“Le Cancre”, au Théâtre du Lucernaire

« […] un adolescent installé dans la conviction de sa nullité est une proie, l’ogre de la délinquance le guette au coin de la rue. » Daniel Pennac.

Ce constat, Daniel Pennac l’a dressé en tant qu’ancien cancre, en se souvenant de sa douleur de ne pas comprendre, alors que ses camarades de classe, eux, comprenaient. Dans Chagrin d’école, il décrit avec sensibilité et drôlerie la solitude du cancre rejeté au ban de la société et sauvé in extremis par les livres et, surtout, par quelques professeurs. Bernard Crombey, concepteur et acteur de la pièce, a connu lui aussi les affres de la cancrerie. Dans le rôle du mauvais élève, il est excellent, tour à tour drôle et touchant, toujours juste. En culottes courtes, son cartable sur le dos, il a le regard facétieux de celui qui a retrouvé l’espoir et veut le faire partager. Il nous offre une mise en scène fluide, vivante et sans effet superflu, qui privilégie le verbe de Pennac. Quelques chaises bien alignées, le bureau du professeur, un tableau, et nous voici sur les bancs de l’école.

Grâce à lui, on se retrouve dans la peau du cancre qui défie l’autorité de professeurs trop exigeants (ou trop pressés), qui fait preuve d’une imagination débordante pour justifier ses absences ou qui se venge de surveillants trop autoritaires avec des mauvais tours. Puis, de cancre, on passe au professeur, passionné par son métier et décidé à tout faire pour lutter contre l’échec scolaire. Comme l’avaient fait avec lui quelques professeurs exceptionnels d’attention et de bienveillance (dans le cas de Pennac, ses profs de français, de maths et d’histoire-géo) qui ont compris son désarroi et lui ont donné le goût d’apprendre.

Qui n’a jamais éprouvé, adolescent, cette impression de vide abyssal en entendant les explications des adultes, qui n’a jamais connu cette plongée dans le gouffre de l’ignorance, malgré le désir de bien faire ? On a tous un peu de cancre en nous, et Bernard Crombey nous le rappelle pour nous rendre plus tolérants envers ceux qui, parce qu’ils sont différents des autres, glissent sur la pente dangereuse de l’exclusion et du repli sur soi.

Véronique Tran Vinh

D’après Chagrin d’école et  Comme un roman de Daniel Pennac
Conception Bernard Crombey

Jusqu’au 11 juin 2016
Du mardi au samedi à 21 h 00
Théâtre du Lucernaire
53, rue Notre-Dame-des-Champs
75006 Paris
Tél. : 01 45 44 57 34
http://www.lucernaire.fr/theatre/380-le-cancre.html

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