“La Leçon”, au Théâtre de l’Épée de Bois

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Prenez un professeur, un tantinet imbu de lui-même et de son savoir, mettez face à lui une élève comme les autres, légèrement récalcitrante, et enfin, ajoutez une bonne autoritaire aux manières étranges. Tous les ingrédients sont réunis pour une fable corrosive qui s’attaque au thème du pouvoir à travers l’éducation.

Cette leçon particulière (dans tous les sens du terme) débute classiquement, mais prend peu à peu un tour complètement surréaliste. Pour préparer l’élève au « doctorat total », ou nec plus ultra du savoir, les cours se succèdent avec une logique implacable : tout d’abord la géographie, puis l’arithmétique. Le professeur rappelle à son élève – patiemment, puis avec une exaspération grandissante devant son incapacité à faire autre chose que l’addition – les règles de base de la théorie des nombres. S’ensuit un cours de littérature comparée (sur les subtilités entre l’espagnol et les langues néo-espagnoles !) où le professeur confisque peu à peu la parole à son élève – tordue de douleur par un mal de dents – pour se livrer à un cours magistral qui devient un véritable délire verbal.
Devant le refus supposé de son élève de comprendre, le professeur, en apparence bonhomme, se révèle tyrannique et leur relation bascule peu à peu dans le sadomasochisme.

 

Quand la parole asservit l’autre
Dans ce « drame comique » (comme le qualifiait lui-même Ionesco), le langage, à la fois abscons et absurde, est outil de manipulation et de pouvoir plus que d’échange et de communication. Lors de sa création en 1950, Ionesco pointait les dérives d’un enseignement basé sur la toute-puissance du « maître ». Les trois acteurs sont excellents, que ce soit René Loyon, dans le rôle du professeur doucereux, puis carrément dangereux, Jeanne Brouaye, au jeu d’un naturel déconcertant, ou encore Yves Bressiant, subtilement inquiétant en bonne omniprésente, veillant sur la santé psychique de son patron. La mise en scène de Christian Schiaretti, très épurée, souligne la modernité de la pièce et son sujet d’une actualité toujours brûlante.

 Véronique Tran Vinh

Texte : Ionesco
Mise en scène : Christian Schiaretti
René Loyon : le professeur
Jeanne Brouaye : l’élève
Yves Bressiant : la bonne

Jusqu’au 2 juillet 2016
Du mardi au samedi à 19 h 00
Dimanche à 15 h 30
Théâtre de l’Épée de bois
Cartoucherie
Route du Champ-de-Manœuvre
75012 Paris
Tél. : 01 48 08 39 74
www.epeedebois.com/
www.treteauxdefrance.com/actualites%20/%20d%C3%A9bats/la-grande-escale-des-treteaux-a-paris

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