Interview avec Laura Elko

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Une très jolie voix, beaucoup d’humour et le sens de la scène… Rendez-vous est pris pour une interview avec Laura Elko…

Qu’est-ce qui vous a poussé à monter sur scène ?
Au départ, j’étais formée comme musicienne, j’avais fait du piano. J’ai arrêté en fonction d’études très prenantes, à 18 ans. Au bout d’un moment, cela m’a manqué. J’ai eu aussi envie de chanter : j’aimais beaucoup l’opéra. J’ai pris des cours de chant au Conservatoire.
Et puis cela a été l’occasion : il y a six ans, des amies du Conservatoire ont monté un spectacle et m’ont demandé de me joindre à elles. J’ai adoré cette expérience. À la fin, une femme est venue me voir et m’a déclaré : “Comme vous m’avez fait rire.” Et j’ai pris conscience que l’aspect scénique (que je ne connaissais pas vraiment avec le piano), cette dimension aussi immédiate d’exprimer quelque chose me plaisait. Je me sentais à ma place. C’est la musique qui a été ma porte d’entrée au théâtre.

En 2014, vous avez gagné en duo avec Mathilde Lemonnier, le Prix du P’tit Molière dans la catégorie Meilleur Spectacle musical pour Cosmopolitan Diva ? Qu’est-ce que vous en avez comme souvenir ?
Une expérience très enrichissante. On avait envie de monter un spectacle et on avait jeté trois idées sur un coin de table. Le lendemain, Mathilde m’appelait pour me dire qu’on avait audition au Théâtre Pixel deux semaines plus tard. Il fallait présenter quelque chose vingt minutes et on n’avait rien de précis. On s’est mise au travail d’arrache-pied nuit et jour. On a été prises. Et on a eu des dates régulières. Jérôme Tomray et Alexandra Gobillot qui dirigeaient le théâtre ont cru en nous, et ils nous ont présentées à la compétition des P’tits Molières qu’on a remportée.

Après ce duo, vous avez choisi de vous lancer toute seule dans un one-man-show… cela ne vous a pas fait trop peur ?
Si, si… parce que j’étais bien sûr scène dans un duo avec le soutien que l’on peut s’apporter mutuellement, l’énergie que l’on a en scène qui peut être relayée par quelqu’un. J’étais aussi inquiète d’écrire toute seule un scénario, et d’avoir à écrire un monologue. C’est aussi à ce moment–là que j’ai appris la ventriloquie.

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Comment cela s’apprend la ventriloquie ?
Beaucoup de gens pensent que c’est un talent et que cela ne s’apprend pas. Mais c’est un travail de la voix. Quand on est chanteur, on a plus de facilités. Je me suis formée en autodidacte. Il y a des techniques qui permettent de parler sans bouger la mâchoire, les lèvres, de mouvoir des parties qui ne se voient pas, par exemple, la langue. Toute la difficulté en scène est de s’observer pour vérifier cet apparent immobilisme tout en ayant le cerveau disponible pour animer une marionnette.

Alors la marionnette, c’était avec elle que vous formiez un duo ?
Oui (rire). Je me sentais moins seule. Elle revêt un aspect doudou. Et puis l’autre aspect intéressant dans la ventriloquie, c’est comme si il y avait plusieurs voix de moi-même. Ce que je peux dire ou non et ce que la marionnette, elle, ose dire. L’inconscient du ventriloque qui prend la parole…

Y a-t-il une partie autobiographique dans vos sketches ?
Oui des personnages : ma grand-mère juive hongroise qui m’a énormément marquée même si je l’ai un peu romancée, d’autres personnages que j’ai croisés ou qui sont des mélanges de plusieurs.
Ensuite, il y a des thèmes qui me sont chers : comme la peur de vieillir ou celle de ne pas réussir face aux injonctions plus ou moins fortes – peu ou plutôt verbalisées –que l’on reçoit enfant des générations précédentes. Les parents attendent beaucoup de leur enfant en général. Cela booste autant que cela angoisse. Il y a aussi les attentes sociales, celles du système éducatif d’où une certaine violence pour l’enfant de devoir s’y adapter puisque le système ne peut pas s’adapter à chaque enfant.

Le théâtre pour vous, c’est une catharsis, un moyen d’exorciser ces angoisses ?
Oui et par ailleurs de pouvoir les apaiser ou les transformer aussi pour les spectateurs qui les ont.

Et aussi une manière pour vous de rentrer en contact avec le public ?
Oui de rentrer en contact avec cette part de crainte qu’on a tous en nous à des degrés différents, et de répondre aux questions qu’on se pose tous : « Est-ce que je vais réussir à devenir quelqu’un ? Est-ce que j’ai réussi ou raté ? À quel moment on se dit “ça y est ma vie je l’ai faite ?” Quelle part de regret peut-on avoir ? Ai-je le droit de pouvoir espérer n’importe quoi ? Est-ce que j’ai encore de l’avenir et est-ce que je peux à nouveau me lancer dans quelque chose ou est-ce trop tard ? » Une problématique qui revient beaucoup pour le personnage que j’interprète. C’est une manière d’en parler avec douceur.

Quels sont les retours que vous recevez ?
Les gens se reconnaissent à tel ou tel passage. Le plus marquant ? Celui où mon personnage s’entend dire « C’est trop tard pour toi, tu ne pourras pas réaliser ton rêve ».

En quoi a évolué votre nouveau spectacle Enfin Vieille par rapport au spectacle que vous jouiez au Proscenium ?
Il n’y a plus d’accordéon. Le spectacle est un peu plus court. Certains passages ont été enlevés pour rendre l’histoire plus précise, d’autres ont été rajoutés ou rallongés, des personnages ont pris un peu plus de place comme ma grand-mère hongroise ou ma marionnette. La manière d’écrire la trame a été un peu modifiée : les deux metteurs en scène avec lesquels je travaille m’ont pointé les endroits à peaufiner.

Comment travaillez-vous ?
J’ai une espèce de tirelire. Quand j’ai une idée qui me passe par la tête, je la couche sur un papier et je la glisse dans la tirelire même si l’idée est mauvaise : les mauvaises idées peuvent se transformer en grandes idées. Je laisse ainsi mon esprit vagabonder sans rien écrire. Au bout d’un certain temps, quand la boîte est pleine, je l’ouvre. Cela me rassure d’avoir autant de matière et je peux ainsi commencer.

Vous chantez toujours au Lapin agile ?
Oui, de temps en temps. J’ai un tour de chant avec cinq chansons : Je suis snob de Boris Vian, une chanson ancienne de la fin du XIXe siècle de Béranger Ma Grand-mère, un air d’opérette sur des paroles de Sacha Guitry, L’Amour masqué, Déshabillez-moi de Juliette Gréco, et Le Fiacre de Léon Xanrof.

Vous allez souvent au cinéma ou au théâtre ?
Au théâtre surtout. Le spectacle vivant me procure plus de plaisir que le cinéma, c’est interactif. Il y a quelque chose d’immédiat. Je le ressens autant comme spectatrice que comme comédienne. Quand on joue pour une caméra, on ne sent pas ce que l’on procure comme émotions au public. Même si le réalisateur porte un regard sur le comédien, il est occupé à mille autres choses.

Vous avez déjà fait du cinéma ?
Quelques courts-métrages.

Quels sont vos projets ? Plus théâtre, plus spectacle musical ?
Pour le moment, je suis très occupée à défendre ce spectacle-là : beaucoup de choses peuvent encore évoluer, cela fait que quelques mois que je le joue ; je veux explorer cela jusqu’au bout. Mais c’est sûr que j’aurai encore envie d’écrire après.

Donc quand même d’autres idées pour le futur ?
Elles sont encore dans la petite boîte…

Merci Laura.

Propos recueillis par Carole Rampal

 enfin-vieille-laruaEnfin Vieille !, c’est à Paris, au Théâtre BO Saint Martin, tous les vendredis et samedi à 21h30. Jusqu’au 30 décembre
(relâches, les 9 et 24 décembre).
19 boulevard Saint-Martin, 75003 Paris.
http://www.theatrebo.fr/LAURA-ELKO_a294.html

Mais également en tournée en province :
–   Au Toit Touge à Montélimar,
le vendredi 9 décembre à 20h45.
– Au Théâtre Humanitaire à Lyon,
le samedi 11 février 2017.
– Au Spotlight à Lille, le vendredi 21 avril à 21h30.
– À la Fontaine d’Argent à Aix-en-Provence,
le 8 mars 2017 à 21h00.

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