Danse “Delhi” d’Ivan Viripaev au Théâtre Gérard Philippe

Danse « Delhi « est le titre d’une création chorégraphique de l’un des personnages principaux de la pièce, la danseuse Katia. Lors d’un voyage en Inde, elle a été frappée par la misère et le douleur des habitants au point de vouloir les sublimer dans un acte artistique. Danse « Delhi » est ce qu’on ne voit pas mais ce dont tout le monde parle, en bien ou en mal.

Dans la salle d’attente d’un hôpital, chacun des six protagonistes est confronté à l’annonce de la mort d’un proche, la mère, la femme, le mari ou l’amie. Sept pièces, soit sept variations sur le même thème. Acceptation, indifférence, hystérie, colère, culpabilité, chacun vit et revit différemment cette annonce répétée. La difficulté d’appréhender la mort les rend imperméables à la douleur de l’autre. Tous ont été fascinés par cette Danse « Delhi », qui fait de la beauté avec de la boue, mais aucun ne peut affronter la douleur, la sienne ou celle des autres.

Mais est-ce là le sujet ?  L’incapacité de s’émouvoir, une ambivalence des sentiments qui les accule à une forme de lâcheté ?

L’auteur semble vouloir régler ses comptes avec le politiquement correct, la bonne conscience des artistes qui créent en se servant de la souffrance des autres.  Comme en témoigne la femme âgée, critique littéraire qui raconte avoir assisté à un spectacle qui se déroulait dans un abattoir, pour protester contre la guerre en Irak.

Mais est-ce bien là le sujet ? La légitimité de faire un spectacle avec la douleur des autres ?

Deux cubes en verre dépoli derrière lesquels joue la musicienne (Viviane Hélary) mettent en perspective un ailleurs, un monde extérieur flou et illusoire. Entre chaque pièce, la musique, style Philip Glass, évoque la répétition immuable des gestes et des destins qui se jouent au premier plan, dans l’espace plus réaliste de la salle d’attente.

Dans cette partition conceptuelle quasi musicale, le jeu des solistes est inégal. Si la mère (Christine Brücher) et l’amie (Laurence Roy) apportent de la profondeur, Katia (Manon Clavel), Andréi, le mari (Jules Garreau) et Olga (Marie Kaufmann)  sont moins convaincants parce que plus anecdotiques. Seule face à ces personnages désaccordés, l’infirmière (Kyra Krasniansky)  est un parfait contrepoint administratif,  la note de bon sens qui déclenche les rires du public. Dans cette surabondance de mots, la mise en scène gagnerait à plus de ruptures et de silences et à une distanciation des personnages qui accentuerait l’aspect tragi-comique de la pièce et l’ironie de l’auteur.

Au final, le sujet se dérobe, sans réelle conclusion, sauf à penser qu’Iripaev fait son auto-critique…

Florence Violet

Danse « Delhi » de Ivan Viripaev au Théâtre Gérard Philippe
59 Boulevard Jules Guesde, 93200, 93210 Saint-Denis
01 48 13 70 00

Compagnie Det Kaizen

Mise en scène Gaëlle Hermant
Du 16 au 22 octobre 2021
Du lundi au vendredi à 20 heures, samedi à 18 heures, dimanche à 18 h 30.
Relâche le mardi.

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