Billie Holliday – Sunny Side, à La folie Théâtre

©Denis Rion

De la voix rocailleuse de Billie Holiday roule le torrent de sa vie… Par moments furieux, au cours impétueux, passant de bras en bras, parfois violé, parfois caressé, souvent engagé, rarement en paix.

Sur scène, Naïsiwon El Aniou raconte la vie de la grande dame du Blues, toujours au bord du gouffre, seule ou mal accompagnée, oscillant entre gaîté et tristesse avec, chevillée au corps, toujours la rage de vivre.

Dès le début de la pièce, la comédienne dit « je » et on comprend qu’elle a dans la peau cette Lady Day. Fidèle à Billie dont elle connaît le parcours chaotique, elle joue et danse mais laisse la voix unique de la chanteuse de Blues interpréter ses chansons.

C’est une réussite totale. Naïsiwon El Aniou occupe le plateau au rythme des anecdotes tumultueuses de la vie de la diva. On voit ainsi défiler l’histoire des États-Unis à l’époque où la ségrégation raciale aboutissait au lynchage. On frissonne d’effroi en écoutant Strange Fruits où Billie Holiday fait résonner chaque mot d’une densité telle que l’on voit ces « étranges fruits » que sont les corps de jeunes noirs pendus se balancer aux branches des arbres.

Ce qui est troublant dans l’interprétation de Naïsiwon El Aniou, c’est la force du parler vrai et la gestuelle de la chanteuse qu’elle nous fait passer, celle qui est née d’une mère âgée de seulement 13 ans, dans une très grande misère. Des hommes, elle en a connu… violeurs, amoureux, bagarreurs, elle en a souffert mais certains lui collent toujours à la peau. La prison, la drogue, l’alcool… elle sait de quoi elle parle.

Elle raconte les tournées où parfois on la trouve trop blanche, ou trop noire, ou alors, comble de tout, une chanteuse blanche prend sa place sur scène pendant qu’elle attend dans le van… Ce qui lui fait dire que parfois : « On se sent comme une esclave dans une plantation. »

On suit le corps de la comédienne-danseuse vibrer, se tordre, danser au son du Blues, des histoires, des émotions dans un hommage saisissant à celle qui racontait : « On a dit que personne ne chantait le mot amour ou le mot faim comme moi. »

La mise en scène sonne juste : quelques objets, un réchaud, trois robes, deux paires de talons, la présence d’un saxo comme un ami, un flacon d’alcool, un brin de vidéo, et on habite l’univers de la diva. Naïsiwon El Aniou ne se prive pas de la faire danser sur les titres qu’elle a choisis comme God Bless The Child, et on bouge avec elle.

De grands moments d’intensité partagés dans la petite salle de la Folie Théâtre qui a eu l’excellente idée de reprogrammer ce spectacle ! Bravo !

Plûme

Texte et mise en scène : Naïsiwon El Aniou
Avec : Naïsiwon El Aniou
Costume : Laetitia Chauveau
Création lumières : Sylvain Pielli

Jusqu’au 27 mai, vendredi et samedi à 21 h
À la Folie Théâtre
6, rue de la Folie Méricourt
75011 Paris
Tél. : 01 43 55 14 80
http://www.folietheatre.com

 

 

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