Le Journal d’une femme de chambre, à La Folie Théâtre

 

ljfc-1jean-romain-pac-retaillee©Jean-Romain Pac

« Ah ! ceux qui ne perçoivent, des êtres humains, que l’apparence […] ne peuvent pas se douter de ce que le beau monde, de ce que la haute société est sale et pourrie. »

Voici l’occasion rêvée de redécouvrir ce portrait au vitriol de la bourgeoisie de la fin du XIXe siècle, vue à travers les yeux de Célestine, chambrière chez les Lanlaire. La mise en scène, volontairement épurée, laisse toute sa place au texte, magnifiquement porté par Karine Ventalon (« Meilleure comédienne 1er rôle 2015 » aux P’tits Molière), seule devant le public. Le standard « Solitude » interprété par Billie Holiday vient ponctuer le spectacle, créant une atmosphère intimiste, propice à la confidence.

Ce récit de la vie d’une femme de chambre de province, au bas de l’échelle sociale, est à la fois empreint de lucidité et d’humour. Lucidité très crue lorsque Célestine décrit sa condition de domestique : « La solitude, ce n’est pas de vivre seule, c’est de vivre chez les autres, chez des gens qui ne s’intéressent pas à vous, pour qui vous comptez moins qu’un chien. » Mais humour impitoyable lorsqu’elle se moque des travers de ses maîtres et maîtresses, tous corrompus par l’argent, le vice ou la vanité.

Une société corrompue
La vie de Célestine se résume à une suite d’asservissements : elle est esclave de ses maîtres, mais aussi esclave de ses sens lorsqu’elle succombe à son désir pour les hommes (notamment pour Joseph, son fiancé violent et xénophobe). La force du texte d’Octave Mirbeau réside dans sa capacité à montrer les dessous les plus vils de l’âme humaine : mépris et cruauté vis-à-vis des plus faibles, exploitation sexuelle et exploitation tout court. Mais les opprimés ne se révèlent guère plus louables que leurs oppresseurs, faisant preuve d’un antisémitisme tristement banal – nous sommes à l’époque de l’affaire Dreyfus – et devenant, dès qu’ils le peuvent, oppresseurs à leur tour. Seuls les mots et l’humour peuvent éclairer ce tableau très sombre de la condition humaine.

Avec pour uniques accessoires une valise et une paire de bottines, Karine Ventalon se livre à une performance très physique, donnant vie à une incroyable galerie de personnages par ses mimiques, sa gestuelle ou son intonation. Jamais elle n’en fait trop. Dans le rôle de Célestine, elle change de registre avec maestria, passant de la rouerie au désespoir, de la séduction à l’émotion avec la même justesse. Grâce à son interprétation  intense et d’une grande expressivité, elle parvient à nous faire entrer dans les tourments de son personnage pendant une heure et demie. Un très beau spectacle porté par une très belle comédienne, qui mériterait d’être joué sur les plus grandes scènes.

Véronique Tran Vinh

D’Octave Mirbeau
Mise en scène : William Malatrat
Avec : Karine Ventalon
Jusqu’au 4 mars 2016
Du mardi au samedi à 20 h et dimanche à 18 h
À la Folie Théâtre
6, rue de la Folie Méricourt
75011 Paris
Tél. : 01 43 55 14 80
http://www.folietheatre.com/

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