée et le FLN), traitée à la manière d’une fable. Le jeune Samir, passionné de cinéma, défie la censure du régime de l’époque, en rejouant les baisers les plus célèbres du grand écran dans son garage, transformé en salle de spectacle. De son côté, Leila, fille d’un puissant colonel, rêve de pouvoir choisir elle-même sa destinée. Ces deux-là étaient faits pour se rencontrer.

Les trois comédiens (dont deux sont coauteurs de la pièce) restituent la faconde et la vitalité du peuple algérien à travers une galerie de personnages emblématiques : les deux amoureux, Samir et Leila, contraints de se voir en cachette de leur famille ; la mère tyrannique et exubérante (excellent Azize Kabouche, aux mimiques savoureuses), le fonctionnaire de police imbu de son pouvoir ; l’ami spécialiste des petites embrouilles ; le commerçant qui profite de la pénurie alimentaire, etc.

Dans un décor fait de bric et de broc, des fils à linge structurent astucieusement l’espace. Les changements de décor et les scènes se succèdent sans temps mort, composant le tableau touchant d’une Algérie en crise, dont les soubresauts annoncent les bouleversements à venir.

La fraîcheur de l’interprétation, l’humour des dialogues et la mise en scène très rythmée (Régis Vallée a travaillé avec Alexis Michalak, est-ce un hasard ?) contribuent à la réussite de ce spectacle. On partage le quotidien de Samir et de Leila, leurs galères et leurs espoirs, rythmés par leur amour du septième art.

Et même si à la fin, la réalité finit par reprendre le dessus, l’espoir subsiste… grâce à la magie du cinéma !

Véronique Tran Vinh

Une pièce de : Aïda Asgharzadeh et Kamel Isker
Mise en scène : Régis Vallée
Avec : Aïda Asgharzadeh, Kamel Isker, Azize Kabouche

Jusqu’au 31 décembre 2017
Du mercredi au samedi (à 21 h ou à 19 h selon les dates)
Le dimanche à 15 h
Relâche le 19 novembre
Théâtre des Béliers parisiens
14 bis rue Sainte Isaure
75018 Paris
http://www.theatredesbeliersparisiens.com/Spectacle/main-de-leila/

 

 

 

12 hommes en colère, au théâtre Hébertot

©Laurencine Lot

Il fait chaud, très chaud, dans cette pièce fermée en cette fin d’après-midi, dehors l’orage menace. Douze jurés en complet-veston-cravate sont réunis pour délibérer sur la culpabilité d’un garçon de 16 ans, accusé d’avoir tué son père. L’unanimité est requise pour envoyer le présumé coupable à la chaise électrique. Mais un homme, un seul a « un doute légitime ». Un seul, comme un grain de sable… et la belle unanimité se fissure.

Du film de Sydney Lumet, il me restait en mémoire une ambiance lourde, des chemises aux manches relevées, des cravates défaites, la transpiration des 12 hommes…

Dans un décor et une mise en scène sobre et efficace, les personnages prennent une épaisseur palpable, comme l’est la tension qui monte. Une horloge blanche, lumineuse, sans aiguilles, égrène un temps arrêté loin des obligations de la vie quotidienne de chacun.

La partie est serrée, un contre onze et, petit à petit, l’un après l’autre, à force d’interrogations qui ébranlent les témoignages entendus lors de la comparution, chacun en vient à faire part de son « doute légitime ».

La pièce de Reginald Rose, écrite en 1954, interprétée avec justesse par les 12 comédiens, nous fait comprendre les positions de l’un, les peurs de l’autre, l’indifférence d’un troisième… Il n’est pas facile de se départir de ses préjugés, de ses a priori.

Notre cœur bat au fil de la soirée… Alors, coupable ou non coupable ?

Allez-y !

Plûme

Une pièce de Reginald Rose
Adaptation française Francis Lombrail
Mise en scène Charles Tordjman
Avec Jeoffrey Bourdenet, Antoine Courtray, Philippe Crubezy, Olivier Cruveiller, Adel Djemaï, Christian Drillaud, Claude Guedj, Roch Leibovici, Pierre Alain Leleu, Francis Lombrail, Pascal Ternisien et Bruno Wolkowitch
Assistante mise en scène Pauline Masson
cors Vincent Tordjman
Lumières Christian Pinaud
Costumes Cidalia Da Costa
Musiques Vicnet

Du mardi au dimanche à 19 h
Théâtre Hébertot,
78 bis, boulevard des Batignolles
75017 PARIS
Tél. : 01 43 87 23 23
http://theatrehebertot.com/12-hommes-colere/

Cirkopolis, au 13e art

 

©Patrick Lazic

Le cirque canadien Eloize et sa troupe d’artistes pluridisciplinaires (cirque, danse et théâtre) débarquent pour la première fois à Paris !

Dans un décor évoquant à la fois Metropolis et Les Temps modernes, des employés de bureau, vêtus d’impers gris à l’identique, d’abord robotisés – comme semblent le suggérer leurs allées et venues saccadées et les roues de machines omniprésentes –, vont laisser peu à peu éclater leur individualité et leur joie de vivre. Après une mise en place un peu longue, des tableaux éblouissants de performance se succèdent et, notamment, un très beau solo de danse dans un cerceau, une démonstration d’un virtuose du diabolo (discipline de la jonglerie) et un numéro de mât chinois avec deux acrobates époustouflants.

Ce show “à l’américaine” a indéniablement de l’énergie à revendre… un peu trop peut-être. Musique grandiloquente, chorégraphies très rythmées, prouesses physiques : on en prend plein les mirettes, parfois un peu au détriment de l’émotion. Ainsi, en regardant la danse du comédien avec le portemanteau, on ne peut s’empêcher de songer à la poésie qu’un Charlie Chaplin aurait insufflée à cette scène. On peut aussi regretter que le spectacle paraisse un peu décousu, faute de fil rouge entre les différentes séquences.

Malgré ces quelques réserves, on se laisse entraîner par le rythme effréné des numéros et la fantaisie de cette troupe de jeunes artistes plus doués les uns que les autres. Une palme spéciale aux acrobates danseuses – dont une contorsionniste exceptionnelle – qui conjuguent grâce et virtuosité.

Attention, énergie contagieuse ! N’hésitez pas à y aller en famille, qui sait ? vous susciterez peut-être des vocations…

Véronique Tran Vinh

Mise en scène : Jeannot Painchaud, Dave St-Pierre
Production : Juste pour rire et Cirque Eloize

Jusqu’au 29 octobre
Le 13e Art
au Centre Commercial Italie 2 dans le 13e.
Du mardi au samedi à 21 h
Le mercredi et le samedi à 16 h également
Le dimanche à 15 h
http://www.le13emeart.com/les-evenements/cirque-eloize-cirkopolis/

Lorenzaccio, au théâtre de l’Aquarium

©Patrick Berger

« Ce que vous dites là est parfaitement vrai, et parfaitement faux, comme tout au monde », déclare Lorenzaccio. Dans un monde de faux-semblants, que cherche le jeune homme dans la compagnie du tyran, quel dessein funeste prépare-t-il ?

Cette pièce longtemps qualifiée « d’injouable » revient sur les tréteaux, mise en scène par l’audacieuse Catherine Marnas. Cette dernière n’y va pas par quatre chemins, elle tranche dans le vif, resserre l’intrigue autour de huit comédiens et insuffle une vivacité toute contemporaine à la pièce d’Alfred de Musset.

Décor minimaliste, musique rock, costumes excentriques, jeux de lumières… tout concourt à une représentation moderne et trépidante. Au premier plan, un canapé (mobile) où se rencontrent les protagonistes et derrière, séparée par un rideau fait de lames de plastique transparent, Florence, ville de débauche, bouillonne.

Conspirations, trahisons, perversions… Il ne fait pas bon vivre du côté du royaume de Florence en 1537. Même si, dans les arrière-cours des maisons, des hommes se préparent à lutter pour instaurer la République. Musset fait ici allusion à la société française de 1834, Louis-Philippe vient de restaurer la royauté après les Trois Glorieuses, les journées révolutionnaires de juillet 1830.

Lorenzo, l’humble jeune homme épris d’idéaux, que personne ne reconnaît en Lorenzaccio, le jouisseur, le « mignon » d’Alexandre de Médicis, regrette sa « vertu » même s’il la sacrifie pour la bonne cause. Mais un homme, si courageux soit-il, peut-il se substituer à l’action collective des citoyens d’une ville ?

Le drame de Musset, porté magnifiquement par la troupe de comédiens et la mise en scène de Catherine Marnas, résonne à nos oreilles comme la petite musique du désenchantement présent. L’engagement sert-il encore à quelque chose quand les politiques, ne s’occupant que de leur carrière, bafouent les idéaux qu’ils ont à la bouche « Liberté, égalité, fraternité » ?

Plûme

Texte Alfred de Musset
Mise en scène Catherine Marnas (TnBA)
Avec Clémentine Couic, Julien Duval, Zoé Gauchet, Francis Leplay, Franck Manzoni, Jules Sagot, Yacine Sif El Islam, Bénédicte Simon

Du mardi au samedi à 20 h et le dimanche à 16 h
Jusqu’au 15 octobre
Théâtre de l’Aquarium
La Cartoucherie,
Route du Champ-de-Manœuvre
75012 Paris
http://www.theatredelaquarium.net/Lorenzaccio

 

 

Les Jumeaux vénitiens, au théâtre Hébertot

@Bernard Richebé

Avec cette comédie trépidante de Carlo Goldoni, nous voici propulsés pendant une heure cinquante dans l’univers de la comédie italienne du XVIIIe siècle. Même si l’argument de départ paraît un peu simpliste – deux jumeaux qui se sont perdus de vue, l’un crétin fini, l’autre homme d’esprit –, les chassés-croisés et les quiproquos en cascade qui s’ensuivent sont plus drôles les uns que les autres.

On ne peut s’empêcher de penser à Molière (sans sa noirceur) et à Marivaux (sans sa finesse). Nous sommes ici dans le registre de la farce revendiquée, avec une galerie de personnages hauts en couleur : le crétin est “vraiment crétin”, le père est cupide, prêt à offrir sa fille à tout homme qui aura une bourse bien garnie, la fille trop gâtée tyrannise son entourage… avant de faire subir le même sort à son fiancé (et futur mari ?). Ajoutons à cela un faux dévot, doublé d’un amoureux transi (excellent Olivier Sitruk), une soubrette envieuse et insolente, un ami qui n’en est pas un, une fiancée abandonnée mais déterminée à ne plus l’être… tous les ingrédients sont réunis pour offrir une intrigue pleine de rebondissements.

 La troupe de comédiens (dix au total) a de l’énergie et de la fraîcheur à revendre, et l’on rit beaucoup. Seuls petits bémols : l’interprétation, un peu inégale, et la diction, qui laisse parfois à désirer. Maxime d’Aboville est excellent, passant sans transition du rôle de crétin absolu, Zanetto, à celui de Tonino, son jumeau valeureux et plein de prestance. Grâce à son jeu expressif, il élève la bêtise au rang de chef-d’œuvre : l’œil torve, la démarche hésitante, il nous fait tordre de rire.

N’en déplaise à quelques puristes, la traduction et l’adaptation du texte faites par Jean-Louis Benoît sonnent juste et conservent toute la verve comique de Goldoni en la mettant au goût du jour. Bravo également à la scénographie de Jean Haas, superbe, qui nous transporte dans l’Italie du XVIIIe siècle.

Voici donc un moment de pure détente, sans prétention intellectuelle, qui permet d’oublier tous ses soucis. Ce n’est pas ma voisine – certes un peu âgée – qui a dormi quasiment pendant toute la pièce, qui me contredira…

Véronique Tran Vinh

Adaptation et mise en scène de Jean-Louis Benoît
Avec : Maxime d’Aboville, Olivier Sitruk, Victoire Bélézy, Philippe Berodot, Adrien Gamba-Gontard, Benjamin Jungers, Thibault Lacroix, Agnès Pontier, Luc Tremblais, Margaux Van Den Plas

 À PARTIR DU 14 SEPTEMBRE 217
Du mardi au samedi à 21 h
Samedi à 16 h 30 et dimanche à 16 h
Théâtre Hébertot
78 bis, boulevard des Batignolles
75017 PARIS
Tél. : 01 43 87 23 23
http://theatrehebertot.com/les-jumeaux-venitiens/

 

 

 

Noces, au théâtre Rive Gauche

« Nous marchons à la rencontre de l’amour et du désir. Nous ne cherchons pas de leçons, ni l’amère philosophie qu’on demande à la grandeur. »
« Qu’est-ce que le bonheur, sinon l’accord vrai entre un homme et l’existence qu’il mène. »

Ces noces, ce sont celles d’Albert Camus avec le site romain de Tipasa et avec tous les paysages de son enfance algérienne, c’est une communion totale et érotique avec le soleil et la mer. Noces à Tipasa – mon texte préféré, avec La Mer au plus près – est empreint d’une sensualité magnifique, c’est un hymne païen à la beauté de la nature, mais c’est aussi un éloge de la contemplation – et c’est là sa force – qui nous invite à plonger au fond de nous-mêmes pour réfléchir à notre rapport au monde en tant qu’hommes. L’exil, la révolte, la mort… et à l’opposé, le désir, le bonheur, la présence au monde… autant de thèmes chers à Camus que l’on trouve dans le recueil Noces, suivi de L’Été.

Michel Voïta s’empare de ces textes, se les approprie et fait littéralement corps avec eux, allant parfois jusqu’à mimer les sensations qui l’habitent : l’eau qui glisse le long de son corps, le souffle du vent qui le traverse… Avec un grand respect pour l’auteur, il réussit à nous restituer le souffle lyrique et l’ampleur du verbe de Camus, dans un exercice de haute voltige.

Ne serait-ce que pour la beauté des mots et la profondeur de la pensée de l’écrivain – encore si actuelle – , ce spectacle est indispensable.

Véronique Tran Vinh

Texte d’Albert Camus
Adaptation et mise en scène de Michel Voïta
Avec Michel Voïta

À PARTIR DU 27 SEPTEMBRE 2017
Le mercredi à 19 h
Théâtre Rive Gauche
6, rue de la Gaîté
75014 Paris
http://www.theatre-rive-gauche.com/a-l-affiche-noces.html

 

 

Les Aveugles, au T2G

Peu avant la parution de sa pièce, Maeterlinck écrivait : « Quelque chose d’Hamlet est mort pour moi le jour où je l’ai vu mourir sur la scène. La représentation d’un chef-d’œuvre à l’aide d’éléments accidentels et humains est antinomique. »

Il aurait été dommage de tenir compte des réserves émises par l’auteur et de ne pas mettre en scène cette œuvre originale et puissante sur l’éveil à la réalité, à la conscience de sa propre mortalité à travers l’histoire d’aveugles abandonnés en pleine nature. Loin de leur hospice, ils attendent le retour d’un vieux prêtre qui les a guidés jusque-là, parti, et qui ne reviendra pas…

La mise en scène est étonnante : les spectateurs pénètrent dans une salle remplie de brouillard et s’asseyent sur des chaises installées dans tous les sens. Les acteurs (six hommes et six femmes) sont assis parmi eux. « Plus de face-à-face, mais un mélange », explique Daniel Jeanneteau. Le jeu est sobre et semble curieusement spontané.

La pièce commence au moment où les aveugles s’interrogent sur l’absence du prêtre. Leur inquiétude face à l’isolement, à l’environnement et aux bruits qu’ils ne connaissent pas grandit peu à peu. Ils s’encouragent, se questionnent et essaient de se rejoindre pour se rassurer, jusqu’au moment où l’un d’entre eux découvre le cadavre du prêtre.

Enveloppés d’obscurité et de mystère, ils cherchent des repères, des raisons d’espérer : le nouveau-né d’une des aveugles, voyant, ne peut-il les guider… Tout évoque le désespoir et la fin.

L’expérience sensorielle et humaine est forte et singulière, le public est plongé dans les mêmes conditions d’isolement et de perte de repères que les aveugles… Je me suis d’ailleurs surprise à fermer les yeux pour mieux ressentir le texte et les émotions des personnages, et à me laisser porter par les sons : murmures, lamentations, cris, etc.

Le parti pris de Daniel Jeanneteau est clairement de réunir, de rapprocher émotionnellement : « Cela partirait d’une assemblée disloquée pour, petit à petit, éprouver quelque chose ensemble, peut-être construire une émotion. »

J’ai aimé vivre pleinement cette aventure étrange et loin de ma réalité quotidienne. Je vous encourage à la vivre à votre tour.

Armelle Gadenne

Texte Maurice Maeterlinck
Mise en scène Daniel Jeanneteau
Avec : Makrina Anastasiadou – Solène Arbel – Stéphanie Béghain – Pierrick Blondelet – Geneviève de Buzelet – Jean-Louis Coulloc’h – – Estelle Gapp – Charles Poitevin – Benoît Résillot – Azzedine Salhi – Gaëtan Sataghen  – Anne-Marie Simons

Jusqu’au 25 septembre
T2G – Théâtre de Gennevilliers
41, avenue des Grésillons
92230 Gennevilliers
http://www.theatre2gennevilliers.com/les-aveugles/
Lundi, jeudi et vendredi à 20 h,
Samedi à 18 h, dimanche à 16 h
avec l’Ircam
Plateau 1 – 1 h 10

 

Agatha, au Café de la danse

On a déjà analysé les motivations qui ont poussé Marguerite Duras à écrire un roman sur un sujet aussi délicat… l’inceste. Sa relation complexe avec son petit frère adoré, mort trop tôt, semble en être le point de départ. Peu importent ses origines, il fallait oser rendre concret ce sentiment passionnel jusqu’au point de non-retour, qui peut exister aussi entre un frère et une sœur. La passion ne balaye-t-elle pas tout sur son passage, sans tenir compte de la bienséance et de la morale ?

 Alexandra Larangot et Florian Carove sont formidables, jouant les émotions des personnages avec beaucoup de rigueur et de justesse. Elle, tout en retenue et essayant d’être courageuse et positive face à ce choix difficile de la séparation, et lui déchiré à l’idée de la perdre, tour à tour enjôleur et volcanique, s’appliquant à faire revivre leur amour, à la faire céder grâce à la puissance des souvenirs d’enfance.

Même si le sujet est grave et dérangeant, j’ai été touchée par la souffrance de ce frère et de cette sœur prisonniers de leur amour interdit, souffrance que les deux acteurs arrivent à faire partager au public.

On peut regretter que le travail du metteur en scène, Hans Peter Cloos, soit parfois un peu trop appuyé, avec ses images diffusées sur le mur – il semblerait que cela devienne une mode dans beaucoup de mises en scène théâtrales – images qui sont censées rappeler des moments d’enfance : la barque avec les enfants qui dorment, notamment. D’autres passages sont plus ésotériques, renvoyant à la mort peut-être (les squelettes ?), ou ce baigneur recouvert de sang et poignardé ?? J’avoue avoir eu du mal à en saisir le sens profond.

Cela n’enlève en rien la qualité de cette œuvre forte qui joue avec les mots et les souvenirs jusqu’à la folie. L’écriture est d’une beauté à couper le souffle et d’une grande précision pour décrire le désarroi, la passion et toutes ces émotions qui, tour à tour, habitent les personnages. Allez la découvrir au Café de la danse et entrez dans cet univers poétique et trouble.

Armelle Gadenne

De Marguerite Duras
Mise en scène : Hans Peter Cloos
assisté de Clémence Bensa
avec Florian Carove et Alexandra Larangot
Décor : Marion Thelma
Costumes : Marie Pawlotsky
Lumière : Nathalie Perrier
Vidéo :  Matti Dolleans
Musique :  Pygmy Johnson
Photographies du spectacle : Laurencine Lot

Du jeudi 7 septembre au samedi 7 octobre 2017
Café de la Danse
5, passage Louis-Philippe
75011 Paris
du mardi au vendredi à 20 h 30,
le samedi à 17 h 00 et 20 h 30,
le dimanche à 16 h 30.
http://www.cafedeladanse.com/agatha-6/

Trahisons, au théâtre du Lucernaire

@Alexandre Icovic

La femme, le mari, l’amant. Ce trio serait bien convenu si n’était le regard incisif d’Harold Pinter. Il dissèque les conventions bourgeoises et détourne le vaudeville annoncé en une proposition beaucoup plus subtile sur la complexité du sentiment amoureux.

Tout le monde trahit tout le monde : Emma trompe son mari Robert avec Jerry, son meilleur ami ; Robert a des liaisons ; Jerry trompe sa femme avec Emma ; quant à Emma, a-t-elle (ou va-t-elle) tromper son amant avec un autre ? Qu’en est-il des autres personnages, absents physiquement, mais évoqués sur scène ? La femme de Jerry pourrait-elle le tromper, elle aussi ? Et si oui, le trompe-t-elle avec cet homme qui la courtise ? Au fond, qui est au courant de quoi ? Insidieusement, Pinter sème le doute dans notre esprit. Personne n’est totalement honnête ou malhonnête. Les non-dits, les révélations, tout est sujet à interprétation, pour le plus grand plaisir du spectateur qui se perd en délicieuses conjectures.

Car pour Pinter, peu importe la réponse à ces questions. Ce qui l’intéresse, dans ce jeu de dupes, c’est la manière dont chacun des personnages vit sa propre vérité. Sous la légèreté apparente des rapports amoureux ou amicaux affleurent les désirs, les attentes et les fêlures de tout être humain. Dans un vertigineux jeu de flashback, il nous fait remonter le cours des événements : de l’annonce de la séparation du couple que formaient Robert et Emma à la première rencontre d’Emma et de Jerry, témoin de mariage de son ami. En remontant ainsi à la source de la relation amoureuse, il en souligne le caractère fragile, voire absurde.

Malgré une fin connue d’avance, la mise en scène réussit à maintenir une tension permanente. Le compte à rebours est signifié à l’aide d’un afficheur, manipulé par Vicent Arfa, malicieux maître du temps. Les changements de décor sont également très réussis, évoquant un véritable ballet, et participant à l’ambiance intrigante.

Le trio d’acteurs porte avec talent ce texte à l’humour incisif, même si j’ai préféré le jeu des protagonistes masculins, plus distancié, à celui de Gaëlle Billot-Danno, tout en mimiques et en moues boudeuses. François Feroleto, notamment, fait preuve d’une grande subtilité de jeu dans le rôle de l’époux et de l’ami trompés, capable d’autant de cynisme que de sensibilité.

Un très beau moment de théâtre, servi par une mise en scène tout en finesse.

Véronique Tran Vinh

De Harold Pinter
Mise en scène: Christophe Gand
Avec : Gaëlle Billaut-Danno, François Feroleto, Yannick Laurent, Vincent Arfa

JUSQU’AU 8 OCTOBRE 2017
Du mardi au samedi à 21 h, dimanche à 18 h
Théâtre du Lucernaire
53, rue Notre-Dame-des-Champs
75006 Paris
Tél. : 01 45 44 57 34
www.lucernaire.fr/theatre/1677-trahisons.html

Anne Baquet, soprano en liberté, au Lucernaire

DMPVD : THÉÂTRE – SPECTACLES – CULTURE

Esprits chagrins, passez votre chemin ! La liberté, la fantaisie, la fraîcheur, le bonheur de chanter et de s’exprimer… c’est tout cela qu’incarne Anne Baquet dans ce spectacle aussi pétillant que des bulles de champagne. Tel un lutin espiègle, ce petit bout de femme virevolte sur scène, s’emparant allègrement de chansons françaises à l’humour bien trempé (François Morel, Marie-Paule Belle, Juliette, pour ne citer que quelques auteurs) ou d’autres plus poétiques ou plus mélancoliques, sans oublier des variations insolites sur des morceaux de… Freddie Mercury ou John Lennon. Mais qu’importe le registre pourvu qu’on ait la voix et … quelle voix !

L’originalité de cette diva hors norme transparaît dans tous les morceaux qu’elle interprète. En artiste accomplie, elle nous fait passer sans transition du rire au grave, de la fantaisie à la mélancolie. La mise en scène de Anne-Marie Gros souligne avec délicatesse sa personnalité attachante, empreinte d’une douce folie. Aussi…

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