Enfin vieille ! au BO Saint-Martin

Une jolie brune qui parle à son doudou, ce n’est pas banal, et le doudou qui répond, ça l’est encore moins. Et pourtant, Laura Elko, seule en scène, discute et obéit à ce bout de marionnette bleue qui lui ordonne de faire le bilan de sa vie à 30 ans.

Tout y passe, vie professionnelle, amoureuse… sans oublier les concours ratés de danse et de piano quand elle avait 9 ans, tout ça raconté avec beaucoup d’humour. Dans cet échange, la petite voix de sa conscience lui démontre qu’elle est dans l’erreur et qu’il est temps de prendre une autre direction.

Si ce doudou a la parole, c’est que Laura Elko lui prête ses cordes vocales sans remuer les lèvres… Et de ses cordes vocales, elle sait – ô combien ! – en faire usage. Vous l’aurez compris, Laura Elko est ventriloque mais aussi chanteuse d’opéra, et bien d’autres choses encore. Cette comédienne étonnante nous emporte de tranche de vie en tranche de vie (la sienne mais aussi un peu la nôtre).

On rit beaucoup, on applaudit souvent à ce one-woman-show original. Avec elle, inutile de vous recroqueviller sur votre siège, elle vient vous chercher, vous apostrophe et parfois vous fait monter sur scène. Gonflée à bloc, pétillante, elle convoque la seule qui ne soit pas dans la salle, sa grand-mère, femme hongroise fantasque et libre qui, au soir de sa vie, prononce la phrase-titre : « Enfin vieille ! » Comme une invitation à prendre sa vie en main et donner de la voix, qu’elle a belle, comme sa grand-mère.

Venez donc passer un moment joyeux, original et intelligent avec une trentenaire talentueuse qui trace sa route loin des sentiers battus.

Plûme

Auteur et artiste : Laura Elko
Metteur en scène : Trinidad
En juin, tous les jeudis à 20 h
BO Saint-Martin
19, bd Saint-Martin
75003 Paris
http://www.theatrebo.fr/LAURA-ELKO_a330.html

Et au Festival d’Avignon
du 7 au 30 juillet (relâche les mercredis)
BO Avignon
Novotel centre – salle 2 (84)

 

 

 

 

 

Monsieur Nounou, au théâtre Rive Gauche

DP Monsieur Nounou

« Comment je suis devenu vaudevilliste ? C’est bien simple. Par paresse. Cela vous étonne ? Vous ignorez donc que la paresse est la mère miraculeuse, féconde du travail. »
Georges Feydeau

Les mœurs légères de leur nourrice Justine ne conviennent pas à M. et Mme Veauluisant qui ont donc décidé de la renvoyer et d’embaucher une nouvelle « Nounou ». C’est sans compter sur la détermination de Justine de conserver son emploi et de l’intérêt que lui portent Médard, leur domestique coureur de jupons mais néanmoins jaloux, et Balivet, jeune clerc de notaire amoureux de la nourrice, qui s’introduit chez Monsieur et Madame dans le but de la séduire. Médard surprend Balivet et menace de le tuer ; ce dernier se réfugie dans la chambre de Justine et en ressort habillé en… nourrice. Tous, Justine exceptée, s’imaginent qu’il s’agit de sa remplaçante.

Selon la définition, un vaudeville est une comédie sans intentions psychologiques ni morales, fondée sur un comique de situations et sur une action pleine de rebondissements, de portes qui claquent et parfois grivoise, l’intrigue jouant sur les quiproquos. J’ai mis un certain temps à pouvoir écrire cette chronique tant j’ai été déçue et énervée d’assister à un spectacle aussi mal joué. Des comédiens qui oublient leur texte, qui crient et bougent dans tous les sens, à tel point que l’un d’entre eux en a fait tomber la baignoire sensée être pleine, qui devait servir à l’un de ses acolytes pour prendre un bain, sans pourtant dégager l’énergie positive du vaudeville. Ce même texte réécrit par Emmanuelle Hamet, avec des références musicales et politiques récentes, lourdes, faciles et même pas drôles…

Je suis énervée, car je ne comprends pas comment l’on peut mépriser à tel point le public en lui servant un spectacle si pénible à regarder. Est-ce la paresse de Feydeau qui aurait gagné la troupe, sans pour autant qu’elle y trouve la fécondité ? Ici pas de miracle, l’auteur a dû se retouner dans sa tombe.

D’aucuns auront été enchantés de voir Tex (animateur de télévision et humoriste) sur scène, le seul ce jour-là à tirer son épingle du jeu.

La scène française fourmille de talents qui ne demandent qu’à travailler. Peut-être serait-il judicieux de leur ouvrir les portes de certains théâtres pour stimuler et renouveler les comédiens. Si vous allez quand même voir la pièce, peut-être aurez-vous plus de chance que moi ??

Armelle Gadenne

Pièce en 1 acte de Georges Feydeau et Maurice Desvallière
Mise en scène : Luq Hamett
Adaptation : Emmanuelle Hamet
Avec : Tex, Belen Lorenzo, Éric Massot, Jacques Bouanich et Lionel Laget
Décors : Claude Pierson
Construction : Les ateliers décors
Musique originale : Christian Germain

Jusqu’au 30 juillet 2019
Du mardi au samedi à 21h
Matinées les samedis à 17 h (jusqu’au 01/07 inclus)
et les dimanches à 15 h 30
Théâtre Rive Gauche
6 rue de la Gaîté
75014 Paris

Anne Baquet, soprano en liberté, au Lucernaire

 

Esprits chagrins, passez votre chemin ! La liberté, la fantaisie, la fraîcheur, le bonheur de chanter et de s’exprimer… c’est tout cela qu’incarne Anne Baquet dans ce spectacle aussi pétillant que des bulles de champagne. Tel un lutin espiègle, ce petit bout de femme virevolte sur scène, s’emparant allègrement de chansons françaises à l’humour bien trempé (François Morel, Marie-Paule Belle, Juliette, pour ne citer que quelques auteurs) ou d’autres plus poétiques ou plus mélancoliques, sans oublier des variations insolites sur des morceaux de… Freddie Mercury ou John Lennon. Mais qu’importe le registre pourvu qu’on ait la voix et … quelle voix !

L’originalité de cette diva hors norme transparaît dans tous les morceaux qu’elle interprète. En artiste accomplie, elle nous fait passer sans transition du rire au grave, de la fantaisie à la mélancolie. La mise en scène de Anne-Marie Gros souligne avec délicatesse sa personnalité attachante, empreinte d’une douce folie. Aussi à l’aise dans le registre de l’humour que dans celui de l’émotion, elle est d’une féminité rayonnante, mise en valeur par ses tenues et surtout, par une perruque… décoiffante !

Sur scène, Anne Baquet se donne sans compter. Elle chante, elle danse, elle joue la comédie… et elle nous emballe. Sa jolie complicité avec sa pianiste – Claude Collet, ce soir-là – fait plaisir à voir. Les chansons présentées sont à 95 % des créations, ce qui apporte une fraîcheur indéniable à ce récital pas comme les autres.

On sort de la salle du Lucernaire dans un état de douce euphorie, avec plein de notes légères dans la tête (comme cette chanson de Juliette, par ex.) :

« Affranchis de toute harmonie,
Si vous saviez comme j’vous envie,
Chantez, chantons, c’est important
Sans complexe et n’importe comment
Ça sera pas pire et même plus beau
Que ce qu’on entend à la radio…»

Véronique Tran Vinh

avec Anne Baquet
Pianiste Claude Collet, Christophe Henry ou Grégoire Baumberger
Mise en scène Anne-Marie Gros
Accessoiriste Kham-Lhane Phu
Lumière Jacques Rouveyrollis

 Jusqu’au 27 août 2017
Du mardi au samedi à 21 h
Dimanche à 19h00
Théâtre du Lucernaire
53, rue Notre-Dame-des-Champs
75006 Paris
Tél. : 01 45 44 57 34
http://www.lucernaire.fr/theatre/1592-anne-baquet-soprano-en-liberte-.html

 

Les Voisins du dessus, à la Gaîté-Montparnasse

Dossier de presse Voisins du Dessus - 2016Chansons à tous les étages
J’échange mes voisins du dessus contre cette chorale en noir et fushia, qui arbore en signe de reconnaissance des objets hétéroclites : cuillères, tours Eiffel, éponges, barrettes… (qu’importe, pourvu qu’ils soient rose fluo) accrochés aux vêtements ou dans les cheveux des chanteurs.

À l’origine, ils étaient une bande d’amis, maintenant, la troupe compte environ 100 chanteuses et chanteurs qui se relaient sur scène et partagent sans réserve leur bonne humeur et leurs chansons avec un public familial et amical conquis, toujours plus important.

Ce soir-là (le 15 mai), nous fêtions vingt ans d’amitié franco-russe avec le chœur Sokolyata, en première partie du concert. Car Les Voisins aiment inviter d’autres artistes sur scène pour des moments de partage.

Comment ne pas tomber sous le charme de ces joyeux lurons, de tous âges et de tous horizons que je retrouve régulièrement, avec un plaisir d’autant plus grand qu’à chaque concert, il m’est permis de chanter et de me prendre pendant quelques minutes pour l’une des leurs. Car, dès la création des Voisins du dessus, Jean-Marie Leau, le maître de chœur, a eu la bonne idée d’instaurer la distribution d’un feuillet reprenant le texte d’une chanson de leur répertoire, à l’entrée du théâtre. Après une répétition faite sous sa bienveillante direction, dans le chaos et la bonne humeur, tous les spectateurs chantent, transformant la salle en chorale géante. Il faut le vivre pour ressentir cette générosité diffusée par la troupe répartie dans la salle pour aider le public, c’est réellement impressionnant et enthousiasmant.

Eh oui ! Non contents de chanter des chansons aux textes originaux, souvent drôles et décalés – qui parlent de haricots, des gens qu’ils détestent ( ;-)) ou de lits qui grincent, de Bison futé, d’accordéons, de violoncelles… –, ils nous disent aussi que « la vie nous invite à danser » et qu’« ils sont zinzins ». Ils réveillent ce petit grain de folie que nous avons tous au fond de nous et qui nous fait du bien.

Un « clap » spécial à Patrick Delage à l’humour potache et à la diction parfaite (ah !  la liste des chanteurs débitée à la vitesse de la lumière à la fin du spectacle…)

Si la vie nous invite à danser, moi, je vous invite à aller sur leur site :
http://www.lesvoisinsdudessus.fr/wordpress/tag/chorale-virtuelle/
et
Twitter/VoisinsDuDessus
Instagram/LesVoisinsduDessus

Armelle Gadenne

Prochaines apparitions publiques

Vendredi 19 mai à 19 h 30 :
place de la République, à Paris, pour clôturer la journée mondiale des MICI. https://www.afa.asso.fr/article/nos-actions/mobilisation/journee-mondiale-des-mici.html)

Samedi 24 juin après-midi à Cergy dans le cadre de « La folle journée de Cergy » : Animations dans toute la ville, dans les lieux sportifs et culturels.

Dimanche 25 juin vers 18 h au Festival de chorales « Voix sur berges », quai de Jemmapes et quai de Valmy dans le 10e arrondissement.
http://www.voixsurberges.com/

Martin Luther King / George Jackson, au théâtre de l’Atelier

@ DR

Deux voix se croisent, échangent, se répondent. Celle d’un pasteur baptiste, aujourd’hui célèbre pour avoir lutté contre la ségrégation raciale aux États-Unis et l’avoir payé de sa vie : Martin Luther King, non-violent, prix Nobel de la Paix en 1964. L’autre, celle d’un jeune homme emprisonné pour vol, qui passe plus de dix ans dans les centres pénitentiaires : George Jackson rejoint les Black Panthers dans la lutte contre la ségrégation raciale, et sera assassiné en prison en 1971.

En cette Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions, le théâtre de l’Atelier a convié deux comédiens, Lucien Jean-Baptiste et Cyril Guei, à lire des pages des discours de l’un et des lettres de l’autre.

Leurs témoignages font froid dans le dos : « Les hommes noirs nés aux États-Unis et assez chanceux pour être encore en vie à l’âge de dix-huit ans sont conditionnés à considérer l’emprisonnement comme inéluctable », affirme George Jackson. Sa voix, portée avec force par Cyril Guei – assis devant une table, dans sa cellule –, résonne des injustices et du combat à mener pour l’égalité des droits : « C’était en 1960, j’avais dix-huit ans. Je n’en suis pas sorti depuis. En prison, j’ai fait la connaissance de Marx, de Lénine, Trotsky, Engels et Mao, et ils m’ont converti. Pendant les quatre premières années, je n’ai étudié que les questions économiques et les techniques de combat. » Et de conclure : « L’homme est né libre, mais partout il porte des chaînes. »

Lucien Jean-Baptiste, lui, debout, fait entendre la voix de Martin Luther King, fraternelle, mais déterminée : « Les tourbillons de la révolte continueront d’ébranler les fondations de notre nation jusqu’au jour où naîtra l’aube brillante de la justice. » « Non, non, nous ne sommes pas satisfaits, et nous ne serons pas satisfaits tant que le droit ne jaillira pas comme les eaux et la justice comme un torrent intarissable. »

Et l’objectif pour les deux hommes : « Nous devons parvenir à comprendre que notre objectif est d’instaurer une Société en paix avec elle-même, une Société qui pourra vivre en paix avec sa conscience. Le jour où cela arrivera, ce ne sera une victoire ni pour le Blanc ni pour le Noir. Ce sera une victoire pour l’Homme en tant qu’Homme. »

Cette lecture à deux voix, par la sélection des textes et leur va-et-vient alors que les deux hommes n’ont pas correspondu de leur vivant, trouve aujourd’hui une résonance particulière – grâce aux voix particulièrement justes des deux comédiens, mais aussi à leur gestuelle – quand l’actualité rappelle que malheureusement la discrimination raciale gangrène toujours les États-Unis et qu’il faut encore affirmer : Black lives matter (« Les vies des Noirs comptent »).

 Plûme

Le 10 mai au théâtre de l’Atelier
Martin Luther King / George Jackson
de Pierre Tré-Hardy et mis en voix par Sally Mikaleff
Avec Lucien Jean-Baptiste (Martin Luther King) et Cyril Guei (George Jackson

Dans le cadre du Cycle de lectures et de prises de parole autour du pouvoir et de la citoyenneté : À haute voix !
http://www.theatre-atelier.com/a-haute-voix-lo2091.html

Jeudi 18 mai à 21 h :
« Je veux espérer encore »
Jean Jaurès
Conception et mise en espace Léonard Matton
Avec Richard Bohringer

Vendredi 19 mai à 21 h :
« Marie-Antoinette, correspondances privées »
De Évelyne Lever
Mise en scène de Sally Micaleff
Avec Fabienne Périneau

Samedi 20 mai à 21 h :
« Elles prennent la parole »
Mise en voix d’Anouche Setbon
Avec Nathalie Cerda, Julie Depardieu, Andréa Ferréol et Juliette Biry

Mardi 23 et mercredi 24 mai à 21 h :
« Zhumains, conférence-spectacle anti-fin du monde »
De et avec Catherine Dolto et Emma la Clown

Mercredi 31 mai à 21 h :
Le Salon des dames,
De et par Le salon des dames

 

 

Michael Kohlaas, l’Homme révolté, au théâtre Essaïon

© La Birba Compagnie

Dans une cave aux murs de pierres, Gilbert Ponté, seul sur scène, nous conte l’histoire épique de Michael Kohlaas. Histoire singulière que celle de cet éleveur de chevaux, amoureux de son métier et de ses bêtes et qui, sujet au bon vouloir de barons, balloté d’injustices en injustices, se révolte, emporté dans un enchaînement irrésistible de violences qui le mène à la potence.

Gilbert Ponté caresse les chevaux du regard et, d’une intonation, invite le spectateur à pénétrer dans le cercle de vie, sans faux-semblants. Nous voilà embarqués, avec armes et bagages, le long des routes de l’Allemagne du XVIe siècle, en compagnie d’un honnête éleveur de chevaux, Michael Kohlaas.

On entend le pas mesuré des chevaux, leur hennissement, le vent dans leur crinière… l’effet est confondant. Comme une bourrasque qui s’emparerait du corps du comédien et qui n’aurait d’autre échappatoire que sa voix et ses mains, la tragédie prend corps – au propre comme au figuré –, le spectateur écoute les battements du cœur qui saigne de tant d’injustices, assiste à la naissance de l’homme révolté, jusqu’à sa plus terrible expression.

Se rapprochant du « théâtre-récit », cher à Dario Fo, Gilbert Ponté incarne tous les protagonistes, dans une mise en scène sobre, sans décor, sans jeu de lumières, avec juste quelques notes de musique, « rompant ainsi avec le spectacle spectaculaire », comme il le dit lui-même. Par ce dépouillement voulu, la représentation se construit mentalement, faisant naître images et émotions, libres de toute directive, et c’est bien là que réside la force du spectacle.

N’hésitez pas, laissez-vous emporter par le souffle épique de cette histoire, sur les chemins de L’Homme révolté en quête de justice.

Plûme

D’après la nouvelle Michael Kohlhaas, de Heinrich von Kleist
Adaptation : Marco Baliani et Remo Rostagno
Traduction : Olivier Favier
Mise en scène : Gilbert Ponté
Avec Gilbert Ponté

Jusqu’au 27 juin
les lundi et mardi à 19 h 45
Théâtre Essaïon
6, rue Pierre-au-Lard
75004 Paris
Réservations : 01 42 78 46 42
http://www.essaion-theatre.com

Shaman & Shadoc, au théâtre Essaïon

@ David Krüger

Des rats et des hommes

Le choc de deux solitudes qui se rencontrent. D’un côté, Manhattan Shaman, clochard magnifique, qui vit dans un appartement avec des rats pour seuls compagnons, et son cynisme en bandoulière. De l’autre, Shadoc, à l’allure et à la vie si conformistes, élevé dans « la grande tradition de la bonne bouffe et des petites affaires », qui fait preuve de compassion à son égard. Mais qu’ont-ils en commun, à part le début de leur nom ?

De leur rencontre improbable, naissent des propos absurdes, un brin surréalistes, évoquant la vie des rats – qui ressemble étrangement à celle des hommes –, la solitude, l’amour (et son absence) et la mort. Peu importe l’explication finale, trop psychologisante à mon goût. J’ai préféré la première partie, où les deux hommes se cherchent, s’évitent, se heurtent à travers des dialogues mâtinés d’humour noir.

Malgré le peu d’action, on ne s’ennuie pas une minute grâce à la magie de la mise en scène. Les intermèdes apportent une note de gracieuse fantaisie, tandis que lumière et musique nimbent la scène d’une ambiance mystérieuse. Il faut souligner la qualité de l’écriture et de l’interprétation. Ce soir-là, Pierre Margot et Céline Legendre-Herda entouraient Guillaume Orsat, excellent dans le rôle de Shaman le déjanté, cabossé par la vie.

Un petit bijou d’humour noir et de poésie, qu’il faut absolument aller voir avant qu’il ne soit trop tard.

Véronique Tran Vinh

IMG_5612Jusqu’au 13 mai 2017
du jeudi au samedi à 21 h 30

Théâtre Essaïon
6, rue Pierre-au-Lard
75004 Paris
Réservation : 01 42 78 46 42
www.essaion.com

Écriture et mise en scène : Pierre Margot
Avec : Guillaume Orsat (Shaman)
En alternance : Pierre Margot ou Xavier Béja (Shadoc)
En alternance : Céline Legendre-Herda ou Julie Allainmat
Collaboration artistique : Claire Guyot –
Dramaturgie : Anne Massoteau – Musique : Nathalie Miravette – Lumière : Charly Thicot
Produit par la Cie des Pas Perdus

Iliade au théâtre Paris-Villette

@ Charlotte Gonzalez

Le cœur battant, nous sommes venus assister à un moment de théâtre pas comme les autres. Ce soir, les comédiens ne rentreront pas tous chez eux, certains dormiront au centre pénitentiaire de Meaux.

Du coup, l’Iliade d’Homère résonne d’une gravité inattendue. On connaît tous l’histoire de la belle Hélène, épouse de Ménélas, enlevée par Paris, qui déclencha la guerre de Troie, mais ce soir, les comédiens, s’ils nous donnent à entendre la même histoire – celle des conflits, de la violence, de la vengeance… – nous troublent tant « ils incarnent par leur visage et leur corps les héros et les rois du mythe grec », comme le dit le metteur en scène.

Au départ, il y eut un atelier de théâtre en milieu carcéral, mené par Luca Giacomoni, qui déboucha sur cette incroyable aventure : représenter en dix épisodes d’une heure chacun, les moments forts de l’Iliade sur scène.

Ce soir, « La colère d’Achille », demain, « Le duel pour Hélène », samedi, « Un jour de bataille », et ainsi de suite jusqu’à « La fin de la guerre ».

On est saisis par l’intensité du jeu des interprètes, tant ils sont présents dans leurs gestes, dans leur voix, leurs expressions… dans une représentation chorale où affleure l’émotion, le vécu de chacun d’eux.

Cette traversée se fait sous l’œil du chœur antique, incarné par une femme qui chante et ponctue le drame au rythme de ses mélopées perses. Une autre femme incarne, par sa beauté rayonnante, l’enjeu des conflits : les violences qu’elle peut susciter ou bien le respect, la dignité et « la beauté d’être homme ».

On est surpris quand se termine l’épisode, tant une heure est vite passée. On est émus d’assister à la joie, à la fierté de ces hommes d’avoir accompli quelque chose de difficile et de beau, eux qui portent en triomphe leur metteur en scène, Luca Giacomoni, sans qui rien n’aurait été possible.

On est troublés d’entendre dans la salle des collégiens accompagnés de leur prof, ovationner ces comédiens pas comme les autres, comme une reconnaissance, une ouverture sur un monde possible, malgré les origines, les parcours… Oui, chacun d’entre nous peut faire quelque chose qui le dépasse.

Cette aventure qui a mobilisé tant d’énergies – dans des instances très différentes comme le ministère de la Justice, celui de la Culture, le Service pénitentiaire d’insertion et de probation de Seine-et-Marne ou la Mairie de Paris – nous offre un spectacle de ce qui est aussi notre société et de ce qui se joue « dans la possible unité du monde ».

Plûme

Du 4 au 14 mai 2017
Th
éâtre Paris-Villette
211, avenue Jean-Jaurès
75019 Paris
du mardi au jeudi à 20 h / le vendredi à 19 h / le samedi à 20 h / le dimanche à 16 h
Réservations : 01 40 03 72 23
resa@theatre-paris-villette.fr

D’après l’Iliade d’Homère et Homère, Iliade d’Alessandro Baricco
Traduction : Paul Mazon, Françoise Brun
Mise en scène : Luca Giacomoni
Dramaturgie : Marta Fallani

avec Armelle Abibou, Mourad Ait Ouhmad, Samir Ben Malek, Hugues Dangreaux, Laurent Evuort Orlandi, Cristoforo Firmin, Cyril Guei, Jean-Baptiste Guinchard, Sid Ali Hanifi, Lévy Kasse Sampah, Moussa Konate, Eliott Lerner, Ali Marsaoui, Michel Quidu, Jamal Yatim, Kamel Zada
Chant : Sara Hamidi
Lumières : Sean Seago

Jeudi 4 mai à 20 h
Épisode 1. La colère d’Achille
Vendredi 5 mai à 19 h
Épisode 2. Le duel pour Hélène
Samedi 6 mai à 20 h
Épisode 3. Un jour de bataille
Dimanche 7 mai à 16 h
Épisode 4. La défaite des Achéens
Mardi 9 mai à 20 h
Épisode 5. Dans le camp ennemi
Mercredi 10 mai à 20 h
Épisode 6. L’assaut du rempart
Jeudi 11 mai à 20 h
Épisode 7. Brûler les navires
Vendredi 12 mai à 19 h
Épisode 8. La mort de Patrocle
Samedi 13 mai à 20 h
Épisode 9. La mort d’Hector
Dimanche 14 mai 16 h
Épisode 10. La fin de la guerre

 

1988, le Débat Mitterrand-Chirac, au théâtre de l’Atelier

@ Pascal Victor

Duel au sommet

En reprenant le texte du fameux débat de 1988 et en le réduisant à une heure trente,  le théâtre Montansier, dirigé par Geneviève Dichamp et Frédéric Franck, nous donne à entendre une autre version du discours politique. Tous les éléments propres à la dramaturgie étant réunis, cela ne pouvait que constituer un magnifique moment de théâtre.

Le choc de deux personnalités aux antipodes, de deux conceptions de la société qui s’affrontent lors d’un débat… cela vous rappelle peut-être quelque chose ? Le débat de l’entre-deux tours de l’élection présidentielle est désormais une institution dans notre pays. Au-delà de la politique, il constitue aussi un bel exercice de rhétorique – et partant, de manipulation –, comme ce fut le cas pour le débat de 1988.

D’emblée, chacun veille à présenter un ethos (image que le locuteur donne de lui-même à travers son discours) positif. À l’opposé d’un Mitterrand, fin stratège, qui remet les choses en perspective dans l’histoire (par exemple, la crise de la Nouvelle-Calédonie) et qui propose une approche philosophique du monde, Chirac incarne un candidat plus technocrate, pragmatique, qui se réfère en permanence au bilan de son ministère.

N’oublions pas cependant la particularité des candidats de 1988 : l’un était le Président de la République et l’autre, son Premier ministre, obligés de cohabiter depuis deux ans au sommet de l’État. D’où une opposition renforcée par le statut de chacun, donnant lieu à un dialogue lourd de sous-entendus, de ressentiments, aux allures de règlement de comptes.

La retranscription des textes met en exergue leur mordant et, parfois même, leur drôlerie. À Chirac, qui veut que les choses soient claires : « Nous sommes deux candidats à égalité… vous me permettrez de vous appeler Monsieur Mitterrand… », Mitterrand rétorque avec une ironie cinglante : « Bien sûr, M. le Premier ministre. » De même, l’absurdité du dialogue déclenche le rire quand Chirac interpelle son adversaire sur la hausse de la TVA sur les aliments pour chiens et que celui-ci répond qu’il aime les chiens mais qu’il « se préoccupe de la TVA pour les hommes ».

Véritable joute oratoire, mais aussi rencontre entre deux grands acteurs : Jacques Weber, avec sa stature imposante et ses mimiques lourdes de sous-entendus, compose un Mitterrand souverain, face à François Morel, qui fait ressortir la dimension humaine et le désarroi de son challenger. Entre les deux, Magali Rosenzweig, alias Michèle Cotta, compte les coups d’un air médusé.

À quelques heures du débat de l’entre-deux tours (réel celui-ci), ce spectacle nous oblige à une distanciation bienvenue face aux affirmations de ceux qui briguent le pouvoir suprême. Un moment de théâtre jubilatoire, mais aussi une réflexion salutaire sur la politique et ses faux-semblants.

Véronique Tran Vinh

avec :  Jacques Weber , François Morel et Magali Rozenzweig
Produit par : le théâtre Montansier

6 représentations exceptionnelles :
Les 2, 3, 4, 5 et 6 mai à 21 h
Le 7 mai à 16 h
Théâtre de l’Atelier
1, place Charles-Dullin
75018 Paris
Réservations au : 01 39 20 16 00
www.theatremontansier.com
www.theatre-atelier.com

 

Z’humains ! Conférence anti-fin du monde, au théâtre de Belleville

Nous faire réfléchir aux fléaux qui menacent notre planète : agriculture et élevage intensifs, réchauffement climatique, nucléaire…, mais avec légèreté et humour !

Pari réussi de la part de Catherine Dolto (pédiatre et haptothérapeute de son métier), enseignante bienveillante, et Emma la clown, à l’énergie communicative et tout aussi bienveillante, qui font l’état des lieux de l’influence de l’humain sur son biotope. Les deux comparses ponctuent leurs échanges d’animations ludiques et didactiques sur “Poyer Punt” (pour Power Point) projetées sur écran. Elles nous rappellent nos origines et les principales étapes de l’évolution de l’espèce humaine, mais aussi la disparition des dinosaures (tués par un gros caillou en pâte à modeler) ou le mode de vie de l’« homo sapiens sapiens », notre ancêtre direct.

Les interactions avec le public sont nombreuses ; le gros ballon en forme de globe terrestre que l’on se renvoie, notamment, nous fait comprendre que nous jouons avec la terre, alors qu’elle est fragile. Les interventions d’Hubert Reeves, filmées et projetées sur l’écran, mais aussi celles de Matthieu Ricard et José Bové, qui ont prêté leur voix à des chaussettes transformées en marionnettes, viennent conforter leur propos.

On rit beaucoup des facéties d’Emma la clown, mais aussi des fous rires de Catherine Dolto. Elles nous rappellent, avec bonne humeur et un peu de sérieux quand même, qu’il serait temps et judicieux de réfléchir à une autre façon d’envisager notre avenir et celui de notre planète, qui sont quand même étroitement liés.

Un spectacle aussi réjouissant qu’indispensable… ne le manquez pas !

Armelle Gadenne

Avec Emma la clown et Catherine Dolto
De /par Catherine Dolto et Meriem Menant
Mise en scène Kristin Hestad
Lumière Nicolas Lamatière
Son et régie générale Romain Beigneux-Crescent
Costumes Anne de Vains
Vidéo Yann de Sousa
Conception musicale Patrice et Henry Blanc-Francart
Production Compagnie La Vache Libre

Jusqu’au 30 avril 2017
Du mardi au samedi à 21 h 15, dimanche à 14 h 30
Théâtre de Belleville
Entrée : Passage Piver
94, rue du Faubourg-du-Temple
75011 Paris
http://www.theatredebelleville.com/saison-16-17/item/365-z-humains

En tournée les 23 et 24 mai à 21 h
au Théâtre de l’Atelier,
1, place Charles-Dullin
Paris 18e
Retrouvez tous les spectacles sur le site : www.emmalaclown.com

Alors, est-ce que c’est là ? au T2G

dossierRP_Clementine_Baert_s© Vincent Arbelet

Comme une spirale échappée de l’espace-temps, la voix de Clémentine Baert s’élève sur la scène du T2G, crescendo, elle monte jusque dans les aigus, se transforme en litanie, en chant profond et retombe, plombée par la réalité.

Quelle est-elle cette réalité ? Celle à laquelle s’accroche cette femme pour expliquer l’inexplicable, la disparition de l’être aimé. Serait-ce à la faveur d’un wormhole, trou dans l’espace-temps, qu’il a disparu, ou alors d’un trou noir qui avale tout et laisse l’image de l’homme aimé au bord du gouffre, présente des années plus tard, comme les étoiles mortes dont la lumière nous parvient encore.

De quoi s’agit-il ? D’un homme beau, bien mis, qui aime les vêtements de marque, les voitures de marque, qui roule au volant d’une de couleur rouge, avocat international d’affaires… Bref, d’un homme, soucieux des apparences sociales, qui disparaît. Ou alors, serait-ce une imposture, tout simplement, qui laisse celle qui se croyait aimée au bord de la folie. Donner un sens à ce qui n’en a pas, la tâche est rude pour la jeune femme qui tente le tout pour le tout pour comprendre, ne pas perdre pied et disparaître à son tour. De ce puzzle qu’elle construit et déconstruit, pour démêler le vrai du faux, la réalité de la fiction, s’échappe la voix frêle du doute, celle forte des données scientifiques, celle intérieure, presque chuchotée ou sublimée par le chant…

Écrit par Clémentine Baert, ce monologue raconte la part de subjectivité – de relativité, comme l’énoncerait Einstein – qui est en chacun de nous quel que soit l’événement vécu en commun, au même moment. C’est cette fragilité que Clémentine Baert met en scène : « C’est ce que j’essaye de travailler au plateau, sur la subjectivité du point de vue notamment, grâce à la lumière que Philippe Gladieux crée en direct et qui joue sur les persistances rétiniennes du public. Il essaye de rendre visible le noir ou les paradoxes d’astrophysique en temps réel. De même, Alexandre Meyer crée des sons dont on n’est jamais certains de les entendre ou de les imaginer. »

 De ce moment de théâtre, émerge une question : que reste-t-il de nos instants de vie partagés, que reste-t-il au fond de chacun d’entre nous ? Magnifique questionnement qui signe la réussite de cette pièce, interprétée avec justesse et talent par son auteure.

Plûme

Jusqu’au 26 avril à 20 h 30
T2G – Théâtre de Gennevilliers
41, avenue des Grésillons
92230 Gennevilliers
www.theatre2gennevilliers.com

Conception, interprétation : Clémentine Baert
Lumière, espace : Philippe Gladieux
Son : Alexandre Meyer
Conseil artistique 1re étape de travail : cile Musitelli
Graphisme : Marieclairegrafilles

 

Le Horla, au théâtre Michel

Un homme, en apparence sain d’esprit, se sent peu à peu envahi par la présence d’un être invisible, qui le guette dans les recoins de sa maison.

Comment ne pas être épaté(e) par le jeu de Florent Aumaître ? Seul en scène, à peine accompagné par quelques effets de lumière et de musique, il s’empare du texte de Maupassant, se collette avec lui et le fait sien. D’un naturel confondant, le comédien fait montre d’une grande expressivité dans son jeu : d’abord gai et insouciant, puis de plus en plus tourmenté par de sombres visions, partagé entre l’incrédulité et la peur face à ce monstre invisible qu’est le « Horla », décidé à en découdre, enfin, désespéré… il passe par tous ces états avant de basculer de l’autre côté de la raison.

Le héros est-il possédé par un être malfaisant débarqué d’un trois-mâts, en provenance du Brésil, comme il le soupçonne ? ou est-il en train de sombrer, lentement mais sûrement, dans la folie ? Cette nouvelle de Guy de Maupassant, qui flirte avec le fantastique, est magnifiquement écrite. Elle retranscrit également les découvertes de l’époque sur l’hypnose. Est-ce un hasard si sa rédaction coïncide avec le début des angoisses et des hallucinations chez son auteur, liées à la syphilis dont il souffrait ?

Grâce à son élocution parfaite, le comédien nous restitue toutes les subtilités du texte, créant un véritable suspense. On est littéralement suspendu à ses lèvres, aspiré avec lui dans ses tourments, retenant notre souffle jusqu’à la fin (même si la plupart d’entre nous la connaissent déjà). Rien que pour cette rencontre entre Florent Aumaître et ce texte, il faut courir voir Le Horla. Même si l’on peut regretter un peu l’absence de mise en scène.

Texte de Guy de Maupassant
avec Florent Aumaître
Mise en scène de Slimane Kacioui

Jusqu’au 6 mai 2017
Les mardi et mercredi à 19 h
Dates supplémentaires :
jeudi 4, vendredi 5 et samedi 6 mai à 19h00

Théâtre Michel
58, rue des Mathurins
75008 Paris
http://www.theatre-michel.fr/Spectacles/le-horla

Billie Holliday – Sunny Side, à La folie Théâtre

©Denis Rion

De la voix rocailleuse de Billie Holiday roule le torrent de sa vie… Par moments furieux, au cours impétueux, passant de bras en bras, parfois violé, parfois caressé, souvent engagé, rarement en paix.

Sur scène, Naïsiwon El Aniou raconte la vie de la grande dame du Blues, toujours au bord du gouffre, seule ou mal accompagnée, oscillant entre gaîté et tristesse avec, chevillée au corps, toujours la rage de vivre.

Dès le début de la pièce, la comédienne dit « je » et on comprend qu’elle a dans la peau cette Lady Day. Fidèle à Billie dont elle connaît le parcours chaotique, elle joue et danse mais laisse la voix unique de la chanteuse de Blues interpréter ses chansons.

C’est une réussite totale. Naïsiwon El Aniou occupe le plateau au rythme des anecdotes tumultueuses de la vie de la diva. On voit ainsi défiler l’histoire des États-Unis à l’époque où la ségrégation raciale aboutissait au lynchage. On frissonne d’effroi en écoutant Strange Fruits où Billie Holiday fait résonner chaque mot d’une densité telle que l’on voit ces « étranges fruits » que sont les corps de jeunes noirs pendus se balancer aux branches des arbres.

Ce qui est troublant dans l’interprétation de Naïsiwon El Aniou, c’est la force du parler vrai et la gestuelle de la chanteuse qu’elle nous fait passer, celle qui est née d’une mère âgée de seulement 13 ans, dans une très grande misère. Des hommes, elle en a connu… violeurs, amoureux, bagarreurs, elle en a souffert mais certains lui collent toujours à la peau. La prison, la drogue, l’alcool… elle sait de quoi elle parle.

Elle raconte les tournées où parfois on la trouve trop blanche, ou trop noire, ou alors, comble de tout, une chanteuse blanche prend sa place sur scène pendant qu’elle attend dans le van… Ce qui lui fait dire que parfois : « On se sent comme une esclave dans une plantation. »

On suit le corps de la comédienne-danseuse vibrer, se tordre, danser au son du Blues, des histoires, des émotions dans un hommage saisissant à celle qui racontait : « On a dit que personne ne chantait le mot amour ou le mot faim comme moi. »

La mise en scène sonne juste : quelques objets, un réchaud, trois robes, deux paires de talons, la présence d’un saxo comme un ami, un flacon d’alcool, un brin de vidéo, et on habite l’univers de la diva. Naïsiwon El Aniou ne se prive pas de la faire danser sur les titres qu’elle a choisis comme God Bless The Child, et on bouge avec elle.

De grands moments d’intensité partagés dans la petite salle de la Folie Théâtre qui a eu l’excellente idée de reprogrammer ce spectacle ! Bravo !

Plûme

Texte et mise en scène : Naïsiwon El Aniou
Avec : Naïsiwon El Aniou
Costume : Laetitia Chauveau
Création lumières : Sylvain Pielli

Jusqu’au 27 mai, vendredi et samedi à 21 h
À la Folie Théâtre
6, rue de la Folie Méricourt
75011 Paris
Tél. : 01 43 55 14 80
http://www.folietheatre.com

 

 

Condamnée, au théâtre La Croisée des chemins

@ Elvire Bourgeois

« Une pièce de théâtre, c’est quelqu’un. C’est une voix qui parle, c’est un esprit qui éclaire, c’est une conscience qui avertit. » Victor Hugo

Cette voix, c’est celle de la condamnée, celle de Betty Pelissou qui a choisi de porter seule le texte de Victor Hugo, Le Dernier Jour d’un condamné. Avec elle, nous entrons dans le cachot pour y « vivre » les six semaines qui la séparent de la guillotine.

D’elle, nous ne connaissons rien, pas même le crime pour lequel elle a été jugée. De sa cellule, nous ne voyons que les murs sales et une chaise. Un décor simple qui laisse toute la place à la densité du texte et à son interprète, accompagnés par moments de quelques notes de musique.

Betty Pelissou entre dans la Condamnée comme dans une seconde peau. Dès les premiers mots, sa voix nous émeut, brisée par l’horrible idée, la sanglante idée de sa mort sur l’échafaud. Son interprétation est si aboutie qu’elle nous fait sentir la chaleur d’un rayon de soleil quand elle lève la main pour le caresser : « Par l’étroite et haute fenêtre de ma cellule, je vis le reflet jaune où des yeux habitués aux ténèbres d’une prison savent si bien reconnaître le soleil. J’aime le soleil. »

Nous vibrons au diapason de ses rêves, de ses angoisses, de ses émotions tout au long du calvaire qu’elle doit endurer entre ces quatre murs, et c’est bien là la force et l’intensité du jeu de Betty Pelissou.

Sur le papier noirci à longueur de jours et parfois de nuits, Hugo interpelle les consciences, lui qui, enfant, a assisté à une exécution en place de grève. « Que ce que j’écris ici puisse être un jour utile à d’autres, que cela arrête le juge prêt à juger, que cela sauve des malheureux, innocents ou coupables, de l’agonie à laquelle je suis condamnée. »

Dans la petite salle de ce nouveau lieu, en plein XVarrondissement, on retient son souffle au rythme des pas qui mènent la condamnée à la guillotine et on pense qu’il a fallu attendre cent cinquante ans après le texte de Victor Hugo pour qu’enfin la peine de mort soit abolie !

Plûme

Condamnée, éligible aux P’tits Molières 2017
jusqu’au 5 mai 2017,
tous les jeudis et vendredis à 19h30

Mise en scène : Vincent Marbeau
Avec : Betty Pelissou
Production : Compagnie Phèdre était blonde

Théâtre La Croisée des chemins
43, rue Mathurin Régnier
75015 Paris
Réservations : 01.42.19.93.63
http://www.theatrelacroiseedeschemins.com/condamnee

 

Omelettes amoureuses, au Tremplin Théâtre

@Philippe Brière

Comment faire une omelette sans casser d’œufs, ou, autrement dit, comment devenir une femme forte, consciente de ses potentialités, qui ne s’excuse plus d’exister… libre tout simplement ? Comment réveiller la « guerrière » qui sommeille en chacune d’entre nous ?

C’est cette quête initiatique que Corinne Merle, seule en scène, va nous faire partager. Pour cela, elle fera appel aux textes d’autres femmes (notamment Virginie Despentes, Florence Lautrédou…) qui ont cherché, avant elle, à se dégager des archétypes culturels et à affirmer leur singularité. Un discours militant, féministe bien sûr, mais aussi, tout simplement humain.

Dans la pénombre de la minuscule scène du Tremplin Théâtre, émergent quelques accessoires symboliques : une robe en lamé, une blouse de ménage, un panier en osier, une paire d’escarpins, etc. La comédienne les utilisera à tour de rôle pour se mettre dans la peau de différentes femmes : la petite fille, la femme naïve, la séductrice, la rebelle, etc.

L’accent est mis sur les violences faites aux femmes, et notamment sur le viol. Même si le propos est parfois un peu trop appuyé, la comédienne auteur le fait partager avec une belle générosité. Il est question de prise de conscience, de résilience, d’amour aussi. Un petit bémol toutefois sur la mise en avant des textes, que j’ai trouvé par moments trop présents.

Corinne Merle incarne à merveille cette femme plurielle et fait montre d’une belle présence scénique, jouant de son corps sans fausse pudeur. Voluptueuse comme peut l’être une femme bien dans sa peau. Ses propos sont parfois crus, parfois violents, souvent drôles.

À défaut de recette, notre apprentie cuisinière se transformera en guerrière, prête à mobiliser ses forces pour partir à l’assaut de la vie. Prenez-en de la graine et courez voir le spectacle. La salle est petite, alors n’oubliez pas de réserver !

Véronique Tran Vinh

Idée originale, écriture, jeu : Corinne Merle
Création lumière : Fabienne Breitman
Collaboration artistique : Florence Evrard, François Jenny

Dates : Mars : 31 – Avril : 1, 7, 8, 14, 15, 21, 22, 28, 29
Tremplin Théâtre
39, rue des Trois-Frères
75018 Paris
Réservations : 06 62 69 83 96
http://www.comeprod.fr/