“Sang & Encre”, une interview avec Isabelle Lévy

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Conférencière, auteure de nombreux livres*, passionnée de théâtre et chroniqueuse sur le blog www.coup2theatre.com, Isabelle Lévy vient de signer un nouveau livre Sang & Encre, publié aux Éditions Fauves, où elle raconte son laborieux parcours dans la prise en charge de sa maladie. Un témoignage courageux et franc qui a donné envie à DMPVD de lui donner rendez-vous pour une interview entre deux spectacles où nous la croisons régulièrement.

DMPVD : Pouvez-vous résumer votre livre en quelques phrases ?
Isabelle Lévy : Après dix-huit mois de pertes de sang permanentes en raison de nombreux fibromes, j’ai été opérée d’une hystérectomie totale inter-anexielle. L’ablation chirurgicale du col et du corps de l’utérus n’est pas sans conséquence : absence définitive de règles, impossibilité irréversible de grossesse, ménopause post-chirurgicale, et effets collatéraux dont une grande détresse psychologique pour laquelle aucune prise en charge ne m’a été proposée par les équipes soignantes.

DMPVD : Quest-ce qui vous a motivé à écrire Sang & Encre ?
I. L. : Ma prise en charge a été longue et difficile en raison de la désorganisation de notre système de soins : absence d’écoute des personnels médicaux par manque de disponibilité ou d’intérêt ; rendez-vous à plusieurs mois ; manque cruel d’effectifs (médicaux et soignants) ; résultats d’examens égarés ; non-suivi psychologique… et j’en passe. Au-delà de mon témoignage et du long chemin que j’ai parcouru pour arriver au terme de cette prise en charge, je voudrais dénoncer les nombreux manquements auxquels j’ai dû me confronter, tout en me battant contre la maladie, pour améliorer le sort de celles qui devront traverser un jour prochain cette épreuve dans les larmes et le sang.

DMPVD : À qui s’adresse cet ouvrage ?
I. L. : Saviez-vous que l’hystérectomie est la deuxième intervention chirurgicale chez la femme après la césarienne ? En France, plus de 70 000 femmes sont concernées chaque année, des femmes d’une trentaine d’années encore en âge de procréer comme des femmes qui ont dépassé la quarantaine. Sans utérus, tout projet de maternité est désormais impossible. C’est pourquoi une meilleure information de la gente féminine permettrait d’éviter à nombre de femmes d’arriver à cet extrême. Comment ? En bénéficiant d’une prise en charge optimale dès l’apparition des premiers symptômes. D’où l’intérêt pour toutes, y compris les jeunes filles, de mieux connaître leur corps et sa physiologie pour pouvoir réagir a mieux quand il est encore temps.

DMPVD : Comment écrit-on un livre comme celui-ci ? Quelle(s) difficulté(s) avez-vous rencontré pendant son écriture ?
I. L. Livrer un tel témoignage, c’est accepté de redescendre aux enfers avec ses souffrances, ses calvaires, ses doutes, ses interrogations, ses attentes… ses deuils aussi. C’est aussi s’interroger comment trouver les mots pour le dire sans choquer parce qu’on aborde des sujets qui touchent à l’intime comme à l’impur. Mais je me suis refusé de dissimuler la réalité des faits, les difficultés à dépasser, les trahisons inévitables des gens qu’on aime, les dilemmes auxquels on se trouve confronté, sans oublier les longs moments de solitude où l’on se retrouve face à soi-même.

DMPVD : Y a-t-il d’autres thèmes qui vous tiennent à cœur et sur lesquels vous souhaiteriez écrire ?
I. L. :
Depuis ma plus tendre enfance, écrire est pour moi aussi vital que respirer, marcher ou dormir. Alors, oui, j’ai d’autres projets d’écriture en cours… Je les révélerai volontiers à DMPVD dès qu’ils seront publiés.

DMPVD : Merci pour votre accueil chaleureux.

Carole Rampal

* Pour en savoir plus : www.levyisabelle.net

“Festival cultures de femmes, invitation au voyage”, au Proscénium

 

Dans le cadre de la 1re édition du Festival cultures de femmes, invitation au voyage, au Proscénium à Paris, qui se tient du 1er mars au 1er juin 2016, j’y ai croisé Marie Boiteux, la directrice du théâtre. L’occasion de lui poser quelques questions. Zoom sur ses réponses.

Qu’est-ce qui vous a donné l’idée de créer un festival dédié aux femmes et qui s’ouvre principalement à toutes les cultures ? 
M. B. : Ce sont deux propositions de spectacles : Shéhérazade la danseuse philosophe qui mêle théâtre et danse sur fond de philosophie soufi et de mille et une nuits et Princesse Monokini est née au Japon, un spectacle drôle, poétique et émouvant mais surtout très original qui puise ses racines dans la tradition japonaise.
Ces propositions m’ont été faites à des moments différents et j’ai eu l’idée de les rassembler dans le cadre d’une programmation « internationale ». Les deux étant proposés par des femmes, je me suis ensuite axée vers la recherche de spectacles exclusivement portés par des femmes. C’est de là que l’idée du festival a germé, l’envie d’ouvrir une scène qui présente un théâtre principalement occidental aux autres continents et de proposer au public un voyage.
De fil en aiguille, le thème s’est précisé, il fallait donc que chaque spectacle traite du voyage, de l’exil, de la rencontre entre les cultures et du choc qu’il peut parfois y avoir entre elles mais surtout de ce qu’elles s’apportent les unes aux autres et de comment on ressort de cette confrontation avec l’ailleurs.
Je voulais mettre à l’honneur la femme en tant que créatrice et vecteur de culture, porteuse d’une réflexion sur le monde et ainsi permettre à des artistes féminines de nous livrer leur expérience, leur perception et leur vision.

Comment les compagnies viennent-elles à vous ? Ou comment allez-vous les chercher ? Sur quels critères avez-vous décidé de porter un spectacle sur les planches ?
M. B. : 
Sur quels critères? La qualité bien sûr et l’originalité de la proposition ! Étrangement, quelque chose s’est passé autour de l’idée du festival à ce moment-là car de nombreuses propositions de spectacles m’ont été faites, que je n’ai pas toutes retenues pour différentes raisons, en particulier lorsqu’un spectacle ne regroupait pas les différents axes sur lequel repose le festival.
J’ai contacté Nelly Quette, une metteuse en scène qui écrit sur des figures féminines populaires emblématiques afin d’accueillir La Malinche, l’histoire de la princesse Aztèque d’abord esclave puis maîtresse de Cortès qui a trahi son peuple par amour pour celui qu’elle croyait être un “Dieu blanc”. Cette pièce aborde donc le rôle historique de cette femme aux prises entre deux cultures et dont la figure reste controversée de nos jours puisque pour les uns elle est la mère du peuple mexicain moderne mais restera à jamais pour les autres, une traîtresse maudite, celle qui a précipité la chute d’une civilisation.

Le spectacle Bohème qui retrace la trajectoire des Tziganes, de l’Inde à l’Espagne en passant par les pays de l’Est a été créé à ma demande spécialement pour le festival par Nathalie Jean-Baptiste, chorégraphe de danse contemporaine qui travaille sur la fusion entre les danses du monde.

Quand j’ai parlé du festival à la compagnie Nostos, Chiara Zerlini m’a appris qu’elle travaillait sur Le Pays de l’amour, une pièce qui y aurait toute sa place: l’histoire d’une Italienne qui suit son rêve de vivre la vie parisienne et se retrouve peu à peu en proie à des questionnements sur son identité. Peut-on vraiment rester soi-même lorsque l’on quitte ses racines? Est-ce que l’ “assimilation” (mot très en vogue) peut nous rendre étranger à nous-même? Le fait que cette réflexion puisse se poser entre deux cultures qui paraissent pourtant si proches, l’Italie et la France, m’a paru d’autant plus intéressant.

Les femmes de Botany Bay sont venues rejoindre le festival. Ces femmes, c’est une bande de six comédiennes, accompagnées, il faut le dire par deux rôles masculins. Elles nous jouent l’histoire de bagnardes anglaises au XIXe siècle, enfermées à fond de cale lors de leur traversée pour rejoindre les colonies de l’Australie. Elles nous y livrent un portrait à la fois cruel et émouvant de la nature humaine et nous font partager leurs projections, leurs espoirs, leurs craintes par rapport à ce nouveau monde qui les attend.

Marie-Claire Neveu m’a proposé Nina, des tomates et des bombes, un seulE en scène élégant et explosif qui fait une critique acerbe et charmante du capitalisme et de la mondialisation. Pour moi, c’est le spectacle phare du festival, celui autour duquel peuvent s’articuler tous les autres.

Et pour finir, j’ai voulu une déclinaison jeune public du festival: Vassilissa par la compagnie Un des Sens, un conte russe qui retrace le voyage de la jeune Vassilissa pour chercher le feu chez la sorcière Baba-Yaga, rires et chansons garantis !

Combien y a-t-il de spectacles au total ? Comment pouvez-vous définir cette programmation dans le cadre de la programmation plus générale du Proscénium ?
M. B. :
Au total, il y a huit spectacles qui sont intercalés dans la programmation générale du théâtre. Le concept du festival est assez original puisqu’il s’étend de mars à début juin, l’idée étant que les spectateurs qui seront séduits par le thème puissent avoir le temps de venir voir plusieurs pièces.
Il existe pour cela un pass’festival sur le site du théâtre : www.theatreleproscenium.com

Comment réagit le public à ce Festival ? 
M. B. : Le pari était risqué et le temps nous dira si le choix d’un festival étalé dans la durée était judicieux. Pour l’instant, nous avons un très bon retour du public qui se montre particulièrement sensible au thème. Certains sont déjà venus voir plusieurs spectacles.

Personnellement, est-ce qu’il y a un ou plusieurs spectacles qui vous a (ont) le plus touché ? 
M. B. : Délicat de répondre à cette question, je défends tous les spectacles avec la même conviction puisque je les ai choisis. Donc le mieux, c’est de les voir tous !

Propos recueillis par Carole Rampal

Théâtre Le Proscénium
2, passage du Bureau, 75011 Paris
réservation : 07 68 38 32 63
Les femmes de Botany Bay  : les mercredis, à 21h30, du 4 mai au 1er juin 2016.
Vassilissa : tous les jours, à 14h30, du 25 au 29 avril et les dimanches 14, 24 avril et 1er mai à 11h00.
Nina, des tomates et des bombes :
à ce jour, tous les mardis, à 19h30, du 05 avril au 10 mai.
Le Pays de l’amour : les vendredis, à 19h30, du 15 avril au 6 mai et le dimanche 8 mai à 19h30.
Shéhérazade la danseuse philosophe : à ce jour, tous les jeudis, à 21h30, jusqu’au 26 mai.
Princesse Monokini est née au Japon : à ce jour, tous les jeudis, à 19h30, jusqu’au 28 avril .
Bohème : représentations terminées.
La Malinche : représentations terminées.