“La saison des femmes“, film indien de Leena Yadav

En route vers la liberté

Ce film est né à la suite du voyage de la réalisatrice dans la région rurale de Kutch, dans le Gujarat (un état situé à l’ouest de l’Inde, aux confins de l’Inde et du Pakistan) et de ses interviews de nombreuses femmes, au sujet de leur condition.

La-saison-des-femmes-affiche-714x952 (1).jpgVoici un film qui sort des clichés habituels sur l’Inde. Il évoque une réalité beaucoup moins plaisante, une société patriarcale où la femme est réduite au silence et contrainte de subir tout au long de sa vie la violence des hommes. La réalisatrice trace trois beaux portraits : celui de deux femmes “ordinaires”, Rani, une jeune veuve d’une trentaine d’années qui peine à élever son fils seule ; Lajjo, mariée à un homme violent, qui lui reproche de ne pas lui donner d’enfant, et de leur amie, l’exubérante Bijli, danseuse et prostituée, qui vit en marge de la société. Au destin de ces trois amies, étroitement liées, s’ajoute celui de la jeune Janaki, 15 ans, mariée contre son gré au fils de Rani, Gulab, fainéant et misogyne. Malgré les difficultés (pour ne pas dire les drames) auxquelles elles sont confrontées quotidiennement, elles réussissent à trouver ensemble la force de continuer à se battre et à espérer. Cela donne lieu à de très belles scènes où les amies se retrouvent pour s’épancher, plaisanter ou rire ensemble.

Des normes écrasantes
Dès le début du film, une scène édifiante montre comment le conseil des anciens régit la vie de toute la communauté villageoise : une jeune fille, qui s’est enfuie de sa belle-famille où elle est violée par les hommes, est renvoyée chez elle au risque de sa vie, malgré ses supplications déchirantes. Leena Yadav pointe également le fait que les normes sociales – notamment le mariage forcé et la dot – sont intégrées par les femmes elles-mêmes. Ainsi, dans un premier temps, Rani reproduit avec Janaki le comportement que sa belle-mère avait eu auparavant avec elle : elle la traite comme une domestique, redevable envers elle de l’argent qu’elle a dépensé pour la marier à son fils. Mais elle comprend ensuite que son propre fils fait subir à sa belle-fille les mêmes violences que son mari lui a infligées.

Une liberté de propos et de ton
La réalisatrice réussit à trouver le bon rythme en alternant les moments de complicité féminine et de joie libératrice avec des scènes plus dramatiques. Elle aborde également des sujets délicats, rarement traités dans le cinéma indien, tels que le viol (conjugal ou collectif) ou, tout simplement, la sexualité. Ainsi, la relation d’un soir de Lajjio avec l’un des amants de Bijli est filmée de manière très belle et très sensuelle. Et la scène où Rani dénude son amie Lajjo pour nettoyer ses plaies baigne dans un climat troublant d’érotisme.
Malgré la violence toujours palpable, le film se veut résolument optimiste. Si Leena Yadav utilise les codes du cinéma bollywoodien (explosion de couleurs et de déhanchements, musique entraînante…), c’est pour toucher un public plus large et dénoncer l’hypocrisie de la société indienne. Les femmes qui s’expriment librement, que ce soit en paroles (la femme instruite de l’entrepreneur) ou avec leur corps (comme la danseuse Bijli) ne peuvent être que des mauvais exemples ou des… prostituées.
Les protagonistes féminines ont en commun leur force de caractère, une joie de vivre communicative et un humour salvateur (la scène où Lajjo découvre l’orgasme grâce à un téléphone portable en est un exemple !). Une ode à la liberté pour toutes les femmes, qu’elles vivent en Inde ou ailleurs – qui n’est pas sans rappeler le très réussi Mustang, de la réalisatrice turque Deniz Gamze Ergüven.

Véronique Tran Vinh

 

Actuellement au cinéma
Avec : Tannishtha Chatterjee (Rani), Radhika Apte (Lajjo), Surveen Chawla (Bijli) et Lehar Khan (Janaki).

 

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