“Antigone”, théâtre musical d’après Sophocle et Brecht

©Maxime Dondyuck

À l’Est, du nouveau

De la rencontre entre Lucie Berelowitsch, créatrice du collectif Les 3 Sentiers, et le groupe de musiciennes et comédiennes ukrainiennes Dakh Daughters (“Cabaret punk”) est né un projet artistique pluridisciplinaire. L’adaptation russo-ukrainienne de la pièce de Sophocle, très innovante, est en résonance avec l’actualité toute proche de la révolution de Maïdan (2014).

Antigone pleurant son frère mort au milieu des ruines de Kiev ? Voilà qui peut paraître surprenant, mais qui est le thème sous-tendu par l’adaptation par Lucie Berelowitsch de ce drame antique. Une Antigone revisitée par une metteur en scène russe, donc, qui a eu l’idée géniale de confier le rôle du Chœur aux six jeunes femmes talentueuses et énergiques du collectif Les Dakh Daughters. Leurs interventions musicales et scéniques viennent ponctuer avec à-propos le récit, qui se déroule en russe, ou en ukrainien selon le contexte (langue de la Cité dans le premier cas, langue de la famille dans le second). Le seul bémol que l’on peut faire est l’utilisation de la langue française à certains moments, qui ne paraît pas indispensable.

Dans un décor sombre et dépouillé, évoquant une ville ravagée par la guerre (Kiev ?), les tableaux se succèdent, alternant la poésie et l’humour avec la violence et la mort. La scénographie est moderne, sans jamais être gratuite (c’est le cas de la fête de la victoire supposée de Créon et de ses soldats).

 

Vent de liberté

Sans manichéisme, Lucie Berelowitsch montre l’obstination des deux clans, l’un pour maintenir son pouvoir, l’autre pour préserver sa culture. Qui a tort ? Qui raison ? N’y a-t-il pas de place pour le compromis ? La question reste ouverte.
La musique – inclassable ! – et les chansons des Dakh Daughters rythment formidablement bien la pièce et véhiculent un vent de révolte et de liberté face à l’oppression du “tyran” (Poutine ?). Basse, violoncelle, synthétiseurs, tambourins, guitare, accordéon, violon… les Dakh Daughters jouent de tous les instruments, dansent, et nous envoûtent avec leurs voix tour à tour graves ou haut perchées.
Dans le rôle-titre, Ruslana Khazipova a beaucoup de présence et d’intensité. Elle campe une rebelle vibrante d’intransigeance et de douleur mêlées, sans jamais surjouer. Roman Yasinovskiy est parfait en Créon tyrannique et paranoïaque, refusant d’écouter les conseils de son entourage, même ceux du devin. Quant à Thibault Lacroix (gymnaste professionnel, entre autres), il fait une composition pleine d’humour et d’originalité dans le rôle de Tirésias. Le reste de l’interprétation est homogène et juste.
Coup de cœur pour le talent et la fraîcheur de cette jeune troupe, qui propose un spectacle autant visuel que sonore et qui donne envie de la suivre dans d’autres lieux et d’autres œuvres !

 Véronique Tran Vinh

Maison des arts de Créteil, du 4 au 6 février.
http://www.maccreteil.com/fr/mac/event/369/Antigone

Théâtre de l’Union-Centre dramatique du Limousin, du 10 au 11 mai 2016.
Adaptation et mise en scène de Lucie Berelowitsch. Spectacle russo-ukrainien surtitré en français.

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