“La Chambre de Marie Curie”, au Théâtre de l’Épée de Bois

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L’orage, des coups de tonnerre violents. Le corps de Pierre Curie est étendu au milieu d’une pièce. Il est mort renversé par un fiacre un jour de pluie. « A quoi pensait-il ? », se demande Marie Curie. Plusieurs fois, elle va passer devant le mort et être saisie, bouleversée en voyant l’être aimé sans vie, parti trop tôt et trop brutalement. « Il n’y a pas que la science qui est en deuil ! » Puis va s’installer un dialogue entre l’époux défunt et sa jeune veuve.

Dans cette pièce chaque scène, chaque situation, est rythmée par la nuit, avec en fond sonore : l’orage ou la musique (bravo à Mickaël Vigier et Lionel Haug). Au début, les coups de tonnerre sont assourdissants et m’ont fait ressentir la violence de la perte, le déchirement qu’éprouve Marie, femme amoureuse, jeune veuve désemparée et mère de deux petites filles devenues orphelines de leur père.

Comment continuer sans l’être avec qui elle partageait l’amour et la recherche. Elle est en exil de son pays et de son mari. Elle se décrit comme une somnambule à la dérive, une âme sans corps. Penchée sur sa dépouille, Marie parle à Pierre. Elle se souvient…

À travers leurs souvenirs les deux époux, joués par Jean-Michel Fête, un Pierre Curie doux et passionné, et Soizic Gourvil, merveilleuse Marie Curie à laquelle elle ressemble quasiment trait pour trait, le spectateur va accéder à l’intimité du couple. Les souvenirs se réinventent : leur rencontre d’abord, leur passion naissante, les débuts sans argent, la chambre de Marie dans une soupente, le froid, la glace qu’il fallait casser pour pouvoir se laver. S’aimer, travailler, chercher.

Cette recherche qui les unit plus que tout et qui les fait se lever la nuit pour aller au laboratoire admirer les fioles bleues luminescentes et chercher, chercher encore. « C’est injuste de mourir. »

Marie devra poursuivre seule son rêve scientifique et humanitaire. Le temps passe, la Grande Guerre est là, Marie s’engage sur le front pour secourir les blessés et fait équiper des camions, « les petites Curie », d’appareils à rayons X pour repérer les fractures et localiser les éclats d’obus. Grâce à ses carnets de notes, elle a laissé les traces de son organisation et surtout des interventions effectuées. À la radio et au micro, les acteurs égrainent les noms des soldats de toutes nationalités. C’est un moment fort qui nous rappelle que beaucoup d’étrangers des colonies se sont battus pour la France.

Je termine cette chronique par une pensée à Filip Forgeau, dont la mise en scène est sobre et inventive. Tout m’a plu. Courez voir cette pièce sur l’amour, la volonté et le courage, vous serez touché.

Armelle Gadenne

Du 4 au 23 décembre 2017
Du lundi au vendredi à 20 h 30 – le samedi à 16 h et 20 h 30
Théâtre de l’Épée de Bois
Cartoucherie – Route du Champ de Manœuvre – 72012 Paris
01 48 08 39 74 – 01 48 08 18 75 – www.epeedebois.com

Texte et mise en scène : Filip Forgeau
Avec : Soizic Gourvil et Jean-Michel Fête
Lumières : Mickaël Vigier
Univers sonore : Lionel Haug
Durée du Spectacle 1 h 20 – À partir de 13 ans

 

 

 

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