“Le Voisin de Picasso”, au Théâtre de La Contrescarpe

crédit photos : Fabienne Rappeneau

Il ne surgira pas de votre mémoire. Mais d’un passé glorieux. Cet illustre inconnu au bataillon des plus grands peintres de son époque (Sisley, Monet, Renoir, Bazille…) était pourtant l’objet de toutes les attentions de la société et le plus adulé quand d’autres s’essayaient encore dans les ateliers de Gleyre. Peintre officiel, il décorera notamment plafonds et décors de théâtre, comme celui de la salle Richelieu de la Comédie-Française, ou celui de l’Opéra Garnier. Il sera salué par la presse et recevra la légion d’honneur.

Alexis-Joseph Mazerolle – oui c’est son nom au Voisin incognito de Picasso, juste dans la galerie voisine – s’adonnait dans une exigence de travail à servir sa passion : sublimer le réel, rapprocher les gens du divin. Académique, il se voulait aussi libre.

Alors, qu’est devenu Mazerolle ? Apollon le garderait-il jalousement près de lui, loin des hommes et de leurs réminiscences ? Et ses œuvres ?

Rémi Mazuel retourne le sablier du temps, réécrit son histoire et nous invite sur une mise en scène de Marie-Caroline Morel à découvrir les traits de son visage, de son histoire, de sa fin controversée (suicide ou maladie ?).

Dans une éloquence qui lui est familière (il a remporté le Concours d’Éloquence de l’association Forum Event à Bordeaux), Rémi Mazuel, dans la peau d’un gardien de musée, répare cette injustice et lui rend hommage non sans humour. De quoi passer une bonne soirée.

Carole Rampal

Théâtre de La Contrescarpe
https://theatredelacontrescarpe.fr/
5 rue Blainville, 75005 Paris

Du 7 octobre au 30 décembre 2020,
les mercredis à 21h

Texte et Interprétation : Rémi MAZUEL
Mise en scène : Marie-Caroline MOREL
Costumes : Leslie PAUGER
Musique : Charles TUMIOTTO
Conception & Décors : Alix COHEN

Pour ceux qui veulent faire un pied de nez à Apollon, certaines œuvres de Mazerolle sont encore visibles ?
À la Bourse de commerce de Paris, à l’hôtel InterContinental de Paris (le plafond du salon), au Conservatoire de musique de Paris (décor de scène), à l’Opéra Garnier à Paris, (huit cartons des tapisseries de la rotonde du glacier), au grand théâtre d’Angers (plafond du foyer), au musée de Roubaix (« Éponine implorant la grâce de Sabinus »).

Depuis 2006, afin de promouvoir son œuvre, l’Association des Amis du peintre A.-J. Mazerolle a été créée et répond à vos questions.
http://www.ajmazerolle.com/index.html

“Dernier carton”, au Théâtre du Gymnase Marie Bell

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Le rideau s’ouvre.

Assis sur un “dernier carton”, le visage ombrageux, Richard Santenac, la soixantaine bien passée, animateur d’une émission littéraire, le portable à la main, hésite à composer le numéro. Quelques secondes plus tard, sur un répondeur, il déposera, à Diane, le message d’un amant affligé après une rupture douloureuse qui tente dans un élan désespéré de renouer contact avec la femme qu’il aime encore.

À ses pieds, deux rouleaux de gros scotch adhésif jonchent sur le sol, à côté d’une bouteille de whisky à moitié vide. À deux mètres de lui, Oussama, le déménageur, attend de pouvoir prendre le dernier carton sur lequel il est assis.

Agité par la souffrance qui l’habite, Richard se lève d’un bond.

Oussama s’inquiète pour lui. Étonnamment plus préoccupé par les états d’âme du présentateur vedette qu’affairé par son job, il ne semble plus s’intéresser au dernier paquet à charger.

Un zeste arrogant, Richard l’exhorte à accélérer la cadence.

Oussama reste face à lui et le questionne pour savoir ce qu’il a pensé du manuscrit qu’il lui a fait parvenir via la chaîne. Pantois et pressé d’en finir avec cette situation qu’il ne comprend pas et ce transporteur à la personnalité étrange, Richard l’expédie. Oussama réussit à retenir sa curiosité en exposant le récit de son roman présentant d’étranges similitudes avec sa vie et celle de Diane.

Nerveux, Richard se sent joué de cet homme qui n’en finit pas de s’imposer à lui. La tension monte. Hors de lui, il l’empoigne et le frappe.

Mais voilà. La différence d’âge entre les deux a raison du plus vieux qui finit pieds et poings liés à un escabeau. La raison du plus musclé n’est pas toujours la plus forte face à un vieux loup désespéré et agressif.

Dans de nombreux rebondissements, les deux hommes vont s’affronter.

Les dialogues percutants dont l’écriture revient à Olivier Balu tiennent en haleine le spectateur. Patrice Laffont (Richard Santenac) et Michaël Msihid (Oussama) dans une complicité évidente se réunissent dans une vraie performance d’acteurs où l’émotion est là au cœur de la psychologie de leurs personnages.

Laurent Ziveri l’a bien compris et a choisi, pour cette nouvelle mise en scène, une scénographie épurée qui laisse d’autant place à remarquer ce duo de choc.

Carole Rampal

Des mots pour vous dire

 

Dernier cartonJusqu’au 1er avril 2020
Lundi, mardi et mercredi à 20h00

Petit Théâtre du Gymnase Marie Bell
http://theatredugymnase.paris/dernier-carton/
38 boulevard de Bonne-Nouvelle
75010 Paris
01 42 46 79 79

 

 

“Cyrano” d’Edmond Rostand, au Théâtre le Funambule Montmartre

 

Cyrano comme vous ne l’avez jamais vu.

Sous le masque d’où dépasse un nez magistral, un roc, un pic, un perchoir à oiseaux se cachent tour à tour Iana-Serena de Freitas, Macha Isakova et Mathilde Guêtré-Rguieg qui campent chacune tous les personnages de la pièce (Cyrano, Roxane, Montfleury, le patissier Ragueneau, le beau Christian de Neuvillette, l’affreux et puissant comte de Guiche, La Duègne). Masquées, démasquées, remasquées, elles investissent le plateau mais aussi la salle du Théâtre du Funambule dans une aisance corporelle, revêtues de costumes commedia dell’arte qui font rêver.

Dans une ambiance feutrée aux bougies, le spectateur est transcendé par cette scénographie haute en couleurs, signée Bastien Ossart, où l’humour a sa place, entre autres quand Ragueneau explique avec facétie comment confectionner des tartelettes amandines et descend dans le public pour l’inviter à les manger, ou la vieille Duègne, chargée de surveiller Roxane, se trémousse dans une robe gonflante aussi laide qu’elle.

Du rire… de la tristesse, de l’émotion… qui atteint son apogée à la dernière scène.

Ces trois comédiennes talentueuses clament les vers dans une énergie  rendant littéralement vivants tous les protagonistes qu’elles incarnent.

Les alexandrins d’Edmond Rostand sont restitués avec originalité et brio. Bravo !

Carole Rampal

Des mots pour vous dire

À partir du 2 février,
du mercredi au samedi à 19h ou 21h
et les dimanches à 15h30.

Mise en scène : Bastien Ossart
Avec Iana-Serena de Freitas, Macha Isakova, Mathilde Guêtré-Rguieg
Une production Théâtre Les Pieds Nus
& Le Funambule Montmartre
Lumières : & Le Funambule Montmartre
Funambule Montmartre
Une production Théâtre Les Pieds Nus
https://www.funambule-montmartre.com/cyrano
53, rue des Saules, 75018 Paris

#theatreparisien

 

 

“sspeciess” de Daniel Linehan (Hiatus), au Théâtre de la Cité internationale

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Le vent souffle fort sur la scène du Théâtre de la Cité internationale, ce jeudi 6 février. Cinq danseurs semblent sortir de la torpeur d’une nuit urbaine. Sous des néons à la lumière trop crue, ils se réveillent avec lenteur. Quand “l’une” d’entre eux, allongée près de son compagnon, lui révèle qu’elle a une vision : un oiseau entre deux nuages, puis surgit un écureuil, un chien, une lueur…

Les bruits stridents de la cité déchirent l’aube. Il est l’heure de se lever.
Cinq corps s’animent dans un mouvement de balancement comme soumis à l’apesanteur. Pendant une heure trente, dans une synergie commune, ils chancèleront, dodelineront, cahoteront, balleront bras, jambes, oscilleront comme des astres inéluctablement reliés entre eux et à la nature.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit : l’homme inexorablement relié à son univers lui appartient, et se fond en lui comme les détritus qu’il génère et tapissent l’espace. À l’instar de la mer qui s’agite, s’approche et fuit dans un jeu de va-et-vient, Gorka Gurrutxaga Arruti, Anneleen Keppens, Victor Pérez Armero, Louise Tanoto et David Linehan se retouveront mêlés au creux de la vague dans un éternel recommencement.

L’obscurité prendra place : le spectacle est terminé.

C’est inspiré des écrits du philosophe et écologiste britannique Timothy Morton que le danseur et chorégraphe américain, Daniel Linehan (lui-même sur scène), a choisi d’en proposer une lecture par la “non-danse” et présente pendant deux jours “sspeciess” au Théâtre de la Cité internationale.

Il prolongera sa tournée, le 4 février 2020 : Théâtre de Liège, Festival Pays de Danses ; les 12 et 13 mars 2020 : La Filature, Mulhouse ; les 12 et 13 juin 2020 : Kaaitheater, Bruxelles.

Un chorégraphe à continuer de suivre..

 

Carole Rampal

Des mots pour vous dire

Théâtre de la Cité internationale
www.theatredelacite.com
17, boulevard Jourdan, 75014 Paris
Avec le festival Faits d’hiver

Concept & chorégraphie :
Daniel Linehan (Hiatus)
Dramaturgie : Alain Franco
Assistant artistique :
Michael Helland
Scénographie : 88888
Costumes : Frédérick Denis
Lumière : Gregory Rivoux
Son : Michael Schmid &
Raphaël Henard

Création & interprétation :
Gorka Gurrutxaga Arruti,
Anneleen Keppens, Daniel Linehan, Victor Pérez Armero, Louise Tanoto

 

“En couple”, à la Folie Théâtre

 

Affiche en couple

En couple (situation provisoire) de Jean-Michel Ribes reprend pour une 3e saison, à La Folie Théâtre, du 24 janvier au 29 mars 2020 (tous les vendredis et samedis à 20h et les dimanches à 18h30).
Une mise en scène de Frédéric Gray, assisté cette fois par Olivier Troyon.
En 2020, c’est  Alexandra Causse qui donnera la réplique à l’incontournable Frédéric Gray (sur les planches également), toujours accompagné  de Julie Fabioux.

En 2018, cette comédie a remporté, aux P’tits Molières, le prix du “Meilleur Spectacle d’humour”.

Une récompense bien mérité : DMPVD s’en souvient pour avoir assisté au spectacle et l’avoir chroniqué https://bit.ly/2NJu0jf.

À une période où on a besoin de rire, allez-y et découvrez pour ceux qui ne le connaissent pas encore ce petit théâtre parisien qui produit chaque année des pépites.

Carole Rampal

Des mots pour vous dire

Lien vers la bande annonce : https://www.youtube.com/watch?v=lp8Tkd5zEE4&feature=youtu.be

Le Consentement de Vanessa Springora / Peut-on séparer l’œuvre de l’artiste ? (position de DMPVD)

Vanessa Springora photo

Parce que ce qui me dérange n’est pas l’éclairage d’une œuvre, quelle qu’elle soit, mais la complaisance au-dessus de toute morale apportée à des artistes par un cercle parisien qui a posé comme diktat la suprématie de la culture au détriment du sens de l’humain, je ne peux résister à me positionner sur un tel sujet que je trouve grave, surtout après la lecture du Consentement de Vanessa Springora (à lire !).

Il serait d’abord intéressant de s’interroger à savoir si la culture confère à l’homme une élévation par rapport à ses contemporains, comme avancé en France depuis ces décennies par nombre d’intellectuels. À y réfléchir, l’argument chancelle vite.

Pour ma part, je crois que l’artiste est transcendé aux seuls moments où il crée. L’art est alors un tremplin à la sublimation qui, si détournée de sa fonction première, devient prétexte à la perversion (cas de Matzneff). Et s’il l’est ? Toute création artistique a le droit cependant d’être reçue comme telle à condition que les critiques la mettent  en perspective avec son auteur et à distance de son époque (rôle des intellectuels qui a été très peu tenu). Reste ensuite à chacun le droit de décider pour lui-même de l’accueillir ou non. Ce qui n’a pas sa place, c’est le snobisme d’une classe qui méprise le peuple, s’imaginant que son jugement est plus sensible et aiguisé car nourri de plus références. C’est mal comprendre l’intuition de la nature humaine intemporelle ! qui échappe à toutes pensées construites d’une société à une époque donnée. La révolution sexuelle a été l’occasion à nombre d’esprits sains de se libérer d’un carcan pour expérimenter d’autres voies, aux esprits pervers de s’engouffrer dans la brèche que la liberté offrait alors. À qui veut-on faire croire que les années 70-85 avaient répandu un gaz qui brouillait l’esprit de tous les Français en quête d’un épanouissement. Les voies de M. et Mme Dupont s’élevaient par indignation quand il s’agissait d’enfants. Reléguées au rang d’un populisme vulgaire, elles étaient tues.

Séparons-nous surtout de l’idée fausse, en France, qu’un homme puisse être un artiste, aligné avec “le ciel” en permanence. Quel étrange concept véhiculé et martelé, ces quarante dernières années.

Parce que je crois encore aux vertus du discours démocratique et à la confrontation d’idées basées non par la censure mais par des arguments, j’ai mis en ligne la chronique “J’accuse” de Polanski (que je ne serais pas allée voir moi-même mais libres à ceux qui le souhaitaient). Je me donne aussi l’occasion via mon site DMPVD de dépasser le cadre des simples chroniques et de donner réponse face à une actualité estomaquante.

Soutien à tous les témoignages courageux actuels qui font bouger les lignes de notre société et lui permette d’évoluer (Vanessa Springora, Adèle Haenel, Valentine Monnier…).

 

Carole Rampal

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“Galatée ou la rencontre surréaliste de Dali et Gala”, au Théâtre de la Contrescarpe

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Fulgurante… la rencontre de Salvator Dali et Gala – qui deviendra sa femme pendant quarante-cinq ans. Mathilde Aurier recrée ce coup de foudre avec originalité dans son propre imaginaire et sur les planches de la Contrescarpe.

Elle puise dans l’existence de ce couple mythique des éléments de leur propre vie (mariage de Gala et Paul Éluard, sa maladie, micro-sieste de Dali…) et les croise dans une fiction (meurtre par Gala de son père, sœur dominante de Dali…) et une vision « surréaliste ».

Dans l’obscurité, Gala et Dali dorment et laissent exprimer avec force leur énergie. Gala dans un fauteuil pour handicapé, Dali dans un fauteuil confortable, une petite cuiller à la main. La chute du couvert sur le sol sonne la fin de la sieste et dans sa hâte de rester lié à son inconscient, le peintre se lève d’un bond et empoigne pinceaux et palette. Sur la toile, formes et couleurs, sans censure ni code se déploient. Maria, sa sœur, intervient et tente de le ramener timidement à des contingences matérielles : il y a une fuite au plafond. Dali la rudoie pour la énième fois. Mais plus pour longtemps. En attendant, il replonge dans un somme.

Gala, enfin réveillée, échange avec Paul, son mari. Amoureux, le poète lui a composé des vers. Gala se moque de lui encore et encore, comme toujours. Blessé, par vengeance, Paul lui administre une dose de somnifère, contacte l’hôpital et la fait y retourner : elle est déjà suivie en psychiatrie pour avoir assassiné ses parents.

Dali et Gala, appesantis dans leurs songes, se croisent à travers rêves. C’est le choc. Ils feront tout pour se rejoindre dans le réel sensible.

Quoi en penser ? La mise en scène est bien étudiée et bien ficelée sur un scénario cohérent, ce qui n’était pas gagné par avance. Mathilde Aurier nous embarque facilement dans l’univers surréaliste où elle invente ses propres références. Les comédiens s’épanouissent sur scène et vivent leur personnage. Un hommage à Dali mais plus ouvertement un rappel à ce mouvement qui se voulait un art de vivre.

Carole Rampal

Des mots pour vous dire

 

Spectacle éligible aux Molières 2020

Écrit et mis en scène par Mathilde Aurier
Distribution : Lola Blanchard (Gala), Baptiste Carrion-Weiss (Dali), Théo Delezenne (Paul Éluard), Eva Ramos (Maria)

Mardis à 21h : 26 novembre et 10 décembre
Mercredis à 21h : jusqu’au 27 novembre et le 11 décembre

5 rue de Blainville
75005 PARIS
M° Place Monge
Tél. : 01 42 01 81 88
www.theatredelacontrescarpe.fr

“J’ai des doutes”, au Théâtre La Scala

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© M_Toussaint

Raymond Devos est redescendu parmi nous, ce mardi 5 novembre. François Morel est allé le chercher au royaume de Dieu où il imagine alors un dialogue improbable qu’auraient pu entretenir l’Éternel et ce grand humoriste, chacun sur la création de leur propre univers.

Pendant une heure trente, accompagné au piano, au trombone et à la guitare, de son complice Antoine Sahler – qui a écrit la musique du spectacle –, ils font revivre avec une loufoquerie devosienne “Mon immeuble est sens dessus dessous”, “L’Ouïe de l’oie de Louis”, “Mon chien, c’est quelqu’un”, “La Truite”, “J’ai des doutes”…
Des doutes… sur le talent de François Morel, la salle n’en a pas. À chaque saynète, le rire se faufile entre les fauteuils et dans une traînée de poudre éclate jusque sur la scène.

Impassible, François Morel enchaîne les sketches, s’incarne dans le corps de celui qu’il avait croisé et tant admiré, se confond avec lui avec poésie et tendresse quand l’ectoplasme en chiffon de Devos le prend sur ses genoux.

Un vibrant hommage à Raymond Devos par un grand comédien qui ne démérite pas du Molière du meilleur comédien 2019 ainsi que du prix Humour de la SACD. Quand deux grands se rencontrent…

Carole Rampal

Du 5 novembre 2019 au 5 janvier 2020
Du mardi au samedi, à 19h
Les dimanches, à 15h
Théâtre La Scala
https://lascala-paris.com/
13, boulevard de Strasbourg
Paris, 10e

Un spectacle de et avec François Morel
textes Raymond Devos
avec Antoine Sahler en alternance avec Romain Lemire

musique Antoine Sahler
assistant à la mise en scène Romain Lemire
lumières Alain Paradis
son Camille Urvoy
costumes Elisa Ingrassia
poursuite Madeleine Loiseau ou Valentin Morel
conception, fabrication et mise en jeu des marionnettes Johanna Ehlert, Matthieu Siefridt – Blick Théâtre
direction technique Denis Melchers
archives sonores INA (Radioscopie 1975)

“La Convivialité, la faute de l’orthographe”, au Théâtre Tristan-Bernard

La faute de l'orthographeD’entrée de jeu, Arnaud Hoedt et Jérôme Piron nous expliquent ne pas être comédiens mais professeurs de français. Qu’à cela ne tienne et pourquoi pas ? Vive l’art du spectacle ouvert à tous. Une idée à laquelle je souscris.

Le désenchantement arrive quand au fil des minutes qui s’écoulent, assise dans mon fauteuil, attentive au défilé des incongruités de notre orthographe qui prêtent au rire, je découvre qu’au lieu d’assister à une pièce comique telle que annoncée, en face de moi, nos deux enseignants belges sont avant tout l’instrument partie prenante de la réforme de l’orthographe. Dans leur présentation, ils omettront de mentionner qu’ils soutiennent la fédération Wallonie-Bruxelles qui appelle de ses vœux entre autres à instaurer l’invariabilité du participe passé (cf. tribune signée dans Libération https://bit.ly/2BJQwCi). Information que je ne découvrirai que plus tard.

Pour l’heure, suis-je vraiment en train d’assister à un simple spectacle ? J’ai le sentiment d’être à une conférence. La vision manichéenne du sujet cesse très vite de me faire sourire.
Aussi, même si je partage nombre d’arguments avancés – s’appuyant à la fois sur la petite histoire de l’Académie française, la linguistique, l’Histoire –, il est plus difficile de suivre le fil rouge qui les relie et d’adhérer aux conclusions assénées : on saute de syllogismes faussés en syllogismes faussés.
S’il a existé et existe un snobisme, et un pré carré défendu par une certaine élite qui a complexifié l’orthographe pour mieux se réserver dans un entre-soi identitaire, ce dont je conviens, le problème est déplacé en le réduisant avec abus : n’est pas évoquée l’absence de formation pédagogique et encore moins d’ouverture aux neurosciences par les professeurs qui se débattent comme ils peuvent avec le peu de moyens de certains établissements (un livre pour deux, non !), ce qui favoriserait déjà l’apprentissage de la langue. Non, il ne sert à rien d’écrire aujourd’hui « nénufar » avec un « f » à la place de « ph » si le sens du code de l’écriture n’est toujours pas donné à l’élève. L’Académie française manque de linguistes, l’Éducation nationale aussi. Et particulièrement dans les classes. Commençons par le début avec des budgets alloués. L’accord du participe passé n’est pas plus compliqué à comprendre que des équations à deux inconnues. Transmise de façon ludique, cette règle de grammaire peut même devenir un jeu et pour des tout jeunes. D’ailleurs, pourquoi se cristalliser sur certaines difficultés et pas sur d’autres tout aussi ardues ? Quel est cet arbitrage aussi hermétique à saisir que l’orthographe elle-même ? Doit-on interroger l’Académie française pour s’assurer de telle rectification ou non à défaut d’une logique d’ensemble ? Un vrai casse-tête.

Le zéro faute n’existe pas dans la vraie vie, pas plus que sur les cahiers. Savoir se dépasser, compter avec le temps et ne pas s’identifier à ses erreurs sont les valeurs à véhiculer. Encore une fois, c’est la pédagogie de l’enseignement de toutes les matières qui est  à appréhender dans son grand tout.

Prétendre que le niveau n’a pas baissé, qu’à chaque génération est entendu le même refrain, revient à balayer d’un revers de main la réalité terrain des correcteurs qui le constatent tous les jours. Un métier mis à mal et méconnu qui tend à disparaître. Rien d’étonnant quand Arnaud et Jérôme citent avec contentement : « L’orthographe, divinité (…) des sots. », Stendhal ; « L’orthographe de la plupart des livres français est ridicule (…) L’habitude seule peut en supporter l’incongruité. », Voltaire.
Eh bien voilà des arguments qui donnent envie d’apprendre et pourront motiver notre jeunesse ! Et dans quel est le but ? Déconstruire : c’est bien, mais aussi faut-il savoir construire avec sagacité et pragmatisme pour donner le sens tant recherché et décrié qui manque aujourd’hui. La caricature n’aide en rien. Si l’orthographe doit évoluer, le regard de ceux qui veulent la simplifier aussi. Faire preuve d’esprit critique, c’est en faire jusqu’au bout et placer le curseur sur son juste milieu. Employer, par exemple, des anglicismes à tout bout de champ dont on ne connaît pas la traduction française constitue aussi la nouvelle version moderne du snobisme qui frise le ridicule (un beau sujet pour Molière!).
Je ne sais pas ce qu’auraient dit Voltaire ou Stendhal en 2019. Peut-être auraient-ils été plus nuancés que certains le prétendent.

Carole Rampal

Jusqu’au 30 décembre 2019
Théâtre Tristan-Bernard
64, rue du Rocher,  75008   Paris
Tél. location : 01 45 22 08 40

Auteur : Arnaud Hoedt et Jérôme Piron
Interprète : Arnaud Hoedt et Jérôme Piron
Réalisateur/Metteur en Scène : Arnaud Pirault, Clément Thirion et Dominique Bréda

“L’Ingénu”, au Lucernaire

 

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“L’Ingénu” de Voltaire avec Thomas Willaime sur une mise en scène de Jean-Christophe Barbaud que nous avions chroniqué en octobre 2018 à La Folie Théâtre est repris actuellement au Lucernaire du 23 octobre au 8 décembre 2019. Un spectacle que nous avions apprécié et dont nous nous réjouissons qu’il soit encore à l’affiche. Vous pouvez retrouver notre chronique en cliquant sur ce lien https://bit.ly/2D6vccO

Bon spectacle !

Carole Rampal

Théâtre le Lucernaire
http://www.lucernaire.fr/
53 rue Notre-Dame-des Champs
75006 Paris

 

 

 

 

“Sang & Encre”, une interview avec Isabelle Lévy

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Conférencière, auteure de nombreux livres*, passionnée de théâtre et chroniqueuse sur le blog www.coup2theatre.com, Isabelle Lévy vient de signer un nouveau livre Sang & Encre, publié aux Éditions Fauves, où elle raconte son laborieux parcours dans la prise en charge de sa maladie. Un témoignage courageux et franc qui a donné envie à DMPVD de lui donner rendez-vous pour une interview entre deux spectacles où nous la croisons régulièrement.

DMPVD : Pouvez-vous résumer votre livre en quelques phrases ?
Isabelle Lévy : Après dix-huit mois de pertes de sang permanentes en raison de nombreux fibromes, j’ai été opérée d’une hystérectomie totale inter-anexielle. L’ablation chirurgicale du col et du corps de l’utérus n’est pas sans conséquence : absence définitive de règles, impossibilité irréversible de grossesse, ménopause post-chirurgicale, et effets collatéraux dont une grande détresse psychologique pour laquelle aucune prise en charge ne m’a été proposée par les équipes soignantes.

DMPVD : Quest-ce qui vous a motivé à écrire Sang & Encre ?
I. L. : Ma prise en charge a été longue et difficile en raison de la désorganisation de notre système de soins : absence d’écoute des personnels médicaux par manque de disponibilité ou d’intérêt ; rendez-vous à plusieurs mois ; manque cruel d’effectifs (médicaux et soignants) ; résultats d’examens égarés ; non-suivi psychologique… et j’en passe. Au-delà de mon témoignage et du long chemin que j’ai parcouru pour arriver au terme de cette prise en charge, je voudrais dénoncer les nombreux manquements auxquels j’ai dû me confronter, tout en me battant contre la maladie, pour améliorer le sort de celles qui devront traverser un jour prochain cette épreuve dans les larmes et le sang.

DMPVD : À qui s’adresse cet ouvrage ?
I. L. : Saviez-vous que l’hystérectomie est la deuxième intervention chirurgicale chez la femme après la césarienne ? En France, plus de 70 000 femmes sont concernées chaque année, des femmes d’une trentaine d’années encore en âge de procréer comme des femmes qui ont dépassé la quarantaine. Sans utérus, tout projet de maternité est désormais impossible. C’est pourquoi une meilleure information de la gente féminine permettrait d’éviter à nombre de femmes d’arriver à cet extrême. Comment ? En bénéficiant d’une prise en charge optimale dès l’apparition des premiers symptômes. D’où l’intérêt pour toutes, y compris les jeunes filles, de mieux connaître leur corps et sa physiologie pour pouvoir réagir a mieux quand il est encore temps.

DMPVD : Comment écrit-on un livre comme celui-ci ? Quelle(s) difficulté(s) avez-vous rencontré pendant son écriture ?
I. L. Livrer un tel témoignage, c’est accepté de redescendre aux enfers avec ses souffrances, ses calvaires, ses doutes, ses interrogations, ses attentes… ses deuils aussi. C’est aussi s’interroger comment trouver les mots pour le dire sans choquer parce qu’on aborde des sujets qui touchent à l’intime comme à l’impur. Mais je me suis refusé de dissimuler la réalité des faits, les difficultés à dépasser, les trahisons inévitables des gens qu’on aime, les dilemmes auxquels on se trouve confronté, sans oublier les longs moments de solitude où l’on se retrouve face à soi-même.

DMPVD : Y a-t-il d’autres thèmes qui vous tiennent à cœur et sur lesquels vous souhaiteriez écrire ?
I. L. :
Depuis ma plus tendre enfance, écrire est pour moi aussi vital que respirer, marcher ou dormir. Alors, oui, j’ai d’autres projets d’écriture en cours… Je les révélerai volontiers à DMPVD dès qu’ils seront publiés.

DMPVD : Merci pour votre accueil chaleureux.

Carole Rampal

* Pour en savoir plus : www.levyisabelle.net

“Tchékhov à la folie”, au Théâtre de Poche-Montparnasse

TCHEKHOV A LA FOLIE (Jean-Louis Benoit 2019)crédit photo : Victor Tonelli

La Demande en mariage et L’Ours : deux farces distinctes en un acte, souvent représentées au cours d’un même spectacle, et pour cause.
Ces deux “plaisanteries” comme les nommait Anton Tchékhov brossent le tableau d’une Russie rurale du XIXe siècle et dessinent les mêmes contours du mariage et des raisons qui l’y conduisent entre intérêts terriens et… et quand l’amour s’en mêle…
Rien ne va plus, d’autant que les protagonistes dotés d’un tempérament agreste bondissent respectivement sur leurs voisins à la moindre occasion, à propos du moindre sou ou de parcelle des “Petits prés aux bœufs”. C’est ce qui arrive entre Lomov, Natalia Stepanovna et son père (La Demande en mariage). Une journée qui s’annonçait pourtant sous de joyeux auspices : Lomov venait demander à Stepan la main de sa fille qui en est enchanté. Oui mais voilà, Natalia et Lomov, désireux pourtant de ce mariage, sont incapables de se contrôler et se querellent sur tout jusqu’au sujet de leurs chiens.

Quant à Grigori Stépanovitch Smirnov, il ne vient pas rendre une visite de courtoisie à la veuve Elena Ivanovna Popova (L’Ours). Désespéré par des dettes qu’il doit honorer demain, il lui réclame son dû. Femme honnête, elle consent à régler les factures de son feu mari mais après-demain quand son intendant sera de retour. Ce n’est pas dans deux jours mais aujourd’hui que Grigori en a besoin : il est sur la paille. Il décide de prendre place sur le divan et, comme s’il était chez lui, interpelle le laquais pour obtenir un verre d’eau.

Vieil “ours”, misogyne, sa patience est à rude épreuve devant le refus encore plus persistant d’Elena qui n’a qu’une hâte, revenir dans sa chambre et s’y enfermer pour vivre en ermite son veuvage. Car elle reste fidèle à cet homme infidèle même à travers la mort. Que Grigori le sache, lui, amer de l’amour qui a choisi de mettre toutes les femmes dans le même panier. Et c’est qu’elle a du caractère et ne s’en laisse pas conter. Elle ne se dérobera pas et ira relever le duel d’armes – si peu féminin soit-il – que cet hobereau lui impose. Face à sa trempe, Grigori tombe sous le charme et à ses pieds la demande en mariage.

La mise en scène, signée Jean-Louis Benoit, est explosive tout comme les personnages de ces deux farces. Émeline Bayart, Jean-Paul Farré, et Manuel Le Lièvre campent leur personnage avec pétulance. L’énergie circule sur scène, et dans le tumulte des colères, la table se retourne, les chaises se renversent, les fenêtres s’ouvrent, se ferment, les murs se déplacent dans un décor amovible. Sur fond sonore de bruits d’animaux de la ferme, objets, papiers peints et costumes nous transportent à la campagne.

Les répliques s’enchaînent bien sûr mais le jeu des acteurs, bien rompus à l’exercice, excelle par les mimiques d’Émeline Bayart qui n’a pas son pareil, les tics de Manuel Le Lièvre et les expressions de Jean-Paul Farré. Le grotesque des situations prend : le rire gagne la salle.

Le spectacle se termine. Trop tôt, on aurait voulu rester plus longtemps avec eux.

Carole Rampal

Tchékhov DMPVD

Représentations du mardi au samedi à 21h, dimanche à 17 h 30
Théâtre de Poche-Montparnasse : réservations par téléphone au 01 45 44 50 21, au guichet du théâtre, ou via le site www.theatredepoche-montparnasse.com

Textes : Anton Tchékhov
Traduction : André Markowicz et Françoise Moravan
Metteur en scène : Jean-Louis Benoit
Avec
Émeline Bayart : Natalia (La Demande en mariage), Éléna (L’Ours)
Jean-Paul Farré : le beau-père (La Demande en mariage), Grigori (L’Ours)
En alternance : Manuel Le Lièvre et Mathieu Boulet :
Lomov (La Demande en mariage), Louka (L’Ours)
Décor : Jean Haas
Costumes : Frédéric Olivier
Assistant à la mise en scène : Antony Cochin

 

 

“Lewis versus Alice” au Théâtre Gérard Philippe

 

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crédits photos : Pascal Gely et Pascal Victor

 

Envoûté par la magie des lieux dès les premiers instants, le spectateur est comme absorbé sur la scène où telle Alice, il peine à comprendre l’univers dans lequel il se trouve.

Macha Makeïeff, metteure en scène mais aussi plasticienne, Jean Bellorini (création Lumière), Gaëlle Hermant (adaptation et assistanat à la mise en scène), Raphaël Navarro (magie) ont tout fait pour nous déraciner du réel : les couleurs miroitent, les objets volent, le décor se déplace. Transporté dans l’univers carrollien, les yeux n’y croient pas et le cerveau se déconnecte.

Ici, le temps a changé de dimension, la vie de Lewis Caroll (de son vrai nom Charles Lutwidge Dodgson) se mêle à l’histoire de ses romans (Alice au pays des merveilles, De l’autre côté du miroir, La Chasse au Snark, Sylvie et Bruno). Deux miroirs déforment la réalité, deux Alice courent dans un monde imaginaire où le Lapin blanc, le Chat du Cheshire, la Chenille, Le Lièvre, la Reine, le Roicommuniquent dans une logique et un langage inversés qui n’appartient qu’à eux.

L’absurde bat son plein et les mots jouent sur la synonymie, la polysémie, et sont traduits de l’anglais au français en lettres éclairées sur le fronton de la maison victorienne à deux étages qui occupe magistralement les planches.

Les lumières, la danse, mais aussi la chanson par les voies de Rosemary Standley et Caroline Espargilière, accompagnées au piano par Clément Griffault emportent au loin.

Entre les panneaux qui se succèdent et nous plongent sans relâche dans cet univers fantasmagorique, l’extravagance s’ajoute quand Lewis Caroll et Charles apparaissent l’un à côté de l’autre et se parlent.

Un spectacle grandiose de deux heures dont on aurait espéré un narrateur pour donner sens et démêler l’écheveau de l’insondable énigmatique Charles Lutwidge Dodgson, de sa vie, de son œuvre qui s’entortillent. On perd le fil, on perd la tête… Mais le rêve opère.

Question : Alice Liddell, petite fille pour laquelle Lewis Caroll avait écrit ce récit codé à déchiffrer quand elle serait grande, avait-elle trouvé la clef ?

Carole Rampal

 

Avec les comédien (nes) : Geoffrey Carey, Caroline Espargilière, Vanessa Fonte, Clément Griffault, Jan Peters, Geoffroy Rondeau, Rosemary Stanley, Jean Bellorini, Gaëlle Hermant,

Coiffures et maquillage : Cécile Kretschmar ; Magie : Raphaël Navarro ; chorégraphie : Guillaume Siard ; création son : Sébastien Trouvé.

Du 27 septembre au 13 octobre
Du lundi au samedi à 20 h sauf samedi 5 octobre à 20 h 30,
dimanche à 15 h 30, relâche le mardi

Théâtre Gérard Philippe de Saint-Denis
https://www.theatregerardphilipe.com/cdn/lewis-versus-alice

“Venise n’est pas en Italie”, au Théâtre Lepic

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Déjà grand, svelte, blond avec des racines légèrement noires qui intriguent, émoustillé comme on peut l’être à 15 ans, timide, Émile entre en scène et de trois bonds de cabri gagne un pupitre où d’un air rêveur, il extrait sur son journal intime, l’ouvre, et commence à livrer d’un ton pudique et complice au  public, ce qui l’enflamme.

C’est… C’est Pauline !

Elle est dans son lycée. Et elle l’a même regardé…

Le début d’un amour fragile dont les virages inattendus conduiront les deux amoureux par deux chemins différents jusqu’en Italie, là où Pauline, musicienne, fille d’un grand chef d’orchestre, doit jouer avec son père.

Émile s’y rendra avec ses parents qui ont accepté qu’il y aille, dans la caravane familiale, avec aussi son frère et sa petite amie d’un soir. La route sera longue et fastidieuse, et les pauses trop nombreuses auront parfois le souvenir d’arrêts sur paysages que Émile aurait voulu ne pas traverser.

Garlan Le Martelot se glisse à merveille dans le corps de cet adolescent à fleur de peau et interprète seul en scène, avec beaucoup d’humour et d’émotions la perception qu’a Émile de son entourage (père, mère, frère, Camille, les parents de celle-ci…)

Inspiré du livre d’Ivan Calberac Venise n’est pas en Italie, la mise en scène est de l’auteur lui-même.

Un grand coup de chapeau à Camille Ansquer pour cette scénographie toute en petites touches très fines et créatives qui dans une synchronicité étonnante colle à la seconde près au déroulement de la pièce.

Carole Rampal

 

Du 21 septembre 2019 au 15 décembre 2019
Jeudi, vendredi et samedi à 21h00
Matinées samedi à 17h00 et dimanche à 18h00 

Mise en scène : Ivan Calberac
Distribution : Garlan Le Martelot
Scénographie : Camille Ansquer
Lumière : Albin Sauvé
Musique : Caroline Gichuki

Théâtre Lepic
1 avenue Junot,  75018 Paris
01 42 54 15 12
www.theatrelepic.com

 

 

 

 

“Les Émigrés” de Slawomir Mrozek, au Théâtre Les Déchargeurs

LES EMIGREScrédit photos : Pascal Gély

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Ils viennent de là-bas…

Dans le sous-sol d’un immeuble parisien, l’un des deux se souvient de tout : de son pays mais aussi de sa matinée qu’il se plaît à remémorer. Assis sur une chaise, il tire une cigarette qu’il vient de quémander, il frotte ses mains pour les réchauffer, il revoit la gare centrale qu’il a traversée, la jolie jeune femme qui aurait voulu de lui ; il a faim et a dévoré toutes ses boîtes de conserve. Il se plaint.

Cela en est assez pour son compagnon, qui couché sur sa paillasse, aveuglé par une ampoule trop forte, ne parvient pas à cheminer sa pensée à travers ses lectures et se lasse d’écouter ses fadaises. Dans un sursaut, il se redresse, et d’une hauteur de 1,85 m, il fait face à son compatriote, un grand paysan râblé, venu chercher fortune sur les chantiers grâce à ses gros bras musclés qu’ils prêtent généreusement. Avec sa verve d’intellectuel, il tente de le convaincre qu’il n’est qu’un esclave du système matérialiste et un égoïste qui se repose sur lui, aussi pour régler le logement.

Mais lui, qui est-il ? Pourquoi avoir émigré ? Qu’a-t-il fui avec ses livres sous le bras ? Pourquoi continue-t-il de l’aider ?

Dans une liberté qu’ils s’imaginent tous deux, le jour de la Saint-Sylvestre, ils affronteront leur vision du monde, de la vie, de leur vie. Ils s’affronteront avec férocité, sincérité, affection, étourdis par l’alcool, par la fête du quartier qui résonne à leurs oreilles, privés à certains moments d’électricité, tapis dans l’obscurité de l’espace qui les étouffe, liés par leurs conditions.

Une pièce profonde de Slawomir Mrozek, interprétée par un duo de comédiens doués – Grigori Manoukov et Mirza Halilovic. Pendant une heure et demie, on sera là avec eux, dans le sous-sol, loin des clichés… touchés.

Carole Rampal

Texte : d’après le roman Les Émigrés de Slawomir Mrozek,
traduit par Gariel Meretik
Mise en scène : Imer Kutllovci assisté de Ridvan Mjaku
Avec Mirza Halilovic, Grigori Manoukov

Théâtre Les Déchargeurs
https://www.lesdechargeurs.fr/
3, rue des Déchargeurs
75001 Paris