“Humans” par la troupe Circa à La Scala de Paris

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Les acrobates de la compagnie australienne Circa proposent un spectacle impressionnant qui mélange la danse, l’acrobatie et la musique. Ils nous interrogent sur ce que cela signifie d’être humain dans notre relation à l’autre.

Sur une scène sans décor, les corps sont poussés à l’extrême, avec des mouvements violents qui les jettent au sol ou les uns contre les autres, et des portés aux limites du raisonnable. C’est une immersion dans ce que peut offrir de plus brut le travail des corps et des muscles.

Ce moment d’une grande qualité scénographique, proposé par Yaron Lifschitz et la Compagnie Circa, est accompagné par une bande son aux rythmes aussi divers que le jazz, les musiques irlandaise et asiatique, des airs de capoeira ou du Brel, entre autres. Belle idée qui porte le spectacle.

Rester vigilant et attentif aux autres

Les contorsions, seul ou à plusieurs, sont toujours impressionnantes ; les numéros en hauteur avec trapèze, cordes ou tissus aériens sont moins originaux que ceux qui se passent au sol, mais néanmoins tout aussi « musclés ». L’attention que se portent les acrobates démontre bien que tout est potentiellement dangereux et réclame de la part des artistes une vigilance de tous les instants.

Vous retiendrez votre souffle, serez admiratif ou plutôt amusez comme dans ce numéro où les acrobates essaient de se lécher le coude. Les plus souples y arrivent les autres pas… Je vous invite à essayer, ce n’est pas gagné !

Allez voir dès que possible cette troupe issue du cirque australien qui fait figure de référence au sein du cirque mondial, tant cet art est ancré dans l’ADN du pays. Elle offre 1 h 10 d’un spectacle original, qui interroge sur la brutalité des relations humaines et la solidarité. Dans ces temps troublés, ce n’est pas un vain mot.

Armelle Gadenne

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La Scala de Paris
13, boulevard de Strasbourg – Paris 10e
Tél. : 01 40 03 44 30

Créé par Yaron Lifschitz et la Compagnie Circa

“Une leçon d’histoire de France”,  Théâtre de Poche Montparnasse

crédit photo : Alejandro Guerrero

 

Dans ce seul en scène Maxime d’Aboville campe un professeur d’histoire qui donne deux leçons d’histoire de France. Passionné, survolté et quelque peu psychorigide ce prof nous entraîne de l’an mil à Jeanne d’Arc et de la bataille de Marignan au Roi-Soleil.

À travers les mots de Dumas, Michelet, Hugo, Saint-Simon, Duruy, Chateaubriand et Bainville, le comédien propose au public de revisiter, en deux parties, les moments forts de notre histoire. C’est ainsi que nous redécouvrons l’avènement et le règne des Capétiens, celui des Valois, la guerre de Cent Ans, entre autres. L’histoire de cette petite bergère qui conduit Charles VII à Reims, les circonstances de l’assassinat du duc de Guise, de celui d’Henri IV par Ravaillac…

Maxime d’Aboville sautille, éructe, s’emporte, fouette la baguette qui lui sert à situer l’action sur une vieille carte de France. Il ne ménage pas sa peine pour rendre vivants tous les récits et anecdotes qui ont fait notre histoire.

Voici une belle occasion pour le spectateur de vérifier ses connaissances en famille, ou de les compléter, et de répondre aux questions de ce maître d’un autre temps, en blouse grise et chaussures à guêtres.

 

Théâtre de Poche Montparnasse
75, boulevard du Montparnasse
75006 Paris
Tél. :     01 45 44 50 21
www.theatredepochemontparnasse.com

 

Une leçon d’histoire de France
De l’an mil à Jeanne d’Arc/de 1515 au Roi-Soleil
De et par Maxime d’Aboville

Samedi 15 h partie I / 16h30 partie II

 

“Dans les forêts de Sibérie”, Théâtre de Poche Montparnasse

 

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La solitude comme compagne, loin des contraintes et de la folie de la civilisation. Contempler la nature, vivre à son  rythme, lire, boire de la vodka, fumer, couper du bois, pêcher, a été le quotidien de Sylvain Tesson pendant six mois.

William Mesguich est formidable dans la peau de l’écrivain, Prix Médicis en 2011 pour son ouvrage éponyme, qui réfléchit à sa condition d’être humain et nous offre un moment fort et poétique dans ce milieu hostile qu’est la Sibérie. L’adaptation de Charlotte Escamez et la mise en scène du comédien nous enchantent. On admire cet homme attachant qui se soumet totalement à la nature, on aimerait habiter cette cabane et on envie son courage d’avoir tout quitté pour affronter ses doutes, ses contradictions, sa réalité profonde, et le paysage brutal et potentiellement dangereux des forêts de Sibérie et du lac Baïkal. Quelle richesse et quelle force intérieures pour avoir supporté ces mois de face à face avec soi-même.

A la fois drôle, poétique et désenchanté, ce spectacle est vivifiant et terrifiant. Vivifiant parce que cette aventure humaine est encore possible et a produit un texte d’une grande puissance. Terrifiant car le temps nous est compté et celui de nos enfants encore plus, avant que la terre nous fasse payer notre inconscience d’apprentis sorciers.

Plongez-vous dans ce monde où tout est ralenti et contemplatif. Allez découvrir les « lectures idéales » de Sylvain Tesson et la liste de ses équipements – outils et vêtements – qui lui ont permis de poursuivre sa réflexion sur la lenteur et la simplicité d’une vie calée sur le rythme retrouvé d’une nature pour le moment intacte.

Armelle Gadenne

Des mots pour vous dire

Théâtre de poche Montparnasse
75 boulevard du Montparnasse
75006 Paris
Tél. : 01 45 44 50 21
theatredepoche-montparnasse.com

Jusqu’au 8 avril 2020
Du mardi au vendredi 19 h

Dans les forêts de Sibérie
D’après le livre de Sylvain Tesson
Mise en scène et interprétation : William Mesguich

“L’Art du rire” – Jos Houben à La Scala Paris

© Giovanni Cittadini Cesi

Enseignant, comédien et metteur en scène, Jos Houben anime à La Scala un seul en scène d’un genre particulier puisque les spectateurs assistent à une masterclass sur le rire, devenant pendant une heure « élèves du rire ».

Comment faire rire ?
A l’aide d’exemples mimés, inspirés de nos attitudes et comportements notamment face à ces petits accidents qui, potentiellement, peuvent écorcher notre dignité, le comédien analyse minutieusement les mécaniques du rire et explique ses causes et ses effets.

En philosophe et anthropologue averti du rire, Jos Houben nous éclaire sur notre corps et sa gestuelle. Il les dissèque pour expliquer tout le processus d’hilarité lié à notre gaucherie ou aux potentielles maladresses dont nous sommes victimes lorsque nous sommes distraits. Dans ces moments-là nos conditionnements sont liés à notre peur du ridicule.

Être digne c’est être vertical, être ridicule est lié à la perte de cette verticalité d’Homo erectus. C’est aussi être confronté au regard des autres qui est redouté car infiniment cruel pour note égo.

Le spectacle de Jos Houben va crescendo tant il maîtrise son sujet et sait doser les ressorts comiques. Grâce à son regard aiguisé et à son grand corps d’homme caoutchouc, notre professeur provoque notre sourire ou notre rire en imitant les premiers pas maladroits d’un bébé, les différentes démarches des gens dans la rue, les ondulations du poisson immobile dans son bocal ou la façon de se répandre d’un camembert trop fait – jamais je n’aurais penser qu’imiter un fromage puisse être aussi drôle -, ou encore l’étonnement des visiteurs face à une œuvre d’art moderne…

Dépêchez-vous de vous inscrire à cette masterclass de bonne humeur partagée et stimulante. C’est bon à prendre dans ces temps grisouilles !

Armelle Gadenne

Des mots pour vous dire

La Scala Paris
13, boulevard de Strasbourg
75010 Paris
Tél. : 01 40 03 44 30
lascala-paris.com

Du 5 au 22 février 2020 à 19 h
Les dimanches à 18 h

L’Art du rire
Écriture et interprétation :
Jos Houben

“Choses vues”, de Victor Hugo, au Théâtre de Poche Montparnasse

© Alejandro Guerrero

Victor Hugo est un témoin précieux de son temps. Précieux par son regard réaliste sur ses contemporains, précieux par son humanité et sa poésie de la vie.

Il a tous les talents – poète, dramaturge, romancier et dessinateur – le plus important étant celui de rendre précieux les événements dont il est témoin et qu’il note dans son recueil de mémoires depuis son adolescence.

Pour qui connaît ses engagements politique, littéraire et social, le lecteur est toujours au cœur de l’action.

Christophe Barbier, qui a choisi les textes, nous fait découvrir ou redécouvrir ce musée vivant de tous les événements qui ont émaillé la vie de Victor Hugo. Ces Choses vues qu’il présente au public avec Jean-Paul Bordes forment un voyage personnel scandé par des drames familiaux, à travers deux empires, deux monarchies et deux républiques, une œuvre littéraire et théâtrale foisonnante, et l’exil.

Les deux comédiens, complices et tout en nuance, se répondent dans une mise en scène simple et fluide parmi des kakémonos imprimés de dessins et de textes rédigés par l’auteur.

On est touché par certaines réflexions de Hugo et souvent étonnés de l’actualité, et de ses propos et de son verbe.

Je vous encourage à aller passer une heure et demie avec l’un des hommes les plus exceptionnels de notre histoire littéraire, l’immense Victor Hugo.

Armelle Gadenne

Des mots pour vous dire

Théâtre de Poche Montparnasse
75, boulevard du Montparnasse
75006 Paris
Tél. : 01 45 44 50 21
theatredepoche-montparnasse.com

À partir du 28 janvier
Du mardi au vendredi 21 h

Choses Vues de Victor Hugo
Avec
Christophe Barbier
Jean-Paul Bordes
Mise en scène : Stéphanie Tesson

“La Promesse de l’aube” de Romain Gary au Théâtre de Poche-Montparnasse

IMG_0039crédit photo : Pascal Victor

On aime Stéphane Freiss, on l’aime au cinéma, on l’aime à la télévision et bien évidemment on l’aime au théâtre.
On aime Romain Gary, on aime son œuvre, et on aime ce que l’on connaît de l’homme si polymorphe et si secret.

Pour toutes ces raisons on affichait complet dans la grande salle du Poche-Montparnasse, le 21 janvier.

Éternel  jeune homme, comme le fut Romain Gary, c’est un Stéphane Freiss dynamique qui se propose de nous lire les extraits qu’il a choisis du chef d’œuvre de l’écrivain, La Promesse de l’aube.

Pour ceux qui ne connaissent pas ce roman autobiographie paru en 1960, c’est une belle entrée en matière qui donnera sûrement l’envie d’acquérir le livre de poche vendu à la sortie du spectacle, et pourquoi pas de découvrir l’homme aux deux Goncourt (Les Trompettes marines en 1956, La Vie devant soi, signé Émile Ajar en 1975).

Pour les autres, ils se remémoreront ces moments délectables où Stéphane Freiss nous dit avec les mots de Romain Gary, les rapports compliqués et si exclusifs d’une mère avec son fils.

Bien sûr, on peut regretter que ce ne soit qu’une lecture et que Stéphane Freiss ne soit pas dans cet exercice au sommet de son art. Mais c’est toujours ça et nous avons passé une heure et demie dans un univers d’hommes charmants et charmeurs.

Je vous encourage à aller vous aussi partager ce moment d’intimité avec Romain Gary, sa mère et Stéphane Freiss. Et, qui sait, vous aurez peut-être l’envie de découvrir plus avant l’œuvre de cet écrivain, diplomate français, héros de la Seconde Guerre mondiale, qui disait de la mort : “J’ai fait un pacte avec ce Monsieur là-haut, vous connaissez ? J’ai fait un pacte avec lui au terme duquel je ne vieillirai jamais”. Romain Gary s’est suicidé le 2 décembre 1980 à l’âge de 66 ans.

Armelle Gadenne
Des mots pour vous dire

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Théâtre de Poche Montparnasse
75, boulevard du Montparnasse
75006 Paris
Tél. : 01 45 44 50 21
theatredepoche-montparnasse.com

À partir du 17 janvier
Du mardi au samedi 19 h
Dimanche 15 h

La Promesse de l’aube de Romain Gary
Mise en scène et interprété par
Stéphane Freiss

“Didon et Enée, Henry Purcell”, Opéra Côté Chœur

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© B. Guillemet

 

La compagnie Opéra Côté Chœur nous offre l’opportunité de voir l’opéra baroque de Purcell d’une façon très dépouillée, dans le souci de répondre à un cahier des charges tenant compte d’une économie de moyens et d’un espace scénique réduit, tant pour les musiciens que pour les chanteurs.

C’est ainsi que trois musiciens – un pianiste et chef de chœur, une violoniste et une violoncelliste – accompagnent les solistes et le chœur Vox Opéra, chœur lyrique parisien qui travaille en étroite collaboration avec Opéra Côté Chœur.

Cette histoire d’amour contrariée entre la reine Didon et le prince troyen Enée nous emmène à Carthage. Alors que tout devrait être réuni pour un hymen sans nuages, une magicienne fomente la ruine de notre héroïne et la destruction de Carthage en forçant Enée à retourner à Troie. Désespérée par le départ d’Enée, Didon se donnera la mort.

Bernard Jourdain et son équipe ont fait preuve d’une grande créativité pour monter cette œuvre. Avec peu de moyens, ils ont imaginé un spectacle qui propose à tous les publics (des mélomanes aux scolaires) une œuvre forte et prenante. Avant chaque acte, les choristes donnent des extraits en français de l’Eneide de Virgile dont s’est inspiré Nahum Tate, le librettiste de Purcell, permettant ainsi aux spectateurs de comprendre l’intrigue.

La mise en scène tragi-comique très réussie de Bernard Jourdain nous emmène à Carthage, lieu de tous les espoirs et tourments des héros.

Isabelle Huchet, avec ses surprenants costumes unisexes, crée un chœur homogène et mouvant au gré de l’imagination de la chorégraphe Delphine Huchet. Ses jeux de chaises et de voiles, déplacés et animés par les choristes, contribuent à situer l’action soit dans le palais de la reine ou le port, soit dans la grotte de la magicienne maléfique.

Opéra Côté Chœur a pour vocation de produire et de diffuser des spectacles dans des budgets raisonnables et d’une grande exigence artistique et musicale.

La compagnie s’adresse aux directeurs de théâtre à des municipalités et à des groupes scolaires qui ont envie de proposer une œuvre lyrique à leurs publics, dans le souci de trouver des solutions pour l’adapter au lieu choisi.

C’est une formidable idée que de rendre accessible au plus grand nombre des œuvres de l’opéra classique. Allez sur le site de la compagnie et découvrez la richesse de ses créations, et le talent des artistes. Écoutez, admirez, et surtout parlez-en autour de vous.

Armelle Gadenne

Des mots pour vous dire

Lieux, dates et heures des prochaines représentations
Le 8 février à 16 h au théâtre André Malraux à Sarcelles
Le 30 avril à 14h 30 au théâtre Gérard Philippe à Bonneuil-sur-Marne

Mise en scène : Bernard Jourdain
Direction musicale : Antoine Terny
Chorégraphie : Delphine Huchet
Costumes : Isabelle Huchet

Avec :
Claire-Elie Tenet
Morgane Kypriotti
Sébastien Obrecht
Et le chœur Vox Opéra
Instrumentistes :
Aurore Daniel
Aloïs Renard

Compagnie Opéra Côté Chœur
32, rue du Château
94170 Le Perreux-sur-Marne
Tél. : 06 24 36 71 12
opera-cote-choeur.fr

 

“Cirque Eloize – Saloon” au 13ème Art

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Nouvel opus du cirque Eloize, compagnie montréalaise de cirque contemporain, créée par un collectif d’artistes québécois.

Ambiance Far West

Cette fois, les artistes sont : mineurs, cow-boys, ouvriers, chercheurs d’or, entraîneuses, et nous convient à un spectacle où acrobaties et performances sont effectuées sur fond de chansons folk, de Johnny Cash et Patsy Cline, interprétées par trois musiciens multi-instrumentistes et chanteurs talentueux.

Le décor est constitué d’une structure en bois qui rappelle, en fonction des accessoires, une mine – avec poulie, escalier, échelle, suspensions, campement –, ou un saloon avec son bar et son piano, bien sûr, lieux de toutes les performances et de toutes les intrigues.

Le spectacle est de qualité, très joyeux, et roule telle une mécanique bien huilée, à l’américaine. Les artistes sont polyvalents et s’amusent à se challenger en étant attentifs les uns aux autres, car les agrès, mât chinois, sangles, roue cyr…, peuvent être dangereux. Je l’ai constaté lors du numéro de la planche coréenne où plusieurs fois les trois acrobates ont perdu l’équilibre, se rattrapant in extremis pour se remettre en position et assurer le numéro. C’est de la haute voltige à tout instant.

J’ai assisté, il y a quelques années, au spectacle Cirkopolis qui m’avait enchantée. Dans un autre style, celui-ci m’a semblé plus amusant, avec un vrai échange avec le public et des performances tout aussi étonnantes, mais peut-être plus proches du cirque classique.

C’est un très bon divertissement de fin d’année qui réjouira toute la famille. Allez chercher de l’or et boire un verre dans ce SALOON, vous ne serez pas déçu.

Armelle Gadenne

Saloon de Cirque Eloize
Mise en scène, Emmanuel Guillaume
Directeur artistique, Jeannot Painchaud
Directeur musical, Éloi Painchaud

Du mercredi 28 novembre 2018
au dimanche 6 janvier 2019

Le 13ème Art
Place d’Italie
Centre Commercial Italie 2
75013 Paris
http://www.le13emeart.com/

“Camille contre Claudel”, au Théâtre du Roi René

© Julien Jovelin

C’est une bien jolie performance que réalisent Lola Zidi et sa mère, Hélène Zidi, auteure et metteuse en scène de la pièce Camille contre Claudel.

L’une joue Camille jeune, passionnée, libre et vibrante de son amour pour la sculpture et pour Rodin, et l’autre interprète une Camille à différents âges de la vie, trahie et bafouée par son amant.

Internée brutalement à la demande de son frère, Paul Claudel, et de sa mère, elle sombrera dans la paranoïa et la folie. Camille Claudel restera enfermée trente ans dans des conditions sordides, jusqu’à sa mort, abandonnée par sa famille.

Hélène Zidi situe la pièce dans l’atelier de l’artiste qui évolue, en double, parmi des ébauches de glaise et des formes recouvertes de chiffons. Une sculpture du buste de Rodin et la voix de Gérard Depardieu, inoubliable dans le rôle du sculpteur, permettent à chaque Camille de lui manifester amour et colère grâce à la chorégraphie saccadée de Michel Richard, qui traduit aussi la possession des corps et la frustration.

Car nous assistons au désespoir et à la lente dérive de cette amoureuse obsessionnelle, dépossédée de son talent et de sa jeunesse par un amant volage, un imposteur qui profitera de ses créations pour la spolier et s’enrichir.

Les deux comédiennes se répondent, se disputent et se soutiennent dans les chaos et les drames, et entraînent avec elles un public bouleversé.

La mise en scène et l’écriture de Hélène Zidi sont émouvantes et inventives. J’ai juste été un peu gênée par la diction de la jeune Lola Zidi qui, parfois, avait quelques difficultés avec les conjugaisons. Mais peut-être suis-je trop tatillonne ?

C’est suffisamment anecdotique pour que je vous invite quand même à aller voir cette pièce d’une grande sensibilité.

Armelle Gadenne

Avec :

Lola Zidi et Hélène Zidi
La voix de Gérard Depardieu

Adaptation et mise en scène d’Hélène Zidi
Assistée de Grégory Antoine Magaña
Création lumières : Denis Koransky
Décor : Francesco Passaniti
Création Son : Vincent Lustaud
Chorégraphie : Michel Richard
Costumes : Marvin Marc

Jusqu’au 22 décembre à 10 h
Du 10 janvier au 10 février à 19 h
Du jeudi au samedi
Théâtre du Roi René
12, rue Édouard Lockroy
75011 Paris
theatreduroirene.com

“Ich bin Charlotte”, au Théâtre de Poche

© Svend Andersen

Étonnant seul en scène que nous propose Thierry Lopez dans son interprétation de Charlotte von Mahlsdorf, alias Lothar Berfelde, jeune Berlinois du IIIe Reich qui, à 16 ans, a choisi de se travestir en femme pour ne plus quitter ni robes ni chaussures à talons. Comment ne pas être touché par la sensibilité de l’acteur et être admiratif de son jeu aux subtiles nuances.

Une vie en clair-obscur
À travers les nombreux personnages qu’il interprète, Thierry Lopez raconte la vie de Lothar : sa jeunesse avec un père militant du parti nazi qu’il finira par tuer pour protéger sa mère ; sa tante, lesbienne, qui va découvrir sa vraie nature et lui permettre de s’assumer en tant que travesti, et d’autres encore qui vont nous aider à cerner la réalité de cette incroyable personnalité.

On découvre en Charlotte un être solide et déterminé qui avance dans la vie avec des convictions fortes. N’a-t-elle pas résisté à l’autorité d’un père violent, jusqu’à l’irrémédiable ? à l’oppression d’un régime nazi brutal et destructeur ? au communisme, en s’affichant habillée en femme ? Elle permettra d’ailleurs à ses « semblables » de vivre leur différence chez elle, dans le bar qu’elle tient, sans tabou ! Antiquaire passionnée, elle sauvera de la destruction des meubles et des objets pillés par le régime nazi, allant jusqu’à créer un musée qui existe toujours à Berlin.

Comment a-t-elle réussi ce tour de force ? Comment a-t-elle pu traverser le XXe siècle, de la Seconde Guerre mondiale à la destruction du mur de Berlin sans être inquiétée par les régimes totalitaires et homophobes de l’Est et leurs polices ? Rattrapée sur le tard par son passé trouble, Charlotte von Mahlsdorf s’exilera en Suède.

Des talents au service d’une vie
L’écriture précise et fouillée de Doug Wright, la mise en scène sophistiquée de Steve Suissa, le décor de Natacha Markoff qui a rempli la pièce de gramophones et reproduit le musée de Charlotte dans un vaisselier plein de meubles miniatures. Les lumières tout en contrastes de Jacques Rouveyrollis évoquent ici un bar, là une prison…

Thierry Lopez marche, court, danse, la musique est très présente et la chorégraphie de Anouk Viale très précise. L’acteur joue avec le public. Son corps longiligne est habillé sobrement d’un justaucorps et d’une jupe longue stricte, qui cache des dessous bien moins sages… On ressent le plaisir et la jubilation du comédien à interpréter ce travesti et tous les autres personnages du spectacle, devant des spectateurs fascinés, concentrés et conquis par une performance hors du commun.

Allez voir Ich bin Charlotte, vous tomberez sous le charme du modèle et de son interprète.

Armelle Gadenne

De Doug Wright
Adaptation Marianne Groves
Mise en scène Steve Suissa
Avec Thierry Lopez

Jusqu’au 6 janvier 2019
Du vendredi au samedi 19 h, dimanche 15 h
http://www.theatredepoche-montparnasse.com/project/ich-bin-charlotte/

“La Ronde – Dix dialogues”, au Théâtre 14

L’anadiplose – figure de style consistant en la reprise du dernier mot d’une proposition à l’initiale de la proposition suivante : « L’absence c’est Dieu. Dieu, c’est la solitude des hommes. » Sartre, Le Diable et le bon Dieu – c’est à cela que ressemble La Ronde.

Écrite en 1897 dans un contexte de sécession menée à Vienne face à une société disciplinaire, notamment par des artistes qui refusaient le conformisme artistique, cette pièce est construite autour d’un thème central : la recherche du plaisir… Tout tourne autour des préliminaires et du jeu amoureux, jusqu’à l’acte sexuel qui n’est jamais montré.

Dix couples vont se former à l’occasion de brèves rencontres. Ces courts moments d’intimité seront le prétexte à montrer des relations homme-femme basées sur le mensonge de l’un(e) ou de l’autre, pour arriver à ses fins.

Les personnages issus de classes sociales différentes et de tous âges se rencontrent en une suite de tableaux : la prostituée et le soldat, le soldat et la femme de chambre, la femme de chambre et le fils de famille, le fils de famille et la femme mariée, la femme mariée et son époux, l’époux et la grisette, la grisette et l’auteur, l’auteur et la comédienne, la comédienne et le comte, le comte et la prostituée… et la boucle est bouclée !

Pièce à scandale à son époque, elle conserve un côté « licencieux » grâce à la mise en scène de Jean-Paul Tribout, acteur et metteur en scène, qui replonge le spectateur dans une atmosphère libertine, avec arrêts sur image au moment de l’acte.

La scénographie est maline et se veut polymorphe grâce à l’utilisation d’un lit (bien sûr), debout ou sur ses pieds, que l’on change de position à chaque scène en rajoutant des accessoires en fonction du lieu où se situe l’action. Des miroirs sans tain, déformants, délimitent selon l’éclairage les contours d’une chambre ou d’un lieu à l’extérieur. La forme des corps, que reflètent ces miroirs, est souvent caricaturale et renvoie à ces jeux grotesques de séduction où la duperie n’est jamais loin.

Les acteurs habillés en noir et blanc se régalent à camper ces héros plus ou moins ordinaires et souvent monstrueux, en quête de plaisir, qui s’affranchissent des codes de bonne conduite et se jouent de la morale. Pour rappel, la pièce a provoqué l’un des scandales les plus importants de la littérature allemande dû à son sujet « osé » et aux origines juives de l’auteur. La Seconde Guerre mondiale n’était pas loin…

Pourquoi n’iriez-vous pas jouer les voyeurs et profiter de ce jeu du chat et de la souris qu’offre chaque rencontre de La Ronde ? Allez, dansez maintenant !

Armelle Gadenne

Texte : Arthur Schnitzler
Mise en scène : Jean-Paul Tribout
Costumes : Sonia Bosc
Décors : Amélie Tribout

Avec :
Léa Dauvergne, la soubrette
Marie-Christine Letort, la femme mariée
Caroline Maillard, la grisette, la fille
Claire Mirande, la comédienne
Florent Favier, le fils de famille
Laurent Richard, le mari
Xavier Simonin, le soldat, le comte
Jean-Paul Tribout, l’auteur
Alexandre Zerki, le musicien

Du 15 novembre au 31 décembre 2018
Lundi à 19 h, mardi, mercredi, jeudi et vendredi à 21 h,
matinée du samedi à 16 h.
Théâtre 14
20, avenue Marc Sangnier
75014 Paris
http://theatre14.fr/

 

 

 

“Helsingør – Château d’Hamlet”, au Secret, Paris 5

Helsingør – Château d’Hamlet joue les prolongations ! Immergez-vous au cœur de l’intrigue de la plus célèbre pièce de Shakespeare…

Crédit photo : Mélanie Dorey

Helsingør est une belle aventure qui a demandé trois ans de préparation et une grande détermination de la part d’un collectif novateur et enthousiaste emmené par Léonard Matton, le metteur en scène de ce spectacle immersif, de la compagnie Antre De Rêves et Jean-Loup Horwitz, administrateur de la Fondation Polycarpe, mécène du projet… et l’un des Polonius de la troupe (tous les rôles sont doublés).

De la détermination, il leur en a fallu pour gravir, une à une, toutes les marches qui les ont conduits au château d’Hamlet revisité, dans ce lieu incroyable et unique qu’est Le Secret ! Cette ancienne usine de 1 200 m² cachée dans le 5e arrondissement, qu’ils ont dû repenser, réaménager et décorer avec beaucoup de créativité pour accueillir le public et les personnages de Shakespeare. D’ailleurs, tout le monde a mis la main à la pâte au Secret, travaillant et jouant en fonction des besoins. Car ce sont aussi et avant tout de belles rencontres, humaines et solidaires, que ce projet a vu naître.

Pour qui veut vivre ce Hamlet en immersif, où chacun est libre de déambuler dans les différentes pièces du château, au gré de ses envies, il suffit de se laisser inspirer. Ainsi, les chambres, la chapelle, la salle du trône, le cimetière deviennent des espaces de découverte, de rencontre entre les spectateurs et les personnages que l’on peut observer de très près puisque cette mise en scène nous plonge au cœur de l’action.

Il est d’ailleurs amusant d’observer les mouvements de spectateurs qui ont choisi de suivre tel ou tel personnage… et de les voir courir derrière lui pour ne rien rater de ses scènes. C’est en effet au spectateur et à lui seul de vivre l’intrigue de façon autonome, et de créer sa propre chronologie de l’histoire – les scènes se jouant en simultané –, quitte à revenir voir le spectacle, ce que je vous invite à faire, pour en découvrir d’autres facettes.

Être aussi proche des comédiens est intense, car il n’y a plus le recul que proposent le théâtre et ses règles : rangées de sièges bien ordonnées et scène. Lorsqu’Ophélie, jouée par l’incroyable Marjorie Dubus (je n’ai pas encore vu jouer Camille Delpech), réalise que Hamlet a tué son père, il se dégage d’elle une telle puissance émotionnelle que toute la chambre royale est saturée de son chagrin. Assise dans l’un des fauteuils de la chambre, je me suis sentie aspirée par la profondeur de son désespoir. Cette générosité est l’âme même du jeu de l’acteur et les comédiens ne ménagent pas leur peine pour donner à voir et à ressentir au milieu de tous ses visages inconnus qui leur sont si proches, et si lointains à la fois…

À vivre aussi, le combat final dans le cimetière, impressionnant de réalisme dans la colère et dans la violence.

Un petit conseil, ce spectacle est aussi l’occasion de participer à un “escape game” géant où des indices sont disséminés un peu partout dans le château. Il suffit de fouiller sans déranger. Amusez-vous à chercher les secrets des personnages, il y a une surprise à la clé.

Une fois n’est pas coutume, je terminerai par le commencement, c’est-à-dire par le bar végétalisé, premier contact avec Le Secret, qui mérite que l’on s’y attarde, ne serait-ce que pour y boire un verre (il faut goûter les jus de Marie), manger bio, papoter avec les comédiens ou échanger sur vos impressions après le spectacle.

Le 18 rue Larrey est aussi un lieu où sont organisés des brunchs, des activités culturelles diverses : exposition, réalité virtuelle, bals, ateliers créatifs, “escape games”, performances, pièces de théâtre. Pour adultes et enfants.

Laissez-vous surprendre… Être proactif, curieux et aventureux est aussi une façon originale de vivre le théâtre.

Armelle Gadenne

Auteur : William Shakespeare
Réalisateur / Metteur en Scène : Léonard Matton
Interprètes : Roch-Antoine Albaladejo, Dominique Bastien, Loïc Brabant, Cédric Carlier, Michel Chalmeau, Zazie Delem, Camille Delpech, Marjorie Dubus, Anthony Falkowsky, Thomas Gendronneau, Gaël Giraudeau, Jean-Loup Horwitz, Laurent Labruyère, Mathias Marty, Claire Mirande, Matthieu Protin, Jacques Poix-Terrier, Jérôme Ragon, Hervé Rey et Stanislas Roquette

Jusqu’à fin décembre 2018
Les jeudis et vendredis à 21 h
Les samedis à 18 h et 21 h
Les dimanches à 18 h (y compris le 11 novembre)
Ouverture des réservations 15 jours avant
Site : www.le-secret-paris.com 
Facebook : https://www.facebook.com/LeSecret.Paris5/
Instagram : https://www.instagram.com/lesecretparis5/

“Tendresse à quai”, au studio Hébertot

Une rencontre improbable à la gare, d’un prix Goncourt que l’inspiration a quitté depuis longtemps et d’une commerciale en échec professionnel et amoureux…

Qu’est-ce que l’amour ? Qui on aime et pourquoi on est attiré par telle ou telle personne ? L’âge crée-il une trop grande distance entre les êtres ? Nos blessures peuvent-elles guérir grâce à l’autre ?…

Tout commence dans une gare. Une jeune femme attend son train. Quelle est son histoire, que vit-elle ? Le spectateur le découvrira grâce à un homme d’âge mûr, un écrivain en mal d’inspiration, qui l’a remarquée, attablé dans le même café. Une lettre va naître de cette non-rencontre, qu’elle découvrira plus tard au détour d’une publication, lui donnant envie de rencontrer son auteur.

Une relation aux débuts chaotiques va naître. Elle, intriguée par ce qu’elle a lu et en demande d’explications, d’attention et de tendresse ; lui, douloureusement seul, quelque peu misanthrope et méfiant face à cette inconnue dont il avait oublié l’existence.

Les liens qui vont se tisser leur permettront, à l’un comme à l’autre, de repousser des limites trop étroites et de sortir de leur zone de confort jusqu’à trouver leur vérité. Cette vérité qui les fera basculer dans l’acceptation de la réalité d’une vie qui n’est pas à la hauteur de ce qu’ils espéraient, telle qu’elle est, pour pouvoir la prendre à bras-le-corps et enfin faire des choix en conscience qui les transformeront profondément.

Entre le réel et le rêvé, nos personnages se rejoignent, se rassurent et se bousculent mutuellement, jouant toutes les teintes des relations humaines, l’amitié, peut-être l’amour, mais aussi la douceur, les coups de gueule, les moments de tension salvateurs…

Quelle humanité et quelle intelligence de jeu de la part des deux acteurs. Marie Frémont, tour à tour fragile, forte et dominante, et Henri Courseaux, l’auteur de cette merveilleuse pièce, parfois perdu, mais toujours attachant et finalement d’une grande humanité sous ses airs bougons.

Dans cette pièce où tout va très vite, Stéphane Cottin, le metteur en scène, a imaginé un décor inspiré des portes à tambour que les comédiens tournent au gré des scènes. Plutôt ingénieux car en un tiers de tour l’action se déroule au café de la gare, chez Madeleine ou chez Léon.

Tendresse à quai mérite d’être vue pour goûter à la langue précise et savoureuse de Henri Courseaux. C’est un grand moment de bonheur. Bravo !

Armelle Gadenne

De Henri Courseaux
Mise en scène de Stéphane Cottin
Avec Henri Courseaux et Marie Frémont

Du 29 août au 18 novembre 2018
Studio Hébertot
78 bis, boulevard des Batignolles
75017 Paris
https://www.studiohebertot.com/

Le T2G fait sa rentrée

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La programmation du T2G à l’occasion de la saison 2018-2019 du japonisme* fait la part belle aux auteurs japonais.

Tout d’abord Kurô Tanino, dramaturge, metteur en scène et romancier, avec deux de ses pièces : The Dark Master, la rencontre de deux hommes dans un restaurant d’Osaka, double « je » qui nous invite à ne pas toujours se fier aux apparences, et Avidya, l’Auberge de l’obscurité, histoire à la frontière du réel et de l’imaginaire. Puis Shû Matsui, auteur, metteur en scène et directeur de compagnie théâtrale, avec Un fils formidable, qui aborde la solitude et les liens filiaux au cœur de sa création.

Artiste associé du Théâtre de Gennevilliers, Hideto Iwaï, avec Wareware no moromoro, crée son premier spectacle en français inspiré de la vie des participants professionnels et amateurs rencontrés à Gennevilliers. Cet acteur, scénariste et metteur en scène fait partie de la catégorie des “hikikomori, ces personnes qui, par phobie sociale, ne quittent plus leur domicile. Il est resté enfermé chez lui pendant quatre ans et a été sauvé par le théâtre.

Tout au long de cette saison, le T2G sera habité par une présence sonore dans tous ces espaces, grâce aux Voix blanches de Dominique Petitgand, installations sonores pour lieux de passage. Originale et déroutante, cette œuvre nous fait entendre des mots ou syllabes qui accompagnent le promeneur tout au long de ses déambulations.

D’autres metteurs en scène, auteurs et compagnies seront représentés tout au long de l’année dans ce théâtre innovant qui prône un art protéiforme. Retrouvez toute sa programmation ici :  https://www.theatre2gennevilliers.com/la-saison-18-19/

Armelle Gadenne

* Influence de la civilisation et de l’art japonais sur les artistes et écrivains français, puis occidentaux. L’art qui en résulte est qualifié de japonesque. Programme de tous les événements proposés (expositions, danse, cuisine, calligraphie…) dans les musées et théâtres parisiens. https://japonismes.org/fr/officialprograms

T2G – Théâtre de Gennevilliers
41, avenue des Grésillons
Tél. : 01 41 32 26 26

 

“Helsingør – Château d’Hamlet”, au Secret, Paris 5

crédit photo : Mélanie Dorey

Helsingør est une belle aventure qui a demandé trois ans de préparation et une grande détermination de la part d’un collectif novateur et enthousiaste emmené par Léonard Matton, le metteur en scène de ce spectacle immersif, de la compagnie Antre De Rêves et Jean-Loup Horwitz, administrateur de la Fondation Polycarpe mécène du projet… et l’un des Polonius de la troupe (tous les rôles sont doublés).

De la détermination, il leur en a fallu pour gravir, une à une, toutes les marches qui les ont conduits au château d’Hamlet revisité, dans ce lieu incroyable et unique qu’est Le Secret ! Cette ancienne usine de 1 200 m² cachée dans le 5e arrondissement, qu’ils ont dû repenser, réaménager et décorer avec beaucoup de créativité pour accueillir le public et les personnages de Shakespeare. D’ailleurs, tout le monde a mis la main à la pâte au Secret, travaillant et jouant en fonction des besoins. Car ce sont aussi et avant tout de belles rencontres, humaines et solidaires, que ce projet a vu naître.

Pour qui veut vivre ce Hamlet en immersif, où chacun est libre de déambuler dans les différentes pièces du château, au gré de ses envies, il suffit de se laisser inspirer. Ainsi, les chambres, la chapelle, la salle du trône, le cimetière deviennent des espaces de découverte, de rencontres entre les spectateurs et les personnages que l’on peut observer de très près puisque cette mise en scène nous plonge au cœur de l’action.

Il est d’ailleurs amusant d’observer les mouvements de spectateurs qui ont choisi de suivre tel ou tel personnage… et de les voir courir derrière lui pour ne rien rater de ses scènes. C’est en effet au spectateur et à lui seul de vivre l’intrigue de façon autonome, et de créer sa propre chronologie de l’histoire… – les scènes se jouant en simultanée –, quitte à revenir voir le spectacle, ce que je vous invite à faire, pour en découvrir d’autres facettes.

Être aussi proche des comédiens est intense, car il n’y a plus le recul que proposent le théâtre et ses règles : rangées de sièges bien ordonnées et scène. Lorsqu’Ophélie, jouée par l’incroyable Marjorie Dubus (je n’ai pas encore vu jouer Camille Delpech…), réalise que Hamlet a tué son père, il se dégage d’elle une telle puissance émotionnelle que toute la chambre royale est saturée de son chagrin. Assise dans l’un des fauteuils de la chambre, je me suis sentie aspirée par la profondeur de son désespoir. Cette générosité est l’âme même du jeu de l’acteur et les comédiens ne ménagent pas leur peine pour donner à voir et à ressentir au milieu de tous ses visages inconnus qui leur sont si proches, et si lointains à la fois…

À vivre aussi, le combat final dans le cimetière, impressionnant de réalisme dans la colère et dans la violence.

Un petit conseil, ce spectacle est aussi l’occasion de participer à un escape game géant où des indices sont disséminés un peu partout dans le château. Il suffit de fouiller sans déranger. Amusez-vous à chercher les secrets des personnages, il y a une surprise à la clé.

Je terminerai par le commencement, une fois n’est pas coutume, c’est-à-dire par le bar végétalisé, premier contact avec Le Secret, qui mérite que l’on s’y attarde, ne serait-ce que pour y boire un verre (il faut goûter les jus de Marie), manger bio, papoter avec les comédiens ou échanger sur vos impressions après le spectacle.

Le 18 rue Larrey est aussi un lieu où sont organisés des brunchs, des activités culturelles diverses : exposition, réalité virtuelle, bals, ateliers créatifs, escape games, performances, pièces de théâtre. Pour adultes et enfants.

Laissez-vous surprendre… Être proactif, curieux et aventureux est aussi une façon originale de vivre le théâtre.

Armelle Gadenne

Distribution
Auteur : William Shakespeare
Interprètes : Roch-Antoine Albaladejo, Dominique Bastien, Loïc Brabant, Cédric Carlier, Michel Chalmeau, Zazie Delem, Camille Delpech, Marjorie Dubus, Anthony Falkowsky, Thomas Gendronneau, Gaël Giraudeau, Jean-Loup Horwitz, Laurent Labruyère, Mathias Marty, Claire Mirande, Matthieu Protin, Jacques Poix-Terrier, Jérôme Ragon, Hervé Rey et Stanislas Roquette
Réalisateur/Metteur en Scène : Léonard Matton

Jusquà fin octobre
Site : www.le-secret-paris.com 
Facebook : https://www.facebook.com/LeSecret.Paris5/
Instagram : https://www.instagram.com/lesecretparis5/