“Crise de nerfs”, trois farces d’Anton P. Tchekhov, au Théâtre de l’Atelier

© Maria Letizia Piantoni

Peter Stein a réuni trois courtes pièces de Tchekhov – Le Chant du cygne, Les Méfaits du tabac, Une Demande en mariage – où les personnages ont en commun d’éprouver les affres d’une crise existentielle. À un moment clé de leur vie, le temps et les circonstances exacerbent leur difficulté d’être.

Svetlovidov est un acteur vieillissant, malade et amer. Il a trop bu et s’est endormi dans les coulisses après la représentation. Obsédé par le sentiment de sa vie ratée, il est hanté par ses personnages et ressuscite Hamlet, Othello ou le roi Lear dans le théâtre vide…

Dans ce Chant du cygne, il est l’archétype de tous les comédiens bons ou mauvais que Tchekhov a croisés si souvent dans les coulisses des théâtres et observés avec tendresse. Comme lui, on compatit devant ce naufrage erratique.

Un homme est contraint par sa femme de faire une conférence sur les méfaits du tabac. Il profite de ce moment de pseudo-liberté  pour s’épancher sur la tyrannie domestique que lui font vivre sa femme et ses filles. Pris au piège comme un insecte dans une toile d’araignée, il se perd en digressions, passe du coq à l’âne, tourne en rond mais ne peut se résoudre à fuir sa vie médiocre. Les Méfaits du tabac est une farce cruelle plutôt triste où l’on rit jaune.

Dans La Demande en mariage, la crise de nerfs vire à l’épilepsie ! Un prétendant, tétanisé par la demande en mariage qu’il se propose de faire, est victime de convulsions psycho-somatiques face à sa future, elle-même sujette à des accès d’hystérie… sous les yeux médusés du père. Un vrai vaudeville où l’exaltation monte en spirale, provoquant les rires francs du public.

Le metteur en scène a grossi le trait et accentué la dimension farcesque de ces petits drames. Grimé, portant perruques ou favoris, Jacques Weber se prête au jeu, comme boursouflé de l’intérieur, faisant bouillonner le trop-plein d’humanité des personnages. Dans Le Chant du cygne, la mise en abyme de l’acteur est flagrante puisqu’il va jusqu’à citer les vers de Cyrano… Les deux jeunes comédiens qui l’accompagnent sont également excellents et font preuve d’un abattage forcené, et miment une danse de Saint Guy qui force l’admiration !

En résumé, et pour paraphraser Tchekhov, dans sa correspondance : « Il vaut bien mieux écrire des petites choses que des grandes. C’est sans prétention, et le succès est là… que faut-il de plus ? »

Florence Violet

Crise de nerfs au Théâtre de l’Atelier
1, place Charles-Dullin, 75018 Paris
http://www.theatre-atelier.com/
Représentations du mardi au samedi à 19 h dimanche à 17 h

Mise en scène Peter Stein
Avec
Jacques Weber
Manon Combes
Loïc Mobihan
Texte français André Markowicz et Françoise Morvan

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