1988, le Débat Mitterrand-Chirac, au théâtre de l’Atelier

@ Pascal Victor

Duel au sommet

En reprenant le texte du fameux débat de 1988 et en le réduisant à une heure trente,  le théâtre Montansier, dirigé par Geneviève Dichamp et Frédéric Franck, nous donne à entendre une autre version du discours politique. Tous les éléments propres à la dramaturgie étant réunis, cela ne pouvait que constituer un magnifique moment de théâtre.

Le choc de deux personnalités aux antipodes, de deux conceptions de la société qui s’affrontent lors d’un débat… cela vous rappelle peut-être quelque chose ? Le débat de l’entre-deux tours de l’élection présidentielle est désormais une institution dans notre pays. Au-delà de la politique, il constitue aussi un bel exercice de rhétorique – et partant, de manipulation –, comme ce fut le cas pour le débat de 1988.

D’emblée, chacun veille à présenter un ethos (image que le locuteur donne de lui-même à travers son discours) positif. À l’opposé d’un Mitterrand, fin stratège, qui remet les choses en perspective dans l’histoire (par exemple, la crise de la Nouvelle-Calédonie) et qui propose une approche philosophique du monde, Chirac incarne un candidat plus technocrate, pragmatique, qui se réfère en permanence au bilan de son ministère.

N’oublions pas cependant la particularité des candidats de 1988 : l’un était le Président de la République et l’autre, son Premier ministre, obligés de cohabiter depuis deux ans au sommet de l’État. D’où une opposition renforcée par le statut de chacun, donnant lieu à un dialogue lourd de sous-entendus, de ressentiments, aux allures de règlement de comptes.

La retranscription des textes met en exergue leur mordant et, parfois même, leur drôlerie. À Chirac, qui veut que les choses soient claires : « Nous sommes deux candidats à égalité… vous me permettrez de vous appeler Monsieur Mitterrand… », Mitterrand rétorque avec une ironie cinglante : « Bien sûr, M. le Premier ministre. » De même, l’absurdité du dialogue déclenche le rire quand Chirac interpelle son adversaire sur la hausse de la TVA sur les aliments pour chiens et que celui-ci répond qu’il aime les chiens mais qu’il « se préoccupe de la TVA pour les hommes ».

Véritable joute oratoire, mais aussi rencontre entre deux grands acteurs : Jacques Weber, avec sa stature imposante et ses mimiques lourdes de sous-entendus, compose un Mitterrand souverain, face à François Morel, qui fait ressortir la dimension humaine et le désarroi de son challenger. Entre les deux, Magali Rosenzweig, alias Michèle Cotta, compte les coups d’un air médusé.

À quelques heures du débat de l’entre-deux tours (réel celui-ci), ce spectacle nous oblige à une distanciation bienvenue face aux affirmations de ceux qui briguent le pouvoir suprême. Un moment de théâtre jubilatoire, mais aussi une réflexion salutaire sur la politique et ses faux-semblants.

Véronique Tran Vinh

avec :  Jacques Weber , François Morel et Magali Rozenzweig
Produit par : le théâtre Montansier

6 représentations exceptionnelles :
Les 2, 3, 4, 5 et 6 mai à 21 h
Le 7 mai à 16 h
Théâtre de l’Atelier
1, place Charles-Dullin
75018 Paris
Réservations au : 01 39 20 16 00
www.theatremontansier.com
www.theatre-atelier.com

 

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