“Lettre d’une inconnue”, à La Folie Théâtre

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©Félix Lahache

Exercice de haute voltige que d’adapter ce (beau) mélodrame de Stefan Zweig sans sombrer dans la mièvrerie ou le ridicule. On pense évidemment à la magnifique adaptation réalisée pour le cinéma en 1948 par Max Ophüls, avec Joan Fontaine et Louis Jourdan.

Avec sa nouvelle mise en scène (la pièce a été créée en 2016), Lætitia Lebacq relève le pari de rendre intemporelle cette histoire d’une passion inassouvie, écrite en 1922. Elle nous plonge de manière habile dans la tête de cette femme, consumée par son amour pour un séducteur impénitent, qui l’ignorera toute sa vie.

D’un côté, la chambre de « l’inconnue », où elle rédige dans la pénombre sa lettre testamentaire. De l’autre, un rideau, qui s’écarte par moments pour dévoiler l’univers de l’écrivain, perçu comme inaccessible par la jeune femme. Un fauteuil, des tableaux au mur, une brassée de roses blanches suffisent pour raviver le souvenir de l’être aimé et… embraser son imagination. De même, la voix de l’homme, qui se substitue parfois à la sienne dans la lecture de la lettre, évoque cette fusion tant désirée.

Grâce à la danse, qui vient ponctuer certaines scènes, la comédienne exprime de manière physique l’intensité des émotions qui la traversent. Elle nous touche par son interprétation vibrante de sensibilité et de sensualité, reflétant l’ambivalence de ses sentiments : désir, tendresse, dévotion, mais aussi colère, révolte, douleur. L’utilisation d’un procédé comme le stroboscope renforce cette impression d’être pris dans un tourbillon de folie.

Une très belle interprétation qui ne se substitue jamais au texte mais, au contraire, en révèle toute la profondeur psychologique.

Véronique Tran Vinh

Mise en scène et interprétation : Lætitia Lebacq
Scénographie : Muriel Lavialle
Musique : Thomas Marqueyssat
Création lumière : Johanna Legrand

Jusqu’au 27 janvier 2019
Jeudi à 19 h 30, samedi à 18 h, dimanche à 16 30
À la Folie Théâtre
6, rue de la Folie-Méricourt
75011 Paris
http://www.folietheatre.com/?page=Spectacle&spectacle=226

“Camille contre Claudel”, au Théâtre du Roi René

© Julien Jovelin

C’est une bien jolie performance que réalisent Lola Zidi et sa mère, Hélène Zidi, auteure et metteuse en scène de la pièce Camille contre Claudel.

L’une joue Camille jeune, passionnée, libre et vibrante de son amour pour la sculpture et pour Rodin, et l’autre interprète une Camille à différents âges de la vie, trahie et bafouée par son amant.

Internée brutalement à la demande de son frère, Paul Claudel, et de sa mère, elle sombrera dans la paranoïa et la folie. Camille Claudel restera enfermée trente ans dans des conditions sordides, jusqu’à sa mort, abandonnée par sa famille.

Hélène Zidi situe la pièce dans l’atelier de l’artiste qui évolue, en double, parmi des ébauches de glaise et des formes recouvertes de chiffons. Une sculpture du buste de Rodin et la voix de Gérard Depardieu, inoubliable dans le rôle du sculpteur, permettent à chaque Camille de lui manifester amour et colère grâce à la chorégraphie saccadée de Michel Richard, qui traduit aussi la possession des corps et la frustration.

Car nous assistons au désespoir et à la lente dérive de cette amoureuse obsessionnelle, dépossédée de son talent et de sa jeunesse par un amant volage, un imposteur qui profitera de ses créations pour la spolier et s’enrichir.

Les deux comédiennes se répondent, se disputent et se soutiennent dans les chaos et les drames, et entraînent avec elles un public bouleversé.

La mise en scène et l’écriture de Hélène Zidi sont émouvantes et inventives. J’ai juste été un peu gênée par la diction de la jeune Lola Zidi qui, parfois, avait quelques difficultés avec les conjugaisons. Mais peut-être suis-je trop tatillonne ?

C’est suffisamment anecdotique pour que je vous invite quand même à aller voir cette pièce d’une grande sensibilité.

Armelle Gadenne

Avec :

Lola Zidi et Hélène Zidi
La voix de Gérard Depardieu

Adaptation et mise en scène d’Hélène Zidi
Assistée de Grégory Antoine Magaña
Création lumières : Denis Koransky
Décor : Francesco Passaniti
Création Son : Vincent Lustaud
Chorégraphie : Michel Richard
Costumes : Marvin Marc

Jusqu’au 22 décembre à 10 h
Du 10 janvier au 10 février à 19 h
Du jeudi au samedi
Théâtre du Roi René
12, rue Édouard Lockroy
75011 Paris
theatreduroirene.com

“Ich bin Charlotte”, au Théâtre de Poche

© Svend Andersen

Étonnant seul en scène que nous propose Thierry Lopez dans son interprétation de Charlotte von Mahlsdorf, alias Lothar Berfelde, jeune Berlinois du IIIe Reich qui, à 16 ans, a choisi de se travestir en femme pour ne plus quitter ni robes ni chaussures à talons. Comment ne pas être touché par la sensibilité de l’acteur et être admiratif de son jeu aux subtiles nuances.

Une vie en clair-obscur
À travers les nombreux personnages qu’il interprète, Thierry Lopez raconte la vie de Lothar : sa jeunesse avec un père militant du parti nazi qu’il finira par tuer pour protéger sa mère ; sa tante, lesbienne, qui va découvrir sa vraie nature et lui permettre de s’assumer en tant que travesti, et d’autres encore qui vont nous aider à cerner la réalité de cette incroyable personnalité.

On découvre en Charlotte un être solide et déterminé qui avance dans la vie avec des convictions fortes. N’a-t-elle pas résisté à l’autorité d’un père violent, jusqu’à l’irrémédiable ? à l’oppression d’un régime nazi brutal et destructeur ? au communisme, en s’affichant habillée en femme ? Elle permettra d’ailleurs à ses « semblables » de vivre leur différence chez elle, dans le bar qu’elle tient, sans tabou ! Antiquaire passionnée, elle sauvera de la destruction des meubles et des objets pillés par le régime nazi, allant jusqu’à créer un musée qui existe toujours à Berlin.

Comment a-t-elle réussi ce tour de force ? Comment a-t-elle pu traverser le XXe siècle, de la Seconde Guerre mondiale à la destruction du mur de Berlin sans être inquiétée par les régimes totalitaires et homophobes de l’Est et leurs polices ? Rattrapée sur le tard par son passé trouble, Charlotte von Mahlsdorf s’exilera en Suède.

Des talents au service d’une vie
L’écriture précise et fouillée de Doug Wright, la mise en scène sophistiquée de Steve Suissa, le décor de Natacha Markoff qui a rempli la pièce de gramophones et reproduit le musée de Charlotte dans un vaisselier plein de meubles miniatures. Les lumières tout en contrastes de Jacques Rouveyrollis évoquent ici un bar, là une prison…

Thierry Lopez marche, court, danse, la musique est très présente et la chorégraphie de Anouk Viale très précise. L’acteur joue avec le public. Son corps longiligne est habillé sobrement d’un justaucorps et d’une jupe longue stricte, qui cache des dessous bien moins sages… On ressent le plaisir et la jubilation du comédien à interpréter ce travesti et tous les autres personnages du spectacle, devant des spectateurs fascinés, concentrés et conquis par une performance hors du commun.

Allez voir Ich bin Charlotte, vous tomberez sous le charme du modèle et de son interprète.

Armelle Gadenne

De Doug Wright
Adaptation Marianne Groves
Mise en scène Steve Suissa
Avec Thierry Lopez

Jusqu’au 6 janvier 2019
Du vendredi au samedi 19 h, dimanche 15 h
http://www.theatredepoche-montparnasse.com/project/ich-bin-charlotte/

“En couple”, à La Folie Théâtre

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Reprise pour une deuxième saison de « En couple ».

DMPVD s’en souvient pour avoir bien ri et décidé de chroniquer cette pièce https://bit.ly/2Fdt7xQ nommée aux P’tits Molières 2018 « Meilleur Spectacle d’humour »:

Cette co-mise en scène avec Frédéric Gray et Géraldine Clément (qui avaient remporté le Prix du P’tit Molière 2014 pour Mademoiselle Frankenstein) déborde d’originalité.

À compter du 16 novembre 2018 jusqu’au 27 janvier 209, c’est Alexandra Causse qui donnera cette fois la réplique à l’incontournable Frédéric Gray, toujours accompagné sur les planches de Julie Fabioux. Une occasion d’apprécier les dialogues de Jean-Michel Ribes dont les prix s’accrochent à lui comme des boules de sapin de Noël : Prix des Jeunes Auteurs SACD
en 1975, Prix des « U » en 1976, Grand
 Prix de l’Humour Noir en 1995, Prix
Plaisir du Théâtre en 1976 et 2001, Grand
Prix du Théâtre de l’Académie Française pour l’ensemble de son œuvre en 2002, Grand Prix de la SACD en 2011 et, en 2002, sans compter le Molière du meilleur auteur francophone pour Théâtre sans animaux ainsi que le Molière de la meilleure pièce comique.

Que de Prix mérités pour chacun… et encore d’autres à venir dans ce petit théâtre parisien.

Carole Rampal

Vendredi et samedi à 20h – dimanche à 18h30
Supplémentaire exceptionnelle lundi 31 décembre à 20h30

http://www.folietheatre.com/

“Le Monte-plats », au théâtre du Lucernaire

Photos Mayliss Ghorra

Comment redynamiser une pièce célèbre de Harold Pinter et rendre son propos moderne et accessible ? Pari brillamment relevé (et réussi) par Étienne Launay dans cette adaptation on ne peut plus innovante.

Partant d’une intrigue plutôt simple – un huis clos entre deux tueurs à gages qui attendent leur ordre de mission –, il réussit à maintenir une tension et un suspense permanents jusqu’à la chute finale. Contraints à l’immobilité, les deux protagonistes essaient de tuer le temps comme ils peuvent. Nerveux, Gus n’arrête pas de bavarder et partant, commence à se poser des questions sur leur mission… Trop de questions au goût de Ben, son partenaire de toujours. La tension monte d’un cran entre les deux hommes.

Le décor dépouillé – un simple lit de camp avec une couverture –, presque carcéral, accentue l’impression de solitude et d’ennui des deux personnages. Ce huis clos étouffant est seulement troublé par le grincement du monte-plats et les mystérieux messages qui arrivent de l’extérieur, concernant des commandes de mets qu’ils ne peuvent pas honorer. Peu à peu, l’angoisse gagne les deux comparses.

Plongée dans la schizophrénie
Dans cette pièce, Pinter dénonce une société qui obéit aux ordres, aussi absurdes soient-ils. Les silences entre les personnages en disent aussi long que leurs paroles. Les dialogues sont faits de phrases anodines, de petites remarques qui font ressortir le caractère absurde de la situation, provoquant l’hilarité en même temps que le malaise.

L’originalité de la proposition d’Étienne Launay réside dans le fait d’avoir dédoublé les personnages de Ben et de Gus, créant ainsi un spectacle en miroir sur la scène du Lucernaire. Quand Ben 1 ou Gus 1 sort, son alter ego (Ben 2 ou Gus 2) entre aussitôt, et ainsi de suite, plongeant le spectateur dans une forme de schizophrénie. Grâce ce jeu de va-et-vient perpétuel, notre attention ne faiblit pas un instant.

Les quatre acteurs excellent, chacun dans son registre. Dans le rôle de Ben, le supposé « leader », Bob Levasseur la joue caïd flegmatique, tandis que Benjamin Kühn adopte un jeu plus survolté. Quant à Gus, il est interprété avec talent par un Simon Larvaron touchant de (fausse ?) naïveté et de drôlerie, et un Mathias Minne en proie au doute.

Un spectacle dense qui nous force à nous questionner sur les dangers d’une société où l’ordre est imposé.

Véronique Tran Vinh

De Harold Pinter
Mise en scène : Étienne Launay
Avec : Simon Larvaron – Mathias Minne (alias Gus) et Bob Levasseur – Benjamin Kühn (alias Ben)

JUSQU’AU 20 mai
Du mardi au samedi à 18 h 30, le dimanche à 15 h

Théâtre du Lucernaire
53, rue Notre-Dame-des-Champs
75006 Paris
http://www.lucernaire.fr

“Shaman & Shadoc”, reprise au Lavoir moderne parisien

Nous avions vu et apprécié ce spectacle en 2017 au théâtre Essaïon, c’est donc avec plaisir que nous republions cette chronique ! Soulignons que l’intégralité de la recette sera versée en soutien au Lavoir moderne parisien.

© David Krüger

Des rats et des hommes

Le choc de deux solitudes qui se rencontrent. D’un côté, Manhattan Shaman, clochard magnifique, qui vit dans un appartement avec des rats pour seuls compagnons, et son cynisme en bandoulière. De l’autre, Shadoc, à l’allure et à la vie si conformistes, élevé dans « la grande tradition de la bonne bouffe et des petites affaires », qui fait preuve de compassion à son égard. Mais qu’ont-ils en commun, à part le début de leur nom ?

De leur rencontre improbable, naissent des propos absurdes, un brin surréalistes, évoquant la vie des rats – qui ressemble étrangement à celle des hommes –, la solitude, l’amour (et son absence) et la mort. Peu importe l’explication finale, trop psychologisante à mon goût. J’ai préféré la première partie, où les deux hommes se cherchent, s’évitent, se heurtent à travers des dialogues mâtinés d’humour noir.

Malgré le peu d’action, on ne s’ennuie pas une minute grâce à la magie de la mise en scène. Les intermèdes apportent une note de gracieuse fantaisie, tandis que lumière et musique nimbent la scène d’une ambiance mystérieuse. Il faut souligner la qualité de l’écriture et de l’interprétation. Ce soir-là, Pierre Margot et Céline Legendre-Herda entouraient Guillaume Orsat, excellent dans le rôle de Shaman le déjanté, cabossé par la vie.

Un petit bijou d’humour noir et de poésie, qu’il faut absolument aller voir avant qu’il ne soit trop tard.

Véronique Tran Vinh

Reprise
Jusqu’au 6 mai 2018 (relâche le 20 avril)
Vendredi à 21 h 30, dimanche à 17 h 30
Le Lavoir moderne parisien
35, rue Léon
75018 Paris
https://www.lavoirmoderneparisien.com/

Écriture et mise en scène : Pierre Margot
Avec : Guillaume Orsat (Shaman)
En alternance : Pierre Margot ou Xavier Béja (Shadoc)
En alternance : Céline Legendre-Herda ou Julie Allainmat
Collaboration artistique : Claire Guyot
Dramaturgie : Anne Massoteau
Musique : Nathalie Miravette
Lumière : Charly Thicot
Produit par la Cie des Pas Perdus

“L’esprit-matière”, au théâtre de Nesle

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Une rencontre improbable – ou peut-être pas tant que ça – entre les Amérindiens, Crees et Hurons, et Theilhard de Chardin, par le truchement de deux personnages, le médecin et le patient. L’une, oncologue, et l’autre atteint d’un cancer, devisent sur l’univers, la matière, l’esprit. Sujets éternels qui taraudent l’être humain depuis des milliers d’années…

Deux comédiens, entiers dans leur rôle, Brigitte Damiens et Éric Auvray, deux scientifiques dont les croyances de l’une bouleversent les certitudes de l’autre, le rapport à la vie, à la mort.

Le texte, pétri d’érudition, se promène entre ethnologie et physique quantique, en passant par le concept d’esprit-matière si cher au jésuite, homme de science, Theilhard de Chardin, mais aussi aux Indiens du nord de l’Amérique, du Canada.

On écoute avec attention les théories empreintes de mysticisme développées par le médecin et contrées par le malade, physicien athée.

Dans ces joutes verbales percent la douceur, le plaisir d’échanger des idées, l’empathie de deux êtres humains, où l’un se sait condamné et l’autre tente par ces échanges de lui donner la force de continuer à s’opposer à elle… donc de vivre.

La pièce didactique, comme l’ont voulue ses auteurs, pêche quelque peu par son ton professoral, et perd ainsi en intensité, mais la fin, avec la lecture du très beau texte de l’Amérindien Joseph Boyden, redonne de l’humanité à ce moment de théâtre.

Plûme

d’après l’œuvre de Pierre Teilhard de Chardin et Là-haut dans le Nord, de Joseph Boyden
Une pièce d’André Daleux et Jean Quercy
Mise en scène : Jean Quercy
Avec Brigitte Damiens et Éric Auvray
Compagnie Théâtre Averse

Jusqu’au 24 mars
Les mardis à 19 h et les samedis à 16 h
Théâtre de Nesle
8, rue de Nesle, 75006 Paris
http://www.theatredenesle.com/e/lesprit-matiere-4/2018-02-10/

“Cœur sacré”, à La Loge

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Reprise de Cœur sacré, à La Loge. Un spectacle que DMPVD avait  apprécié. Nous rediffusons ici notre chronique rédigé par Plûme que le théâtre a lui-même publiée :

http://www.lalogeparis.fr/events/coeur-sacre-2018-02-06/

Dans la voix, elle a les accents d’une mère déboussolée par le choix de sa fille. Comment peut-elle être amoureuse de l’Autre ? Celui qui fait peur, celui qui est présenté partout comme l’ennemi, tant le déferlement continu des images, des mots lave le cerveau de chacun. Alors, oui, la mère a peur et le dit à sa fille avec tous les préjugés, les clichés qui (dis)qualifient d’emblée ce jeune homme venu d’Égypte. Tout y passe : le voile, l’éducation, le terrorisme…

Pendant près de la moitié du spectacle, on entend clairement cette peur de l’autre, ce racisme. Des mots violents, haineux, marmonnés, roulés ou crachés par Tatiana Spivakova – magnifique interprète du texte de Christelle Saez –, ils racontent ce que les médias nous abreuvent à longueur de temps, dans une actualité pressée, saccadée, où la pensée critique n’a pas le temps de se former, toujours bousculée par un nouvel événement (ou non-événement).

Seule en scène, Tatiana Spivakova porte ce long monologue face à une chaise vide… la fille absente. Puis, changement d’intonation, de jeu, la voix se fait multiple, elle devient celles que l’on peut entendre de l’autre côté, ou simplement quand on fait un pas de côté. « Le monde est grand, le monde n’est pas le tien, le monde est plein de gens différents qui mangent avec les doigts. »

Comme une invitation au voyage, à l’ouverture, au regard sans jugement sur l’autre, les autres, la deuxième partie de la pièce résonne des accents mélodiques d’Oum Kalthoum. On est dans une représentation plus apaisée, où l’on entend les voix des autres qui posent des questions sur la Révolution française, les objets “volés” des pharaons qui remplissent les collections de nos musées… On se débarrasse tranquillement des clichés pour entendre ces propos aux antipodes de la peur irraisonnée qui habite la société française. Il est question d’échanges, d’amour, corps contre corps.

Pour les deux complices, Christelle Saez et Tatiana Spivakova, cette pièce est un acte de résistance « pour combattre la peur ambiante ». « Faire un arrêt, se poser et réfléchir dans un moment important où toute la société avance et se rapproche du bord du précipice. » D’où un décor neutre fait de draps blancs qu’habite Tatiana Spivakova, incroyable interprète, simplement vêtue d’une grande chemise blanche, qui se donne corps et âme, vibrante d’intensité tant l’enjeu est important. Parce qu’il faut être gonflé pour écrire et dire ces mots.

Comme l’explique Christelle Saez : « Écrire Cœur Sacré, c’est écrire dans l’urgence d’écrire. Parce qu’il faut le faire. Sortir de la prison de sa tête. Tenter de comprendre qui nous sommes, de quoi nous sommes faits. » L’urgence a poussé ces deux jeunes femmes dans l’action, en passant par l’écriture — c’est le premier texte de Christelle Saez – la mise en scène, l’interprétation… Elles deux ont ainsi retrouvé leur orient : « L’orient de la boussole. On dit “Être sans orient”. Désorienté. »

Tout sonne juste, terriblement juste, et on en ressort ébaubi par la force et l’intensité du propos… On espère que cette pièce soit encore jouée, que ce texte soit publié afin de contribuer à faire réfléchir et, pourquoi pas, à balayer les préjugés et l’ambiance délétère de notre société.

Plûme

Reprise :
du mardi 6 février au vendredi 9 février 2018 à 19 h

77, rue de Charonne
75011 Paris
Tél. : 01 40 09 70 40
http://www.lalogeparis.fr/index.php

 Texte et mise en scène : Christelle Saez
Interprétation : Tatiana Spivakova
Création lumière : Cristobal Castillo
Création vidéo : Julien Saez
Création sonore : Malo Thouément
Production : La Compagnie Memento Mori

“Omelettes amoureuses”, au Tremplin Théâtre

@Philippe Brière

Comment faire une omelette sans casser d’œufs, ou, autrement dit, comment devenir une femme forte, consciente de ses potentialités, qui ne s’excuse plus d’exister… libre tout simplement ? Comment réveiller la « guerrière » qui sommeille en chacune d’entre nous ?

C’est cette quête initiatique que Corinne Merle, seule en scène, va nous faire partager. Pour cela, elle fera appel aux textes d’autres femmes (notamment Virginie Despentes, Florence Lautrédou…) qui ont cherché, avant elle, à se dégager des archétypes culturels et à affirmer leur singularité. Un discours militant, féministe bien sûr, mais aussi, tout simplement humain.

Dans la pénombre de la minuscule scène du Tremplin Théâtre, émergent quelques accessoires symboliques : une robe en lamé, une blouse de ménage, un panier en osier, une paire d’escarpins, etc. La comédienne les utilisera à tour de rôle pour se mettre dans la peau de différentes femmes : la petite fille, la femme naïve, la séductrice, la rebelle, etc.

L’accent est mis sur les violences faites aux femmes, et notamment sur le viol. Même si le propos est parfois un peu trop appuyé, la comédienne auteur le fait partager avec une belle générosité. Il est question de prise de conscience, de résilience, d’amour aussi. Un petit bémol toutefois sur la mise en avant des textes, que j’ai trouvé par moments trop présents.

Corinne Merle incarne à merveille cette femme plurielle et fait montre d’une belle présence scénique, jouant de son corps sans fausse pudeur. Voluptueuse comme peut l’être une femme bien dans sa peau. Ses propos sont parfois crus, parfois violents, souvent drôles.

À défaut de recette, notre apprentie cuisinière se transformera en guerrière, prête à mobiliser ses forces pour partir à l’assaut de la vie. Prenez-en de la graine et courez voir le spectacle. La salle est petite, alors n’oubliez pas de réserver !

Véronique Tran Vinh

Idée originale, écriture, jeu : Corinne Merle
Création lumière : Fabienne Breitman
Collaboration artistique : Florence Evrard, François Jenny

Les Omelettes amoureuses reviennent :
les 30 novembre, 1er décembre et 2 décembre à 20 h 30
au Lavoir moderne, 35 rue Léon, Paris 18e
Réservations : 01 46 06 08 05
http://www.comeprod.fr/

 


 

 

“La Main de Leila”, aux Béliers parisiens

 

©Alejandro Guerrero

Voici une histoire d’amour contrarié, sur fond d’évocation historique (l’Algérie d’avant les émeutes d’octobre 1988, dirigée par l’armée et le FLN), traitée à la manière d’une fable. Le jeune Samir, passionné de cinéma, défie la censure du régime de l’époque, en rejouant les baisers les plus célèbres du grand écran dans son garage, transformé en salle de spectacle. De son côté, Leila, fille d’un puissant colonel, rêve de pouvoir choisir elle-même sa destinée. Ces deux-là étaient faits pour se rencontrer.

Les trois comédiens (dont deux sont coauteurs de la pièce) restituent la faconde et la vitalité du peuple algérien à travers une galerie de personnages emblématiques : les deux amoureux, Samir et Leila, contraints de se voir en cachette de leur famille ; la mère tyrannique et exubérante (excellent Azize Kabouche, aux mimiques savoureuses), le fonctionnaire de police imbu de son pouvoir ; l’ami spécialiste des petites embrouilles ; le commerçant qui profite de la pénurie alimentaire, etc.

Dans un décor fait de bric et de broc, des fils à linge structurent astucieusement l’espace. Les changements de décor et les scènes se succèdent sans temps mort, composant le tableau touchant d’une Algérie en crise, dont les soubresauts annoncent les bouleversements à venir.

La fraîcheur de l’interprétation, l’humour des dialogues et la mise en scène très rythmée (Régis Vallée a travaillé avec Alexis Michalak, est-ce un hasard ?) contribuent à la réussite de ce spectacle. On partage le quotidien de Samir et de Leila, leurs galères et leurs espoirs, rythmés par leur amour du septième art.

Et même si à la fin, la réalité finit par reprendre le dessus, l’espoir subsiste… grâce à la magie du cinéma !

Véronique Tran Vinh

Une pièce de : Aïda Asgharzadeh et Kamel Isker
Mise en scène : Régis Vallée
Avec : Aïda Asgharzadeh, Kamel Isker, Azize Kabouche

Jusqu’au 31 décembre 2017
Du mercredi au samedi (à 21 h ou à 19 h selon les dates)
Le dimanche à 15 h
Relâche le 19 novembre
Théâtre des Béliers parisiens
14 bis rue Sainte Isaure
75018 Paris
http://www.theatredesbeliersparisiens.com/Spectacle/main-de-leila/

 

 

 

“Mademoiselle Frankenstein” à La Folie Théâtre

Si vous voulez passer un spécial Halloween, rendez-vous le 31 octobre 2017 ou le 1er novembre (à 20 h 30) à La Folie Théâtre, où se joue « Mademoiselle Frankenstein ». Deux P’tits Molières et un Salamandre d’or couronnent ce spectacle, à voir absolument.

A6 franken recto_automne 2017-1.jpgDes cloches sonnent, le tic-tac d’une pendule intrigue et rythme le temps sans donner l’heure. Des bras d’un homme dépassent d’un fauteuil étrange dos au public. Sur la scène, le reflet d’une fenêtre fermée sous une clarté chaude attire et laisse entendre un orage qui gronde. Il se retourne, les yeux marqués de noir, les cheveux raides, désordonnés, gris, et le corps voûté dans un costume qui l’embellit.
Répondant à une invitation adressée par un certain Lazzaro Spallanzani, « elle » arrive. Ils sont habillés tous deux en noir sous des halos de couleur blanche qui les pointent et semblent les contraster avec le reste du monde. Mais que lui veut-il ? Et pourquoi l’avoir fait venir ? Mary Shelley, jeune bourgeoise britannique, rappelle d’entrer de jeu les règles de bienséance à ce personnage bien étrange. Ses convenances de bonne famille l’hérissent et impatient d’y être déjà, il lui intime : « Livrez-vous pour vous délivrer. » Mais d’être où ? Un voyage hypnotique dans la mémoire du passé et le labyrinthe de la vie les y conduira. Des objets extravagants et effrayants posés sur une longue table faisant office de laboratoire semblaient attendre cet instant. Une légère fumée s’échappe d’une fiole et se dissipe dans la salle.

Envoûtante, diaboliquement orchestrée entre les jeux de lumière et le son, cette version théâtrale de la vie marquée de Mary Shelley – auteure du célèbre roman Frankenstein et veuve du poète Percy Bysshe Shelley – est magnifique. Le duo Christelle Maldague et Frédéric Gray est talentueux. Une pépite qui confirme que dans des petits théâtres, il y a de grands spectacles !

Carole Rampal


http://www.folietheatre.com/

De Thierry Debroux
Mise en scène de Frédéric Gray et Géraldine Clément
Avec Frédéric Gray et Christelle Maldague
Bande son de Hugo Magagnin et Matthieu Dessemme
Décor de NoArt
Affiche de Matéo et Sandrine Terragno

 

Les Voisins du dessus, à la Gaîté-Montparnasse

Dossier de presse Voisins du Dessus - 2016Chansons à tous les étages
J’échange mes voisins du dessus contre cette chorale en noir et fushia, qui arbore en signe de reconnaissance des objets hétéroclites : cuillères, tours Eiffel, éponges, barrettes… (qu’importe, pourvu qu’ils soient rose fluo) accrochés aux vêtements ou dans les cheveux des chanteurs.

À l’origine, ils étaient une bande d’amis, maintenant, la troupe compte environ 100 chanteuses et chanteurs qui se relaient sur scène et partagent sans réserve leur bonne humeur et leurs chansons avec un public familial et amical conquis, toujours plus important.

Ce soir-là (le 15 mai), nous fêtions vingt ans d’amitié franco-russe avec le chœur Sokolyata, en première partie du concert. Car Les Voisins aiment inviter d’autres artistes sur scène pour des moments de partage.

Comment ne pas tomber sous le charme de ces joyeux lurons, de tous âges et de tous horizons que je retrouve régulièrement, avec un plaisir d’autant plus grand qu’à chaque concert, il m’est permis de chanter et de me prendre pendant quelques minutes pour l’une des leurs. Car, dès la création des Voisins du dessus, Jean-Marie Leau, le maître de chœur, a eu la bonne idée d’instaurer la distribution d’un feuillet reprenant le texte d’une chanson de leur répertoire, à l’entrée du théâtre. Après une répétition faite sous sa bienveillante direction, dans le chaos et la bonne humeur, tous les spectateurs chantent, transformant la salle en chorale géante. Il faut le vivre pour ressentir cette générosité diffusée par la troupe répartie dans la salle pour aider le public, c’est réellement impressionnant et enthousiasmant.

Eh oui ! Non contents de chanter des chansons aux textes originaux, souvent drôles et décalés – qui parlent de haricots, des gens qu’ils détestent ( ;-)) ou de lits qui grincent, de Bison futé, d’accordéons, de violoncelles… –, ils nous disent aussi que « la vie nous invite à danser » et qu’« ils sont zinzins ». Ils réveillent ce petit grain de folie que nous avons tous au fond de nous et qui nous fait du bien.

Un « clap » spécial à Patrick Delage à l’humour potache et à la diction parfaite (ah !  la liste des chanteurs débitée à la vitesse de la lumière à la fin du spectacle…)

Si la vie nous invite à danser, moi, je vous invite à aller sur leur site :
http://www.lesvoisinsdudessus.fr/wordpress/tag/chorale-virtuelle/
et
Twitter/VoisinsDuDessus
Instagram/LesVoisinsduDessus

Armelle Gadenne

Prochaines apparitions publiques

Vendredi 19 mai à 19 h 30 :
place de la République, à Paris, pour clôturer la journée mondiale des MICI. https://www.afa.asso.fr/article/nos-actions/mobilisation/journee-mondiale-des-mici.html)

Samedi 24 juin après-midi à Cergy dans le cadre de « La folle journée de Cergy » : Animations dans toute la ville, dans les lieux sportifs et culturels.

Dimanche 25 juin vers 18 h au Festival de chorales « Voix sur berges », quai de Jemmapes et quai de Valmy dans le 10e arrondissement.
http://www.voixsurberges.com/

Michael Kohlaas, l’Homme révolté, au théâtre Essaïon

© La Birba Compagnie

Dans une cave aux murs de pierres, Gilbert Ponté, seul sur scène, nous conte l’histoire épique de Michael Kohlaas. Histoire singulière que celle de cet éleveur de chevaux, amoureux de son métier et de ses bêtes et qui, sujet au bon vouloir de barons, balloté d’injustices en injustices, se révolte, emporté dans un enchaînement irrésistible de violences qui le mène à la potence.

Gilbert Ponté caresse les chevaux du regard et, d’une intonation, invite le spectateur à pénétrer dans le cercle de vie, sans faux-semblants. Nous voilà embarqués, avec armes et bagages, le long des routes de l’Allemagne du XVIe siècle, en compagnie d’un honnête éleveur de chevaux, Michael Kohlaas.

On entend le pas mesuré des chevaux, leur hennissement, le vent dans leur crinière… l’effet est confondant. Comme une bourrasque qui s’emparerait du corps du comédien et qui n’aurait d’autre échappatoire que sa voix et ses mains, la tragédie prend corps – au propre comme au figuré –, le spectateur écoute les battements du cœur qui saigne de tant d’injustices, assiste à la naissance de l’homme révolté, jusqu’à sa plus terrible expression.

Se rapprochant du « théâtre-récit », cher à Dario Fo, Gilbert Ponté incarne tous les protagonistes, dans une mise en scène sobre, sans décor, sans jeu de lumières, avec juste quelques notes de musique, « rompant ainsi avec le spectacle spectaculaire », comme il le dit lui-même. Par ce dépouillement voulu, la représentation se construit mentalement, faisant naître images et émotions, libres de toute directive, et c’est bien là que réside la force du spectacle.

N’hésitez pas, laissez-vous emporter par le souffle épique de cette histoire, sur les chemins de L’Homme révolté en quête de justice.

Plûme

D’après la nouvelle Michael Kohlhaas, de Heinrich von Kleist
Adaptation : Marco Baliani et Remo Rostagno
Traduction : Olivier Favier
Mise en scène : Gilbert Ponté
Avec Gilbert Ponté

Jusqu’au 27 juin
les lundi et mardi à 19 h 45
Théâtre Essaïon
6, rue Pierre-au-Lard
75004 Paris
Réservations : 01 42 78 46 42
http://www.essaion-theatre.com

Shaman & Shadoc, au théâtre Essaïon

@ David Krüger

Des rats et des hommes

Le choc de deux solitudes qui se rencontrent. D’un côté, Manhattan Shaman, clochard magnifique, qui vit dans un appartement avec des rats pour seuls compagnons, et son cynisme en bandoulière. De l’autre, Shadoc, à l’allure et à la vie si conformistes, élevé dans « la grande tradition de la bonne bouffe et des petites affaires », qui fait preuve de compassion à son égard. Mais qu’ont-ils en commun, à part le début de leur nom ?

De leur rencontre improbable, naissent des propos absurdes, un brin surréalistes, évoquant la vie des rats – qui ressemble étrangement à celle des hommes –, la solitude, l’amour (et son absence) et la mort. Peu importe l’explication finale, trop psychologisante à mon goût. J’ai préféré la première partie, où les deux hommes se cherchent, s’évitent, se heurtent à travers des dialogues mâtinés d’humour noir.

Malgré le peu d’action, on ne s’ennuie pas une minute grâce à la magie de la mise en scène. Les intermèdes apportent une note de gracieuse fantaisie, tandis que lumière et musique nimbent la scène d’une ambiance mystérieuse. Il faut souligner la qualité de l’écriture et de l’interprétation. Ce soir-là, Pierre Margot et Céline Legendre-Herda entouraient Guillaume Orsat, excellent dans le rôle de Shaman le déjanté, cabossé par la vie.

Un petit bijou d’humour noir et de poésie, qu’il faut absolument aller voir avant qu’il ne soit trop tard.

Véronique Tran Vinh

IMG_5612Jusqu’au 13 mai 2017
du jeudi au samedi à 21 h 30

Théâtre Essaïon
6, rue Pierre-au-Lard
75004 Paris
Réservation : 01 42 78 46 42
www.essaion.com

Écriture et mise en scène : Pierre Margot
Avec : Guillaume Orsat (Shaman)
En alternance : Pierre Margot ou Xavier Béja (Shadoc)
En alternance : Céline Legendre-Herda ou Julie Allainmat
Collaboration artistique : Claire Guyot –
Dramaturgie : Anne Massoteau – Musique : Nathalie Miravette – Lumière : Charly Thicot
Produit par la Cie des Pas Perdus

Billie Holliday – Sunny Side, à La folie Théâtre

©Denis Rion

De la voix rocailleuse de Billie Holiday roule le torrent de sa vie… Par moments furieux, au cours impétueux, passant de bras en bras, parfois violé, parfois caressé, souvent engagé, rarement en paix.

Sur scène, Naïsiwon El Aniou raconte la vie de la grande dame du Blues, toujours au bord du gouffre, seule ou mal accompagnée, oscillant entre gaîté et tristesse avec, chevillée au corps, toujours la rage de vivre.

Dès le début de la pièce, la comédienne dit « je » et on comprend qu’elle a dans la peau cette Lady Day. Fidèle à Billie dont elle connaît le parcours chaotique, elle joue et danse mais laisse la voix unique de la chanteuse de Blues interpréter ses chansons.

C’est une réussite totale. Naïsiwon El Aniou occupe le plateau au rythme des anecdotes tumultueuses de la vie de la diva. On voit ainsi défiler l’histoire des États-Unis à l’époque où la ségrégation raciale aboutissait au lynchage. On frissonne d’effroi en écoutant Strange Fruits où Billie Holiday fait résonner chaque mot d’une densité telle que l’on voit ces « étranges fruits » que sont les corps de jeunes noirs pendus se balancer aux branches des arbres.

Ce qui est troublant dans l’interprétation de Naïsiwon El Aniou, c’est la force du parler vrai et la gestuelle de la chanteuse qu’elle nous fait passer, celle qui est née d’une mère âgée de seulement 13 ans, dans une très grande misère. Des hommes, elle en a connu… violeurs, amoureux, bagarreurs, elle en a souffert mais certains lui collent toujours à la peau. La prison, la drogue, l’alcool… elle sait de quoi elle parle.

Elle raconte les tournées où parfois on la trouve trop blanche, ou trop noire, ou alors, comble de tout, une chanteuse blanche prend sa place sur scène pendant qu’elle attend dans le van… Ce qui lui fait dire que parfois : « On se sent comme une esclave dans une plantation. »

On suit le corps de la comédienne-danseuse vibrer, se tordre, danser au son du Blues, des histoires, des émotions dans un hommage saisissant à celle qui racontait : « On a dit que personne ne chantait le mot amour ou le mot faim comme moi. »

La mise en scène sonne juste : quelques objets, un réchaud, trois robes, deux paires de talons, la présence d’un saxo comme un ami, un flacon d’alcool, un brin de vidéo, et on habite l’univers de la diva. Naïsiwon El Aniou ne se prive pas de la faire danser sur les titres qu’elle a choisis comme God Bless The Child, et on bouge avec elle.

De grands moments d’intensité partagés dans la petite salle de la Folie Théâtre qui a eu l’excellente idée de reprogrammer ce spectacle ! Bravo !

Plûme

Texte et mise en scène : Naïsiwon El Aniou
Avec : Naïsiwon El Aniou
Costume : Laetitia Chauveau
Création lumières : Sylvain Pielli

Jusqu’au 27 mai, vendredi et samedi à 21 h
À la Folie Théâtre
6, rue de la Folie Méricourt
75011 Paris
Tél. : 01 43 55 14 80
http://www.folietheatre.com