“La Convivialité, la faute de l’orthographe”, au Théâtre Tristan-Bernard

La faute de l'orthographeD’entrée de jeu, Arnaud Hoedt et Jérôme Piron nous expliquent ne pas être comédiens mais professeurs de français. Qu’à cela ne tienne et pourquoi pas ? Vive l’art du spectacle ouvert à tous. Une idée à laquelle je souscris.

Le désenchantement arrive quand au fil des minutes qui s’écoulent, assise dans mon fauteuil, attentive au défilé des incongruités de notre orthographe qui prêtent au rire, je découvre qu’au lieu d’assister à une pièce comique telle que annoncée, en face de moi, nos deux enseignants belges sont avant tout l’instrument partie prenante de la réforme de l’orthographe. Dans leur présentation, ils omettront de mentionner qu’ils soutiennent la fédération Wallonie-Bruxelles qui appelle de ses vœux entre autres à instaurer l’invariabilité du participe passé (cf. tribune signée dans Libération https://bit.ly/2BJQwCi). Information que je ne découvrirai que plus tard.

Pour l’heure, suis-je vraiment en train d’assister à un simple spectacle ? J’ai le sentiment d’être à une conférence. La vision manichéenne du sujet cesse très vite de me faire sourire.
Aussi, même si je partage nombre d’arguments avancés – s’appuyant à la fois sur la petite histoire de l’Académie française, la linguistique, l’Histoire –, il est plus difficile de suivre le fil rouge qui les relie et d’adhérer aux conclusions assénées : on saute de syllogismes faussés en syllogismes faussés.
S’il a existé et existe un snobisme, et un pré carré défendu par une certaine élite qui a complexifié l’orthographe pour mieux se réserver dans un entre-soi identitaire, ce dont je conviens, le problème est déplacé en le réduisant avec abus : n’est pas évoquée l’absence de formation pédagogique et encore moins d’ouverture aux neurosciences par les professeurs qui se débattent comme ils peuvent avec le peu de moyens de certains établissements (un livre pour deux, non !), ce qui favoriserait déjà l’apprentissage de la langue. Non, il ne sert à rien d’écrire aujourd’hui « nénufar » avec un « f » à la place de « ph » si le sens du code de l’écriture n’est toujours pas donné à l’élève. L’Académie française manque de linguistes, l’Éducation nationale aussi. Et particulièrement dans les classes. Commençons par le début avec des budgets alloués. L’accord du participe passé n’est pas plus compliqué à comprendre que des équations à deux inconnues. Transmise de façon ludique, cette règle de grammaire peut même devenir un jeu et pour des tout jeunes. D’ailleurs, pourquoi se cristalliser sur certaines difficultés et pas sur d’autres tout aussi ardues ? Quel est cet arbitrage aussi hermétique à saisir que l’orthographe elle-même ? Doit-on interroger l’Académie française pour s’assurer de telle rectification ou non à défaut d’une logique d’ensemble ? Un vrai casse-tête.

Le zéro faute n’existe pas dans la vraie vie, pas plus que sur les cahiers. Savoir se dépasser, compter avec le temps et ne pas s’identifier à ses erreurs sont les valeurs à véhiculer. Encore une fois, c’est la pédagogie de l’enseignement de toutes les matières qui est  à appréhender dans son grand tout.

Prétendre que le niveau n’a pas baissé, qu’à chaque génération est entendu le même refrain, revient à balayer d’un revers de main la réalité terrain des correcteurs qui le constatent tous les jours. Un métier mis à mal et méconnu qui tend à disparaître. Rien d’étonnant quand Arnaud et Jérôme citent avec contentement : « L’orthographe, divinité (…) des sots. », Stendhal ; « L’orthographe de la plupart des livres français est ridicule (…) L’habitude seule peut en supporter l’incongruité. », Voltaire.
Eh bien voilà des arguments qui donnent envie d’apprendre et pourront motiver notre jeunesse ! Et dans quel est le but ? Déconstruire : c’est bien, mais aussi faut-il savoir construire avec sagacité et pragmatisme pour donner le sens tant recherché et décrié qui manque aujourd’hui. La caricature n’aide en rien. Si l’orthographe doit évoluer, le regard de ceux qui veulent la simplifier aussi. Faire preuve d’esprit critique, c’est en faire jusqu’au bout et placer le curseur sur son juste milieu. Employer, par exemple, des anglicismes à tout bout de champ dont on ne connaît pas la traduction française constitue aussi la nouvelle version moderne du snobisme qui frise le ridicule (un beau sujet pour Molière!).
Je ne sais pas ce qu’auraient dit Voltaire ou Stendhal en 2019. Peut-être auraient-ils été plus nuancés que certains le prétendent.

Carole Rampal

Jusqu’au 30 décembre 2019
Théâtre Tristan-Bernard
64, rue du Rocher,  75008   Paris
Tél. location : 01 45 22 08 40

Auteur : Arnaud Hoedt et Jérôme Piron
Interprète : Arnaud Hoedt et Jérôme Piron
Réalisateur/Metteur en Scène : Arnaud Pirault, Clément Thirion et Dominique Bréda

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