Peer Gynt, d’après Henrik Ibsen, aux Bouffes du Nord

 

crédit © Gaële Simon

 

Qui es-tu Peer Gynt ?

Pas de réponse de la part du jeune vaurien sans cesse en représentation, chevauchant un renne imaginaire, enlevant une belle juste avant son mariage, négligeant sa vieille mère ; un jour marin, un autre star du rock…

Irina Brook, que le chef d’œuvre d’Ibsen a marquée quand elle était gamine, renoue avec l’émotion de son enfance en réunissant autour du projet un nombre impressionnant de talents.

D’emblée, on est surpris – et ravis – par ces musiciens qui occupent la scène, instrument en main, et qui changent en un rien de temps d’aspect, de costume, pour incarner un, deux, plusieurs personnages.

La musique rythme la vie de Peer Gynt et pas n’importe laquelle, une joyeuse, enlevée, rockeuse faite, entre autres, de morceaux choisis écrits par Iggy Pop.

La pièce de plus de deux heures vole de tableau en tableau, on est dans le foisonnant, dans le multiple, tout comme l’est le héros, jeune homme égoïste qui rêve de gloire, abandonne sa mère et vend son âme au roi des Trolls mais que le remords assaille parfois.

Un spectacle intense ou l’on suit Peer Gynt tantôt poète, tantôt abject, dans le monde du conte où la quête d’identité faite d’errements reste centrale.

Être soi-même, recherche philosophique inépuisable à laquelle répondait Antoine Vitez en citant Stanislavski, « Cherchez dans l’autre qui est en face de vous, car en vous-même il n’y a rien. »

Plûme

Jusqu’au 18 février au Théâtre des Bouffes du Nord
37 bis, boulevard de La Chapelle, 75010 Paris

Adaptation et mise en scène Irina Brook
Poèmes Sam Shepard
Chansons Iggy Pop
Chorégraphie Pascale Chevroton
Scénographie Noëlle Ginefri
Masques cile Kretschmar assistée de Sarah Dureuil
Lumière Alexandre Toscani
Assistant à la mise en scène Simon Courtois

Avec
Helene Arntzen, Frøydis Arntzen Dale, Diego Asensio,
Jerry Di Giacomo, Scott Koehler, Mireille Maalouf, Roméo Monteiro, Damien Petit, Margherita Pupulin, Pascal Reva, Augustin Ruhabura, Gen Shimaoka,
Shantala Shivalingappa et Ingvar Sigurdsson.

En tournée
Le 6 mars : Scène nationale, Narbonne
Les 9 et 10 mars : Théâtre Saint Louis, Pau
Le 13 mars : Théâtre Jean Vilar, Saint-Quentin-dans l’Aisne
Les 19 et 20 mars : La Coursive, La Rochelle
Les 22 et 23 mars : Théâtre Angoulême, scène nationale
Les 27 et 28 mars : L’Apostrophe, Cergy-Pontoise

 

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Pauvreté, Richesse, Homme et Bête, au T2G

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Le poids de la pauvreté, le poids du déterminisme social, le poids des traditions, le poids des saisons, le poids des animaux… Nous voilà cloués à notre siège devant le spectacle de la dure vie des paysans, propriétaires ou valets de ferme, dans un petit village, quelque part dans une contrée montagneuse à l’ouest de la Norvège.

Les jalousies, les rancunes doublées de superstitions nous précipitent en pleine tragédie. Comme dans Othello, pas d’échappatoire pour le drame qui avance inexorablement vers son dénouement.

Pas de pause dans les actes qui s’enchaînent. Violence des sentiments, violence du labeur, violence des corps.

Une mise en scène forte qui bouscule les grandes tables paysannes qui servent de décor, le village n’étant lui, représenté que sous forme d’une maquette au-dessus de laquelle trolls et suicidés devisent et influencent le destin des hommes et des bêtes. La musique « grinçante » d’une guitare électrique utilisée comme un violoncelle ajoute des notes dissonantes aux passions dévastatrices.

Le conte – des frères Grimm –, le mystère, le surnaturel s’empare du réel dans une lutte animale pour nous conduire pas à pas à la tragédie de l’amour trahi, jusqu’au meurtre, jusqu’à la mort des hommes et des bêtes.

Parfois, on se prend à espérer que les choses tournent en faveur des amoureux, mais jamais le texte de Hans Henny Jahnn ne nous laisse de répit.

Nous restons là, captivés, pétrifiés pendant trois heures devant ce spectacle où chaque comédien joue son rôle avec une telle justesse qu’on ne peut s’empêcher de détester Anna la manipulatrice, interprétée par l’extraordinaire Raphaëlle Gitlis, ou de soupirer avec la belle Sofia, incarnée par Marina Keltchewsky, inoubliable.

C’est certainement ça la force du théâtre !

 

Plûme

Texte de Hans Henny Jahnn
Traduction Huguette Duvoisin et René Radrizzani
Mise en scène Pascal Kirsch
Scénographie et costumes Marguerite Bordat
assistée d’Anaïs Heureaux
Création lumière Pascal Villmen et Eric Corlay
Régie lumière Lucie Delorme
Création vidéo Sophie Laloy
assistée de Mathieu Kauffmann
Régie son et vidéo Pierre-Damien Crosson
Régie générale Anaïs Heureaux
Musique Richard Comte
Avec Julien Bouquet, Mattias De Gail, Raphaëlle Gitlis, Vincent Guédon, Loïc Le Roux, Marina Keltchewsky, Élios Noël, Florence Valéro et François Tizon

Jusqu’au 12 février à 20h,
au T2G (navette retour vers Paris)
41 avenue des Grésillons
92230 Gennevilliers
01 41 32 26 10
www.theatre2gennevilliers.com

En tournée
Du 13 au 16 mars 2018, MC2 Grenoble
Du 3 au 4 avril 2018, L’Equinoxe, scène nationale de Châteauroux

 

 

 

 

 

“Guérisseur”, au théâtre du Lucernaire

 

@ Karine Letellier

Un regard intense et dense vous pénètre… une voix grave égrène les noms de villages croisés sur les route d’Ecosse, du Pays de Galle ou d’Irlande. Lui, massif, c’est Frank Hardy, le guérisseur.

Sur scène, il raconte les errances de la camionnette avec ses deux acolytes : Grace, sa femme et Teddy, l’impresario. Trois paumés réunis dans une maison sur roues pour une galère sans fin, faite de salles vides, de personnes pleines d’espoir ou de désespoir – « ils veulent seulement avoir la confirmation qu’ils sont incurables » – de guérisons ratées, mais parfois réussies, comme par miracle, par simple imposition des mains. Et toujours l’errance, l’aigreur, la rancœur durant ces années à chercher de quoi vivre du « don » ou simplement survivre tout en se déchirant les uns les autres.

Impressionnant, Xavier Gallais incarne magistralement le guérisseur, être tourmenté assailli de doutes, rôle qui fut tenu autrefois par Laurent Terzieff. On pense que ce Frank Hardy-là suit les traces de son digne prédécesseur.

Puis entrent en scène Grace et Teddy, et chacun à leur tour, de nous conter les mêmes événements. Trois visions différentes de ce qu’il s’est passé. Trois ressentis contraires. Trois vies en tension qui restent sur la même orbite, celle de la déchéance.

Dépouillée de tout artifice, la mise en scène au décor minimaliste donne à voir et à s’exprimer intensément la détresse et la solitude des trois personnages que rien n’arrête dans leur quête à la vie, à la mort.

Les lieux, les scènes prennent vie sous leurs mots. On y est.

On cligne des yeux pour percer le brouillard, on entend la musique du pub, on saisit les regards des clients, on sent palpiter le défi chaque soir relevé par le guérisseur imbibé de whisky.

Magnifique interprétation du texte de Brian Friel, surnommé le Tchekhov irlandais, par Xavier Gallais, Bérangère Gallot et Hervé Jouval, saisissants d’authenticité.

Une expérience de théâtre unique, que je vous conseille vivement.

Plûme

Une pièce de Brian Friel
Texte français d’Alain Delahaye
Mise en scène de Benoît Lavigne
avec
Xavier Gallais ou Thomas Durand, Bérangère Gallot et Hervé Jouval
Collaboration artistique : Sophie Mayer
Décor et costumes : Tim Northam
Musiques : Michel Winogradoff
Lumières : Denis Koransky

Jusqu’au 14 avril
du mardi au samedi à 19h
Lucernaire
53, rue Notre-Dame-des-Champs
75006 Paris
http://www.lucernaire.fr/theatre/2164-guerisseur.html

“L’esprit-matière”, au théâtre de Nesle

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Une rencontre improbable – ou peut-être pas tant que ça – entre les Amérindiens, Crees et Hurons, et Theilhard de Chardin, par le truchement de deux personnages, le médecin et le patient. L’une, oncologue, et l’autre atteint d’un cancer, devisent sur l’univers, la matière, l’esprit. Sujets éternels qui taraudent l’être humain depuis des milliers d’années…

Deux comédiens, entiers dans leur rôle, Brigitte Damiens et Éric Auvray, deux scientifiques dont les croyances de l’une bouleversent les certitudes de l’autre, le rapport à la vie, à la mort.

Le texte, pétri d’érudition, se promène entre ethnologie et physique quantique, en passant par le concept d’esprit-matière si cher au jésuite, homme de science, Theilhard de Chardin, mais aussi aux Indiens du nord de l’Amérique, du Canada.

On écoute avec attention les théories empreintes de mysticisme développées par le médecin et contrées par le malade, physicien athée.

Dans ces joutes verbales percent la douceur, le plaisir d’échanger des idées, l’empathie de deux êtres humains, où l’un se sait condamné et l’autre tente par ces échanges de lui donner la force de continuer à s’opposer à elle… donc de vivre.

La pièce didactique, comme l’ont voulue ses auteurs, pêche quelque peu par son ton professoral, et perd ainsi en intensité, mais la fin, avec la lecture du très beau texte de l’Amérindien Joseph Boyden, redonne de l’humanité à ce moment de théâtre.

Plûme

d’après l’œuvre de Pierre Teilhard de Chardin et Là-haut dans le Nord, de Joseph Boyden
Une pièce d’André Daleux et Jean Quercy
Mise en scène : Jean Quercy
Avec Brigitte Damiens et Éric Auvray
Compagnie Théâtre Averse

Jusqu’au 24 mars
Les mardis à 19 h et les samedis à 16 h
Théâtre de Nesle
8, rue de Nesle, 75006 Paris
http://www.theatredenesle.com/e/lesprit-matiere-4/2018-02-10/

“Cœur sacré”, à La Loge

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Reprise de Cœur sacré, à La Loge. Un spectacle que DMPVD avait  apprécié. Nous rediffusons ici notre chronique rédigé par Plûme que le théâtre a lui-même publiée :

http://www.lalogeparis.fr/events/coeur-sacre-2018-02-06/

Dans la voix, elle a les accents d’une mère déboussolée par le choix de sa fille. Comment peut-elle être amoureuse de l’Autre ? Celui qui fait peur, celui qui est présenté partout comme l’ennemi, tant le déferlement continu des images, des mots lave le cerveau de chacun. Alors, oui, la mère a peur et le dit à sa fille avec tous les préjugés, les clichés qui (dis)qualifient d’emblée ce jeune homme venu d’Égypte. Tout y passe : le voile, l’éducation, le terrorisme…

Pendant près de la moitié du spectacle, on entend clairement cette peur de l’autre, ce racisme. Des mots violents, haineux, marmonnés, roulés ou crachés par Tatiana Spivakova – magnifique interprète du texte de Christelle Saez –, ils racontent ce que les médias nous abreuvent à longueur de temps, dans une actualité pressée, saccadée, où la pensée critique n’a pas le temps de se former, toujours bousculée par un nouvel événement (ou non-événement).

Seule en scène, Tatiana Spivakova porte ce long monologue face à une chaise vide… la fille absente. Puis, changement d’intonation, de jeu, la voix se fait multiple, elle devient celles que l’on peut entendre de l’autre côté, ou simplement quand on fait un pas de côté. « Le monde est grand, le monde n’est pas le tien, le monde est plein de gens différents qui mangent avec les doigts. »

Comme une invitation au voyage, à l’ouverture, au regard sans jugement sur l’autre, les autres, la deuxième partie de la pièce résonne des accents mélodiques d’Oum Kalthoum. On est dans une représentation plus apaisée, où l’on entend les voix des autres qui posent des questions sur la Révolution française, les objets “volés” des pharaons qui remplissent les collections de nos musées… On se débarrasse tranquillement des clichés pour entendre ces propos aux antipodes de la peur irraisonnée qui habite la société française. Il est question d’échanges, d’amour, corps contre corps.

Pour les deux complices, Christelle Saez et Tatiana Spivakova, cette pièce est un acte de résistance « pour combattre la peur ambiante ». « Faire un arrêt, se poser et réfléchir dans un moment important où toute la société avance et se rapproche du bord du précipice. » D’où un décor neutre fait de draps blancs qu’habite Tatiana Spivakova, incroyable interprète, simplement vêtue d’une grande chemise blanche, qui se donne corps et âme, vibrante d’intensité tant l’enjeu est important. Parce qu’il faut être gonflé pour écrire et dire ces mots.

Comme l’explique Christelle Saez : « Écrire Cœur Sacré, c’est écrire dans l’urgence d’écrire. Parce qu’il faut le faire. Sortir de la prison de sa tête. Tenter de comprendre qui nous sommes, de quoi nous sommes faits. » L’urgence a poussé ces deux jeunes femmes dans l’action, en passant par l’écriture — c’est le premier texte de Christelle Saez – la mise en scène, l’interprétation… Elles deux ont ainsi retrouvé leur orient : « L’orient de la boussole. On dit “Être sans orient”. Désorienté. »

Tout sonne juste, terriblement juste, et on en ressort ébaubi par la force et l’intensité du propos… On espère que cette pièce soit encore jouée, que ce texte soit publié afin de contribuer à faire réfléchir et, pourquoi pas, à balayer les préjugés et l’ambiance délétère de notre société.

Plûme

Reprise :
du mardi 6 février au vendredi 9 février 2018 à 19 h

77, rue de Charonne
75011 Paris
Tél. : 01 40 09 70 40
http://www.lalogeparis.fr/index.php

 Texte et mise en scène : Christelle Saez
Interprétation : Tatiana Spivakova
Création lumière : Cristobal Castillo
Création vidéo : Julien Saez
Création sonore : Malo Thouément
Production : La Compagnie Memento Mori

“Dans la peau de Don Quichotte”, au Nouveau Théâtre de Montreuil

Dom QUichotte HD

nouveau théâtre de Montreuil

Comment vous faire partager l’émotion, la joie, le bonheur d’avoir assisté à un tel spectacle ?

La Cordonnerie – qui revendique une création pluridisciplinaire – arrive sur scène avec armes et bagages : instruments de musique, trucages sonores, balais, vieille radio, seau, vélos, micros, vidéos, cinéma… La troupe nous présente sa mise en scène… directement sur scène.

Imaginez Don Quichotte réincarné dans la peau d’un bibliothécaire étriqué, chargé de numériser les livres, la veille du passage en l’an 2000… On craint le bug du changement de millénaire, mais c’est le bibliothécaire qui disjoncte !

« Dans un village de Picardie, dont j’ai oublié le nom… le chevalier à la triste figure » arpente les bois, les plaines portant secours à la veuve et l’orphelin (d’aujourd’hui).

Fidèle au livre de Cervantès, la troupe nous régale de morceaux choisis, où il est question de femme libre, de salarié exploité, d’éoliennes géantes…

Mais pas question que je vous raconte tout ce qui se passe sur scène pendant une heure et demie ! Non, je préfère vous laisser la surprise de savourer ce spectacle hors du commun, où le cinéma fait un clin d’œil au théâtre ; où l’imaginaire est rattrapé par le réel.

Courez-y vite, emmenez vos amis, votre familles, vos voisins !

Ne loupez pas ce joyau d’inventivité. D’ailleurs la salle ne s’y est pas trompée, elle qui applaudit à tout rompre ce spectacle total !

Plûme

Au Nouveau théâtre de Montreuil
10, place Jean-Jaurès, 93100 Montreuil
Jusqu’au 7 février tous les jours à 20h,
sauf les samedis à 19h relâche dimanche
puis du 8 au 10 fév à 19h

Avec Samuel Hercule, Timothée Jolly, Mathieu Ogier,
Philippe Vincenot, Métilde Weyergans (en cours)
D’après l’œuvre de Cervantès
Adaptation, réalisation, mise en scène Métilde Weyergans, Samuel Hercule
Musique originale Timothée Jolly, Mathieu Ogier

En tournée :
27 et 28 février 2018 : Théâtre de Villefranche-sur-Saône
7 et 8 mars 2018 : Le Granit – Scène nationale, Belfort
13 et 14 mars 2018 : Les 2 Scènes-Scène nationale de Besançon
4 au 6 avril 2018 : Comédie de Caen – Centre Dramatique National de Normandie
10 et 11 avril 2018 : Maison de la Culture de Bourges-Scène nationale/centre de création
4 au 6 mai 2018 : Théâtre Am Stram Gram, Genève (Suisse)
15 au 19 mai 2018 : Théâtre de la Croix-Rousse, Lyon
25 mai 2018 : L’Apostrophe-Scène nationale Cergy-Pontoise et Val d’Oise/Théâtre de Jouy-le-Moutier
1er au 9 juin 2018 Théâtre de la Ville–Paris/Théâtre des Abbesses

Festival VIS-À-VIS, au Théâtre Paris-Villette

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L’année dernière, l’Iliade en 10 tableaux était interprétée par des détenus et connaissait un énorme succès (cf. chronique du 5 mai 2017 : https://dmpvd.wordpress.com/2017/05/05/iliade-au-theatre-paris-villette/).

Fidèle à son engagement, le Théâtre de la Villette a remis à l’honneur sur trois jours, les 26, 27 et 28 janvier, un festival de la création artistique en milieu carcéral.

La réussite de ce festival tient à un faisceau d’énergies : des propositions artistiques de qualité ; l’implication des personnes détenues, des partenaires institutionnels, associatifs et artistiques ainsi que l’engouement du public pour ces œuvres à part entière.

Ce samedi 27 janvier était sur les planches Fahrenheit 451, une rencontre artistique entre la Compagnie Zaï, le Studio Bretzel-Lab et la Maison d’arrêt des Hauts-de-Seine pour une création théâtrale, visuelle, sonore et marionnettique, librement inspirée du livre de Ray Bradbury et du film de Truffaut.

Petites maisons de bois, marionnettes, musique, texte… Tout a été fabriqué, inventé, créé par les détenus, sous l’œil bienveillants des artistes. Cela donne une pièce à la voix grave où il est question de livres, d’interdits et de libération. Ovation pour tous les acteurs !

En deuxième partie, changement de décor pour Les Flibustiers du Qlassik. Le quatuor à cordes de l’Orchestre de chambre de Paris accompagne le rappeur Ménélik et trois chanteurs-compositeurs du centre pénitentiaire de Meaux. Le mélange est réussi : les textes nous touchent, nous bouleversent, Bach, Philip Glass ou Purcell soutiennent la tristesse de ces hommes, eux qui ont trouvé les mots pour raconter leur peines. Un magnifique « Je me souviens » chanté en créole ; un bouleversant « je suis là, je ne suis pas là, je suis là-bas » ; un réaliste « Le clando et le clodo » et une phrase de rap qui résonne fort de cette expérience inédite : « Toute la mélancolie s’est manifestée quand j’ai entendu cette musique symphonique ».

Double exploit pour ces personnes détenues : approcher la musique classique et découvrir le rap. Là aussi le public n’a pas ménagé ses applaudissements à ce mélange étonnant et réussi des genres.

À bientôt pour de nouvelles créations !

Plûme

Fahrenheit 451
Mise en scène et ateliers de jeu : Arnaud Préchac.
Avec les participants détenus de la maison d’arrêt des Hauts-de-Seine.
Création visuelle et ateliers de marionnettes : Florence Garcia
Ecriture sonore et ateliers Son : Nicolas Judelewicz
Éclairage : Romain Le Gall.

Les Flibustiers du Qlassik
Violons : Franck Della Valle et Raphaël Aubry,
Alto : Claire Parruitte.
Violoncelle : Sarah Veilhan.
Chanteurs-compositeurs : Ménélik, Magicien, Zizou, Diabla, Medhi, Salem, Alfarock, Mozart.

Bientôt sur les planches au Théâtre Paris-Villette
Les Petites Reines (dès 10 ans)
d’après le roman de Clémentine Beauvais
Sur une adaptation de Justine Heynemann 
/ mise en scène de Rachel Arditi
du 1er au 11 février 2018

Le Garçon du dernier rang
de Juan Mayorga
Mise en scène de Paul Desveaux
Du 8 au 24 mars 2018

Mais aussi pour les plus jeunes
Dès 2 ans
Le Monde par la Cie Moteurs Multiples
Mise en scène de 
Lise Ardaillon / texte Sylvain Millio
du 15 février au 4 mars 2018

Dès 7 ans
Nuit blanche par la Cie HKC

Mise en scène Antoine Colno / texte Anne Rehbinder
du 21 février au 8 mars 2018

www.theatre-paris-villette.fr


 

 

 

MariaFausta, au théâtre de Nesle

Pochette ©GianmarcoVetrano

Pantalon et bottes de cuir, veste noire aux manches retroussées, MariaFausta, tout en sobriété, éclaire la scène de sa chevelure rousse et sa voix déchire l’espace pour nous emmener loin dans des vibrations où résonne l’émotion.

Elle chante, son violon calé contre sa joue, en parfaite harmonie avec son ami, son maître, Didier Lockwood, le grand violoniste de jazz. Pour ce concert exceptionnel, il est venu l’accompagner sur les compositions de son élève pour laquelle il ne tarit pas d’éloges.

MariaFausta – qui a plus d’une corde à son violon – connaît la musique… Elle est aussi chef d’orchestre. D’ailleurs la voilà au piano. Elle a convié des musiciens hors pair, ses amis, Matthieu Chazarenc à la batterie, Kevin Reveyrand à la basse et Olivier Ker Ourio à l’harmonica.

Ses pulsations, sa voix, son tempo, raconte son parcours hors normes qui l’a conduite de sa Sicile natale aux planches parisiennes en passant par la Suisse, au rythme du jazz et de ses exigences. A ne pas en douter, MariaFausta est exigeante, elle sait exactement ce qu’elle veut, et peut attendre treize ans pour obtenir d’être accompagnée à l’harmonica par l’un des plus grands.

Elle respire l’énergie de ceux qui connaissent leur sujet et sont portés par une passion qui vibre dans tout leur corps et s’exprime en musique et en chansons.

Sa voix monte, descend, se fait légère, grave, profonde, et ne laisse jamais indifférent. Elle incarne, tous vibratos dehors, la puissance de ses compositions.

Même si elle chante en anglais, elle traduit de temps en temps quelques passages ou nous en donne la teneur. Et alors, on se sent raccord avec ce qu’elle exprime, où il est question de rapports humains, de leur fragilité… où parfois seul le silence convient à ce qu’on voudrait dire.

Mais elle ne se tait pas… pour notre plus grand plaisir.

Aux applaudissements, elle répond en toute simplicité et on n’a qu’une hâte : la retrouver sur son album, Million Faces. Alors n’hésitez pas à l’écouter, vous ne serez pas déçu.

Plûme

Concert exceptionnel de MariaFausta le 10 décembre à 21 h 30,
au Théâtre de Nesle
avec :
Didier Lockwood au violon,
Matthieu Chazarenc
à la batterie,
Kevin Reveyrand à la basse
et Olivier Ker Ourio à l’harmonica

Le nouvel album Million Faces est sorti le 12 novembre 2017.
« Look Over » (single)
https://www.youtube.com/watch?v=xU1Vpz3RJU0

 

 

“Artaud Passion”, au Studio Hébertot

Artaud Passion

 

Si vous aimez les surprises, les choses rugueuses, voire dérangeantes, courez vite voir Artaud-Passion.

Quand on connaît un tant soit peu l’œuvre du poète fou, anarchiste, créateur du concept du « Théâtre de la cruauté », cette pièce écrite par le passionné Patrice Trigano, ne vous choquera pas. En revanche, elle vous ébranlera au plus profond de votre être.

La jeune Florence a bien vieilli et se souvient du choc amoureux et intellectuel qu’elle a ressenti en rencontrant le poète dans la galerie de son père Pierre Loeb, en mai 1946. Elle n’avait que 16 ans et lui 50, il sortait de neuf années d’internement psychiatrique, maigre, affaibli, mal en point, mais l’esprit et le verbe toujours aussi corrosifs.

Et comme le déclare Artaud dans Le Théâtre et son double :

« L’action du théâtre comme celle de la peste est bienfaisante, car poussant les hommes à se voir tels qu’ils sont, elle fait tomber le masque, elle découvre le mensonge, la veulerie, la bassesse, la tartufferie. »

C’est de cette rencontre improbable que naît ce dialogue à travers le temps de deux êtres sensibles.

Dans une mise en scène incroyable, la jeune fille d’hier, prodigieuse Agnès Bourgeois, raconte Artaud, au son de musiques improvisées par les talentueux Fred Costa et Frédéric Minière, en présence d’une machine cinétique. Mais surprise, Artaud est là, magistralement incarné par Jean-Luc Debattice. Et la pièce se déroule comme autant de fragments de vie collés dans un espace de folie et de mort.

La violence d’Artaud se nourrit, solitaire, du monde tel qu’il va, sans concession pour qui que ce soit, y compris Florence.

« Qu’est-ce qu’un aliéné authentique ? C’est un homme qui a préféré devenir fou, dans le sens où socialement on l’entend, que de forfaire à une certaine idée supérieure de l’honneur humain. »

Sur ces paroles et dans l’intensité incroyable de tout ce spectacle, la rencontre avec Artaud ne laisse personne indemne, ni Florence, ni les musiciens, ni Artaud lui-même… ni le spectateur.

Plûme

Jusqu’au 31 janvier 2018,
les mardis et mercredis à 21 h
au Studio Hébertot,
78 bis, boulevard des Batignolles, 75017 Paris
https://www.studiohebertot.com/

Artaud-Passion
Texte : Patrice Trigano
Mise en scène : Agnès Bourgeois
Avec Jean Luc Debattice (Artaud) et Agnès Bourgeois (Forence).
Musiciens, compositeurs et créateurs d’univers sonores : Fred Costa et Frédéric Minière
Costumes : Laurence Forbin
Création lumière : Laurent Bolognini
Scénographie : Didier Payen

“Un cœur Moulinex”, au Théâtre de l’opprimé

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« Une tourniquette pour faire la vinaigrette,
Un bel aérateur pour bouffer les odeurs,
Des draps qui chauffent,
Un pistolet à gaufres,
Un avion pour deux,
Et nous serons heureux ! »
Boris Vian, La complainte du progrès

Cette chanson, écrite en 1956, accompagne avec humour l’ère Moulinex.

En cinq tableaux, de 1937 jusqu’à 2001, voilà la saga Moulinex racontée par la compagnie Aberratio Mentalis. Suivant scrupuleusement la chronologie, nous voilà embarqués dans une épopée industrielle du XXe et même du XXIe siècle.

Au fil du temps, ce qui n’était qu’une tout petite entreprise accueillant les inventions de son directeur fantasque, toujours en quête d’innovations, devient le géant de l’électroménager et inonde le marché de ces produits. Qui n’a pas eu chez lui un mixer ou un moulin-légumes ?

Dans une mise en scène tonitruante, voilà les ouvrières assignées aux tâches répétitives, si vraies dans leurs gestes que l’on entend presque le bruit assourdissant des machines… Voilà les ingénieurs, les contremaîtres… les cadences qui augmentent, les ouvrières épuisées et les matons qui poussent encore et toujours à plus de rentabilité jusqu’à que cette course effrénée aboutisse aux délocalisations, pour exploiter d’autres… ailleurs !

Quand les pièces et la fierté de les fabriquer auront laisser place à la spéculation en Bourse, on aura jeter à la poubelle de l’histoire celles et ceux qui ont fait « la tourniquette pour faire la vinaigrette » et son succès planétaire.

Une pièce de théâtre énergique où l’on croque le quotidien avec sérieux et dérision, dans un monde si rude pour les petites mains.

Musique et pages de publicité se succèdent sous forme de moments dignes des cabarets pour emmener la pièce vers plus de réflexion, plus de dénonciation.

Non, il n’est pas normal qu’à chaque avancée technologique, ce soit toujours sur le dos de ceux qui produisent que cela se réalise.

Le Théâtre de l’opprimé, est-il besoin de le dire, remplit là le rôle pour lequel il a été fondé : se faire l’écho des luttes ouvrières quelle que soit l’époque, montrer les doutes, la solidarité… et il y réussit.

Une seule critique, un trou dans la saga Moulinex, racontée par Simon Grangeat et mise en scène par Claude Viala, celle de la période de la guerre et de la collaboration. Dommage !

Cela n’empêche que la pièce Un cœur Moulinex vaut le détour, qu’on ne s’y ennuie jamais, que l’on sourit, ou rit, souvent, que l’on est touché par la performance des sept comédiens qui unissent leurs forces pour nous conter cette histoire contemporaine, en assumant tous les rôles, du haut en bas de l’échelle, avec authenticité et engagement. Bravo !

Plûme

Jusqu’au 26 novembre, du mercredi au samedi à 20h30 et le dimanche à 17h
au Théâtre de l’opprimé
78, rue du Charolais
75012 Paris

http://www.theatredelopprime.com/evenement/un-coeur-moulinex/

Compagnie Aberratio Mentalis
Texte : Simon Grangeat
Mise en scène : Claude Viala
Avec Hervé Laudière, Carole Leblanc, Véronique Müller, Loredana Chaillot, Pascaline Schwab, Christian Roux, Julien Brault
Assistant à la mise en scène : Hervé Laudière
Musique : Christian Roux
Scénographie : Shanti Rughoobur

 

 

 

 

 

“Les Goguettes en trio mais à quatre”, au Théâtre Trévise

 

Trois gars, une fille, un piano… Et c’est parti pour une heure et demie de rires et de musique !

Mais qu’est-ce qu’une goguette ? Une parodie de chanson connue qui commente l’actualité… et aussi un trio à quatre… bourré de talent : la pianiste, Clémence Monnier, et le trio d’auteurs-chanteurs : Stan, Aurélien Merle et Valentin Vander.

Imagination débordante, propos bien sentis, rimes joyeuses, humour à tous les couplets, leurs goguettes taillent des costards aux hommes politiques de tous bords.

Des chansons que l’on reprend en chœur, très pertinentes sur les ordonnances de la loi travail. « Avec Pénicaud, tout paraît plus beau », comme le dirait un certain chanteur de Mexico ! Mais aussi sur les séances à l’Assemblée, l’affaire Fillon, l’ancien président, et bien d’autres que je ne vous révélerai pas.

Selon l’actualité de la semaine, vous aurez droit à une chanson créée pour l’événement parce les quatre aiment croquer la politique « en toute objectivité », c’est-à-dire en prenant parti.

Leur engagement à gauche toute ne fait aucun doute, même s’ils affirment que pour être dans la société « en marche », ils ont décidé d’être arrogants, suffisants, méprisants… Des qualificatifs qui ne vont pas sans rappeler quelqu’un.

L’humour, la musique, l’interprétation, la mise en scène, tout est au rendez-vous pour passer un bon moment à se moquer de ceux qui nous gouvernent (et des autres), mais toujours en nous servant une analyse politique caustique, accompagnée de vérités grinçantes.

Alors amusez-vous, partez en goguette ! Vous ne le regretterez pas…

Plûme

Avec : Aurélien Merle, Clémence Monnier, Valentin Vander, Stan
Metteur en scène : Yeshé Henneguelle

Jusqu’au 5 décembre tous les mardis à 19 h 45
au Théâtre Trévise, 14 rue de trévise, 75009 Paris
Tél. : 01 45 23 35 45
www.theatre-trevise.com

Et aussi en tournée…
– Le 3 novembre au Casino de Beaulieu-sur-Mer – Festival Quinte Artistique (06) à 21h45
www.casinodebeaulieu.com
– Le 18 novembre à la Salle Daniel Ferry à Vigneux (91)
www.mairie-vigneux-sur-seine.fr
– Le 24 novembre au Préô de Saint-Riquier (80) les vendredi 24 et samedi 25 novembre
www.theatrelepreo.fr
– Le 26 novembre à la Salle des Fêtes de Cappelle-en-Pévèle (59) à 17h
– Le 12 décembre à la Salle Jacques Brel à Champs-sur-Marne (77) à 20h30 Renc’art Brel
www.ville-champssurmarne.frVEN
– Le 15 décembre à Rouen (76) à 18h
Plus d’informations bientôt LUN
– Le 29 décembre au Bijou à Toulouse (31) du vendredi 29 au dimanche 31 décembre
www.le-bijou.net
Le 19 janvier à la Baie des Singes à Cournon d’Auvergne (63) les vendredi 19 et samedi 20 janvier
www.baiedessinges.com
Le 26 janvier à la Salle polyvalente de Saint-Martin-de-Bréhal (50) à 20h30
– Le 10 février à Étampes (91) à 17h
« Samedi thé-chansons »
www.mairie-etampes.fr
– Le 22 février à Saint-Étienne (42)
Festival des Arts Burlesques
– Le 24 mars aux Nuits du Loup à Marcy l’Etoile (69)
www.nuitsduloup.fr
Le 30 mars au Rabelais à Meythet (74) à 20h30
www.rabelais-spectacles.com
Le 20 avril à la Gargamoëlle au Château d’Olonne (85) à 20h30 – COMPLET

 

“F(l)ammes” à la Maison des Métallos

© François Louis Athénas

Ces dix-là ne s’en laissent pas compter. Dix jeunes femmes énergiques, dix belles personnalités qui racontent, se racontent, sans peur ni tabou, en toute liberté.

Issues de ce qu’on appelle « les minorités visibles des quartiers », nées de parents venus d’Afrique du Nord, d’Afrique subsaharienne, ou des Caraïbes, les femmes – F(l)ammes – clament leur rage de vivre, faisant fi des clichés, des préjugés, des étiquettes.
Elles cassent les stéréotypes en étant là où on ne les attend pas. Et ça fait du bien de les voir se débarrasser de ce carcan fabriqué par la société au gré des peurs, des définitions, des politiques. Elles sont ce qu’elles sont, elles ne représentent rien ni personne, elles sont simplement elles-mêmes.

Ahmed Madani, le metteur en scène, raconte : « Le fait que les protagonistes de projet n’aient pas d’expérience professionnelle du théâtre a été une chance dans cette aventure. leur spontanéité, leur faconde, leur énergie, leur imprévisibilité, leur liberté et leur justesse n’ont pas cessé de m’étonner… » Les spectateurs eux aussi vont de surprise en surprise.

Dans ce spectacle, si on rit beaucoup, on est aussi touché par des morceaux de dure réalité. Humour, dérision, auto-dérision… mais aussi poésie, colère, désir, tendresse, douleur… Tout y passe : leur famille, les traditions, les copines de classe, les petits mots assassins ou les comportements injustes d’un père, d’une mère, d’un mari, d’un frère… et même Pénélope n’est pas épargnée !

Ah ! qu’il est bon de les entendre parler, chanter, danser… et avec quel talent !
D’ailleurs Ahmed Madani leur laisse toute la scène, n’utilisant que quelques chaises pour décor. Grâce aux vidéos, à la musique, aux voix, aux lumières, nous décollons avec ces dix femmes et atterrissons dans un univers plein de sensibilité et de poésie. A leur image.

1 h 45 de pur bonheur et d’humanité ! Une invitation à voir le monde avec les yeux de l’autre et ça fait du bien ! On est sous le charme et on en sort regonflé à bloc.
Alors n’hésitez pas, courez-y !

Plûme

Jusqu’au 29 octobre 2017
– mardi, mercredi à 20h
– jeudi, samedi à 19h
– vendredi 20 octobre à 14 h
– vendredi 27 octobre à 20h
– dimanche à 16 h
à la Maison des métallos, 94 rue Jean-Pierre Timbaud, Paris 11e

Avec Anissa Aou, Ludivine Bah, Chirine Boussaha, Laurène Dulymbois, Dana Fiaque, Yasmina Ghemzi, Maurine Ilahiri, Anissa Kaki, Haby N’Diaye, Inès Zahoré
Textes et mise en scène : Ahmed Madani
Assistante à la mise en scène : Karima El Kharraze
Regard extérieur : Mohamed El Khatib
Création vidéo : Nicolas Clauss
Création lumière et régie générale : Damien Klein
Création sonore : Christophe Séchet
Chorégraphie : Salia Sanou
Costumes : Pascale Barré et Ahmed Madani
Coaching vocal : Dominique Magloire et Roland Chammougom
Régie son : Jérémy Gravier
Texte édité chez Actes Sud-Papiers
Administration / production : Naia Iratchet
Diffusion / développement : Marie Pichon
Production : Madani Compagnie
Coproduction : Théâtre de la Poudrerie à Sevran, Grand T théâtre de Loire-Atlantique, L’Atelier à spectacle à Dreux, La CCAS, Fontenay en Scènes à Fontenay-sous-Bois, l’ECAM au Kremlin-Bicêtre
Avec le soutien de la Maison des métallos, du Collectif 12 à Mantes-la-Jolie, de la a MPAA à Paris,  de la Ferme de Bel Ébat à Guyancourt, de la Maison des Arts et de la Culture de Créteil, du Commissariat Général à l’Egalité des Territoires, du Conseil départemental de Seine-Saint-Denis, du Conseil départemental du Val-de-Marne dans le cadre de l’aide à la création et d’Arcadi Île-de-France
Rencontre avec l’équipe artistique du spectacle :
jeudi 26 octobre à l’issue de la représentation, à la Maison des métallos.

Et en tournée…
Genève La Comédie de Genève du 7 au 11 novembre 2017
Paris Théâtre de la Tempête les 16 novembre au 17 décembre 2017
Cachan Théâtre Jacques Carat le 7 décembre 2017
Calais Le Channel, Scène nationale les 12 et 13 janvier 2018
Cergy-Pontoise L’Apostrophe, Scène nationale les 16 et 17 janvier 2018
Pantin Salle Jacques Brel le 30 janvier 2018
Noisy-le-Sec Théâtre des Bergeries le 2 février 2018
Bron Espace Albert Camus les 6 et 7 février 2018
Clermont-l’hérault Théâtre le Sillon, Scène conventionnée le 9 février 2018
Le Mans Les Quinconces – L’Espal du 13 au 16 février 2018
La Courneuve Houdremont, Scène conventionnée le 9 mars 2018
Goussainville Espace Sarah Bernhardt І 16 mars 2018
Épinay-sur-Seine Maison du Théâtre et de la Danse le 18 mars 2018
Melun L’Escale le 23 mars 2018
Brétigny-sur-orge Théâtre de Brétigny – Dedans Dehors, Scène conventionnée les 6 et 7 avril 2018
Aubervilliers Théâtre de la Commune, Centre Dramatique National du 9 au 11 avril 2018
Montargis Salle des fêtes le 13 avril 2018

“12 hommes en colère”, au théâtre Hébertot

©Laurencine Lot

Il fait chaud, très chaud, dans cette pièce fermée en cette fin d’après-midi, dehors l’orage menace. Douze jurés en complet-veston-cravate sont réunis pour délibérer sur la culpabilité d’un garçon de 16 ans, accusé d’avoir tué son père. L’unanimité est requise pour envoyer le présumé coupable à la chaise électrique. Mais un homme, un seul a « un doute légitime ». Un seul, comme un grain de sable… et la belle unanimité se fissure.

Du film de Sydney Lumet, il me restait en mémoire une ambiance lourde, des chemises aux manches relevées, des cravates défaites, la transpiration des 12 hommes…

Dans un décor et une mise en scène sobre et efficace, les personnages prennent une épaisseur palpable, comme l’est la tension qui monte. Une horloge blanche, lumineuse, sans aiguilles, égrène un temps arrêté loin des obligations de la vie quotidienne de chacun.

La partie est serrée, un contre onze et, petit à petit, l’un après l’autre, à force d’interrogations qui ébranlent les témoignages entendus lors de la comparution, chacun en vient à faire part de son « doute légitime ».

La pièce de Reginald Rose, écrite en 1954, interprétée avec justesse par les 12 comédiens, nous fait comprendre les positions de l’un, les peurs de l’autre, l’indifférence d’un troisième… Il n’est pas facile de se départir de ses préjugés, de ses a priori.

Notre cœur bat au fil de la soirée… Alors, coupable ou non coupable ?

Allez-y !

Plûme

Une pièce de Reginald Rose
Adaptation française Francis Lombrail
Mise en scène Charles Tordjman
Avec Jeoffrey Bourdenet, Antoine Courtray, Philippe Crubezy, Olivier Cruveiller, Adel Djemaï, Christian Drillaud, Claude Guedj, Roch Leibovici, Pierre Alain Leleu, Francis Lombrail, Pascal Ternisien et Bruno Wolkowitch
Assistante mise en scène Pauline Masson
cors Vincent Tordjman
Lumières Christian Pinaud
Costumes Cidalia Da Costa
Musiques Vicnet

Du mardi au dimanche à 19 h
Théâtre Hébertot,
78 bis, boulevard des Batignolles
75017 PARIS
Tél. : 01 43 87 23 23
http://theatrehebertot.com/12-hommes-colere/

“Oncle Vania”, au Théâtre Essaïon

 

Dans la série « révisons nos classiques », Oncle Vania revient, interprété par la Compagnie Theâtrale Francophone. Une perle !

Rendez-vous est donc pris avec l’âme slave. Dans une mise en scène, signée Philippe Nicaud, qui parvient à presser les comédiens (et donc lui-même) jusqu’à leur dernière goutte de mal-être, dans un décor minimaliste sans échappatoire, sans coulisses, où ils vivent 24 heures sur 24 sous nos yeux.

« Il m’est apparu que la façon la plus efficace de recréer cette atmosphère familiale étouffante, c’était que tous les personnages, et donc les acteurs, soient présents à chaque instant, et cela dès l’entrée des spectateurs », déclarait Philippe Nicaud lors du festival d’Avignon 2016, où ce spectacle a été récompensé par un Coup de cœur du Club de la Presse Grand Avignon-Vaucluse. Quelle réussite !

Cinq personnages de Tchekhov se retrouvent sur scène, tous magnifiques dans leur interprétation, se heurtant dans ce huis-clos qu’est devenue la scène de l’Essaïon. Le professeur, usurpateur patenté ; le docteur, rêveur alcoolique ; la jeune épouse, bombe sexuelle ; la fille du professeur laide et pathétiquement amoureuse du docteur, et, magistral… l’oncle Vania, pétri de regrets, désabusé, amoureux transi et raté. Rarement sur scène, on a vu pareille incarnation du désespoir, vécu dans la posture, la voix, les gestes : bravo à Fabrice Merlo de nous entraîner au plus profond de la détresse de cet homme vaincu.

Le choc des passions, l’enfermement, l’ennui… boire, boire encore, pour oublier la servitude, l’absence d’avenir, la vie gâchée. Le texte de Tchekhov est dense, chaque mot pèse dans cette atmosphère lourde, même si, parfois, un personnage laisse éclater un fragment de poésie, une chanson, un accord de guitare ou quelques notes d’humour…

Merci au metteur en scène d’avoir resserré la pièce autour des cinq principaux personnages pour mieux resserrer l’étau qui les broie au fil de la pièce. Chapeau aux comédiens d’être si tchekhoviens dans leur jeu.

On ne peut que vous inciter à aller voir cette pièce. N’oubliez pas de réserver, la salle du  théâtre Essaïon n’est pas bien grande.

Plûme


Jusqu’au 14 janvier 2018, tous les jeudis à 19h20
Théâtre Essaïon
6, rue Pierre-au-Lard
75004 Paris
Tél. : 01 42 78 46 42
http://www.essaion-theatre.com/spectacle/649_oncle-vania.html

D’après Anton Tchekhov
Mise en scène Philippe Nicaud
Avec :
Marie Hasse (Sonia), Céline Spang (Éléna), Fabrice Merlo (Vania), Philippe Nicaud (Docteur Astrov) et Bernard Starck (Sérébriakov)

Collaborations artistiques :
Damiane Goudet et Arevik Martirossian
Perrine Trouslard (chorégraphie)
Adaptation / traduction :
Céline Spang et Philippe Nicaud
Composition musicale et chant :
Philippe Nicaud

“Lorenzaccio”, au théâtre de l’Aquarium

©Patrick Berger

« Ce que vous dites là est parfaitement vrai, et parfaitement faux, comme tout au monde », déclare Lorenzaccio. Dans un monde de faux-semblants, que cherche le jeune homme dans la compagnie du tyran, quel dessein funeste prépare-t-il ?

Cette pièce longtemps qualifiée « d’injouable » revient sur les tréteaux, mise en scène par l’audacieuse Catherine Marnas. Cette dernière n’y va pas par quatre chemins, elle tranche dans le vif, resserre l’intrigue autour de huit comédiens et insuffle une vivacité toute contemporaine à la pièce d’Alfred de Musset.

Décor minimaliste, musique rock, costumes excentriques, jeux de lumières… tout concourt à une représentation moderne et trépidante. Au premier plan, un canapé (mobile) où se rencontrent les protagonistes et derrière, séparée par un rideau fait de lames de plastique transparent, Florence, ville de débauche, bouillonne.

Conspirations, trahisons, perversions… Il ne fait pas bon vivre du côté du royaume de Florence en 1537. Même si, dans les arrière-cours des maisons, des hommes se préparent à lutter pour instaurer la République. Musset fait ici allusion à la société française de 1834, Louis-Philippe vient de restaurer la royauté après les Trois Glorieuses, les journées révolutionnaires de juillet 1830.

Lorenzo, l’humble jeune homme épris d’idéaux, que personne ne reconnaît en Lorenzaccio, le jouisseur, le « mignon » d’Alexandre de Médicis, regrette sa « vertu » même s’il la sacrifie pour la bonne cause. Mais un homme, si courageux soit-il, peut-il se substituer à l’action collective des citoyens d’une ville ?

Le drame de Musset, porté magnifiquement par la troupe de comédiens et la mise en scène de Catherine Marnas, résonne à nos oreilles comme la petite musique du désenchantement présent. L’engagement sert-il encore à quelque chose quand les politiques, ne s’occupant que de leur carrière, bafouent les idéaux qu’ils ont à la bouche « Liberté, égalité, fraternité » ?

Plûme

Texte Alfred de Musset
Mise en scène Catherine Marnas (TnBA)
Avec Clémentine Couic, Julien Duval, Zoé Gauchet, Francis Leplay, Franck Manzoni, Jules Sagot, Yacine Sif El Islam, Bénédicte Simon

Du mardi au samedi à 20 h et le dimanche à 16 h
Jusqu’au 15 octobre
Théâtre de l’Aquarium
La Cartoucherie,
Route du Champ-de-Manœuvre
75012 Paris
http://www.theatredelaquarium.net/Lorenzaccio