Interview avec Leah Marciano

Entretien avec Leah Marciano,
productrice et metteure en scène au théâtre et au cinéma

  Il faut que j’ai un coup de cœur. Sinon je ne me lance pas.” Leah Marciano


Vous avez débuté dans le cinéma, qu’est-ce qui vous a poussé vers le théâtre ?
Leah Marciano :
Le hasard. J’étais à la réalisation vidéo d’un petit reportage sur une pièce musicale quand je suis tombée amoureuse du spectacle, Maison Close. La troupe m’a immédiatement adopté moi et ma caméra et moi j’ai immédiatement adopté la pièce. De fil en aiguille, j’ai fini par les produire : ils avaient besoin d’une production pour continuer le spectacle et, de mon côté, j’avais une association d’une production audiovisuelle ; j’ai eu juste à modifier les statuts pour me lancer dans cette aventure avec eux. C’est comme cela que j’ai découvert le théâtre et que j’ai produit ma première pièce.

Qu’est-ce qui vous donne envie de monter une pièce ?
L. M. :
Il faut que j’ai un coup de cœur. Sinon je ne me lance pas. Il faut aussi que j’ai une bonne relation avec l’auteur.

Comment trouvez-vous les auteurs ?
L. M. : Cela dépend des pièces. Thibaut Marchand m’a envoyé sa première pièce. Bon anniversaire… ou pas !. Je connaissais Thibaut de relation dans le théâtre et il avait vu le spectacle, L’Asphodèle, que j’ai produit. J’ai bien aimé, cela m’a fait rire et j’ai eu envie de la produire. Cela s’est fait au feeling par hasard. Pour Meurtres à Cripple Creek, c’est différent. Arnaud (Cordier), un autre comédien, m’a passé son texte après avoir essayé de le monter. Il m’a dit : « Tiens, lis-le. » J’ai trouvé cela génial, je me suis engagée à la produire, et je l’ai invité à trouver un metteur en scène. Il en a cherché un ; il n’en a pas trouvé qui lui correspondait, alors, il me l’a demandé. Pour Blondie et Brunette, cela s’est imposé à moi comme une évidence. Avec ma meilleure amie, Émilie Belina Richard, on a réécrit ensemble, fait la mise en scène jusqu’à la production de la pièce. La prochaine pièce, Un Macchabée dans la baignoire, est signée Thibaut Marchand. C’est sa deuxième pièce et on avait eu plaisir à travailler ensemble pour Bon anniversaire… ou pas ! Pour l’instant, je n’ai monté que des premières pièces pour les auteurs. Ce n’est pas un choix, cela, c’est fait comme cela.

Comment travaillez-vous avec vos comédiens et comment les choisissez-vous  ?
L. M. : Les comédiens, c’est comme les pièces, c’est un coup de cœur. Je peux faire traîner des castings sur plusieurs semaines, voire sur plusieurs mois si je n’ai pas trouvé le ou la perle rare. Quand je me retrouve en répétition avec eux, avant même de travailler, je sais (grâce au casting) qu’ils colleront à ce que j’attends. Il m’est arrivé de prendre des comédiens qui ne correspondaient pas a priori au rôle. Mais, j’avais senti chez eux un potentiel immense et que je pouvais tirer un maximum d’eux. Je pense à Nathalie Touati qui joue Maggie dans Meurtres à Cripple Creek ou à Faustine Pont dans Blondie et Brunette qui est quelqu’un de très très doux dans la vie en contraste avec son personnage. Et j’ai eu ce truc quand j’ai vu ces filles-là en audition. Le coup de cœur et l’intuition sont très importants. J’ai conscience d’être très très exigeante. Je les pousse parfois très très loin, là où parfois ils pensaient qu’ils ne pourraient pas aller.

Je peux faire traîner des castings sur plusieurs semaines, voire sur plusieurs mois si je n’ai pas trouvé le ou la perle rare.” Leah Marciano

Par quel biais, « recrutez-vous » les comédiens  ?
Comme je viens du milieu du cinéma, je connais beaucoup de comédiens. 50% des comédiens que je reçois en casting, je les connais déjà. Et les 50 autres sont des réponses à des annonces.

Qu’est-ce qui vous motive généralement dans la mise en scène ?
L. M. :
J’aime bien l’idée d’être le chef d’orchestre d’éléments qui vont former une œuvre (la direction des comédiens, le costume, la bande-son…). C’est moi qui assemble tout cela, qui apporte ma vision, ma créativité.

Vous êtes metteure en scène, productrice – parfois de deux pièces dans le même temps (dernièrement Blondie et Brunette et Meurtres à Criple Creek) –, comment conciliez-vous le tout et portez-vous autant de casquettes, surtout que vous êtes présente sur toutes vos pièces ?
L. M. : Au début c’était compliqué car les deux pièces que je mettais en scène Blondie et Brunette et Meurtres à Cripple Creek se passent dans des décennies que je n’ai pas connues. J’avais l’impression, quand je sortais du travail de ces deux pièces, de vivre dans le futur. Diriger aussi 11 comédiens différents avec 11 emplois du temps différents et amener à la vie plus d’une vingtaine de personnages, cela me rendait un petit peu schizophrène. J’avais plein d’amis imaginaires ; et puis en étant organisée cela n’est pas si insurmontable que cela ; j’arrive à partitionner les choses ; avec beaucoup de patience et beaucoup d’amour c’est possible. Le prochain challenge arrive en avril parce que les trois pièces se jouent en même temps au Proscenium, avec lequel je suis en coproduction sur ces trois spectacles. Rendez-vous donc en avril, on verra si je ne tombe pas dans la schizophrénie (rire).

Vous faites aussi parfois les costumes ?
L. M. : Non mais les recherches. En amont, je découpe des choses, je les assemble sur papier en espèce de patchwork, je colle avec du scotch, et après je fais toutes les boutiques et toutes les friperies pour trouver ce que je veux, voire sur Internet. Idem pour les décors : je les dessine (je vais chez Leroy Merlin choisir ma peinture, le papier peint) et après, je demande de l’aide aux comédiens et aux garçons forts pour la perceuse et l’assemblage (rire).

Vous avez écrit pour certains films que vous avez produits – Paper Planes (2010), Le Petit Prince (2011), Luc et Leila (2013), Je suis en conflit (2014), plus rarement pour le théâtre : est-ce circonstanciel ?
L. M. : J’ai fait de la réécriture avec Blondie et Brunette mais rien à voir avec tout ce que l’auteur a écrit. Je suis plus à l’aise à écrire pour le cinéma : c’est là d’où je viens, j’y ai suivi mes études, j’ai des cours de scénario derrière moi. C’est ma passion. Maintenant écrire une pièce seule pour le théâtre, je ne m’en sens pas capable. C’est très long et ce sont des techniques que je ne maîtrise pas encore, et puis surtout les auteurs avec lesquels je travaille le font très bien. Je suis comblée avec les textes qu’on m’envoie.

Qu’est-ce qui vous a inspiré pour écrire pour le cinéma ?
L. M. : L’inspiration me vient de ce que j’ai vécu, de ce que j’ai envie de vivre. Paper Planes (2010) est un film de science-fiction qui se passe dans les années 80, qui parle de voyages dans le temps, là j’avais envie d’écrire une histoire d’amour, je me suis alors inspirée de films que j’aime bien. Le Petit Prince est une adaptation du roman que je connais par cœur, c’est mon roman préféré. Il y a beaucoup d’adaptations différentes et j’ai voulu proposer la mienne. Et Luc et Leila est un film autobiographique : le personnage principal est une jeune photographe (je suis photographe de mariage aussi), il lui arrive plein de choses que j’ai vécues. Cela dépend des films et des sujets.

L’inspiration me vient de ce que j’ai vécu, de ce que j’ai envie de vivre.” Leah Marciano

Ces projets dans des univers différents, le théâtre et le cinéma, se nourrissent-ils mutuellement ? 
L. M. : Non. Au théâtre, il y a quelque chose de très chaleureux, il y a un rapport vraiment humain, presque tactile et très vivant qui n’existe pas au cinéma. Après au cinéma, il n’y a pas de contrainte de décors, de lieux, il y a plein de techniques pour faire passer des émotions qu’on ne peut pas avoir au théâtre – des gros plans, des travellings avant, etc.

Pourriez-vous cependant monter un même sujet au cinéma et au théâtre ?
L. M. : Pour l’instant, non et vraiment dans ma tête cela n’a rien à voir. Même si je lis et j’entends beaucoup que me pièces ressemblent à des films, que j’ai une patte très cinématographique. Quand j’ai présenté pour la première fois le dossier de Blondie et Brunette au directeur du Proscenium qui est notre coproducteur, Pierre Boiteux, la première chose qu’il m’a dit était : « En fait, tu viens de m’envoyer un film. » Et c’est vrai que l’auteur, Émilie Belina Richard est scénariste avant d’être auteur de théâtre (vient de mon école). Sans le vouloir je mélange les deux. Je m’en nourris certainement.

Vous pratiquez aussi la photo. Que recherchez-vous ou trouvez-vous dans l’art ?
L. M. : C’est vrai que je fais de la photo depuis plusieurs années. Je fais beaucoup de portraits, d’événementiels, même si de moins en moins car tous les week-ends, je suis au théâtre. Je ne recherche rien de particulier dans l’art, peut-être à m’exprimer, à raconter des histoires, dans certaines pièces juste à faire rire les gens, les faire s’évader. J’ai parfois des messages à faire passer comme dans Blondie et Brunette. Dans des pièces comme Meurtres à Cripple Creek ou Un Macchabée dans la baignoire, j’ai juste envie de faire rire les spectateurs et qu’ils aient le sourire aux lèvres en sortant.

Vous avez créé l’association WelkinLights dans quel but et en quoi consiste-t-elle ?
L. M. : Je l’ai créé en début 2010. J’avais besoin d’une structure de production audiovisuelle pour les programmes courts (Paper Planes et Le Petit Prince), les publicités, les clips, etc. À la base c’était de la production audiovisuelle, et en 2011, il a été question de produire un spectacle musical, j’ai modifié les statuts et ajouté la production de spectacles vivants. Cela a plutôt bien fonctionné. Depuis, on a produit cinq courts-métrages et cinq pièces.

Votre pièce de théâtre préférée ?
L. M. : Une préférée, non, mais j’adore Le Père Noël est une ordure. Depuis toute petite, je la regardais tout le temps. Je l’avais en VHS. Je la trouve extrêmement bien jouée et bien écrite. Pus récemment… j’aime beaucoup ce que fait Nicolas Briançon, notamment Irma la douce. J’aime beaucoup aussi Azzopardi – avec Coup de Théâtre qui s’est joué en 2014 à la Gaité Montparnasse.

Votre film préféré ?
L. M. : Ce n’est pas très original mais j’aime beaucoup ce que fait Steven Spielberg – Jurassic Park et ET. Cela me transporte. Pour moi ce n’est pas que du divertissement. Au niveau européen, j’aime beaucoup Danny Boyle. En France, Francis Weber – Le Dîner de cons ou Le Placard. J’ai des goûts très éclectiques. Mes films vraiment préférés sont des films indépendants comme Donnie Darko réalisé par Richard Kelly ou Garden State de Zach Braff qui sont porteurs de messages très universels – la famille, l’adolescence et l’amour – et très bien traités.

Une phrase qui vous définirait le mieux…
L. M. : Je ne me définis pas personnellement très bien mais un ami très proche à qui j’ai posé la question m’a répondu : « Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort », Nietzsche.

Quels sont vos projets d’écriture et de mise en scène ? 
L. M. : Pour l’instant, Un Macchabée dans la baignoire débute sur les planches. J’ai encore les trois pièces qui tournent encore. Cela fait beaucoup. Mais j’attends avec impatience les prochains textes de mes auteurs : Arnaud Cordier et Émilie Belina Richard. Sinon j’ai un projet de co-écriture de pièce comique avec Thibaut Marchand. (Ah vous y venez). Oui mais pas seule.

Merci Leah pour cette interview
L. M. : Merci à vous, et aussi à Charlotte Calmel, mon attachée de presse, pour avoir organisé cette interview.

Propos recueillis par Carole Rampal

 

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Une réflexion sur “Interview avec Leah Marciano

  1. Le Veilleur

    Leah Marciano est une figure montante de la mise en scène théâtrale, et une excellente réalisatrice, j’ai eu pour ma part la chance de voir quelques uns de ses court-métrages et 4 de ses mise en scènes théâtrales et le moins qu’on puisse dire c’est que son talent est manifeste. Je lui souhaite de faire des salles de plus en plus grande car son talent mérite qu’elle ait une immense carrière artistique. Interview trés intéressante et instructive.

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