“ITEM”, au T2G

©Jean-Pierre Estournet

Trois (bonnes) raisons de vous rendre au T2G

D’abord, parce que l’on s’y sent bien : l’accueil de l’équipe y est très chaleureux et aux petits soins, les grandes tables disposées dans le hall sont conviviales et les petits salons ça et là propices à l’échange entre spectateurs. Et ce n’est pas un hasard, si l’on en croit le récent article de Libération :  « Les théâtres jouent cartes sur tables », car les nouveaux acteurs de la décentralisation s’attachent à réinventer le lien avec le public, en lui proposant, non plus seulement un lieu de création, mais un « lieu de vie ». Ici, on vous abreuve, on vous nourrit et on vous raccompagne *.

D’où l’importance d’y implanter un espace de restauration digne de ce nom, propre à attirer de nouveaux publics en y stimulant autant les neurones que les papilles : c’est le cas ici du restaurant Youpi, qui joue la carte des bons produits à petits prix (j’y ai dégusté une assiette végétarienne à tomber pour 8,50 euros !), outre qu’il dispose aux beaux jours d’un potager sur le toit… Et ça marche : étudiants en mal de révision, déjeuners sur le pouce… le théâtre s’ouvre à de nouveaux usages, et réinvente son image.

Question neurones, nous sommes servis avec Item, une nouvelle création du Théâtre du Radeau : « lI s’agit ici d’accepter de quitter les repères habituels − histoire, personnages − pour partager un théâtre poétique, sensoriel, à la fois ludique et profond. […] Les acteurs […] nous invitent à nous débarrasser de nos “codes” et vivre l’instant présent. » (Extrait de la présentation.)

On ne peut mieux dire : dans un décor façon brocante vintage, fait de tables, de chaises, de panneaux divers, fenêtres, tableaux, châssis, les acteurs composent et recomposent un univers mouvant, apparaissant par-dessus, par-dessous ou à travers ; les personnages sont des sortes d’archétypes, le Chevalier, le Minotaure, la Jeune Fille, aux masques de carton-pâte, aux costumes grotesques, aux barbes postiches, un vieux théâtre avec ses marionnettes boursouflées, évoquant autant Kantor qu’Alfred Jarry. L’expérience est déroutante : à première vue, ce « dépaysement » réjouit, ces coq-à-l’âne bouleversent notre rationalité, nous propulsent dans un monde suranné, onirique, et selon notre degré de connaissance littéraire nous poussent à en chercher l’origine, reconnaître tel ou tel extrait… ou pas. Car le « livret de paroles » fourni nous promet du beau monde : Dostoïevski, Ovide, Goethe, Brecht… et, en sourdine ou tonitruantes, des citations musicales de Dvorak, Bartok, Sibelius, John Cage… que nous percevons, ou pas, comme à travers un filtre déformant, sans lien apparent.

C’est cette absence de liens qui est la part la plus opaque de la représentation, des ténèbres que l’esprit se refuse à absorber. Sans doute ne me suis-je pas assez abandonnée à la vérité des acteurs, mais comment le faire tant les mots sont omniprésents et les silences trop courts (les mouvements étant aussi des « dits ») ? Trop de grotesque, et pas assez d’émotions ? Ou alors pas le temps de les goûter ? Un surcroît d’informations m’a submergée et… j’ai piqué du nez à plusieurs reprises.

Néanmoins, et c’est la part la plus évidente et la plus précieuse de cette « geste » théâtrale, l’impression demeure que ce théâtre-là, comme celui de Kantor, ne survivra pas à ses protagonistes, non pas qu’il soit un théâtre de la mort, mais parce que le Radeau est constitué de survivants qui ne pourront le transmettre parce que cette vérité du théâtre sera évacuée de notre imagination, hors champ, ne pourra perdurer hors de leurs corps matriciels.

Ce soir de première, la salle était composée de beaucoup d’aficionados, d’anciens « suiveurs » enthousiastes, de jeunes étudiants de théâtre, et peut-être aussi de néophytes comme moi. Je retournerai « voir » le Radeau avant qu’il ne disparaisse.

En attendant, allez-y sans préjugés car l’expérience y est singulière, et vous aussi pourrez dire « J’y étais » !

PS : à l’issue du spectacle, une superbe navette vous raccompagne dans Paris intra-muros. En ces jours de grève, c’est très appréciable !

Florence Violet

Des mots pour vous dire

Jusqu’au 16 décembre 2019
Mise en scène, scénographie : François Tanguy / Théâtre du Radeau
avec Frode Bjørnstad, Laurence Chable, Martine Dupé, Erik Gerken, Vincent Joly

T2G (théâtre de Gennevilliers)
41 avenue des Grésillons, 92230 Gennevilliers
theatre2gennevilliers.com

 

 

 

 

 

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