« Chat-necdotes », Benjamin Valliet, édition Favre

Chats alors… il fallait y penser. C’est fait.

Benjamin Valliet, historien de formation, passionné des chats, a choisi de réunir dans un livre les récits les plus anecdotiques et rebondissantes des 400 000 millions de nos amis poilus. Il parcourt le globe terrestre pour nous rapporter les histoires les plus incroyables mais vraies.

On visitera sur quatre pattes le lycée Leland aux États-Unis, un petit bureau à Tokyo… sous le regard amusé de Bayrou qui ne loupe pas une ligne de celles écrites par son maître, son maître ?, bref Benjamin. Enorgueilli des exploits de ses confrères, il est ravi quand est contée l’histoire de La Poste belge ou quand le lecteur apprend que la CIA a pensé à eux lors de missions top secrètes.

Il détourne la tête au « chat-pitre des sacrés chat-lopards ». Mais retrouve sa fierté au « chat-pitre  des lieux, rien que pour eux » que les bipèdes leur dédient. Apeuré à l’écoute d’aventures traversées par ses petits camarades, il reprend du poil de la bête aux récits de chats héros, et de sa morgue considère naturelles les amitiés dévoilées tissées avec eux entre Dali, Churchill, Freddie Mercury, Frida Kahlo, Matisse. La liste est longue.

À ses côtés le vétérinaire, le Dr Philippe Dauty, n’hésite pas à nous transmettre ses connaissances pour mieux saisir et comprendre ce joli petit félin, vénéré selon les époques – comme au temps des Égyptiens – ou cloué aux portes au Moyen Âge.

Un livre détente et instructif, émaillé de petites photos souvenirs réalistes, pour petits et grands.

Carole Rampal

« Chat-necdotes »
Benjamin Valliet
Edition Favre

Bérénice à La Scala, avec Carole Bouquet

Quand la raison d’État domine celle de l’amour, sous la plume de Racine, les mots courent en alexandrins :

Titus
J’espérais de mourir à vos yeux,
Avant que d’en venir à ces cruels adieux.

Bérénice
Eh bien ! régnez, cruel, contentez votre gloire :
Je ne dispute plus. J’attendais, pour vous croire,
Que cette même bouche, après mille serments
D’un amour qui devait unir tous nos moments,
Cette bouche, à mes yeux s’avouant infidèle,
M’ordonnât elle-même une absence éternelle.

Un texte fort à l’élégance racinienne qui relate l’amour impossible entre Bérénice, reine de Palestine, et Titus, nommé empereur : les mœurs de Rome n’admettent pas le mariage avec une étrangère. Bérénice se révolte : Titus ne peut-il pas tout dans ses nouvelles fonctions. Son choix ne traduit-il pas une trahison à son encontre, à leur passion ?

L’intrigue se complique : Antiochus, roi de Comagène et ami de Titus, avoue à la reine la flamme qui le dévore secrètement depuis des années pour elle.

Carole Bouquet (Bérénice), Frédéric de Goldflem (Titus) et Jacky Ido (Antiochus) incarnent avec brio ces trois personnages hauts en couleur qui traversent tour à tour colère et désespoir.

Muriel Mayette-Holtz apporte sa touche à ce texte grandiose : la mise en scène minimaliste, composée d’un lit principalement qu’encadrent des murs saumon-rosé à la douceur de l’idylle, laissant filtrer par les fenêtres des bleus diaphanes ou ténébreux, renseigne le défilé des jours ou de la nuit, l’atmosphère des âmes, et apporte une grandeur poétique. La musique originale de Cyril Giroux rythme la salle au diapason cardiaque des comédiens.

Une pièce magistrale à aller voir absolument.

Carole Rampal

Avec :
Carole Bouquet, Frédéric de Goldflem (Titus) et Jacky Ido (Antiochus),
Augustin Bouchacourt (confident de Titus) et Ève Pereur (confidente de Bérénice)
Décor et costumes : Cyril Giroux

La Scala Paris
Du mardi au samedi à 21h15
Les dimanches à 17h30
Du 15 septembre au 12 octobre 2022

13 boulevard de Strasbourg
75010 Paris
Tél. : 01 40 03 44 30

Respire à La Piccola Scala

Lou Sarda

Aux confins de la lumière glaciale des couloirs d’une maternité… la pénombre. Là une petite fille tout juste née. Debout, face à elle, derrière la vitre, une mère. Une mère remplie d’un souffle que rien n’épuise, prête à défier la mort. Durant une nuit entière, elle s’adressera à elle, l’invitant à découvrir l’effervescence du monde, l’exhortant à venir les rejoindre, elle, sa sœur et son père. De l’autre côté où un nid d’amour l’attend.

C’est avec une sensibilité animale et beaucoup de talent que Romane Bohringer se tient devant la salle et, pendant une heure, nous livre avec réalisme le texte finement ciselé de Sophie Maurer. Au rythme parcimonieux de la guitare et du piano joués par Bruno Ralle, la poésie s’en mêle, les mots s’harmonisent, la tendresse, la tristesse, la joie s’entrechoquent. La salle est émue.

Ovation…

Carole Rampal

Du 15 septembre au 8 octobre
Du 13 février au 1er avril 2023
Du jeudi au samedi 19h30
La Piccola Scala
Metteur en scène : Panchika Velez
Scénograpie et Lumières : Lucas Jimenez
Musique : Baloo Productions
Collaboration artistique : Mia Koumpan

Deux mains, la liberté, au Studio Hébertot

Une histoire vraie impensable, sortie de l’oubli de la Grande Histoire, que la mémoire du passé avait incroyablement ensevelie. L’histoire d’une relation entre deux hommes qui, sans changer le cours des évènements, infléchira sur le destin de plus de 100 000 Hommes en les ramenant à la vie.

Nous sommes pendant la Seconde Guerre mondiale, en 1939, en Allemagne, à Berlin. Le Dr Felix Kersten, spécialisé en thérapie manuelle, dont la notoriété n’est plus à démontrer, se rend au QG de la SS : il a rendez-vous avec Heinrich Himmler souffrant de problèmes d’estomac que rien ni personne ne soigne. Dès la première séance, le chef de la Gestapo ressent un soulagement insoupçonné sous les mains prodigieuses de Kersten qui a alors l’ingénieuse idée de convertir ses honoraires par la liberté de prisonniers.

Des honoraires de plus en plus élevés que Himmler accepte progressivement, dépendant de celui qu’il considère très vite comme son ami, tant il soulage son corps et imperceptiblement son âme…

À travers les mois et les années, le médecin du diable s’interroge sur l’éthique de sa position : coincé entre son devoir professionnel, sa conscience et ses valeurs opposées à celle du nazisme.

Il s’impliquera aussi à protéger sa famille et échappera à deux attentats, soupçonné d’être un espion, mais ne faiblira jamais en sauvant du camp de l’enfer indifféremment juifs, homosexuels, handicapés, Allemands, Suédois…

C’est entouré sur scène de Philippe Bozo (Himmler) et Franck Lorrain (le conseiller personnel de Himmler) que Antoine Nouel incarne cet homme d’exception et retrace sa vie dans une pièce qu’il a lui même adaptée et écrite. Inspiré du roman Les mains du miracle de Joseph Kessel, il dédie son spectacle à « toutes celles et ceux qui font passer les ressemblances avant les différences ».

Une pièce poignante d’humanité où la salle est saisie par l’émotion.

Carole Rampal

Jusqu’au 6 novembre 2022
Studio Hébertot
78 bis boulevard des Batignolles,
75017 Paris

De Antoine Nouel avec la participation de Frank Baugin
Mis en scène par Antoine Nouel
Avec Philippe Bozo, Franck Lorrain et Antoine Nouel
Lumière : Denis Schlepp
Son et images : Philippe Bozo

Une Idée Géniale au Théâtre Michel

Après J’ai envie de toi, Sébastien Castro a « une idée géniale » en signant cette comédie où Agnès Boury, José Paul, Laurence Porteil et lui-même se réunissent sur scène pour notre plus grand plaisir.

Une comédie qui nous entraîne dans les méandres d’un scénario loufoque d’un homme résolu à évincer un rival et bien déterminé à garder sa femme pour lui, même s’il ne s’est jamais décidé auparavant à se marier avec elle.

Inspiré de Ray Cooney dont il adore l’humour et qu’il connaît bien pour avoir déjà travaillé avec lui à plusieurs reprises, Sébastien Castro excelle dans l’écriture de cette nouvelle pièce. Il adapte aussi pour l’occasion certaines répliques en fonction des comédiens qu’il a préalablement choisis.

Sur les planches, il enfile les costumes de trois personnages – qu’il campe avec beaucoup de justesse (Cédric, un agent immobilier ; Thomas, sosie de Cédric et dans la vie apprenti comédien, et son frère jumeau, Jules, un plombier) – et à une vitesse éclair qui laisse le spectateur pantois : les trois protagonistes se retrouvent quasiment en même temps sur scène !
Quel est ce trucage digne d’un prestidigitateur ?


Amoureux du théâtre de boulevard, n’hésitez pas une seconde à y aller : fous rires garantis et sans relâches. Vous ne serez pas déçus.

Carole Rampal
DMPVD

Jusqu’au 31 décembre 2022
Théâtre Michel

38, rue des Mathurins, 75008 Paris

Avec Sébastien Castro, Agnès Boury, José Paul, Laurence Porteil
Mise en scène : José PAUL, Agnès BOURY
Assistant mise en scène : Guillaume Rubeaud
Lumières : Laurent BEAL
Décor : Jean HAAS
Musique : Winogradoff

Le Horla de Maupassant à la Folie Théâtre

Du noir absolu apparaît, dans un cadre de tableau que contient un autre cadre plus petit, un homme à l’allure imposante, aux cheveux plaqués en arrière, au regard droit et vif qu’abritent des sourcils broussailleux. Sa barbe, sa moustache, sa tenue nous rappellent celles des maîtres de la seconde moitié du XIXe siècle.

Trois autres cadres évidés, également suspendus par des fils invisibles, interrogent le spectateur par leur présence.

Guillaume Blanchard, le narrateur et le protagoniste du conte, s’exprime au présent et nous raconte avec enthousiasme le défilé de navires glissant sur la Seine qu’il observe de son jardin normand. L’odeur des prémices du printemps l’exalte et les rosiers qui s’ épanouissent l’enchantent. Nous sommes le 8 mai.

Mais la vivacité de sa nature emballée laisse vite place à l’inquiétude : il se sent malade. Des douches et du bromure de sodium lui sont prescrits par son médecin. En vain. Son état s’empire au fil des jours, des semaines et l’angoisse le saisit : une présence invisible habite ses nuits, s’agenouille sur sa poitrine, marche sur ses talons, respire derrière lui, engloutit l’eau et le lait des verres posés sur la table de sa chambre qu’il a pris soin de remplir. Aspire sa vie !

Une excursion pour visiter le mont Saint-Michel et un séjour à Paris, en juillet, ne lui rendront pas la santé espérée. Il gardera en mémoire de son premier voyage le récit d’une légende locale relatée par un moine de l’abbaye qui l’interroge : « Est-ce que nous voyons la cent millième partie de ce qui existe ? » Et de la capitale, le souvenir frappant d’une séance d’hypnose sur sa cousine.

Le personnage plonge dans la terreur et la salle aussi. Guillaume Blanchard, dans un rythme haletant, possède la scène durant une heure vingt et entraîne le spectateur aux confins de cet univers fantastique cauchemardesque. Jolie performance.

L’adaptation personnelle du Horla par Frédéric Gray, dans une scénographie originale et subtile (les objets semblent flotter, les yeux d’une étrange créature percent l’espace …), rend fidèlement l’histoire de Maupassant.

Sous les traits de trois personnages* qui donnent la réplique à Guillaume Blanchard, on reconnaît les traits du metteur en scène.

Carole Rampal

  • Olivier Troyon (absent ce jour-là) interprète également tous les rôles secondaires en alternance avec Frédéric Gray, et est assistant dans la mise en scène.

Jusqu’au 30 janvier 2022.
Le jeudi à 19h30, samedi à 18h et dimanche à 16h30

A La Folie Théâtre : 6, rue de la Folie-Méricourt, 75011 Paris
Renseignements et / ou réservation : 01 43 55 14 80

“Le Voisin de Picasso”, au Théâtre de La Contrescarpe

crédit photos : Fabienne Rappeneau

Il ne surgira pas de votre mémoire. Mais d’un passé glorieux. Cet illustre inconnu au bataillon des plus grands peintres de son époque (Sisley, Monet, Renoir, Bazille…) était pourtant l’objet de toutes les attentions de la société et le plus adulé quand d’autres s’essayaient encore dans les ateliers de Gleyre. Peintre officiel, il décorera notamment plafonds et décors de théâtre, comme celui de la salle Richelieu de la Comédie-Française, ou celui de l’Opéra Garnier. Il sera salué par la presse et recevra la légion d’honneur.

Alexis-Joseph Mazerolle – oui c’est son nom au Voisin incognito de Picasso, juste dans la galerie voisine – s’adonnait dans une exigence de travail à servir sa passion : sublimer le réel, rapprocher les gens du divin. Académique, il se voulait aussi libre.

Alors, qu’est devenu Mazerolle ? Apollon le garderait-il jalousement près de lui, loin des hommes et de leurs réminiscences ? Et ses œuvres ?

Rémi Mazuel retourne le sablier du temps, réécrit son histoire et nous invite sur une mise en scène de Marie-Caroline Morel à découvrir les traits de son visage, de son histoire, de sa fin controversée (suicide ou maladie ?).

Dans une éloquence qui lui est familière (il a remporté le Concours d’Éloquence de l’association Forum Event à Bordeaux), Rémi Mazuel, dans la peau d’un gardien de musée, répare cette injustice et lui rend hommage non sans humour. De quoi passer une bonne soirée.

Carole Rampal

Théâtre de La Contrescarpe
https://theatredelacontrescarpe.fr/
5 rue Blainville, 75005 Paris

Du 7 octobre au 30 décembre 2020,
les mercredis à 21h

Texte et Interprétation : Rémi MAZUEL
Mise en scène : Marie-Caroline MOREL
Costumes : Leslie PAUGER
Musique : Charles TUMIOTTO
Conception & Décors : Alix COHEN

Pour ceux qui veulent faire un pied de nez à Apollon, certaines œuvres de Mazerolle sont encore visibles ?
À la Bourse de commerce de Paris, à l’hôtel InterContinental de Paris (le plafond du salon), au Conservatoire de musique de Paris (décor de scène), à l’Opéra Garnier à Paris, (huit cartons des tapisseries de la rotonde du glacier), au grand théâtre d’Angers (plafond du foyer), au musée de Roubaix (« Éponine implorant la grâce de Sabinus »).

Depuis 2006, afin de promouvoir son œuvre, l’Association des Amis du peintre A.-J. Mazerolle a été créée et répond à vos questions.
http://www.ajmazerolle.com/index.html

“Dernier carton”, au Théâtre du Gymnase Marie Bell

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Le rideau s’ouvre.

Assis sur un “dernier carton”, le visage ombrageux, Richard Santenac, la soixantaine bien passée, animateur d’une émission littéraire, le portable à la main, hésite à composer le numéro. Quelques secondes plus tard, sur un répondeur, il déposera, à Diane, le message d’un amant affligé après une rupture douloureuse qui tente dans un élan désespéré de renouer contact avec la femme qu’il aime encore.

À ses pieds, deux rouleaux de gros scotch adhésif jonchent sur le sol, à côté d’une bouteille de whisky à moitié vide. À deux mètres de lui, Oussama, le déménageur, attend de pouvoir prendre le dernier carton sur lequel il est assis.

Agité par la souffrance qui l’habite, Richard se lève d’un bond.

Oussama s’inquiète pour lui. Étonnamment plus préoccupé par les états d’âme du présentateur vedette qu’affairé par son job, il ne semble plus s’intéresser au dernier paquet à charger.

Un zeste arrogant, Richard l’exhorte à accélérer la cadence.

Oussama reste face à lui et le questionne pour savoir ce qu’il a pensé du manuscrit qu’il lui a fait parvenir via la chaîne. Pantois et pressé d’en finir avec cette situation qu’il ne comprend pas et ce transporteur à la personnalité étrange, Richard l’expédie. Oussama réussit à retenir sa curiosité en exposant le récit de son roman présentant d’étranges similitudes avec sa vie et celle de Diane.

Nerveux, Richard se sent joué de cet homme qui n’en finit pas de s’imposer à lui. La tension monte. Hors de lui, il l’empoigne et le frappe.

Mais voilà. La différence d’âge entre les deux a raison du plus vieux qui finit pieds et poings liés à un escabeau. La raison du plus musclé n’est pas toujours la plus forte face à un vieux loup désespéré et agressif.

Dans de nombreux rebondissements, les deux hommes vont s’affronter.

Les dialogues percutants dont l’écriture revient à Olivier Balu tiennent en haleine le spectateur. Patrice Laffont (Richard Santenac) et Michaël Msihid (Oussama) dans une complicité évidente se réunissent dans une vraie performance d’acteurs où l’émotion est là au cœur de la psychologie de leurs personnages.

Laurent Ziveri l’a bien compris et a choisi, pour cette nouvelle mise en scène, une scénographie épurée qui laisse d’autant place à remarquer ce duo de choc.

Carole Rampal

Des mots pour vous dire

 

Dernier cartonJusqu’au 1er avril 2020
Lundi, mardi et mercredi à 20h00

Petit Théâtre du Gymnase Marie Bell
http://theatredugymnase.paris/dernier-carton/
38 boulevard de Bonne-Nouvelle
75010 Paris
01 42 46 79 79

 

 

“Cyrano” d’Edmond Rostand, au Théâtre le Funambule Montmartre

 

Cyrano comme vous ne l’avez jamais vu.

Sous le masque d’où dépasse un nez magistral, un roc, un pic, un perchoir à oiseaux se cachent tour à tour Iana-Serena de Freitas, Macha Isakova et Mathilde Guêtré-Rguieg qui campent chacune tous les personnages de la pièce (Cyrano, Roxane, Montfleury, le patissier Ragueneau, le beau Christian de Neuvillette, l’affreux et puissant comte de Guiche, La Duègne). Masquées, démasquées, remasquées, elles investissent le plateau mais aussi la salle du Théâtre du Funambule dans une aisance corporelle, revêtues de costumes commedia dell’arte qui font rêver.

Dans une ambiance feutrée aux bougies, le spectateur est transcendé par cette scénographie haute en couleurs, signée Bastien Ossart, où l’humour a sa place, entre autres quand Ragueneau explique avec facétie comment confectionner des tartelettes amandines et descend dans le public pour l’inviter à les manger, ou la vieille Duègne, chargée de surveiller Roxane, se trémousse dans une robe gonflante aussi laide qu’elle.

Du rire… de la tristesse, de l’émotion… qui atteint son apogée à la dernière scène.

Ces trois comédiennes talentueuses clament les vers dans une énergie  rendant littéralement vivants tous les protagonistes qu’elles incarnent.

Les alexandrins d’Edmond Rostand sont restitués avec originalité et brio. Bravo !

Carole Rampal

Des mots pour vous dire

À partir du 2 février,
du mercredi au samedi à 19h ou 21h
et les dimanches à 15h30.

Mise en scène : Bastien Ossart
Avec Iana-Serena de Freitas, Macha Isakova, Mathilde Guêtré-Rguieg
Une production Théâtre Les Pieds Nus
& Le Funambule Montmartre
Lumières : & Le Funambule Montmartre
Funambule Montmartre
Une production Théâtre Les Pieds Nus
https://www.funambule-montmartre.com/cyrano
53, rue des Saules, 75018 Paris

#theatreparisien

 

 

“sspeciess” de Daniel Linehan (Hiatus), au Théâtre de la Cité internationale

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Le vent souffle fort sur la scène du Théâtre de la Cité internationale, ce jeudi 6 février. Cinq danseurs semblent sortir de la torpeur d’une nuit urbaine. Sous des néons à la lumière trop crue, ils se réveillent avec lenteur. Quand “l’une” d’entre eux, allongée près de son compagnon, lui révèle qu’elle a une vision : un oiseau entre deux nuages, puis surgit un écureuil, un chien, une lueur…

Les bruits stridents de la cité déchirent l’aube. Il est l’heure de se lever.
Cinq corps s’animent dans un mouvement de balancement comme soumis à l’apesanteur. Pendant une heure trente, dans une synergie commune, ils chancèleront, dodelineront, cahoteront, balleront bras, jambes, oscilleront comme des astres inéluctablement reliés entre eux et à la nature.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit : l’homme inexorablement relié à son univers lui appartient, et se fond en lui comme les détritus qu’il génère et tapissent l’espace. À l’instar de la mer qui s’agite, s’approche et fuit dans un jeu de va-et-vient, Gorka Gurrutxaga Arruti, Anneleen Keppens, Victor Pérez Armero, Louise Tanoto et David Linehan se retouveront mêlés au creux de la vague dans un éternel recommencement.

L’obscurité prendra place : le spectacle est terminé.

C’est inspiré des écrits du philosophe et écologiste britannique Timothy Morton que le danseur et chorégraphe américain, Daniel Linehan (lui-même sur scène), a choisi d’en proposer une lecture par la “non-danse” et présente pendant deux jours “sspeciess” au Théâtre de la Cité internationale.

Il prolongera sa tournée, le 4 février 2020 : Théâtre de Liège, Festival Pays de Danses ; les 12 et 13 mars 2020 : La Filature, Mulhouse ; les 12 et 13 juin 2020 : Kaaitheater, Bruxelles.

Un chorégraphe à continuer de suivre..

 

Carole Rampal

Des mots pour vous dire

Théâtre de la Cité internationale
www.theatredelacite.com
17, boulevard Jourdan, 75014 Paris
Avec le festival Faits d’hiver

Concept & chorégraphie :
Daniel Linehan (Hiatus)
Dramaturgie : Alain Franco
Assistant artistique :
Michael Helland
Scénographie : 88888
Costumes : Frédérick Denis
Lumière : Gregory Rivoux
Son : Michael Schmid &
Raphaël Henard

Création & interprétation :
Gorka Gurrutxaga Arruti,
Anneleen Keppens, Daniel Linehan, Victor Pérez Armero, Louise Tanoto

 

“En couple”, à la Folie Théâtre

 

Affiche en couple

En couple (situation provisoire) de Jean-Michel Ribes reprend pour une 3e saison, à La Folie Théâtre, du 24 janvier au 29 mars 2020 (tous les vendredis et samedis à 20h et les dimanches à 18h30).
Une mise en scène de Frédéric Gray, assisté cette fois par Olivier Troyon.
En 2020, c’est  Alexandra Causse qui donnera la réplique à l’incontournable Frédéric Gray (sur les planches également), toujours accompagné  de Julie Fabioux.

En 2018, cette comédie a remporté, aux P’tits Molières, le prix du “Meilleur Spectacle d’humour”.

Une récompense bien mérité : DMPVD s’en souvient pour avoir assisté au spectacle et l’avoir chroniqué https://bit.ly/2NJu0jf.

À une période où on a besoin de rire, allez-y et découvrez pour ceux qui ne le connaissent pas encore ce petit théâtre parisien qui produit chaque année des pépites.

Carole Rampal

Des mots pour vous dire

Lien vers la bande annonce : https://www.youtube.com/watch?v=lp8Tkd5zEE4&feature=youtu.be

Le Consentement de Vanessa Springora / Peut-on séparer l’œuvre de l’artiste ? (position de DMPVD)

Vanessa Springora photo

Parce que ce qui me dérange n’est pas l’éclairage d’une œuvre, quelle qu’elle soit, mais la complaisance au-dessus de toute morale apportée à des artistes par un cercle parisien qui a posé comme diktat la suprématie de la culture au détriment du sens de l’humain, je ne peux résister à me positionner sur un tel sujet que je trouve grave, surtout après la lecture du Consentement de Vanessa Springora (à lire !).

Il serait d’abord intéressant de s’interroger à savoir si la culture confère à l’homme une élévation par rapport à ses contemporains, comme avancé en France depuis ces décennies par nombre d’intellectuels. À y réfléchir, l’argument chancelle vite.

Pour ma part, je crois que l’artiste est transcendé aux seuls moments où il crée. L’art est alors un tremplin à la sublimation qui, si détournée de sa fonction première, devient prétexte à la perversion (cas de Matzneff). Et s’il l’est ? Toute création artistique a le droit cependant d’être reçue comme telle à condition que les critiques la mettent  en perspective avec son auteur et à distance de son époque (rôle des intellectuels qui a été très peu tenu). Reste ensuite à chacun le droit de décider pour lui-même de l’accueillir ou non. Ce qui n’a pas sa place, c’est le snobisme d’une classe qui méprise le peuple, s’imaginant que son jugement est plus sensible et aiguisé car nourri de plus références. C’est mal comprendre l’intuition de la nature humaine intemporelle ! qui échappe à toutes pensées construites d’une société à une époque donnée. La révolution sexuelle a été l’occasion à nombre d’esprits sains de se libérer d’un carcan pour expérimenter d’autres voies, aux esprits pervers de s’engouffrer dans la brèche que la liberté offrait alors. À qui veut-on faire croire que les années 70-85 avaient répandu un gaz qui brouillait l’esprit de tous les Français en quête d’un épanouissement. Les voies de M. et Mme Dupont s’élevaient par indignation quand il s’agissait d’enfants. Reléguées au rang d’un populisme vulgaire, elles étaient tues.

Séparons-nous surtout de l’idée fausse, en France, qu’un homme puisse être un artiste, aligné avec “le ciel” en permanence. Quel étrange concept véhiculé et martelé, ces quarante dernières années.

Parce que je crois encore aux vertus du discours démocratique et à la confrontation d’idées basées non par la censure mais par des arguments, j’ai mis en ligne la chronique “J’accuse” de Polanski (que je ne serais pas allée voir moi-même mais libres à ceux qui le souhaitaient). Je me donne aussi l’occasion via mon site DMPVD de dépasser le cadre des simples chroniques et de donner réponse face à une actualité estomaquante.

Soutien à tous les témoignages courageux actuels qui font bouger les lignes de notre société et lui permette d’évoluer (Vanessa Springora, Adèle Haenel, Valentine Monnier…).

 

Carole Rampal

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“Galatée ou la rencontre surréaliste de Dali et Gala”, au Théâtre de la Contrescarpe

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Fulgurante… la rencontre de Salvator Dali et Gala – qui deviendra sa femme pendant quarante-cinq ans. Mathilde Aurier recrée ce coup de foudre avec originalité dans son propre imaginaire et sur les planches de la Contrescarpe.

Elle puise dans l’existence de ce couple mythique des éléments de leur propre vie (mariage de Gala et Paul Éluard, sa maladie, micro-sieste de Dali…) et les croise dans une fiction (meurtre par Gala de son père, sœur dominante de Dali…) et une vision « surréaliste ».

Dans l’obscurité, Gala et Dali dorment et laissent exprimer avec force leur énergie. Gala dans un fauteuil pour handicapé, Dali dans un fauteuil confortable, une petite cuiller à la main. La chute du couvert sur le sol sonne la fin de la sieste et dans sa hâte de rester lié à son inconscient, le peintre se lève d’un bond et empoigne pinceaux et palette. Sur la toile, formes et couleurs, sans censure ni code se déploient. Maria, sa sœur, intervient et tente de le ramener timidement à des contingences matérielles : il y a une fuite au plafond. Dali la rudoie pour la énième fois. Mais plus pour longtemps. En attendant, il replonge dans un somme.

Gala, enfin réveillée, échange avec Paul, son mari. Amoureux, le poète lui a composé des vers. Gala se moque de lui encore et encore, comme toujours. Blessé, par vengeance, Paul lui administre une dose de somnifère, contacte l’hôpital et la fait y retourner : elle est déjà suivie en psychiatrie pour avoir assassiné ses parents.

Dali et Gala, appesantis dans leurs songes, se croisent à travers rêves. C’est le choc. Ils feront tout pour se rejoindre dans le réel sensible.

Quoi en penser ? La mise en scène est bien étudiée et bien ficelée sur un scénario cohérent, ce qui n’était pas gagné par avance. Mathilde Aurier nous embarque facilement dans l’univers surréaliste où elle invente ses propres références. Les comédiens s’épanouissent sur scène et vivent leur personnage. Un hommage à Dali mais plus ouvertement un rappel à ce mouvement qui se voulait un art de vivre.

Carole Rampal

Des mots pour vous dire

 

Spectacle éligible aux Molières 2020

Écrit et mis en scène par Mathilde Aurier
Distribution : Lola Blanchard (Gala), Baptiste Carrion-Weiss (Dali), Théo Delezenne (Paul Éluard), Eva Ramos (Maria)

Mardis à 21h : 26 novembre et 10 décembre
Mercredis à 21h : jusqu’au 27 novembre et le 11 décembre

5 rue de Blainville
75005 PARIS
M° Place Monge
Tél. : 01 42 01 81 88
www.theatredelacontrescarpe.fr

“J’ai des doutes”, au Théâtre La Scala

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© M_Toussaint

Raymond Devos est redescendu parmi nous, ce mardi 5 novembre. François Morel est allé le chercher au royaume de Dieu où il imagine alors un dialogue improbable qu’auraient pu entretenir l’Éternel et ce grand humoriste, chacun sur la création de leur propre univers.

Pendant une heure trente, accompagné au piano, au trombone et à la guitare, de son complice Antoine Sahler – qui a écrit la musique du spectacle –, ils font revivre avec une loufoquerie devosienne “Mon immeuble est sens dessus dessous”, “L’Ouïe de l’oie de Louis”, “Mon chien, c’est quelqu’un”, “La Truite”, “J’ai des doutes”…
Des doutes… sur le talent de François Morel, la salle n’en a pas. À chaque saynète, le rire se faufile entre les fauteuils et dans une traînée de poudre éclate jusque sur la scène.

Impassible, François Morel enchaîne les sketches, s’incarne dans le corps de celui qu’il avait croisé et tant admiré, se confond avec lui avec poésie et tendresse quand l’ectoplasme en chiffon de Devos le prend sur ses genoux.

Un vibrant hommage à Raymond Devos par un grand comédien qui ne démérite pas du Molière du meilleur comédien 2019 ainsi que du prix Humour de la SACD. Quand deux grands se rencontrent…

Carole Rampal

Du 5 novembre 2019 au 5 janvier 2020
Du mardi au samedi, à 19h
Les dimanches, à 15h
Théâtre La Scala
https://lascala-paris.com/
13, boulevard de Strasbourg
Paris, 10e

Un spectacle de et avec François Morel
textes Raymond Devos
avec Antoine Sahler en alternance avec Romain Lemire

musique Antoine Sahler
assistant à la mise en scène Romain Lemire
lumières Alain Paradis
son Camille Urvoy
costumes Elisa Ingrassia
poursuite Madeleine Loiseau ou Valentin Morel
conception, fabrication et mise en jeu des marionnettes Johanna Ehlert, Matthieu Siefridt – Blick Théâtre
direction technique Denis Melchers
archives sonores INA (Radioscopie 1975)

“La Convivialité, la faute de l’orthographe”, au Théâtre Tristan-Bernard

La faute de l'orthographeD’entrée de jeu, Arnaud Hoedt et Jérôme Piron nous expliquent ne pas être comédiens mais professeurs de français. Qu’à cela ne tienne et pourquoi pas ? Vive l’art du spectacle ouvert à tous. Une idée à laquelle je souscris.

Le désenchantement arrive quand au fil des minutes qui s’écoulent, assise dans mon fauteuil, attentive au défilé des incongruités de notre orthographe qui prêtent au rire, je découvre qu’au lieu d’assister à une pièce comique telle que annoncée, en face de moi, nos deux enseignants belges sont avant tout l’instrument partie prenante de la réforme de l’orthographe. Dans leur présentation, ils omettront de mentionner qu’ils soutiennent la fédération Wallonie-Bruxelles qui appelle de ses vœux entre autres à instaurer l’invariabilité du participe passé (cf. tribune signée dans Libération https://bit.ly/2BJQwCi). Information que je ne découvrirai que plus tard.

Pour l’heure, suis-je vraiment en train d’assister à un simple spectacle ? J’ai le sentiment d’être à une conférence. La vision manichéenne du sujet cesse très vite de me faire sourire.
Aussi, même si je partage nombre d’arguments avancés – s’appuyant à la fois sur la petite histoire de l’Académie française, la linguistique, l’Histoire –, il est plus difficile de suivre le fil rouge qui les relie et d’adhérer aux conclusions assénées : on saute de syllogismes faussés en syllogismes faussés.
S’il a existé et existe un snobisme, et un pré carré défendu par une certaine élite qui a complexifié l’orthographe pour mieux se réserver dans un entre-soi identitaire, ce dont je conviens, le problème est déplacé en le réduisant avec abus : n’est pas évoquée l’absence de formation pédagogique et encore moins d’ouverture aux neurosciences par les professeurs qui se débattent comme ils peuvent avec le peu de moyens de certains établissements (un livre pour deux, non !), ce qui favoriserait déjà l’apprentissage de la langue. Non, il ne sert à rien d’écrire aujourd’hui « nénufar » avec un « f » à la place de « ph » si le sens du code de l’écriture n’est toujours pas donné à l’élève. L’Académie française manque de linguistes, l’Éducation nationale aussi. Et particulièrement dans les classes. Commençons par le début avec des budgets alloués. L’accord du participe passé n’est pas plus compliqué à comprendre que des équations à deux inconnues. Transmise de façon ludique, cette règle de grammaire peut même devenir un jeu et pour des tout jeunes. D’ailleurs, pourquoi se cristalliser sur certaines difficultés et pas sur d’autres tout aussi ardues ? Quel est cet arbitrage aussi hermétique à saisir que l’orthographe elle-même ? Doit-on interroger l’Académie française pour s’assurer de telle rectification ou non à défaut d’une logique d’ensemble ? Un vrai casse-tête.

Le zéro faute n’existe pas dans la vraie vie, pas plus que sur les cahiers. Savoir se dépasser, compter avec le temps et ne pas s’identifier à ses erreurs sont les valeurs à véhiculer. Encore une fois, c’est la pédagogie de l’enseignement de toutes les matières qui est  à appréhender dans son grand tout.

Prétendre que le niveau n’a pas baissé, qu’à chaque génération est entendu le même refrain, revient à balayer d’un revers de main la réalité terrain des correcteurs qui le constatent tous les jours. Un métier mis à mal et méconnu qui tend à disparaître. Rien d’étonnant quand Arnaud et Jérôme citent avec contentement : « L’orthographe, divinité (…) des sots. », Stendhal ; « L’orthographe de la plupart des livres français est ridicule (…) L’habitude seule peut en supporter l’incongruité. », Voltaire.
Eh bien voilà des arguments qui donnent envie d’apprendre et pourront motiver notre jeunesse ! Et dans quel est le but ? Déconstruire : c’est bien, mais aussi faut-il savoir construire avec sagacité et pragmatisme pour donner le sens tant recherché et décrié qui manque aujourd’hui. La caricature n’aide en rien. Si l’orthographe doit évoluer, le regard de ceux qui veulent la simplifier aussi. Faire preuve d’esprit critique, c’est en faire jusqu’au bout et placer le curseur sur son juste milieu. Employer, par exemple, des anglicismes à tout bout de champ dont on ne connaît pas la traduction française constitue aussi la nouvelle version moderne du snobisme qui frise le ridicule (un beau sujet pour Molière!).
Je ne sais pas ce qu’auraient dit Voltaire ou Stendhal en 2019. Peut-être auraient-ils été plus nuancés que certains le prétendent.

Carole Rampal

Jusqu’au 30 décembre 2019
Théâtre Tristan-Bernard
64, rue du Rocher,  75008   Paris
Tél. location : 01 45 22 08 40

Auteur : Arnaud Hoedt et Jérôme Piron
Interprète : Arnaud Hoedt et Jérôme Piron
Réalisateur/Metteur en Scène : Arnaud Pirault, Clément Thirion et Dominique Bréda