“Baby”, au Théâtre de l’Atelier

Photo Baby

Dans une Louisiane des années 90, Wanda (Isabelle Carré) et Al (Vincent Deniard) ont déjà quatre enfants et en attendent un cinquième. En situation financière précaire, ils décident afin d’assurer à l’ensemble de la famille et à ce nouveau venu une meilleure qualité de vie de le faire adopter. Rachel (Camille Japy) et Richard (Bruno Solo), un couple aisé, issu du milieu du cinéma, passe une annonce pour avoir un bébé « blanc en parfaite santé ». Les deux couples prennent rendez-vous.

Dire qu’il s’agit de la rencontre de deux mondes serait trop facile. Le racisme, le puritanisme, les préjugés et les tabous se mélangent et nous font découvrir tour à tour, la face tantôt assumée tantôt cachée de chaque personnage. Nos convictions sont mises à mal sans que l’on s’y attende.

Les arguments et les faiblesses humaines des uns et des autres nous mènent habilement sur le sentier du débat mais nullement sur celui du jugement. La boussole de notre cœur s’affole sans vraiment savoir où est le nord. Y en a-t-il seulement un ? C’est d’ailleurs semble-t-il le vœu de Jane Anderson, l’auteure de la pièce, qui nous invite au recul et à la compassion : « Merci de porter sur eux un regard indulgent : ce ne sont pas des gens mauvais, mais simplement des âmes blessées, cherchant à travers cet espoir d’enfant, un salut. » Cette dramaturge américaine aux nombreux prix cisèle finement une histoire ô combien touchante, grâce à la profondeur de ses personnages. Elle reconnaît elle-même que s’ils sont fictifs ; la situation, elle, est bien ancrée dans la réalité des années 90 aux États-Unis.

L’adaptation de la pièce en France est merveilleusement bien menée par Camille Japi et la mise en scène d’Hélène Vincent met en lumière des comédiens dont la réputation n’est plus à faire. Bien que l’on regrette que l’interprétation de la femme enceinte, incarnée par Isabelle Carré, manque parfois d’un soupçon de réalisme, les acteurs, tous brillants, nous livrent une performance puissante et juste. On en ressort ému, en colère, touché ou dérangé mais pas indemne. On déguste cette pièce avec la même surprise de l’effet d’un bonbon sucré et doux qui révélerait au cours des minutes un goût piquant voire acide. Une mention spéciale à l’avocat de Rachel et Richard, interprété par Cyril Couton, qui équilibre délicieusement la pièce, la saupoudrant délicatement d’une touche de légèreté.

Si vous avez l’envie de voir une comédie dramatique profonde au cours de laquelle toute remise en question est possible, alors courez la voir !

Christel Haber

Baby.jpg
De Jane ANDERSON
Adaptation : Camille JAPY
Mise en scène de Hélène VINCENT
Avec Isabelle CARRÉBruno SOLOCamille JAPYVincent DENIARD et Cyril COUTON
Théâtre de l’Atelier
À partir du 19 janvier 2018

Du mardi au samedi à 21h00
Matinée le dimanche à 15h00

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