F(l)ammes à la Maison des Métallos

© François Louis Athénas

Ces dix-là ne s’en laissent pas compter. Dix jeunes femmes énergiques, dix belles personnalités qui racontent, se racontent, sans peur ni tabou, en toute liberté.

Issues de ce qu’on appelle « les minorités visibles des quartiers », nées de parents venus d’Afrique du Nord, d’Afrique subsaharienne, ou des Caraïbes, les femmes – F(l)ammes – clament leur rage de vivre, faisant fi des clichés, des préjugés, des étiquettes.
Elles cassent les stéréotypes en étant là où on ne les attend pas. Et ça fait du bien de les voir se débarrasser de ce carcan fabriqué par la société au gré des peurs, des définitions, des politiques. Elles sont ce qu’elles sont, elles ne représentent rien ni personne, elles sont simplement elles-mêmes.

Ahmed Madani, le metteur en scène, raconte : « Le fait que les protagonistes de projet n’aient pas d’expérience professionnelle du théâtre a été une chance dans cette aventure. leur spontanéité, leur faconde, leur énergie, leur imprévisibilité, leur liberté et leur justesse n’ont pas cessé de m’étonner… » Les spectateurs eux aussi vont de surprise en surprise.

Dans ce spectacle, si on rit beaucoup, on est aussi touché par des morceaux de dure réalité. Humour, dérision, auto-dérision… mais aussi poésie, colère, désir, tendresse, douleur… Tout y passe : leur famille, les traditions, les copines de classe, les petits mots assassins ou les comportements injustes d’un père, d’une mère, d’un mari, d’un frère… et même Pénélope n’est pas épargnée !

Ah ! qu’il est bon de les entendre parler, chanter, danser… et avec quel talent !
D’ailleurs Ahmed Madani leur laisse toute la scène, n’utilisant que quelques chaises pour décor. Grâce aux vidéos, à la musique, aux voix, aux lumières, nous décollons avec ces dix femmes et atterrissons dans un univers plein de sensibilité et de poésie. A leur image.

1 h 45 de pur bonheur et d’humanité ! Une invitation à voir le monde avec les yeux de l’autre et ça fait du bien ! On est sous le charme et on en sort regonflé à bloc.
Alors n’hésitez pas, courez-y !

Plûme

Jusqu’au 29 octobre 2017
– mardi, mercredi à 20h
– jeudi, samedi à 19h
– vendredi 20 octobre à 14 h
– vendredi 27 octobre à 20h
– dimanche à 16 h
à la Maison des métallos, 94 rue Jean-Pierre Timbaud, Paris 11e

Avec Anissa Aou, Ludivine Bah, Chirine Boussaha, Laurène Dulymbois, Dana Fiaque, Yasmina Ghemzi, Maurine Ilahiri, Anissa Kaki, Haby N’Diaye, Inès Zahoré
Textes et mise en scène : Ahmed Madani
Assistante à la mise en scène : Karima El Kharraze
Regard extérieur : Mohamed El Khatib
Création vidéo : Nicolas Clauss
Création lumière et régie générale : Damien Klein
Création sonore : Christophe Séchet
Chorégraphie : Salia Sanou
Costumes : Pascale Barré et Ahmed Madani
Coaching vocal : Dominique Magloire et Roland Chammougom
Régie son : Jérémy Gravier
Texte édité chez Actes Sud-Papiers
Administration / production : Naia Iratchet
Diffusion / développement : Marie Pichon
Production : Madani Compagnie
Coproduction : Théâtre de la Poudrerie à Sevran, Grand T théâtre de Loire-Atlantique, L’Atelier à spectacle à Dreux, La CCAS, Fontenay en Scènes à Fontenay-sous-Bois, l’ECAM au Kremlin-Bicêtre
Avec le soutien de la Maison des métallos, du Collectif 12 à Mantes-la-Jolie, de la a MPAA à Paris,  de la Ferme de Bel Ébat à Guyancourt, de la Maison des Arts et de la Culture de Créteil, du Commissariat Général à l’Egalité des Territoires, du Conseil départemental de Seine-Saint-Denis, du Conseil départemental du Val-de-Marne dans le cadre de l’aide à la création et d’Arcadi Île-de-France
Rencontre avec l’équipe artistique du spectacle :
jeudi 26 octobre à l’issue de la représentation, à la Maison des métallos.

Et en tournée…
Genève La Comédie de Genève du 7 au 11 novembre 2017
Paris Théâtre de la Tempête les 16 novembre au 17 décembre 2017
Cachan Théâtre Jacques Carat le 7 décembre 2017
Calais Le Channel, Scène nationale les 12 et 13 janvier 2018
Cergy-Pontoise L’Apostrophe, Scène nationale les 16 et 17 janvier 2018
Pantin Salle Jacques Brel le 30 janvier 2018
Noisy-le-Sec Théâtre des Bergeries le 2 février 2018
Bron Espace Albert Camus les 6 et 7 février 2018
Clermont-l’hérault Théâtre le Sillon, Scène conventionnée le 9 février 2018
Le Mans Les Quinconces – L’Espal du 13 au 16 février 2018
La Courneuve Houdremont, Scène conventionnée le 9 mars 2018
Goussainville Espace Sarah Bernhardt І 16 mars 2018
Épinay-sur-Seine Maison du Théâtre et de la Danse le 18 mars 2018
Melun L’Escale le 23 mars 2018
Brétigny-sur-orge Théâtre de Brétigny – Dedans Dehors, Scène conventionnée les 6 et 7 avril 2018
Aubervilliers Théâtre de la Commune, Centre Dramatique National du 9 au 11 avril 2018
Montargis Salle des fêtes le 13 avril 2018

Publicités

12 hommes en colère, au théâtre Hébertot

©Laurencine Lot

Il fait chaud, très chaud, dans cette pièce fermée en cette fin d’après-midi, dehors l’orage menace. Douze jurés en complet-veston-cravate sont réunis pour délibérer sur la culpabilité d’un garçon de 16 ans, accusé d’avoir tué son père. L’unanimité est requise pour envoyer le présumé coupable à la chaise électrique. Mais un homme, un seul a « un doute légitime ». Un seul, comme un grain de sable… et la belle unanimité se fissure.

Du film de Sydney Lumet, il me restait en mémoire une ambiance lourde, des chemises aux manches relevées, des cravates défaites, la transpiration des 12 hommes…

Dans un décor et une mise en scène sobre et efficace, les personnages prennent une épaisseur palpable, comme l’est la tension qui monte. Une horloge blanche, lumineuse, sans aiguilles, égrène un temps arrêté loin des obligations de la vie quotidienne de chacun.

La partie est serrée, un contre onze et, petit à petit, l’un après l’autre, à force d’interrogations qui ébranlent les témoignages entendus lors de la comparution, chacun en vient à faire part de son « doute légitime ».

La pièce de Reginald Rose, écrite en 1954, interprétée avec justesse par les 12 comédiens, nous fait comprendre les positions de l’un, les peurs de l’autre, l’indifférence d’un troisième… Il n’est pas facile de se départir de ses préjugés, de ses a priori.

Notre cœur bat au fil de la soirée… Alors, coupable ou non coupable ?

Allez-y !

Plûme

Une pièce de Reginald Rose
Adaptation française Francis Lombrail
Mise en scène Charles Tordjman
Avec Jeoffrey Bourdenet, Antoine Courtray, Philippe Crubezy, Olivier Cruveiller, Adel Djemaï, Christian Drillaud, Claude Guedj, Roch Leibovici, Pierre Alain Leleu, Francis Lombrail, Pascal Ternisien et Bruno Wolkowitch
Assistante mise en scène Pauline Masson
cors Vincent Tordjman
Lumières Christian Pinaud
Costumes Cidalia Da Costa
Musiques Vicnet

Du mardi au dimanche à 19 h
Théâtre Hébertot,
78 bis, boulevard des Batignolles
75017 PARIS
Tél. : 01 43 87 23 23
http://theatrehebertot.com/12-hommes-colere/

Oncle Vania, au Théâtre Essaïon

 

Dans la série « révisons nos classiques », Oncle Vania revient, interprété par la Compagnie Theâtrale Francophone. Une perle !

Rendez-vous est donc pris avec l’âme slave. Dans une mise en scène, signée Philippe Nicaud, qui parvient à presser les comédiens (et donc lui-même) jusqu’à leur dernière goutte de mal-être, dans un décor minimaliste sans échappatoire, sans coulisses, où ils vivent 24 heures sur 24 sous nos yeux.

« Il m’est apparu que la façon la plus efficace de recréer cette atmosphère familiale étouffante, c’était que tous les personnages, et donc les acteurs, soient présents à chaque instant, et cela dès l’entrée des spectateurs », déclarait Philippe Nicaud lors du festival d’Avignon 2016, où ce spectacle a été récompensé par un Coup de cœur du Club de la Presse Grand Avignon-Vaucluse. Quelle réussite !

Cinq personnages de Tchekhov se retrouvent sur scène, tous magnifiques dans leur interprétation, se heurtant dans ce huis-clos qu’est devenue la scène de l’Essaïon. Le professeur, usurpateur patenté ; le docteur, rêveur alcoolique ; la jeune épouse, bombe sexuelle ; la fille du professeur laide et pathétiquement amoureuse du docteur, et, magistral… l’oncle Vania, pétri de regrets, désabusé, amoureux transi et raté. Rarement sur scène, on a vu pareille incarnation du désespoir, vécu dans la posture, la voix, les gestes : bravo à Fabrice Merlo de nous entraîner au plus profond de la détresse de cet homme vaincu.

Le choc des passions, l’enfermement, l’ennui… boire, boire encore, pour oublier la servitude, l’absence d’avenir, la vie gâchée. Le texte de Tchekhov est dense, chaque mot pèse dans cette atmosphère lourde, même si, parfois, un personnage laisse éclater un fragment de poésie, une chanson, un accord de guitare ou quelques notes d’humour…

Merci au metteur en scène d’avoir resserré la pièce autour des cinq principaux personnages pour mieux resserrer l’étau qui les broie au fil de la pièce. Chapeau aux comédiens d’être si tchekhoviens dans leur jeu.

On ne peut que vous inciter à aller voir cette pièce. N’oubliez pas de réserver, la salle du  théâtre Essaïon n’est pas bien grande.

Plûme


Jusqu’au 14 janvier 2018, tous les jeudis à 19h20
Théâtre Essaïon
6, rue Pierre-au-Lard
75004 Paris
Tél. : 01 42 78 46 42
http://www.essaion-theatre.com/spectacle/649_oncle-vania.html

D’après Anton Tchekhov
Mise en scène Philippe Nicaud
Avec :
Marie Hasse (Sonia), Céline Spang (Éléna), Fabrice Merlo (Vania), Philippe Nicaud (Docteur Astrov) et Bernard Starck (Sérébriakov)

Collaborations artistiques :
Damiane Goudet et Arevik Martirossian
Perrine Trouslard (chorégraphie)
Adaptation / traduction :
Céline Spang et Philippe Nicaud
Composition musicale et chant :
Philippe Nicaud

Lorenzaccio, au théâtre de l’Aquarium

©Patrick Berger

« Ce que vous dites là est parfaitement vrai, et parfaitement faux, comme tout au monde », déclare Lorenzaccio. Dans un monde de faux-semblants, que cherche le jeune homme dans la compagnie du tyran, quel dessein funeste prépare-t-il ?

Cette pièce longtemps qualifiée « d’injouable » revient sur les tréteaux, mise en scène par l’audacieuse Catherine Marnas. Cette dernière n’y va pas par quatre chemins, elle tranche dans le vif, resserre l’intrigue autour de huit comédiens et insuffle une vivacité toute contemporaine à la pièce d’Alfred de Musset.

Décor minimaliste, musique rock, costumes excentriques, jeux de lumières… tout concourt à une représentation moderne et trépidante. Au premier plan, un canapé (mobile) où se rencontrent les protagonistes et derrière, séparée par un rideau fait de lames de plastique transparent, Florence, ville de débauche, bouillonne.

Conspirations, trahisons, perversions… Il ne fait pas bon vivre du côté du royaume de Florence en 1537. Même si, dans les arrière-cours des maisons, des hommes se préparent à lutter pour instaurer la République. Musset fait ici allusion à la société française de 1834, Louis-Philippe vient de restaurer la royauté après les Trois Glorieuses, les journées révolutionnaires de juillet 1830.

Lorenzo, l’humble jeune homme épris d’idéaux, que personne ne reconnaît en Lorenzaccio, le jouisseur, le « mignon » d’Alexandre de Médicis, regrette sa « vertu » même s’il la sacrifie pour la bonne cause. Mais un homme, si courageux soit-il, peut-il se substituer à l’action collective des citoyens d’une ville ?

Le drame de Musset, porté magnifiquement par la troupe de comédiens et la mise en scène de Catherine Marnas, résonne à nos oreilles comme la petite musique du désenchantement présent. L’engagement sert-il encore à quelque chose quand les politiques, ne s’occupant que de leur carrière, bafouent les idéaux qu’ils ont à la bouche « Liberté, égalité, fraternité » ?

Plûme

Texte Alfred de Musset
Mise en scène Catherine Marnas (TnBA)
Avec Clémentine Couic, Julien Duval, Zoé Gauchet, Francis Leplay, Franck Manzoni, Jules Sagot, Yacine Sif El Islam, Bénédicte Simon

Du mardi au samedi à 20 h et le dimanche à 16 h
Jusqu’au 15 octobre
Théâtre de l’Aquarium
La Cartoucherie,
Route du Champ-de-Manœuvre
75012 Paris
http://www.theatredelaquarium.net/Lorenzaccio

 

 

Madame Bovary, au Lucernaire

@ Michel Paret

Vêtu d’une redingote grise avec gilet et foulard à la mode du XIXe siècle, André Salzet entre en scène pour nous conter l’histoire de Madame Bovary. Mais ne serait-ce pas plutôt Flaubert, cheveux grisonnants, verbe impeccable, manières élégantes qui raconterait ses Bovary ? Monsieur et Madame.

Nous voici donc transportés dans la société étriquée de la petite bourgeoisie provinciale en plein XIXe siècle. Charles Bovary, follement épris d’Emma, ébloui par sa beauté, cède à toutes ses demandes. Ne lui offre-t-il pas un habit d’amazone pour monter à cheval avec le beau Rodolphe qui deviendra son amant ? Ne lui propose-t-il pas de rester à Rouen avec Léon, son futur nouvel amant, et de lui offrir des leçons de piano, et ainsi pourra-t-elle le voir au moins une fois par semaine ?

La naïveté de cet homme, auprès de qui Emma s’ennuie ferme et dont « la conversation est plate comme un trottoir de rue », est sans limites. À elle qui rêve d’un amour fou, d’une passion dévorante, digne d’un roman, il n’offre bien souvent que ronflements dans leur lit conjugal…

L’adaptation sonne juste tant elle redonne vie à l’ambiance, l’ennui, les rêves… Quelques mots bien sentis, des notes d’humour appuyées par une gestuelle éloquente, des personnages croqués en quelques détails ou postures, voilà tout le jeu d’André Salzet, appuyé par la mise en scène de Sylvie Blotnikas.

Un véritable tour de force que celui de restituer le roman de Flaubert avec un seul comédien, mais il faut dire que ce dernier a beaucoup travaillé à son adaptation, et on sent bien qu’André Salzet est entré en complicité avec Charles et Emma Bovary, et osons le dire, avec Flaubert lui-même.

À voir, sans faute !

Plûme

De Gustave Flaubert
Adaptation : André Salzet et Sylvie Blotnikas
Mise en scène : Sylvie Blotnikas
Avec
André Salzet
Voix off : Pierre Forest
Création lumière : Ydir Acef
Régie lumière : Julien Mariller
Son : Michel Parent (PFA) ET Julien Rochefort
Graphistes : Renaud Mazotti et Bruno Tesse
Photographe : Michel Parent (PFA)
Production : Théâtre Carpe Diem (Argenteuil)
Coréalisation : Théâtre Lucernaire

Théâtre du Lucernaire
53, rue Notre-Dame-des-Champs
75006 Paris
Tél. : 01 45 44 57 34
http://www.lucernaire.fr/theatre/1594-madame-bovary.html

Jusqu’au 9 juillet, à 18 h 30, du mardi au samedi, et à 16 h le dimanche
du 12 juillet au 27 août, à 18 h 30 du mercredi au samedi et à 16 h le dimanche
du 29 août au 3 septembre, à 18 h 30, du mardi au samedi et à 16 h le dimanche

Enfin vieille ! au BO Saint-Martin

Une jolie brune qui parle à son doudou, ce n’est pas banal, et le doudou qui répond, ça l’est encore moins. Et pourtant, Laura Elko, seule en scène, discute et obéit à ce bout de marionnette bleue qui lui ordonne de faire le bilan de sa vie à 30 ans.

Tout y passe, vie professionnelle, amoureuse… sans oublier les concours ratés de danse et de piano quand elle avait 9 ans, tout ça raconté avec beaucoup d’humour. Dans cet échange, la petite voix de sa conscience lui démontre qu’elle est dans l’erreur et qu’il est temps de prendre une autre direction.

Si ce doudou a la parole, c’est que Laura Elko lui prête ses cordes vocales sans remuer les lèvres… Et de ses cordes vocales, elle sait – ô combien ! – en faire usage. Vous l’aurez compris, Laura Elko est ventriloque mais aussi chanteuse d’opéra, et bien d’autres choses encore. Cette comédienne étonnante nous emporte de tranche de vie en tranche de vie (la sienne mais aussi un peu la nôtre).

On rit beaucoup, on applaudit souvent à ce one-woman-show original. Avec elle, inutile de vous recroqueviller sur votre siège, elle vient vous chercher, vous apostrophe et parfois vous fait monter sur scène. Gonflée à bloc, pétillante, elle convoque la seule qui ne soit pas dans la salle, sa grand-mère, femme hongroise fantasque et libre qui, au soir de sa vie, prononce la phrase-titre : « Enfin vieille ! » Comme une invitation à prendre sa vie en main et donner de la voix, qu’elle a belle, comme sa grand-mère.

Venez donc passer un moment joyeux, original et intelligent avec une trentenaire talentueuse qui trace sa route loin des sentiers battus.

Plûme

Auteur et artiste : Laura Elko
Metteur en scène : Trinidad
En juin, tous les jeudis à 20 h
BO Saint-Martin
19, bd Saint-Martin
75003 Paris
http://www.theatrebo.fr/LAURA-ELKO_a330.html

Et au Festival d’Avignon
du 7 au 30 juillet (relâche les mercredis)
BO Avignon
Novotel centre – salle 2 (84)

 

 

 

 

 

Martin Luther King / George Jackson, au théâtre de l’Atelier

@ DR

Deux voix se croisent, échangent, se répondent. Celle d’un pasteur baptiste, aujourd’hui célèbre pour avoir lutté contre la ségrégation raciale aux États-Unis et l’avoir payé de sa vie : Martin Luther King, non-violent, prix Nobel de la Paix en 1964. L’autre, celle d’un jeune homme emprisonné pour vol, qui passe plus de dix ans dans les centres pénitentiaires : George Jackson rejoint les Black Panthers dans la lutte contre la ségrégation raciale, et sera assassiné en prison en 1971.

En cette Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions, le théâtre de l’Atelier a convié deux comédiens, Lucien Jean-Baptiste et Cyril Guei, à lire des pages des discours de l’un et des lettres de l’autre.

Leurs témoignages font froid dans le dos : « Les hommes noirs nés aux États-Unis et assez chanceux pour être encore en vie à l’âge de dix-huit ans sont conditionnés à considérer l’emprisonnement comme inéluctable », affirme George Jackson. Sa voix, portée avec force par Cyril Guei – assis devant une table, dans sa cellule –, résonne des injustices et du combat à mener pour l’égalité des droits : « C’était en 1960, j’avais dix-huit ans. Je n’en suis pas sorti depuis. En prison, j’ai fait la connaissance de Marx, de Lénine, Trotsky, Engels et Mao, et ils m’ont converti. Pendant les quatre premières années, je n’ai étudié que les questions économiques et les techniques de combat. » Et de conclure : « L’homme est né libre, mais partout il porte des chaînes. »

Lucien Jean-Baptiste, lui, debout, fait entendre la voix de Martin Luther King, fraternelle, mais déterminée : « Les tourbillons de la révolte continueront d’ébranler les fondations de notre nation jusqu’au jour où naîtra l’aube brillante de la justice. » « Non, non, nous ne sommes pas satisfaits, et nous ne serons pas satisfaits tant que le droit ne jaillira pas comme les eaux et la justice comme un torrent intarissable. »

Et l’objectif pour les deux hommes : « Nous devons parvenir à comprendre que notre objectif est d’instaurer une Société en paix avec elle-même, une Société qui pourra vivre en paix avec sa conscience. Le jour où cela arrivera, ce ne sera une victoire ni pour le Blanc ni pour le Noir. Ce sera une victoire pour l’Homme en tant qu’Homme. »

Cette lecture à deux voix, par la sélection des textes et leur va-et-vient alors que les deux hommes n’ont pas correspondu de leur vivant, trouve aujourd’hui une résonance particulière – grâce aux voix particulièrement justes des deux comédiens, mais aussi à leur gestuelle – quand l’actualité rappelle que malheureusement la discrimination raciale gangrène toujours les États-Unis et qu’il faut encore affirmer : Black lives matter (« Les vies des Noirs comptent »).

 Plûme

Le 10 mai au théâtre de l’Atelier
Martin Luther King / George Jackson
de Pierre Tré-Hardy et mis en voix par Sally Mikaleff
Avec Lucien Jean-Baptiste (Martin Luther King) et Cyril Guei (George Jackson

Dans le cadre du Cycle de lectures et de prises de parole autour du pouvoir et de la citoyenneté : À haute voix !
http://www.theatre-atelier.com/a-haute-voix-lo2091.html

Jeudi 18 mai à 21 h :
« Je veux espérer encore »
Jean Jaurès
Conception et mise en espace Léonard Matton
Avec Richard Bohringer

Vendredi 19 mai à 21 h :
« Marie-Antoinette, correspondances privées »
De Évelyne Lever
Mise en scène de Sally Micaleff
Avec Fabienne Périneau

Samedi 20 mai à 21 h :
« Elles prennent la parole »
Mise en voix d’Anouche Setbon
Avec Nathalie Cerda, Julie Depardieu, Andréa Ferréol et Juliette Biry

Mardi 23 et mercredi 24 mai à 21 h :
« Zhumains, conférence-spectacle anti-fin du monde »
De et avec Catherine Dolto et Emma la Clown

Mercredi 31 mai à 21 h :
Le Salon des dames,
De et par Le salon des dames

 

 

Michael Kohlaas, l’Homme révolté, au théâtre Essaïon

© La Birba Compagnie

Dans une cave aux murs de pierres, Gilbert Ponté, seul sur scène, nous conte l’histoire épique de Michael Kohlaas. Histoire singulière que celle de cet éleveur de chevaux, amoureux de son métier et de ses bêtes et qui, sujet au bon vouloir de barons, balloté d’injustices en injustices, se révolte, emporté dans un enchaînement irrésistible de violences qui le mène à la potence.

Gilbert Ponté caresse les chevaux du regard et, d’une intonation, invite le spectateur à pénétrer dans le cercle de vie, sans faux-semblants. Nous voilà embarqués, avec armes et bagages, le long des routes de l’Allemagne du XVIe siècle, en compagnie d’un honnête éleveur de chevaux, Michael Kohlaas.

On entend le pas mesuré des chevaux, leur hennissement, le vent dans leur crinière… l’effet est confondant. Comme une bourrasque qui s’emparerait du corps du comédien et qui n’aurait d’autre échappatoire que sa voix et ses mains, la tragédie prend corps – au propre comme au figuré –, le spectateur écoute les battements du cœur qui saigne de tant d’injustices, assiste à la naissance de l’homme révolté, jusqu’à sa plus terrible expression.

Se rapprochant du « théâtre-récit », cher à Dario Fo, Gilbert Ponté incarne tous les protagonistes, dans une mise en scène sobre, sans décor, sans jeu de lumières, avec juste quelques notes de musique, « rompant ainsi avec le spectacle spectaculaire », comme il le dit lui-même. Par ce dépouillement voulu, la représentation se construit mentalement, faisant naître images et émotions, libres de toute directive, et c’est bien là que réside la force du spectacle.

N’hésitez pas, laissez-vous emporter par le souffle épique de cette histoire, sur les chemins de L’Homme révolté en quête de justice.

Plûme

D’après la nouvelle Michael Kohlhaas, de Heinrich von Kleist
Adaptation : Marco Baliani et Remo Rostagno
Traduction : Olivier Favier
Mise en scène : Gilbert Ponté
Avec Gilbert Ponté

Jusqu’au 27 juin
les lundi et mardi à 19 h 45
Théâtre Essaïon
6, rue Pierre-au-Lard
75004 Paris
Réservations : 01 42 78 46 42
http://www.essaion-theatre.com

Iliade au théâtre Paris-Villette

@ Charlotte Gonzalez

Le cœur battant, nous sommes venus assister à un moment de théâtre pas comme les autres. Ce soir, les comédiens ne rentreront pas tous chez eux, certains dormiront au centre pénitentiaire de Meaux.

Du coup, l’Iliade d’Homère résonne d’une gravité inattendue. On connaît tous l’histoire de la belle Hélène, épouse de Ménélas, enlevée par Paris, qui déclencha la guerre de Troie, mais ce soir, les comédiens, s’ils nous donnent à entendre la même histoire – celle des conflits, de la violence, de la vengeance… – nous troublent tant « ils incarnent par leur visage et leur corps les héros et les rois du mythe grec », comme le dit le metteur en scène.

Au départ, il y eut un atelier de théâtre en milieu carcéral, mené par Luca Giacomoni, qui déboucha sur cette incroyable aventure : représenter en dix épisodes d’une heure chacun, les moments forts de l’Iliade sur scène.

Ce soir, « La colère d’Achille », demain, « Le duel pour Hélène », samedi, « Un jour de bataille », et ainsi de suite jusqu’à « La fin de la guerre ».

On est saisis par l’intensité du jeu des interprètes, tant ils sont présents dans leurs gestes, dans leur voix, leurs expressions… dans une représentation chorale où affleure l’émotion, le vécu de chacun d’eux.

Cette traversée se fait sous l’œil du chœur antique, incarné par une femme qui chante et ponctue le drame au rythme de ses mélopées perses. Une autre femme incarne, par sa beauté rayonnante, l’enjeu des conflits : les violences qu’elle peut susciter ou bien le respect, la dignité et « la beauté d’être homme ».

On est surpris quand se termine l’épisode, tant une heure est vite passée. On est émus d’assister à la joie, à la fierté de ces hommes d’avoir accompli quelque chose de difficile et de beau, eux qui portent en triomphe leur metteur en scène, Luca Giacomoni, sans qui rien n’aurait été possible.

On est troublés d’entendre dans la salle des collégiens accompagnés de leur prof, ovationner ces comédiens pas comme les autres, comme une reconnaissance, une ouverture sur un monde possible, malgré les origines, les parcours… Oui, chacun d’entre nous peut faire quelque chose qui le dépasse.

Cette aventure qui a mobilisé tant d’énergies – dans des instances très différentes comme le ministère de la Justice, celui de la Culture, le Service pénitentiaire d’insertion et de probation de Seine-et-Marne ou la Mairie de Paris – nous offre un spectacle de ce qui est aussi notre société et de ce qui se joue « dans la possible unité du monde ».

Plûme

Du 4 au 14 mai 2017
Th
éâtre Paris-Villette
211, avenue Jean-Jaurès
75019 Paris
du mardi au jeudi à 20 h / le vendredi à 19 h / le samedi à 20 h / le dimanche à 16 h
Réservations : 01 40 03 72 23
resa@theatre-paris-villette.fr

D’après l’Iliade d’Homère et Homère, Iliade d’Alessandro Baricco
Traduction : Paul Mazon, Françoise Brun
Mise en scène : Luca Giacomoni
Dramaturgie : Marta Fallani

avec Armelle Abibou, Mourad Ait Ouhmad, Samir Ben Malek, Hugues Dangreaux, Laurent Evuort Orlandi, Cristoforo Firmin, Cyril Guei, Jean-Baptiste Guinchard, Sid Ali Hanifi, Lévy Kasse Sampah, Moussa Konate, Eliott Lerner, Ali Marsaoui, Michel Quidu, Jamal Yatim, Kamel Zada
Chant : Sara Hamidi
Lumières : Sean Seago

Jeudi 4 mai à 20 h
Épisode 1. La colère d’Achille
Vendredi 5 mai à 19 h
Épisode 2. Le duel pour Hélène
Samedi 6 mai à 20 h
Épisode 3. Un jour de bataille
Dimanche 7 mai à 16 h
Épisode 4. La défaite des Achéens
Mardi 9 mai à 20 h
Épisode 5. Dans le camp ennemi
Mercredi 10 mai à 20 h
Épisode 6. L’assaut du rempart
Jeudi 11 mai à 20 h
Épisode 7. Brûler les navires
Vendredi 12 mai à 19 h
Épisode 8. La mort de Patrocle
Samedi 13 mai à 20 h
Épisode 9. La mort d’Hector
Dimanche 14 mai 16 h
Épisode 10. La fin de la guerre

 

Alors, est-ce que c’est là ? au T2G

dossierRP_Clementine_Baert_s© Vincent Arbelet

Comme une spirale échappée de l’espace-temps, la voix de Clémentine Baert s’élève sur la scène du T2G, crescendo, elle monte jusque dans les aigus, se transforme en litanie, en chant profond et retombe, plombée par la réalité.

Quelle est-elle cette réalité ? Celle à laquelle s’accroche cette femme pour expliquer l’inexplicable, la disparition de l’être aimé. Serait-ce à la faveur d’un wormhole, trou dans l’espace-temps, qu’il a disparu, ou alors d’un trou noir qui avale tout et laisse l’image de l’homme aimé au bord du gouffre, présente des années plus tard, comme les étoiles mortes dont la lumière nous parvient encore.

De quoi s’agit-il ? D’un homme beau, bien mis, qui aime les vêtements de marque, les voitures de marque, qui roule au volant d’une de couleur rouge, avocat international d’affaires… Bref, d’un homme, soucieux des apparences sociales, qui disparaît. Ou alors, serait-ce une imposture, tout simplement, qui laisse celle qui se croyait aimée au bord de la folie. Donner un sens à ce qui n’en a pas, la tâche est rude pour la jeune femme qui tente le tout pour le tout pour comprendre, ne pas perdre pied et disparaître à son tour. De ce puzzle qu’elle construit et déconstruit, pour démêler le vrai du faux, la réalité de la fiction, s’échappe la voix frêle du doute, celle forte des données scientifiques, celle intérieure, presque chuchotée ou sublimée par le chant…

Écrit par Clémentine Baert, ce monologue raconte la part de subjectivité – de relativité, comme l’énoncerait Einstein – qui est en chacun de nous quel que soit l’événement vécu en commun, au même moment. C’est cette fragilité que Clémentine Baert met en scène : « C’est ce que j’essaye de travailler au plateau, sur la subjectivité du point de vue notamment, grâce à la lumière que Philippe Gladieux crée en direct et qui joue sur les persistances rétiniennes du public. Il essaye de rendre visible le noir ou les paradoxes d’astrophysique en temps réel. De même, Alexandre Meyer crée des sons dont on n’est jamais certains de les entendre ou de les imaginer. »

 De ce moment de théâtre, émerge une question : que reste-t-il de nos instants de vie partagés, que reste-t-il au fond de chacun d’entre nous ? Magnifique questionnement qui signe la réussite de cette pièce, interprétée avec justesse et talent par son auteure.

Plûme

Jusqu’au 26 avril à 20 h 30
T2G – Théâtre de Gennevilliers
41, avenue des Grésillons
92230 Gennevilliers
www.theatre2gennevilliers.com

Conception, interprétation : Clémentine Baert
Lumière, espace : Philippe Gladieux
Son : Alexandre Meyer
Conseil artistique 1re étape de travail : cile Musitelli
Graphisme : Marieclairegrafilles

 

Teatro Trono d’El Alto, Bolivie à Paris

 

Neuf boules d’énergie font irruption sur scène, costumes de couleurs vives, masques de monstres, musique à réveiller les morts, roulements de tambours… voici le Teatro Trono, communauté de producteurs d’art.

Né dans la banlieue de La Paz, capitale de la Bolivie perchée à 4000 m d’altitude, dans le quartier devenu ville El Alto, à 4200 m, le Teatro Trono souffle aujourd’hui ses 28 bougies.

Près de trente ans à imaginer et à créer avec des bouts de ficelle un monde (et un lieu) où les gamins des rues, les adolescents en marge, les familles pauvres puissent enfin s’emparer de la poésie du spectacle pour raconter leur ville, leurs combats, leurs rêves, la vie quoi…

Spectacle des gens « d’en bas » – El Alto signifie  « le haut » –, la dizaine de comédiens en tournée à Paris représente les 25, 50, 100, 1000 comédiens restés à El Alto pour nous faire partager le quotidien de cette ville de maintenant plus d’un million d’habitants dans la cordillère des Andes.

Et ils n’y vont pas par quatre chemins… Au rythme de musiques traditionnelles ou très urbaines, les saynètes se succèdent, non sans humour, sur les moments tristes ou joyeux de la communauté indienne.

Ainsi on assiste à un match de foot, à un repas dans une cantine, à une descente en boîte, à des entretiens d’embauche, au travail des ouvriers du bâtiment… Le tout joué sur le mode du théâtre de rue, avec force de pantomimes, d’autodérision et de trouvailles esthétiques…

Le drame perce aussi quand la Guerre du gaz, qui a marqué l’année 2003, se raconte au travers des affrontements des habitants d’El Alto avec l’armée. Angel et Victoria s’aiment mais sont séparés par le service militaire du jeune homme jusqu’à leurs retrouvailles tragiques.

Mais ce qui sourd à chaque tableau, c’est la force du collectif, la dignité, la passion de créer, la solidarité…

Arriba El Alto ! fait partie d’une trilogie, présentée à Paris pour la première fois et qui se produira en totalité le 16 avril (dimanche de Pâques), au théâtre de la Tempête.

Alors n’hésitez pas à grimper sur les sommets andins pour partager la vie de ceux qui ont décidé de prendre leur destin en mains avec énergie, passion et créativité.

Vous serez surpris par leur inventivité et n’oublions pas qu’ils ont intitulé leur tournée en Espagne et en France « Le chemin de la décolonisation du corps », tout un programme…

Plûme

Tous les spectacles sont en espagnol surtitrés en français

Trono, communauté de producteurs d’art

Dimanche 16 avril
Théâtre de L’Épée de bois
Cartoucherie du bois de Vincennes, Route du Champ de Manœuvre, 75012 Paris

la trilogie complète :
Hoy se sirve à 14h
Arriba El Alto  à 15h30
Hasta la Ultima Gota à 17 h

Jeudi 20, vendredi 21 et samedi 22 avril à 20h30
Théâtre de L’Opprimé
78 rue du Charolais
75012 Paris

Billie Holliday – Sunny Side, à La folie Théâtre

©Denis Rion

De la voix rocailleuse de Billie Holiday roule le torrent de sa vie… Par moments furieux, au cours impétueux, passant de bras en bras, parfois violé, parfois caressé, souvent engagé, rarement en paix.

Sur scène, Naïsiwon El Aniou raconte la vie de la grande dame du Blues, toujours au bord du gouffre, seule ou mal accompagnée, oscillant entre gaîté et tristesse avec, chevillée au corps, toujours la rage de vivre.

Dès le début de la pièce, la comédienne dit « je » et on comprend qu’elle a dans la peau cette Lady Day. Fidèle à Billie dont elle connaît le parcours chaotique, elle joue et danse mais laisse la voix unique de la chanteuse de Blues interpréter ses chansons.

C’est une réussite totale. Naïsiwon El Aniou occupe le plateau au rythme des anecdotes tumultueuses de la vie de la diva. On voit ainsi défiler l’histoire des États-Unis à l’époque où la ségrégation raciale aboutissait au lynchage. On frissonne d’effroi en écoutant Strange Fruits où Billie Holiday fait résonner chaque mot d’une densité telle que l’on voit ces « étranges fruits » que sont les corps de jeunes noirs pendus se balancer aux branches des arbres.

Ce qui est troublant dans l’interprétation de Naïsiwon El Aniou, c’est la force du parler vrai et la gestuelle de la chanteuse qu’elle nous fait passer, celle qui est née d’une mère âgée de seulement 13 ans, dans une très grande misère. Des hommes, elle en a connu… violeurs, amoureux, bagarreurs, elle en a souffert mais certains lui collent toujours à la peau. La prison, la drogue, l’alcool… elle sait de quoi elle parle.

Elle raconte les tournées où parfois on la trouve trop blanche, ou trop noire, ou alors, comble de tout, une chanteuse blanche prend sa place sur scène pendant qu’elle attend dans le van… Ce qui lui fait dire que parfois : « On se sent comme une esclave dans une plantation. »

On suit le corps de la comédienne-danseuse vibrer, se tordre, danser au son du Blues, des histoires, des émotions dans un hommage saisissant à celle qui racontait : « On a dit que personne ne chantait le mot amour ou le mot faim comme moi. »

La mise en scène sonne juste : quelques objets, un réchaud, trois robes, deux paires de talons, la présence d’un saxo comme un ami, un flacon d’alcool, un brin de vidéo, et on habite l’univers de la diva. Naïsiwon El Aniou ne se prive pas de la faire danser sur les titres qu’elle a choisis comme God Bless The Child, et on bouge avec elle.

De grands moments d’intensité partagés dans la petite salle de la Folie Théâtre qui a eu l’excellente idée de reprogrammer ce spectacle ! Bravo !

Plûme

Texte et mise en scène : Naïsiwon El Aniou
Avec : Naïsiwon El Aniou
Costume : Laetitia Chauveau
Création lumières : Sylvain Pielli

Jusqu’au 27 mai, vendredi et samedi à 21 h
À la Folie Théâtre
6, rue de la Folie Méricourt
75011 Paris
Tél. : 01 43 55 14 80
http://www.folietheatre.com

 

 

Condamnée, au théâtre La Croisée des chemins

@ Elvire Bourgeois

« Une pièce de théâtre, c’est quelqu’un. C’est une voix qui parle, c’est un esprit qui éclaire, c’est une conscience qui avertit. » Victor Hugo

Cette voix, c’est celle de la condamnée, celle de Betty Pelissou qui a choisi de porter seule le texte de Victor Hugo, Le Dernier Jour d’un condamné. Avec elle, nous entrons dans le cachot pour y « vivre » les six semaines qui la séparent de la guillotine.

D’elle, nous ne connaissons rien, pas même le crime pour lequel elle a été jugée. De sa cellule, nous ne voyons que les murs sales et une chaise. Un décor simple qui laisse toute la place à la densité du texte et à son interprète, accompagnés par moments de quelques notes de musique.

Betty Pelissou entre dans la Condamnée comme dans une seconde peau. Dès les premiers mots, sa voix nous émeut, brisée par l’horrible idée, la sanglante idée de sa mort sur l’échafaud. Son interprétation est si aboutie qu’elle nous fait sentir la chaleur d’un rayon de soleil quand elle lève la main pour le caresser : « Par l’étroite et haute fenêtre de ma cellule, je vis le reflet jaune où des yeux habitués aux ténèbres d’une prison savent si bien reconnaître le soleil. J’aime le soleil. »

Nous vibrons au diapason de ses rêves, de ses angoisses, de ses émotions tout au long du calvaire qu’elle doit endurer entre ces quatre murs, et c’est bien là la force et l’intensité du jeu de Betty Pelissou.

Sur le papier noirci à longueur de jours et parfois de nuits, Hugo interpelle les consciences, lui qui, enfant, a assisté à une exécution en place de grève. « Que ce que j’écris ici puisse être un jour utile à d’autres, que cela arrête le juge prêt à juger, que cela sauve des malheureux, innocents ou coupables, de l’agonie à laquelle je suis condamnée. »

Dans la petite salle de ce nouveau lieu, en plein XVarrondissement, on retient son souffle au rythme des pas qui mènent la condamnée à la guillotine et on pense qu’il a fallu attendre cent cinquante ans après le texte de Victor Hugo pour qu’enfin la peine de mort soit abolie !

Plûme

Condamnée, éligible aux P’tits Molières 2017
jusqu’au 5 mai 2017,
tous les jeudis et vendredis à 19h30

Mise en scène : Vincent Marbeau
Avec : Betty Pelissou
Production : Compagnie Phèdre était blonde

Théâtre La Croisée des chemins
43, rue Mathurin Régnier
75015 Paris
Réservations : 01.42.19.93.63
http://www.theatrelacroiseedeschemins.com/condamnee

 

Gardez le sourire ! au Petit Casino

J’avais vu Et pendant ce temps, Simone veille, il y a un an, et j’avais adoré la force de ce spectacle intelligent, féministe, au verbe joyeux et sans complexes, signé Trinidad. Alors, assister à un one-woman-show de la fameuse Trinidad…

Pour une unique soirée, la petite salle du bateau théâtre Le Nez rouge attend de voir l’énergique jeune femme débouler sur scène. Surprise ! C’est sa gardienne qui la remplace au pied levé. Et c’est ainsi que Trinidad nous fait rencontrer les personnages réels ou rêvés qui l’ont inspirée.

De sa gardienne, elle garde la langue bien pendue, aussi vive que son balai. « Le changement, c’est maintenant ! » De son enfance dans le XIIIe arrondissement, elle a reçu la sagesse chinoise de maître Dong. « Quand homme trempe rouleau de printemps, c’est souvent la femme qui trouve la sauce piquante. » De sa grand-mère Carmen, elle a hérité, comme elle le dit, « son originalité, son côté fantasque et son esprit libre ». De ses origines espagnoles et catholiques, elle garde une dent contre la religion, les religions. N’affirme-t-elle pas qu’elle est la mieux placée pour en parler, elle qui s’appelle Trinidad : le père, le fils et le Saint-Esprit…, née à l’hôtel-Dieu et baptisée à Notre-Dame ! Ça ne s’invente pas.

Sourire ravageur, Trinidad aime asticoter ses contemporains avec une attention spéciale pour ses contemporaines, féminisme oblige ! Directement en prise avec l’actualité, elle ne ménage personne et nous délivre, au fil de ses sketches, la vie telle qu’elle la sent. Aller de l’avant, chanter, rire : « Le temps n’est qu’une invention de l’homme pour donner sens à sa vie. Tant que tu es vivant, tu peux tout recommencer. »

Pas question de baisser les bras, il faut lutter, contre soi-même parfois, et surtout, « garder le sourire ». Et pourquoi pas en chansons ? À cet exercice, Trinidad excelle. Elle ose transformer les tubes en chansons humoristiques, pleines de verve et de piques : Rockcollection, Comme un garçon, Je veux, Oui j’l’adore, et bien d’autres.

Pendant une heure de spectacle, on rit et on en redemande, tant les phrases de Trinidad explosent en fines bulles de joie, d’intelligence et d’humour. À la fin du one-woman-show, le sourire aux lèvres, vous repartirez tout ragaillardi, bien décidé à suivre l’injonction de Trinidad : « Gardez le sourire ! »

Plûme

Tous les soirs, à 21 h
Le Petit Casino
17 rue Chapon
75003 Paris
Tél. : 01 42 78 36 50

« Et pendant ce temps, Simone veille » en tournée :

le 23/03/2017 à Cergy
le 01/04/2017 à Beaumont-en-Véron
le 08/04/2017 à Oberhausbergen

Chansons sans gêne, au théâtre de la Vieille Grille

@ Arnold Jerocki

Elle inspira Toulouse-Lautrec, qui croqua son portrait, lui qui fréquentait les cabarets assidûment devant un verre d’absinthe… Freud, lui, ne loupait jamais un de ses spectacles lors de ses venues à Paris pour rencontrer le Dr Charcot… Personnage multiple que celui d’Yvette Guilbert, femme de spectacle et femme engagée, « la diseuse fin de siècle » revient au théâtre.

C’est donc ce personnage haut en couleur que campe Nathalie Joly. Accompagnée de son complice de toujours, Jean-Pierre Gesbert, elle utilise à nouveau le parlé-chanté, une invention d’Yvette Guilbert, qui a inspiré des chanteuses comme Piaf, Barbara et bien d’autres. Elle, au franc-parler, portait haut le féminisme, l’engagement prolétarien et le verbe anarchiste. La grande dame a trouvé aujourd’hui sa petite sœur, celle qui la fait revivre en interprétant comme elle les chansons tristes, réalistes, coquines ou enjouées de Xanrof, de Gaston Couté ou de Jean Lorrain.

Voici donc Nathalie Joly qui pousse Les Chansons sans gêne, et c’est tout naturellement dans une cave intimiste de la rive gauche qu’a lieu le spectacle. Peu de décor ou d’artifices : un piano, un micro, un zeste de vidéo, quelques ombres chinoises… et la gouaille de la chanteuse résonne aux accents du piano de Jean-Pierre Gesber.

Nathalie Joly interprète Yvette Guilbert alors que cette dernière est une femme mûre et qu’elle a déjà une solide carrière derrière elle. C’est en effet le troisième volet de la trilogie que la chanteuse consacre à sa pygmalion. Pas question de lui raconter de bobards, elle connaît la chanson et égrène un répertoire qui se fait souvent l’écho des maux de la société de ce début de XXe siècle : Elle était toujours enceinte, Pauvre buveuse d’absinthe, Maintenant que t’es vieux , Le Blues de la femme, Pourquoi n’êtes-vous pas venu ? etc. Et comme le raconte Simon Abkarian, le metteur en scène : « Cette femme fut et reste une exploratrice de la scène, donc de la vie. »

Pour que le spectacle soit réussi, il fallait donc une femme de tempérament, fière de chanter ces textes rentre-dedans. Yvette Guilbert interprétée par Nathalie Joly, c’est l’histoire d’une rencontre de deux femmes à près d’un siècle d’écart. Magnifique !

Plûme

Jusqu’au 27 mars 2017
Le samedi à 18 h, le dimanche à 17 h et le lundi à 20 h 30
Théâtre de la Vieille Grille
1, rue du Puits-de-l’Ermite
Paris 5e
01 47 07 22 11
http://www.vieillegrille.fr

Mise en scène : Simon Abkarian
Texte, conception et chant : Nathalie Joly
Piano et interprétation : Jean-Pierre Gesbert
Collaboration artistique : Pierre Ziadé
Conseiller artistique : Jacques Verzier
Lumière : Arnaud Sauer
Costumes : Louise Watts, Claire Risterucci
Vidéo : Simon Abkarian, Arnaud Sauer, Nathalie Joly, Rima Samman
Création sonore : Samir Seghier
Affiche : Jean-Jacques Gernolle