La Noce de Bertolt Brecht au Théâtre de l’Epée de Bois

Quand le public entre dans la salle, le banquet bat son plein. La table est bien garnie, le vin coule à flots, les invités bavardent dans une ambiance bon enfant. Sous la boule tango, un trio de musiciens en vestes pailletées joue en sourdine. Tout va pour le mieux.

Oui… mais l’alcool aidant,  les langues se délient, le vernis craque. Le père multiplie les histoires sinistres, l’ami du marié est vulgaire, la bienséance fait place à la grossièreté, chacun règle ses comptes, dénonce, provoque et les silences gênés ne tempèrent pas la violence sous-jacente. Le décor n’est pas en reste, et les meubles amoureusement construits par le marié s’écroulent les uns après les autres, entraînant la vaisselle et les personnages dans leur chute.  Une fois seuls, les mariés ne savent plus s’ils doivent se réjouir du départ des invités « C’est notre nuit de noces tout de même » ou leur demander de revenir.

Dans la veine du cabaret burlesque de l’époque, Brecht a écrit une farce sinistre, dénonçant l’inanité des conventions sociales, les faux-semblants, les fausses valeurs, la quête vaine d’un pseudo-bonheur, d’un nid douillet comblant le vide et la désillusion. « C’est le marasme. »

C’est ce que met en scène avec brio la compagnie du Berger, dirigée par Olivier Mellor.

Maquillés de blanc, les comédiens multiplient les numéros clownesques. La mariée se déhanche sur un rock endiablé, l’invité beugle une chanson obscène… L’orchestre, style « baloche » de province (belle trouvaille), tente de faire diversion en égrenant les tubes affligeants, L’Eté indien, Tata Yoyo ou l’inévitable Danse des canards, avant de s’éclipser faute de combattants. Et la montée en spirale du désastre culmine en un bouquet final forcément explosif…

Revendiquant un théâtre choral et musical, la troupe nous offre un spectacle jouissif, divertissant, mais où l’on rit jaune car il représente une part boursouflée de nous-mêmes, les affres d’une société en déliquescence.

Florence Violet

La Noce de Bertolt Brecht
Par la compagnie du Berger

Du 7 au 31 octobre 2021
Jeudis, vendredis, et samedis à 21 heures
Samedis et dimanches à 16 h 30

Théâtre de l’Epée de bois/Cartoucherie de Paris
www.epeedebois.com

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