“Valentina-Tchernobyl, née pour l’amour” à la Manufacture des Abbesses

 

Pas de décor, juste la présence forte de la comédienne Coralie Emilion-Languille qui porte le texte brûlant de Valentina Timofeïevna Panassevitch.

Valentina fait partie de ces témoins de la catastrophe de Tchernobyl, dont Svetlana Alexievitch a recueilli les paroles dans son livre La Supplication : Tchernobyl, chroniques du monde après l’apocalypse.

Le 19 octobre 1986, Valentina fêtait son anniversaire quand on est venu chercher son mari pour « travailler » à la centrale (six mois après la catastrophe), il était soudeur, il est devenu liquidateur. De son équipe de sept, il est le dernier à mourir.

Une terrible agonie pendant toute une année.

Valentina nous raconte la vie d’avant, leur bonheur, leurs corps qui s’étreignent et se couvrent de baisers, les balades, la mer… Et puis leur insouciance face aux premiers signes de la radioactivité dans le corps de l’aimé…

Valentina est née pour l’amour ! Elle le clame ! Elle le danse ! Elle veut continuer à vivre avec celui qu’elle aime, quel que soit son état. Alors, elle parle, elle dit tout du calvaire d’une mort lente où chaque jour apporte de nouvelles tortures, où le corps part en lambeaux, et les images qu’elle fait surgir nous hantent pour longtemps.

Mais comme elle l’aime, comme elle continue de l’aimer, encore et toujours !

Solide, face aux secrets et aux mensonges de l’État, à la peur des soignants, aux reproches de sa famille. Seule, elle se bat contre la maladie de Tchernobyl. Et son combat est une ode à la vie !

Le jeu subtil de Coralie Emilion-Languille alterne tout au long du monologue entre joie, tristesse, révolte, abattement, voire folie, pour mieux nous faire partager l’incroyable et nous plonger dans la terrible expérience d’un accident nucléaire. Plus qu’une leçon de vie et d’amour, c’est un cri d’alarme pour le monde, surtout cinq ans après Fukushima.

Interprétation magnifique du texte de Svetlana Alexievitch, qui a reçu en 2015 le prix Nobel de littérature pour « son œuvre polyphonique, mémorial de la souffrance et du courage à notre époque ».

A voir.

Plûme

Avec Coralie Émilion-Languille
Mise en scène de Laure Roussel

Jusqu’au 14 mai 2016 à 19h
au théâtre La Manufacture des Abbesses, les mercredis, jeudis, vendredis et samedis
Représentation exceptionnelle, le mardi 26 avril 2016 à 19h, date anniversaire de l’explosion de la centrale nucléaire de Tchernobyl.

 

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“Le Fusible” aux Bouffes Parisiens

Compositeur de musique pour de nombreuses pièces, Sylvain Meyniac, l’auteur de Hier est un autre jour !, prend goût à l’écriture et signe aujourd’hui Le Fusible, mis en scène par Arthur Jugnot, aux Bouffes Parisiens. Un lieu bien connu aussi de Stéphane Plaza en 2015, avec À gauche en sortant de l’ascenseur, et qui remonte sur les planches pour la deuxième fois, au côté aujourd’hui d’Arnaud Gidoin.

Le_fusibleUne bonne humeur envahit la salle dès les premiers instants : Stéphane Plaza ouvre la pièce et s’adresse au public. En aparté, il (lui c’est Paul) nous explique : tout irait bien dans le meilleur des mondes si Valérie, sa femme, n’était pas en train de lui préparer une tarte aux brocolis qu’il ne supporte plus. Ni elle d’ailleurs. Vivement le divorce ! Enfin demain, direction Roissy, destination la Russie où il va vendre son entreprise. Un voyage d’affaires et d’agrément : il est accompagné par Valérie « 2 », une jolie bimbo et sa maîtresse.
Enfoncé dans le canapé, plongé dans l’obscurité – aucun projecteur ne l’éclaire –, son ami Michel (Arnaud Gidoin) se détend et l’écoute nous exposer ses manigances qu’il connaît bien pour être son confident.
Bonne nouvelle pour Valérie « 1 » qui apprend par un appel téléphonique qu’elle se rendra elle aussi en Russie pour raison professionnelle. Au même moment, la tarte aux brocolis que surveillait Paul brûle dans le four. Le fusible explose. Paul revient au salon le visage noirci, les cheveux hirsutes et… amnésique.

Une pièce « disjonctée » et très bien rythmée pour un vaudeville moderne. Les ficelles sont connues mais très bien tirées par le metteur en scène qui a su tirer aussi parti du tandem Stéphane Plaza-Arnaud Gidoin qui sont faits pour être sur scène. Un joli décor signé Juliette Azzopardi.

Une pluie d’applaudissements a clôturé le spectacle.

Carole Rampal

Avec Stéphane Plaza, Arnaud Gidoin, Philippe Dusseau, Gaëlle Gauthier, Juliette Meynac et Irina Ninova.

Jusqu’au 25 juin 2016
Théâtre des Bouffes Parisiens
bit.ly/1Q3FefN

“Libres sont les papillons” au Théâtre Rive Gauche

L’insoutenable légèreté du papillon

« Libres sont les papillons… » Telle est la profession de foi de l’un des personnages de la pièce, que les autres protagonistes aimeraient bien mettre en pratique dans leur vie. Mais est-on vraiment libre lorsque l’on aime ?
Un sympathique trio se trouve confronté à cette question : un jeune homme – aveugle mais très clairvoyant – qui essaie de quitter le nid familial, sa voisine – aussi charmante que frivole – qui cherche à le séduire, et la mère du premier, un peu trop protectrice, qui ne veut pas laisser son fils prendre son envol.

Nous sommes dans un vaudeville, mais un vaudeville contemporain où, sous couvert de comédie, les personnages se collettent avec la réalité des sentiments et de la vie tout court. Anouchka Delon est drôle et confondante de naturel en voisine libérée ; Nathalie Roussel, très juste dans le rôle de l’écrivain célèbre qui a fait de son fils un héros de roman – au sens propre comme au figuré – et qui veut le garder sous contrôle.

Quant à Julien Dereims, il campe avec finesse un jeune homme qui cherche à s’émanciper, passant avec talent du registre comique à un registre plus sensible.

Éric-Emmanuel Schmitt signe là une bonne adaptation d’une comédie, écrite par Leonard Gershe en 1973, et servie par la mise en scène fluide de Jean-Luc Moreau. Les dialogues sont ciselés, on s’amuse beaucoup et les acteurs aussi, visiblement.
Une comédie enjouée qui, l’air de rien, parle de la difficulté d’aimer et du handicap.

Véronique Tran Vinh

Un double avis sur Libres sont les papillons ? Carole Rampal l’a chroniqué aussi sur le blog Coup de Théâtre. Pour lire, cliquez ici http://bit.ly/1Ny1JSc

LIBRES SONT LES PAPILLONS (Théâtre Rive Gauche-Paris14ème) crédit F. RAPPENEAU - 12 - WEB
Libres sont les papillons, de Leonard Gershe, adaptation Éric-Emmanuel Schmitt, mise en scène Jean-Luc Moreau.  Ici, Anouchka Delon, Julien Dereims.  © Fabienne Rappeneau
LIBRES SONT LES PAPILLONS (Théâtre Rive Gauche-Paris14ème) crédit F. RAPPENEAU - 20 - WEB
De gauche à droite : Guillaume Beyeler, Anouchka Delon et Nathalie Roussel. Théâtre Rive Gauche (Paris), 13 janvier 2016, © Fabienne Rappeneau

Théâtre Rive Gauche
6, rue de la Gaîté
75014 Paris
Du mardi au samedi à 21h
Matinée le dimanche à 15h
Relâche exceptionnelle le 28 janvier 2016
http://www.theatre-rive-gauche.com/nouveau-theatre-eric-emmanuel-schmitt.html