“Mon Isménie” d’Eugène Labiche, au Théâtre de Poche-Montparnasse

Mon Isménie affiche

”Depuis quelque temps, le prétendu se brosse beaucoup dans cette maison !” (Chiquette, scène I)

Vancouver veille jalousement sur sa fille, au point de vouloir se la garder pour lui et de contrecarrer tout projet de mariage. Il renvoie donc systématiquement tous les “prétendus” sous des prétextes divers et contre tout bon sens, au grand dam de toute la maisonnée et surtout de sa fille Isménie. Voilà pour l’argument.

Si monter une pièce de Labiche a longtemps été, pour certains metteurs en scène, une concession au théâtre de boulevard, c’est devenu, comme pour Feydeau, un passage obligé, que Daniel Mesguish concrétise aujourd’hui… en se réservant le plaisir de faire un sort au texte, forcément. Il faut dire que l’auteur lui fait, lui aussi, un “boulevard”, en la matière, propice à détournements divers : apartés, couplets lyriques, monologues, digressions, etc., que le metteur en scène se hâte de multiplier, à l’envi, en sautant sur la moindre occasion. Il flirte ainsi avec les cartoons façon Tex Avery, la bande dessinée, le comique de répétition, ponctue le texte de bruitages divers, de jeux de scène décalés, de chorégraphies millimétrées, prend les mots au pied de la lettre, noie le tout dans la fumée, et impose aux comédiens un rythme soutenu, eux qui sont déjà soumis à la mécanique de précision Labiche !

C’est enlevé, ça ne fait pas dans la dentelle, c’est servi par de talentueux comédiens doués pour l’improvisation (Sophie Forte, Guano, Frédéric Souterelle, Alice Eulry d’Arceaux) ou délibérément à contre-emploi (Chiquette, la bonne, est jouée par Frédéric Cuif) qui donnent de leur personne, campent des personnages à la Daumier, gonflés comme des baudruches, s’adressent au public, et assument le kitch, le tout sans décor, mais avec accessoires.

Mesguish surjoue Labiche, et c’est tant mieux (même si les trouvailles ralentissent quelquefois le rythme). Le texte est jubilatoire, on y entre comme dans une maison bourgeoise dont on aurait bousculé les meubles, les mots y sont à la fois surannés et surréalistes. Le public ne boude pas son plaisir, on en sort réjouis, les comédiens nous attendent tout sourires à la sortie, on leur dit bravo… tiens, j’ai envie de fraise de veau, ça tombe bien, il y a un “bouillon” juste à côté !

Florence Violet

Des mots pour vous dire

À partir du 14 janvier 2020
Théâtre de Poche-Montparnasse
75 boulevard du Montparnasse, 75006 Paris
http://www.theatredepoche-montparnasse.com/

Représentations du mardi au samedi 21 heures, dimanche à 17 h 30
Relâches exceptionnelles les 1er et 24 février
Mise en scène : Daniel MESGUICH
Airs et illustration sonore : Hervé DEVOLDER
Costumes : Corinne ROSSI
Scénographie : Stéphanie VAREILLAUD

Avec
Frédéric CUIF : Chiquette
Alice EULRY d’ARCEAUX : Isménie
Sophie FORTE : Galathée
GUANO : De Dardenboeuf
Frédéric SOUTERELLE : Vancouver

 

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