“J’accuse”, de Roman Polanski

4194086.jpg-c_215_290_x-f_jpg-q_x-xxyxxDans J’accuse, Polanski choisit un angle incroyablement intelligent : suivre Picquart, le « sauveur » de Dreyfus, dans son cheminement vers la vérité. Le film ne traite donc pas de l’injustice, de l’innocence piétinée, mais du courage, élan fantastique, mystérieux, qui nous bouleverse.

Incroyable bravoure des défenseurs de Dreyfus, Picquart avant tout, mais aussi de son avocat, Labori, qui perdra la vie dans son combat, de Zola, qui encourra un an de prison et une forte amende… Plus la haine des antidreyfusards qui brûleront ses livres dans des autodafés qui préfigurent ceux des nazis. Parce que sa conscience lui parle, Picquart l’antisémite n’hésitera pas à perdre toute possibilité d’évoluer dans l’armée, à être jeté en prison, voire à risquer la mort parce qu’il a pour la justice et l’honneur une foi à laquelle il ne peut renoncer. Et on le voit craindre ce qu’il découvre peu à peu et lutter pour ne pas l’ignorer, accablé, apeuré sans doute par ce qu’il devine. Il n’a juste pas le choix de se taire, lui aussi. Courage aussi de Dreyfus qui ne s’abandonnera jamais au désespoir, avec sa rigidité d’honnête homme peu sympathique.

Chaque image ou presque est d’une beauté absolue, et il faut saluer le talent de Pawel Edelman, le directeur de la photographie. Les cadrages sont magnifiques, la lumière parfaitement adaptée à chaque moment de la narration, souvent dominée par des gris métalliques, puis douce et pleine de couleurs vibrantes pour les scènes de pique-nique. La scène de la dégradation réunit l’image, le son, le cadrage pour en faire un tableau vivant poignant, d’une cruauté glaçante.

Polanski est un formidable directeur d’acteurs. Ils sont tous splendides. Jamais Dujardin n’a été aussi bon, les généraux sont tous plus vrais les uns que les autres : Éric Ruf, Wladimir Yordanoff, Didier Sandre, Hervé Pierre, Laurent Stocker, Michel Vuillermoz. Et l’on retrouve avec un plaisir toujours renouvelé l’extraordinaire Grégory Gadebois, homme du peuple matois et servile envers ses supérieurs, très vilain personnage auquel il arrive, avec son fabuleux talent, à conférer une vraie humanité.

Un terrible film qui procure un immense plaisir esthétique et de profondes émotions.

Fabienne Clairambault

Un film de Roman Polanski
Avec : Jean Dujardin, Louis Garrel, Emmanuelle Seigner

 

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