Les Voisins du dessus, à la Gaîté-Montparnasse

Dossier de presse Voisins du Dessus - 2016Chansons à tous les étages
J’échange mes voisins du dessus contre cette chorale en noir et fushia, qui arbore en signe de reconnaissance des objets hétéroclites : cuillères, tours Eiffel, éponges, barrettes… (qu’importe, pourvu qu’ils soient rose fluo) accrochés aux vêtements ou dans les cheveux des chanteurs.

À l’origine, ils étaient une bande d’amis, maintenant, la troupe compte environ 100 chanteuses et chanteurs qui se relaient sur scène et partagent sans réserve leur bonne humeur et leurs chansons avec un public familial et amical conquis, toujours plus important.

Ce soir-là (le 15 mai), nous fêtions vingt ans d’amitié franco-russe avec le chœur Sokolyata, en première partie du concert. Car Les Voisins aiment inviter d’autres artistes sur scène pour des moments de partage.

Comment ne pas tomber sous le charme de ces joyeux lurons, de tous âges et de tous horizons que je retrouve régulièrement, avec un plaisir d’autant plus grand qu’à chaque concert, il m’est permis de chanter et de me prendre pendant quelques minutes pour l’une des leurs. Car, dès la création des Voisins du dessus, Jean-Marie Leau, le maître de chœur, a eu la bonne idée d’instaurer la distribution d’un feuillet reprenant le texte d’une chanson de leur répertoire, à l’entrée du théâtre. Après une répétition faite sous sa bienveillante direction, dans le chaos et la bonne humeur, tous les spectateurs chantent, transformant la salle en chorale géante. Il faut le vivre pour ressentir cette générosité diffusée par la troupe répartie dans la salle pour aider le public, c’est réellement impressionnant et enthousiasmant.

Eh oui ! Non contents de chanter des chansons aux textes originaux, souvent drôles et décalés – qui parlent de haricots, des gens qu’ils détestent ( ;-)) ou de lits qui grincent, de Bison futé, d’accordéons, de violoncelles… –, ils nous disent aussi que « la vie nous invite à danser » et qu’« ils sont zinzins ». Ils réveillent ce petit grain de folie que nous avons tous au fond de nous et qui nous fait du bien.

Un « clap » spécial à Patrick Delage à l’humour potache et à la diction parfaite (ah !  la liste des chanteurs débitée à la vitesse de la lumière à la fin du spectacle…)

Si la vie nous invite à danser, moi, je vous invite à aller sur leur site :
http://www.lesvoisinsdudessus.fr/wordpress/tag/chorale-virtuelle/
et
Twitter/VoisinsDuDessus
Instagram/LesVoisinsduDessus

Armelle Gadenne

Prochaines apparitions publiques

Vendredi 19 mai à 19 h 30 :
place de la République, à Paris, pour clôturer la journée mondiale des MICI. https://www.afa.asso.fr/article/nos-actions/mobilisation/journee-mondiale-des-mici.html)

Samedi 24 juin après-midi à Cergy dans le cadre de « La folle journée de Cergy » : Animations dans toute la ville, dans les lieux sportifs et culturels.

Dimanche 25 juin vers 18 h au Festival de chorales « Voix sur berges », quai de Jemmapes et quai de Valmy dans le 10e arrondissement.
http://www.voixsurberges.com/

Michael Kohlaas, l’Homme révolté, au théâtre Essaïon

© La Birba Compagnie

Dans une cave aux murs de pierres, Gilbert Ponté, seul sur scène, nous conte l’histoire épique de Michael Kohlaas. Histoire singulière que celle de cet éleveur de chevaux, amoureux de son métier et de ses bêtes et qui, sujet au bon vouloir de barons, balloté d’injustices en injustices, se révolte, emporté dans un enchaînement irrésistible de violences qui le mène à la potence.

Gilbert Ponté caresse les chevaux du regard et, d’une intonation, invite le spectateur à pénétrer dans le cercle de vie, sans faux-semblants. Nous voilà embarqués, avec armes et bagages, le long des routes de l’Allemagne du XVIe siècle, en compagnie d’un honnête éleveur de chevaux, Michael Kohlaas.

On entend le pas mesuré des chevaux, leur hennissement, le vent dans leur crinière… l’effet est confondant. Comme une bourrasque qui s’emparerait du corps du comédien et qui n’aurait d’autre échappatoire que sa voix et ses mains, la tragédie prend corps – au propre comme au figuré –, le spectateur écoute les battements du cœur qui saigne de tant d’injustices, assiste à la naissance de l’homme révolté, jusqu’à sa plus terrible expression.

Se rapprochant du « théâtre-récit », cher à Dario Fo, Gilbert Ponté incarne tous les protagonistes, dans une mise en scène sobre, sans décor, sans jeu de lumières, avec juste quelques notes de musique, « rompant ainsi avec le spectacle spectaculaire », comme il le dit lui-même. Par ce dépouillement voulu, la représentation se construit mentalement, faisant naître images et émotions, libres de toute directive, et c’est bien là que réside la force du spectacle.

N’hésitez pas, laissez-vous emporter par le souffle épique de cette histoire, sur les chemins de L’Homme révolté en quête de justice.

Plûme

D’après la nouvelle Michael Kohlhaas, de Heinrich von Kleist
Adaptation : Marco Baliani et Remo Rostagno
Traduction : Olivier Favier
Mise en scène : Gilbert Ponté
Avec Gilbert Ponté

Jusqu’au 27 juin
les lundi et mardi à 19 h 45
Théâtre Essaïon
6, rue Pierre-au-Lard
75004 Paris
Réservations : 01 42 78 46 42
http://www.essaion-theatre.com

Shaman & Shadoc, au théâtre Essaïon

@ David Krüger

Des rats et des hommes

Le choc de deux solitudes qui se rencontrent. D’un côté, Manhattan Shaman, clochard magnifique, qui vit dans un appartement avec des rats pour seuls compagnons, et son cynisme en bandoulière. De l’autre, Shadoc, à l’allure et à la vie si conformistes, élevé dans « la grande tradition de la bonne bouffe et des petites affaires », qui fait preuve de compassion à son égard. Mais qu’ont-ils en commun, à part le début de leur nom ?

De leur rencontre improbable, naissent des propos absurdes, un brin surréalistes, évoquant la vie des rats – qui ressemble étrangement à celle des hommes –, la solitude, l’amour (et son absence) et la mort. Peu importe l’explication finale, trop psychologisante à mon goût. J’ai préféré la première partie, où les deux hommes se cherchent, s’évitent, se heurtent à travers des dialogues mâtinés d’humour noir.

Malgré le peu d’action, on ne s’ennuie pas une minute grâce à la magie de la mise en scène. Les intermèdes apportent une note de gracieuse fantaisie, tandis que lumière et musique nimbent la scène d’une ambiance mystérieuse. Il faut souligner la qualité de l’écriture et de l’interprétation. Ce soir-là, Pierre Margot et Céline Legendre-Herda entouraient Guillaume Orsat, excellent dans le rôle de Shaman le déjanté, cabossé par la vie.

Un petit bijou d’humour noir et de poésie, qu’il faut absolument aller voir avant qu’il ne soit trop tard.

Véronique Tran Vinh

IMG_5612Jusqu’au 13 mai 2017
du jeudi au samedi à 21 h 30

Théâtre Essaïon
6, rue Pierre-au-Lard
75004 Paris
Réservation : 01 42 78 46 42
www.essaion.com

Écriture et mise en scène : Pierre Margot
Avec : Guillaume Orsat (Shaman)
En alternance : Pierre Margot ou Xavier Béja (Shadoc)
En alternance : Céline Legendre-Herda ou Julie Allainmat
Collaboration artistique : Claire Guyot –
Dramaturgie : Anne Massoteau – Musique : Nathalie Miravette – Lumière : Charly Thicot
Produit par la Cie des Pas Perdus

Billie Holliday – Sunny Side, à La folie Théâtre

©Denis Rion

De la voix rocailleuse de Billie Holiday roule le torrent de sa vie… Par moments furieux, au cours impétueux, passant de bras en bras, parfois violé, parfois caressé, souvent engagé, rarement en paix.

Sur scène, Naïsiwon El Aniou raconte la vie de la grande dame du Blues, toujours au bord du gouffre, seule ou mal accompagnée, oscillant entre gaîté et tristesse avec, chevillée au corps, toujours la rage de vivre.

Dès le début de la pièce, la comédienne dit « je » et on comprend qu’elle a dans la peau cette Lady Day. Fidèle à Billie dont elle connaît le parcours chaotique, elle joue et danse mais laisse la voix unique de la chanteuse de Blues interpréter ses chansons.

C’est une réussite totale. Naïsiwon El Aniou occupe le plateau au rythme des anecdotes tumultueuses de la vie de la diva. On voit ainsi défiler l’histoire des États-Unis à l’époque où la ségrégation raciale aboutissait au lynchage. On frissonne d’effroi en écoutant Strange Fruits où Billie Holiday fait résonner chaque mot d’une densité telle que l’on voit ces « étranges fruits » que sont les corps de jeunes noirs pendus se balancer aux branches des arbres.

Ce qui est troublant dans l’interprétation de Naïsiwon El Aniou, c’est la force du parler vrai et la gestuelle de la chanteuse qu’elle nous fait passer, celle qui est née d’une mère âgée de seulement 13 ans, dans une très grande misère. Des hommes, elle en a connu… violeurs, amoureux, bagarreurs, elle en a souffert mais certains lui collent toujours à la peau. La prison, la drogue, l’alcool… elle sait de quoi elle parle.

Elle raconte les tournées où parfois on la trouve trop blanche, ou trop noire, ou alors, comble de tout, une chanteuse blanche prend sa place sur scène pendant qu’elle attend dans le van… Ce qui lui fait dire que parfois : « On se sent comme une esclave dans une plantation. »

On suit le corps de la comédienne-danseuse vibrer, se tordre, danser au son du Blues, des histoires, des émotions dans un hommage saisissant à celle qui racontait : « On a dit que personne ne chantait le mot amour ou le mot faim comme moi. »

La mise en scène sonne juste : quelques objets, un réchaud, trois robes, deux paires de talons, la présence d’un saxo comme un ami, un flacon d’alcool, un brin de vidéo, et on habite l’univers de la diva. Naïsiwon El Aniou ne se prive pas de la faire danser sur les titres qu’elle a choisis comme God Bless The Child, et on bouge avec elle.

De grands moments d’intensité partagés dans la petite salle de la Folie Théâtre qui a eu l’excellente idée de reprogrammer ce spectacle ! Bravo !

Plûme

Texte et mise en scène : Naïsiwon El Aniou
Avec : Naïsiwon El Aniou
Costume : Laetitia Chauveau
Création lumières : Sylvain Pielli

Jusqu’au 27 mai, vendredi et samedi à 21 h
À la Folie Théâtre
6, rue de la Folie Méricourt
75011 Paris
Tél. : 01 43 55 14 80
http://www.folietheatre.com

 

 

Condamnée, au théâtre La Croisée des chemins

@ Elvire Bourgeois

« Une pièce de théâtre, c’est quelqu’un. C’est une voix qui parle, c’est un esprit qui éclaire, c’est une conscience qui avertit. » Victor Hugo

Cette voix, c’est celle de la condamnée, celle de Betty Pelissou qui a choisi de porter seule le texte de Victor Hugo, Le Dernier Jour d’un condamné. Avec elle, nous entrons dans le cachot pour y « vivre » les six semaines qui la séparent de la guillotine.

D’elle, nous ne connaissons rien, pas même le crime pour lequel elle a été jugée. De sa cellule, nous ne voyons que les murs sales et une chaise. Un décor simple qui laisse toute la place à la densité du texte et à son interprète, accompagnés par moments de quelques notes de musique.

Betty Pelissou entre dans la Condamnée comme dans une seconde peau. Dès les premiers mots, sa voix nous émeut, brisée par l’horrible idée, la sanglante idée de sa mort sur l’échafaud. Son interprétation est si aboutie qu’elle nous fait sentir la chaleur d’un rayon de soleil quand elle lève la main pour le caresser : « Par l’étroite et haute fenêtre de ma cellule, je vis le reflet jaune où des yeux habitués aux ténèbres d’une prison savent si bien reconnaître le soleil. J’aime le soleil. »

Nous vibrons au diapason de ses rêves, de ses angoisses, de ses émotions tout au long du calvaire qu’elle doit endurer entre ces quatre murs, et c’est bien là la force et l’intensité du jeu de Betty Pelissou.

Sur le papier noirci à longueur de jours et parfois de nuits, Hugo interpelle les consciences, lui qui, enfant, a assisté à une exécution en place de grève. « Que ce que j’écris ici puisse être un jour utile à d’autres, que cela arrête le juge prêt à juger, que cela sauve des malheureux, innocents ou coupables, de l’agonie à laquelle je suis condamnée. »

Dans la petite salle de ce nouveau lieu, en plein XVarrondissement, on retient son souffle au rythme des pas qui mènent la condamnée à la guillotine et on pense qu’il a fallu attendre cent cinquante ans après le texte de Victor Hugo pour qu’enfin la peine de mort soit abolie !

Plûme

Condamnée, éligible aux P’tits Molières 2017
jusqu’au 5 mai 2017,
tous les jeudis et vendredis à 19h30

Mise en scène : Vincent Marbeau
Avec : Betty Pelissou
Production : Compagnie Phèdre était blonde

Théâtre La Croisée des chemins
43, rue Mathurin Régnier
75015 Paris
Réservations : 01.42.19.93.63
http://www.theatrelacroiseedeschemins.com/condamnee

 

Omelettes amoureuses, au Tremplin Théâtre

@Philippe Brière

Comment faire une omelette sans casser d’œufs, ou, autrement dit, comment devenir une femme forte, consciente de ses potentialités, qui ne s’excuse plus d’exister… libre tout simplement ? Comment réveiller la « guerrière » qui sommeille en chacune d’entre nous ?

C’est cette quête initiatique que Corinne Merle, seule en scène, va nous faire partager. Pour cela, elle fera appel aux textes d’autres femmes (notamment Virginie Despentes, Florence Lautrédou…) qui ont cherché, avant elle, à se dégager des archétypes culturels et à affirmer leur singularité. Un discours militant, féministe bien sûr, mais aussi, tout simplement humain.

Dans la pénombre de la minuscule scène du Tremplin Théâtre, émergent quelques accessoires symboliques : une robe en lamé, une blouse de ménage, un panier en osier, une paire d’escarpins, etc. La comédienne les utilisera à tour de rôle pour se mettre dans la peau de différentes femmes : la petite fille, la femme naïve, la séductrice, la rebelle, etc.

L’accent est mis sur les violences faites aux femmes, et notamment sur le viol. Même si le propos est parfois un peu trop appuyé, la comédienne auteur le fait partager avec une belle générosité. Il est question de prise de conscience, de résilience, d’amour aussi. Un petit bémol toutefois sur la mise en avant des textes, que j’ai trouvé par moments trop présents.

Corinne Merle incarne à merveille cette femme plurielle et fait montre d’une belle présence scénique, jouant de son corps sans fausse pudeur. Voluptueuse comme peut l’être une femme bien dans sa peau. Ses propos sont parfois crus, parfois violents, souvent drôles.

À défaut de recette, notre apprentie cuisinière se transformera en guerrière, prête à mobiliser ses forces pour partir à l’assaut de la vie. Prenez-en de la graine et courez voir le spectacle. La salle est petite, alors n’oubliez pas de réserver !

Véronique Tran Vinh

Idée originale, écriture, jeu : Corinne Merle
Création lumière : Fabienne Breitman
Collaboration artistique : Florence Evrard, François Jenny

Dates : Mars : 31 – Avril : 1, 7, 8, 14, 15, 21, 22, 28, 29
Tremplin Théâtre
39, rue des Trois-Frères
75018 Paris
Réservations : 06 62 69 83 96
http://www.comeprod.fr/

 

Gardez le sourire ! au Petit Casino

J’avais vu Et pendant ce temps, Simone veille, il y a un an, et j’avais adoré la force de ce spectacle intelligent, féministe, au verbe joyeux et sans complexes, signé Trinidad. Alors, assister à un one-woman-show de la fameuse Trinidad…

Pour une unique soirée, la petite salle du bateau théâtre Le Nez rouge attend de voir l’énergique jeune femme débouler sur scène. Surprise ! C’est sa gardienne qui la remplace au pied levé. Et c’est ainsi que Trinidad nous fait rencontrer les personnages réels ou rêvés qui l’ont inspirée.

De sa gardienne, elle garde la langue bien pendue, aussi vive que son balai. « Le changement, c’est maintenant ! » De son enfance dans le XIIIe arrondissement, elle a reçu la sagesse chinoise de maître Dong. « Quand homme trempe rouleau de printemps, c’est souvent la femme qui trouve la sauce piquante. » De sa grand-mère Carmen, elle a hérité, comme elle le dit, « son originalité, son côté fantasque et son esprit libre ». De ses origines espagnoles et catholiques, elle garde une dent contre la religion, les religions. N’affirme-t-elle pas qu’elle est la mieux placée pour en parler, elle qui s’appelle Trinidad : le père, le fils et le Saint-Esprit…, née à l’hôtel-Dieu et baptisée à Notre-Dame ! Ça ne s’invente pas.

Sourire ravageur, Trinidad aime asticoter ses contemporains avec une attention spéciale pour ses contemporaines, féminisme oblige ! Directement en prise avec l’actualité, elle ne ménage personne et nous délivre, au fil de ses sketches, la vie telle qu’elle la sent. Aller de l’avant, chanter, rire : « Le temps n’est qu’une invention de l’homme pour donner sens à sa vie. Tant que tu es vivant, tu peux tout recommencer. »

Pas question de baisser les bras, il faut lutter, contre soi-même parfois, et surtout, « garder le sourire ». Et pourquoi pas en chansons ? À cet exercice, Trinidad excelle. Elle ose transformer les tubes en chansons humoristiques, pleines de verve et de piques : Rockcollection, Comme un garçon, Je veux, Oui j’l’adore, et bien d’autres.

Pendant une heure de spectacle, on rit et on en redemande, tant les phrases de Trinidad explosent en fines bulles de joie, d’intelligence et d’humour. À la fin du one-woman-show, le sourire aux lèvres, vous repartirez tout ragaillardi, bien décidé à suivre l’injonction de Trinidad : « Gardez le sourire ! »

Plûme

Tous les soirs, à 21 h
Le Petit Casino
17 rue Chapon
75003 Paris
Tél. : 01 42 78 36 50

« Et pendant ce temps, Simone veille » en tournée :

le 23/03/2017 à Cergy
le 01/04/2017 à Beaumont-en-Véron
le 08/04/2017 à Oberhausbergen

Noces de sang, À la folie Théâtre

©Jean-Christophe Fossey

L’Andalousie, la terre, le poids de la famille et des traditions, l’oppression des femmes, mais aussi, la poésie, le sens du fantastique… tels sont les grands thèmes qui traversent l’œuvre de Federico García Lorca. Mais comment porter sur scène cette pièce mille fois jouée sans tomber dans le piège convenu du mélodrame ?

« Fidèles à l’esprit de Lorca, notre ambition est de rendre la culture accessible à tous. De faire un théâtre populaire mais exigeant […], déclarait Natalie Schaevers, en février 2017. Parce que parfois, les mots ne sont pas suffisants pour exprimer ce que les personnages ressentent, la danse, à travers le tango, ou la musique prendront la parole à leur tour […]. »

C’est là toute l’originalité de la proposition, qui se veut dans le prolongement d’un théâtre populaire multidisciplinaire. Les personnages sont donc resserrés autour de quatre comédiens, à la fois chanteurs, danseurs et musiciens. Si toute la troupe de la compagnie La Grue Blanche met sa fougue au service du texte de García Lorca, Hélène Hardouin domine largement la distribution par la qualité de son interprétation (à la fois vocale et scénique) et son évidente force comique.

Elle joue la Madre, la mère du fiancé, qui rumine sa haine contre les Felix, la famille ennemie qui a tué son mari et son fils aîné et qui consent à contrecœur au mariage (donc au départ) de son cadet. Dans le rôle de l’épouse délaissée de Leonardo – l’ex-fiancé de la Novia, qui a dû renoncer à l’épouser, faute d’argent –, elle est également très crédible et incarne le poids qui pèse sur les femmes dans cette société patriarcale et fermée.

La mise en scène, très épurée, laisse toute sa place au texte de García Lorca. Les autres formes d’expression (musique, chant, danse, masques) apportent une dimension originale à la pièce, ainsi qu’une note d’humour bienvenue. Saluons donc cette volonté évidente de sortir des sentiers battus, même si l’on peut regretter que la magie du tango – danse de vie et de sensualité – ne ressorte pas plus fortement.

Véronique Tran Vinh

JUSQU’AU 16 AVRIL 201
Jeudi à 19 h 30, samedi à 18 h, dimanche à 16 h 30
À la folie Théâtre
6, rue de la Folie Méricourt
75011 Paris
Tél. : 01 43 55 14 80
http://bit.ly/2nO9nTX

D’après Federico García Lorca
Créatrice du projet : Maiko Vuillod
Mise en scène, adaptation du texte : Natalie Schaevers
Direction d’acteurs : Sandrine Briard
La mère /la femme de Leonardo /la lune/chant : Hélène Hardouin
Leonardo/le père/la voisine: Romain Sandère
Le fiancé/clarinette : Erwan Zamor
La fiancée/violon : Maiko Vuillod
Coach chorégraphe : Patrice Meissirel (double champion de France tango et salon).

 

Cœur sacré, à La Loge

dp-coeur-sacre

Dans la voix, elle a les accents d’une mère déboussolée par le choix de sa fille. Comment peut-elle être amoureuse de l’Autre ? Celui qui fait peur, celui qui est présenté partout comme l’ennemi, tant le déferlement continu des images, des mots lave le cerveau de chacun. Alors, oui, la mère a peur et le dit à sa fille avec tous les préjugés, les clichés qui (dis)qualifient d’emblée ce jeune homme venu d’Égypte. Tout y passe : le voile, l’éducation, le terrorisme…

Pendant près de la moitié du spectacle, on entend clairement cette peur de l’autre, ce racisme. Des mots violents, haineux, marmonnés, roulés ou crachés par Tatiana Spivakova – magnifique interprète du texte de Christelle Saez –, ils racontent ce que les médias nous abreuvent à longueur de temps, dans une actualité pressée, saccadée, où la pensée critique n’a pas le temps de se former, toujours bousculée par un nouvel événement (ou non-événement).

Seule en scène, Tatiana Spivakova porte ce long monologue face à une chaise vide… la fille absente. Puis, changement d’intonation, de jeu, la voix se fait multiple, elle devient celles que l’on peut entendre de l’autre côté, ou simplement quand on fait un pas de côté. « Le monde est grand, le monde n’est pas le tien, le monde est plein de gens différents qui mangent avec les doigts. »

Comme une invitation au voyage, à l’ouverture, au regard sans jugement sur l’autre, les autres, la deuxième partie de la pièce résonne des accents mélodiques d’Oum Kalthoum. On est dans une représentation plus apaisée, où l’on entend les voix des autres qui posent des questions sur la Révolution française, les objets “volés” des pharaons qui remplissent les collections de nos musées… On se débarrasse tranquillement des clichés pour entendre ces propos aux antipodes de la peur irraisonnée qui habite la société française. Il est question d’échanges, d’amour, corps contre corps.

Pour les deux complices, Christelle Saez et Tatiana Spivakova, cette pièce est un acte de résistance « pour combattre la peur ambiante ». « Faire un arrêt, se poser et réfléchir dans un moment important où toute la société avance et se rapproche du bord du précipice. » D’où un décor neutre fait de draps blancs qu’habite Tatiana Spivakova, incroyable interprète, simplement vêtue d’une grande chemise blanche, qui se donne corps et âme, vibrante d’intensité tant l’enjeu est important. Parce qu’il faut être gonflé pour écrire et dire ces mots.

Comme l’explique Christelle Saez : « Écrire Cœur Sacré, c’est écrire dans l’urgence d’écrire. Parce qu’il faut le faire. Sortir de la prison de sa tête. Tenter de comprendre qui nous sommes, de quoi nous sommes faits. » L’urgence a poussé ces deux jeunes femmes dans l’action, en passant par l’écriture — c’est le premier texte de Christelle Saez – la mise en scène, l’interprétation… Elles deux ont ainsi retrouvé leur orient : « L’orient de la boussole. On dit “Être sans orient”. Désorienté. »

Tout sonne juste, terriblement juste, et on en ressort ébaubi par la force et l’intensité du propos… On espère que cette pièce soit encore jouée, que ce texte soit publié afin de contribuer à faire réfléchir et, pourquoi pas, à balayer les préjugés et l’ambiance délétère de notre société.

Plûme

Jusqu’au 24 février

La Loge
77, rue de Charonne
75011 Paris
Tél. : 01 40 09 70 40
http://www.lalogeparis.fr/index.php

 Texte et mise en scène : Christelle Saez
Interprétation : Tatiana Spivakova
Création lumière : Cristobal Castillo
Création vidéo : Julien Saez
Création sonore : Malo Thouément
Production : La Compagnie Memento Mori

Les Goguettes en trio (mais à quatre), au théâtre Trévise

@David Desreumaux

Goguettes ? On se demande, bien sûr, ce que signifie ce terme festif. Tout simplement des parodies de chansons populaires pour parler de l’actualité.

Au fil des événements, riches en surprises en tout genre, le trio déroule ses textes, chantés et mimés avec talent, élégamment accompagnés par la pianiste… la quatrième ! Il faut tirer un coup de chapeau à la mise en scène qui enchaîne avec un rythme soutenu ces sketches courts et pertinents.

Sans jamais une once de vulgarité, ils nous entraînent dans un rire léger, nous faisant (re)découvrir les derniers faits d’actualité et leurs protagonistes. Que ce soit sur le président sortant, les « sauveurs » en « on », les écolos-bobos, les morts de l’année (même Bowie), les totalement inattendues réalités (« on n’a rien vu venir »), les rejets («  toi, t’es pas Gaulois »), ce ne sont que des pépites d’humour et de bonheur.

À noter, un délicieux intermède avec la talentueuse Clémence Monnier évoquant son avenir de virtuose classique jugulé par les trois machos et, ce, avec une voix remarquable. C’est elle qui incarne notre « futur ex-président » avec le trio : très drôle.

Les applaudissements furent ce jour-là chaleureux. Une heure de légèreté pour oublier vos soucis, vos tracas, vos emmerdes… courez-y vite.

Et souhaitons un bel avenir à ce magnifique quatuor !

Anne Warembourg

Mise en scène :
Yeshé Henneguelle

Acteurs :
Stan
Aurélien Merle
Valentin Vender
Pianiste :
Clémence Monnier

Jusqu’au 13 juin 2017
Tous les mardis à 19 h 45
Théâtre Trévise
14, rue de Trévise
75009 Paris
Tél. : 01 48 65 97 90
www.theatre-trevise.com

Noce, au théâtre du Lucernaire

@Emmanuel Valentin

Un concentré d’énergie, un raz-de-marée verbal qui vous submerge, emportant tout sur son passage… La force du texte de Jean-Luc Lagarce (Derniers remords avant l’oubli, le Pays lointain, Music-Hall, Juste la fin du monde) parvient à transcender la mise en scène parfois outrancière de Pierre Notte (mouvements scéniques, musique omniprésente, etc.).

Cinq personnages, cinq exclu(e)s de cette noce que tous imaginent forcément grandiose. Chacun est un archétype à part entière : l’Enfant, la Femme, l’Homme, le Monsieur et la Dame. La montée de la tension dramatique est implacable : désir puissant de faire partie de la noce – symbole suprême de l’intégration sociale – euphorie d’y être arrivé, désillusion de se sentir rejeté, révolte, et enfin, vengeance, dans un gigantesque jeu de massacre… avant que les exclus ne reproduisent eux-mêmes le système qu’ils prétendaient dénoncer. Au passage, on notera que pour Lagarce, les soi-disant « nantis » souffrent d’une forme de misère différente, mais tout aussi pitoyable que celle des exclus.

Même si la deuxième partie de la pièce (notamment après le saccage de la noce), perd un peu en force à cause du côté répétitif des situations, l’ensemble est néanmoins très réussi. Cette satire sociale est admirablement servie par le jeu des acteurs qui réussissent la performance de faire vivre un texte très narratif, et à restituer son intensité.

Devant l’absurdité des situations, on a envie de rire, mais le rire reste bloqué dans la gorge, car la violence du propos est sous-jacente. De quel côté de la table est-on ? Du côté des nantis, ceux qui ont été invités à la noce, ou de celui des laissés-pour-compte, ceux que la société ne voit même pas ? L’indifférence et le mépris de l’autre ne peuvent qu’engendrer frustration et violence. Le texte soulève des questions toujours d’actualité. Alors, faut-il être de la noce, ou pas ?

Pour le savoir, courez voir la pièce !

Véronique Tran Vinh

Texte : Jean-Luc Lagarce
Mise en scène: Pierre Notte
Avec : Grégory Barco, Bertrand Degrémont, Ève Herszfeld, Amandine Sroussi et Paola Valentin.

 JUSQU’AU 11 MARS 2017
Du mardi au samedi à 21 h
Théâtre du Lucernaire
53, rue Notre-Dame-des-Champs
75006 Paris
Tél. : 01 45 44 57 34
http://www.lucernaire.fr/theatre/1072-noce.html

Big Freeze (thermodynamique de l’amour), au théâtre de la Reine blanche

@Romain Guillet

Dans quoi sommes-nous tombés ?
Dans un théâtre pas comme les autres, c’est sûr.
Dans une conférence sur la thermodynamique, peut-être bien.
Dans un système ouvert, fermé ou isolé ? Qui sait.

Sur la scène s’affiche une phrase : « Plateau de théâtre vide — Un public curieux : système fermé. »

Voilà qui plante le décor – façon de parler. On a plutôt l’impression d’être dans un laboratoire, serions-nous les prochains cobayes d’une expérience de thermodynamique ?

Non, les personnages arrivent… Un couple, un garçon esseulé, une mère et sa fille, un médecin et son malade, etc. De tous ces personnages, naît un grand désordre entropique –l’entropie est, comme chacun le sait ou pas, la mesure du désordre à l’intérieur d’un système. L’énergie et toute la chaleur thermodynamique qui en résultent sont bien sur scène, incarnés par des êtres cocasses, durs ou fragiles, secoués ou secouants. Nous voilà face à la création de structures dissipatives d’énergie que sont les histoires d’amour.

Car bien entendu, c’est d’amour dont il est question. Les saynètes sont explosives par les thèmes qu’elles abordent, leur mise en scène et le talent des comédiens. Le tout entrecoupé de « leçons » sur le Big Bang, l’Univers, et nous, petits grains de poussière à l’échelle du cosmos, que faisons-nous ?

C’est scientifique, sans nul doute, mais ce spectacle déborde largement ce cadre pour se promener dans les émotions qui secouent les Terriens que nous sommes. Thomas Poitevin, qui signe le texte et la mise en scène, endosse le rôle d’animateur d’émission de vulgarisation scientifique et mène tambour battant sa petite troupe dans des scènes loufoques et déjantées. Mais les comédiens sont-ils des scientifiques, ou les scientifiques des comédiens ?

C’est drôle, très drôle ! On rit beaucoup et souvent… dissipant des flux d’énergie que nous renvoient les comédiens. Bref, une soirée incroyable où connaissance ne rime pas avec ennui. Bien au contraire.

Si vous voulez rencontrer le Big Freeze, allez applaudir cette troupe de savants fous et passez une excellente soirée à envoyer et à recevoir des ondes énergétiques, euphoriques et réflexives !

Plûme

Jusqu’au 25 février, du mardi au samedi à 20 h 45
Théâtre de la Reine blanche
Scène des arts et des sciences
2 bis, passage Ruelle, 75018 Paris
http://www.reineblanche.com/portfolio_page/big-freeze/

Une création de :
La nationale fantôme
Texte et mise en scène : Thomas Poitevin
Inspiré des écrits de : François Roddier, Vincent Mignerot, Trinh Xuan Than et Hubert Reeves.
Avec :
Guillaume Arène, Andréa Brusque, Lucrèce Carmignac, Amaury de Crayencour, Ophélie Legris, Thomas Poitevin, Oriane Dioux, Fabio Acero

Création son et lumières : Ludovic Champagne
Scénographie, objets : Romain Guillet
Regards scientifiques : Oriane Dioux, Laurent Trouboul, Fabio Acero
Regard philosophique : Sophie Burdet

Rencontre avec Karine Ventalon, à La Folie Théâtre

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@Lou Sarda

Karine Ventalon incarne Célestine, dans Le Journal d’une femme de chambre, d’Octave Mirbeau, jusqu’au 4 mars à La Folie Théâtre. Rarement le verbe « incarner » n’a eu une signification si juste, à tel point qu’on ne sait plus si c’est la comédienne qui joue le rôle ou si c’est Célestine qui s’est emparée du corps de la comédienne… Portée par le texte très réaliste et cru d’Octave Mirbeau, Karine Ventalon ose y aller et ne se ménage pas. Rencontre entre deux castings.

 

La manière dont vous jouez Célestine fait penser au cinéma. Vous passez d’un registre à l’autre, vous campez tous les personnages qui ont croisé Célestine. C’est vrai qu’au cinéma, on peut couper, refaire une prise, on peut s’arranger, alors qu’au théâtre, c’est impossible. Comment y réussissez-vous ?
Merci pour tous ces retours, tous ces compliments me font chaud au cœur. C’est un rôle très complet que j’aime énormément interpréter. C’est vrai qu’il faut y aller à fond parce que, d’abord, c’est un journal intime. Donc, par définition, c’est censé n’être lu que par celui qui l’a écrit et qui y a mis toutes ses pensées, même les plus indicibles.
Octave Mirbeau le dit dès le départ lorsqu’il fait parler son héroïne : ce sera « sans retenue ni pudeur », en y mettant « toute la franchise qui est en moi et toute la brutalité qui est dans la vie ».
Je ne pouvais donc pas me permettre de jouer en demi-teinte. Célestine revit ses émotions passées, comme si elle était seule. Peu importe qu’elle soit moche – parce qu’elle souffre et pleure –, ou que l’on voie le haut de ses jambes quand elle s’assoit. Il fallait ce lâcher-prise et avoir cette sincérité, cette authenticité parce que l’on est dans un journal intime.
Quant à votre parallèle avec le jeu du cinéma, en plus de la direction d’acteurs et du parti pris choisi avec le metteur en scène William Malatrat, la proximité avec le public accentue aussi cela. En effet, la salle n’est pas très grande et cela me permet de chuchoter, de parler normalement, je n’ai pas besoin de déclamer. Dès que j’ai un mouvement de sourcil ou une larme qui coule, le spectateur le voit. Il entre en connivence avec moi et, ainsi, plus facilement dans l’histoire.

Dans votre interprétation, avez-vous pensé à Jeanne Moreau ?
Surtout pas ! Pas un seul instant. Bien sûr, j’ai vu le film de Buñuel parce que c’est important de savoir ce qui a été fait sur le sujet et aussi parce que je trouve normal, quand je travaille sur une pièce, de lire plusieurs œuvres du même auteur. C’est le cas pour Octave Mirbeau dont j’ai lu la biographie, je me renseigne aussi sur les mœurs de l’époque. Tout ça me nourrit, et nourrit mon personnage. À l’époque, on ne parlait ni ne bougeait de la même façon. Célestine, par exemple, se tenait très droite et saluait ses maîtres.
Quant à Jeanne Moreau, il n’y en a qu’une ! Elle est irremplaçable ! Elle a ce regard, cette voix et sa façon d’interpréter. Si je m’étais inspirée d’elle, j’aurais été une « copie » et j’aurais été fausse. Chaque soir, en interprétant Célestine, j’essaie d’être la meilleure version de moi-même et c’est déjà beaucoup de travail ! Avec William, on reste toujours dans la créativité : on se remet en question et, de temps en temps, on se fait des séances de répétitions pour recaler des petites choses.

ljfc-3jean-romain-pac-1Cela fait plusieurs années que vous interprétez Célestine. Comment a débuté cette aventure ?
Ce n’est pas tout à fait exact. Je l’ai interprétée pour la première fois il y a effectivement sept-huit ans, mais il y a eu une pause de cinq ans. En tout, j’ai dû la jouer une soixantaine de fois, ce qui n’est pas énorme.
La directrice du Guichet Montparnasse, Annie Vergne, avait un trou dans sa programmation et a appelé William en lui proposant de monter un projet sur quelques dates libres. Ce qu’il a bien évidemment accepté. Tout s’est passé très rapidement : j’ai appris le rôle en à peine quinze jours, quasiment en même temps que l’on commençait les répètes au plateau, et on a continué de répéter même après la première. L’année d’après, on a été reprogrammés, parce que la pièce avait bien marché et puis, je suis restée cinq ans sans la jouer. J’ai fait d’autres choses, du cinéma, de la télévision…
Puis, il y a deux ans, j’ai eu envie de reprendre ce rôle, il me manquait. C’est vrai qu’il est très complet, je peux passer du rire aux larmes, être la pire des garces, comme être pleine d’empathie, douce et en même temps rigolote, c’est quand même rare au théâtre d’avoir un rôle qui permet d’exprimer autant de choses en si peu de temps.
J’aime aussi énormément ce personnage, ce n’est pas une héroïne, on se rend compte qu’elle peut être garce, qu’elle ne tire pas de leçons du passé. En fait, elle est profondément humaine. Beaucoup des thèmes qui sont abordés dans cette pièce sont très actuels : l’homosexualité, l’antisémitisme, la pédophilie, les rapports homme/femme, maîtres/domestiques, l’amour, le sexe…
Donc il y a deux ans, j’ai rappelé William et on l’a rejouée pour une vingtaine de dates au Tremplin théâtre, ce qui m’a valu deux nominations et le prix de « meilleure comédienne dans un 1er rôle » aux P’tits Molières. Puis cette année, la Folie Théâtre nous a programmés.

Le rôle et la mise en scène ont-ils évolué entre le début et aujourd’hui ?
Bien sûr ! C’est très intéressant de reprendre un rôle plusieurs années après. J’ai mûri, j’ai travaillé avec d’autres personnes, j’ai appris…
Il y a des choses qu’on découvre, qu’on redécouvre. Mon jeu a évolué, forcément, j’ai plus de lâcher-prise qu’il y a sept ans. À l’époque, j’avais davantage de pudeur, de candeur aussi !
Tout comme j’ai évolué en tant que femme et comédienne, la mise en scène a évolué aussi pour que cela reste cohérent.

ljfc-2jean-romain-pacVotre corps tout entier appartient à Célestine sur scène. Est-ce le texte de Mirbeau qui vous donne la force d’aller si loin ou est-ce votre formation ?
Effectivement, le texte est très porteur et me touche vraiment, il y a des passages où je me dis que le public a de la chance d’entendre ces phrases pour la première fois !
Pour le rapport au corps, j’ai très peu d’accessoires, donc il faut bien faire exister les situations ! Comme je joue plusieurs personnages sur scène en plus de celui de Célestine, je dois changer ma gestuelle, ma voix pour chacun d’eux. Dès que je prends une posture, le public identifie le personnage et a ainsi un tableau de tous ceux qui ont croisé Célestine.
Il faut aussi ajouter que j’ai fait onze ans de danse classique, avec toute l’exigence que cela implique, et ça aide à prendre possession de l’espace et du plateau.
Quant au corps, il faut avoir une bonne hygiène de vie, faire du sport, bien manger, bref, en prendre soin. Quand je joue pendant quatre mois au théâtre un rôle très physique comme celui-ci – où je change souvent de voix et où je reste 1 h 15 sur scène – je n’ai pas le droit de tomber malade, parce que, si demain j’ai une bronchite, c’est la catastrophe ! D’ailleurs je touche du bois…

Dans le répertoire classique ou contemporain, y a-t-il un rôle que vous rêvez d’interpréter ?
Jouer un rôle, c’est aussi une rencontre. C’est une alchimie avec ses partenaires, son metteur en scène. Le Journal d’une femme de chambre, telle que la pièce est aujourd’hui, n’aurait jamais été ce qu’elle est avec un autre metteur en scène.
Des rêves de rôles, j’en ai plein ! Les rôles que j’aime sont ceux où on ne peut pas mettre les gens dans une case. J’aime les rôles évolutifs, ça peut être la femme d’affaires déterminée qui sombre dans la folie ou au contraire la femme soumise qui se révèle, des rôles qui reflètent la vie avec ses joies, ses peines, ses tourments, ses drames… J’aime les rôles où y a des choses à défendre. Surprendre les gens et être là où l’on ne m’attend pas forcément. J’aime travailler avec les metteurs en scène ou les réalisateurs qui me poussent dans mes retranchements.

je-taime-filme-moiQuels sont vos projets ?
Il y a un film qui va sortir cette année et qui me tient beaucoup à cœur : Je t’aime, filme-moi, réalisé par Alexandre Messina, avec Christophe Salengro et Michel Crémades. C’est l’histoire de deux réalisateurs un peu has been qui partent sur les routes filmer des déclarations d’amour qu’ils vont ensuite apporter au destinataire, quitte à traverser la France. Dès le début de l’histoire, ils vont tomber sur mon personnage, Luce, une nana au caractère bien trempé avec un look de punk (cheveux roux, baggy, Doc Martens pourries) qui conduit une camionnette sans rétroviseur ! Je remercie d’ailleurs Alexandre Messina de m’avoir confié ce premier rôle féminin haut en couleur, c’était un vrai bonheur d’interpréter ce personnage !
Ces dernières années, je fais également de plus en plus de télé, séries et téléfilms… dernièrement je campais le rôle d’Isabelle dans Plus belle la vie. La télé, ça me plaît beaucoup et j’espère en faire de plus en plus !

Le mot de la fin ?
J’adore mon métier de comédienne. C’est rare de pouvoir dire quand on part travailler : « Je vais jouer ! »

Propos recueillis par Plûme
Photos pièce : @Jean-Romain Pac
Conceptio
n affiche : @Serge Tiar

Retrouvez notre chronique sur « Le Journal d’une femme de chambre », avec  Karine Ventalon :
http://bit.ly/2g6UaJ8

Déséquilibre, au théâtre Montmartre Galabru

Crédit photo @Julien James

L’entreprise n’était pas facile, mais ils s’y sont attelés. Aborder l’état d’urgence… en plein état d’urgence. Pointer du doigt les dysfonctionnements présents et à venir, le pouvoir grandissant de la police, l’arsenal des lois liberticides.

La Compagnie Certes mouille sa chemise dans une pièce écrite par l’un des siens, Romain Trevisan, présent aussi sur scène dans le rôle de l’avocat, plus vrai que nature, obligé de prendre parti.

Le thème : un jeune homme est abattu par des policiers au moment de son arrestation, sous les yeux de ses parents. Ici, pas question de juger de la culpabilité du garçon, ni de celle des policiers, pas même d’approfondir le vieux débat entre justice et vengeance. Non, tout cela n’est qu’effleuré, mais ce qui fait la force de la pièce c’est l’impact de cette tragédie (la mort d’un jeune homme) sur les personnages.

Le contraste est effarant entre la vraie vie, la douleur des parents (émouvants Yussef Larbaoui et Isabelle Hétier), la violence des policiers (bien campés par Virginie Kazandjan, Yasmine Hadj Ali et Thor Schenker) et, de l’autre côté, la rigidité et la légèreté de la Justice. Dans une interprétation époustouflante, Iman Kerroua incarne la juge, grande professionnelle du barreau, mais aussi amatrice de bons mots et d’adages. Exubérante, loufoque, dans sa robe de juge, elle mène débats et intervenants d’une main de fer.

C’est la même Iman Kerroua qui signe la mise en scène, alternant grotesque et drame, tout en subtilité… Le rythme crescendo d’une batterie accompagne le changement de décor, les souvenirs sont évoqués en ombres chinoises, et d’autres inventions que je vous laisse découvrir.

Avec ce Déséquilibre, la Compagnie Certes fait entrer le théâtre dans l’actualité de notre société, non sans une bonne dose d’humour grinçant.

Alors, osez le déséquilibre !

Plûme

Auteur : Romain Trevisan
Mise en scène :
Iman Kerroua
Avec :

Yussef Larbaoui, Romain Trevisan, Grégory James, d’Iman Kerroua, Vincent Noutary, Isabelle Hétier, Yanis Kerroua, Virginie Kazandjan, Yasmine Hadj Ali et Thor Schenker

 Jusqu’au 25 février 2017,
uniquement les samedis à 21h30

Théâtre Montmartre Galabru
4, rue de l’Armée-d’Orient
75018 Paris
http://theatregalabru.com/desequilibre/

Cendres de cailloux, au théâtre La Boussole

Crédit photo @Laurent Lafuma

Ce soir là, la gouaille polissonne de la musicienne Geneviève Morissette nous accueille. Bien qu’absente physiquement pour les futures prestations – qu’importe, même si on le regrette –, elle est bien présente dans cet accompagnement, ou plutôt, cette mise en exergue d’un scénario complexe.

Une table ronde….. Symbole d’une rencontre entre potes ? Non pas… Des êtres fracassés le peuvent-ils seulement ? Peu à peu, on comprend qu’il s’agit de souvenirs d’un passé, réinterprété, comme c’est toujours le cas, par chacun des protagonistes.

Un couple. Père et fille, peu importe. Un couple. Un drame épouvantable, à peine évoqué, les a soudés. Qui peut aider, voire sauver l’autre ? Celui qui s’évade dans le travail pour échapper à tout échange ou l’enfant, dans l’avenir malgré tout, s’efforçant d’y entraîner son père. Une femme veut secourir le père de son amour, mais cet esprit libre se laisse aimer… par un autre, frustré lui aussi.

Un drame en entraîne-t-il un autre ? Le Destin est-il une réalité ? Les Cailloux peuvent-ils devenir Cendres ? Le propos paraît un peu confus.

Parmi les quatre personnages, tous émouvants dans leur soif de s’en sortir, Marie Mainchin et Solène Gentric sont particulièrement convaincantes.

Anne Warembourg

Jusqu’au 26 mars 2017
Du mercredi au samedi à 20 h 30, le dimanche à 20 h
Théâtre La Boussole
29 rue de Dunkerque
75010 Paris
https://www.theatre-la-boussole.com/

Texte : Daniel Danis
Mise en scène : 
Christian Bordeleau, Québec en scène
Avec :
Philippe Valmont (Clermont), Solène Gentric (Shirley), Marie Mainchin (Pascale), Franck Jouglas (Coco)
Musique originale :
 Geneviève Morissette