“La Chambre de Milena”, au Théâtre de l’Atalante

La chambre de Milena 2-2

Franz : « Tu écris une lettre d’amour ? »
Milena : « Non, un article politique. Un article politique devrait être écrit comme une lettre d’amour. Tu sais pourquoi, Franz ? »
F. : « Non. Pourquoi ?»
M. : « Parce que, parfois, l’amour réinvente l’art de rester debout. »
Extrait du texte.

En quelques lignes, tout est dit. Filip Forgeau donne la parole à Milena Jesenskà dans un texte magnifique et poétique, librement inspiré de sa vie et de ses écrits. C’est ainsi qu’il nous révèle l’existence de “Milena de Prague”, journaliste et écrivaine, mais avant tout femme, libre et engagée, dont la vie fut un combat.
L’habileté de la mise en scène consiste à souligner sa personnalité en contrepoint de ses dialogues passionnés avec Franz Kafka (évoqué par la voix de Daniel Mesguich), dont elle fut la traductrice et la maîtresse dans les années 1920. Dialogues qui mettent en relief une personnalité entière, concernée par ce qui se passe autour d’elle, mais aussi grande amoureuse – Milena signifie “aimante” en tchèque, comme elle aime à le rappeler.

Chambre « avec vue sur le monde »
Dans le tréfonds de sa chambre – et de son âme –, Milena évoque le monde au-dehors, un monde en train de sombrer dans le chaos et l’intolérance. Elle s’insurge contre l’immobilisme de ses contemporains, la montée du nazisme, la guerre et rappelle la nécessité de la lutte politique (combat ô combien d’actualité). Dans un jeu symbolique, elle ouvre la fenêtre pour laisser éclater à l’extérieur sa révolte ou la ferme pour indiquer l’introspection.
La mise en lumière ainsi que les sons viennent nimber avec poésie des morceaux de vie de Milena, dans un va-et-vient incessant entre l’intime et le social : sa toilette, ses rêveries de femme amoureuse souffrant de l’absence de son amant – ainsi, elle s’adresse au “fantôme” de Franz –, mais aussi ses rêves, étrangement prémonitoires, et ses réflexions lucides sur le monde.
Tour à tour rieuse, grave, révoltée, émouvante ou sensuelle, Soizic Gourvic donne vie magnifiquement à Milena. Seule sur scène, avec quelques objets qui émergent de la pénombre (un lit, un miroir), elle nous captive de bout en bout par la justesse de son interprétation. Fragile silhouette vêtue d’une robe rouge comme la passion, elle réussit à transmettre le feu qui habite Milena.
Un très beau moment de théâtre et de littérature, où l’on reste suspendu au souffle de Milena, femme dont la parole libre se heurte à la violence de la société. Celle dont Franz Kafka disait que « l’éclat de [ses] yeux supprime la souffrance du monde ».

La Chambre de Milena est le premier volet d’un projet de Filip Forgeau, intitulé « Les Chambres », donnant voix à des femmes qui ont marqué leur époque à travers un portrait “fictionné”. Le deuxième volet sera consacré à Rosa Luxembourg, avec l’excellente Soizic Gourvic dans le rôle principal.

 Véronique Tran Vinh

Texte et mise en scène : Filip Forgeau
Avec Soizic Gourvil et la voix de Daniel Mesguich

Toujours avec  Soizic Gourvil 
Dates à retenir :
du 10 au 27 mars 2016
”Rosa Liberté”
Poème dramatique, librement inspiré de la vie et du combat de Rosa Luxembourg
Texte et mise en scène de  Filip Forgeau
Au Théâtre de l’Épée de bois
Cartoucherie – route du Champ-de-Manœuvre, 75012 Paris
(du jeudi au samedi 20h30,  samedi 16 h et dimanche 16h)

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