“Le Voisin de Picasso”, au Théâtre de La Contrescarpe

crédit photos : Fabienne Rappeneau

Il ne surgira pas de votre mémoire. Mais d’un passé glorieux. Cet illustre inconnu au bataillon des plus grands peintres de son époque (Sisley, Monet, Renoir, Bazille…) était pourtant l’objet de toutes les attentions de la société et le plus adulé quand d’autres s’essayaient encore dans les ateliers de Gleyre. Peintre officiel, il décorera notamment plafonds et décors de théâtre, comme celui de la salle Richelieu de la Comédie-Française, ou celui de l’Opéra Garnier. Il sera salué par la presse et recevra la légion d’honneur.

Alexis-Joseph Mazerolle – oui c’est son nom au Voisin incognito de Picasso, juste dans la galerie voisine – s’adonnait dans une exigence de travail à servir sa passion : sublimer le réel, rapprocher les gens du divin. Académique, il se voulait aussi libre.

Alors, qu’est devenu Mazerolle ? Apollon le garderait-il jalousement près de lui, loin des hommes et de leurs réminiscences ? Et ses œuvres ?

Rémi Mazuel retourne le sablier du temps, réécrit son histoire et nous invite sur une mise en scène de Marie-Caroline Morel à découvrir les traits de son visage, de son histoire, de sa fin controversée (suicide ou maladie ?).

Dans une éloquence qui lui est familière (il a remporté le Concours d’Éloquence de l’association Forum Event à Bordeaux), Rémi Mazuel, dans la peau d’un gardien de musée, répare cette injustice et lui rend hommage non sans humour. De quoi passer une bonne soirée.

Carole Rampal

Théâtre de La Contrescarpe
https://theatredelacontrescarpe.fr/
5 rue Blainville, 75005 Paris

Du 7 octobre au 30 décembre 2020,
les mercredis à 21h

Texte et Interprétation : Rémi MAZUEL
Mise en scène : Marie-Caroline MOREL
Costumes : Leslie PAUGER
Musique : Charles TUMIOTTO
Conception & Décors : Alix COHEN

Pour ceux qui veulent faire un pied de nez à Apollon, certaines œuvres de Mazerolle sont encore visibles ?
À la Bourse de commerce de Paris, à l’hôtel InterContinental de Paris (le plafond du salon), au Conservatoire de musique de Paris (décor de scène), à l’Opéra Garnier à Paris, (huit cartons des tapisseries de la rotonde du glacier), au grand théâtre d’Angers (plafond du foyer), au musée de Roubaix (« Éponine implorant la grâce de Sabinus »).

Depuis 2006, afin de promouvoir son œuvre, l’Association des Amis du peintre A.-J. Mazerolle a été créée et répond à vos questions.
http://www.ajmazerolle.com/index.html

“Jouer sa vie sur un vaudeville”, William Malatrat, Le Guichet Montparnasse

Comédien, metteur en scène de nombreuses pièces dont Le journal d’une Femme de Chambre, primé aux P’tits Molières 2015 « Meilleure comédienne dans un premier rôle », William Malatrat dirige aussi l’Atelier d’art dramatique du Guichet Montparnasse.

Sa passion du théâtre, il l’a découverte dès l’âge de 13 ans en découvrant une représentation de Jean Anouilh, Antigone.

Un auteur qu’il n’a pas oublié au fil du temps. Ce soir-là, Jouer sa vie sur un vaudeville est une adaptation modelée, parfois réécrite par William Matrat du  Rendez-vous de Senlis. Le prologue est constitué de textes de différentes œuvres de Anouilh.

Le tourbillon des faux-semblants, la vérité avec le désordre… l’insolence de ce grand dramaturge du siècle passé mais résolument moderne… séduisent William Malatrat qui dans cette nouvelle mise en scène sait les transcender et adhérer le public à sa perception.

Une intrigue captivante qui mêle interrogations, rires et indignations.

Pour ceux qui auraient oublié le début :
Georges, marié par intérêt à une riche bourgeoise, s’éprend d’une jeune femme rencontrée au musée du Louvre. Pour la séduire davantage, il loue une villa qu’il veut lui faire croire pour sienne et fait appel à deux comédiens qui ont pour instruction d’incarner ses parents…

Une représentation qui fait appel à neuf comédiens.

Coup de cœur pour Fanny Blanchard.

Carole Rampal

Jusqu’au 23 septembre
Le Guichet Montparnasse
15 rue du Maine
75014 Paris
01 43 27 88 61

Avec
Agnès Aubert
Fanny Blanchard
Jean-Pierre Chouraqui
Charles Falanga 
Marc Gemayel 
Katy Odoard  
Lauriane Schneider
Dimitri Vasiljevic 
Myriam Vergnol 
Collaboration artistique
Alicia Bluteau
Patricia Alonso

De Vers en Verres, à la Comédie Nation

Affiche juillet 20

 

De vers en verres… c’est une rencontre avec des grands auteurs classiques – Goldoni, Hugo, Marivaux, Molière, Musset, Racine, Rostand, Tchekhov – dont les textes connus ou beaucoup moins donnent toujours une saveur particulière.

Ces extraits sont proposés aux spectateurs à la carte avant d’entrer en salle. Chacun passe commande et participe ainsi à la composition du spectacle. Et là…

[Il y a la scène et la salle…] [Et ne sachant de rien comment cela commence ou finit…] [Et il (le spectateur) se regarde lui-même….] [Et il arrive quelque chose sur la scène comme si c’était vrai…]… Oui, trois comédiens en costume d’époque comme si on y était nous mettent l’eau à la bouche par ce très beau texte de Paul Claudel. Puis, un avant-goût de Victor Hugo se glisse sous nos papilles avec Ruy Blas.

Sous les accords d’une guitare, on arrive aux entrées avec Andromaque de Racine, Le Médecin malgré lui de Molière.

Avant d’arriver aux plats de résistance : La Manie de la villégiature (Goldoni), Lucrèce Borgia (Victor Hugo), Le Mot (Victor Hugo), Platonov (Tchekhov). Il y en a pour tous les goûts.

Et avec excès de gourmandise seront servis pour le dessert : Le Prince travesti (Marivaux), Cyrano de Bergerac (Rostand).

Ce soir-là, les comédiens présents, Yannick Barnole, Anne-Dorothée Lebard, Julia Régule, s’expriment sur un ton très juste dans un répertoire varié. Un coup de cœur pour la talentueuse Anne-Dorothée Lebard.

Pour ceux qui veulent mieux les connaître, il est possible de trinquer avec les comédiens après le spectacle de Vers en « verres ».

Carole Rampal

Des mots pour vous dire

À la Comédie Nation
77 rue de Montreuil, 75011 Paris

Les 22, 24, 29 et 31 juillet, et les 19, 21, 26 et 28 août 2020 à 20h30.

Durée : 1h20

Mise en scène
Laetitia Leterrier
Costumes d’époque
Mélodie Alves
Comédiens et musiciens
Yannick Barnole
Pierre Koch (à la guitare)
Anne-Dorothée Lebard
François Lis
Julia Régule
Loren Troubat

L’HISTOIRE DU THÉATRE DE GENNEVILLIERS

1. facade © Sami Benyoucef - ville de Gennevilliers
© Sami Benyoucef

De la fin du XIXe siècle à aujourd’hui, que de chemins parcourus par le Centre dramatique national (CDN). Un théâtre qui a su conserver son âme et l’essence même de son existence. Zoom arrière…

Fin du XIXe siècle-début du XXe, Gennevilliers est en plein essor économique dû à son activité industrielle. Sa population ne cesse de s’accroître : ce sont avant tout des familles de travailleurs modestes qui viennent s’installer. L’administration réorganise alors la ville.

En 1930, la municipalité vote le projet de la construction d’une halle de marché et dans le même temps la création d’une salle de fêtes afin de favoriser l’accès à la culture.

En 1934, le parti communiste remporte les élections. Le chantier débute cette année-là et dure quatre ans. La conception globale de ce gigantesque complexe est confiée à l’architecte Louis Brossard qui signera d’autres œuvres dans la commune comme le bureau de poste du quartier des Grésillons, place Jaffeux.

En 1938, la salle des fêtes est inaugurée.

La halle, marché hebdomadaire, accueille des manifestations diverses telles que des expositions. Tandis que la salle des fêtes se révèle le lieu d’une activité tant culturelle que politique où des représentations de théâtre amateurs, professionnels, des opéras, des expositions, des concerts de l’École de musique de Gennevilliers, des manifestations sportives côtoient des meetings, des réunions syndicales.

À savoir que des cours de leçons d’art dramatique étaient déjà proposés depuis 1947 dans les locaux de la Maison pour tous. L’apprentissage de la musique dans le droit fil des grands projets d’éducation populaire est également dispensé à tous les enfants désireux d’évoluer dans cette discipline. L’école de musique est créée en 1935. Des formations musicales, à Gennevilliers, qui ne datent pas d’hier : en 1871, une musique municipale existait déjà.

 

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Après guerre, le service public développe une politique de décentralisation culturelle conduite par Jeanne Laurent, membre du gouvernement de la IVe République, à la Direction générale des Arts et Lettres

 

Jean Vilar
JEAN VILAR

Jean Vilar (fondateur du futur Festival d’Avignon) prend la direction du Théâtre national populaire (TNP), en 1951. Waldeck L’Huillier, dirigeant du PCF et alors maire de Gennevilliers, met à la disposition du metteur en scène et de sa troupe, la salle des fêtes des Grésillons.

En 1952, Le Cid de Pierre Corneille et Mère courage de Bertolt Brecht y seront notamment joués. Ce sera l’occasion d’un gala où Yves Montand est invité. Plus de 2200 personnes, ouvriers en bleu, représentants des industries, acteurs politiques – Auguste Lecœur, secrétaire général du PCF, Théodore Vial, membre du Comité central, le maire L’Huillier – sont réunis autour d’un repas collectif qui nourrit des conversations sur les mises en scène.

En 1954, Le Prince de Hombourg de Kleist et Dom Juan de Molière sont représentés. En 1956, Macbeth de Shakespeare, L’Avare de Molière.

De grands acteurs – Maria Casarès, Gérard Philipe, Jeanne Moreau, Philippe Noiret, Charles Denner… – défilent sur les planches. Des allers-retours en car sont organisés pour voir les spectacles. La municipalité participe à la réalisation d’un théâtre ambulant parcourant les communes de la région parisienne.

L’idée du théâtre populaire prend forme.

Bernard Sobel
@ Laurent Troude BERNARD SOBEL

En 1962, Jean Vilar présente à Waldeck L’Huillier, Bernard Sobel, son assistant durant la création de La Résistible Ascension d’Arturo Ui de Brecht qui ne tarde pas à créer sa troupe et à fonder le Théâtre populaire de Gennevilliers qui deviendra Ensemble théâtral de Gennevilliers (ETG). À ses côtés : Michèle Raoul-Davis et Yvon Davis (assistanat et dramaturgie), Antoine Dutèpe (décors) ou encore Jacques Schmitt (costumes). Dans des conditions matérielles parfois difficiles, Tanker Nebraska, de Herb Tank, Antigone de Brecht sont les premières représentations jouées.

En 1964, Waldeck L’Huillier préside lui-même une association Des Amis du Théâtre et a pour ambition son rayonnement auprès des municipalités communistes environnantes. Par ailleurs, il s’arrange pour que les prix de places soient très bas tout en garantissant des manifestations artistiques de qualité.

En 1966 et 1967, un festival est organisé avec le concours du Centre culturel et de la Direction municipale des Affaires culturelles. Soirées théâtrales et musicales, animations culturelles et expositions sont au programme. Le Cercle de craie caucasien de Bertolt Brecht, dans une mise en scène de René Allio, ouvre les festivités. Patrice Chéreau met en scène un classique, L’affaire de la rue de Lourcine d’Eugène Labiche ; la comédie Cœur ardent d’Alexandre Ostrovski et montée par Bernard Sobel est saluée par la presse.

En 1968, L’Exception et la règle de Bertolt Brecht, mise en scène par Bernard Sobel, est jouée plus de trente fois.

L’ETG jouit d’une notoriété de plus en plus forte et marquera le tournant d’une carrière de nombreux metteurs en scène et créateurs (Patrice Chéreau, Bruno Bayen, Jacques Lassalle, Jean-Louis Hourdin, Alain Ollivier, Olivier Perrier, André Diot…).

En 1970, il bénéficie de subventions de l’État.

1974  verra le jour de la revue Théâtre/Public, un magazine créé par Bernard Sobel qui a pour objet de mener des réflexions et de croiser les points de vue sur les courants et l’actualité au sens large du théâtre. Dirigée pendant quarante-cinq ans par Alain Girault, Olivier Neveux en est le rédacteur en chef depuis 2013.

En 1983, l’ETG est labellisé Centre dramatique national et devient le Théâtre de Gennevilliers.
La même année, l’architecte et urbaniste, Claude Vasconi, redessine les plans de ce lieu de vie qu’il agrandit. La cage de scène atteint désormais plus de 30 m de hauteur. Le peintre et décorateur Italo Rota repense l’intérieur du bâtiment et l’aménagement scénographique est confié à Noël Napo. Au total, le T2G est composé de deux salles de répétitions et de deux salles de représentations d’une jauge pour l’une de 300 personnes et l’autre de 400. Cet énorme espace permet aussi de disposer d’un studio de tournage au service du cinéma ou des chaînes de télévisions locales.

En 2006, Bernard Sobel signe sa dernière mise en scène, Don, mécènes et adorateurs d’Alexandre Ostrovski, en tant que directeur du Théâtre de Gennevilliers. En un peu plus de quarante ans, il aura réalisé quelque quatre-vingts mises en scène, fait découvrir de nombreux auteurs (Isaac Babel, Guan Hanqin, Richard Foreman, Christian Dietrich Grabbe…). Le Théâtre de Gennevilliers sera aussi marqué par des artistes tels Maria Casarès, Stéphane Braunschweig, Marc François, Didier-Georges Gabily, François Tanguy, Philippe Clévenot… et les peintres et scénographes Titina Maselli, Nicky Rieti et Lucio Fanti.

Pascal Rambert
@ Patrick Imbert PASCAL RAMBERT

De 2007 jusqu’à 2016, sous la houlette de Pascal Rambert, qui en devient son directeur, le théâtre se transforme en un haut-lieu de création contemporaine, ouvert à toutes les pratiques  – théâtre, danse, opéra, art contemporain, philosophie, cinéma – et sur le monde. Le T2G (acronyme créé sous sa direction) accueille des artistes de toute nationalité et diffuse ses créations à l’international. Pendant cette période, Pascal Rambert engage des travaux qui seront réalisés par l’architecte Patrick Bouchain et son associée Nicole Concordet. Il s’agit de créer un espace de vie, ouvert sur la rue, permettant de réunir l’accueil du théâtre, la billetterie et le restaurant tels que nous les connaissons aujourd’hui. La cage de scène est repeinte en rouge et mise en lumière par le plasticien Yann Kersalé, la signalétique conçue par Daniel Buren.

Durant ses dix années, il sera entouré notamment par le chorégraphe Rachid Ouramdane, l’artiste photographe américaine Nan Goldin, les plasticiens Felice Varini et Céleste Bourcier-Mougenot, la philosophe Marie-José Mondzain ou encore le scénographe et le metteur en scène Philippe Quesne.

En janvier 2017, le metteur en scène et scénographe Daniel Jeanneteau prend la direction du Théâtre de Gennevilliers. Son projet, basé sur le partage des processus de création, s’attache à ancrer la vie du théâtre dans le voisinage de proximité, tout en continuant de l’inscrire dans un vaste réseau national et international. Convaincu que l’art est fait pour troubler, son ambition pourrait se résumer dans cette pensée de Diderot qu’il reprend à son compte : “Il est une impression plus violente encore, et que vous concevrez, si vous êtes nés pour votre art et si vous en pressentez toute la magie : c’est de mettre un peuple comme à la gêne. Alors les esprits seront troublés, incertains, flottants, éperdus, et vos spectateurs tels que ceux qui dans les tremblements d’une partie du globe, voient les murs de leurs maisons vaciller, et sentent la terre se dérober sous leurs pieds.”

Et il fait mouche. Le public accourt, DMPVD aussi : “Le reste vous le connaissez par le cinéma” (metteur en scène Daniel Jeanneteau), https://bit.ly/3ayXTeF ; “Iphigénie” (Chloé Dabert), https://bit.ly/2KmZVUG ; “Tristan” (Éric Vigner), https://bit.ly/2S1ft4H ; “Item” (François Tanguy), https://bit.ly/3eMBjD0 ; “La Ménagerie de verre” (Daniel Jeanneteau), https://bit.ly/3cJhsCv ; “Pauvreté, Richesse, Homme et Bête” (Pascal Kirsch), https://bit.ly/2XWLLS5 ; “Price” (Création collectiv), https://bit.ly/2yxfpCW ; “Les Aveugles” (Daniel Jeanneteau), https://bit.ly/2VuLWCE ; “Alerte, est-ce que c’est là”  (Clémentine Baert), https://bit.ly/2VrOiSJ.

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© Olivier Roller

DEUX QUESTIONS À DANIEL JEANNETEAU

– Comment est née en vous la passion du théâtre ?
D. J. : De l’observation de la vie. Le théâtre, c’est l’art de la rencontre, de la relation, du rapport. C’est de l’entre-deux, de l’intervalle, du vide. Rien de fixe, rien de durable. L’intersection de la vie intérieure et du monde. La vie comme mouvement. C’est ce qui m’a permis de rassembler tout ce qui compose mon existence en une seule action, et de lui trouver, parfois, du sens.

– Qu’est-ce qui vous a motivé à prendre la direction de ce théâtre ?
D. J. : Son bâtiment, son équipe, la ville, la banlieue. Je connaissais la maison pour y avoir travaillé. Je vis en banlieue depuis trente ans et j’aime ce territoire. Je n’ai été candidat qu’à ce théâtre, il a des qualités qu’on ne trouve dans aucun autre en France. C’est ici que je me sens le plus utile.

 

Remerciements chaleureux à Philippe Boulet qui m’a permis d’accéder aux archives du théâtre et validé les informations contenues dans ce dossier.

 

Carole Rampal
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“Un peu de sculpture”, interview avec Krislo

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C’est avec plaisir que DMPVD s’est rendu début mars dans l’atelier du sculpteur Christophe Loton. Un accueil réservé des plus sympathiques où l’artiste a répondu avec beaucoup d’ouverture aux techniques de ses œuvres. Zoom.

– Quel rapport entretenez-vous avec la matière ?
C. L. : Jusqu’à présent je n’utilise jamais la matière brute, elle me sert de support, de base.

– Quel matériau préférez-vous ?
C. L. : L’argile et le béton cellulaire. L’argile me permet de créer de petites pièces en modelant. Le béton cellulaire quant à lui me permet de réaliser des pièces de dimensions plus importantes en collant un à plusieurs blocs ensemble. Ces matériaux sont comme l’âme de l’œuvre, viennent ensuite différentes patines qui finalisent celles-ci.

– Comment  vous vient l’inspiration ?
C. L. : De l’observation autour de moi : le corps humain, la nature, une photo, d’autres œuvres…

– Comment se déroule une séance de travail ? : suivez-vous le même processus de création pour chacune de vos œuvres ?
C. L. : Le processus de création est variable en fonction de l’inspiration. 
Un croquis ou directement j’attaque la matière. La base peut être de l’argile : le contact y est sensuel, tout en douceur. Le béton cellulaire est un matériau que j’apprécie car il se travaille au marteau, au burin, à la râpe, comme un tailleur de pierres. 

– Avez-vous des thèmes préférés ?
C. L. : Non pas particulièrement mais je reste dans l’abstraction.

– Quels courants artistiques vous ont le plus marqué ?
C. L. : L’art africain est une source d’inspiration importante tout comme des artistes contemporains tels que Jean Arp, Henry Moore, Barbara Hepworth, Yayoi Kusama…

– Vous avez déjà exposé en 2012, à La Nuit des artistes de Saint Germain-en-Laye ; en 2013 à Sèvres ; depuis 2016 en Normandie (Granville, Saint-Pair-sur-Mer, Bréville-sur-Mer). Avez-vous aussi des projets d’exposition en 2020 ?
C. L. : En Normandie, trois expositions sont prévues*. En avril mais celle-ci a été annulée. En mai* en Normandie, Sculptures/peintures. Une autre en août*.

– Y a-t-il une autre forme artistique qui vous attire ou que vous pratiquez en dehors de la sculpture ?
C. L. : Depuis peu je réalise des peintures sur toile à l’acrylique.

– Merci Krislo

Propos recueillis par Carole Rampal

Des mots pour vous dire

* Au vu des circonstances du confinement, nous souhaitons à Christophe Loton de pouvoir maintenir celle en août. DMPVD s’engage à vous transmettre en temps venu les dates de ses expositions pour l’été.

En attendant, nous vous invitons à consulter ses deux sites :
– celui dédié à la sculpture : https://krisgrafik.wixsite.com/sculptures/a-propos
– son tout nouveau site, celui-là dédié à la peinture :
https://krisgrafik.wixsite.com/peintures

 

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“Les Carnets de Harry Haller”, au Théâtre du Roi René

HARRY 2© Hervé Vallée

 

Allemagne. Un peu avant les années 30. Ce soir-là, il pleut. Des night-clubs s’échappent du piano les notes de Honeysuckle Rose du célèbre jazzman Fats Waller.

Harry Haller, écrivain, enfermé chez lui dans une solitude qu’il recherche autant qu’elle l’étouffe, cherche sens à sa vie et se désespère devant son absurdité. Poussé par un besoin d’échapper à son angoisse existentielle, il décide dans un élan de sortir de ses murs. L’effervescence de la ville le revigore jusqu’à stimuler son imaginaire.

Frédéric Schmitt incarne avec profondeur le personnage des Carnets de Harry Haller de Hermann Hesse dont il ne dénature aucune des pages qu’il nous rapporte avec beaucoup de receptivité. En complicité avec la salle à qui il se livre en toute transparence dans son intériorité, il nous entraîne dans sa déambulation nocturne à travers les rues et les ruelles où connecté pleinement à lui-même tout l’interpelle :  un escalier, des plantes, les lampadaires, des reflets dans l’eau, un mur, le goût d’un bon verre de vin, mais aussi un théâtre magique dont les lettres lumineuses rouges dansent pour mieux l’éclairer.

Frédéric Schmitt brise le quatrième mur, et derrière ses lunettes noires imposantes qui cachent des yeux verts, s’immobilise devant les spectateurs dont ils accrochent le regard.

Il n’hésite pas non plus à s’inviter au dernier rang dans un fauteuil pour mieux relater, la salle dos tournée, l’histoire d’Harry Haller.

Le comédien porte avec beaucoup de prestance et de variation dans les tons de voix, ce très beau texte dans un seul en scène à aller voir et qui donne envie de découvrir le roman pour ceux qui ne l’auraient pas lu.

Point faible : sa scénographie, pratiquement absente volontairement au début de la pièce, mais qui semble décalée et peu recherchée à certains moments.

 

Carole Rampal

Des mots pour vous dire
Du jeudi au samedi à 19h30 jusqu’au 7 mars 2020
Théâtre du Roi René
http://theatreduroirene.com/
12 rue Edouard-Lockroy
75011 Paris
Métro : Parmentier

théâtre roi réné

Extrait du roman des premières pages des Carnets de Harry Haller jusqu’au Traité du Loup des Steppes de Hermann Hesse
Mise en scène : Jean-Christophe Barbaud
Interprétation : Frédéric Schmitt
Lumière : Sophie Corvellec
Création graphique : Vincent Treppoz

 

“Cyrano” d’Edmond Rostand, au Théâtre le Funambule Montmartre

 

Cyrano comme vous ne l’avez jamais vu.

Sous le masque d’où dépasse un nez magistral, un roc, un pic, un perchoir à oiseaux se cachent tour à tour Iana-Serena de Freitas, Macha Isakova et Mathilde Guêtré-Rguieg qui campent chacune tous les personnages de la pièce (Cyrano, Roxane, Montfleury, le patissier Ragueneau, le beau Christian de Neuvillette, l’affreux et puissant comte de Guiche, La Duègne). Masquées, démasquées, remasquées, elles investissent le plateau mais aussi la salle du Théâtre du Funambule dans une aisance corporelle, revêtues de costumes commedia dell’arte qui font rêver.

Dans une ambiance feutrée aux bougies, le spectateur est transcendé par cette scénographie haute en couleurs, signée Bastien Ossart, où l’humour a sa place, entre autres quand Ragueneau explique avec facétie comment confectionner des tartelettes amandines et descend dans le public pour l’inviter à les manger, ou la vieille Duègne, chargée de surveiller Roxane, se trémousse dans une robe gonflante aussi laide qu’elle.

Du rire… de la tristesse, de l’émotion… qui atteint son apogée à la dernière scène.

Ces trois comédiennes talentueuses clament les vers dans une énergie  rendant littéralement vivants tous les protagonistes qu’elles incarnent.

Les alexandrins d’Edmond Rostand sont restitués avec originalité et brio. Bravo !

Carole Rampal

Des mots pour vous dire

À partir du 2 février,
du mercredi au samedi à 19h ou 21h
et les dimanches à 15h30.

Mise en scène : Bastien Ossart
Avec Iana-Serena de Freitas, Macha Isakova, Mathilde Guêtré-Rguieg
Une production Théâtre Les Pieds Nus
& Le Funambule Montmartre
Lumières : & Le Funambule Montmartre
Funambule Montmartre
Une production Théâtre Les Pieds Nus
https://www.funambule-montmartre.com/cyrano
53, rue des Saules, 75018 Paris

#theatreparisien

 

 

“sspeciess” de Daniel Linehan (Hiatus), au Théâtre de la Cité internationale

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Le vent souffle fort sur la scène du Théâtre de la Cité internationale, ce jeudi 6 février. Cinq danseurs semblent sortir de la torpeur d’une nuit urbaine. Sous des néons à la lumière trop crue, ils se réveillent avec lenteur. Quand “l’une” d’entre eux, allongée près de son compagnon, lui révèle qu’elle a une vision : un oiseau entre deux nuages, puis surgit un écureuil, un chien, une lueur…

Les bruits stridents de la cité déchirent l’aube. Il est l’heure de se lever.
Cinq corps s’animent dans un mouvement de balancement comme soumis à l’apesanteur. Pendant une heure trente, dans une synergie commune, ils chancèleront, dodelineront, cahoteront, balleront bras, jambes, oscilleront comme des astres inéluctablement reliés entre eux et à la nature.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit : l’homme inexorablement relié à son univers lui appartient, et se fond en lui comme les détritus qu’il génère et tapissent l’espace. À l’instar de la mer qui s’agite, s’approche et fuit dans un jeu de va-et-vient, Gorka Gurrutxaga Arruti, Anneleen Keppens, Victor Pérez Armero, Louise Tanoto et David Linehan se retouveront mêlés au creux de la vague dans un éternel recommencement.

L’obscurité prendra place : le spectacle est terminé.

C’est inspiré des écrits du philosophe et écologiste britannique Timothy Morton que le danseur et chorégraphe américain, Daniel Linehan (lui-même sur scène), a choisi d’en proposer une lecture par la “non-danse” et présente pendant deux jours “sspeciess” au Théâtre de la Cité internationale.

Il prolongera sa tournée, le 4 février 2020 : Théâtre de Liège, Festival Pays de Danses ; les 12 et 13 mars 2020 : La Filature, Mulhouse ; les 12 et 13 juin 2020 : Kaaitheater, Bruxelles.

Un chorégraphe à continuer de suivre..

 

Carole Rampal

Des mots pour vous dire

Théâtre de la Cité internationale
www.theatredelacite.com
17, boulevard Jourdan, 75014 Paris
Avec le festival Faits d’hiver

Concept & chorégraphie :
Daniel Linehan (Hiatus)
Dramaturgie : Alain Franco
Assistant artistique :
Michael Helland
Scénographie : 88888
Costumes : Frédérick Denis
Lumière : Gregory Rivoux
Son : Michael Schmid &
Raphaël Henard

Création & interprétation :
Gorka Gurrutxaga Arruti,
Anneleen Keppens, Daniel Linehan, Victor Pérez Armero, Louise Tanoto

 

“À la recherche du temps perdu” de Marcel Proust, au Théâtre de la Contrescarpe

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 ©Fabienne Rappeneau

 

Trois grands draps blancs recouvrent le mobilier.
Sous une lumière tamisée qui rend immaculé et rutilant son costume trois-pièces, David Legras surgit du passé, une valise noire à la main que l’on devine pleine de souvenirs. Le regard accrocheur, il balaie la salle, retire doucement redingote et chapeau, et par la bouche de Proust nous transporte au temps jadis, dans la mémoire de l’écrivain.

Là resurgissent son amour pour Albertine, la maison de Combray, la mort de sa grand-mère, sa fascination pour la duchesse de Guermantes, sa sensation extatique pour la fameuse madeleine trempée dans une tasse de thé servie par sa tante Léonie. Mais aussi, dans une introspection profonde, toutes les petites émotions de son enfance qui restituées au présent – et sous l’analyse nécessaire de l’art, chère à Proust – les rendent immortelles.

Immortelles aussi les métaphores poétiques de cette œuvre colossale constituée de sept tomes et qui résonnent par extraits choisis dans la salle de La Contrescarpe.

Le grésillement d’un phonographe, le crissement d’un landeau qui se déplace comme par magie sur scène, une coiffeuse et un vieux lampadaire rappellent le XIXe siècle.

Écharpe et pot de fleurs donnent vie aux états d’âme de Marcel entre les mains de David Legras qui, sert avec justesse et une sacrée mémoire ces très beaux textes.

 

Carole Rampal

Des mots pour vous dire

Texte  : Marcel PROUST
Avec : David LEGRAS
Mise en scène : Virgil TANASE

Du 20 janvier au 30 mars
Les dimanches à 20h30
Les lundis à 21 h

Théâtre de la Contrescarpe
5, rue de Blainville
75005 Paris
Tél. : 01 42 01 81 88
https://theatredelacontrescarpe.fr/a-la-recherche-du-temps-perdu

“MisaTango” de Martín Palmeri, à l’église de la Madeleine

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C’est la version originale de MisaTango pour quatre bandonéons du compositeur et chef d’orchestre argentin, Martín Palmeri, qui sera jouée le 1er février 2020, par La Grossa (un des orchestres de tango les plus renommés de France), accompagné du Chœur de l’Université de Trèves, Allemagne, et du Chœur symphonique des Grandes Écoles France (fusion des chorales de Polytechnique et d’HEC).
Sous la houlette de Mariano Chiacchiarini, 150 instruments et bandonéons (petit accordéon adopté pour la musique folklorique d’Amérique du Sud, notamment le tango… parfois le jazz) se déploieront au sein de l’église de la Madeleine pour nous faire vivre en grandeur cette messe chorale, créée en 1996.

Une première en Europe.

À ne pas manquer. C’est avec plaisir que DMPVD s’y rendra.

Carole Rampal

Des mots pour vous dire

Renseignements et réservations
Association Caminos
24 rue Robert-Lindet, 75015 Paris
association.caminos@gmail.com
+33 (0)9 83 88 83 13

Billetterie
www.lagrossa.fr/misatango

De gauche à droite : Martín Palmeri (auteur également de  nombreuses œuvres dont l’Opéra Mateo, Fantasia Tanguera, le Concerto pour Bandonéon…) ; Mariano Chiacchiarini (directeur du Chœur de l’Université de Trèves) ; Federico Sanz (fondateur et directeur musical de l’orchestre La Grossa).
Le Chœur symphonique des Grandes Écoles France est dirigé par Nicolas Agullo pour l’Orchestre Symphonique, et Jean-Sébastien Nicolas pour le Chœur Symphonique.

 

 

 

 

 

 

“En couple”, à la Folie Théâtre

 

Affiche en couple

En couple (situation provisoire) de Jean-Michel Ribes reprend pour une 3e saison, à La Folie Théâtre, du 24 janvier au 29 mars 2020 (tous les vendredis et samedis à 20h et les dimanches à 18h30).
Une mise en scène de Frédéric Gray, assisté cette fois par Olivier Troyon.
En 2020, c’est  Alexandra Causse qui donnera la réplique à l’incontournable Frédéric Gray (sur les planches également), toujours accompagné  de Julie Fabioux.

En 2018, cette comédie a remporté, aux P’tits Molières, le prix du “Meilleur Spectacle d’humour”.

Une récompense bien mérité : DMPVD s’en souvient pour avoir assisté au spectacle et l’avoir chroniqué https://bit.ly/2NJu0jf.

À une période où on a besoin de rire, allez-y et découvrez pour ceux qui ne le connaissent pas encore ce petit théâtre parisien qui produit chaque année des pépites.

Carole Rampal

Des mots pour vous dire

Lien vers la bande annonce : https://www.youtube.com/watch?v=lp8Tkd5zEE4&feature=youtu.be

“Comparution immédiate II : Une loterie nationale ?”, au Théâtre du Rond-Point

imagecomparutionimmédiate1

Dominique Simonnot n’invente rien. Fidèlement, elle retranscrit le déroulement et les paroles prononcées lors des audiences en comparution immédiate. Paris, Versailles, Nanterre, Nancy, Bordeaux, Boulogne-sur-Mer… les tribunaux, elle les connaît bien pour les avoir fréquentés depuis des années : en 1998, elle crée au journal Libération, “Les Carnets”, puis plus tard, au Canard enchaîné “Coups de barre”, deux rubriques judiciaires.

Après Comparution immédiate, une justice sociale ?, en 2017, la journaliste et le metteur en scène Michel Didym se réunissent en 2020 autour de nouvelles affaires et transforment les planches du Théâtre du Rond-Point en un véritable prétoire où préside Bruno Ricci, tour à tour en juge, avocat, greffier, policier, mais aussi se présente sous les traits d’un cambrioleur, toxicomane, voleur, sans-papiers, mari violent…

Pendant une heure et quinze minutes, seul en scène, le comédien expose au cas par cas la réalité terrain de nombre de procédures menées avec un arbitrage différent selon l’heure à laquelle elles se déroulent (passé minuit pour certaines), la sensibilité du procureur, son état de fatigue, l’intervention d’un avocat souvent commis d’office et qui n’a pas eu le temps d’étudier avec exactitude les faits reprochés à son client.

Une justice expéditive faute de moyens qui ressemble de plus en plus à une parodie et s’écarte des principes qu’elle doit incarner.

Alors comparution immédiate égale loterie nationale ? La question ne se pose plus au fil des minutes et la certitude gagne le spectateur.

Un sujet grave où l’humour sait aussi se glisser entre les pages des dossiers et Bruno Ricci dans la peau de ces multiples protagonistes.

 

Carole Rampal


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De Dominique Simonnot
Mise en scène : Michel Didym
Assistant à la mise en scène : Yves Storper
Collaboration artistique et interprétation : Bruno Ricci
Scénographie : David Brognon, en collaboration avec Stéphanie Rollin
Lumière : Sébastien Rébois
Son : Michel Jaquet
Costumes : Éléonore Daniaud

Du 8 janvier au 2 février 2020
Théâtre du Rond-Point
2 bis avenue Franklin D. Roosevelt, 75008 Paris

https://www.theatredurondpoint.fr/spectacle/comparution_immediate_ii/

 

 

Le Consentement de Vanessa Springora / Peut-on séparer l’œuvre de l’artiste ? (position de DMPVD)

Vanessa Springora photo

Parce que ce qui me dérange n’est pas l’éclairage d’une œuvre, quelle qu’elle soit, mais la complaisance au-dessus de toute morale apportée à des artistes par un cercle parisien qui a posé comme diktat la suprématie de la culture au détriment du sens de l’humain, je ne peux résister à me positionner sur un tel sujet que je trouve grave, surtout après la lecture du Consentement de Vanessa Springora (à lire !).

Il serait d’abord intéressant de s’interroger à savoir si la culture confère à l’homme une élévation par rapport à ses contemporains, comme avancé en France depuis ces décennies par nombre d’intellectuels. À y réfléchir, l’argument chancelle vite.

Pour ma part, je crois que l’artiste est transcendé aux seuls moments où il crée. L’art est alors un tremplin à la sublimation qui, si détournée de sa fonction première, devient prétexte à la perversion (cas de Matzneff). Et s’il l’est ? Toute création artistique a le droit cependant d’être reçue comme telle à condition que les critiques la mettent  en perspective avec son auteur et à distance de son époque (rôle des intellectuels qui a été très peu tenu). Reste ensuite à chacun le droit de décider pour lui-même de l’accueillir ou non. Ce qui n’a pas sa place, c’est le snobisme d’une classe qui méprise le peuple, s’imaginant que son jugement est plus sensible et aiguisé car nourri de plus références. C’est mal comprendre l’intuition de la nature humaine intemporelle ! qui échappe à toutes pensées construites d’une société à une époque donnée. La révolution sexuelle a été l’occasion à nombre d’esprits sains de se libérer d’un carcan pour expérimenter d’autres voies, aux esprits pervers de s’engouffrer dans la brèche que la liberté offrait alors. À qui veut-on faire croire que les années 70-85 avaient répandu un gaz qui brouillait l’esprit de tous les Français en quête d’un épanouissement. Les voies de M. et Mme Dupont s’élevaient par indignation quand il s’agissait d’enfants. Reléguées au rang d’un populisme vulgaire, elles étaient tues.

Séparons-nous surtout de l’idée fausse, en France, qu’un homme puisse être un artiste, aligné avec “le ciel” en permanence. Quel étrange concept véhiculé et martelé, ces quarante dernières années.

Parce que je crois encore aux vertus du discours démocratique et à la confrontation d’idées basées non par la censure mais par des arguments, j’ai mis en ligne la chronique “J’accuse” de Polanski (que je ne serais pas allée voir moi-même mais libres à ceux qui le souhaitaient). Je me donne aussi l’occasion via mon site DMPVD de dépasser le cadre des simples chroniques et de donner réponse face à une actualité estomaquante.

Soutien à tous les témoignages courageux actuels qui font bouger les lignes de notre société et lui permette d’évoluer (Vanessa Springora, Adèle Haenel, Valentine Monnier…).

 

Carole Rampal

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“Je m’appelle Erik Satie comme tout le monde”, au Théâtre la Contrescarpe

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Un spectacle esthétique tout en finesse : Elliot Jenicot et Anaïs Yazit déchiffrent avec élégance les partitions de la vie de ce compositeur inclassable qu’était Erik Satie.

Avec la grâce d’une cygogne noire, grand et filiforme, dans un costume trois-pièces, binocles sur le nez, parapluie sur le bras, chapeau melon sur la tête, Elliot Jenicot arrive devant nous et invite Anaïs Yazit à la danse. Dans une robe blanche aux motifs noirs, assortie à ses chaussures, cette nouvelle comédienne dont le talent ne tarde pas à s’exprimer paraît tout aussi à l’aise que l’ancien pensionnaire de la Comédie française. Un jeu de contraste de lumières sur fondu rose donne éclat à la scène. Sur un grand écran blanc, sur les notes de Gymnopédies et Gnossiennes, l’illustrateur Suki dessine trait par trait le portrait de l’artiste, fait tomber la pluie,  défiler le temps et l’arrête.

Stylo et bloc-notes à la main, Anaïs Yazit qui pour cette fiction théâtrale est infirmière doit interroger son nouveau patient, Elliot Jenicot, qui s’est glissé pour une heure et demie dans la peau du pianiste honfleurais. Sur un ton familier surprenant – le public comprendra pourquoi à la fin –, ils échangent sur sa vie et livrent pêle-mêle au public les éléments de sa vie : son enfance douloureuse, ses fréquentations aux cabarets Le Chat noir, L’Auberge du Clou, ses amitiés avec Debussy, Cocteau, Picasso, Ravel, son amour de courte durée avec la peintre Suzanne Valadon, son influence sur le groupe des Six, ses rapports difficiles avec la critique, sa pauvreté, son addiction à l’alcool, sa personnalité iconoclaste qui collectionnait pléthores de parapluies, costumes identiques et de nombreuses lettres qu’il n’ouvrait jamais même s’il y répondait.

Ce très joli spectacle est éligible aux Molière 2020. Souhaitons lui bonne chance!
Ne pas tarder à aller le voir. Il a lieu : du mardi au samedi à 19h. Les dimanches 1er, 15, 22 et 29 décembre à 14h30. Puis, le dimanche 5 janvier à 14h30.

Actuellement aussi au Théâtre La Contrescarpe, Anna Karénine, du même metteur en scène, Laetitia Gonzalbes. Un spectacle déjà chroniqué par DMPVD en décembre 2018 : https://bit.ly/34EoBRh

Carole Rampal

Des mots pour vous dire

Théâtre de la Contrescarpe
https://theatredelacontrescarpe.fr/
5 rue de Blainville
75005 Paris
01 42 01 81 88,

 

 

“Les femmes de Barbe bleue”, au Lavoir moderne parisien

©Morgane Moal

Pour ceux qui aiment les contes, rire et réfléchir, ce spectacle est une vraie manne.

Au Lavoir moderne parisien, quatre chaises déparaillées constituent à elles seules le décor. Assises sur ses sièges, les ex assassinées de Barbe bleue s’interrogent, se racontent et se soutiennent tel un groupe de parole. Quatre sièges mais cinq comédiennes ? Oui la dernière n’est pas encore morte et se tient debout, la clef à la main très angoissée de le voir surgir d’un moment à l’autre.

L’histoire ne se déroule plus au XVIIe siècle mais aujourd’hui. L’adaptation moderne écrite par ce collectif sous la houlette de Lisa Guez donne un nouvel éclairage au récit sans ôter son piment et son suspens. Pour l’instant, j’espère que cette survivante ne rejoindra pas ses contemporaines et qu’elle s’abstiendra de descendre à la cave ouvrir le fameux cabinet dont son mari lui a interdit l’accès. La curiosité la pique furieusement, indique-t-elle au public.

Derrière la porte, pendant ce temps, les esprits des défuntes s’échauffent. Tour à tour, elles expliquent l’enchaînement des faits qui les ont conduites à en être arrivées ici, au sous-sol. Le public tressaille. Tour à tour, chacune, dans leur personnalité et leur subjectivité,  exprime en détail, dans une énergie de vie que bien des vivants souhaiteraient, leurs ressentis et leur attirance pour ce “bad boy”. Le public rit beaucoup.

Et là, la question, qui en suscitera beaucoup d’autres, se pose : pourquoi malgré des premiers signes visibles sur la personnalité troublante de cet homme, ont-elles désiré ou continué malgré elles la relation ?

Aucune ne racontera avoir été contrainte par un mariage forcé. Le devoir d’obéissance n’est plus de règle. Et pourtant, dans leurs récits,  elles traduisent comme être attachées sans pouvoir se défaire à des liens qui entravent leurs pensées, un instinct de conservation qui n’agit plus. L’ambiguïté de la séduction et le rapport de domination homme-femme qu’il génère est un début d’explication pour deux. Mais pas pour les quatre.

La version originale de Perrault fait poser inéluctablement la culpabilité sur la femme, due à sa curiosité et sa désobéissance à son époux. Elle en épargne une cependant grâce à l’intervention de ses frères. Elle sera aussi sauvée en 2019 mais sans avoir recours au bras masculin fatidique ! En se sauvant, elle sauve les quatre autres : toutes, dans une voiture conduite par la survivante, elles quittent, en chanson, le château maudit, sur une route de nuit étoilée.

Carole Rampal

Des mots pour vous dire

 

Du mercredi 27 novembre au dimanche 1er décembre 

D’après le conte de Perrault
Mise en scène : Lisa Guez
Dramaturgie : Valentine Krasnochok
Avec :  Valentine Bellone, Valentine Krasnochok, Anne Knosp, Nelly Latour et Jordane Soudre

Lavoir Moderne Parisien

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